dimanche 19 septembre 2021

Festival Musica - Terra Memoria : Ceux qui nous ont quitté résonnent encore

 Fidèle aux concerts du dimanche matin, déplacés de la Bourse aux Halles Citadelle, dont l'acoustique n'a rien à voir avec la salle abandonnée pour cause de vaccination, Musica nous offre un hommage à Christophe Bertrand, avec le Quatuor Adastra et la pièce de Kaija Saariaho Terra Memoria en souvenir à "ceux qui nous ont quitté".


Musica 2021 - Quatuor Adastra - Clara Olivares - Murs et racines - Photo: lfdd


C'est aussi l'objet de la première pièce, Murs et racines (2021) de Clara Olivares qui rend un hommage au jeune et doué compositeur strasbourgeois qui nous a quitté en 2010 à l'âge de 29 ans. C'est à l'écoute de son quatuor N°II qui clôt le concert qu'elle s'est décidée de se mettre à la composition. Et sa pièce effectivement utilise le vocabulaire de son mentor, mais à sa manière, avec une variété de façons de traiter les cordes, frottements, arrêts, frappe, force, pincement, caresse, effleurements, et le résultat en est très réussi.

Musica 2021 - Quatuor Adastra - Kaija Saariaho - Terra Memoria - Photo: lfdd


Avec la pièce Terra Memoria de Kaija Saariaho  nous avons une pièce plus mélodique en trois mouvement, le premier démarrant doucement tandis que le second prend de l'ampleur et finit également tout en douceur. Le troisième mouvement termine sur une note enjouée cette pièce, le deuxième quatuor à corde de la compositrice, très belle oeuvre qui reçoit un superbe accueil - mérité - du public.


Musica 2021 - Quatuor Adastra - Christophe Bertrand - Quatuor II - Photo: lfdd

Musica 2021 - Quatuor Adastra - Christophe Bertrand - Quatuor II - Photo: lfdd


Pour clore l'hommage, le Quatuor II (2010) de Christophe Bertrand démare doucement avec un son lointain qui se rapproche et croit. Les mouvements d'archets sont courts, très courts et rapides, les cordes sont tirées, une violence et une grande virtuosité est mise en oeuvre. Le jeu est très gestuel, et les membres du Quatuor Adastra avec au violon Julien Moquet et Ernst Spyckerelle, à l'alto Marion Abeilhou et au violoncelle Antoine Martynciow s'en tirent haut les mains. 
Magnifique concert. 

    

La Fleur du Dimanche   

samedi 18 septembre 2021

Musica au TNS: Rothko, untitled #2: l'espace la voix, la musique nous englobent

Musica dans le cadre de ses collaboration présente avec le TNS à Strasbourg la création Rothko, untitled #2 de Claire ingrid Cottenceau et d'Olivier Mellano.

Rothko, untitled #2 - TNS - Musica - Photo: Félicien Cottanceau


Le spectateur est accueilli par la voix fantôme du philosophe strasbourgeois récemment disparu Jean-Luc Nancy qui parle de la peinture de Rothko tandis que des nappes de fumée lourde avancent du fond de la scène vers le public. Une ligne de petits cailloux blancs, frontière virtuelle du plateau (ou du tableau mouvant ainsi dessiné) fait bord de scène et la lumière change tandis que la voix de Jean-Luc Nancy se fait plus distincte et parle d'étendue d'eau, de "lac, de mer plutôt". Des cadres descendent, obscurcissant un peu le plateau et du bleu s'installe. La guitare d'Olivier Mellano installe une mélopée mélodique tandis que Claire ingrid Cottenceau commence à lire, en nous le chuchotant à l'oreille le poème de la chapelle Rothko de John Taggart traduit en français. Une silhouette qui parait géante vibre dans la pénombre, la lumière change. Le ton est donné. Tout au long du spectacle, dans cette installation plastique  ingrid Cottenceau et le travail de lumière de Fabrice le Fur, nous serons toujours, comme en face d'une toile du maître de la couleur, en train de nous demander où nous sommes, de nous laisser envahir par un espace de couleurs, bleues, rouges, plus claires ou plus sombres à essayer de retrouver, en vain des repères. De même, les trois chanteurs des Voix imaginaires vont se trouver dans des espaces indéterminés à chanter sur des notes souvent aigües un autre texte Slow Song for Rothko de Taggart pour lequel Olivier Mellano a composé une partition différente. L'effet est réussi, nous sommes transportés dans un ailleurs indéfini, aux frontières et aux proportions mouvantes que vient également traverser des temps en temps la danseuse Akiko Hasegawa dans une énergie assez intériorisée.

Rothko, untitled #2 - TNS - Musica - Photo: Félicien Cottanceau


La pièce n'est pas, comme le dit Claire ingrid Cottenceau dans le livret-programme du TNS une "représentation", mais une "présentation". Le dialogue qu'entretient l'actrice qui dit son texte (elle ne le récite pas) et la guitare d'Olivier Mellano qui lui répond, qui la soutient, qui l'enveloppe amène à cet état de relâchement, de lévitation presque. Il en fait une expérience théâtrale unique, presque une séance de méditation.

Une symbiose des arts sans plus aucune frontière.


La Fleur du Dimanche  


Rothko, untitled #2


création et mise en scène

Claire ingrid Cottanceau et Olivier Mellano

d’après l’oeuvre de Mark Rothko et Le Poème de la chapelle Rothko de John Taggart

traduit de l’américain par Pierre Alféri et Emmanuel Hocquard


installation plastique et lumière |

Claire ingrid Cottanceau et Fabrice Le Fur

musique | Olivier Mellano

son | Nicolas Dick

régie lumière | Zélie Champeau

assistanat au projet | Isabelle Gozard


avec Claire ingrid Cottanceau, Olivier Mellano

Les Voix Imaginaires | Adèle Carlier (soprano),

Isabelle Deproit (alto), Christophe Gires (ténor)

performance dansée | Akiko Hasegawa

et la voix de Jean-Luc Nancy


présenté avec le Théâtre National de Strasbourg

coréalisation Musica, Théâtre National de Strasbourg, production ASAR / coproduction Théâtre national de Bretagne / avec le soutien de MC93 - Maison de la culture de Seine-Saint-Denis

Schnee à Musica: Il a neigé des notes sur les Halles Citadelle

Hans Abrahamsen dont l'Opéra La Reine des Neiges (2019) est actuellement montée à l'Opéra National du Rhin en  collaboration avec le Festival Musica a l'honneur de présenter une pièce plus ancienne Schnee(2008) pour une matinée aux Halles Citadelle.

Le compositeur, qui est devenu proche de György Ligeti dans les années 80 fait patie du courant musical "die neue Einfachkeit" (Nouvelle Simplicité) dont le nom dit tout.

Musica 2021 - Ensemble Recherche - Schnee - Hans Abrahamsen - Photo: lfdd

Schnee est emblématique de cette approche. La pièce est une suite de dix canons pour neuf instruments et les différents mouvements vont au fur et à mesure solliciter les instruments avec un minimum de moyens, tout d'abord les cordes, qui amènent une mélodie qui se construit doucement, puis les vents, un percussionniste qui, avec une économie de moyens, frotte une table avec des peluches, le ou les pianos accompagnent le mouvement, discrètement, quelquefois ce ne sont que les touches qui sont frottées mais pas enfoncées. Les notes s'envolent légères, la mélodie s'organise, l'air est clair et nous volons avec des flocons de sons suspendus, Une mélodie s'organise, les cordes et les vents se répondent, la mélodie revient en prenant corps. On arrive à s'imaginer dans un paysage blanc des clochettes qui tintent sur un traineau  avançant dans le silence de la neige. Tous les musiciens se rejoignent et nous avons fait un beau et doux voyage.

L'Ensemble Recherche salue, Hans Abrahamsen se joint à eux.

Musica 2021 - Ensemble Recherche - Schnee - Hans Abrahamsen - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche  



Ensemble Recherche

flûte | Mario Caroli - Anja Clift

hautbois | Eduardo Olloqui

clarinette | Shizuyo Oka

violon | Melise Mellinger

alto | Paul Beckett - LAura Hoveestadt

violoncelle | Åsa Åkerberg

percussions | Christian Dierstein

piano | Klaus Steffes-Holländer - Jean-Pierre Collot

vendredi 17 septembre 2021

Asterism à Musica: Un spectacle total, immersif et plus grand que (la) nature

 C'était LE spectacle que tout le monde attendait et dont personne ne savait rien dans le programme de ce 49ème Festival Musica, coproduite avec Le Maillon: Un concert (?) de 35 heures et 34 minutes - du coucher de soleil du 17 septembre au lever, le surlendemain, une aventure, une "expérience" même qui dépasse largement les capacités humaines.  Les 20 heureux spectateurs qui entraient dans la salle du Maillon à 19h37 pouvaient rester une journée complète et deux nuits dans un environnement dont on ignorait tout. Les suivants entraient par groupe de vingt à des créneaux précis. Tous pouvaient quitter ce lieu et revenir plus tard plusieurs fois s'ils le souhaitaient.

Mais que découvraient ces spectateurs d'"Asterism" curieux de l'expérience?

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Après avoir enfilé une cape de pluie - symbole des dérèglements climatiques qui nous attendent ? ... mais aussi pièce d'habillement qui uniformise et anonymise chacun, tout un processus ressemblant à un embarquement vers un monde lointain - ou extraterrestre - se met en place. Et l'on se retrouve dans un immense espace, souvent très obscur, rayé de temps en temps de pinceaux de lumière, aveuglé  souvent  par des projecteurs ou des lumières stroboscopiques, dans lequel on distingue comme une île, une terre de survie, plantée d'arbres qui entourent un espace ouvert dans lequel on devinera une petite pièce d'eau. 

Quelquefois le plateau est nu, des fois on devine des êtres dans les broussailles, tendant un bras ou faisant des gestes métronomiques, quelquefois, selon les tableaux auxquels on assiste (il y en a une vingtaine qui alternent), entre six et quinze danseurs-performeurs arrivent sur l'avant-scène un peu en surplomb de la salle et répètent des gestes saccadés hypnotiques et en boucle variable. Des fois, des processions ressemblant à des morts-vivants abattus traversent la scène. Il leur arrive aussi dans un élan de sociabilité de faire des mouvements d'ensemble rythmés sur la musique oscillant entre la techno, la musique planante et les percussions. Le tableau le plus impressionnant, également au niveau du son inclut des cris (de douleur, ou de plainte) répétés et avec de l'écho dans une montée paroxystique angoissante. Le musique effectivement est une composante première de cet "opéra du monde post-moderne" si l'on peut dire, et Alexandre Schubert a écrit l'opus de cet "opéra total" sur une durée gigantesque. Les effets de lumière, pour intensifier la dramaturgie sont synchrone avec la musique et les familles de sons, percussion, musique électronique, voix, glitch semblent provenir des néons colorés disposés dans le décor, des projecteurs et les lumières clignotante, également de l'écran qui reprend des mots ou des phrases dites par un semblant de cyber-robot. Des périodes plus calmes sont bien sûr également ménagées, dont les "passages" avec des cigales et ce qu'on pourrait imaginer comme une pluie dans la forêt tropicale - mais à chacun de s'inventer sa propre histoire, ou encore un interlude "bain dans l'étang" au ralenti.

Il faut également noter que l'ensemble de la pièce est à voir également, synchronisée avec la musique avec quatre casques de réalité virtuelle avec lesquels on plonge dans un univers dans lequel quelquefois on peut se promener. C'est d'ailleurs un univers très bien réalisé et totalement complémentaire du décor réel lui-même un petit bijou de décor.

La proposition d'Alexandre Schubert est totalement réussie, tant au niveau de la musique et de l'implication des performeurs-danseurs que de la musique (avec une participation des Percussions de Strasbourg), du décor et des lumières, sans oublier la scénographie et les costumes.

En définitive, une oeuvre d'art total dans laquelle le spectateur est partie prenante - et pris en partie - et qu'il faut avoir "vécu" au moins une fois - sinon plusieurs fois dans une durée minimale respectable de six heures - à défaut des 35 heures 34.

En tout cas il faut saluer les artistes pour leur engagement - et les spectateurs pour leur curiosité.

Je vous offre quelques "tableaux" pour vous en rendre compte:

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd


Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd

Musica - Asterism - Alexander Schubert - Photo: lfdd



La Fleur du Dimanche 

jeudi 16 septembre 2021

Musica 39ème: La musique écologue et horizontale - Et le public se renouvelle avec la musique

On l'attendait au tournant, Stéphane Roth, directeur du Festival Musica a de la suite dans les idées et prend le virage de la musique participative et consciente. 

Musica 2021 - Roomful of Teeth - Photo: lfdd

Le ton est donné avec le concert d'ouverture placé sous le signe de l'Amérique redécouverte (after Varèse) avec l'ensemble  Roomful of Teeth avec Estelí Gomez, Martha Cluver, Virginia Warnken Kelsey, Eric Dudley, Thann Scoggin, Taylor Ward, Cameron Beauchamp et la compositrice Caroline Shaw qui présentait ses deux pièces The Isle (2016) et la pièce primée du Pulitzer 2013 Partita for 8 voices (2009-2012) légèrement modifiée suite à des réclamations d'artistes inuits concernant leurs droits d'auteur. Il est vrai que les pièces mélangent différents styles vocaux, entre musique ancienne, folk, improvisation et musiques traditionnelles et folkloriques. Les variations sonores et d'expression (souffle, parlé-chanté, borborygme, mélodies, répétitions, sons tenus, sons de tête et de gorge empruntent leur inspiration et les chants inuits qui font penser aux chants mongols sont également évoqués. L'ensemble est mélodieux et plaisant, quelquefois aérien, célestes même. Les deux pièces encadraient Beneath (2017) de Caleb Burhans qui jouait aussi sur les différentes modulations du son, via le nez, les résonnances, les sons mêlés et superposés.

Musica 2021 - Roomful of Teeth - Photo: lfdd

Le public - et les artistes qui ont exprimé leur plaisir de retrouver ce public pour la première fois depuis près de deux ans - était ravi.

La deuxième partie, après un moment festif comme on n'en a plus vécu depuis longtemps, a vu le groupe Horse Lords entre post-rock punk de garage et musique répétitive, composé d'un guitariste Owen Gardner, d'un bassiste Max Eilbacher, d'un batteur Booker Stardum et d'un percussioniste qui prenait de temps en temps le saxophone, Andrew Bernstein, embarquer le public dans une suite de morceaux bien massifs et répétitifs quelquefois décalés, en tentant de faire danser quelques spectateurs/trices.

Musica 2021 - Horse Lord - Photo: lfdd

Musica 2021 - Horse Lord - Photo: lfdd

Musica 2021 - Horse Lord - Photo: lfdd

Musica 2021 - Horse Lord - Photo: lfdd


 

Le pari du directeur, de renouveler son public (d'après le discours de la représentante de l'état qui annonçait près de 40% de changement pour les adultes - et même pour le public très jeune (avec le Mini Musica qui devient un festival pour les petits au sein du festival) semble sur la bonne voie. On verra pour la suite - et l'an prochain où, pour le quarantième (déjà, un bail !) anniversaire, un projet de "mémoire" du festival est en train de se construire.


La Fleur du Dimanche

vendredi 10 septembre 2021

Le Passé de Léonid Andreïev par Julien Gosselin au TNS: le monde d'après c'était déjà au siècle précédent

Qui ne connait pas encore Julien Gosselin et ses mises en scènes fleuve? Il y a eu 2666 de Roberto Bolano, grande fresque du plus de dix heures et demie vue en 2017 au Maillon. Egalement au Maillon Joueurs, Mao II , Les Noms - dix heures aussi sans entracte - en 2020, dont la pièce Le Marteau et la Faucille de Don DeLilllo qui ne dure qu'une heure a été extraite et la dernière pièce vue en octobre 2020 au TNS Le Père est aussi relativement courte. Pour Le Passé, à priori un texte de Léonid Andreïev, nous nous attendions donc à une durée raisonnable d'une heure une heure et demie. Mais c'était sans compter sur l'envie du metteur en scène qui ne pouvait se contenter du mélodrame, presque pièce de boulevard qu'était Ekatarina Ivanovna.


Le Passé - Léonid Andréïev - Julien Gosselin - TNS  - Photo: Simon Gosselin

Cette pièce qui démarre le spectacle sur un rythme effréné, une tension de film policier et  une agitation décoiffante nous plonge dans une Russie du début du 20ème siècle, fin d'un monde qui se continue aujourd'hui par la magie de la mise en scène que l'on reconnait à Julien Gosselin et sa "troupe" de Si vous pouviez lécher mon coeur: des acteurs capable de jouer en direct pour un film qui les traque en continu sur l'écran (Guillaume Bachelé, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Carine Goron, Victoria Quesnel, Maxence Vandevelde auxquels s'est rajouté Achile Reggiani, du groupe 45 de l'école du TNS) à la scénographie, Lisa Buccellato, également du groupe 45. A la vidéo, toujours Jérémie Bernaert et Pierre Martin qui tout au long de la pièce, sans faiblir ni faillir cadrent impeccablement ce qui pourrait être une longue "série" ou une TV réalité si ce n'était, totalement décalée, cette pièce d'un monde finissant, en costume et dans une lumière faible et jaunâtre de fin du monde, dans ce décor (mobile et changeant, mais qui nous occulte faussement ce qui se passe et dont il est dit:

"Tout ceci se passe dans le vide"


Le Passé - Léonid Andréïev - Julien Gosselin - TNS  - Photo: Simon Gosselin

Car effectivement, toute cette agitation moléculaire ne fait que révéler cette vacuité des relations, l'absence d'amour et les mouvements frénétiques qui seraient volonté d'amour et de sexe et ne sont que pulsion de mort et délires psychotiques. Tout cela vu derrière ces façades de demeures closes aux rideaux tirés derrière lesquels, dans leurs chambres ou leurs salons ou l'atelier du peintre, ils simulent une relation de couple (déjà usée ou effacée) ou un jeu social totalement factice. Et les seules "ouvertures" sont pour un balcon au 5ème étage d'où le saut dans le vide est l'objectif caressé.


Le Passé - Léonid Andréïev - Julien Gosselin - TNS  - Photo: Simon Gosselin

Et en même temps, cette fausse vie s'agite sur grand écran, un écran géant même, qui happe et absorbe le regard, et par une mystérieuse transmutation nous présente cette dérive des passions à travers ce "média froid" qui "dévore" ses personnages. Il faut saluer la "performance" époustouflante de Victoria Quesnel qui interprète Ekatarina Ivanovna dans toute son ambivalence et sa folie, Denis Eyriey qui joue son mari, et qui ouvre le feu de l'action, Joseph Drouet, l'ami peintre en délicatesse, Guillaume Bachelé et Maxence Vandevelde au four et au moulin, c'est à dire qu'il sont à la fois acteurs et jouent la musique, prenante et envahissante, qui tout au long du spectacle nous emportent dans des nappes hypnotiques ou tes martèlements anxiogènes.


Le Passé - Léonid Andréïev - Julien Gosselin - TNS  - Photo: Simon Gosselin


Je vous avais dit que la pièce "Le Passé" n'était pas que les quatre actes de la pièce Ekatarina Ivanovna, dont le deuxième acte est traité comme un film muet et grotesque avec des "Masques", mais Julien Gosselin, dans un patchwork qui reflète les multiples facettes de le  pensée de Léonid Andreïev qui nous révèle un monde perdu, une apocalypse en train de se dérouler, en avance d'un siècle et dans laquelle nous nous engluons, ponctue la pièce avec le Requiem qui présente le théâtre du monde d'après, sans spectateurs - ce sont des poupées - et avec des acteurs qui sont des mannequins de bois, mais tout cela nous ne le voyons pas. Puis avec les nouvelles L'Abîme et Dans le brouillard - des textes projetés sur l'écran pendant des changements de plateau et pour finir La résurrection des morts.


Le Passé - Léonid Andréïev - Julien Gosselin - TNS  - Photo: Simon Gosselin

Le dernier acte de la pièce démarre par une scène calme et intimiste et finit dans un climax éprouvant. Le spectacle est total et ne laisse personne indifférent, le spectateur est forcément happé ou rejeté dans son fauteuil.


La Fleur du Dimanche


Le Passé


Au TNS du 10 au 18 septembre - 

/!\ Attention aux horaires: 19h00 - 15h00 en matinée


CRÉATION AU TNS -COPRODUCTION

Spectacle de Si vous pouvier lécher mon cœur

Texte Léonid Andréïev

Traduction André Markowicz

Adaptation et mise en scène Julien Gosselin

Avec Guillaume Bachelé, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Carine Goron, Victoria Quesnel, Achille Reggiani, Maxence Vandevelde

Scénographie Lisetta Buccellato

Dramaturgie Eddy D'aranjo

Assistanat à la mise en scène Antoine Hespel (élève metteur en scène de l'École du TNS)

Musique Guillaume Bachelé, Maxence Vandevelde

Lumiere Nicolas Joubert

Video Jérémie Bernaert, Pierre Martin

Son Julien Feryn

Costumes Caroline Tavernier, Valérie Simonneau

Accessoires Guillaume Lepert

Masques Lisette Buccellato, Salomé Vandendriessche

Régie générale Léo Thévenon

Régie plateau David Ferré, Simon Haratyk

Régie lumière Zélie Champeau

Régie son Hugo Hamman

Régie vidéo David Dubost, Baudouin Rencurel

Conseil maquillage Olivia Leviez

Stagiaires techniques Pierrick Guillou, Audrey Meunier


La compagnie Si Vous Pouviez Lécher Mon Coeur

Administration, production et diffusion Eugénie Tesson

Organisation tournée et actions culturelles Élise Yacoub

Administration Paul Lacour-Lebouvier

Direction technique Nicolas Ahssaine

Direction technique Adjoint Vianney Brunin 

mercredi 8 septembre 2021

Art Paris au Grand Palais Ephémère: la Grande Forme !

Il y a un an exactement, reportée en septembre pour cause de pandémie, Art Paris avait la #Banane ! Re-belotte cette année, avec une nouvelle édition qui inaugure le Grand Palais Ephémère, oeuvre architecturale provisoire mais magistrale de l'architecte Jean-Michel Wilmotte sur le Champ de Mars. Elle nous fait oublier les beaux espaces historiques de ce monument du Grand Palais en restauration. Mais rien ne remplace les verrières qui nous permettaient, en levant les yeux de nous orienter dans le dédales des allées quand nous recherchions des repères.  Ici, le repère sera la Tour Eiffel ou l'Ecole Militaire si nous avons la chance d'être dans le bon axe. 

Art Paris 2021 - Grand Palais Ephémère - Jean-Michel Wilmotte - Photo: lfdd


Mais qu'importe, ce qui est important ce sont les oeuvres et elles sont nombreuses et de qualité dans un accrochage qui oscille entre solo shows et belles variations selon les galeries. Ces galeries qui sont heureuses de retrouver un public d'amateurs et de collectionneurs si l'on en juge par l'accueil chalereux et les explications passionnées que l'on a trouvées sur les stands.

Art Paris 2021 - Galerie Mitterrand - Marie Hazard - Photo: lfdd


Le niveau général est de très bonne qualité et des galeries historiques (on ne va pas les citer toutes, mais on a remarqué que Claude Bernard est toujours sur son stand et bien entouré) aux nouvelles ou plus jeunes, en passant par celles que nous sommes heureux de retrouver chaque année.

A commencer par le strasbourgeois Jean-Pierre Ritsch-Fisch et sa superbe écurie d'artistes singuliers (dont Hervé Bohnert) qui, si l'on se réfère à l'accrochage qui change de jour en jour semble avoir là trouvé sa place... et ses clients. Et où l'on trouve également un bout des ses débuts de collectionneur...

Nous allons au fil des jours vous distiller quelques oeuvres que nous avons glanées sur les stands (ou d'autres  vues dans les galeries et dont les artistes sont aussi présentés ici:

A commencer par la sobriété du travail du sculpteur Paul Wallach chez l'historique galerie Jeanne Bucher Jaeger (espace du Marais). Une travail du temps du confinement tout en intériorité:

Art Paris 2021 - Galerie Jeanne Bucher Jaeger - Paul Wallach - Photo: lfdd



Passage humoristique par deux autoportraits en clin d'oeil, le premier en forme de nature morte - si quelqu'un peut me donner le nom de la galerie, je la crédite - le second en forme de "portrait" (qui était la thématique de la carte blanche donnée à Hervé Michaeloff sur "Portrait et figuration - Regards sur la scène française", dans le nouvel espace de Kamel Mennour avenue Matignon, ouvert à l'occasion de la foire:

Art Paris 2021 - Galerie K.M. ? - Bertrand Lavier - Photo: lfdd

 
Galerie Kamel Mennour - Bertrand Lavier - Photo: lfdd


Autre galerie bien connue, Daniel Templon qui expose entre autres, Chiharu Shiota que l'on avait vu à la Biennale de Venise sans le Pavillon Japonais:

Art Paris -Galerie Daniel Templon - Chiharu Shiota - Photo: lfdd

 
Art Paris -Galerie Daniel Templon - Chiharu Shiota - Photo: lfdd


Daniel Templon, qui dans sa galerie principale près de Beaubourg expose (si l'on peut dire) les oeuvres de Prune Nourry: une série de sculpures que l'artiste dont on a pu récemment voir ses oeuvres qui questionnent le corps féminin confronté au cancer du sein - expérience autobiographique de l'artiste) et qui vient de réaliser une série de sculptures de buste de personnes non-voyantes et qu'elle a faite les yeux bandés. Les oeuvres ne se visitent pas les yeux bandés, mais dans le noir complet ce qui offre aux visiteurs une expérience unique. Le parcours est coupé par une salle éclairée (pour se rassurer un peu) où in film montre le travail en progrès. A défaut des images des sculptures, je vous offre la fleur de la cour de la galerie:

Fleur de Templon - Géranium - Photo: lfdd

Et à côté, rue du Grenier Saint Lazare, vous avez les oeuvres très colorées de l'artiste autodidacte néo-pop hollandais Robin Kid: 

Galerie Daniel Templon - Robin Kid - Photo: lfdd


Sur le stand de la Galerie italienne Massimo de Carlo, l'on peut découvrir les travaux de Jessie Owen French:

Art Paris - Galerie Massimo de Carlo - Jessie Owen French - Photo: lfdd

Art Paris - Galerie Massimo de Carlo - Jessie Owen French - Photo: lfdd





A suivre ... bientôt la suite du feuilleton...


La Fleur du Dimanche