lundi 19 juin 2017

ART de Yasmina Reza, TG STAN et Dood Paard au Théâtre de la Bastille: Une révolution iconoclaste dans l’Art de la représentation (théâtrale).


On ne présente plus Yasmina Reza, une des auteures de théâtre contemporain dont les pièces, en particulier "Art", ont été jouées dans le monde entier.  La traduction en plus de trente-cinq langues de cette pièce est un fait qui ne peut que contribuer à cette constatation.  
Créée en 1994, elle avait d’ailleurs l’année d’après permis de remporter deux Molière, celui de l’auteur de théâtre francophone et le Molière du Théâtre privé. Le collectif belge d’Anvers tg STAN, fondé en 1989, est également connu en France, même si ce n’est pas sur le même registre. En ce qui concerne la compagnie Dood Paard, littéralement "Cheval mort", fondée en 1993 à Amsterdam et dont le leitmotiv est une constante mise en question de la représentation, est un peu moins connue en France.

Que Yasmina Reza accepte* que le trio, constitué par Kuno Baker (Serge), Gillis Biesheuvel (Yvan), tous les deux de Dood Paard, et Frank Verkcruysen (Marc), un des quatre fondateurs de tg STAN, s’empare de la pièce est à la fois une surprise, mais également un acte intrinsèquement en phase avec le message, la pensée de la pièce.

Art - Yazmina Reza- tgSTAN - Doode Paard - Photo: Sanne Peper


Nous assistons donc à un chantier de déconstruction du théâtre et de la représentation, tout en partageant avec les comédiens le déroulé de la pièce Art, qui, en substance pose la question de l’oeuvre d’Art et de sa "valeur", des références et du marché, de même que celle des relations humaines et de ce qui en est le moteur. En particulier tout ce qui concerne la reconnaissance, le pouvoir, l’amitié, les relations sociales et ses règles, et les simulacres sociaux que cela peut induire: sorties entre amis, poids des traditions (mariage, réussite, emploi, argent,..) et la culture comme vecteur de reconnaissance – ou, et c’est le fond de la pièce: la valeur d’une peinture (en l’occurrence un tableau blanc, en apparence)  face à sa matérialité, son aura, sa valeur culturelle – ou marchande et en opposition à une longue amitié de quinze ans - et les bases sur lesquelles elle est fondée, elle repose et elle est mise en danger.


Art - Yazmina Reza- tgSTAN - Doode Paard - Théâtre de la Bastille


On pourrait s’attendre à de grands discours ou à des caricatures d’échanges sur l’Art et le marché. Il n’en est rien, la pièce, magistralement rythmée et follement interactive avec le public nous fait toucher du doigt les failles de chacun et les essais pour garder à la fois un semblant d’amour-propre et de dignité tout en nous amusant follement de ce cirque dans lequel chacun est le clown de l’autre.

Une grande leçon d’humanisme et d’humanité dont l’administration est sans douleur, même si elle nous met en face de nos travers et de nos lâchetés.



Un spectacle réussi (rassurez-vous ile est en Français) dont on sort en se disant: "Lis Sénèque !".

Bon Spectacle


La Fleur du Dimanche

ART 
YASMINA REZA
TG STAN
DOOD PAARD
De et avec Kuno Bakker, Gillis Biesheuvel et Frank Vercruyssen

Du 2 au 30 juin 2017 à 20h00

* Note de Yazmina Reza au sujet de ce spectacle et de cette mise en scène (extrait du programme):
"J'ai donné mon accord pour que ma pièce "Art" soit interprétée par les tg STAN selon leur modalités, c'est à dire des interventions dan le corps du texte. Je dois préciser cependant que j'accepte ces conditions à titre exceptionnel, étant donné la nature spécifique de leur travail et l'admiration que j'ai pour lerus créations.

dimanche 18 juin 2017

L’acanthe, l'attente de l’hirondelle qui griffe le ciel et ce qui nous lie...


En mars dernier, j’avais cité deux fois Jean-Michel Maulpoix, la première à propos de son livre "L’instinct de Vie", la deuxième pour la sortie de "L’hirondelle rouge" consacrée à la mort de son père. Le TVA du jour va être l’occasion d’aller plus loin avec l’hirondelle...
Mais avant, une fleur discrète, plus connue comme motif architectural et ne se fait pas remarquer par ses couleurs criardes - c’est le moins que l’on puisse dire : L’acanthe.

Acanthe Ooreca - Photo: lfdd


La plante est un arbuste nommé branc-ursine. Son nom, tiré du grec ἂκανθος, d'après wikipédia, dérive peut-être des deux mots ἂκανοϛ, désignant la tête épineuse de certaines plantes, et de ἂνθοϛ, fleur. Dans le langage des fleurs, acanthe signifie: 
"Amour de l'art. Rien ne pourra nous séparer.

Acanthe Ooreca - Photo: lfdd


Dans la mythologie grecqueAcanthe (Akantha) était une nympheApollon (dieu du soleil) voulut l'enlever et elle le griffa au visage. Pour se venger, il la métamorphosa en une plante épineuse qui aime le soleil, et qui porte depuis son nom.

Acanthe Ooreca - Photo: lfdd


Je vous rappelle que les hirondelles, je les ai attendues longtemps cette année. Je les ai vues loin de chez nous et elles ne sont arrivées que timidement. Cette semaine, elles ont failli rentrer par la fenêtre, tellement elles rasaient les murs en remontant de leur piqué. Je dois cependant avouer que ce ne sont pas des hirondelles, mais des martinets (de ville), Apus apus. Vous savez, ces oiseaux qui ne se posent presque jamais. Ils dorment même en vol. Le titre du livre de Jean-Michel Maulpoix vient d’un tableau de Miro. Il en parle ainsi :
"Rouge sur fond de ciel excessivement bleu, c’est ainsi que Miro a peint Hirondelle amour que l’on peut voir à Barcelone.
Il pense avec des couleurs. Rouge, l’énergie, le désir, la force: "le soleil rouge ronge l’araignée", "l’arête rouge transperce les plumes bleues de l’oiseau au pâle bec", "la tige de la fleur rouge pousse vers la lune ", "une hirondelle joue de la harpe à l’ombre des pissenlits ".
- Ce que je cherche, en effet, écrit-il, c’est un mouvement immobile, quelque chose qui soit l’équivalent  de ce que l’on nomme éloquence du silence."
Plus loin :
"Que  pourrais-je opposer d’autre à la détresse que l’amour ? La couleur même de notre vie et la force de résistance de nos attaches. L’hirondelle amour revient avec le printemps. Quelques grammes d’encre au coeur."
...
"Poème: l’endroit sensible de la langue. Là où ça fait mal quand on appuie, là où c’est difficile, où la phrase parfois se dérobe comme le sol sous les pas, où les mots viennent à manquer."
...
"Poids de chair contre poids de terre, quel chant, pour quelle voix encore capable de répéter: être ici est magnifique !"


Acanthe Ooreca - Photo: lfdd


Vous avez peut-être aussi suivi les épreuves de bac de philo, sinon je vous propose quelques sujets à la réflexion :

En Série L : Littéraire
1er sujet : Suffit-il d’observer pour connaître ?
2ème sujet : Tout ce que j’ai le droit de faire est-il juste ?

En Série ES : Economique et sociale (Coef. 4)
Sujet 1 : La raison peut-elle rendre raison de tout ?
Sujet 2 : Une oeuvre d’art est-elle nécessairement belle ?

En Série S : Scientifique (Coef. 3)
Sujet 1 : Défendre ses droits, est-ce défendre ses intérêts ?
Sujet 2 : Peut-on se libérer de sa culture ?

Pour les Séries Technologiques (Coef. 2), certains sujets ont fuité, mais les questions restent.
Sujet 1 : Y a-t-il un mauvais usage de la raison ?
Sujet 2 : Pour trouver le bonheur, faut-il le rechercher ?

Pour terminer en chansons, quelques trouvailles sur l’acanthe

Un clip d'Acanthus PV:



La chanson de Maxence Cyrin - Feuilles d'acanthe:



Et également la chanson du film de Cédric Klapisch "Ce qui nous lie"  qui vient de sortir, chantée par Camélia Jordana - Ce qui nous lie est là: 



Je vous en mets quelques autres en bonus...
Camélia Jordana - Dans la peau:



Et Bertrand Belin - Le mot juste (Le beau geste) - avec Camélia Jordana:

Et si vous avez le temps, un concert à la bougie de Camélia Jordana et Gaël Faure - une petite heure de musique:




Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

vendredi 16 juin 2017

Le Cinéma Aborigène Australien fait son 2ème Festival au Cinéma des Cinéastes à Paris

Un des plus jeunes cinémas de la planète de la plus ancienne culture du monde est à découvrir pendant quatre jours à l’occasion du festival – le deuxième – qui lui est consacré ce week-end à Paris.

Avec Jindalee Lady, en 1992, réalisé par Brian Syron, on peut considérer que c’est le premier film tourné, réalisé par un aborigène australien qui entre dans l’histoire du cinéma. D’autres films ont déjà montré cette culture ancestrale d’Australie, certains ethnologiques, d’autres montrant les danses de cette culture. 
C’est d’ailleurs un court-métrage documentaire, "Let’s Dance Bowie Down Under" (2015) de Rubika Shah qui enquête sur le contexte du tournage du clip de David Bowie "Let’s Dance" en Australie profonde, chez les "rednecks" (les péquenots) qui s’en souviennent, qui fait la soirée d’ouverture. Et dans ce clip engagé – et également le plus connu et vu de David Bowie – ce dernier met en scène deux jeunes aborigènes qui traversent le film dans leur innocence, leur fraicheur et leur provocation face aux blancs.

La soirée d’ouverture, placée sous le patronage de l’ambassadeur d’Australie, est aussi l’occasion de donner la voix à cette culture grâce à un chant cérémonial Gadigal "Dali Mana Gamarada", littéralement magnifique interprété par Debora Chhetam qui accueille et "embrace" le public.

Goldstone - Ivan Sen - David - Gulpilil in Cobbold Gorge 

Le long métrage qui suit est un film policier "Goldstone" d’Ivan Sen (2016) qui a récolté de nombreuses récompenses. Il conte plusieurs histoires et destins qui se croisent, en particulier celle de deux policiers, l’un blanc, qui est chargé de l’ordre dans une contrée désertique du Queensland où une entreprise minière fait sa propre loi en exploitant les richesses des autochtones, et l’autre, un aborigène, personnage haut en couleur – magnifiquement interprété par Aaron Pedersen – à la recherche d’un jeune chinoise disparue dans ce désert. Le personnage, alcoolique et mutique a cependant de la réserve.  Le film nous emmène dans de magnifiques décors qui donnent envie de prendre un vol aller immédiat et l’ambiance qui s’installe a des aspects à la fois mystique et nous fait penser à quelques ambiances wimwedersiennnes. Le film noir tient ses promesses jusqu’au bout tout en soulevant quelques questions à la fois écologiques, sociales et politiques sans lourdeurs.




Le festival fait la part belle à la danse, entre "Ella" (2015) de Douglas Watkin, documentaire qui raconte l’histoire d’Ella Havelka, première femme aborigène ayant intégré l’Australian Ballet, "Showing Melbourne to Maningrida" (1973) documentaire de l’acteur danseur David Gupilil, ou "Spear" (2015) du chorégraphe aborigène Stephen Page.
Nous avons aussi l’opéra de la chanteuse, compositrice et libretiste Deborah Cheetham qui nous a accueillis par son chant "Pecan Summer" qui revient sur l’histoire de cette culture vielle de soixante mille ans et qui s’est vue spoliée au vingtième siècle et dont la projection aura lieu en présence de la réalisatrice ce samedi à 19h30. 
Il faut saluer l'engagement et le travail de l'équipe du festival, pilotée par la réalisatrice et directrice du festival Greta Morton Elangué de nous ouvrir ainsi une fenêtre sur un monde trop soubvent ignoré. 



Bons films

La Fleur du Dimanche

Le programme complet est disponible sur le site du festival et du Cinéma des Cinéastes qui accueille le manifestation


     

lundi 12 juin 2017

La traversée des éphémères, des roses et des papillons

Connaissez-vous Pierre Bergounioux? Et Loris Gréaud? Et savez-vous ce qui les relie?
Et les éphémères, les papillons, les fleurs, les roses?
Comme d'habitude, dirais-je les liens se tissent comme l'araignée sa toile.
Mais place à la Fleur:


Fleurs oranges - Photo: lfdd


Tout a commencé un article sur Pierre Bergounioux intitulé "Aux aguets" dans le Monde des Livre. A l'occasion d'un coffret avec un film de Geoffrey Lachassagne, "La Capture, en compagnie de Pierre Bergougnioux", de son livre "Le Grand Sylvain" et d'un entretien de Pierre Bergougnioux avec Marie Richieux sur France Culture, il parle de la chasse aux insectes et du travail sur les mots:
"S'il fallait rassembler sous un même vocable ces deux activités aussi hétéroclites et disparates, je me servirai d'un mot: le mystère. Il y a des liens occultes entre ces activités, de prime abord peu compatibles, qui consistent, par l'une, à rester à une table avec un crayon dont on fait crisser la point sur le papier, et par l'autre, à effectuer des courses échevelées dans la mouille et la pluie pour mettre la main sur une créature dont l'espérance de vie est extraordinairement brève."*  
Vous avez compris que Pierre Bergounioux est très intéressé par les insectes... Il ajoute ailleurs:
"Je suis extrèmement vulnérable. Une lucarne me pince, le sang commence à pisser. Mon squelette est dedans, celui d'un insecte est dehors, il est cuirassé, et combine de fois n'ais-je rêvé d'être vêtu d'une telle cuirasse, lorsque je vivais des choses dangereuses!" 


Fleurs oranges - Photo: lfdd


Pour finir sur les insectes et passer à autre chose, un extrait du livre Le grand Sylvain:
"Les insectes, il ne suffit pas, plus tard, de se fatiguer à leur remettre la main dessus. Quand on les tient, qu'on leur a soutiré la quantité de mouvement qui leur était départie, il faut encore en faire évaporer les liqueurs, les exposer dans un certain temps à l'air avant de les enfermer dans la boite vitrée. C'est à ce prix qu'on les aura vraiment, qu'on les oubliera. Mon correspondant s'était contenté de jeter ses trouvailles dans un carton où les mortes avaient commencé à fermenter. Quelques survivantes s'agitaient faiblement et le colis émettait un crissement suspect. Je ne l'avais pas ouvert que j'avais deviné. Au noir fumet se mêlait l'odeur fine, très ténue, indéniable d'une rose qui se serait réduite à son parfum et j'ai trouvé, dans le charnier, une Anomie musquée."


Fleurs oranges - Photo: lfdd


Et voilà Loris Gréaud, et Baudouin Jannink, et les éditions l'Art en écrit, et le Marché de la Poésie à Saint Germain qui a lieu ce week-End à Paris. Baudouin Jannink, éditeur de livres d'art - également de photographies, est présent, avec beaucoup de ce que le livre d'art et de poésie représente sur cette place que je vous conseille de visiter. Il a édité dans cette série l'Art en écrit pour son quatre-vingt-douzième titre le livre "Interzone" avec Loris Gréaud et dont l'oeuvre d'art est... Un papillon. En voici le N°64:


Loris Gréaud - Interzone - N° 64 - Editions Jannink

Loris Gréaud - Interzone - N° 64 - Editions Jannink

Le marché de la poésie nous renvoie - toujours dans le Monde des Livres à Franck Venaille, Prix Goncourt de la poésie 2017 avec qui s'entretient Eric Loret au sujet de son livre "Requiem de guerre", dans lequel il dit:
"J'ai décidé de mourir avant de naître. Sinon c'est impossible de continuer."
Dans l'entretien, Franck Venaille dit:
"Un livre, c'est toute une forêt qui se déplace et qui vient jusques à nos fenêtres pour dire: Qu'est-ce que tu as fait ces temps-ci, digne d'apparaître dans ton travail?" Parfois je m'interroge sur ma part de responsabilité, infime, dans la marche du monde et je me dis que peut-être je n'avais pas le droit d'écrire ce que j'ai écrit."....


Fleurs oranges - Photo: lfdd


Et après cela, comment ne pas penser à Albert Strickler, poète qui, comme Pierre Bergougnioux écrit son journal et dont le titre de celui de 2010 m'a servi d'amorce pour mon titre du jour. Je cite deux poèmes - qui résonnent avec ce que l'on vient de lire, il les a cité datés du 10 juin 2010, les voilà:

Laisse ton poème
Se poser sur la rose
Comme le papillon
Le plus léger

Laisse-le être
Lèvres du baiser
Sur la fontanelle
De l'enfant qu'on endort

Laisse-le fondre
Sur ses pétales
Comme la rosée
Et il restituera
Et son velours
Et son parfum



Fleurs oranges - Photo: lfdd


Et le deuxième:

Adieu

Le gravier qui crisse
Sous mes pas 
Est bien celui
Du congé qu'on prend

Un peu de lui ruisselle en moi
Mêlé à mon sang

Quelqu'un marche
Dans l'allée du cimetière
Avec la délicatesse
D'un fantôme qui retourne
A sa tombe.


Et pour clore, la parole à Rainer Maria Rilke** avec un poème de sa suite "Les Roses" écrites en 1924 et publiée après sa mort.

Tout ce qui nous émeut, tu le partages.
Mais ce qui t'arrive, nous l'ignorons.
Il faudrait être cent papillons
Pour lire toutes tes pages.


Il y en a d'entre vous qui sont comme des dictionnaires;
ceux qui les cueillent
ont envie de faire relier toutes ces feuilles.
Moi, j'aime les roses épistolaires.


Fleurs oranges - Photo: lfdd

Pour les amateurs de chansons, je vous en propose un trio, en remontant le temps:

Pour commencer, Emilie Simon - Papillon:


"Je t'attends 
Tu te poses dans ma serre 
Sur une rose 
C'est pourtant peu de chose 
Qu'une rose dans une serre .." 


Et puis le père me Mathieu, Louis Chedid qui chante Papillon en 1979: 


La vie c'est comme les papillons, 
D'abord chenille dans son cocon, 
Et puis un beau jour sortir du coton, 
Se retrouver en plein soleil, 
Bâiller en déployant ses ailes, 
Et s'envoler 
Comme les papillons. 
Trois petits tours et puis partir, 
Car papillon jamais revenir. 

Papillon du jour, toujours l'amour, 

Papillon du soir, toujours mouchoir.


Et enfin, en 1955, Annie Cordy et Michel Carmet qui chante en 1955 dans le film "Bonjour Sourire" - Jolie Fleur de Papillon:





"Au milieu de la surprise partie
Sans prévenir Grand-Père est parti
Mais il est revenu tout aussitôt
Avec un vieux phono
Et un superbe rouleau à musique
Qu'il a posé sur la mécanique

En nous disant ""Ecoutez mes agneaux, 
Ecoutez comme c'est beau"

Jolie fleur de pa pa pa
Jolie Fleur de papillon
Dit une voix dans l' pa pa pa
Dans le pavillon
Jolie fleur de pa pa pa
La voix semblait très émue
Elle le dira pa pa pa
Et n'en dit pas plus"

Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche


*Pour les éphémères, je vous renvoie à ma CP de VaLVAé (Carte Postale de Vacances à Laquelle Vous Avez échappé) du 27 août 2016 où vous trouverez un "cimetière d'éphémères":
Le champ des éphémères et la voix de l’éternité

** A propos de Rainer Maria Rilke, il apparaît jeune homme bien timide, mais quand même volontaire et amoureux de le film Lou Andreas Salomé de Cordula Kablitz-Post qui passe actuellement au cinéma.

mercredi 7 juin 2017

Nachlass au Maillon : Les acteurs sont partis pour mieux nous toucher

Comment toucher quelqu'un que l'on connait, ou même comment toucher quelqu'un que l'on ne connait pas, quand on n'est plus là ?
Le toucher au plus profond ?
Avec une vidéo ? Non, c'est trop réaliste, trop présent... La parole, oui, mais la parole d'outre tombe qui prend corps dans un environnement qui se souvient. 
Telle est la gageure du nouveau spectacle de Rimini Protokol - Stefan Kaegi et Dominic Huber "Nachlass", que l'on peut traduire par "héritage" et qui est sous-titré "Pièces sans personnes" - et non sans personnages. L'idée, c'est que dans notre siècle qui voit les gens vieillir de plus en plus, la mort que l'on avait rangée de côté, ressurgit dans nos vies, sous des aspects très divers: la succession, l'héritage, mais aussi la passation, les traces que l'on peut laisser, l'action que l'on menait et que l'on veut faire perdurer...

La pièce de Stefan Kaegi et Dominic Huber interroge tous ces aspects à travers les "portraits" d'absents qu'ils ont aidés à mettre en scène l'art et la manière dont ils souhaitaient laisser une trace après eux. 


Rimini Protokoll - Nachlass - Le Maillon - Photo: Samuel Rubio

Et ces traces sont multiples, et chacune très personnelle, et nous touchent grâce à cette magie du théâtre, en l'occurrence de la mise en scène de l'adieu, qui n'est pas forcément le dernier moment, mais un choix de ce que l'on veut transmettre: un bureau , un lieu de prière, une chambre d'hôtel - de motel - avec des traces, des souvenirs, une petite scène qui rejoue le passé par son absence, un coin d'appartement et bien d'autres. 

Le vévu et le message de chacun, est lui aussi multiple et les moments partagés et la manière de la partager jouent soit l'intimité, soit le discours scientifique, soit une récapitulation - répétition - des choses à faire avant de disparaître ou une lettre à  sa fille, ou encore l'interrogation constante de la fascination - et du risque que représente la mort. Cela peut tout simplement être un cheminement où l'on va prendre conscience de ce moment en se regardant ses pieds... Comme cela peut être interactif au point de nous faire partager les souvenirs communs que nous n'avons pas eu mais aussi le temps - cinq minutes - ou plus, passés ensemble, à être attentifs à des êtres, forts ou fragiles, volontaires ou humbles et qui deviennent les acteurs de leur fin. Et nous disent "Point final". Vous pouvez partir....

Mais vous partirez différents, en ayant pris conscience de la valeur de la vie, de petits moments ou de missions qu'il faut continuer, péreniser.
Et se rendre compte que chacun a, dans ses souvenirs, son moment de gloire ou des moments forts ou tendres, ou de lien avec les siens que l'on voudra, une dernière fois se remémorer...

Et on se remémorera aussi de toutes ces personnes que l'on a côtoyées ici dans ce "spectacle" inclassable. 
Et peut-être chanterons-nous aussi la chanson "Tom Pilibi", Grand Prix Eurovision de la Chanson en 1960, comme Nadine Gros quand elle avait 12 ans..



Merci à Rimini Protocol et aux disparus.

Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche 

Nachlass
Au Maillon jusqu’au 11 juin 2017


Un projet de : Rimini Protokoll (Stefan Kaegi, Dominic Huber)
Vidéo : Bruno Deville
Dramaturgie : Katja Hagedorn
Assistante conception : Magali Tosato
Assistante scénographie : Clio Van Aerde
Conception technique et construction : Théâtre de Vidy
Production : Théâtre de Vidy, Lausanne
Coproduction  : Rimini Apparat / Schauspielhaus Zürich / Bonlieu Scène nationale Annecy et La Bâtie, Festival de Genève dans le cadre du programme INTERREG France-Suisse 2014-2020 / Maillon, Théâtre de Strasbourg - Scène européenne / Stadsschouwburg Amsterdam / Staatsschauspiel Dresden /Theater Chur / Carolina Performing Arts
Avec le soutien de : Fondation Casino Barrière, Montreux, Maire de Berlin - Chancellerie du Sénat - Affaires culturelles
Accueilli à Strasbourg avec le soutien de : ONDA, Office national de diffusion artistique
La diffusion et les tournées du Théâtre de Vidy sont soutenues par : Pro Helvetia - Fondation suisse pour la culture

Première : Septembre 2016 au Théâtre de Vidy, Lausanne 

dimanche 4 juin 2017

L'amant, la fleur, le poète, d'hier, d'un jour, de la semaine dernière, de demain...


Il y a quinze jours, avec mon Billet du dimanche 21 mai "En avance, en retard: Juif, Nazi, Grec, Fantôme", je pensais être en retard, oui mais par rapport à qui? A quoi? 

Cette semaine, je tombe sur un "Portrait" de Maurice Olender dans Libération du 30 mai 2017, intitulé "Maurice Olender, l’anti-éditeur" par Virginie Bloch-Lainé avec une photo de Jean-François Robert.


Iris mauve - Photo: lfdd


J'y lis une réponse à la question de la journaliste : 
"Que pense le philologue du climat de haine qui pesait sur l’entre-deux-tours de la campagne électorale ? "Je vous réponds en vous renvoyant à un chapitre de Race sans histoire intitulé "De la responsabilité sémantique", dans lequel je signale que les mots peuvent être des couteaux. On passe beaucoup plus vite qu’on ne le pense de l’insulte sexuelle à la violence sexuelle, du jeu de mots déplacé à la blessure qui fait saigner. Ceux qui ont insulté Macron, l’affublant d’un nez crochu, stigmatisant son passé de banquier, savent-ils qu’en 1968, des manifestants disaient qu’ils étaient contre les "banquiers juifs" Rockefeller et Krupp, comme si "banquier" était synonyme de "juif" ? Ni les Rockefeller ni les Krupp n’étaient juifs.""

Cela renvoie à l'histoire des mots et des expressions et je remercie un fidèle lecteur de m'avoir alerté sur l'usage de l'expression "Je sors mon révolver" par Noam Chomsky, attribuée à Goering dans mon billet de dimanche dernier.


Iris mauve - Photo: lfdd

Petit rappel et complément en wiki et en images:
Je cite le fidèle lecteur qui cite Wikipédia
" Chomsky se trompe. "Je sors mon revolver" n’est pas un mot de Göring, mais d’un certain Hanns Johst.
Wikipedia nous dit que :
"Johst écrit en 1933 une pièce intitulée "Schlageter", expression de l'idéologie nazie et jouée lors de l'anniversaire d'Adolf Hitler pour célébrer l'arrivée au pouvoir des Nazis. Il s'agit d'une hagiographie héroïque du martyr « pré-nazi » Albert Leo Schlageter (1894-1923). La phrase « quand j'entends le mot culture, je sors mon révolver », souvent prêtée à des dirigeants nazis, vient de cette pièce. Mais la phrase originale est un peu différente : « Wenn ich Kultur höre ... entsichere ich meinen Browning !. » « Quand j'entends parler de culture... je relâche la sécurité de mon Browning ! » (acte 1, scène 1). Elle est dite par un personnage de la pièce, dans une conversation avec le jeune Schlageter. Dans cette scène, Schlageter et son camarade de temps de guerre Friedrich Thiemann étudient pour préparer un examen d'université mais commencent à se disputer sur la question de savoir si cela vaut la peine de faire cela alors que la nation n'est pas libre. Thiemann affirme qu'il préfèrerait se battre plutôt que d'étudier."

Et voici l'expression retraitée qui apparait au cinéma (avec des "images d'archive". 
"Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver."


Quand j'entends le mot culture,...

Peut-on dire que cette  expression a été l'un des premiers "Mème" puisque cela a aussi donné:
"Quand j'entends le mot culture, je sors mon pistolet!", ou "...je sors mon Luger " ou "...je brandis mon automatique", ou encore "...je dégaine mon six-coups" et à la télévision "Chaque fois que j’entends le mot culture, je dois sortir mon chéquier." ou même "Quand j’entends le mot revolver, je sors ma culture."....
La liste peut être complétée...



Fleur Bleue - Photo: lfdd


Pour changer de registre, et revenir de Cannes, la chanson du film de Philippe Garrel "L'Amant d'un jour" - à ne pas confondre avec celui de Jean-Fançois Ozon "L'Amant double", c'est sur un texte de Michel Houellebecq chanté par 
Jean-Louis Aubert - Lorsqu'il Faudra




Lorsqu’il faudra


Lorsqu’il faudra quitter ce monde,
Fais que ce soit en ta présence
Fais qu’en mes ultimes secondes
Je te regarde avec confiance

Tendre animal aux seins troublants
Que je tiens au creux de mes paumes ;
Je ferme les yeux : ton corps blanc
Est la limite du royaume.

Un matin de grand clair beau temps,
Tout rempli de pensées charnelles
Et puis le grand reflux du sang,
La condamnation essentielle ;

La vie qui s’en va en riant
Remplir des entités nouvelles,
La vie n’a pas duré longtemps,
La fin de journée est si belle."


Et puis le Poème "Sensation" d'Arthur Rimbaud chanté par Jean-Louis Aubert puis par Robert Charlebois


 






Sensation

Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud

Et pour finir tout à fait sur un autre registre, et revenir aux 
Chemical Brothers d'il y a une semaine - le clip Wide Open ft. Beck avec une chorégraphie de Wayne McGregor et dansé par Sonoya Mizuno et c'est réalisé par Dom & Nic ( attention les effets spéciaux !):








 Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

vendredi 2 juin 2017

Le Radeau de la Méduse au TNS : Et vogue le Groupe 42

Il est de tradition au TNS à Strasbourg, ou plutôt à la "promotion" de l'école qui termine ses études de travailler sur un spectacle qui donne lieu à des représentations publiques.
En général, les spectacles sont de bonnes qualité - il vaut mieux étant donné que les comédiens sont après sur le marché du travail.

Le groupe 42 est un peu particulier. Il est arrivé sous la direction de Julie Brochen et sort sous celle de Stanislas Nordey. C'est d'ailleurs à un de ses élèves quand il était au TNB - Théâtre National de Bretagne, Thomas Jolly, à qui il a proposé de prendre en charge la mise en scène du spectacle de ce Groupe 42. Et comme il y avait six filles et six garçons dans la section jeu - et bien sûr une équipe scénographie, costume,..), le choix de Thomas Jolly est allé à un texte qu'il avait découvert au TNB et qui allait avec cet objectif: Le Radeau de la Méduse de Georg Kaiser.
Le spectacle a donc été monté - et montré à Avignon l'été dernier.
Il a eu un bon succès et revient à Strasbourg au TNS pour une dizaine de jours avant d'aller à Paris au Théâtre de l'Odéon pour la deuxième quinzaine de juin, puis en Chine en juillet et à Monaco le 7 août 2017.


Le Radeau de la Méduse - Thomas Jolly - TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


La pièce, que Georg Kaiser a écrite en exil en Suisse de 1940 à 1943, se base sur une histoire réelle, celle d'un équipage de jeunes enfants, embarqué sur un canot à la suite du torpillage de leur bateau qui devait les emmener d'Angleterre au Canada pour échapper aux bombardements. Elle est le prétexte à décrire cette mini-société isolée qui doit s'organiser et se sociabiliser(les enfants ont entre 11 et 15 ans). Et nous assistons à un simulacre de reproduction d'une caricature de société, avec même en pire - les enfants ne sont pas innocents! - le poids de traditions et de préjugés.
Le choix de mise en scène de Thomas Jolly, avec un bateau qui est une sorte de prison, même si le point de vue est dynamique, nous fait adhérer au plus près de cette "fable" - nous n'allons pas dire "évangile" pas très optimiste.
La lumière et la scénographie nous fait penser au cinéma expressionniste allemand et la musique immerge dans un univers inquiétant. Cette atmosphère nous fait ressentir au plus profond de nous la force de ce récit et nous fait prendre conscience comment certains préjugés ou le poids des traditions peut amener à des extrémités graves.


Le Radeau de la Méduse - Thomas Jolly - TNS - Photo: Jean-Louis Fernandez


La troupe du groupe 42, soudée et qui donne quelquefois l'impression d'un choeur antique nous transporte avec eux dans leur "galère" et on ressort du spectacle un peu secoué en se demandant quel est ce mal de mer qui nous submerge.



Bon Spectacle.

Le Fleur du Dimanche



LE RADEAU DE LA MÉDUSE
1 juin au 11 juin 2017 au TNS
du 15 au 30 juin à l'Odéon - Paris
en juillet en Chine
le 7 août à Monaco au Théâtre du Fort


COPRODUCTION

Texte Georg Kaiser
Mise en scène Thomas Jolly
Traduction Huguette Radrizzani et René Radrizzani

Avec
Youssouf Abi-Ayad, Éléonore Auzou-Connes, Clément Barthelet, Romain Darrieu, Rémi Fortin, Johanna Hess, Emma Liégeois, Thalia Otmanetelba, Romain Pageard, Maud Pougeoise, Blanche Ripoche, Adrien Serre

Scénographie Heidi Folliet et Cecilia Galli
Construction Heidi Folliet, Cecilia Galli, Léa Gadbois-Lamer, Marie Bonnemaison et Julie Roëls
Costumes, maquillages, coiffures Oria Steenkiste
Accessoires Léa Gadbois-Lamer
Lumière Laurence Magnée 
Vidéo et effets spéciaux Sébastien Lemarchand
Composition musicale Clément Mirguet
Son Auréliane Pazzaglia
Régie plateau et machinerie Olivier Leroy, Marie Bonnemaison et Julie Roëls
Régie générale Marie Bonnemaison
Collaboration à la mise en scène Mathilde Delahaye, Maëlle Dequiedt
Consultante en théologie Corinne Meyniel

Spectacle créé avec l'accompagnement artistique de La Piccola Familia : Thibaut Fåck (scénographie), Clément Mirguet (son), Antoine Travert (lumière).

Production La Piccola Familia 
Coproduction Théâtre National de Strasbourg
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Avec le soutien de l'ODIA Normandie / Office de Diffusion et d'Information Artistique de Normandie
La Piccola Familia est conventionnée par la DRAC Normandie, la Région Normandie et la ville de Rouen. 

Le décor et les costumes ont été réalisés par les ateliers du TNS
Le texte est publié aux Éditions Fourbis
Création le 17 juillet 2016 au Festival d'Avignon

Thomas Jolly est artiste associé au Théâtre National de Strasbourg.