dimanche 22 décembre 2019

Je, soi et l'autre: ipséité, altérité, sincérité

Depuis début décembre, avec les questions d'identité, je vous annonce l' "ipséité" et vous ne l'avez pas vue venir.... Alors frappons les quatre coups de l'Avent et clôturons le champ.
Donc pour commencer un "portrait" de La Fleur du Dimanche:


Portrait de La Fleur du Dimanche - Photo: lfdd

Et pour encore une question sur l'"Identité" posée par Achille Mbembe en ouverture du Forum philo du Monde en novembre 2019:
"Une chose est de pouvoir dire librement qui l’on est, d’épeler son nom propre, de dire soi-même d’où l’on vient et où l’on va. Une autre est de se voir affublé d’un masque qui fonctionne, dès lors, comme le double de ­celui que l’on est en vérité. Mais sait-on jamais qui l’on est véritablement? Cela ne relève-t-il pas du mystère que l’humain restera ­jusqu’au bout, et de la part d’opacité qui, toujours, fera de nous des fugitifs par définition?"

Et un début d'explication:
"Toujours est-il que, tout au long de la période moderne, la plupart des luttes identitaires chez les peuples assujettis auront eu pour but de se débarrasser du voile ontologique dont ils auront été couverts en conséquence du travail effectué par le racisme. Il s’agissait de luttes en vue de la reconnaissance et pour l’auto-affirmation, voire l’autodétermination. Parce qu’elles présentaient des caractères éminemment progressistes, ces luttes participaient du grand récit de l’émancipation humaine. Ce fut le cas des grands combats pour l’abolition de l’esclavage, la décolonisation, les droits civiques, ou ­encore le démantèlement de l’apartheid."

Avant de vous montrer le deuxième portrait de la Fleur du Dimanche, une expression de l'énigme de l'identité posée par Francis Wolff:
"Je suis toujours le même comme une chose et pourtant je suis, comme les événements, cause de certains événements, mes actes. Je change sans cesse et pourtant je suis toujours celui que j'ai toujours été. Mystère de l'identité: Qui suis-je?"


Portrait de La Fleur du Dimanche - Photo: lfdd

Je vous avais offert le 8 décembre le début du texte pour vous donner envie d'en connaître davantage sur le sujet.... Je vous offre en "Extrait" la totalité du texte que je vous invite à lire en entier...


Extrait - Clothilde Leguil  - Identite

Et pour continuer, élargir le débat ouvert avec Achille Mbembe, l'ouvrir au-delà de soi et les autres au Monde et même à l'Univers. Voici, en "Extrait" la fin de son texte:


Extrait - Achille Mbembe - Identité

Et comme je vous parlais de sincérité, c'est Nicolas Weil qui introduit cet aspect "moral" et néanmoins philosophique dans le débat pour "ouvrir" le débat et sortir de ce qu'il appelle "deux impasses":
"La première, un individualisme extrême, qui nous pousse à nous définir nous-mêmes par un simple contraste avec les conventions et la société, au risque de rompre nos liens à autrui.
La deuxième, que je qualifierai de volontariste, consiste à croire que nous devons "nous choisir nous-mêmes et exercer sur nos vies un contrôle total. Or à mon avis, on ne saurait être soi qu'en pleinement ajusté aux autres. Il ne s'agit pas non plus de se définir soi-même en toute autarcie, mais de penser l' "être soi-même" comme une forme parfaite d'intégration sociale. Le déplacement radical qu'opère le concept d'ipséité, préféré à celui de sujet ou de moi, c'est qu'il nous introduit dans l'histoire des manières d'être, des modes d'existence (en accord ou en désaccord avec soi et autrui), et du même coup toute la problématique métaphysique du "sujet" peut être court-circuitée."

En complément, un portrait de La Fleur du Dimanche et des "autres" - c'est le "bouquet" de Geneviève Charras:

Portrait des Autres - Photo: lfdd

Et il nous révèle que la figure qui mène sa réflexion sur l'identité et qui lui fait préférer l'authenticité (vérité de son existence) à la sincérité (vérité de sa parole) c'est Ulysse - voir l'"Extrait" ci-dessous:
Extrait - Claude Romano - Identité - Ulysse

Pour finir, un hommage à Alain Barrière avec "Emporte-moi":

Emporte-moi
Que le vent gonfle la voile
Et qu'à l'heure des étoiles
Nous soyons très loin de tout
Emporte-moi
Que le flot berce mes rêves
Et qu'à l'heure où tout s'achève
Il ne reste rien que nous
Emporte-moi
Vers le pays d'un autre monde
Où tout n'est qu'amour à la ronde
Tout n'est que bonheur et que joie
Emporte-moi
N'aie crainte que l'orage ne gronde
Dans ce pays…




Et puis comme il est parti: Tu t'en vas avec Noëlle Cordier (de circonstance:





Et comme c'est bientôt Noël, la chanson de Noël de Bertrand Belin et Barbara Carlotti:




Clanche, coup, couteau, bijoux
Bouteille, saoul, bibelot de Lourdes
Marée haute, arithmétique
Noël, Père Noël
Tabac, obus
Un passant qui pue
La nuit
Cette fois derrière le stade où tu as fait ta danse d'indien pour lui
Pour qu'il pleuve sur lui
Notre-Dame en feu qui rougeoie dans la nuit, la vache
Le poing d'un mec saoul écrasé sur une bouche
Carton, citron, étron, pinçon
Coton, dindon, houblon, gazon
Avion, majesté, vitesse du son
Cette fois derrière le stade où tu as fait ta danse d'indien pour lui
Pour qu'il pleuve sur lui
Tout s'efface lentement
Tout lentement
Tout finit comme un os
Blanc comme un os
Le temps est si doux
Grêle, toit, bruit, Barbara
La foutue manie qu'il a de traîner son passé dark
Que de filles campant dans les jardins de l'Elysée, moi…


Alors Bon Noël à vous 

La Fleur du Dimanche

dimanche 15 décembre 2019

Suite de Calendrier: Identité - Egalité - Féminité

Dimanche dernier (Liberté - Ipséïté - Calendrier), je vous avais dévoilé la moitié du Calendrier 2020 de La Fleur du Dimanche et parlé, non pas d'"Ipséïté" (ne vous inquiétez pas cela va venir) mais d' "Identité" et je ne vous avais mis que la moitié du texte de la tribune dans le Monde de la philosophe et psychanalyste  Clotilde Leguil qui interroge: « le narcissisme de masse est-il le visage du “je” au XXIe siècle ? ». je voulais vous mettre la suite mais vous l'aurez un tout petit peu plus tard en "Extrait"... En attendant je vous mets des paroles de chansons qui tournent autour de l' "Identité" et une surprise autour de la "féminité"...
Mais tout de suite, la suite du "Calendrier 2020"*.
 
Calendrier 2020 - Juillet - Photo: lfdd

Calendrier 2020 - Août - Photo: lfdd

Calendrier 2020 - Septembre - Photo: lfdd

Calendrier 2020 - Octobre - Photo: lfdd

Calendrier 2020 - Novembre - Photo: lfdd

Calendrier 2020 - Décembre - Photo: lfdd


Si vous n'avez pas le courage de lire jusqu'à la fin , je vous donne le "mode d'emploi" de la commande du calendrier - il suffit de me faire un mail avec le nombre d'exemplaires commandés, jusqu'au 18 décembre - après ce sera plus cher de 10€ nous passerons à 15 € par calendrier.

Identité 
   
Je vous avais promis texte et chansons concernant l'identité, pour commencer L'identité par Les Têtes Raides
Les clans des rues les clandestins
les cris des chiens hurlent à la ronde
j'suis pas inscrit sur la mappemonde
y a pas d'pays pour les vauriens
les poètes et les baladins
y a pas d'pays
si tu le veux
prends le mien
Que Paris est beau quand chantent les oiseaux
que Paris est laid quand il se croit français
Avec ses sans-papirs
qui vont bientôt r'partir
vers leur pays les chiens
on a tout pris chez eux y a plus rien

Voici la version des Têtes Raides:



Et ici la version avec Noir Désir - Live au Zénith de Paris le 17 octobre 2002




Et Identité par Camera Silens

C'est notre, c'est notre identité
Pas besoin de graver les mémoires
D'une image et faire semblant d'y croire
Pas besoin de vouloir s'en cacher
Ce langage tout le monde peut le parler
Parce qu'on est du même côté.

Si demain on ne trouve plus rien à  dire
Qu'à  la place on choisit de se mentir
Pas besoin d'aller se regarder
Dans la glace il n'y aura pas de reflet
Parce qu'on est du même côté.

Et dire qu'elle est comme ça depuis des années
Quoiqu'on en fasse il est trop tard pour en changer.



Curieusement, Caméra Silans, groupe "punk" bordelais - des années 80 remporte le tremplin Rockotone de 1982 dans le cadre de la première édition de Boulevard du Rock à la salle des fêtes du Grand Parc qui accueillit entre autres The Clash et The Pogues et Bérurier Noir). Ce soir-là, le prix leur est décerné ex-aequo avec un autre groupe émergent, Noirs Désirs (encore au pluriel à l'époque), dont les membres déclinent la récompense qui consiste en un enregistrement. Camera Silens en bénéficie finalement et enregistre une maquette au studio Deltour à Toulouse. 

Une deuxième chanson de Camera Silens: Espoirs Déçus




Bon, pour ne pas rester avec cette musique de zoulous, je vous mets une petite java avec le Docteur Merlin - LA JAVA DE L’IDENTITÉ:





R. C’est la java d’l’identité
D’ceux qui sont jamais consultés
En gros de ces cons de français / de souche
Y’a pas besoin de grand débat
Pour savoir ce qu’ils pensent tout bas
Ecoutez ce qui sortira / d’leurs bouches

1. Un bout d’saucisson au comptoir

Jambon purée pour les moutards
Son nom au monument aux morts
Une bouillabaisse sur le vieux port
Bébé Cadum dans le berceau
Et puis le beaujolais nouveau
Voir le soleil dans vos cheveux
Rien que pour le plaisir des yeux

2. Des huitres avec un Muscadet

Un Madiran un cassoulet
Papy mamy à la campagne
Et pour les fêtes un bon champagne
Vibrer pendant la Marseillaise
S’émouvoir à la Paimpolaise
S’amouracher d’la Madelon
Etre fier de Napoléon

3. Chevaucher près de la pucelle
Faire les chemins de Compostelle
Rêver devant les cathédrales
Et la recherche du St Graal
La crois d’guerre du grand père au mur
Un p’tit Bourgueil un p’tit Saumur
Des rillettes et du camembert
Des zigounettes qui restent entières 

4. Feux de joie quand revient l’été

Les petits mouchoirs de Cholet 
Aller voir mourir les toros
Une anisette à l’apéro
Noël on décore le sapin
A pâques les œufs dans le jardin
Les cloches reviennent un fois par an
Mais les grèves de trains c’est tout l’temps

5. Béret basque et baguette de pain

Quelques étoiles au guide Michelin
Fêter le jour du saint patron 
Lui préférer St Emilion
Et pour finir un bon repas
Un p’tit cognac un p’tit calva
Râler contre son percepteur
Bander quand même aux trois couleurs

R. Rien n’est vraiment obligatoire

Pour fleurer l’odeur du terroir
Mais au final ne rien avoir / c’est louche


A suivre, la Féminité!.... Mais comme il y a beaucoup à lire, je mettrai le chapitre à part...
C'est donc là la suite ! n'hésitez pas, cela vaut le coup...



Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

* Pour souscrire au calendrier "La Fleur du Dimanche 2020" vous avez jusqu'au 18 décembre par mail à lafleurdudimanche (at) gmail.com pour le commander - livré avant Noël. Prix de souscription: 10 Euros - plus cher après....

Suite de Suite de Calendrier: Identité - Egalité - Féminité

Pour vous permettre de faire une pause dans la lecture des TVA et l'écoute des chansons de mon billet dominical j'ai découpé le billet en deux parts "égales": Indentité égale Féminité !

Je vous mets en "prime" la couverture du calendrier 2020 de La Fleur du Dimanche:

Couverture du calendrier 2020 - Photo lfdd

Et concenrant le thème de la Féminité, je vous mets un extrait d'un mail dominical que je reçois de Flint le Robot (vous pouvez d'ailleurs l'adopter). En fait, le dimanche, c'est Benoît qui écrit - tiens, c'est bizzare il écrit le dimanche...). Benoit - Raphaël de son nom - est le patron de Flint, celui qui l'aide à devenir intelligent et le dimanche il essaie de sortir de la masse des informations de la semaine, ce qui peut émerger et valoir le coup de rester - le haut du panier en quelque sorte, ce qui vaut le coup de ne pas être oublié.... et qu'il envoie par mail à ses abonnés (vous aussi vous pouvez vous abonner - et vous désabonner quand vous le voulez...
Donc, alors que j'avais prévu de parler de "Féminité" ne voilà-t-il pas qu'au lieu de parler de retraite et de grève, ou de Brexit, il nous parle de .... Sanna Marin  qu'il appelle "La reine des neiges (la vraie)".
La connaissez-vous ? Non ? Eh bien, sachez que c'est "la plus jeune première ministre du monde ("34 ans). Ella va diriger une coalition entièrement représentée par des femmes. Cette semaine, Santa Marin a fait de la Finande un modèle de modernité politique."


Sanna Marin

Et Benoit Raphaël continue:
"Comme elle n’a pas pu répondre aux 500 demandes d’interviews envoyées par les grands médias du monde, ces derniers n’ont pas pu te dire grand chose sur elle, à part qu’elle était jeune. Alors je suis allé voir sur son blog, et j’ai regardé ce qu’elle avait à dire sur elle et surtout sur sa vision de ce qui était, pour elle, une société moderne. La société du futur.

Sanna Marin est aussi, en quelque sorte, notre reine des neiges à nous. Un visage rafraichissant et moderne de l’Europe. Puisque la Finande préside en ce moment la communauté européenne. 

Alors c’est quoi la modernité, selon Santa Martin? 

- Une société où les femmes peuvent prendre le pouvoir ET avoir des enfants.
- Une société arc-en-ciel, où la diversité est la clé du vivre ensemble. Fille unique d’un couple de lesbiennes peu fortuné, elle vit aujourd’hui dans un quartier où se mélangent les communautés et les générations. 

Pour elle, solidarité rime avec « communauté », c’est à dire l’entraide entre les générations, quelques soient les différences culturelles, d’éducation, ou de provenance géographique.
Mais elle rime surtout avec « environnement »: 
« La solidarité exige également la responsabilité de l’environnement afin que les générations futures aient la possibilité de vivre une vie bonne et digne. »
Elle représente une génération de "millenials" loin des clichés, engagée, déconnectée, qui refuse de s’isoler derrière ses écrans : 
« Mon temps libre est passé avec ma fille et ma famille, avec d'autres personnes proches de moi et à l'extérieur dans les excellentes attractions de la nature de Pirkanmaa.»
Pirkanmaa quoi? Eh bien c'est un endroit très joli, qui se trouve en Finlande, et qui ressemble à ça : 


Pirkanmaa
👉Voir le blog de Sanna Marin (bon juste pour voir, parce que c'est en finnois !) [1 an] [le temps qu'il te faut pour apprendre le finnois]
👉Lire la traduction intégrale de son billet (traduit avec Google et placés dans ce document partagé avec mes petits doigts) [12mn]

Voilà, mais ce n'est pas tout, il parle aussi de Michèle Bernard-Requin:  "Grande figure du monde judiciaire (elle a été l'héroïne de deux documentaires de Raymond Depardon, "La 10ème chambre" et "Délits flagrants"), tu l'as peut-être vue à la télévision (dans l'émission "C dans l'air") ou lue dans le Point où elle avait un chronique. Et c'est l'hebdomadaire qui publié, avec beaucoup d'émotion, son dernier message avant le grand départ.  Il est bouleversant.:  

« Voilà, je touche, en effet, aujourd'hui aux rivages, voilà le sable, voilà la mer.
Autour de nous, à Paris et ailleurs, c'est la tempête : la protestation, les colères, les grèves, les immobilisations, les feux de palettes.. 

« Il faut comprendre que le rapport à l’humain est tout ce qui nous reste, que notre pays, c’était sa richesse, hospitalière, c’était extraordinaire, un regard croisé, à l’heure où tout se déshumanise, à l’heure où la justice et ses juges ne parlent plus aux avocats qu’à travers des procédures dématérialisées, à l’heure où le médecin n’examine parfois son patient qu’à travers des analyses de laboratoire, il reste des soignants, encore une fois et à tous les échelons, exceptionnels. »

La magistrate prend alors la défense de cette petite unité de soins palliatifs où elle attend le grand départ. Cet espace hors du temps, où l'on prend soin de l'humain avant qu'il ne s'efface. A travers la défense de cette unité, menacée par les coupes budgétaires, c'est l'essence même de la construction du vivre ensemble que défend Michèle Bernard-Requin. Je n'ose pas couper son texte. Je te laisse ce dernier morceau tel quel, tu liras ce que tu pourras. Mais il mérite quelques minutes de ton dimanche d'hiver.


« Conservons cela, je ne sais pas comment le dire, il faut que ce qui est le privilège de quelques-uns, les soins palliatifs, devienne en réalité l’ordinaire de tous. »
« C’est cela, vers quoi nous devons tendre et non pas le contraire. »
« Donc, foin des économies, il faut impérativement maintenir ce qui reste de notre système de santé qui est exceptionnel et qui s’enlise dramatiquement.
« J’apprends que la structure de Sainte-Perrine, soins palliatifs, a été dans l’obligation il y a quelques semaines de fermer quelques lits faute de personnel adéquat, en nombre suffisant et que d’autres sont dans le même cas et encore une fois que les arrêts de travail du personnel soignant augmentent pour les mêmes raisons, en raison de surcharges.
« Maintenez, je vous en conjure, ce qui va bien, au lieu d’essayer de réduire à ce qui est devenu le lot commun et beaucoup moins satisfaisant.
Le pavillon de soins palliatifs de Sainte-Perrine, ici, il s’appelle le pavillon Rossini, cela va en faire sourire certains, ils ne devraient pas : une jeune femme est venue jouer dans ma chambre, il y a quelques jours, elle est restée quelques minutes, c’était un émerveillement. Vous vous rendez compte, quelques minutes, un violoncelle, un patient, et la fin de la vie, le passage, passé, palier, est plus doux, c’est extraordinaire.
« J’ai oublié l’essentiel, c’est l’amour, l’amour des proches, l’amour des autres, l’amour de ceux que l’on croyait beaucoup plus loin de vous, l’amour des soignants, l’amour des visiteurs et des sourires.
Faites que cette humanité persiste ! C’est notre humanité, la plus précieuse. Absolument.
La France et ses tumultes, nous en avons assez.
Nous savons tous parfaitement qu’il faut penser aux plus démunis. Les violences meurtrières de quelques excités contre les policiers ou sur les chantiers ou encore une façade de banque ne devront plus dénaturer l’essentiel du mouvement : l’amour. . »


Voilà. Moi ça m'a fait réfléchir. Et ça m'a fait pleurer un peu aussi. C'est souvent à l'approche de la fin que tout ce qui nous semblait compliqué se résume à l'essentiel. L'importance de l'amour. Absent de tous les programmes politiques, effacé de tous les business plan, pas vraiment enseigné à l'école. Et pourtant à l'origine de tous nos choix de vie, quand on y pense.  👉Lire l'intégralité de la lettre de Michèle Bernard-Requin et éprouver un salvateur sentiment de gratitude  [4mn]

Voilà, une petite réflexion avant Noël.....

Dans un tout autre domaine et pour passer à la "Chanson, je vous offre deux aspects de la féminité chantée par Angèle (vous connaissez?)

Avec "Balance ton quoi?":



Attention il y a de superbes comédiens dans le clip! 
Il est réalisé par Chalotte Abramov qui a également réalisé ce clip sur une chanson de Georges Brassens - Les Passantes:


Georges Brassens - Les Passantes de Charlotte Abramow.


A suivre

Bonne fin de dimanche et bonne semaine 


La Fleur du Dimanche






  

mercredi 11 décembre 2019

Un ennemi du peuple au TNS : "Je vous ai … surpris"

La pièce d’Ibsen, Un ennemi du peuple, jouée actuellement au TNS ne va pas manquer de vous surprendre, et même vous rendre spectateur "actif". Pas faussement actif, mais à la fois physiquement et intellectuellement. 
Parce que le sujet s’y prête: une réflexion à la fois politique et individuelle, à travers le destin du Docteur Toma Stockman, interprété avec un brio que l’on reconnait bien là à Nicolas Bouchaud, compagnon de longue date (une vingtaine d’années) de Jean-Marie Sivadier et qui signe ici une nouvelle collaboration artistique avec lui - en compagnie de Véronique Timsit.


Un ennemi du peuple - Henrik Ibsen - Jean-François Sivadier - Photo: Jean-Louis Fernandez


L’origine et le moteur du drame d'Un ennemi du peuple c’est la découverte – prouvée par les analyses d’un laboratoire scientifique – d’une dangereuse pollution des eaux d’un établissement de bains d’une petite ville de province dont le Docteur Toma Stockman a la charge, mais l'histoire ne va pas se circonscrire à ce détail. Par cercles concentriques, elle va toucher la famille – femme et fille, et le frère qui se trouve être en opposition, et également le beau-père, et surtout, via la presse "libre et indépendante" incarnée par Hovstad (éblouissant Sharif Andoura), dont nous allons être témoin des multiples retournements, et également la cité, représentée par Aslasken, l’émissaire de la petite bourgeoisie "silencieuse" de la ville.


Un ennemi du peuple - Henrik Ibsen - Jean-François Sivadier - Photo: Jean-Louis Fernandez


Toute l'histoire va aller de rebondissement en rebondissement, dans un rythme effréné, changeant de style, mêlant la réflexion politique au drame psychologique "réaliste", basculant également dans l’onirisme, avec un jeu décalé. A ce propos, il faut mentionner le jeu de Jeanne Lepers qui, dans un décalage subtil interprète le personnage de la fille Stockman, Petra, entre la danse et la marionnette avec truculence. Et l’ensemble des acteurs, chacun dans sa spécificité, construit une mosaïque de caractères naviguant entre le réalisme et le burlesque, entre l’intime et l’apostrophe au public, entre le rire et la réflexion morale.
Comme le dit Jean-François Sivadier: "Dans chaque scène, on entend travailler, en filigrane, la question de l’antagonisme entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif. Entre les intérêts de l’homme et ceux du citoyen, qui ne sont pas nécessairement les mêmes. Entre le "je" et le "nous"...  La force de la pièce est d’évoquer tous ces thèmes, de les laisser en suspens, pour obliger le spectateur à se regarder lui-même."  Et il a raison de rajouter: "Il n’y a pas de débat, on n’est pas chez Brecht."  
Cependant le spectateur n’est pas mis hors-jeu. Et c’est à lui de se poser les questions sur les limites de l’engagement, comme le rappelle Jean-François Sivadier: "Après ça, est-ce qu’il est si surprenant de voir quelqu’un prêt à défendre la vérité, mais seulement jusqu’à la limite de ses propres intérêts? À être du côté du lanceur d’alerte, mais seulement jusqu’à un certain point?"



Un ennemi du peuple - Henrik Ibsen - Jean-François Sivadier - Photo: Jean-Louis Fernandez


Cette pièce d'Ipsen, particulièrement, nous permet de nous interroger sur ces questions politiques et morales tout en nous surprenant autant que les personnages ballotés par les péripéties et rebondissements de l'histoire. Nous assistons à ce destin inéluctable tout en étant témoin des manoeuvres politiques et individuelles des autres protagonistes. 
Le décor symbolise bien la trajectoire de la pensée de Stockman, en passant d’un intérieur bourgeois à un genre ruine obscure. Et je vous laisse la surprise du quatrième avec la réunion politique qui éclate ce décor et brise le mur du "rapport spectateur" dans une harangue mémorable interrogeant la "pensée du peuple" et la question de la violence (avec un coup d’oeil du côté de Gunther Anders).

Toute la classe de Jean-François Sivadier et de son équipe est d'avoir pu rendre actuelle et dynamique une réflexion qui date un peu - quelques paroles très peu féministes soulevant d'ailleurs des rires dans la salle - mais la réflexion est ouverte, et même si les spectateurs sont des veaux, ils ont compris qu'il faut quelquefois se lever pour défendre son avenir, et pas seulement son portefeuille. En tout cas ils en ont eu pour leur argent!


La Fleur Du dimanche

Un ennemi du peuple

TNS STASBOURG 
du 11 au 20 décembre
Texte Henrik Ibsen
Traduction du norvégien Éloi Recoing
Mise en scène Jean-François Sivadier
Collaboration artistique Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit
Avec Sharif Andoura, Cyril Bothorel, Nicolas Bouchaud, Cyprien Colombo, Vincent Guédon, Éric Guérin, Jeanne Lepers, Nadia Vonderheyden et Valérie de Champchesnel, Julien Le Moal, Christian Tirole
Scénographie Christian Tirole, Jean-François Sivadier
Lumière Philippe Berthomé, Jean-Jacques Beaudouin
Costumes Virginie Gervaise
Son Ève-Anne Joalland
Accessoires Julien Le Moal
Coiffures et maquillages Noï Karuna
Assistant à la mise en scène Véronique Timsit, Rachid Zanouda

Tournée

Lille
Du 8 au 12 octobre 2019 au Théâtre du Nord
Châtenay-Malabry
Du 16 au 20 octobre 2019 au Théâtre Firmin Gémier / La Piscine
Lyon
Du 5 au 10 novembre 2019 aux Célestins − Théâtre de Lyon
Dunkerque
Les 14 et 15 novembre 2019 au Bateau Feu − Scène nationale
Caen
Du 19 au 21 novembre 2019 au Théâtre de Caen
Clermont-Ferrand
Du 26 au 28 novembre 2019 à La Comédie
Perpignan
Les 4 et 5 décembre 2019 au Théâtre de l’Archipel − Scène nationale
Angers
Du 7 au 9 janvier 2020 au Quai − Centre dramatique national
Luxembourg
Les 15 et 16 janvier 2020 au Grand Théâtre de la ville de Luxembourg
Marseille
Du 22 au 25 janvier 2020 à La Criée − Théâtre national de Marseille
Saint-Quentin-en-Yvelines
Du 30 janvier au 1er février 2020 à la Scène nationale

dimanche 8 décembre 2019

Liberté - Ipséïté - Calendrier

Ca y est, le verdict est tombé, les fleurs du calendrier 2020 de la Fleur du Dimanche ont été choisies par vous, vos choix, suggestions parmi les 3 possibilités que je vous offrais.
Et le calendrier est disponible sur demande (un mail ou un message pour le réserver).
Voici les choix "gagnants" jusqu'au mois de juin - je vous laisse le mystère de la suite jusqu'à dimanche prochain:

Janvier

Janvier 2020 - Photo: lfdd

Février


Février 2020 - Photo: lfdd

Mars


Mars 2020 - Photo: lfdd

Avril 


Avril 2020 - Photo: lfdd

Mai 


Mai 2020 - Photo: lfdd

Juin


Juin 2020 - Photo: lfdd


J'en profite pour vous proposer une réflexion que je garde en réserve depuis fin octobre au sujet de l'identité.

C'est un sujet multiple et varié, une question que chacun est en droit de se poser et les réponses sont tout aussi nombreuses.
Le hasard a voulu que cette semaine, le comédien Océan qui présentait son film éponyme lors du débat qui a suivi au Cinéma Star à Strasbourg a d'abord parlé d"'Identité" comme un "territoire" (nouveau) à défendre, un statut pour lequel se battre, une série de caractéristiques uniques qui permettent de s'affirmer tel(le) qu'on est (devenu(e)) à un certain moment, pour presque conclure ce long et formidable débat fort intéressant que "l'identité c'est quelque chose de mouvant, de changeant, de fugace".

Alors, identité, ipséïté, authenticité, où tout cela va-t-il se cacher ?
La question s'est aussi posée pour "La Fleur du Dimanche".
Qui ou quoi est "La Fleur du Dimanche" et son "homonyme" anonyme "Lafleur Dudimanche"?
Certain(e)s connaissent le nom de la personne qui se nomme ainsi, mais le, la connaissent-ils vraiment et ce pseudonyme signifie-t-il quelques chose d'autre que le simple sens de ce qu'il exprime ou est-il allé plus loin que ce simple "nom".
Au début, l'objet - l'objectif objectif - était (simple-ment) d'
"« ac-cueillir » des fleurs issues du paysage naturel ou  intérieur et les partager avec vous en vous donnant rendez-vous une fois par semaine pour cette pause/pose.
Les Fleurs du Dimanche sont gratuites…, et je rajoute chaque dimanche le TVA, Texte à Valeur Ajoutée, en rapport ou non avec l’image du jour, qui vous invite, en plus de la simple* contemplation, à partager et pourquoi pas réagir sur une pensée* ou un texte pour, je l’espère, vous rendre acteur/trice de cet échange."  

Voir le premier billet de La Fleur du Dimanche sur internet (blog), le 20 février 2011 intitulé:

Naissance d'une Fleur : La Fleur du Dimanche

Mais tout n'est pas si simple et la Fleur de chaque dimanche a arrêté de garder son rythme dominical le 18 février 2018 (The End: c'est la fin de la Fleur du Dimanche. C'est la fin..

La Fleur du Dimanche, sur le même blog s'est - aussi - permis de déborder les dimanche et de publier, non seulement des fleurs, mais également des billets sur des films à voir (plus depuis un certain temps), des expositions d'art (plus assez souvent qu'il ne le faudrait) et des concerts, des pièces de théâtre ou des spectacles de danse, ou d'opéra et des sujets divers....
Et La Fleur du Dimanche a débordé de son blog (par la force des choses) puisque pour pouvoir toucher une audience plus large que lui permet internet - et pour en faire bénéficier d'autres destinataires que les abonnés à une liste de mailing et au blog, les réseaux sociaux (facebook et twitter entre autres) ont été un vecteur de diffusion, comme des hétéronymes semés dans le world wide web.

Pour avancer un petit peu sur la question de l'identité, deux extraits à vous mettre sous la dent pour votre réflexion dominicale (rendez-vous pour la suite dimanche prochain...). 
Pour commencer, une référence qui va chercher loin, en 1898, dans un livre intitulé "Th study of the Negro problem", William Edward Burgard Du Bois* écrivait:
"Etre un problème est une expérience étrange", et il continue, en disant "Le problème du XXème siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs", et concernant les inégalités entre blancs et noirs, il dit que les inégalités touchant les Africains-Américains ne viennent pas "d'un problème mais d'un enchevêtrement de problèmes sociaux." et Stéphane Dufoix dans l'article de Libération du 21 novembre qui est consacré à Dubois ("Du Bois, l'oeuvre au noir" de Sonya Faure) cette analyse de la réflexion de Dubois: "Du Bois transforme la question noire en ce sens qu'il la dé-biologise. L'identité repose sur le regard de l'autre. On n'a pas une identité parce qu'on posséderait un élément commun à toute une communauté, mais parce qu'on s'identifie, ou qu'on est identifié à elle."  

En complément à cette réflaxion sur l'identité, le "je", le "moi" et le "nous", un début de réflexion lancé par Clothilde Leguil dans le Monde du 31 octobre sur la question de l'"Identité" (à creuser pour dimanche prochain":

"Quelle place reste-t-il pour le « je » au XXIe siècle ? Le discours des identités ­politiques a sa fonction dans les démocraties contemporaines, mais il tend à faire disparaître toute référence à l’identité subjective. Le rapport à soi, depuis le champ de l’intime et de l’inconscient, n’a-t-il pas aussi une valeur éthique et politique cruciale, à une époque où l’approche quantitative de l’être humain abolit le sujet ?
Entre le discours du « nous », où chacun se définit depuis l’appartenance à une communauté particulière, et le discours scientifique, où chacun est défini depuis des critères quantitatifs, le « je » se voit comme asphyxié et oublié. Le discours du « nous » répond à la question « qui suis-je ? » en la faisant passer au pluriel. Il privilégie une approche communautaire de l’existence. Pourtant, ce que j’ai en commun avec d’autres n’est pas le seul versant de mon identité. L’identité subjective renvoie à ce qui, en moi, est radicalement hors normes, à ce qui ne peut se partager avec tous. Le discours du « nous » apaise l’angoisse, car il permet d’oublier le poids que fait peser sur chacun le rapport singulier à son histoire et à son trauma. Mais il l’apaise au prix du sacrifice du « je ».

Pour conclure en chanson(s), une somme d'identités d'artistes, mouvant(e)s et émouvants pour passer un bon dimanche...

Tout d'abord, et pour faire suite à Océan, trois chansons de lui quand il était "femme":

Oshen - En Miettes (live at La Loge)



Oshen - La Pudeur:




Oshen - La première fois que tu m'as quitté:



Ensuite la mère et la fille Birkin-Gainsbourg qui parlent de souvenir avec Prévert et Kosma :



Les feuilles mortes chantées par Mouloudji:





Et pour finir tranquilement, quelques notes de piano par Vanessa Wagner:

Vanessa Wagner - Für Fritz (Chaconne in A Minor) - Moondog





Vanessa Wagner - Arvo Pärt - Für Alina

 


Murcof & Vanessa Wagner l Gnossienne n°3 (Erik Satie) l Festival 36h St Eustache:




Vanessa Wagner plays Michael Nyman "The Heart Asks Pleasure"




Vanessa Wagner & Yoann Bourgeois - The Heart Asks Pleasure First | A Take Away Show at Paris-Orly





Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

William Edward Burgard Du Bois fut le premier Noir à soutenir un doctorat à Harlem en 1995... 
Il dit dans son livre "Les Ames du peuple noir": "C'est une sensation bizzare, cette conscience dédoublée, ce sentiment de constamment se regarder par les yeux d'un autre, de mesurer son âme à l'aune d'un monde qui vous considère comme un spectacle, avec un amusement teinté de pitié méprisante".
Pour votre information, notez que William Edward Burgard Du Bois est mort au Ghana dont où il s'est retiré à la fin de sa vie en en prenant la nationalité, le 27 août 1963, la veille du célèbre discours de Martin Luther King "I Have a Dream"...