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samedi 11 mars 2023

Mary Poppins avec l'OPS: un voyage immersif qui vous fait vous envoler dans les airs.... chantés

 Mary Poppins a sûrement bercé, et émerveillé votre jeunesse. Que ce soit le livre de Pamela L. Travers dans la Bibliothèque Rose (avec le bandeau rouge!) - l'original est sorti en 1934 à Londres) ou le film des Studios Walt Disney, réalisé en 1964 par Robert Stevenson avec la belle Julie Andrew et le dansant et bondissant Dyck van Dike. Alors pourquoi ne pas prendre un bain de jouvence et revoir cette petite merveille à l'occasion du ciné-concert  Mary Poppins proposé par l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg sous la direction de Dirk Brossé. C'est l'occasion d'y emmener vos enfants, petits-enfants ou neveux et nièces pour leur faire faire un voyage immersif et enchanteur. L'idée des "ciné-concerts" de l'OPS qui s'est répandue depuis quelques années - rappelez-vous le "Matrix" pour les 10 ans du Zénith ou le "Chaplin" en 2021- )  a cela de bon qu'elle permet de profiter à la fois du film et de l'expérience de l'orchestre "en vrai". Et de sensibiliser ce jeune public à la musique, qu'elle soit classique ou la musique de films. Il faut rappeler que ce travail de sensibilisation auprès du public "jeune" se déroule toute l'année avec des concerts dans le programme comme L'Apprenti Sorcier de Paul Dukas, Casse-Noisette de Tchaïkovski ou "Le Voleur de Mélodie" avec Claire Trouilloud (dont les 3 concerts de mai sont déjà complets). 


Marry Poppins - Ciné-Concert - Orchestre Philharmonique de Strasbourg - Dirk Brossé - Photo: lfdd


Ces expériences sont intéressantes et enrichissantes parce qu'elle permettent, tout en appréciant la musique, de se rendre compte que dans un film par exemple, la musique que l'on entend est jouée, interprétée par de vrais musiciennes et musiciens en chair et en os et qu'elle l'est sur des instruments divers et variés. C'est d'ailleurs un des intérêts de ce genre de spectacle, à savoir essayer, si l'on arrive à détourner le regard de l'écran, de voir au moment où l'on entend un son, de trouver l'interprète ou les interprètes qui participent à la concrétisation de ce(s) sons et de voir à quoi ressemble l'instrument qu'ils utilisent.  Cela peut être, dès le début, l'accordéon de Marie-Andrée Jeorger ou, pour le manège, la harpe et le glockenspiel, ou la contrebasse et son rythme dansant, la caisse claire qui marque les pas, les cordes (violon, alto, violoncelle et contrebasses qui nous emportent dans des vagues mélodiques, la flûte ou la clarinette, entre autres pour le chant ou l'orchestre à l'unisson pour faire monter la tension ou l'émotion. Parce que la musique, surtout si elle est interprétée en direct apporte un complément appréciable à l'émotion qui nous submerge dans le recit qui se déroule devant nous sur l'écran.


Marry Poppins - Robert Stevenson


Et l'histoire est passionnante et en même drôle et instructive. Les multiples péripéties qui surviennent et emportent les deux enfants Banks, Jane et Michael, grâce à cette nouvelle nurse arrivée par les airs, Mary Poppins, et Bert, le poète des rues, nous transportent entre rire et joie, surprise et tristesse, nostalgie et réconfort. Le film, à la fois moralisateur et un brin iconoclaste, presque anarchisant, est une leçon de vie et d'amour filial doublé d'une belle humanité. Et c'est du grand spectacle. Un spectacle total avec les magnifiques scènes de danse - entre autres le ballet des ramoneurs sur les toits de Londres - des scènes d'anthologie - le rangement de la salle de jeu ou les passages traités en dessin animé pleins de poésie et de rêverie, et même de suspense et d'humour. Le film n'a pas volé ses cinq Oscars récoltée en 1965:  celui de la meilleure actrice pour Julie Andrews; les meilleurs effets visuels (Peter Ellenshaw, Hamilton Luske, Eustace Lycett) avec toute l'inventivité et la poésie visuelle du film, le meilleur montage , la meilleure musique originale par Richard M. Sherman et Robert B. Sherman et la meilleure chanson originale Chim Chim Cher-ee, chanson qu'il est donné aux enfants et aux grandes personnes de chanter en choeur à la fin du film ave l'orchestre sous la direction du chef de chœur de l’OPS, Jean-Philippe Billman ainsi que Un morceau de sucre et Supercalifragilisticexpialidocious. 


Parry Poppins - Robert Stevenson


Pour ne pas fourcher dans la chanson il y avait quelques répétitions préalables. Parce que tout cela est de haute volée, les chansons et la musique. C'est qu'a fait remarquer le chef Dirk Brossé, en pointant le fait que l'orchestre avait la difficile tâche de rester "calé" sur le déroulé du film puisque les paroles sont enregistrées et ce sont ces paroles qui donnent le tempo! Il n'est pas question d'en dévier.  Dirk Brossé lui-même, coiffé de son casque et aidé d'un écran de contrôle pour la projection et le déroulé de la bande son du film est en quelque sorte un "spécialiste" de l'exercice. Musicien et compositeur de musique classique et variée ainsi que de comédies musicales et de musiques de films (il a été eu un Emmy Award), il a enregistré plus de 100 disques et a créé en 2001 le Festival de Musique de Films à Gand et a mené la tournée "Star Wars en concert" à partir de 2009.  Et nous avons pu apprécier pour ce concert sa précision et son engagement qui a porté le film au-delà de l'écran. Une superbe expérience.


La Fleur du Dimanche

jeudi 18 novembre 2021

With a Smile, Ciné-Concert: Chaplin l'homme orchestre nous fait rire et pleurer

 Charlie Chaplin, un géant du film muet et du parlant est un magnifique comédien, un superbe comique, un grand acteur, et on le découvre grand danseur et compositeur de talent avec cette soirée "With a Smile" proposée par l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg à la salle Erasme du PMC. 

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Photo: lfdd
With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Photo: lfdd

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Photo: lfdd


Un concert où non seulement on écoute de la musique, mais on entend aussi fuser des rires (ce qui est rare dans ce respectable auditorium), des applaudissements nourris et des hourras pour saluer la magnifique prestation de l'orchestre et du chef Frank Strobel. Ce dernier, qui s'est fait une spécialité de proposer et de diriger des représentations de musiques de film est à l'origine, avec l'European FilmPhilharmonic Institute qu'il a cofondé, de ce programme alléchant et excitant. 

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin -  The Kid - Photo: lfdd


Pour en revenir à Chaplin, le comédien qui a débuté comme danseur de claquette et comédien, a intégré à 19 ans la troupe de Music-hall avec Fred Karno, à Londres et en tournée aux Etats-Unis avant de jouer avec Mack Sennet puis à Hollywood à 25-26 ans. Très vite, à 30 ans, il fonde la société de Production United Artists (Les Artistes Associés) avec Douglas Fairbanks, Mary Pickford et D.W. Griffith, puis réalise son premier film The Kid à 32 ans. 

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Le Dictateur - Photo: lfdd


Il est non seulement acteur, danseur, réalisateur mais également musicien et c'est lui qui propose les musiques ou les compositions qu'il joue sur son violon ou un piano, airs dont il supervise les arrangement ou les reprises de pièces classiques: Wagner ou que nous avons pu entendre sur les extraits du film Le Dictateur (Lohengrin) ou Brahms, avec la Danse hongroise N° 5, une superbe interprétation de la scène chez le barbier, où l'orchestre en direct soutient la tension qui plaque le spectateur dans son fauteuil en totale empathie avec le personnage sous les allègres et précis coups de rasoir de Charlot barbier. Sans oublier la bucolique parodie de L'Après-midi d'un Faune de Debussy où Charlot batifole dans les prés en compagnie de légères nymphes en référence à Nijinski. Debussy qui avait pressenti son talent à Charlot lorsqu'il avait à peine 20 ans en lui disant: "Vous êtes d'instinct un musicien et un danseur". 

With a Smile - OPS - Chaplin - The Kid - Photo: Nicolas Rosès


Et nous allons, tout au long de cette soirée pouvoir apprécier ces multiples talents, d'acteur, de clown sympathique, de philosophe (avec le discours "humaniste" du Dictateur), de mélomane et de compositeur, surtout, par ses partitions, ses mélodies et ses airs que nous allons redécouvrir tout au long du programme. Nous les connaissons et les retrouvons avec nostalgie, que ce soit la musique allègre de cirque et de parade, ses multiples scènes de poursuite, de sketches burlesques... la musique nostalgique ou romantique de ses histoires d'amour, ou d'amitié, de séquences empreintes d'humanisme, d'amour du prochain ou des hommes en général, ses critiques de la civilisation industrielle et du progrès froid,... ses scènes de fêtes, de bals ou de réjouissances aussi.


With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chalie Chaplin - Photo: lfdd


With a Smile - OPS - Frank Strobel - Charlie Chaplin - Photo: lfdd


L'orchestre, tout de noir habillé va donc nous accompagner dans ce voyage chronologique dans le temps - On part, avec l'ouverture d'images d'archives des débuts du chanteur Charles Spencer Chaplin puis de ses premiers films (le personnage du vagabond et ses tentatives comiques de se nourrir, la touchante histoire du Kid, prétexte à combats et poursuites comiques, et un court-métrage "A la rencontre du Vagabond" (The Tramp) dont il a composé la musique plus tard, tout comme la très émouvante Swing Little Girl composée en 1968 pour "Le Cirque". La première partie de la soirée se clôt avec des extraits hilarants des Temps Modernes, avec une transposition de la folie du travail à la chaine qui déteint sur le héros, qui, confondant boulons et boutons, poursuit des femmes dans la rue dans son idée fixe de les "serrer" et surtout la chanson "Titine" 'Nonsense) en "charabia" ("Bogus language", un petit chef d'oeuvre qui se fait attendre, d'autant plus que c'est la première fois dans le monde que l'on entend la voix de Charlot (1936).

Entracte:


Musique de Leo Daniderff. Paroles de Charles Chaplin. Chantée par Charles Chaplin.

Se bella giu satore
Je notre so cafore
Je notre si cavore
Je la tu la ti la twah
La spinash o la bouchon
Cigaretto Portabello
Si rakish spaghaletto
Ti la tu la ti la twah
Senora pilasina
Voulez-vous le taximeter?
Le zionta su la seata
Tu la tu la tu la wa
(Cavore - from cavort?
Voulez-vous le taximeter?
Would you like the taximeter?)
Sa montia si n'amora
La sontia so gravora
La zontcha con sora
Je la possa ti la twah
Je notre so lamina
Je notre so cosina
Je le se tro savita
Je la tossa vi la twah
Se motra so la sonta
Chi vossa l'otra volta
Li zoscha si catonta
Tra la la la la la la ...

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Limelight- Photo: lfdd

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Limelight- Photo: lfdd

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Limelight- Photo: lfdd


La deuxième partie de la soirée nous offre quelques chansons composées et chantées par Charlie Chaplin, (Un Roi à New-York, Mr. Verdoux et Le Cirque, qui finit dans une puissante envolée d'orchestre, suivies par des extraits du Dictateur dont j'ai déjà parlé. Suit le dernier film américain de Charlie Chaplin, Les Feux de la Rampe (Limelight), film désabusé et désespéré mais avec une musique magnifique, où il se peint en vieux clown alcoolique qui sauve une jeune danseuse de ballet du suicide. Un film où il exprime son dépit de ce pays qui l'a chassé (Le parton du FBI J. Edgar Hoover le soupçonnant d'être communiste l'ayant espionné des dizaines d'année lui fait refuser le visa de retour aux USA en 1952, ce qui fait dire à Chaplin:

"Que je revienne ou non dans ce triste pays avait peu d'importance pour moi. J'aurais voulu leur dire que plus tôt je serais débarrassé de cette atmosphère haineuse, mieux je serais, que j'étais fatigué des insultes et de l'arrogance morale de l'Amérique."

Charlie Chaplin dans son autobiographie "Histoire de ma vie"


With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Photo: lfdd

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - Photo: lfdd

With a Smile - OPS - Frank Strobel - Chaplin - The End - Photo: lfdd


Le Finale dédié à "Charlot Danseur" avec la "Danse des Petits Pains", l'acrobatique (et impressionnant danse en patins à roulettes les yeux bandés et quelques autres films qui prouvent son sens du rythme et de la chorégraphie - Qui permettent aussi à l'orchestre et leur chef de prouver tout leur talent d'interprétation et de synchronisation avec l'action sur l'écran enflamme la salle et un bis avec un dernier retour du "Les feux de la Rampe", émouvants à souhait nous laissent quelques airs que l'on se fredonne en retournant chez nous.


La Fleur du Dimanche

lundi 25 septembre 2017

Musica fait son cinéma: Die Puppe, la poupée qui fait non, mais qui dit oui

La tradition de la musique de films à Musica est maintenant bien ancrée dans les habitudes, d'autant plus que de jeunes musiciens se plaisent à composer pour des films, muets ou non.

En ce dimanche après-midi, c'est Die Puppe d'Ernst Lubitsch, un film muet de 1919 qui sera le terrain de création réussi de Martin Smolka, musicien tchèque qui a donc composé "Der Puppenkavalier" . L'interprétation en direct par l'ensemble autrichien Phace va grandement dynamiser ce film comique par tout l'humour également contenu dans la partition.


Die Puppe- Ernst Lubitsch - Musica 2017

L'histoire, adaptée de l'opéra-comique comique français homonyme d'Edmond Audran et, plus loin, du conte "Le marchand de Sable" d'E.T.A. Hoffmann met en scène le neveu d'un Baron - le Baron de Chanterelle - qui pour assurer sa descendance va lui demander de se marier. Ce que, soutenu par sa mère, il va refuser. Et, poursuivi par les 40 prétendantes et tout le reste de la famille, il s'enfuit pour se réfugier dans un monastère. Les moines, découvrant que le Baron offrira une grosse dot qu'ils veulent récupérer, manigancent un faux mariage avec une poupée mécanique dont le créateur, Hilarius a pris sa fille comme modèle. L'apprenti d'Hilarius ayant cassé la poupée, pour s'en sortir, va faire demander à la vraie fille d'Hilarius, Ossi de prendre la place. Et c'est le début de multiples péripéties, les unes plus comiques que les autres...




Le film d'Ernst Lubitsch est très inventif pour l'époque - Lubitsch dira lui-même que c'est l'un des "plus imaginatifs" qu'il ait réalisé, et les effets de mise en scène, comme les trucages (superpositions, multiples images, travail sur la profondeur de champ et de l'espace dans les pièces, regard caméra avec apostrophe du spectateur,...) ainsi que les effets comiques de répétition ou la mise en scène en font un petit bijou. La comédienne qui interprète la fille, Ossi Oswalda, petite étoile filante dans le cinéma naissant (elle n'aura tourné que deux films) participe aussi grandement à la beauté du film. Et l'histoire en elle-même sur laquelle Ernst Lubitsch amène toute une réflexion critique sur les moeurs et le pouvoir en font plus qu'un simple film comique. 
L'ensemble PHACE qui accompagne le film sous la direction de Simeon Pironkoff parvient à soutenir le rythme endiablé du film et donne de la voix (ou des mains) quelquefois pour accentuer quelques effets comiques.



Et bien sûr tout est bien qui finit bien !
Si vous avez envie de voir le film en entier - mais avec une autre musique - c'est ici:




La Fleur du Dimanche