vendredi 10 novembre 2023

Flamm's Olympique à la Choucrouterie: presqu'un marathon du rire bilingue

 Cela fait presque trente ans que la Choucrouterie nous offre chaque année son cru de cabaret carnavalesque au passage du 11/11, date du lancement des festivités du royaume des fous en pays rhénan. Et que sa troupe alerte, entre sketches et chansons, parcourt l'actualité nationale et locale par la lorgnette de l'humour.


Flamm's Olympique - Choucrouterie - Photo: lfdd


Jeux Olympique obligent, nous aurons droit dans Flamm's Olypique (Olympischer Flamm's uf Elsasich) à un Marathon télévisuel dans les villages alsaciens à la poursuite des champions, tous plus empêchés - ou bras cassés - les uns que les autres, pour finir par un magnifique lancer de Tartes Flambées (la Flamm's du titre) par le héros du quartier, l'indégonflable Jean-Pierre Schlagg.


Flamm's Olympique - Choucrouterie - Photo: lfdd

Les chansons détournées ne manquent pas à l'appel, les p'tites femmes de Paris deviennent des punaises de lit dans une version désopilante où nous pouvons apprécier l'inventivité et la beauté des costumes et de la scénographie de l'équipe de Florence Bohnert et Estelle Duriez. 


Flamm's Olympique - Choucrouterie - Photo: lfdd


Elles nous proposent un magnifique duo en costume de Ken et Barbie qui fait éclater la beauté d'Arthur Gander (et ses magnifiques dents blanches bien rangées) en un Jean-Philippe Vetter qui n'arrivera pas à séduire (spoiler /!\) la maire de Strasbourg. Celle-ci est interprétée par la talentueuse Marie Hattermann (qui a un véritable don de transformation) qui nous revient en beauté - et son rire inimitable - dans un sketch entre politique et poésie comique avec son adjoint Syamak Agha Babaei (interprété avec brio par Sébastien Bizzottto) dans un duo bien observé - et bien "sympathique". Et pour la chanson "Si on devait nourrir demain, ... on sèmerait", le maïs est monté en épi, même en costume. 


Flamm's Olympique - Choucrouterie - Photo: lfdd


Le thème de la retraite et des "cartes vermeil" est traité en chanson et dans un sketch où Jean-Pierre Schlagg incarne avec tendresse et folie un boucher vegan (?) face au duo impeccable Susanne Mayer et Guy Riss. Ce dernier est magistral et versatile au point de devenir un "Américain au Racing" bluffant (il a fait des études !) ou un bouliste engagé en politique (à 51°) au point de se réincarner en Chilibebert revenu en âne (pas Straum...) pour sauver le monde et Colmar.


Flamm's Olympique - Choucrouterie - Photo: lfdd


Les tracas de la vie quotidienne, que ce soient la ZFE ou les zones violettes (avec une très convaincante Bénédicte Keck face au caméléon Sébastien Bizzotto)  sont brossés dans des situations originales tout comme le problème des urgences et des médecines "nouvelles".


Flamm's Olympique - Choucrouterie - Photo: lfdd


Les personnages peuplant les différentes séquences sont très riches et bien observés et donnent aux comédiens de beaux rôles comme, encore pour Marie Hattermann, la policière intérimaire, ou pour Susanne Mayer, la dame très bien habillée sur le "Marché aux puces". 


Flamm's Olympique - Choucrouterie - Photo: lfdd


Les chansons chorales que ce soit pour les jeux olympiques, les courses chez nos voisins ou la conclusion joyeuse où "L'humour gagnera(I will survive) sont aussi l'occasion, à la fois de continuer à insuffler une dynamique à cette revue qui n'en manque pas, et de faire bouger toute cette troupe (dont Roger Siffer et Nathalie Muller plus souvent dans la salle "en Alsacien") sur de sportives chorégraphies concoctées par Charlotte Dambach - qui signe aussi bien sûr quelques duos dont un rap slamé bien moderne. La musique est comme d'habitude jouée en direct au piano par (en alternance) Jean René Mourot, Thomas Valentin ou Sébastien Valle. Et c'est Céline d'Aboukir qui propose pour cette cuvée une superbe mise en scène. A déguster et à apprécier.


La Fleur du Dimanche


Flamm's Olypique


Du 10 novembre 2023 au 24 mars 2024 à la Choucrouterie

textes
Équipe de la Chouc’
avec
Sébastien Bizzotto, Magalie Ehlinger, Arthur Gander, Marie Hattermann, Bénédicte Keck, Susanne Mayer, Nathalie Muller, Guy Riss, Jean-Pierre Schlagg et Roger Siffer
piano (alternance)
Jean René Mourot
Thomas Valentin
Sébastien Valle
mise en scène
Céline D’Aboukir
chorégraphie
Charlotte Dambach
costumes, scénographie
Florence Bohnert, Estelle Duriez et leur équipe
lumières
Cyrille Siffer
production
APCA – Théâtre de la Choucrouterie

jeudi 9 novembre 2023

Dans sa carte Blanche à Pôle Sud Etienne Rochefort invite des danseurs et chorégraphes ami(e)s: Othmane Saadouni, Maxime Cozic et Hendrickx Ntela

 Depuis 2020 Etienne Rochefort est en résidence à Pôle Sud comme artiste associé et cette résidence se termine cette année. Il  a eu l'occasion de faire à la fois un travail de création et des collaborations avec des structures locales ainsi que des danseur et danseuses invité(e)s. Il s'est servi autant de la danse et du hip-hop que de la vidéo (web-série et portraits documentaires,..). Il a mené des animations auprès de jeunes jeunes du quartier et proposé des ateliers. Il a fait des créations dont la dernière avec toute une série de danseurs et de danseuses de danses urbaines clôturera l'année en un week-end de spectacles festifs avec danse et DJ Set le 8 et 9 décembre.   

Cette semaine, pour sa carte blanche, il a proposé sur trois soirées deux programmes avec de danseuses et des danseurs avec qui il a déjà travaillé: Othmane Saadouni, Maxime Cozic et Hendrickx Ntela.


Maxime Coizic - Oxymore - Photo : Mois de Giovanni


Pour le premier programme, Othmane Saadouni ouvre la soirée et présente le film Broken Mirrors qui montre le travail de résidence et de création de la troupe Dan6t pour le spectacle Telles quelles / Tels quels. Nous y assistons, entre la France et le Maroc, aux répétitions, aux improvisations, aux pérégrinations et aux interrogations des protagonistes et voyons une oeuvre en train de se monter, avec les relations de travail et de création. Une captation très sensible à la fois des mouvements des corps et des âmes qui permet de saisir le processus da construction de la chorégraphie avec les interprètes et une partie des leurs interrogations dans champ personnel, familial et public. 


Maxime Coizic - Oxymore - Photo : Mois de Giovanni


La deuxième partie est une courte pièce de Maxime Coizic Oxymore avec Sylvain Lepoivre (qui a aussi dansé avec Etienne Rochefort, entre autres dans Bugging). Cela démarre comme un Laurel et Hardy avec force mime de grand niais et cela continue en un magnifique match de catch avec la formidable souplesse et le lâcher prise de Maxime Cozic - un corps souple élastique et ductile, que l'on croirait presque extensible et des moments d'hébétude crasse où le visage de Sylvain Lepoivre, de la même manière subit moultes déformations, transformations, étirements et transformations à en croire qu'il est liquide. Le propos, à l'image du titre tire dans les extrêmes, entre gesticulations et hésitations, doute et repentir. Un drôle de duo entre rires et larmes.


Hendrickx Ntela - BLind - Photo: Shino Vision


La deuxième soirée est résolument Krump avec la chorégraphie Blind de Hendrickx Ntela, la reine du Krump (elle vient de se classer en 8ème de finale des championnats du monde du Krump à Francfort).  la pièces est prenante et rythmée. Elle débute par un solo presque dans l'obscurité avec un danseur qui essaie d'attraper la lumière d'une ampoule vacillante sur des chants ethniques puis  quatre danseurs plus elle dans une cercle de, lumière qui, tel un organisme unique bougent en trépignant sans arriver à s'en extraire. 


Hendrickx Ntela - BLind - Photo: Shino Vision

Quand le cercle éclate, ils se retrouvent sur un plateau en clair-obsur ou avec des lignes de contraste qui le traversent, dans leur danse secouée, remplie de sursauts, de gestes brusques, saccadés, fiévreux, frénétiques dans un très bel ensemble, une belle unité dans leur différence de corps. Leur démarche est hésitante, brusquée, un pas en avant est suivi d'un recul brusque, une chute en arrière les fait tournoyer, les bras sont jetés en avant, s'agitent en sursauts et saccades, des appels en l'air, des mains tendues, une vaine recherche de la lumière. 


Hendrickx Ntela - BLind - Photo: Shino Vision

Les mouvements d'ensemble sont précis, calés sur la musique, et entre marches avant et arrière et cercles dansés, l'énergie passe. Puis cela devient plus agressif, un passage au rouge révolte puis à une mise en joue du public, dernier sursaut de révolte les fait sombrer dans un noir définitif. Il faut saluer la performance de tous ces danseurs tous impeccables sur la durée et le formidable travail d'éclairage d'Olivier Arnoldy qui concourt à cette ambiance d'enfermement et la musique de Joshua Twambi, Jeanel Ambrosio, Thierry Massemba et Morf Musik qui soutient l'énergie et la révolte de cette petite troupe d'une belle homogénéité.


Le Fleur du Dimanche


Oxymore

Chorégraphie : Maxime Cozic
Interprétation : Maxime Cozic et Sylvain Lepoivre
Costumes : Lola Maux
Création musicale : Arsène Magnard
Création lumière : Lucas Baccini
Administration : Elisa Le Corre
Remerciement : Elie Tremblay

Production : Compagnie Felinae
Coproductions et soutiens : KLAP Maison pour la danse (Résidence de finalisation), Marseille, CDCN Les Hivernales à Avignon, Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines – Fondation de France – La Villette 2022, LE GYMNASE CDCN Roubaix – Hauts-de-France dans le cadre du dispositif Accueil-Studio, POLE-SUD CDCN Strasbourg, Cie Dyptik, Le Phare, Centre chorégraphique national du Havre Normandie / direction Fouad Boussouf, dans le cadre du dispositif Accueil-Studio, Théâtre de Suresnes Jean Vilar
Avec le soutien du mécénat de la Caisse des Dépôts et du réseau Grand Luxe
Accompagné par le CND Centre national de la danse

EN AMONT DES REPRÉSENTATIONS
Broken Mirrors
Film documentaire d’Othmane Saadouni
Création 2022 – 66′

Blind 


Chorégraphes : Hendrickx Ntela et Pierre Dexter Belleka – Compagnie Konzi
Avec : Hendrickx Ntela, Pierre Dexter Belleka, Israël Ngashi, Arias Fernandez et Luka Austin (en alternance avec Tony Ndumba et Pierre Anganda)
Compositeurs et musiciens : Joshua Twambi, Jeanel Ambrosio, Thierry Massemba et Morf Musik
Créateur lumière : Olivier Arnoldy
Regard extérieur : Alesandra Seutin, Grichka Caruge et Ayelen Parolin
Régie générale : Pier Gallen
Régie son : Pawel Wnuczynski

Production : Théâtre National Wallonie-Bruxelles
Coproduction : Lezarts Urbains, Théâtre de Liège, Charleroi Danse
Diffusion Get Down – Dancers Management
Avec le soutien de La Fédération Wallonie-Bruxelles
Hendrickx Ntela est artiste associée au Théâtre National Wallonie-Bruxelles
Création studio Théâtre National Wallonie-Bruxelles

mardi 7 novembre 2023

Radio live - la relève au TNS - le fil du micro fait lien et spectacle

 Depuis de nombreuses années, Aurélie Charron et Caroline Gillet tissent des liens avec et entre des jeunes dans le cadre d'émissions de radio. Déjà en 2011 avec Alger, nouvelle génération sur France Inter, puis I like Europe et Welcome, nouveau monde, où elles élargissent à des villes méditerranéennes et européenne entre 2012 et 2014, pour finir avec des sujet plus axés sur la liberté d'expression, la démocratie dans des espaces qui en sont dépourvus avec Underground DemocracyElles lancent une formule où elles présentent ces émissions en public lors du forum de la Démocratie organisé par Libération en 2014 avec Amélie Bonnin qui se rajoute à l'équipe dans des diffusions en public de Radio live où elles donnent la parole aux jeunes qu'elles avaient déjà rencontrés et qui présentent deux ou trois parcours de vie et d'engagement. 


Radio live - la relève - Yannick Kamanzi - TNS - Photo: Yohanne Lamoulère


Avec Radio live - la relève, la formule se renouvelle et traverse les générations. Grâce à la vidéo, les témoignages s'enrichissent d'images prises sur les lieux concernés et avec les proches - parents, frères et soeurs, neveux, nièces,... - qui complètent les parcours de vies. Ces parcours témoignent d'un engagement, des réflexions et de difficultés rencontrés par les protagonistes, au plus proche et au plus intime de leur être. 

Pour la première soirée au TNS, ce sera donc Yannick Kamanzi, Rwandais né sur la frontière avec le Congo qui va tracer son parcours dans - et autour de - son pays, ses relations, ses problématiques avec son père, sa mère, son parcours professionnel, qui alterne à la scène avec la Syrienne Hala Rajab. Aurélie Charon, en animatrice, posant ses questions, faisant ses remarques sur un ton de confidence, dans une proximité attentive, presque effacée de la scène, leur fait accoucher des témoignages très sensibles, des morceaux de vécu à l'instar d'un divan de psychanalyste. Cette atmosphère qui nous postent au plus près des deux témoins, nous amène à une grande empathie envers le vécu et les histoires personnelles des deux protagonistes. Pour Hala, cette vie très libre et cependant complètement sous contrôle dans un pays dont le gouvernement est "contre le peuple" est ponctuée de hauts faits. Avec son caractère pugnace, rebelle avec un soupçon de dérision et où l'on sent cependant une souffrance tue, elle nous fait voir et comprendre de l'intérieur comment chacune des figures féminines, dont la mère, les deux soeurs et la nièce par le biais des témoignages vidéo, ont vécu chacune cette situation intenable qui a poussé les filles à l'exil. Et le destin tragique du père trace dans son absence discrète la situation politique du pays. Et l'on découvre comment cet exil est vécu par chacune. A noter ici en particulier le talent graphique et inventif de la discrète Amélie Bonin qui organise la présentation des images, autant les vidéos que les dessins ou les textes tracés en surimpression sur l'écran, et qui en disent long. 


Radio live - la relève - Amélie Bonnin - Aurélie Charon- Photo: Yohanne Lamoulère


Le tableau parallèle brossé par Yannick nous fait découvrir en parallèle de sa quête de vie, la relation à son père et à sa mère, les vicissitudes de l'histoire du pays par le récit de l'intérieur des massacres de 1994. Ces deux portraits, qui balayent à la fois l'intime et l'histoire, sont également complémentaires en terme de personnages et équilibrent le récit. Plus porté par une narration et du verbe du côté de Hala et des questions ("un rwandais ne répond pas à une question par une réponse, mais par une question"), des interrogations et une plus grande implication corporelle du côté de Yannick qui est danseur et danse merveilleusement.

La diversité des modes d'interrogations et des interventions (souvenirs, chansons et séries fétiches, questions croisées,...) amène une dynamique positive à ce qu'on ne peut pas vraiment appeler une pièce de théâtre. Mais ce dispositif fait toutefois spectacle. Et les interventions en direct de la musicienne (ce soir Emma Prat), qui ponctue et rythme la soirée à la guitare, et au chant (superbe) mais également par toutes sorte d'autres instruments nous emmènent aussi dans un univers très confortable et intime. Et de l'émotions, quand elle installe un dialogue par delà les images avec la chanson égyptienne chantée par la mère qu'elle transporte dans la salle.


Radio live - la relève - Amélie Bonnin - Aurélie Charon- Photo: Yohanne Lamoulère


Ce magnifique travail d'équipe tisse des liens autant entre les créatrices de ce "spectacle" insolite et les protagonistes, que directement avec les témoins du jour (et même les suivants, déjà convoqués) mais aussi le public qui entre en empathie avec ces histoires individuelles qui dépassent l'anecdote. Dans cette pièce, nous sentons la direction et les orientations que prend la programmation de la nouvelle directrice du TNS Caroline Guiela Nguyen. 


La Fleur du Dimanche


Radio live - la relève


Au TNS - Hall Gruber - jusqu'au t8 novembre


Conception, création image et écriture scénique
Amélie Bonnin Aurélie Charon
Avec (en alternance)
Martin France
Amir Hassan
Gal Hurvitz
Yannick Kamanzi
Oksana Leuta
Hala Rajab
Sumeet Samos
Ines Tanovic
et les musiciennes (en alternance)
Dom la Nena
Emma Prat
Images en direct (en alternance)
Amélie Bonnin
Gala Vanson
Lumiere et régie générale
Thomas Cottereau
Son et vidéo
Olivier Fauvel
Images réalisées avec
Thibault de Châteauvieux
Montage vidéo
Céline Ducreux
Mohamed Mouaki
Philippine Merolle
Espace
Alix Boillot 
Rencontres issues des séries radiophoniques et des voyages
Aurélie Charon 
Caroline Gillet

mercredi 1 novembre 2023

Les expositions au Nord de Strasbourg - dialogues en tous sens

 Curieusement les expositions au Nord de Strasbourg sont toutes propices au dialogue. C'est peut-être un hasard, mais les quelques lieux ou villes qui proposent actuellement des expositions d'art présentent des rencontres entre des artistes qui traversent les frontières pour de fructueuses confrontations créatives. 

Que ce soit dans la toute nouvelle Biennale d'art contemporain axée sur la sculpture, "Quand les sculptures dansent",  à Bischwiller (dont je parlerai un peu plus tard) où deux artistes allemands - Armin Goehringer et Robert Schad - se retrouvent dans l'espace public avec deux artistes français - Sylvie de Meurville et François Weil. Ou encore à La Case à Preuschdorf où une collaboration transfrontalière voit le travail de la Berlinoise Anja Roth côtoyer celui de Françoise Maillet de Betschdorf, et la créatrice et animatrice de la Case, l'infatigable Miriam Schwamm, née en Allemagne et qui a passé près de trente ans en Nouvelle Calédonie collaborer à distance avec l'artiste néocalédonienne Véronique Menet. Ou, encore un peu plus au Nord, à la Villa EDA, où l'exposition a littéralement pour titre Dialog(u)e et convoque en plus d'Armin Goehringer qui est aussi ici, du côté allemand, Ursula Reichart, Anno Sieberts et Isolde Wawrin, et du côté français Eva Linder et Dominique Singer, les hôtes du lieu ainsi qu'Alain Ligier.



Le Pôle Culturel de Drusenheim


Autre dialogue, celui entre l'artiste du Sud-Ouest Michel Déjean et l'Alsacienne Catherine Gangloff qui se tisse depuis pas mal de temps (au moins) d'un côté à l'autre de leur ateliers contigus, étant donné que dans la vie ils sont un couple. Et c'est au Pôle Culturel de Drusenheim qu'ils exposent leur "Parcours croisé" sous le commissariat de Germain Roesz ensemble pour la première fois, sauf peut-être il y a très longtemps au CEAAC. Ils s'étaient rencontrés au sein du collectif d'artistes du Faisan, devenu le Faisant et se sont retrouvés dans des écritures proches, une travail sur les couleurs, les matières, le tissu, également l'exploration du médium gravure et les Livres d'Artiste (ils ont fondé le L.A.C. et les éditions Lire Objet). Ils ont également une réflexion sur l'espace et sur le cadre et ses limites. L'exposition qui présente un beau panorama historique montre également leurs affinités avec d'autres artistes que les nourrissent, de Claude Viallat à Robert Ryman, en passant par Kawamata ou Pierrette Bloch. Les deux ont interrogé le cadre et son dépassement, le support et la surface, la vibration de la couleur, la matière et la texture. 

Et si le travail de Michel Déjean s'est orienté vers un minimalisme répétitif mettant en oeuvre le geste tracé sur de grandes toiles, répété avec d'infinies variations zen en traits ou en ronds  - il aime particulièrement la musique de Phil Glass - Catherine Gangloff de son côté travaille sur les assemblages de petits riens dans des matériaux simples souvent récupérés, bois, tissus,.. qu'elle repeint en des suites qui deviennent des notes colorées dans l'espace où même l'ombre de l'objet fait partie intégrante de l'oeuvre.

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Michel Déjean - Photo: lfdd 

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Michel Déjean - Photo: lfdd

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Michel Déjean - Photo: lfdd

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Catherine Gangloff - Claude Viallat - Photo: lfdd

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Catherine Gangloff - Photo: lfdd

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Catherine Gangloff - Photo: lfdd

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Catherine Gangloff - Photo: lfdd

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Michel Déjean - Angeletti - Catherine Gangloff - Photo: lfdd

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Catherine Gangloff - Photo: lfdd

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Catherine Gangloff - Photo: lfdd

Regards croisés - Pôle Culturel de Drusenheim - Catherine Gangloff - Photo: lfdd


Les deux artistes seront présents à leur exposition le 5 novembre au Pôle Culturel de Drusenheim de 14h00 à 18h00 

Et si vous êtes arrivés à Drusenheim entre le 31 octobre et le 5 novembre, profitez de l'exposition dans la commune voisine de Sessenheim, patrie de Henri Loux connu pour les dessins du service "Obernai" dont on célèbre via une exposition les 150 ans de sa naissance. 



La Villa EDA


En allant plus au Nord, dans l'Outre-Forêt, dans le petit village de Climbach après le col du Pfaffenschlick à la Villa EDA l'exposition Dialog(u)e présente des artistes   peintres et sculpteurs allemands et français.

Armin Goehringer dont j'ai parlé et qui a installé de très grandes sculpture en bois enserrés dans du métal dans les rue de Bischwiller montre ici des sculptures plus petites et qui continuent ce travail qui touche à la fragilité. En l'occurrence, ici, les pièces sont constitués de blocs de bois soutenus par de fins supports, à la limite de la rupture, ce qui reste d'un tronc dont il a ôté au maximum le matériau en le creusant. L'effet est impressionnant dans ce grand écart d'équilibre et de délicatesse. Une carte blanche dans une salle à Ursula Reichart montre son talent de peintre coloriste qui sait construire l'espace de sa toile. Le sculpteur Anno Sieberts qui utilise différentes sortes de pierres de celle de Comblanchien à du granit est un virtuose de la forme. Et les animaux très expressionnistes et colorés d'Isolde Wawrin transmettent une énergie presque primitive à les regarder. L'hôtesse des lieux Eva Linder, nous présente la diversité de son travail toujours renouvelé, qui peut être très discret avec des mélanges de matériaux ou passer par de puissants rouges profonds. Dominique Singer, présente ses sculptures toujours très expressives, dont des ailes qui semblent s'envoler, tandis que la grande sculpture taillée d'un bloc dans un tronc et qui semble danser dans un coin d'Alain Ligier a la grâce d'un geste très touchant.


La Villa EDA - Anno Sieberts - Eva Linder - Photo:lfdd 

La Villa EDA - Armin Goehringer - Photo:lfdd

La Villa EDA - Armin Goehringer - Photo:lfdd

La Villa EDA - Anno Sieberts - Eva Linder - Photo:lfdd

La Villa EDA - Eva Linder - Dominique Singer - Photo:lfdd

La Villa EDA - Ursula Reichart - Photo:lfdd


La Villa EDA - Isolde Wawrin - Photo:lfdd

La Villa EDA - Dominique Singer - Photo:lfdd

La Villa EDA - Alain Ligier - Photo:lfdd



La Case à Preuschdorf


Autre étape au Nord de Strasbourg, la Case à Preuschdorf où les dessins de Jean-Pierre Brazs et Dominique Haettel vous accueillent toujours sur la façade de cette belle maison alsacienne que Miriam Schwamm a rénovée pour la transformer à la fois en atelier, lieu de résidence et (très) grand espace d'exposition. 


La Case à Preuschdorf - Jean-Pierre Brazs - Dominique Haettel - Photo: lfdd

La Case à Preuschdorf - Dominique Haettel - Photo: lfdd

La Case à Preuschdorf - Miriam Schwamm - Dominique Haettel - Photo: lfdd


Les expositions se déplient à la fois sous l'énorme toiture du hangar en face de cette belle maison à colombages qu'à l'intérieur, dans le couloir et les deux pièces donnant sur la rue, mais aussi quelquefois dans la cave avec un puit souvent "habité" par des oeuvres. Sous le hangar était d'ailleurs déployé un grand patchwork fruit d'une résidence d'étudiants de la HEAR et une peinture de Pierre Gangloff dont une installation des oeuvres occupe en permanence jusqu'au 31 décembre, un lieu tout proche, également rénové par Miriam Schwamm et ses équipes, la galerie Puit 1 et cela tous les jours de 15h00 à 22h00. Dans la cour, se trouvent également plein d'oeuvres dans des meubles et une installation-mémoire de Miriam Schwamm ainsi que le travail en cours de Françoise Maillet, les Quatre Saison en mémoire d'un Ziginer.


La Case à Preuschdorf - Pierre Gangloff - Etudiants de la HEAR - Photo: lfdd

La Case à Preuschdorf - Françoise Maillet - Photo: lfdd


Et l'atelier, bien grand et chauffé où se trouve la presse regorge de trésors et d'oeuvres diverses, avec souvent les artiste qui continuent à y travailler, ce qui permet d'échanger avec eux, comme c'était le cas pour la dernière exposition avec Françoise Maillet et Anja Roth. Anja Roth qui montre aussi montre la diversité de son travail dynamique, coloré et engagé dans un dernier lieu, la grange traversant jusqu'au jardin et qui offre une belle surface.


La Case à Preuschdorf - Anja Roth - Photo: lfdd

La Case à Preuschdorf - Anja Roth - Photo: lfdd

La Case à Preuschdorf - Anja Roth - Photo: lfdd

La Case à Preuschdorf - Anja Roth - Photo: lfdd


Dans la maison, nous avons d'une part le travail de Miriam Schwamm, ses très beaux "dessins de musée" et l'installations qu'elle a réalisé à distance avec Véronique Menet. Et dans la Kleens Stub, un espace intime propice à la réflexion et au repos, Isabelle Thelen déploie une installation entre nostalgies et mémoire, une ouvre pleine de poésie qui interroge aussi la place de la femme dans l'art, question qui traverse d'ailleurs, vous l'aurez remarqué tout le lieu.


La Case à Preuschdorf - Miriam Schwamm - Photo: lfdd

La Case à Preuschdorf - Miriam Schwamm - Véronique Menet - Photo: lfdd

La Case à Preuschdorf - Isabelle Thelen - Photo: lfdd


Ces expositions sont terminées mais il vous reste jusqu'au 31 décembre pour aller voir le travail de Pierre Gangloff (ce n'est pas le frère de Catherine) à la Galerie du Puit 1:


Galerie du Puit 1 - Pierre Gangloff - Photo: lfdd

Galerie du Puit 1 - Pierre Gangloff - Photo: lfdd

Galerie du Puit 1 - Pierre Gangloff - Photo: lfdd



A suivre....


La Fleur du Dimanche