mercredi 16 novembre 2022

Thomas Lebrun tente de déchiffrer les oiseaux ... de bon augure

 Comme l'homme est de nature pessimiste en général, c'est plutôt "oiseau de mauvais augure*" que l'on entend dans les expressions qu'à la fois on ne comprend pas et surtout que l'on ne sait que rarement écrire. Et c'est donc souvent une insulte qui laisse présager une nuée de noms d'oiseaux qui arrivent en volant derrière.

Thomas Lebrun - ... de bon augure - Pôle Sud


Est-ce pour contrer le sort que le danseur et chorégraphe Thomas Lebrun, directeur du Centre chorégraphique national de Tours a nommé son spectacle "... de bon augure"? Ce qui semble sûr en tout cas, c'est que le Covid est passé par là, poussant (s'il le fallait) sûrement Thomas Lebrun près de la nature et des oiseaux avec une troupe réduite d'amis danseurs Raphaël Cottin et Yohann Têté plus Anne-Emmanuelle Deroo auquel s'est joint Arthur Gautier. 

Et cela donne un spectacle frais et virevoltant, tournoyant autour des oiseaux avec une bande son qui est une play list thématique du classique à la variété et qui fait la part belle à une belle série de compositions dédiées à la gent aviaire (Marc-Antoine Charpentier, Grieg, Liszt, Messiaen, Rameau, Ravel, Schubert,...). Le spectacle commence dans le noir avec une poignante chanson d'Anthony & The Johnsons pour nous faire arriver au jour. On notera les magnifiques lumières de Françoise Michel tout au long de la pièce, tout en douceur et en délicatesse, qui soulignent, découpent ou mettent en valeur les danseurs et leurs magnifiques costumes colorés (des créations très seyantes et ajustées de Kite Vollard et Thomas Lebrun qui couvrent les danseur d'oiseaux colorés également). 

Thomas Lebrun - ... de bon augure - Pôle Sud


Les pièces instrumentales (piano, violon, petits ensembles) alternent avec une sélection de pièces vocales. Quelques canons permettent aux quatres danseurs de danser des quatuors où alternativement un ou deux se désynchronisent du groupe et décalent leur grammaire gestuelle. Celle-ci est précise, d'une apparente simplicité (mouvements des bras, pliés des articulations, gestes des mains, déhanchements, cassures, rotations,...) faisant référence aux oiseaux et à la nature dans des attitudes d'imploration, d'invocation, d'acceptation, de désignation, d'envol, d'accueil, de protection, d'embrassade, souvent sur des rythmes lents ou ralentis, hypnotiques, comme par exemple sur la très belle et envoûtante chanson d'Anne Briggs Birds in the bush. 


Thomas Lebrun - ... de bon augure - Pôle Sud


Mais de temps en temps Thomas Lebrun nous gratifie de son humour, quelquefois dévastateur comme lors de son apparition en Nana Mouskouri avec ses "boys" sur la Paloma où il pousse le décalage jusqu'à chanter en décalé une strophe de son play back - et je ne vous dévoile pas la chute de la chanson. En tout cas les ingrédients sont réunis pour une bonne recette de "murmuration" d'oiseaux pour ce spectacle qui visite aussi l'histoire de la danse contemporaine "nature" en multiples clins d'oeils. Une migration très agréable en compagnie de danseurs impeccables.


La Fleur du Dimanche


* curieusement le mot augure vient lui-même de Augus de avis (oiseau) et gus - ou gur par rhotacisme - qui signifie "essayer" ou "presage. Ce qui fait de oiseau de bon (ou mauvais) augure un pléonasme.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire