dimanche 20 mars 2016

Le Printemps sera-t-il Blanc, Astronomique, Bionique ou Numérique?

Ca y est, il est là - Er ist's comme je le disais bien tard avec Eduard Mörike en 2013.
Cette année aussi, il tarde de nouveau alors qu'il était en avance et là, on se demande s'il ne va pas reneiger - un Printemps Blanc? 
La fleur du Dimanche est à l'unisson:

Fleurs de printemps blanc - Photo: lfdd

En écho, un poème printanier de Théophile Gautier:

Au printemps

Regardez les branches
Comme elles sont blanches!
Il neige des fleurs.
Riant dans la pluie,
Le soleil essuie
Les saules en pleurs
Et le ciel reflète,
Dans la violette
Ses pures couleurs...
La mouche ouvre l'aile
Et la demoiselle
Aux prunelles d'or,
Au corset de guêpe
Dépliant son crêpe,
A repris l'essor.
L'eau gaîment babille,
Le goujon frétille ...
Un printemps encore!

Plus loin, une brassée de fleurs et de chansons, mais tout d'abord, je vous envoie vers le futur ou plutôt l'espace où le premier Zinnia "extraterrestre" a vu le jour ou plus précisément l'immensité de l'espace.
Bon, vous allez me dire que ce n'est pas la première fleur de l'espace, il y en a eu d'autres (voir notre ami wiki "Utilisation des plantes dans l'espace"), mais c'est la plus belle, n'est-ce pas:

Première Fleur de l'Espace - Photo: Scott Kelly

Le photo n'est pas de moi, mais bien de l'astronaute Scott Kelly.

Pour continuer avec les fleurs "expérimentales, je vous offre également la photo de la première "fleur bionique".
C'est une rose bionique qui intègre des circuits électroniques à transistors. Des scientifiques de l’université de Linköping en Suède, sont parvenus à cultiver pour la première fois de vraies roses dont le système vasculaire comportait des circuits électroniques fonctionnels. Cette expérimentation ouvre la voie à plusieurs applications pratiques comme la gestion nutritive des plantes, la production électrochimique de courant ou la fabrication d’antennes naturelles. Vous en saurez plus dans la revue "Sciences et Avenir".




Je vous avais aussi promis les fleurs numériques - en prévision du billet de dimanche prochain - en voici un exemplaire totalement "calculé":





Bon, revenons dans le Blanc et un texte sur le Printemps:

Fleurs de printemps blanc - Photo: lfdd


Dès que le printemps est là
Mais les serments s'oublient
Dès que le printemps s'en va
Là-bas dans la prairie
J'attends toujours, mais en vain
Une fille en organdi
Dès que le printemps revient.

(Refrain)
Non, le temps n'y fait rien
Oh non, le temps n'y peut rien

Je repense à ses yeux
Dès que le printemps est là
Je revois nos adieux
Dès que le printemps s'en va
Mais son image rôde
Au détour de mon chemin
Quand les soirées se font chaudes
Dès que le printemps revient.

Je crois la retrouver
Dès que le printemps est là
Je cesse d'y rêver
Dès que le printemps s'en va
Après bien des hivers
Pourtant mon coeur se souvient
Comme si c'était hier
Dès que le printemps revient.

Parfois je veux mourir
Dès que le printemps est là
Je crois toujours guérir
Dès que le printemps s'en va
Mais je sens la brûlure
D'une douleur qui m'étreint
Comme une ancienne blessure

Dès que le printemps revient...

Vous en trouverez la chanson plus loin, mais tout d'abord, hommage au Grand Jacques...
Au printemps - Jacques Brel



Et puis un petit bijou de Léo:

C'est le printemps" Léo Ferré 






Et voici le Printemps qui revient, avec Hugues Aufray:




Et puis le Bazar du Printemps avec Michel Fugain
Michel Fugain et Le Big Bazar - Le Printemps 1976:





Et pour clore, avec une chanson en Anglais de Tom Waits - You Can Never Hold Back Spring - spéciale dédicace à un ami qui ne comprend pas l'anglais et dont je traduit une phrase :
"So close your eyes
Open you heart
To one who's dreaming of you"

"Ferme les yeux
Ouvre ton coeur
à qui rêve de toi"

Vous ne pouvez pas retenir le Printemps:

 


You Can Never Hold Back Spring

You can never hold back spring
You can be sure that I will never
Stop believing
The blushing rose will climb
Spring ahead or fall behind
Winter dreams the same dream
Every time

You can never hold back spring

Even though you've lost your way
The world keeps dreaming of spring

So close your eyes

Open you heart
To one who's dreaming of you
You can never hold back spring
Baby

Remember everything that spring

Can bring
You can never hold back spring


Fleurs de printemps blanc - Photo: lfdd

Je retombe sur un poème de Charles d'Orléans : Le Printemps et ne puis m'empêcher de repêcher son interprétation - tronquée - par Michel Polnareff jeune:




Bon Dimanche

Bon Printemps

La Fleur du Dimanche

dimanche 13 mars 2016

Donner du crédit à votre savoir, c'est esquis !

Le voyage d'hiver est terminé, et je vous en ai rapporté des fleurs, pleines de soleil:


Fleurs soleil - Photo: lfdd

Pour rester de (fin) de saison, je lance un clin d'oeil aux skieuses et aux  skieurs et leur confirme que l'on peut changer d'avis (et de ski et de chaussure de ski)... avec un poème de Pierre Gamarra:

Le ski

Un garçon glissant sur ses skis,
disait : "Ah ! le ski, c'est exquis,
je me demande bien ce qui
est plus commode que le ski."
Comme il filait à toute allure,
un rocher se dressa soudain.
Ce fut la fin de l'aventure.
Il s'écria, plein de dédain :
"Vraiment, je ne suis pas conquis,
je n'ai bu ni vin, ni whisky
et cependant, je perds mes skis.
Non, le ski, ce n'est pas exquis."
Lorsqu’une chose nous dérange,
Notre avis change.

Fleurs soleil - Photo: lfdd


Pour s’élever un peu (pas dans les montagnes), je vous propose un extrait de l'interview de Julia Kristeva par Robert Maggiori et Anastasia Vécrin dans Liberation du 24 février 2016, au sujet du "croire" et du savoir, et de l'importance du lien et du faire. 

"Depuis une dizaine d’années, je me suis intéressée à la composante anthropologique préreligieuse qu’est «cet incroyable besoin de croire». Freud le relie au «sentiment océanique» de l’enfant dans les bras de sa mère: la reliance maternelle s’ensuit; et à la reconnaissance réciproque, affective et protectrice, avec le premier tiers, le père. Le besoin de croire est l’aube du lien, le degré zéro de son écriture. Au départ, croire veut dire : «je donne mon cœur en attente de restitution»; il a donné credo, foi, et crédit bancaire. Le besoin de croire satisfait, je suis capable de savoir. Les deux mouvements, croire et savoir sur le chemin de l’autonomie, sont nécessaires pour la construction de la personnalité. Mais si l’enfant est un questionneur, l’adolescent est un croyant. Il a besoin d’idéaux. Si cette quête n’est pas reconnue par lui et par les autres, elle s’inverse en punition et autopunition, vandalisme et destruction, en «maladie d’idéalité». A la Maison des adolescents, à l’hôpital Cochin, une équipe interculturelle et ethnopsychiatrique accueille des jeunes qui tentent le suicide, plongent dans l’anorexie ou adhèrent, secrètement, à des thèses complotistes contre les «impurs», pouvant se pervertir en «mal radical». Ils trouvent dans l’islam, une revanche, la «pureté» comme seule issue à leur mal-être, avec, «en prime», une communauté offensive et la jouissance morbide de la vengeance par le sacrifice. Pour les aider à investir le goût de la vie, l’équipe réinterroge le religieux, la soumission à l’«orthodoxie de masse» (Abdennour Bidar) qui, en ignorant la personne, en réduisant la femme à une proie, répand dans l’islam une culture de mort. 

Q: Contre quoi faut-il se battre ?

Contre le nihilisme. J’appelle ainsi le déni de la personne, la banalisation du raisonnement et le culte intégriste de la pulsion de mort portés par les prouesses de la technique et les ravages de la spéculation financière globalisée. Ce nihilisme culmine dans le mal radical, qui consiste à instrumentaliser le religieux pour déclarer certains humains superflus et les exterminer froidement. J’ose reprendre le mot usé d’«humanisme», à savoir une refondation continue de cette culture des Lumières, qui s’est détachée des religions pour fonder une morale universelle.


Par-delà et avec cette rupture, les sciences humaines affinent, inlassablement, les moyens d’élucider les croyances et les logiques des faits religieux. Mais au nom d’une paix sociale mal comprise, nous n’osons pas dénoncer, dans l’espace public, ces plis de l’islam qui flattent la pulsion de mort. Il est urgent de le faire, sans ostracisme ni caricature, en analysant comment ces logiques et dérives nous concernent. Si nous sommes incapables de les déconstruire, nous sommes complices du nihilisme.
...."

Bon, j'allais oublier la chanson, je l'ai trouvée, ce sont les Frères Jacques tout en beauté et en blanc!

 



Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

dimanche 6 mars 2016

Je suis venu te dire que je m'en vais.. ailleurs... Winterreise

Eh oui, je m'en vais.... comme l'hiver est revenu et chasse les fleurs, et comme dit si bien Verlaine au vent mauvais, je laisse la place à la fleur blanche qui gèle et se bat contre l'hiver:


Fleurs blanches rue Goethe - Photo: lfdd

Je m'en vais et prends mes distances, et vous offre une fleur rare:
 
Fleurs blanches rue Goethe - Photo: lfdd

Egalement l'annonce de mon départ - comme un adieu à Serge: "Je suis venu te dire que je m'en vais"


 


Je suis venu te dire que je m'en vais
Et tes larmes n'y pourront rien changer
Comm' dit si bien Verlaine au vent mauvais
Je suis venu te dire que je m'en vais
Tu t'souviens de jours anciens et tu pleures
Tu suffoques, tu blémis à présent qu'a sonné l'heure
Des adieux à jamais
Ouais je suis au regret
D'te dire que je m'en vais
Oui je t'aimais, oui mais
Je suis venu te dire que je m'en vais
Tes sanglots longs n'y pourront rien changer
Comm'dit si bien Verlaine au vent mauvais
Je suis venu te dire que je m'en vais
Tu t'souviens des jours heureux et tu pleures
Tu sanglotes, tu gémis à présent qu'a sonné l'heure
Ouais je suis au regret
D'te dire que je m'en vais
Car tu m'en as trop fait.
Je suis venu te dire que je m'en vais
Et tes larmes n'y pourront rien changer
Comm' dit si bien Verlaine au vent mauvais
Je suis venu te dire que je m'en vais
Tu t'souviens de jours anciens et tu pleures
Tu suffoques, tu blémis à présent qu'a sonné l'heure
Des adieux jamais
Ouais je suis au regret
D'te dire que je m'en vais
Oui je t'aimais, oui mais
Je suis venu te dire que je m'en vais
Tes sanglots longs n'y pourront rien changer
Comm'dit si bien Verlaine au vent mauvais
Je suis venu te dire que je m'en vais
Tu t'souviens des jours heureux et tu pleures
Tu sanglotes, tu gémis à présent qu'a sonné l'heure
Ouais je suis au regret
D'te dire que je m'en vais
Car tu m'en as trop fait.


Je suis venu te le dire et te le répète avec Jo Lemaire et Flouze qui le chantait ainsi dans les années 80: "Je Suis Venue Te Dire Que Je M'en Vais":




Et qui est revenue le dire dans les années 90 (en 1995 précisément):





Et mes fleurs blanches saignent rue Goethe:


Fleurs blessées rue Goethe - Photo: lfdd


Et de Goethe à Wilhelm Müller il n'y a qu'un pas, un pas d'hiver invitant au voyage et à la méditation. Et donc, Schubert Winterreise - Der Leiermann - Thomas Quasthoff / Daniel Barenboim





Bon Dimanche

La Feur du Dimanche

dimanche 28 février 2016

Le corbeau croasse encore, et moi ?

Pour continuer sur la lancée de mon billet de dimanche dernier sur le corbeau, deux pistes se sont ouvertes cette semaine.
Mais tout d'abord, les fleurs de printemps qui profitent du soleil, mais luttent contre le froid:

Elles étaient sorties déjà le 14 février, courageuses et téméraires, même si elles n'ont pas eu à percer la neige :


Perce-neige - Photo : lfdd

D'abord, dès le lundi soir, un nouveau hasard étrange a ressuscité le corbeau. Vous n'allez pas le croire, mais à 19h00, lorsque je je sors dans la cour dans l'obscurité, au loin, j'entends une nuée de corbeaux sur un arbre, croassant de conserve, écho de mon billet de la veille? Et tout à coup, passant dans la nuit au-dessus de moi, un corbeau solitaire qui croasse et se pose sur le toit voisin en continuant son concert .... Que voulait-il me dire?

Le lendemain, allant dans une de mes librairies favorites, face à la caisse, je vois en couverture d'un livre.... un corbeau...
J'achète le livre "La douleur porte un costume de plumes" de Max Porter, dont voici un extrait - le livre donne la parole au père aux deux enfants et au corbeau: 
"CORBEAU
Très romantique, notre première fois. gros malpoli. Croche-piège. Deux chambres à l'étage, duplette, petite erreur effilée, faufile facile dans le mur direction grenier pour voir les deux petits cotonneux dormir sans bruit, ronron enivrant des enfants innocents, ouate, attaque, crac-tac-plac, toute la chambre étouffait sous le deuil, chaque surface Maman morte, chaque feutre, tracteur, manteau, botte, tout couvert d’une pellicule de douleur."

Trois jours après, un article dans Le Monde en parle ainsi:
"C’est un livre à l’image de son personnage principal : un corbeau. Un livre noir et drôle. Ebouriffé, insolent, clownesque, déroutant, poignant, comique, métaphorique, ouvrant ses ailes et sautillant dans toutes les directions. Un livre qui peut faire « kraaa » ou « kron kron kron », parce qu’il ne s’interdit aucune forme d’onomatopée ou d’effet poétique. Qu’il mélange les genres. Qu’il s’amuse même parfois à dérouler verticalement des sortes de calligrammes bizarres, légers et aériens comme des guirlandes de plumes. Bref, c’est un livre qui est là où on ne l’attend pas, comme un oiseau de malheur dont on ne comprend absolument pas comment il a pu rentrer dans la maison."

Le livre fait un parallèle avec Ted Hughes, qui a écrit un livre "Crow" - Le corbeau et dont la femme Sylvia Plath, s'est suicidée.
et dont voici un extrait:

"Qui possède ces petits pieds décharnés ? La mort.
Qui possède ce visage hérissé, comme brûlé ? La mort. 
Qui possède ces poumons qui fonctionnent encore ? La mort. 
Qui possède ce manteau de muscle utilitaire ? La mort. 
Qui possède ces tripes inqualifiables ? La mort. 
Qui possède ce cerveau douteux ? La mort. 
Tout ce sang malpropre ? La mort. 
Ces yeux si peu efficaces ? La mort. 
Cette méchante petite langue ? La mort. 
Cette insomnie intermittente ? La mort.

Donné, volé, ou réservé en attendant le jugement ?
Réservé.

Qui possède toute la terre pierreuse, pluvieuse ? La mort. 
Qui possède tout l’espace ? La mort.

Qui est plus fort que l’espoir ? La mort.
Qui est plus fort que la volonté ? La mort. 
Plus fort que l’amour ? La mort. 
Plus fort que la vie ? La mort.

Mais qui est plus fort que la mort ?
Moi, évidemment.

Admis, Corbeau."


Crocus - Photo: lfdd

D'autre parallèles peuvent être faits avec le livre de Edgar Allan Poe qui a aussi écrit "Le corbeau" illustré par entre autres Edouard Manet et qui commence curieusement aussi - ou plutôt l'inverse - ainsi:
«Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. « C’est quelque visiteur, — murmurai-je, — qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est que cela, et rien de plus.»


Edouard Manet - Le Corbeau

Revenons à nos fleurs pour finir avec les nivéoles de printemps et finissons en chanson.


Nivéoles - Photo: lfdd

D'abord la version de Léo Ferré qui chante d'Arthur Rimbaud "Les Corbeaux":




"Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand, dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus...
Sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !

Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d'avant-hier,
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !

Mais, saints du ciel en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne,
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir,
La défaite sans avenir."
Arthur Rimbaud


Il y a aussi une chanson de Gilles Vigneault chanté ici par Pauline Julien en 1966: "Les Corbeaux"

Pauline Julien - Les corbeaux (de Vigneault)



Et une plus connue, celle de Claude Nougaro, "Je Crois

Je Crois
"Le corbeau croasse 
Et l'herbe croit 
Le crapaud coasse 
Et moi je crois
J'ai pas d'apôtre
J'ai pas de croix
Je crois en l'autre
Je crois en moi"





Et pour faire plaisir à un (très) fidèle lecteur, j'ai déniché une chanson de Julos Beaucarne: "Les Deux Corbeaux", mais elle n'est disponible qu'en ligne (ou sur son disque: "Bornes acoustiques")
http://redmp3.cc/4551452/julos-beaucarne-les-deux-corbeaux.html


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

jeudi 25 février 2016

Erwin Motor, dévotion.... Volage ? Non, Possédée

Les Liaisons Dangereuses semblent inspirer les auteurs et metteurs en scène ces derniers temps.

En janvier, au TNS, nous avions eu droit à la version de Christine Letailleur avec Dominique Blanc, magnifiquement emportée.
Magali Mougel, elle travaille sur une version "modernisée" si l'on peut dire, depuis quelques temps déjà. En 2011, elle fut lauréate de l’Aide à la Création du Centre National du Théâtre pour l'écriture de la pièce "Erwin Motor, dévotion" dont une "lecture" fut donnée le 5 février 2013 au théâtre du Rond Point à Paris.
Et l'on peut la découvrir jusqu'au 28 février 2016 au TAPS Scala.


Erwin Motor - Magali Mougel - TAPS Scala

La scénographie -inventive - le décor - surprenant - de Fabienne Delude vont permettre de passer de l'usine Erwin Motor à l'appartement de Madame de Merteuil et au garage de Monsieur Volanges tout en fluidité. La vidéo de Laurence Barbier amène dans cet espace dès le début de la pièce un univers qui en enrichit la lecture.
Nous assistons donc à la lente descente de Cécile Volange - très belle et très forte interprétation de Violaine-Marine Helmbold - sous le joug à la fois de séduction de son contremaître Monsieur Talzberg - Philippe Cousin en joue toute la duplicité - et la menace et de l'exploitation de la patronne Madame Merteuil - dont Cécile Gheerbrant nous donne à voir toute la violence de domination doublée d'une conscience que son pouvoir, que ce soit celui de séduction que de pouvoir économique et en train de décliner. Mais ce malheur ne se cantonne pas dans cette "entreprise familiale de sous-traitance automobile. Elle va éclabousser la vie privée de Cécile et l'équilibre de son couple avec son mari Monsieur Volange - Fred Cacheux sidéré - et son garage et son amour, sa jalousie....

Le texte de Magali Mougel navigue entre Marivaux - mais plus dans la négociation patronale, un peu moins dans la séduction paternaliste - et le roman social engagé - on pense à 325.000 Francs de Roger Vaillant - sauf que "l'ennemi de classe" est un peu caricatural.  
Son côté incantatoire et les répétitions nous enferment, pareils aux personnages dans cette spirale de perdition et nous sommes un peu abasourdis et sonnés, sans trouver d'issue. 

Pour en voir un peu:





Et donc jusqu'au 28 février au TAPS Scala à Strasbourg. 



Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche

Dieudonné Niangouna au TNS - Le Kung Fu : le conflit du cinéma et du théâtre

Dieudonné Niangouna était en résidence de création à Strasbourg.
Même si la pièce a été crée en juin 2014 aux Laboratoires d'Aubervilliers, le spectacle - véritable support de lien social - est adapté et pour ainsi dire recréé à chaque fois qu'il est rejoué dans un nouveau lieu.
Certains d'entre vous ont peut-être vu l'appel à proposition de rejouer une scène de leur film fétiche, qui avait été lancé à la rentrée par le TNS, le  cinéma Star et quelques autres partenaires.
Le résultat de cette production - en fait une sélection puisqu'il y a eu une vingtaine de films tournés - et totalement intégrée au spectacle de Dieudonné Niangouna "Le Kung Fu" qui passe au TNS jusqu'au 6 mars. 

Kung Fu - Dieudonné Niangouna - TNS

Le spectacle est à l'image de son comédien, metteur en scène, auteur,.... Généreux et volubile, drôle et entraînant, rythmé et alerte.
L’histoire - autobiographique - que Dieudonné a mis trois ans à écrire (elle est parue aux éditions "Les Solitaires Intempestifs) raconte, d'une manière plus ou moins romancée, la trajectoire et les péripéties d'un garçon de Brazzaville qui, passionné par le Kung Fu (au cinéma), voulait absolument l'apprendre au temple Shaolin en Chine. Mais pourra-t-il y aller?
  
Le spectacle va être l'intrication de trois aspects de sa vie:
La partie "Kung Fu" avec tout le côté rythme, souffle, mantras, mouvements et philosophie,apprentissage....
La partie "roman d'apprentissage" avec la trajectoire de ce jeune garçon et de son parcours à travers bien des métiers, et tout son amour du cinéma pour finir au théâtre.
Et le troisième, toutes les facettes de ce métier de "comédien", de l'aspect "cirque" à l'invention d'un style de jeu - le "Big! Boum! Bah:" dans un pays en guerre jusqu'à la création d'un festival international de théâtre - Mantsina - à Brazzaville.

Le plus drôle dans cette pièce est de voir que le rêve de cinéma et de Kung Fu, à priori quelque chose qui est plutôt de l'ordre du geste, du mouvement et de la distance va se révéler dans le langage, l'écriture et surtout la parole.
"De l'endroit d'où je viens ,quand tu veux vraiment arriver à quelque chose, les seules issues sont bien souvent l'exil ou la mort. Et ce que j'ai compris, c'est que ce ne sont ni l'exil, nila mort qui m’intéressent, mais l'esquive.Je suis arrivé au théâtre en faisant une "esquive"."
Ce que semble proposer Dieudonné, ce n'est pas de dire quelque chose mais plutôt de parler. Ce n'est pas le sens, apparemment qui prime, mais la parole, parole qui libère et aussi qui lie, qui construit le vivre ensemble.
Et c'est justement pour cela qu'il propose la réalisation des court-métrages:
"C'est important pour moi d'inviter des gens, dans chaque ville où je joue, à partager et prolonger cette idée de "citation", de transmission. A leur tour, ils vont s'emparer des films qui les ont marqués.
... C'est une manière de partager le temps de la représentation sur ce qui nous a "fondés", eux et moi. Nos rêves, nos rages, nos frustrations , nos désirs."
Et il leur laisse pleinement la parole, le temps du film... Il y a quelques bijoux d'humour ou d'hommages. Citons, pour la qualité de leur travail les élèves du Lycée Jean Sturm avec une magnifique scène du "Dictateur" de Chaplin, avec la caricature du discours d'Hitler. Egalement le travail du CEMEA avec trois films, Grease, Les tontons flingueurs et Hook...
Et la collaboration du réalisateur Wolfgang Korwin qui a mené ce travail de main de maître.

Kung Fu - Dieudonné Niangouna - TNS Strasbourg

Et ne croyez pas que le travail de partage s'arrête à la production du spectacle. Non, et pour vous permettre d'y participer pleinement, je vous propose un extrait du texte du spectacle que je vous conseille de réviser avant d'y aller:
"Ultime technique de saisie: tu coupe et tu décales. Lent et rapide. Doux et violent. Tus glisses t tu coupes. Langoureux et vite. La vitesse, la rapidité, la vitesse, la vitesse, t'as rien vu, la vitesse, et je matraque, plus vite, plus vite, plus vite. Je suis plus vite, plus rapide qu'une balle de kalachnikov. La vitesse, la rapidité, plus vite, plus vite, plus vite, plus vite, t'as rien vu, paf! J'ai frappé. La vitesse. Je reprends la phrase, j'accélère encore , plus vite que l'attaque de la vipère....."

Et vous allez voir que tout est affaire de rythme, de mouvement, de concentration et que derrière se cache - et se révèle une certaine conception du monde: le Kung Fu du comédien du Congo, époustouflant.

En voici le début:
  



Bon spectacle

La Fleur du Dimanche

dimanche 21 février 2016

Le Livre et la Rose sont des ondes fractales. Echo d'Eco et corbeau.

Dimanche dernier, avant le "crash" de mon billet, dans le texte initial, je vous l'avais promis, mais cette promesse s'était perdue dans l'hyper-espace... Après les ondes gravitationnelles, j'avais prévu de vous parler des ondes "littéraires" fractales.

Et de Joyce, Proust, et Eco... et je ne pensais pas vous remettre la roses qui s'est remise de sa tristesse.

La voilà:
Rose ressuscitée - Photo: lfdd
Un peu d'eau et la rose de la Saint Valentin de redresse et revit - un peu, ébouriffée....  

Les ondes sont étonnantes, invisibles et quelquefois mystérieuses:

Prenez le son, par exemple le croassement d'un corbeau. Cela peut être un son familier à la campagne, souvent en automne, quelquefois aussi en ville, où les corbeaux, en prédateur des déchets se retrouvent, heureux et nombreux.
Le corbeau, souvent vu comme oiseau de malheur était d'ailleurs pour les Celtes un oiseau sacré.
Alors, la rencontre, presque en tête-à-tête ce vendredi matin avait quelque chose de mystérieux.
Un - très grand - corbeau croassant sur l'herbe entre les rails du tram et ne s'enfuyant pas à mon approche, croassant de plus belle était-elle un signe?


Et cette rose, ressuscitée, elle aussi?


Rose ressuscitée - Photo: lfdd
Pour la rédaction de ce billet, dont le sujet "La littérature et les ondes fractales" (ce n'est pas un sujet triste, vous allez voir), je revenais vers le texte d'origine...

Et vous allez voir..

L'idée était d'analyser les textes de plus de 100 oeuvres littéraires de grands écrivains et d'analyser leur structure (vous souvenez-vous, l'autre billet qui parlait de la structure des "Best-sellers", le 24 janvier...).

Dans ce cas-ci - je vous met l'extrait de l'article juste ci-dessous - le résultat est étonnant :
"The academics put more than 100 works of world literature, by authors from Charles Dickens to Shakespeare, Alexandre Dumas, Thomas Mann, Umberto Eco and Samuel Beckett, through a detailed statistical analysis. Looking at sentence lengths and how they varied, they found that in an “overwhelming majority” of the studied texts, the correlations in variations of sentence length were governed by the dynamics of a cascade – meaning that their construction is a fractal: a mathematical object in which each fragment, when expanded, has a structure resembling the whole.

Les textes analysés ont une structure "fractale", ce qui signifie que qui leur structure - brisée - se reproduit à l'identique par changement d'échelle, elles se répètent, pour certaines à l'infini.
En ce qui concerne les oeuvres littéraires connues, celles qui vont le plus dans ce sens sont en particulier les oeuvres de Dos Pasos, Virginia Woolf, Marcel Proust et James Joyce.
James Joyce qui dit lui-même de son roman "Finnegans Wake":
"Joyce himself, reported to have said he wrote Finnegans Wake “to keep the critics busy for 300 years”, might have predicted this. In a letter about the novel, Work in Progess as he then knew it, he told Harriet Weaver: “I am really one of the greatest engineers, if not the greatest, in the world besides being a musicmaker, philosophist and heaps of other things. All the engines I know are wrong. Simplicity. I am making an engine with only one wheel. No spokes of course. The wheel is a perfect square. You see what I’m driving at, don’t you? I am awfully solemn about it, mind you, so you must not think it is a silly story about the mouse and the grapes. No, it’s a wheel, I tell the world. And it’s all square.

Je vous rajoute le schéma (visible donc lisible) de la structure de "Finnegans Wake" de James Joyce:



Et puis le schéma comparé de quatre romans en terme de longueur et de structure de phrase: "Guerre et Paix" de Tolstoï, "Les Vagues" de Virgina Woolf, "Les Ambassadeurs" de Henry James et "Finnegans Wake" de Joyce. 



Il est également un roman français intitulé "Arthamène ou le Grand Cyrus" de Madeleine et Georges de Scudéry qui semble donner du fil à retordre aux analystes.
Je vous invite à jeter un coup d'oeil - ou à le lire pour les plus courageux. Le texte est ici:
http://www.artamene.org/


Rose ressuscitée - Photo: lfdd

Avec ces travaux du dimanche, je vous laisse écouter la Chanson de la Rose (que je vous avais proposée le 28 septembre 2014 - allez-y il y a aussi une autre version, un peu plus "moderne"), interprétée par Françoise Hardy et que je vous remets en hommage à Umberto Eco qui est mort ce vendredi; Eco, écho et corbeau... je ne croa pas - mais vous allez rire, au moment même où je termine ce texte, une cohorte d'une vingtaine de corbeaux se met devant nos fenêtres à la chasse de pigeons - autres prédateurs urbains...

"Mon Amie la Rose"

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l´a dit ce matin
A l´aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
Heureuse et amoureuse
Aux rayons du soleil
Me suis fermée la nuit
Me suis réveillée vieille

Pourtant j´étais très belle

Oui j´étais la plus belle
Des fleurs de ton jardin

On est bien peu de chose

Et mon amie la rose
Me l´a dit ce matin
Vois le dieu qui m´a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon cœur est presque nu
J´ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus

Tu m´admirais hier

Et je serai poussière
Pour toujours demain.

On est bien peu de chose

Et mon amie la rose
Est morte ce matin
La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j´ai vu
Eblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait

Crois celui qui peut croire

Moi, j´ai besoin d´espoir
Sinon je ne suis rien

Ou bien si peu de chose

C´est mon amie la rose
Qui l´a dit hier matin.






Et pour conclure avec Umberto Eco, je vous met un extrait du texte que Le Monde a publié en son hommage:

"Il se préoccupe de la définition de l’art, qu’il tente de formuler dès L’Oeuvre ouverte (Points, 1965), où il pose les jalons de sa théorie, en montrant, au travers d’une série d’articles qui portent notamment sur la littérature et la musique, que l’œuvre d’art est un message ambigu, ouvert à une infinité d’interprétations, dans la mesure où plusieurs signifiés cohabitent au sein d’un seul signifiant. Le texte n’est donc pas un objet fini, mais, au contraire, un objet « ouvert » que le lecteur ne peut se contenter de recevoir passivement et qui implique, de sa part, un travail d’invention et d’interprétation. L’idée-force d’Umberto Eco, reprise et développée dans Lector in Fabula (Grasset, 1985), est que le texte, parce qu’il ne dit pas tout, requiert la coopération du lecteur."


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche