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samedi 20 juin 2026

Danser Mozart par le Ballet de l'Opéra National du Rhin: Dans la série Danser.... je choisis Mozart.... pour petits et grands

Nous connaissons maintenant bien la "série" Danser .... au XXIème siècle, ou au moins devrions nous en avoir entendu parler. Après Chostakovitch, Tchaïkokovski, Bach, Wagner, Schubert, et d'autres, voici Mozart, musicien prodige et virtuose s'il en est, que Bruno Bouché, dans sa relecture du répertoire chorégraphique à la lumière du 21ème siècle confie à deux danseurs, passés par le Ballet de l'Opéra National du Rhin et également chorégraphes, pour qu'ils portent leur regard contemporain sur ce musicien que le grand public, grâce au cinéma lie au rire extraordinaire de son interprète Tom Hulce dans le film aux 8 oscars Amadeus de Milos Forman. 


Danser Mozart - Amadé - Ruben Julliard - Photo: Agathe Poupeney

La soirée est composée en deux volets et le premier, Amadé, ce nom coupé comme la destinée de ce musicien de génie mort déjà à 35 ans, chorégraphié par Rubén Julliard ressemble à un gracieux conte de fées. Dans une ambiance brumeuse et colorée, Mozart en habits, interprété pour cette dernière représentation par Marc Comellas, est entouré de quatre muses (Alice Pernão, Julia Juillard, Emmy Stoeri et Milla Look) dans de très beaux et originaux costumes en noir et blanc. 


Danser Mozart - Amadé - Ruben Julliard - Photo: Agathe Poupeney


Leurs mouvements sont délicats et altiers, les pointes des pieds posées au loin sont souples et élégantes. les mouvements d'ensembles sont magnifiques et il nous semble assister à un conte de fées où, comme dans une maison de poupée, la vie du compositeur virevolte avec entrain dans tout son parcours de vie et de création grâce à l'énergie et au mouvement des cinq interprètes. 


Danser Mozart - Amadé - Ruben Julliard - Photo: Agathe Poupeney


Les ambiances changent, les partitions volent et se fixent en oeuvres au mur, dans une succession de courts tableaux soutenus par des moments musicaux très bien choisis. La musique enregistrée fait succéder à un choeur un piano seul, et puis l'orchestre, une voix de soprano monte haut et la gravité du Requiem se clôt par l'image d'un commandeur qui annonce la deuxième partie.


Gangflow, chorégraphié par Marwik Schmitt, comme le titre le laisse deviner, lorgne plutôt du côté des danses urbaines et commence dans un grand fracas et des tremblements. 


Danser Mozart - Gangflow - Marwick Schmitt - Photo: Agathe Poupeney


L'atmosphère est sombre, la lumière rare (un peu trop rare même) et le noir du bas des costumes sur le noir du sol et de la scène occulte pas mal des gestes et des mouvements des jambes des danseuses qui interprètent les soeurs Weber (Ana Enriquez, Nirina Olivier et Orania Varvaris) face à Mozart (Miguel Lopes) . Elles virevoltent autour de lui, affublées, l'une, de deux branches de violon, comme des épées plantées dans son dos, ailes sans plumes, et une autre avec le même accessoire coincé dans sa bouche (pas évident de danser avec cela). 


Danser Mozart - Gangflow - Marwick Schmitt - Photo: Agathe Poupeney


La danse est moins virtuose et classique, elle lorgne donc plutôt du côté du mimodrame ou de la street danse, ce qui semble plaire au public jeune qui applaudit au passage ressemblant à de la street dance dans une rave party sur la musique de Gessafelstein, qui tout comme Para One ou Brian Eno, apporte une touche contemporaine au Requiem de Mozart. La lecture contemporaine est bien présente, l'essai a été tenté, côté musique, pour la danse on peut mieux faire. Mais cela reste dans l'ambiance désespérée et noire qui a accompagné la destinée du compositeur. Heureusement qu'il nous lègue de plusierus centaine d'oeuvres magnifiques qui continuent d'inspirer les créateurs.


En bonus (merci à Thomas Hahn pour la découverte), entre le XVIIIème siècle de Mozart et le XXIème siècle du "Danser Mozart", un détour par le lointain XXème siècle avec Falco, le chanteur autrichien (le seul chanteur allemand qui est entré dans les charts américains) avec une version rap allemande Rock me Amadeus sortie en 1986 que voici:



La Fleur du Dimanche


Mozart

Du 21 mai au 20 juin 2026


Amadé
Chorégraphie, scénographie, costumes
Rubén Julliard
Musique
Wolfgang Amadeus Mozart
Lumières
Marco Hollinger
Ballet de l'Opéra national du Rhin
Gangflow
Chorégraphie, scénographie, costumes
Marwik Schmitt
Musique
Para One, Gesaffelstein, Wolfgang Amadeus Mozart, Brian Eno
Lumières
Marco Hollinger
Ballet de l'Opéra national du Rhin

vendredi 23 septembre 2022

Kaija Saariaho éblouissante à Musica avec l'Orchestre National de Metz et Xavier de Maistre

Pour clore l'hommage à Kaija Saariaho, invitée d'honneur du Festival Musica, après la présentation de son opéra Only the Sound Remains et la journée Kaija dans le miroir  qui lui était dédiée le samedi 17 septembre (voir le billet Musica fête Kaija Saariaho), l'Orchestre National de Metz Grand Est, sous la direction de David Reiland propose deux oeuvres de la compositrice encadrées de deux autres oeuvres de compositrices femmes.


Musica 2022 - Olga Neuwith - CoronAtion V - Photo: lfdd


C'est une pièce d'Olga Neuwirth de 2020 composée lors du confinement lié à la pandémie du Covid, CoronAtion V: Spraying sonds of hope, qui ouvre avec joie et allégresse le programme. L'orchestre composé uniquement d'instruments à vent (dont un klaxon) et d'un percussionniste alterne des mélodies sonores, presque martiales et des glissandos énergiques.  Un couronnement plein d'espoir pour débuter la soirée.


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Trans - Photo: lfdd


La première pièce de Kaija Saariaho est un concerto pour harpe et orchestre, Trans, composé en 2015. La harpe est un des instuments préféré de la compositrice, proche du kantele de son pays. Ses sonorités légères rendent la composition ardue dans le dialogue avec l'orchestre. Mais avec un premier mouvement où la harpe jour quelques notes, reprises par les cordes, puis des phrases reprises par l'orchestre, la magie - et le dialogue fructueux - s'opère. 


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Trans - Photo: lfdd


Xavier de Maistre, en vrai virtuose de l'instrument en tire les meilleurs sons, à la fois les délicats pincements de cordes que les glissandos aériens. Une belle rêverie. Le deuxième mouvement, plus puissant, impliquant les vents et les percussions, rejoints par une ligne de corde bourdonnants en vibrations basses, alterne entre fragilité et mystére. Le dernier mouvement, s'emballe et sautille tel une course de chevaux pour alterner avec plus de lenteur et gravité. Une oeuvre toute en délicatesse, une vraie dentelle magnifiquement ouvragée.


Musica 2022 - Kaija Saariaho - Verblendungen - Photo: lfdd


Après l'entracte, Verblendungen  (1984) est une pièce qui a contribué à la reconnaissance internationale de Kaija Saariaho.  Elle démarre tout en éclat et en force, avec un son massif, les percussions en tension, soutenu, qui se dilue et s'estompe au fur et à mesure et l'on se rend compte qu'en fait il ya a aussi un son enregistré avec lequel l'orchestre, qui peu à peu s'éteint, dialogue. L'orchestre, s'en allant en battements d'ailes laisse la bande grésiller dans un soufle aérien. 


Musica 2022 - Darker Stem - Clara Iannotti - Photo: lfdd


Dernière pièce du programme, la création Darker Stem (2022) de Clara Iannotta, sa dernière production composée alors qu'elle sort d'une épreuve physique (un traitement contre le cancer) qui a influé sa composition est en référence à la poétesse Dorothy Malloy, elle-même décédée d'un cancer. L'expérience de l'isolation de la maladie lui ont fait créer cette oeuvre presque close, enfermée, qui débute par une partie électronique enregistrée, et où l'orchestre arrive avec des intruments originaux - il y a un harmonica et un accordéon (Marie-Andrée Joerger). La harpe aussi et les cordes frottent non seulement leurs cordes mais également des pièces de métal plus ou moins grands, et amplifiés - et même des boites en carton - tout comme les percussionnistes frottent avec un archet les lames de leur vibraphone ou les cymbales.


Musica 2022 - Darker Stem - Clara Iannotti - Photo: lfdd


La pièce nous immerge dans un univers très surprenant, oscillant entre agitation et distanciation, presque déréalisé, mais tout en finesse avec des grincements qui s'amplifient pour finir sur une voix enregistrée totalement hachée, déformée, étrangère, hors du monde, entre l'expérience de seconde vie et le retour sur terre.


Après l'éblouissement, l'obscurité apaisante


La liaison est facile, et c'est dans la nef retrouvée de Saint Paul (avant le dernier rendez-vous pour Sonic Temple, Volume 4 le 29 septembre) que la soirée s'achève en compagnie de Brian Eno, ou plutôt de l'Ensemble Dedalus, à savoir Didier Aschour (guitare, arrangements et direction artistique), Amélie Berson (flûte), Laurent Bruttin (clarinette), Pierre-Stéphane Meugé (saxophone), Christian Pruvost (trompette), Thierry Madiot (trombone), Silvia Tarozzi (violon), Cyprien Busolini (alto), Éric Chalan (contrebasse), Denis Chouillet (piano), Linda Edsjö (vibraphone), et Deborah Walker (violoncelle) qui nous offre avec Discreet Music une version acoustique de trois pièces à priori électroniques (même s'il y a aussi du piano) du musicien de l'ex-groupe Roxy Music et d'autres formations, qui a "inventé" la "musique d'ascenseur". Cette musique très minimaliste, "ambiant music" - musique d'ambiance, dont une des pièces s'appelle "Music for Airports", calme et sans aspérités offre cependant un indéniable plaisir à l'écoute . Cette version pour (petit) orchestre et un moment de pur plaisir qui va crescendo. Le piano pose les quelques notes de base, répétées et complétées par la basse, puis le vibraphone, rejoints par la guitare électrique et ses vibrations, puis le violoncelle, le violon et les vents pour le deuxième morceau. Les musiciens reprennent à l'identique les pièces Discreet Music (1975), Music for Airports (1978) et Thursday Afternoon (1985), telles que sur le disque, une expérience qui ressemble, tout en étant différente à la recréation de Dark Side of the Moon par Thierry Balasse - vu à Musica en 2012). Voilà, je vous laisse écouter là:

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd

Musica 2022 - Discreet Music - Ensemble Dedalus - Brian Eno - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche