Blog culturel sur les Arts: littérature, danse, théâtre, musique, classique ou contemporaine, jazz, concerts, Arts plastiques, expositions, et des photos de fleurs.
Ce ne sont pas les 40èmes rugissants - encore que... - mais c'est bien la quarantième édition du Festival International de Musiques d'Aujourd'hui MUSICA qui débute à Strasbourg avec cette soirée en deux parties, l'une au Palais des Fêtes et l'autre à l'église Saint Paul.
MUSICA 2022 - Migrants - Georges Aperghis- ensemble Resonanz - Photo: lfdd
La pièce de choix, Migrants de Georges Aperghis est en création mondiale (pour cette version complète) par l'ensemble Resonanz de Hambourg qui lui avait commandé cette oeuvre. Elle est interprétée par cet orchestre de chambre "démocratique" (sans chef permanent et sans hiérarchie) avec les solistes Agata Zubel (Soprano) et Christina Daletska (Mezzo-soprano) et Geneviève Strosser à l'alto pour le quatrième mouvement et dirigé par le chef d'orchestre (et également compositeur) Emilia Pomarico qui avait déjà mené un bout de chemin (en 2017 et 2018) avec l'ensemble - et également travaillé avec Aperghis.
MUSICA 2022 - Migrants - Georges Aperghis- ensemble Resonanz - Photo: lfdd
Quand on parle de migrants, la première image qui nous vient ce sont ces images de réfugiés qui traversent la mer pour arriver en Europe et c'est effectivement cette situation qui a motivé Georges Aperghis dans l'écriture de cette pièce, dont une première version avait été créée à Hambourg en 2017. Mais plutôt que d'utiliser ce matériau brut et les différents témoignages, il a préféré s'appuyer sur la force symbolique d'un roman de Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres et d'en sélectionner des extraits pour cet oratorio en cinq mouvements. Les textes sont dits ou chantés par les deux solistes, l'expressive et impressionnante Agata Zubel et Christina Dalestska plus en intériorité, introduits quelquefois par des vocalises ou une série de mots étranges, étrangers ou imaginaires qui nous transportent dans un univers lointain.
MUSICA 2022 - Migrants - Georges Aperghis- ensemble Resonanz - Photo: lfdd
Nous passons par toute une série d'états, d'un calme surprenant à des éclats véhéments, ou des cris. Le cinquième mouvement démarre lui par le texte seul dit avec retenue alors que pour les trois premiers mouvements l'orchestre installait une ambiance très forte, soit avec de courte phrases répétées, soit avec des jeu de pizzicato et de percussion similaire à des craquements qui pouvaient autant être les bruits des bateaux ou ceux d'une forêt profonde et hostile. De temps en temps un musicien entame sur son instrument, la contrebasse, ou le violoncelle, un chant qui ressemble aux plaintes et prières des chanteuses.
MUSICA 2022 - Migrants - Georges Aperghis- ensemble Resonanz - Photo: lfdd
Le quatrième mouvement, tel un concerto voit Geneviève Strosser et son alto historique à l'image des chanteuses, lancer des phrases énergiques et soutenues, tempétueuses en dialogue avec l'orchestre. Cet orchestre qui, tantôt nous emmène en nous berçant sur les vagues d'une mélodie chuchotée, tantôt nous emporte dans une tension puissante ou, par la grâce de l'écriture inventive de Georges Aperghis dans une ambiance étonnante faite de crissements, de frottements étranges ou de chocs innatendus, comme dans une forêt vivante. Et les textes sélectionnés que nous offrent en variations d'interprétation (au point de chuchoter "A cry" - un cri pour le début du cinquième mouvement) les deux solistes nous emportent dans un étrange voyage comme le personnage qui avoue: "I don't know how I'll ever get back", jusqu'à disparaître, nulle part ("Nowhere, Gone"):
"Je suis allé un peu plus loin, puis un peu plus loin encore, jusqu'au jour où je me suis trouvé si loin que je ne sais pas comment je pourrai jamais revenir."
MUSICA 2022 - Migrants - Georges Aperghis- ensemble Resonanz - Photo: lfdd
La suite du voyage se fait dans la nef de l'église Saint Paul avec L'Isle Sonnante, soirée autour de la dernière pièce "électronique" d'Eliane Radigue, L'Isle ré-sonnante qu'elle avait composée en 2000 avant de passer à l'acoustique. En introduction, deux pièces d'Ellen Akbro, For organ and brass (2018) et Sculpture (2022).
MUSICA 2022 - Ellen Arkbro - Photo: lfdd
MUSICA 2022 - Ellen Arkbro - Photo: lfdd
Le public, allongé sur des coussins dans la nef - certains auront choisi la dureté inconfortable des bancs de l'église sont immergés dans la musique, en l'occurrence les deux joueurs de trombone et celui d'euphorium qui surgissent dans la pénombre et se répondent à travers l'église en des sons tenus qui se rejoignent, s'éloignent, se rapprochent, se fondent.
MUSICA 2022 - Ellen Arkbro - Photo: lfdd
MUSICA 2022 - Ellen Arkbro - Photo: lfdd
MUSICA 2022 - Ellen Arkbro - Photo: lfdd
Ellen Akbro, elle à l'orgue elle joue également une note qui tient, longtemps, étirée et un autre qui la rejoint, puis une autre et une autre encore avant de se réduire à nouveau, Des résonnances s'installent, tournent, vibrent. Puis dialoguent avec les vents, postés sur un balcon en de longues phrases entremêlées dans une atmosphère propice à l'intériorité et à la méditation.
MUSICA 2022 - Eliane Radigue - Photo: lfdd
L'Isle ré-sonnanted'Eliane Radigue clôt cette soirée dans un autre voyage plus serein encore, plus doux et calme, avec des boucles, des nappes de musique et des résonnances étirées sur une bonne heure, où l'on a le temps de voir - ou plutôt d'entendre les infimes variations et les changements de cette musique des sphères qui nous fait entendre une musique des anges et les souffles du vent lointain pour finir dans le silence. Nous passons par une météo distendue, une parcelle de temps étiré à l'infini, un grain d'éternité et nous en sortons les oreilles rajeunies.
Cet été aura été un été sans internet.. et sans réseaux sociaux.
A part deux publications sur le Blog, presque pas de passage sur Facebook et peu d'échanges virtuels, un autre rythme aura trouvé sa place.
De plus un Xième plantage des mails - on ne compte plus les problèmes avec laposte.net et outlook, les accès bloqués ou les mails et les carnets d'adresse perdus et retrouvés et reperdus... - un autre rythme se met en place... et on réfléchit.
Cela calme notre volonté de connexion et le fameux FOMO - Fear Of Missing Out, la peur de rater quelque chose. Le monde avance sans nous, les fleurs, même avec peu de pluie sont encore là, même si elles se font rares,... il va falloir s'y habituer (aux orages tropicaux aussi).
Voici donc une fleur de l'été, la fleur du 8 août :
Fleur du 8 août 2022 - Photo: lfdd
Et au retour, en septembre, un article édifiant qui confirme et explique ce que je ressentais, une interview de Daniel Cohen dans Libération : "Il faut casser la logique du capitalisme numérique, celle d’un crétin géré algorithmiquement". Daniel Cohen vient de publier un livre chez Albin Michel intitulé Homo numericus. La «civilisation» qui vient (Albin Michel, août 2022). et nous parle de la "Croissance apauvrissante".
Il nous dit :
"C’est l’un des éléments les plus imprévisibles de la révolution numérique. On pensait qu’elle allait faire advenir une nouvelle intelligence collective. Elle a accouché de son contraire : un monde de fake news, de complotisme et de post-vérité. Les réseaux sociaux alimentent ce que les psychologues et les économistes appellent le biais de confirmation: ce qu’on cherche sur les réseaux sociaux, ce ne sont pas des informations ni des contradicteurs mais des moyens de confirmer ses a priori, ses préjugés. Les réseaux sociaux transforment nos croyances en biens de consommation. On choisit en ligne celles auxquelles on veut adhérer."
Et je repense à cet été, aux vraies rencontres avec la boulangère qui prend le temps de discuter, aux commerçants et aux voisins avec lesquels on partage une proximité et des échanges - ce qui change des caisses automatiques et des queues un peu partout où l'on a peur de perdre sa place, où l'on appuie sur des boutons après avoir scanné ses articles et où l'on ne regarde même plus l'employé qui corrige les erreurs de la machine.
Le directeur du département d’économie de l’Ecole Normale Supérieure nous confirme:
"Le monde numérique se présente comme une société d’abondance : on peut entendre autant de chansons que l’on veut sur Spotify ou engager toutes les rencontres possibles sur Tinder… La réalité du monde qu’elle installe est bien différente. Le cœur de l’ambition numérique est de réduire au strict minimum l’interaction des humains entre eux. On l’a vu avec le Covid : son but est de permettre de ne plus se rencontrer autrement qu’en ligne. Le numérique réduit les relations interpersonnelles au strict nécessaire, y compris quand il s’agit de se faire la cour. L’abondance promise crée en réalité un appauvrissement relationnel. C’est en ce sens une révolution d’ordre anthropologique."
D'après lui, "L’homo numericus est le bâtard de ces deux filiations [les années 60 et les années 80]. Il est antisystème et libéral. Il proteste contre les injustices mais en même temps il participe à la désinstitutionnalisation du monde engagé par la révolution libérale."
Et il nous dit, à propos du futur, qu'avec l'arrrivée de l'IA (Intelligence Artificielle), c'est :"la force révolutionnaire qui s’annonce, donnant les moyens de surveiller un par un les 8 milliards d’humains qui peuplent la planète. Le pire des scénarios serait celui où l’IA prendrait en charge la gestion générale d’un système dans lequel les individus seraient totalement crétinisés au sens de Michel Desmurget dans la Fabrique du crétin digital. Le grand psychologue Daniel Kahneman expliquait que les humains fonctionnent à deux niveaux. Le premier système est impulsif, approximatif, simplificateur: il permet d’aller vite. C’est exactement celui où nous enferment les réseaux sociaux. Le second système est celui de la réflexion, celui qu’on sollicite quand on prend un crayon et qu’on fait des additions. C’est celui que l’IA va prendre en charge. "
A bon entendeur salut !
allez, encore une fleur, celle du 15 août:
Fleur du 8 août 2022 - Photo: lfdd
C'est un peu la lente dégradation que j'ai constatée ces dernières années... Les premiers abonnés de mon billet (il y a longtemps.... 2011, un bail...) répondaient, réagissaient quelquefois, commentaient, même envoyaient des propositions. Et puis, quand à un moment (ou deux) je me suis interrogé sur l'arrêt de ce rythme hebdomadaire de publications, et que j'ai sollicité des avis, j'en ai eu... de nombreux qui me disaient de ne pas arrêter. J'ai continué, un peu. Je pense que si je le faisais maintenant, j'aurai beaucoup moins de retours, peut-être quelques émoticônes sur une page facebook parce que c'est un racourci facile pour donner son opinion sans trop se fatiguer...
Et curieusement, la fréquentation du blog croît depuis quelques temps. Là où au début j'avais 15-20 lecteurs, je démarre avec une soixantaine et les articles - ou billets - publiés touchent de plus en plus de monde: Le nombre de publications qui ont été vues plus de 2.000 fois a été multiplié par dix, une cinquantaine a fait plus de 1.000 vues pour les 1300 publications (déjà) à ce jour le tableau récapitulatif (qui bizzarement ne comptabilise pas toutes les vues) affiche plus de 459.000 visites. Ce qui fait une moyenne de plus de 350 vues par billet (alors que les première publications n'ont entre 60 et 120 visites).
Comment expliquer tout cela? La fréquentation, les rares commentaires et retours, à quoi ça tient?
Est-ce vraiment l'effet "réseau sociaux" où au-delà du click il n'y a plus d'espoir, sinon de poster un sujet clivant, polémique ou des photos mignonnes qui ne peuvent que plaire.
Dites-moi..
D'ailleurs si vous pouvez aussi m'aider pour le mystère du 18 août où il n'y a eu que 31 passages sur le blog - contre une moyenne journalière de 290 - voir le résultat là:
C'est bon pour la motivation... Mais vous retours seront encore plus appréciés.
Et vos propositions.
Une piste de réflexion - alors que j'ai perdu toutes mes adresses mail ! - serait de constituer des listes - par exemple sur des thématiques - danse - musique - théâtre - littérature - expositions ... etc. et de vous envoyer des alertes lorsqu'un billet sur ce sujet est publié. Qu'en pensez-vous, une sorte de newsletter par thématique...?
Pour clore avec la thématique cinéma, je vais saluer les trois dernier.ère.s disparu.e.s, des grand.e.s du cinéma qui sont parti.e.s:
Honneur aux dames avec Irène Papas qui jouait dans Zorba le Grec mais aussi degrands rôles classique et qui vient de nous quitter. La voici dans Zorba le Grec:
Là, avec Vangelis pour la chanson Menousis:
Deuxième hommage, celui à un cinéaste suisse qui a fait tourner François Simon, Maya Simon, Bulle Ogier, Jean-Luc Bideau, Philippe Léotard et plein d'autres comédiennes et comédiens. Il a réalisé Charles Mort ou vif, La Salamandre, Le milieu du Monde et le magnifique Dans la ville Blanche avec Bruno Ganz:
La bande annonce de La Salamandre:
Et le film si vous voulez voir la suite:
Et la bande annonce de Dans la ville blanche:
Pour finir, je ne vous le présente plus... God.... qui se mariant avec Depardieu a fait cette affiche pleine d'humour "Hélas pour moi":
Il est mort au moment où l'on reparle de la mort assistée, alors que son premier film s'appelait (déjà) "A bout de souffle", qu'à la fin de son film le plus célèbre Ferdinand "Je m'appelle Ferdinad, pas Pierrot" joué par Jean-Paul Belmondo se donne la mort avec une ceinture de dynamite enroulée autour de sa tête, le visage peint en bleu, la couleur du ciel sur laquelle finit le film, et qui dit: "Après tout je suis idiot" en tentant d'éteindre la mèche.
Godard aurait-il regretté aussi son geste?
En faisant quelques autre parallèles, on pense à Jean Seeberg, qui elle aussi se donna la mort, tout comme son mari, Romain Gary, qui s'est suicidé lui aussi...
Bon, soyons gai et regardons sa bande annonce de Sauve qui peut la vie, où l'on se rend compte que Godard était aussi musicien:
Et un court métrage pour entrer dans son univers Dans le noir du temps:
Le concert d'ouverture de la saison de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg est spectaculaire cette année. Pas moins de cent musiciens et cent choristes, et quatre solistes dans la salle Erasme du Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg pour un Requiem de Verdi sous la direction d'Aziz Shokhakimov, le directeur artistique et musical de l'orchestre. Le hasard du calendrier fait de ce concert un implicite hommage à Elisabeth II, la reine d'Angleterre qui est morte la veille. La politique est partout...
OPS - Verdi - Requiem - Photo: Nicolas Rosès
D'ailleurs, ce Requiem n'a-t-il pas été écrit - finalisé - pour rendre hommage au grand poète et écrivain italien Alessandro Manzoni, qui était également un acteur, comme Verdi, de la force politique qui allait faire émerger la nation italienne, le Risorgimento. Verdi l'a écrit et joué le 22 mai 1874, un an après sa mort à la Scala de Milan. Il avait déjà composé le célèbre Libera Me pour un autre Requiem qu'il voulait en hommage à Rossini en 1868 avec d'autres compositeurs. Ce Requiem, venant de la part de ce maître de l'Opéra italien (il en a écrit plus de 30, la plupart très célèbres) donne à l'écriture de cette pièce une tonalité très spéciale. Il était de plus athée, et nous nous retrouvons avec une composition très variée, très dramatisée, avec ces quatre solistes, deux femmes, deux hommes qui vont se partager des morceaux de bravoure ou des duos, trios et quatuors, ou encore des dialogues avec l'orchestre ou les choeurs. Le tout avec des changements de rythme ou de puissance et de mode orchestral qui dynamisent la narration.
OPS - Verdi - Requiem - Photo: Nicolas Rosès
Ce Requiem n'est pas une pièce liturgique et dès le début nous nous retrouvons dans une ambiance surprenante avec, tout en retenue, les voix, comme venant d'outre-tombe "Requiem aeternam dona eis, Domine et lux perpetua lucea eis." - "Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et que la lumière éternalle brille sur eux" soutenues par un filet de cordes avant un puissant "Te decet Hymnus Deus", "A toi Dieu, il convient de chanter un hymne" renforcé par les presque cent choristes des Choeurs de l'Opéra National du Rhin, associés au Choeur Philharmonique de Brno, avant d'alterner retenue et puissance.
OPS - Verdi - Requiem - Photo: Nicolas Rosès
Suit le long Dies Irae, démarrant avec force et rapidité, avec les 8 trompettes, puissantes, qui se trouvent dans la salle. Les neuf versets de cette partie permettent d'apprécier la richesse de la composition et les talents de l'orchestre, autant les vents, les clarinettes, les hautbois, les bassons - et même un ophicléïde - que les timbales et les percussions, bien sollicitées, ou les cordes. Et surtout les interprétations des solistes, la basse d'Ain Anger pour le sombre Tuba mirum et le Confutatis ou les voix féminines, la soprano Serena Farnocchia (remplaçant au dernier moment Krassimira Stoyanova) avec une voix claire et forte et de la mezzo-soprano Jamie Barton, en particulier dans le Rex tremendo qui nous offre un beau moment vocal de partage avec les choeurs (les Salva me - sauve-moi) ou l'Ingemisco avec le ténor Benjamin Berneim dont on apprécie la voix forte et claire et la magnifique diction.
OPS - Verdi - Requiem - Photo: Nicolas Rosès
L'Offertorio se présente presque comme un poème symphonique porté par un orchestre tout en finesse et de très beaux passages vocaux doux et calmes. Le Sanctus arrive avec puissance et sonneries de trompettes puis se fait léger, presque dansant - d'ailleurs le chef Aziz Shokhakimov donne l'impression de danser en dirigeant - puis finit en apothéose. L'Agnus Dei, démarant par un duo des voix féminines reprises par le choeur se construit ensuite en alternance dans ce mouvement doux et grave. Le Lux eternae voit le trio vocal (mezzo, basse, ténor) dialoguer accompagné des cordes.
OPS - Verdi - Requiem - Photo: Nicolas Rosès
Et pour finir, le Libera me démare avec la récitation de la prière "Libera me, Domine, de morte eaternam " "Libérez-moi Seigneur de le mort éternelle" suivi de la puissance conjuguée des choeurs et de l'orchestre. La tension monte en alternant des moments plus retenus et des poussées de puissance, entre la soliste (ici la magnifique Serena Farnocchia), les choeur et l'orchestre et ce "Libera me" - "Délivre-moi" qui revient, avant le grand silence final en point d'orgue.
Un silence impressionnant, suivi, comme il se doit par les applaudissements redoublés du public qui a vécu intensément ce moment qui a duré plus d'une heure et demie, un Requiem très singulier.
OPS - Aziz Shokhakimov - Requiem - Verdi - Saluts - Photo: lfdd
Hamlet est un monument du théâtre. Qui ne connaît au moins la célébrissime citation "Être ou ne pas être", et d'autres parties du texte que l'on se surprend à entendre et qui sont devenues des sentences largement partagées - par exemple "Le pire reste à venir" ou "Et le reste est silence". Et si l'on apprend que lors des 127 années d'existence du Théâtre du Peuple fondé par Maurice Pottecher à Bussang, cette pièce n'y avait pas encore été représentée, il faut remercier Simon Delétang de nous la proposer. Et de nous en offrir trois aspects complémentaires. Et tout cela parce que, d'une certaine manière, sa passion du théâtre d'aujourd'hui, et engagé, lui est venue par cette pièce dans sa relecture de Heiner Müller, Hamlet Machine. Et le summum c'est la version "classique" de Hamletde Shakespeare suivie de Hamlet Machine, comme Heiner Muller l'a montée, à la suite, lors de la chute du mur de Berlin, et que Simon Delétang remonte, pour la première fois en France cette double version, complémentaire ave les mêmes acteurs (amateurs et professionnels - comme il se doit à Bussang!). Et, cerise sur la gâteau, ou comme on dit, "jamais deux sans trois", et parce que le comédien principal, Loïc Corbery qui interprète Hamlet a aussi créé une pièce à partir d'une didascalie de Shakespeare "Hamlet, à part" conçue un voyage autour d'Hamlet et de la figure historique - et symbolique - du comédien que ce personnage incarne, nous avons donc droit à un tiercé où nous sommes gagnants à tous les coups.
Hamlet- William Shakespeare - Simon Delétang - Bussang - Photo: Jean-Louis Fernandez
L'expédition n'est pas aisée. Embarquement à midi pile - ce n'est pas une heure pour jouer du théâtre pourrait dire le comédien - avec Hamlet, à partpour un moment intime. On l'aurait préféré encore plus intime: une vraie proximité avec le coin bureau, fauteuil et table de mixage son est plus difficile du fond de la grande salle du grand Théâtre de Bussang, même si on a des prendrillons occultent la partie gauche (Jardin) de la scène - les confidences. Et les pochettes de disque ou les "unes" de journaux mises en boule (une belle idée) deviennent des timbres-postes pour le fond de la salle. Mais le choix des textes - Baudelaire, Heine, Hugo, Musset, Voltaire, Sarah Bernhard, Vilar,... et aussi Shakespeare qui surgit de temps en temps sans que l'on s'y attende - nous parlent de la vie, d'expérience, de l'histoire, et de la pièce. Le texte met en parallèle le théâtre et la vie et nous prouve que quelquefois le théâtre est plus vrai - qu'il détient plus la vérité - que la réalité, la nature, qui a plus raison que l'homme, un discours qui commence à faire son chemin.
Hamlet, à part - Loïc Corbery - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: C. Raynaud de Lage
On y apprend, ou retrouve quelques épisodes intéressants sur la pièce et les actrices et acteurs - ou metteurs en scène qui se sont frottés à ce monument de Shakespeare, ou qui auraient dû le jouer et l'ont raté de peu (Gérard Philippe - voir la très belle lettre de Jean Villar qu'il lui a écrite en 1961. On y apprend aussi le nombre de pièces de théâtre dans lesquelles des personnages se suicident (alors qu'au cinéma "on tue") ou encore les quelques représentations où des dirigeants (essentiellement des tyrans) de pays ont fait stopper la pièce parce que le sujet les dérangeait trop dans leur rôle - et leur conscience - Le théâtre, encore, dépasse la réalité, la vérité est trop forte.
Hamlet, à part - Loïc Corbery - Théâtre du Peuple Bussang - Photo: C. Raynaud de Lage
Loïc Corbery, en virtuose disc-jockey-mixeur passe allègrement de son texte à des cassettes audio desquelles surgissent des voix plus ou moins connues, alternant avec des extraits de disques variés (Michael Jackson, du jazz ou du classique et des pièces de théâtre - Hamlet, dontil scratche la célèbre tirade) et nous propose à sa manière, du côté du comédien, un regard cavalier sur cette pièce qui n'a pas fini de faire parler d'elle.
Hamlet- William Shakespeare - Simon Delétang - Bussang - Photo: Jean-Louis Fernandez
Le plat de résistance est donc, à quinze heures la pièce de Shakespeare dans ses bonnes trois heures et demie, entracte compris. La mise en scène est simple et moderne, laissant le texte très lisible, le décor, blanc et sobre, inspiré de la création de Yannis Kokkos pour la mise en scène de Jean Vilar, avec ses coulisses et ses ouvertures cachées, joue sur le fugace et le passage, la répétition aussi, les effets de défilé, une tranche de labyrinthe dont on ne peut s'échapper. Les quelques mouvements de décor sont très efficaces et surprenants. Les déplacements (traversées) des personnages de noir vêtus, sobres dans ce décor blanc, sur une musique minimaliste en font une sorte de poème visuel.
Hamlet- William Shakespeare - Simon Delétang - Bussang - Photo: Jean-Louis Fernandez
Un drapeau rouge ou la robe d'Ophélie étant les seules touches de couleur et les seconds rôles tous tenus par des femmes presque toutes vêtues pareilles renforcent cet effet hiératique, symbolique.
Hamlet- William Shakespeare - Simon Delétang - Bussang - Photo: Jean-Louis Fernandez
On assiste bien sûr aux terreurs et aux errements du prince Hamlet qui croise le spectre de son père tué par son oncle qui a marié sa mère et à toutes les péripéties et vengeances qui sont les rebondissements de cette pièce pleine de fureur et de morts.
Hamlet- William Shakespeare - Simon Delétang - Bussang - Photo: Jean-Louis Fernandez
L'on assiste bien sûr à la surprise et l'étonnement de la découverte du fameux fond de scène sur la forêt - et l'on en profite parce que Simon Delétang nous offre de longues scènes avec ce fond de décor (Simon Delétang nous en offre même une vision semi-nocturne en rajoutant dans la pièce de Heiner Müller Hamlet-Machine un texte supplémentaire Héraklès II ou l'Hydre). Nous avons aussi droit au théâtre dans le théâtre - avec l'énigme des effets du mimodrame en opposition au théâtre parlé, et aussi à la leçon de théâtre que donne Hamlet aux comédiens de la troupe qui passe:
"Dites, je vous prie, cette tirade comme je l'ai prononcé devant vous, d'une voix naturelle: mais si vous la braillez, comme font beaucoup de nos acteurs, j'aimerais autant faire dire mes vers par le crieur de la ville."
Cela n'empêche pas Shakespeare d'insérer des intermèdes comiques, en particulier avec Polonius (imposant Hugues Dutranois). Il faut souligner la qualité de tous les acteurs "amateurs" qui jouent les rôles dans la pièce de Shakespeare et dans celle de Heiner Müller: Maryna Buyse, Baptiste Delon, Sylvain Grépinet, Salomé Janus, Houaria Kaidari, Jean-Claude Luçon, Elsa Pion, Julie Politano Khadija Rafhi, et Alice Trousset, tous impeccables, auquels se rajoutent quelques figurants du village pour l'enterrement. A côté de Loïc Cordéry de la Comédie Française, il n'y a que Fabrice Lebert pour le fidèle Horatio, Anthony Poupard pour Laërte, Stéphanie Schwaztbrod pour Gertrude et Georgia Scalliet pour Ophélie qui sont des comédien.enne.s professionnel.le.s. Il est vrai que l'implication des bénévoles est toujours impressionnante dans ce village de la vallée vosgienne. Et le résultat est à la hauteur de l'ambition, surtout si l'on tien compte du court temps de répétition pour produire ces trois pièces.
La pièce de Heiner Müller Hamlet-Machinequi clôt la journée à vingt heures est judicieusement introduite par Simon Delétang qui resitue à la fois le contexte d'écriture de la pièce et la personnalité de l'auteur, quelqu'un qui est venu au théâtre - et à l'écriture, la poésie sans formation dans une Allemagne de l'Est qu'il n'a pas quittée.
On a découvert dans la première pièce, Hamlet, à part, un épisode relatif à son père se faisant emmener par les nazis en sa présence (il fait semblant de dormir). Cette RDA où à la chute du mur de Berlin il a arrêté d'écrire (par manque de carburant) ses textes critiques et caustiques, mais aussi plein d'humours. Le public a apprécié qu'on le prévienne que les textes n'avaient peut-être pas toujours de sens évident au premier abord mais qu'il fallait les laisser travailler et se laisser porter par eux.
Et tout le monde l'a compris quand tous les comédiens ont affirmé "J'étais Hamlet,...." et qu'ils ont repris indifféremment les phrases les uns des autres en écho. Le texte, un grand collage de citations et même d'autocitations rend compte de l'état du Monde à la fin du XXème siècle, dans un tournant, une atmosphère très semblable à l'époque d'Hamlet. La pièce, déconstruction du théâtre et à priori destinée à faire bouger les repères de chacun a trouvé un écho auprès des spectateurs qui avaient été, un peu, avertis par le metteur en scène de la soirée qui, dans un coin, à son bureau se revoyait en démiurge müllerien, à tout le moins en passeur de son texte iconoclaste et poétique à la fois.
Le Festival Voix et Route Romane, soutenu depuis le début par la Région Alsace, aujourd'hui devenue Région Grand Est, irrigue le territoire dans des lieux historiques magnifiques qui sont en totale adéquation avec cette magnifique musique qu'est la Musique européenne du Moyen-Âge. Les églises romanes - ou gothiques - du Nord au Sud de l'Alsace qui l'accueillent lors de trois week-ends (Sélestat, Saint-Jean-les -Saverne, Sigolsheim, Eschau, Strasbourg, Ottmarsheim, Rosheim, Feldbach et Guebwiller) sont un écrin et une merveilleuse chambre d'écho pour ces neuf concerts qui mèlent la voix, souvent polyphonique, à des instruments souvent anciens, viole, vielle, harpe, luth, oud, flûte à bec,...
Voix et Route Romane - Peregrina - Veni de Libano - Photo: lfdd
L'église Saint Trophime d'Eschau, qui avait accueilli l'ensemble Eduardo Paniagua l'année dernière pour un aperçu des chants des trois religions s'est refait une beauté extérieure sous la bénédiction des Monuments Historiques dans l'intervalle. Et elle accueille cette année l'Ensemble Peregrina pour un programme "Veni de Libano" autour du Cantique des Cantiques. L'ensemble, dont les membres viennent de différents horizons (Pologne, Suisse, Finlande, Angleterre et Belgique) et se rassemblent autour de la chanteuse et musicologue Agnieszka Budinska-Bennet nous a ainsi offert un voyage - venant du Liban à travers les siècles et les pays.
Voix et Route Romane - Peregrina - Veni de Libano - Photo: lfdd
Du XIème siècle d'Angleterre avec la cantilène Epithalamia où l'on a pu apprécier les aigus hauts placés de Hanna Järveläinen et les voix entremêlées après une introduction en vocalise ou le Qui est hic de Bruno Segni (1045-1123) où la soprano Agnieszka Budinska-Bennet et le ténor Matthieu Romanens, accompagnés à la vielle par Aliénor Woltèche dialoguent leur rêve d'amour. Jusqu'au 16ème siècle avec l'antienne Meliora Sunt, dont nous apprécions les deux versions, celle islandaise du 16ème et l'autre, qui nous vient de Silésie, du 15ème siècle. Aliénor Woltèche nous propose quelquefois des parties instrumentales sur sa vielle, douces, tendres et inspirées, tout en intériorité, quelquefois même sur des rythmes dansants.
Voix et Route Romane - Peregrina - Veni de Libano - Photo: lfdd
Pour le motet Tota Pulchra, pièce allemande du 14ème siècle, Grace Newcombe, dont il faut saluer la superbe voix, accompagne à la harpe le ténorMatthieu Romanens. Le riche et homogène programme - vingt pièces autour du Cantique des Cantiques - nous montre, avec toute la qualité de l'ensemble Peregrina un magnifique pan de la musique sacrée et profane du Moyen-Âge.
Voix et Route Romane - Peregrina - Veni de Libano - Photo: lfdd
La pièce de Pierre Abelard (1079 - 1142), l'époux d'Héloise, Epithalamica, vaste chant d'amour qui conte le rencontre, difficile de la fiancée et de son amour, inspirée du Cantique des Cantiques est un morceau de choix dans le programme et prouve, s'il le fallait encore, toute la maîtrise, non seulement de direction, mais aussi de qualité vocale avec lamagnifique voix d'Agnieszka Budinska-Bennet qui joue également de la harpe dans cette narration, accompagnée de la douceur caressante de la vielle.
Voix et Route Romane - Peregrina - Veni de Libano - Photo: lfdd
L'antienne polyphonique de Silésie Tanquam sponsus nous offre une belle interprétation polyphonique à trois voix de femmes, que rejoint la harpe, avant la lancinante antienne Sicut malun d'Hildegard von Bingen (15ème siècle). Le concert s'achève avec la courte antienne polyphonique anglaise Venit dilectus meus (15e siècle) où tout est consommé:
"Que mon bien aimé entre dans son jardin
Et qu'il mange de ses fruits excellents"
Et bien sûr, un concert de cette qualité ne peut s'achever sans un bis très apprécié.
Et l'on se donne rendez-vous pour la suite du programme sur la Route Romane...
C’est l’été et rien de tel pour profiter de cette période
que de faire un pas de côté (ou en arrière), comme le préconise Rilke (voir
plus loin).
Ou alors un pas de danse, comme ce chardon que je vous offre
en « fleur d’été » :
La danse du chardon - Photo: lfdd
Parce que cet été l’a été, ardent, comme ce chardon, sec, et
porteur d’orages en même temps.
Allons directement au sujet, c’est-à-dire au TVA
(Texte à Valeur Ajoutée) qui me pousse à publier en plein mois d’août, alors que
tout le monde est en vacances, en avance - d’ailleurs, je ne suis pas seul en
avance, les fleurs et les fruits aussi (voir la fleur suivante, photographiée
le 17 août). Je vais vous parler d’un livre découvert à la Médiathèque Olympe
de Gouge à Strasbourg – il était mis en avant sur la table des suggestions.
Mille mercis pour leur choix !
Le livre s’appelle « Le Détail du monde » - c’est drôle, d’habitude je cite souvent
des livres qui sont présentés dans le supplément Littéraire du Monde. L’auteur en est Romain Bertrand et le
sous-titre du livres est « L’art
perdu de la description de la nature ». Il est constitué
principalement de trois chapitres : 1. « La vie rêvée des
coléoptères » - 2. « Le bleu des choses » et 3. « Le
sociologue et l’oiseau ». Chaque chapitre est consacré à un personnage,
méconnu, mais qui a oeuvré pour faire
évoluer la connaissance et la science. Et surtout notre compréhension de la
nature, et notre rapport à elle. Ce qui amène, entre autres, cette citations de
Rilke à la page 236 (presque à la fin du livre) :
« Il fallut
d’abord commencer par écarter de soi les choses pour devenir capable par la
suite de s’approcher d’elles de façon plus équitable et plus sereine, avec
moins de familiarité et un recul respectueux, car on ne commençait à comprendre
la nature qu’à l’instant où l’on ne la comprenais plus; lorsqu’on sentait
qu’elle était autre chose, cette réalité qui ne prend pas part, qui n’a point de
sens pour nous percevoir, ce n’est qu’alors que l’on était sorti d’elle,
solitaire, hors d’un monde désert… […] et l’on voyait que l’on ne voulait être
rien de plus qu’une chose. »
Devenir chose, ne plus être le centre du monde, arriver à
considérer la nature, les insectes, les oiseaux, les animaux comme des
individus, tout comme les hommes, c’est le parcours poétique et scientifique
auquel nous convie ce livre en essayant d’être le plus juste et à sa juste
place. En tenant compte aussi des mots, et en prenant, avec Francis Ponge le
parti des choses :
« D’où vient
cette différence, cette marge inconcevable entre la définition d’un mot et la
description de la chose que ce mot désigne ? D’où vient que les
définitions des dictionnaires nous paraissent si lamentablement dénuées de
concret, et les descriptions, des romans ou des poèmes, par exemple)) si
incomplètes (trop particulières et détaillées au contraire), si arbitraires, si
hasardeuses ? Ne pourrait-on imagines une sorte d’écrits (nouveaux) qui,
se situant à peu près entre les deux genres (définitions et description) ;
emprunteraient au premier son infaillibilité, son indubitabilité, sa brièveté
aussi, au second son respect de l’aspect sensoriel des choses ? »
Cette question de la définition et de la description, et
donc de la différence parcourt le premier chapitre consacré à Alfred Wallace,
entomologiste amateur qui n’a pas fait d’études, mais dont la passion des
coléoptères et des papillons (il en fit son gagne-pain en collectant 125660
pièces rien qu’en Indonésie) en arriva à concevoir – en même temps que Darwin –
la loi de la sélection naturelle et de pouvoir dire :
« Pourquoi tant
de grands esprits ont-ils échoué face à ce problème [de la sélection naturelle]
alors que Darwin et moi sommes tombés sur la solutions ? […] La première -
et selon moi la plus importante - de ces correspondances, c’est que dans nos jeunes
années, Darwin et moi étions de fervents chasseurs de scarabées. »
Petite pause avec les colchiques en avance:
Colchiques dans les prés - Photo: lfdd
Le
deuxième chapitre trace le cheminement parallèle de la peinture (et du bleu
dans la peinture) et de la représentation de la nature, démarrant avec les
relations - semblables à un « vieux
couple de bourgeois de province qui, ayant depuis longtemps cessé d’éprouver
l’un pour l’autre de la tendresse, et même de l’intérêt, se contentent de mener
sous un même toit, dans l’odeur de l’encaustique et du papier d’Arménie, des
existences séparées - entre Louis Tinayre, peintre paysagiste (c’est lui qui fait les Dioramas « d’après
nature » à l’exposition universelle de Paris en 1900, et Albert 1er
de Monaco. Le prince se dit océanographe et chasse dans le monde entier.
Il remplit de ses trophées les Musées et Louis Tinayre documente ses
expéditions en dessinant. Le fil sera donc le bleu et son évolution ainsi que la
documentation de la nature … et les « naturalisation » des trophées
de chasse. Et l’on rencontrera Goethe, Ponge, Camus, Sartre, et du côté des sciences
également Ernst Haeckel et ses découverstes de méduses inspirant l’Art Nouveau.
Colchiques dans les prés - Photo: lfdd
Le troisième chapitre suit la destinée d’un autre
autodidacte un peu particulier, qui continue de faire avancer à sa manière la
connaissance de la nature et sa « reconnaissance ». Celui qui va
initier l’éthologie et surtout qui fonde en Angleterre le premier réseau de
« Birdwatchers », les ornithologues amateurs, qui vont considérer les
oiseaux comme des entités avec leurs règles qui doivent être observées et décrites très
précisément. En complément de cette activité, et à l’occasion, il prend entre autres la
direction d’un petit commando militaire chargé de harceler l’armée japonaise en
Indonésie, puis la direction du Musée du Sarawak. Il est aussi à l’origine de
la sociologie, puisqu’il adapte les règles d’observation des oiseaux et les
méthodes de l’ethnologie à l’étude détaillée de la vie quotidienne des classes
populaires anglaises, fondant le « Mass Observation » qui a en
archive plus de 3000 études de terrain. Et qu’il invente une méthode d’enquête
inédite consistant à vivre la vie de ceux qu’il étudie. Son nom bizzarement ne sera pas retenu pour ces innovations scientifiques et sociales. Il s'appellle Tom Harrisson. On apprend aussi dans
ce chapitre que le dessinateur John James Audubon « tirait » au moins
20 oiseaux sur le Mississipi par jour pour dessiner les planches de son livre « Birds of
America » (vous avez peut-être vu le film récemment qui en raconte l'histoire).