jeudi 18 novembre 2021

With a Smile, Ciné-Concert: Chaplin l'homme orchestre nous fait rire et pleurer

 Charlie Chaplin, un géant du film muet et du parlant est un magnifique comédien, un superbe comique, un grand acteur, et on le découvre grand danseur et compositeur de talent avec cette soirée "With a Smile" proposée par l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg à la salle Erasme du PMC. 

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Photo: lfdd
With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Photo: lfdd

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Photo: lfdd


Un concert où non seulement on écoute de la musique, mais on entend aussi fuser des rires (ce qui est rare dans ce respectable auditorium), des applaudissements nourris et des hourras pour saluer la magnifique prestation de l'orchestre et du chef Frank Strobel. Ce dernier, qui s'est fait une spécialité de proposer et de diriger des représentations de musiques de film est à l'origine, avec l'European FilmPhilharmonic Institute qu'il a cofondé, de ce programme alléchant et excitant. 

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin -  The Kid - Photo: lfdd


Pour en revenir à Chaplin, le comédien qui a débuté comme danseur de claquette et comédien, a intégré à 19 ans la troupe de Music-hall avec Fred Karno, à Londres et en tournée aux Etats-Unis avant de jouer avec Mack Sennet puis à Hollywood à 25-26 ans. Très vite, à 30 ans, il fonde la société de Production United Artists (Les Artistes Associés) avec Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D.W. Griffith, puis réalise son premier film The Kid à 32 ans. 

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Le Dictateur - Photo: lfdd


Il est non seulement acteur, danseur, réalisateur mais également musicien et c'est lui qui propose les musiques ou les compositions qu'il joue sur son violon ou un piano, airs dont il supervise les arrangement ou les reprises de pièces classiques: Wagner ou que nous avons pu entendre sur les extraits du film Le Dictateur (Lohengrin) ou Brahms, avec la Danse hongroise N° 5, une superbe interprétation de la scène chez le barbier, où l'orchestre en direct soutient la tension qui plaque le spectateur dans son fauteuil en totale empathie avec le personnage sous les allègres et précis coups de rasoir de Charlot barbier. Sans oublier la bucolique parodie de L'Après-midi d'un Faune de Debussy où Charlot batifole dans les prés en compagnie de légères nymphes en référence à Nijinski. Debussy qui avait pressenti son talent à Charlot lorsqu'il avait à peine 20 ans en lui disant: "Vous êtes d'instinct un musicien et un danseur". 

With a Smile - OPS - Chaplin - The Kid - Photo: Nicolas Rosès


Et nous allons, tout au long de cette soirée pouvoir apprécier ces multiples talents, d'acteur, de clown sympathique, de philosophe (avec le discours "humaniste" du Dictateur), de mélomane et de compositeur, surtout, par ses partitions, ses mélodies et ses airs que nous allons redécouvrir tout au long du programme. Nous les connaissons et les retrouvons avec nostalgie, que ce soit la musique allègre de cirque et de parade, ses multiples scènes de poursuite, de sketches burlesques... la musique nostalgique ou romantique de ses histoires d'amour, ou d'amitié, de séquences empreintes d'humanisme, d'amour du prochain ou des hommes en général, ses critiques de la civilisation industrielle et du progrès froid,... ses scènes de fêtes, de bals ou de réjouissances aussi.


With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chalie Chaplin - Photo: lfdd


With a Smile - OPS - Frank Strobel - Charlie Chaplin - Photo: lfdd


L'orchestre, tout de noir habillé va donc nous accompagner dans ce voyage chronologique dans le temps - On part, avec l'ouverture d'images d'archives des débuts du chanteur Charles Spencer Chaplin puis de ses premiers films (le personnage du vagabond et ses tentatives comiques de se nourrir, la touchante histoire du Kid, prétexte à combats et poursuites comiques, et un court-métrage "A la rencontre du Vagabond" (The Tramp) dont il a composé la musique plus tard, tout comme la très émouvante Swing Little Girl composée en 1968 pour "Le Cirque". La première partie de la soirée se clôt avec des extraits hilarants des Temps Modernes, avec une transposition de la folie du travail à la chaine qui déteint sur le héros, qui, confondant boulons et boutons, poursuit des femmes dans la rue dans son idée fixe de les "serrer" et surtout la chanson "Titine" 'Nonsense) en "charabia" ("Bogus language", un petit chef d'oeuvre qui se fait attendre, d'autant plus que c'est la première fois dans le monde que l'on entend la voix de Charlot (1936).

Entracte:


Musique de Leo Daniderff. Paroles de Charles Chaplin. Chantée par Charles Chaplin.

Se bella giu satore
Je notre so cafore
Je notre si cavore
Je la tu la ti la twah
La spinash o la bouchon
Cigaretto Portabello
Si rakish spaghaletto
Ti la tu la ti la twah
Senora pilasina
Voulez-vous le taximeter?
Le zionta su la seata
Tu la tu la tu la wa
(Cavore - from cavort?
Voulez-vous le taximeter?
Would you like the taximeter?)
Sa montia si n'amora
La sontia so gravora
La zontcha con sora
Je la possa ti la twah
Je notre so lamina
Je notre so cosina
Je le se tro savita
Je la tossa vi la twah
Se motra so la sonta
Chi vossa l'otra volta
Li zoscha si catonta
Tra la la la la la la ...

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Limelight- Photo: lfdd

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Limelight- Photo: lfdd

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Limelight- Photo: lfdd


La deuxième partie de la soirée nous offre quelques chansons composées et chantées par Charlie Chaplin, (Un Roi à New-York, Mr. Verdoux et Le Cirque, qui finit dans une puissante envolée d'orchestre, suivies par des extraits du Dictateur dont j'ai déjà parlé. Suit le dernier film américain de Charlie Chaplin, Les Feux de la Rampe (Limelight), film désabusé et désespéré mais avec une musique magnifique, où il se peint en vieux clown alcoolique qui sauve une jeune danseuse de ballet du suicide. Un film où il exprime son dépit de ce pays qui l'a chassé (Le parton du FBI J. Edgar Hoover le soupçonnant d'être communiste l'ayant espionné des dizaines d'année lui fait refuser le visa de retour aux USA en 1952, ce qui fait dire à Chaplin:

"Que je revienne ou non dans ce triste pays avait peu d'importance pour moi. J'aurais voulu leur dire que plus tôt je serais débarrassé de cette atmosphère haineuse, mieux je serais, que j'étais fatigué des insultes et de l'arrogance morale de l'Amérique."

Charlie Chaplin dans son autobiographie "Histoire de ma vie"


With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Photo: lfdd

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Photo: lfdd

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - The End - Photo: lfdd


Le Finale dédié à "Charlot Danseur" avec la "Danse des Petits Pains", l'acrobatique (et impressionnant danse en patins à roulettes les yeux bandés et quelques autres films qui prouvent son sens du rythme et de la chorégraphie - Qui permettent aussi à l'orchestre et leur chef de prouver tout leur talent d'interprétation et de synchronisation avec l'action sur l'écran enflamme la salle et un bis avec un dernier retour du "Les feux de la Rampe", émouvants à souhait nous laissent quelques airs que l'on se fredonne en retournant chez nous.


La Fleur du Dimanche

mardi 16 novembre 2021

J'aime "J'aime", j'aime Laure Werckmann et j'aime Nane Beauregard...

 Une déclaration d'amour, c'est en général pour quelqu'un d'autre. Dans la pièce "J'aime" adaptée du livre ("Roman" de Nane Beauregard édité chez POL en 2006), c'est un long monologue d'une femme, seule avec elle-même. Et Laure Werckmann, comédienne et metteuse en scène, se la joue seule en scène. Mais magnifiquement!

J'aime - Laure Werckmann - TAPS 


Pendant une belle heure elle va nous éblouir de son jeu habile et surprenant et passer par tous les stades possible des émotions, que ce soit par les expressions de son visage qui nous en dit deux fois plus que ce que dit le texte et lui apporte une variété d'interprétations, ou par les différentes attitudes et son voyage à travers le décor. Un décor somme toutes assez épuré dont je vous laisse découvrir les aspects cachés (un fauteuil, quelques ampoules et au sol ce qui ressemble à un tapis).

J'aime - Nane Beauregard - Laure Werckmann - TAPS - photo de répétitions


Dès l'entrée en scène elle va nous surprendre avec sa fausse timidité quand elle arrive et se rencogne sur son fauteuil qui a vécu, pour dérouler, avec malice son passé, ses pensées, ses souvenirs qu'elle réactive pour marquer, nommer cet amour pour son homme, son mari, son amoureux. Et elle va passer en revue toutes sortes de situations ou d'attitudes, comme tous les détails de son corps qui le lui font aimer. Parler de son corps, son physique, sa peau, sa présence, leur intimité, leur sexualité, leur sociabilité, ses attitudes, ses relations, leur relations, des généralités comme des détails de lui, d'eux, de leur vie, mis en scène avec surprise. Quelques-unes de ces surprises tenant à peu de choses, un détail dans le changement d'éclairage, une nouvelle ambiance qui introduit une nouvelle relation, une pluie d'étoile qui nous emporte dans les rêves, une atmosphère étrange, de conte de fées ou une ambiance intime et sensuelle... Des changements de tons et de rythme, un cheminement où la comédienne nous emmène dans son intimé, dans sa tête, dans sa quête d'amour, d'amour de lui, d'amour de soi, où l'aveu de l'amour (j'aime... "qu'il m'aime,... l'aimer...") n'est pas le dernier mot mais l'invitation à nous spectateurs à nous en emparer également pour nous faire nôtre ce sentiment et le partager, le jouer, le dérouler encore.

J'aime - Nane Beauregard - Laure Werckmann - TAPS - photo de répétitions


Et nous disons aussi "J'aime"...    

J'aime ce texte qui navigue entre Godard, Duras et l'Oulipo de Perec mais néanmoins plein de tendresse et d'amour.

J'aime ce jeu qui nous embarque dans une danse de séduction où nous nous demandons si ce n'est pas de nous qu'elle parle, en tout cas c'est ce que l'on aimerait.

J'aime  cette mise en scène fragile, sur la pointe des pieds où l'on partage une vraie complicité avec le personnage.

J'aime cette ambiance de boudoir où nous passons un moment agréable et intime avec cette femme fragile et forte à la fois, qui sait ce qu'elle a, ce qu'elle veut et se le dit et le répète à l'envi.

J'aime aussi les belles lumières de Philippe Berthomé, l'aide à la scénographie d'Angeline Croissant, La très belle musique qui nous embarque à la fin (un tout petit peu trop forte pour le voyage le soir de la première) d'Olivier Mellano et la présence et l'agilité à la régie de Virgine Watrinet, et toute l'équipe qui a permis ce spectacle, et les coproducteurs qui vont le tourner. 

J'aime cette expérience théâtrale, ce pari de présenter ce texte sans artifice, rien que dans le souffle habité et convaincant de cette femme qui ose dire "J'aime" à elle et à nous.


La Fleur du Dimanche


J'aime

Au TAPS Strasbourg, du 16 au 20 novembre 2021

Texte : Nane Beauregard
Adaptation, mise en scène et jeu : Laure Werckmann
Collaboration à la mise en scène : Noémie Rosenblatt
Lumières : Philippe Berthomé
Musique : Olivier Mellano
Costumes : Christian Lacroix
Production : La compagnie Lucie Warrant / Artenréel#1
Administration : Artenréel#1- Joël Beyler
Coproductions (en cours) : TAPS – Théâtre actuel et public de Strasbourg, Théâtre de la Cité – CDN Toulouse Occitanie…

lundi 15 novembre 2021

Le Bruit des Loups au Théâtre du Rond Point: La magie de la forêt de l'enfance

Si vous avez peur du loup, ceci est un spectacle qui va vous réconcilier avec cet animal que l'on juge dangereux et hostile. Mais ne vous méprenez pas, Le Bruit des Loups c'est du spectacle et de l'illusion. Le loup que vous verrez, et que les enfants adoreront parce qu'il est gentil, est un bon comédien, tout comme Etienne Saglio, qui a conçu ce nouveau spectacle, est un très bon magicien. Et il va vous faire regretter les forêts profondes et les marionnettes de votre enfance en vous embarquant dans un flash-back nostalgique avec feu de bois et chants d'oiseaux, un renard qui pointe son nez et de grands arbres rassurants, en tout cas protecteurs. 

Le Bruit des Loups - Etienne Saglio - Théâtre du Rond Point

On se demande d'ailleurs comment ils arrivent à pousser si vite sur scène et devenir si majestueux. Tout comme on est surpris de toutes ces feuilles que le comédien ramasse et qui réapparaissent sans fin dans ce décor en trompe-l'oeil qui ouvre la pièce. Une pièce avec des carreaux noir et blancs, dont quelques-uns magiques qui se froissent tout seuls et deviennent noirs mais qui, d'un coup de balai reprennent leur blancheur initiale. Et, au fond une porte magique par où l'on entre dans un autre monde qui fait disparaitre les objets ou laisser entrevoir le monde sauvage.

Le Bruit des Loups - Etienne Saglio - Théâtre du Rond Point

Ce monde habité par un géant (imposant Guillaume Delaunay) que l'on pourrait penser hostile mais qui est un complice et un soutien de l'enfant du passé. L'enfant (Murielle Martinelli) avec qui nous explorons cet univers de l'enfance avec ses mystères, sa magie, ses bruits et ses chants d'oiseau, ses animaux pas peureux, mais également ses choses cachées et ses surprises, comme l'orage - attention, il fait peur aux enfants, bien que pas très réaliste dans ses effets spéciaux (le son du tonnerre arrivant avant l'éclair).

Le Bruit des Loups - Etienne Saglio - Théâtre du Rond Point


L'intention d'Etienne Saglio est de nous donner envie de retourner dans cet univers sylvestre, à l'image de cette plante en pot du début qui en prend le chemin. Et c'est elle qui en est le meilleur partisan et plaideur, car ses joyeuses danses dans la forêt sont à la fois poétiques et magiques. A ce propos, il faut saluer le travail d'animation de cette plante et également de l'espiègle "Renard" qui ponctue les différents tableaux et scènes avec humour en passant sur l'avant-scène avec une confiance complice. 

Le spectacle en somme nous invite à retrouver notre âme d'enfant et à explorer notre environnement pour nous reconnecter à la nature, sa richesse et ses secrets.


La Fleur du Dimanche


Le Bruit des Loups

Jusqu'au 20 nvembre au Théâtre du Rond Point

22 ET 23 SEPTEMBRE 2021 LE FORUM / FRÉJUS (83)
29 SEPTEMBRE — 1ER OCTOBRE 2021 THÉÂTRE DE CORNOUAILLE / QUIMPER (29)
6 ET 7 OCTOBRE 2021 THÉÂTRE DE LAVAL / LAVAL (53)
15 — 17 OCTOBRE 2021 BONLIEU SCÈNE NATIONALE D'ANNECY / ANNECY (74)
2 - 3 DÉCEMBRE 2021 LE MANÈGE SCÈNE NATIONALE DE MAUBEUGE / MAUBEUGE (59)
15 — 22 DÉCEMBRE 2021 LA COMÉDIE DE GENÈVE / GENÈVE (SUISSE)
6 — 8 JANVIER 2022 CENTRE NATIONAL DRAMATIQUE DE NICE / NICE (06)
27 — 28 JANVIER 2022 ÉQUILIBRE / FRIBOURG (SUISSE)
1ER — 3 FÉVRIER 2022 LE QUAI / ANGERS (49)
28 FÉVRIER — 1ER MARS 2022 L'ÉQUINOXE SCÈNE NATIONALE DE CHÂTEAUROUX (36)
5 ET 6 MARS 2022 L'HECTARE / VENDÔME (41)
18 ET 19 MARS 2022 LE CHANNEL SCÈNE NATIONALE DE CALAIS / CALAIS (62)
31 MARS — 2 AVRIL 2022 L'ESPACE DES ARTS SCÈNE NATIONALE DE CHALON-SUR-SAÔNE / CHALON-SUR-SAÔNE (71)
7 — 10 AVRIL 2022 LA COMÉDIE SCÈNE NATIONAL DE CLERMONT-FERRAND / CLERMONT-FERRAND (63)
18 — 20 MAI 2022 MAISON DE LA CULTURE SCÈNE NATIONALE DE BOURGES / BOURGES (18)
9 — 12 JUIN 2022 MAILLON SCÈNE EUROPÉENNE / STRASBOURG (67)
20 JUIN — 1ER JUILLET 2022 THÉÂTRE NATIONAL DE BRETAGNE / RENNES (35)

Création et interprétation : Étienne Saglio
Et avec : Bastien Lambert
En alternance avec : Murielle Martinelli
Et avec : Guillaume Delaunay, Émile, Boston
Dramaturgie et regard extérieur : Valentine Losseau
Regard extérieur : Raphaël Navarro
Scénographie : Benjamin Gabrié
Musique : Madeleine Cazenave
Création et régie lumière : Alexandre Dujardin
Création sonore et régie son : Thomas Watteau
Conception machinerie et régie plateau : Simon Maurice, Jérémie Quintin
Régie générale et régie plateau : Yohann Nayet
Régie plateau : Louise Bouchicot
Conception et régie vidéo : Camille Cotineau
Création informatique : Tom Magnier
Régie informatique : Nicolas Guichard, Thibaut Champagne
Jeu d’acteur : Albin Warette
Costumes : Anna Le Reun
Coachs animalier : Félix Tréguy, Pascal Tréguy
Logistique de tournée : Pauline Bleher
Direction de production, administration et diffusion : Ay-Roop

vendredi 12 novembre 2021

Mal - Embriaguez Divina de Marlene Monteiro Freitas: Le Mal sourd et se répand en vagues

 Tout semble aller de soi quand l'on rentre dans la salle pour la pièce de Marlene Monteiro Freitas Mal - Embriaguez Divina, une joyeuse troupe joue à un jeu qui ressemble à du volley. Mais en regardant plus attentivement - et aussi en écoutant, on se dit que quelque chose cloche, à part le bruit de la balle et les pas des joueurs, c'est le silence. D'autre part, on se dit que le filet qui se trouve entre nous et les joueurs et le relèguent au fond de la scène, derrière ce qui semble être des gradins ou une tribune, et qui est tournée vers nous, ces filets ressemblent curieusement à un grillage et que peut-être ces joueurs sont enfermés, ils jouent dans une cour de prison.... Mais nous n'en aurons jamais le coeur net, la fin de partie est signifiée et le spectacle commence pour de vrai avec un homme, noir, habillé d'un manteau bleu nuit, gants blancs,  nous fait face, kalachnikov à la main, et que l'on entend des bruits qui pourraient être des cris de douleur et de torture. La violence est là, sourde, et elle le sera ainsi tout au long de la pièce.


Mal-Embriaguez Divina - Marlene Monteiro Freitas - Photo:Peter Honnemann-Kampnagel

Ce qui va se dérouler sous nos yeux, sera, d'une certaine manière, déroutante, une sorte de théâtre de marionnettes dans lequel les personnages, aux gestes et aux mouvements mécaniques, passent de défilés militaires de pacotille - au pas de l'oie ralenti - à des séquences de réunions bureaucratiques sur des gradins, de tribunal, d'église, d'hémicycles politiques, de réunions administratives symboliques, lors desquelles les danseur.euse.s glissent de place en place, entre baîllements, borborygmes, gestes mécaniques ou endormissements. Des situations ubuesque, oscillant entre le cinéma muet plus ou moins comique, mélange de Tati, Chaplin et le Dr Folamour et le théâtre balançant entre Cantor et Boal. De temps en temps, le côté martial et ses défilés avec un drapeau blanc - les costumes eux aussi sont assez symboliques, des robes-manteaux sombres et des chaussettes et de gants blancs - reprend le dessus. Ces gants découvrent des mains violettes (le rouge symbolique est décalé en couleur mystique).


Mal-Embriaguez Divina - Marlene Monteiro Freitas - Photo:Peter Honnemann-Kampnagel


Tout comme on découvrira, vers la fin du spectacle, chez celle qui trône comme une reine le handicap. Des heurts, ou tentative d'attentat, explosions et combats sont simulés, puis des mouvements de foule. De temps en temps, une musique et des chants qui semblent assez joyeux naissent au loin pour nous envelopper et nous redonner un peu de courage dans ce délire froid et arrogant. De temps en temps, un filet orange se baisse devant cet aéropage de vieillards séniles bourrés de tics  et grimaçants qui radotent en gestes saccadés et sans fin, comme pour nous protéger de cette atmosphère oppressante qui passe par une prise d'otage, une crucifixion et un enterrements dans un cercueil de paperasse néfaste.


Mal-Embriaguez Divina - Marlene Monteiro Freitas - Photo:Peter Honnemann-Kampnagel


Cette paperasse qui envahit tout, des papiers tamponnées et proprement rangé à leur place, à des documents que l'on classe ou transporte, papiers d'identités ou dossiers secrets, des papiers découpés que l'on transforme en ville imaginaire et envahissante, pour quelquefois finir en petits avions pertubateurs. Et dans cette pieuvre administrative où se joue le pouvoir, chacun, comme la dite reine cherche à garder sa place pourtant amovible et incertaine. Ce théâtre du mal joue avec la comédie du dérisoire, nous faisant oublier le temps de l'inconscience du jeu pour nous amener dans la pesanteur des rouages bureaucratiques sinon pire, de ceux qui broient l'individu en le classant ou le brimant, par des pantins désarticulés jouant d'un pouvoir d'opérette bien pesant. Une sorte d'exorcisme pour nous, spectateurs?   


La Fleur du Dimanche


Mal - Embriaguez Divina


Chorégraphie, Marlene Monteiro Freitas
Assistant, Lander Patrick de Andrade
Avec Andreas Merk, Betty Tchomanga, Francisco Rolo, Henri « Cookie » Lesguillier, Hsin-Yi Hsiang, Joãozinho da Costa, Mariana Tembe, Majd Feddah, Miguel Filipe
Lumières et scénographie, Yannick Fouassier
Assistant scénographie, Miguel Figueira
Son, Rui Dâmaso
Recherche, Marlene Monteiro Freitas, João Francisco Figueira
Dramaturgie, Martin Valdés-Stauber
Costumes, Marisa Escaleira
Le Festival d’Automne à Paris est producteur délégué de la tournée francilienne de ce spectacle.
Les Spectacles vivants – Centre Pompidou et le Festival d’Automne à Paris sont coproducteurs de ce spectacle.
Le Festival d’Automne à Paris présente ce spectacle en coréalisation avec Les Spectacles vivants – Centre Pompidou et le Nouveau théâtre de Montreuil, centre dramatique national.
Production P.OR.K (Bruna Antonelli, Sandra Azevedo, Soraia Gonçalves – Lisbonne) ; Münchner Kammerspiele (Munich)
Distribution Key Performance (Stockholm)
Production de la tournée francilienne Festival d’Automne à Paris

Coproduction Biennale de la danse de Lyon 2020 ; Pôle européen de création – Ministère de la Culture/Maison de la Danse en soutien à la Biennale de la danse de Lyon 2020 ; Culturgest – Fundação Caixa Geral de Depósitos (Lisbonne) ; HAU Hebbel am Ufer (Berlin) ; Kunstenfestivaldesarts (Bruxelles) ; International Summerfestival Kampnagel (Hambourg) ; Künstlerhaus Mousonturm (Francfort) ; Les Spectacles vivants – Centre Pompidou (Paris) ; NEXT Festival (Eurometropolis Lille, Courtai, Tournai et Valenciennes) ; Ruhrtriennale (Bochum) ; TANDEM, scène nationale (Douai-Arras) ; Teatro Municipal do Porto (Porto) ; Theater Freiburg (Fribourg) ; Wiener Festwochen ; Festival d’Automne à Paris

Coréalisation Les Spectacles vivants – Centre Pompidou (Paris) ; Festival d’Automne à Paris

Coréalisation Nouveau théâtre de Montreuil, centre dramatique national ; Festival d’Automne à Paris

Avec le soutien du CML – Câmara Municipal de Lisboa, Dançando com a diferença (Funchal), Fabbrica Europa|PARC – Performing Arts Research Center (Florence), La Gare – Fabrique des arts en mouvement (Le Relecq-Kerhuon), Polo Cultural Gaivotas | Boavista (Lisbonne), Reykjavík Dance Festival (Reykjavík)

samedi 6 novembre 2021

Ce qu'il faut Dire au TNS: le dire, le redire et se le répéter, ce beau poème noir

 Avant d'écouter "Ce qu'il faut dire" au TNS, ou même après l'avoir écouté et avant de le relire, ce qu'il faut savoir, ce sont deux trois choses: 

Tout d'abord ce texte, et l'autrice Léonora Miano le dit dans le livret du spectacle, ce n'est pas un texte de théâtre, ce n'est d'ailleurs pas un texte, c'en sont trois. Mais ces trois, rassemblés dans ce livre sous ce titre sont des poèmes, des déclamations, des "adresses". Au départ, ce sont des textes que l'autrice a "performés" sur une scène accompagnée d'un batteur-lecteur, Francis Lassus. Et je dis bien scène et non "plateau". Et le titre vient du fait que les spectateurs de ces récitals lui demandant les textes et "qui les avaient entendus pensaient que c'était ce qui n'avait pas été dit." 

TNS -Océane Caïraty- Mélody Pini - Ysanis Padonou - Photo: Jean-Louis Fernandez


Donc, "Ce qu'il faut dire", il faut l'entendre, mieux, il faudrait l'entendre avec la voix de Léonora Miano (comme le suggère Mélodie Pini (toujours dans le livret programme): "la voix de Léonora Miano m’a beaucoup éclairée sur ses écrits. J’avais très vite cherché à l’écouter − dès la découverte de son écriture − et dans son ton, dans son état, je perçois d’emblée où elle se situe, ce qu’elle raconte me parvient encore plus fort. Elle a un timbre de voix particulier, un calme, une intelligence, une confiance, une ironie qui m’aident à saisir l’étendue de sa parole. [...] La première fois que j’ai lu Écrits pour la parole, je ne connaissais pas sa voix, sa manière de dire. J’étais plus jeune aussi, et je me souviens que le texte m’avait paru très dur. Elle est tellement directe ! Le texte m’avait non pas agressée mais troublée: je la trouvais très vindicative. À partir du moment où je l’ai entendue, j’ai senti à quel point elle avait dépassé ça, il y avait quelque chose d’apaisé, mais qui reste très clair − elle n’y va pas par quatre chemins."

Et ce que Stanislas Nordey a réussi à faire dans cette mise en scène, c'est de faire passer ces trois textes avec un apaisement et une force sans violence (la violence est dans le texte et ce qu'il peut provoquer en nous) et de nous l'amener dans les trois "états" dans lesquels sont les narrateurs de ce trois textes.

TNS - Ce qu'il faut Dire - Ysanis Padonou - Portrait - Photo: Jean-Louis Fernandez

Pour le premier, "la question blanche" avec le dispositif de cette caméra qui montre en gros plan le visage de la jeune comédienne Ysanis Padonou dans toute sa proximité et son charme, devient un genre de confession intime. Le texte est poétique, mis en espace et parle aussi du livre des morts et de la peur de mourir.  Elle s'adresse à l'auditeur, individuellement, et nous chuchote cette remise en question de l'usage des termes "noir", "blanc", "Afrique". Elle nous bouleverse, nous met en déséquilibre et nous interroge, interroge nos certitudes et les fait vaciller. Elle nous fait "bouger", individuellement, nous sommes tous concernés, chaque spectateur est "adressé", à nous de nous en sortir, pas aux autres. C'est un premier coup qui nous est asséné. 

TNS - Ce qu'il faut Dire - Mélody Pini - Portrait - Photo: Jean-Louis Fernandez


Le deuxième, "le fond des choses" est encore plus fort. Comme le titre l'indique, nous allons à la racine en interrogeant, mais pas seulement, en remettant aussi à leur place les fausses idées ou les oublis, volontaires ou non sur lesquels nous avons construit notre savoir et nos certitudes d'aujourd'hui. Il y est question de colonisation, et même avant "d'immigration non désirée". L'on se met à la place des Amérindiens voyant débarquer les migrants européens qui les spolient de leurs terres. Léonora Miano écrit "La confusion pathologique / Entre rencontre et assujettissement / Entre contact et viol / Entre échange et pillage." Le "découpage" (artificiel sur un bureau) de l'Afrique par les Européens qui veulent profiter de ses richesses (naturelles et humaines) ou la "séparation" du nord du continent "le Maghreb", du sud du Sahara, l'"Afrique" est aussi mis en perspective. Toute une séries de fondamentaux sont interrogés, dans une poème épique et dynamique, interprété dans une dynamique positive et accueillante par Mélody Pini qui arpente la scène dans un magnifique costume rouge alors que sur l'écran de fond de scène très coloré affiche en capitales les termes en question(nement): Les autres; l'Europe, Assimilation, Kamerun (au sujet de l'indépendance réprimée). Pour finir, elle quitte son micro pour se rapprocher du public et signifier "On peut en parler, si vous voulez, du sujet de l'immigration des indésirables, c'est un vrai sujet". Mais c'est vrai qu'on est au théâtre. A nous d'en parler après...

TNS - Ce qu'il faut Dire - Océane Caïraty - Protrait - Photo: Jean-Louis Fernandez


Pour le troisième texte, une surprise, un homme (Gaël Baron) débarque sur scène pour nous conter son "rêve" - un peu le monde à l'envers, un monde idéal pour lui qui serait l'inverse de ce que nous vivons, la glorification ou au moins la reconnaissance, chez nous de cette Afrique et des Africains par le remplacements des noms des rues sur les plaques par des noms de leurs pays (par exemple Louis Delgrès remplaçant Colbert). Il va aussi parler de sa double identité, pas facile à joindre. Et ce passage par le rêve va amener le troisième récit, dit par Océane Caïraty, qui partant du rêve de Maka, de son désir, mais aussi du présent, de l'endroit où il parle, et du chemin  faire. Elle va projeter une discussion, un dialogue idéal avec lui pour le convaincre de changer, de faire avancer les choses, interrogeant par là même ses semblables et leurs positions. L'impossibilité aussi quelquefois de bouger: "Comment fraterniser", si "Ici ce ne sera jamais chez nous" et "Les héros des uns sont les bourreaux des autres". Et elle va s'éloigner au propre et au figuré, vers les racines, les souches, la poésie, vers l'"ensauvagement du monde", rentrer plus en elle, essayer de trouver la sérénité, pour tout à la fin s'assoir en bord de plateau et nous confier, calme ses rêves et son chemin: "La soirée promet d'être longue, et long la route de la fraternité." Nous aurions aimé un peu de lâcher prise un peu plus tôt (même déjà au micro), mais c'était une "première" et il faut rappeler que les trois comédiennes viennent tout juste de sortir de l'école du TNS (Groupe 44). Saluons à ce propos l'engagement de Stanislas Nordey pour cette ouverture et aussi son programme 1er Acte.
L'on ne serait pas complet si nous ne notions la très belle performance de la percussionniste Lucie Delmas qui ponctue, très discrètement pour le premier texte, de manière un peu plus appuyée pour le troisième la parole des comédiennes sur une composition d'Olivier Mellano. Elle intervient aussi sur les interludes où des vidéos noir et blanc illustrent à merveille le discours de la colonisation et de la soumission dans un choix approprié (vidéo de Jérémie Bernaert). La scénographie d'Emmanuel Clolus arrive à faire vivre suffisamment cet espace imaginaire, terrain de jeu et de compétition avec ses barrières et ses écrans, tandis que les costumes de Raoul Fernandez apportent la couleur qu'éclaire justement Stéphanie Daniel qui apporte l'atmosphère propice à chaque scène.

TNS - Ce qu'il faut Dire - Léonora Miano - Photo de répétition: Jean-Louis Fernandez 

Et même si ce n'est pas du théâtre au sens classique - mais faut-il absolument qu'il soit classique, le théâtre, c'est un beau spectacle qui, comme devrait le faire chaque pièce, nous reste au fond de la mémoire et nous porte à bouger, en tout cas qu'il faut aller voir.


La Fleur du Dimanche


Ce qu'il faut dire

Du 6 au 20 Novembre 2020

CRÉATION AU TNS
Texte Léonora Miano
Mise en scène Stanislas Nordey
Avec Gaël Baron, Océane Caïraty, Ysanis Padonou, Mélody Pini et la percussionniste Lucie Delmas
Collaboratrice artistique Claire ingrid Cottanceau
Scénographie Emmanuel Clolus
Costumes Raoul Fernandez
Musique Olivier Mellano
Lumière Stéphanie Daniel
Vidéo Jérémie Bernaert
Stagiaire à la mise en scène Yéshé Henneguelle
Le décor est réalisé par les ateliers du Grand-T Nantes et du TNS 
Les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS
Ce qu'il faut dire de Léonora Miano est publié et représenté par L’Arche - Éditeur & agence théâtrale.
Production Théâtre National de Strasbourg
Remerciements aux Percussions de Strasbourg

vendredi 5 novembre 2021

36 fleurs pour JAZZDOR: l'Ouverture piano et Prévert

 Après une année presque blanche mais qui a vu, à la place du festival en 2020 le soutien à de jeunes artistes en résidence et la production de 5 disques, rien que cela, on ne peut pas dire que JAZZDOR fait 36 choses à la fois. Mais la fidèle équipe autour de Philippe Ochem nous offre pour la présente édition pas moins de 36 concerts dont 12 créations et quelques événements. Le tout dans de nombreux lieux  à Strasbourg et environs, entre autre à Bischwiller et même à Mulhouse à la Filature et bien sûr aussi dans le cadre de JazzPassage à Offenbourg. Un programme qui mixe des têtes connues (Wollny, Risser, Léandre, Couturier, Böhm, Kassap, Portal, Wesseltoft, Lagrène,...) et plein de promesses de belles découvertes.

JazzdOr 2021 - Sophia Domancich - Photo: lfdd


Comme découverte, par exemple Sophia Domancich (même si pour JAZZDOR où elle a déjà joué à Berlin avec Simon Goubert en 2017). Son parcours de pianiste l'a amenée à travailler avec des musiciens qui faisaient partie de groupes comme Gong, Soft Machine ou Henry Cow et aussi avec l'Orchestre National de Jazz auquel elle participe de 1997 à 2000 Didier Levallet, Joëlle Léandre et le batteur Ramon Loppez (qui donnera un concert ce samedi 6 à la Médiathèque Olympe de Gouge) ou Jean-Jacques Avenel avec qui elle a fait trois disques, avec également Simon Goubert, et David Liebman sur le dernier. 

JazzdOr 2021 - Sophia Domancich - Photo: lfdd

JazzdOr 2021 - Sophia Domancich - Photo: lfdd

JazzdOr 2021 - Sophia Domancich - Photo: lfdd


Pour ce concert, elle sera en solo au piano et à côté son Piano Fender Rhodes. Elle alternera pour les quelques morceaux qu'elle nous offre entre le son plus matériel du piano ou les sons soit plus triturés ou les vibrations et résonnances du Fender Rhodes sur lequel quelquefois elle lance des mélodies qui la suivent sur la piano, magnifiques rêveries, contes de fées ou ritournelles histoires sans paroles. Ou encore des moments plus détendus alternant avec des distorsions au Fender. Pour finir, elle nous emmène dans un genre de mélodie d'hymne national qui finit dans une envolée nerveuse.

JazzdOr 2021 - André Minvielle - Papanosh - Photo: lfdd

Suite de la soirée (qui finit presqu'à minuit): c'est au tour d'André Minvielle le poète et chanteur vocal'chimiste qui avec le quintet Papanosh de présenter, autour de textes de Pierre Prévert "Prévert Parade" qui a donné lieu à un disque éponyme.

C'est un texte engagé de 1933 "Citroën", (aussi  appelé "Vive la grève")qui décrit l'ascension sociale du "tôlier" André (Citroën) et de sa capacité à exploiter les ouvrier pour "faire des bénéfices" sur leur dos qui débute la soirée, suivent des poésies diverses, plus ou moins surréalistes, dont, entre autres, une texte intitulé "Guerre" et qui parle (déjà) de la déforestation, Les petits plats dans les grands, je vous en offre quelques extraits:

JazzdOr 2021 - André Minvielle - Papanosh - Photo: lfdd


C'était un grand dîner de Première Communion

Il y avait le cousin Ponce Pilate
La cousine Bette les quatre fils Edmond
Les frères Lumière les soeurs Tourière
L'oncle Sam les enfants d'Edouard Drumont
Les filles de Loth les filles de Camaret
Et celle de Minos et de Pasiphaé
Et le gendre de Monsieur Poirier
La mère Michel Strogoff et le père Lustucru
On n'attendait plus que le père Ubu

L'amiral: Larima / Larima quoi / La rime à rien

Étranges étrangers

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays lon
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d'Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d'Aubervilliers
[...]
Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés
[...]
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez. 

JazzdOr 2021 - André Minvielle - Papanosh - Photo: lfdd


Les compositions ont été faite par les musiciens de Papanosh, sur des rythmes langoureux, de marches nuptiales ou  des improvisations qui vont chercher du côté du free jazz et encore du big band. C'est varié et l'on sent la jouissance des musiciens à triturer ces textes et à dialoguer avec André Minvielle qui en plus de son jazz vocal original se sert de petites percussions sommaires. La musique est énergique, et presque tous les musiciens poussent le chansonnette, souvent en ayant écrit l'arrangement, citons les cinq musiciens: Quentin Ghomar à la trompette (et au trombone), Raphaël Quenehen au saxophone (parfois deux des deux mains!), Sébastien Palis au piano (et synthé), Thibaut Cellier à la contrebasse (et à l'archet), et Jérémie Piazza à la batterie (et à la belle chemise rouge et noir). Et pour couronner le tout, le public a été mis à contribution (timidement pour "La brouette", une chanson à trois temps) et avec un vrai succès pour "le Poème de Famille" tous les Louis qui n'arrivent même pas à compter jusqu'à vingt! 

Bon Festival ....

La Fleur du Dimanche

jeudi 4 novembre 2021

La Traversée de l'Atlantique par l'OPS: Brahms, Dvorak: va-et-vient de dialogues musicaux intenses

 La soirée de concert de l'OPS - Orchestre Philharmonique de Strasbourg met au programme trois oeuvres qui marquent un renouvellement de la musique de leur époque, de magnifiques morceaux, on peut dire chefs-d'oeuvres, de leurs auteur, connus mondialement - et même ayant fait le voyage sur la Lune pour ce qui est de la Symphonie du Nouveau Monde d'Antonin Dvorak (avec Neil Armstrong en 1969).

Orchestre Philharmonique de Strasbourg - Marko Letonja - Arabella Steinbacher - Brahms - Photo: lfdd

Pour bien profiter du concert, l'OPS a eu la bonne idée d'organiser des "conférences d'avant-concert" et celle du jour est présentée par Daniel Payot, professeur émérite en philosophie de l'Art à l'Université de Strasbourg, qui présente le Concerto pour violon et orchestre de Brahms. En 45 minutes bien remplies, il nous offre la biographie de Brahms et son oeuvre, son positionnement par rapport à la personnalité de Beethoven (qui lui aussi a écrit neuf symphonies et un concerto pour violon, lourd héritage à assumer), puis s'intéresse plus précisément à l'oeuvre en présentant le contexte, le dédicataire: le violoniste et compositeur Joseph Joachim, ainsi que des analyses de trois critiques éclairées sur la pièce. Il analyse les trois mouvements - avec écoute d'extraits éclairants - en rendant attentif à certains aspects de composition ou des références, par exemple les "cadences" dans le 1er mouvement, laissées au libre choix des solistes (la plus connue, celle du dédicataire que la soliste Arabella Steinbacher va également jouer, et la vingtaine d'autres), le dialogue hautbois-violon du deuxième mouvement, avec une intervention du hautbois un peu longue avant le violon, qui a servi de prétexte à un violoniste célèbre de refuser d'inscrire la pièce à son répertoire, et, pour le troisième mouvement, la tonalité hongroise de la composition. Le public, très nombreux, a apprécié les explications.

Orchestre Philharmonique de Strasbourg - Marko Letonja - Weber - Photo: lfdd


Pour les mettre en pratique dans la salle de concert où l'on commençait avec une courte pièce de Carl Maria Von Weber, l'Ouverture d'Obéron (1824) cet opéra romantique basé à la fois sur Shakespeare (Le songe d'une nuit d'été) et le poème épique Obéron de Christophe Martin Wieland. Une pièce changeante, où les cors alternent avec la légèreté des violons et le rythme aérien de danse varie avec le ton grave des vents.

Orchestre Philharmonique de Strasbourg - Marko Letonja - Arabella Steinbacher - Brahms - Photo: lfdd


Pour la pièce de Brahms le Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op.77 (1878), ce sont aussi les cors qui démarrent la partie, puis l'orchestre, laissant un temps à la soliste pour intervenir, rejointe par la flute. De temps en temps, le hautbois reprend aussi avec délicatesse certains passages doux et posés. Suit un magnifique dialogue entre le violon solo, magnifique et totalement engagée Arabella Steinbacher, où l'une et les autres font symbiose et se soutiennent mutuellement. On sent qu'elle donne à l'orchestre le relais et qu'elle est totalement imprégnée dans la musique. C'est flagrant pour ladite "cadence" très intériorisée mais aussi très énergique et virtuose et où elle passe le relais à la fin dans une délicate et presqu'imperceptible suspension intime haut perché. 

Orchestre Philharmonique de Strasbourg - Marko Letonja - Arabella Steinbacher - Brahms - Photo: lfdd

Orchestre Philharmonique de Strasbourg - Marko Letonja - Arabella Steinbacher - Brahms - Photo: lfdd


L'Adagio démarre par les vents et surtout par une longue introduction du thème par le hautbois, mais l'ensemble du mouvement sera une longue et tendre sérénade où se répondent intelligemment le violon et le hautbois de Sébastien Giot en soliste.

Orchestre Philharmonique de Strasbourg - Marko Letonja - Arabella Steinbacher - Brahms - Photo: lfdd


Le troisième mouvement, l'Allegro giocoso, non troppo vivace est l'occasion de reprendre le dialogue entre les vents, les cordes, et la soliste dans une formidable atmosphère hongroise, avec des danses endiablées et des coups d'archets énergiques qui nous font trépigner dans nos fauteuils. Les changements de rythmes ne nous laissent pas de répit et la fête tzigane est réellement présente sous nos yeux, éxubérante et joyeuse. Un bel élan pour l'automne. Cela n'a pas déplu au public dont les applaudissements ont bien mérité le bis qu'Arabella Steinbacher leur a offert, en l'occurrence une très sensible et émouvante pièce de Bach, une Chaconne. Un magnifique cadeau.

 

Orchestre Philharmonique de Strasbourg - Arabella Steinbacher - Bis - Bach - Photo: lfdd

Pour la suite du programme, après l'entracte, la très connue Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak (1893). C'est une pièce qu'il a composée à New York quand une riche mécène, Jeannette Thurber, l'avait embauchée pour diriger le conservatoire National de New York et elle compte pour être la première symphonie des Etats-Unis.

Orchestre Philharmonique de Strasbourg - Marko Letonja - Dvorak - Photo: lfdd

Elle a été reprise à de nombreuses occasions et de nombreux  musiciens et chanteurs, dont Gainsbourg et Yves Simon et ses thèmes ont servi à nombre de mélodies, entre autres Le Seigneur des Anneaux. Et bien que d'inspiration "américaine" - entre autres le poème de William Longfellow "Le Chant de Hiawatha" qui conte des légendes indiennes, et son côté "musique de Western" qu'elle véhicule aujourd'hui, elle garde une inspiration très "bohémienne", référence au pays d'enfance de Dvorak, au Nord de Prague où est né le compositeur du temps de l'empire d'Autriche. La pièce est très rythmée et très dansante et démarre avec l'Allegro sur des airs qui ressemblent à des polkas, avec moult percussions (les timbales rythment souvent la pièce) et des alternances entre les vents - flutes et solos de clarinette de Sébastien Koebel - et des passages pleins d'énergie.

Orchestre Philharmonique de Strasbourg - Marko Letonja - Dvorak - Photo: lfdd
  

Le Largo démarre avec une mélodie douce et nostalgique suivi d'une mélodie lancée par la flute et la clarinette reprise par l'orchestre, comme un murmure avant que le thème de l'adagio ne soit repris tout en lenteur. Suit le Scherzo, beaucoup plus énergique et dansant, parsemé de chants d'oiseaux. Il faut voir la douceur du chef, Marko Letonja, à emmener l'orchestre dans cette danse ensorcelante puis leur insuffler l'énergie molto vivace. L'Allegro con fuoco reprend avec puissance le premier mouvement pour arriver à une chevauchée fantastique. S'immisce un air bucolique à la clarinette qui nous entraine dans une promenade champêtre. Pour finir dans un climax d'énergie où le thème est poussé à son paroxysme.


La Fleur du Dimanche