dimanche 26 juin 2016

La Philosophie de la Fleur: Le Trèfle et le Chardon vont-ils quitter la Rose ?

La fleur du Dimanche philosophe a eu du succès (un succès relatif, bien sûr), alors ne laissons pas filer un si bon filon.

Et l'actualité ayant soufflé son Brexit, un peu d'humour (Anglais), s'il vous plait, tirez (vous) les premiers !

Mais pour commencer, commençons par le commencement: La Fleur! 
Comme, vous lecteurs(trices) vous êtes très important, je vous offre des fleurs VIP:


Fleurs VIP - Photo: lfdd



Pour continuer, les réponses aux réflexions sur les sujets "philosophiques" sur lesquels je vous ai fait plancher, comme au Bac.
Cela en a fait réfléchir quelques-un(e)s et heureusement, cela a donné un résultat intéressant que je partage avec vous.
Il y a une session de rattrapage pour ceux/celles qui ont raté l'épreuve. Je vous remet le lien vers les questions et j'attends vos réponses:
http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/2016/06/fleur-feuille-fruit-savons-nous.html

On ne copie pas s'il vous plait mais je vous mets quand même les premières réponses:

- Travailler moins, est-ce vivre mieux?


"Oui, évidemment. Comme tout travail mérite sale air, quand on ne fait rien, forcément on respire mieux, et donc on vit mieux!"


- Faut-il démontrer pour savoir ?

"Non, faut démontrer pour faire savoir, pas pour savoir. Autrement dit, je sais que j'ai raison, mais tu ne le sauras que si je te le démontre."


Et une réponse globale aux question que l'on évite de poser: 

"Travailler moins ou pas du tout est-ce réaliser un désir ,sachant que si ce n’est plus un désir il en appelle un autre ? Celui de mieux apprendre l’histoire par exemple, ce qui pourra m’enlever mes convictions religieuses ou mes croyances et peut-être m’amener à désobéir aux lois ? et quelle histoire?"


La question de la philosophie, un peu creusée, du côté des fleurs m'a fait découvrir deux nouvelles pistes (bizarrement dans le sens du Zen que j'avais invoqué dimanche dernier).

D'abord des textes du poète grec Nikiforos Vrettakos, intitulés

"La philosophie des fleurs"

NOTES DE JOURNAL
... La présence des fleurs était un
réconfort ; une partie du 
réconfort que j'ai reçu dans ce monde.
Je dois les consigner dans la liste de
mes amis...

LES VISAGES DES FLEURS

Encore une fois aujourd'hui, je me suis
arrêté un grand moment et j'ai regardé
le visage d'une fleur.
J'ai trouvé ses yeux ;
je me suis penché
et j'ai ressenti
de la crainte.

Et je me suis gorgé d'amour
gorgé de respect
gorgé d'humanité.


REPOS

Les fleurs quand j'étais
fatigué me procuraient
du silence pour me reposer.
Tellement, qu'il ne leur échappait
un son jusqu'au matin.

Et même à l'univers
avec ses étoiles flottantes
le silence avait
(phénomène rare)
clos les lèvres.

Et ma mère retira
sa voix qui est,
même à présent que j'ai vieilli,
une musique douce
et continue :

"Dors, mon enfant".


Et  "La vision de la fleur" du grand philosophe bouddhiste Daisetz Teitaro Suzuki qui cherche à rendre compte de la vision non duelle au-delà du sujet et de l'objet dans la perception d'une fleur


"Je dois en dire davantage concernant cette connaissance intuitive ou cette vision directe…l’intuition dont parle le Zen est une vision-identification. C’est-à-dire que lorsque je vois la fleur et que la fleur me voit, cette sorte d’intuition ou de mutuelle identification n’est pas une vision individuelle ; ce n’est pas une intuition individuelle. « Je vois la fleur et la fleur me voit » signifie que la fleur cesse d’être une fleur. Je cesse d’être moi-même. A la place il y a une unification. La fleur disparaît dans quelque chose de plus haut que la fleur et je disparais dans quelque chose de plus haut que tout objet individuel."

"Maintenant quand cette élévation se produit, quand cet être est absorbé dans quelque chose de plus haut que toute chose relative, cela ne signifie pas qu’on est absorbé ; il y a une intuition, un éveil ; il y a quelque chose qui se reconnait, ce n’est pas une annihilation ou une pure absorption dans le vide. Cette « annihilation » est accompagnée par une intuition et c’est le point le plus important. Quand cela  se produit il y a alors la vraie vision de la fleur. Alors nous pouvons dire que cela –moi voyant la fleur et la fleur me voyant – se situe sur un plan supérieur à celui où la fleur est vue en tant que fleur individuelle et où je vois la fleur en tant qu’être individuel."


Fleurs non VIP - Photo: lfdd

BREXIT

Pour revenir à l'actualité, un peu d'humour sur le résultat du référendum en Angleterre - qui va peut-être se retrouver coupée de l'Irlande et de l'Ecosse - et qui est considéré comme un "choc" voire une "catastrophe", voyons cela avec un peu d'humour et de recul....

Tout d'abord une chanson de Mathieu Boogaerts qui s'essaie à chanter "I Love you" en Anglais:




I LOVE YOU
It is a long time a long time
I don't know if you know
I am sitting yes
I am Looking for to know
If you do like me too
If you really feel the same
Do you like me to like you
Comme moi je vous aime

I love you

Do you love me too

Do you know I don't know

Do you know how much I care
Care of you I do so
Je ne sais pas si je suis clair
You know what don't you see
Don't you feel it in the air
It is me les amis
And I am ready to declare

I love you

Do you love me too


Un autre couple franco-anglais a aussi dit "Je t'aime, moi non plus":

 



Et ayons une pensée émue pour Sa Majesté du haut des ses 90 printemps, avec Jacques Higelin qui lui dit son amour:





Ce qui n'est pas le cas des Sex Pistols qui disent à la fois "God save the Queen" et "Anarchy in the UK" (était-ce prémonitoire?)









Et une version "direct live":





Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

dimanche 19 juin 2016

Fleur, feuille, fruit: Savons-nous toujours ce que nous désirons ?

Allez, un peu de zen et de philosophie ne peut pas faire de mal..

La Fleur du Dimanche vous offre une moment de détente et de réflexion...

D'abord la fleur:


Fleur du 19 juin : Photo: lfdd

Puis la feuille:


Feuille du 19 juin : Photo: lfdd

Et, enfin, le fruit:


Fruit du 19 juin : Photo: lfdd


Et puis la réflexion (le TVA): 
En contemplant ces plantes et ces feuilles, je vous invite à prendre vous-même une feuille et à y poser vos pensées sur le sujet de réflexion que vous préférez parmi les suivants et à me renvoyez la réponse, ou, au minimum la question qui vous a le plus inspiré:

A:
- Travailler moins, est-ce vivre mieux ?
- Faut-il démontrer pour savoir ?

B:
- Nos convictions morales sont-elles fondées sur l’expérience ?
- Le désir est-il par nature illimité ?

C:
- Savons-nous toujours ce que nous désirons ?
- Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l’histoire ?

D:
- Pour être juste, suffit-il d’obéir aux lois ?
- Pouvons-nous toujours justifier nos croyances ?


Et pour y répondre en chanson:


"Travailler moins, pour vivre mieux" chantée par Laure Ryane.
Compositeur et musicien Fred Jiskra


Ou alors "Travailler moins pour vivre plus", come le chantent les Garagnas?




"Moi j'aime pas travailler, 
moi j'aime pas travailler, 
je préfère rester couché
tous les jours pour moi c'est férié 
j'veux rien glander de la journée 
j'préfère chômer toute l'année. 
ne rien glander de la journée 
j'préfère chômer toute l'année;"


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

dimanche 12 juin 2016

Je suis fooo(t)u de rouge, blanc, bleu - et de la chanson bleue de la mer et son cimetière

En cette période "bleue", je vous offre quand même encore un peu de rouge( avec la "coupe" - citation-extrait - voir dimanche dernier ):


Coquelicot dans coupe  "Artichaud" de Catherine Gangloff - Photo:  lfdd


Et pour passer du bleu au blanc et au bleu:


Allez les bleus et blancs - Photo:  lfdd


Donc, pour le bleu, la chanson.... bleue que voici:




Chanson Bleue

Chanson bleue des matins sur la mer
Chanson jeu des grands feux de l'hiver
Chante-la elle est pour toi
Le bleu te va bien
C'est le bleu de tes yeux des jours heureux
Le bleu des nuits de juin
Le bleu des nuits de juin
Chanson bleue qui me tombe du ciel
Quand il pleut fait comme un arc-en-ciel
La couleur dépend de l'heure
Elle dépend surtout de toi
Selon que tu viens, selon que tu t'en vas
L'amour est bleu ou pas
Oui chante-la elle est pour toi
Le bleu te va bien
C'est le bleu de tes yeux des jours heureux
Le bleu des nuits de juin
Chanson bleue qui me tombe du ciel
Chanson bleue est comme un arc-en-ciel
La couleur dépend de l'heure
Elle dépend surtout de toi
Selon que tu viens, selon que tu t'en vas
L'amour est bleu ou pas
Chanson bleue, chanson bleue, chanson bleue



Allez les bleus et blancs - Photo:  lfdd


Et pour être un peu "culturel", comme le réclament certains en cette période de Folie bleue, pour le TVA, la référence à la mer de Sacha nous renvoie à une autre mer, celle de Paul Valéry dont je vais vous offrir le "Cimetière marin", mais auparavant, et qui m'a mis sur la voie de la mer, c'est l'exposition qui se tient à la galerie Martine Aboucaya à Paris (jusqu'au 22 juin) "Quelques manuscrits trouvés dans une cervelle....", en hommage - et référence à Paul Valéry, et particulièrement à son texte maintes fois remanié et qui s'achève dans cette forme:
"Je suis changeant dans l'ombre, dans un lit. Une idée venue sans commencement, se fait claire, mais fausse, mais pure, puis vide ou immense ou vieille: elle devient même nulle, pour s'élever à l'inattendu et elle amène tout mon esprit."
Dans cette exposition, le poète Jacques Roubaud propose quelques "traductions" du poème de Paul Valéry.

En voici trois débuts:

1. Traduction selon la Méthode Raymond Queneau: Réduction du poème à ses sections rimantes.

Colombes
Tombes
Feux
Recommencée
Pensée
Dieux !

Consume
Ecume
Concevoir !
Respose
Cause
Savoir.
Minerve
Réserve
Toi
Flamme
L'âme,
Toit !

.
.

N'est-ce pas sobre, économe, lumineux ?


3. Décasyllabes à césure lyrique
(un peu d'émotion paulo que diable on croirait lire la Franciade de Ronsard c'est d'un ennui !)

Un toit calme. Là marchent les colombes
Il palpite parmi les pins, les tombes
Midi juste compose de ses feux
La mer une, toujours recommencée
Récompense suivant une pensée
Qu'une veille sur le repos des dieux

....

4. Traduction en taratantara


Sur ce toit peinard marchent des colombes
Palpite les pins, palpitent les tombes
Le juste midi compose de ses feux
La mer, oui, la mer toujours commencée
C'est la récompenses après la pensée
Que ce long regard sur les calmes dieux

.....

Le rythme, ah, le rythme !


Si cette entrée en bouche vous a mis l'appétit, je vous offre le "plat de résistance": le poème original:

Le Cimetière marin

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
Ô récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir !
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le Temps scintille et le Songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Œil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous un voile de flamme,
Ô mon silence !… Édifice dans l’âme,
Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit !

Temple du Temps, qu’un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m’accoutume,
Tout entouré de mon regard marin ;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l’altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l’âme consumée
Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change !
Après tant d’orgueil, après tant d’étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m’abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir.

L’âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié !
Je te rends pure à ta place première,
Regarde-toi !… Mais rendre la lumière
Suppose d’ombre une morne moitié.

Ô pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d’un cœur, aux sources du poème,
Entre le vide et l’événement pur,
J’attends l’écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l’âme un creux toujours futur !

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front m’attire à cette terre osseuse ?
Une étincelle y pense à mes absents.

Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres ;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux !

Chienne splendide, écarte l’idolâtre !
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux !

Ici venu, l’avenir est paresse.
L’insecte net gratte la sécheresse ;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air
À je ne sais quelle sévère essence…
La vie est vaste, étant ivre d’absence,
Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même…
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n’as que moi pour contenir tes craintes !
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant…
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L’argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs !
Où sont des morts les phrases familières,
L’art personnel, les âmes singulières ?
La larve file où se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu !

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge
Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici ?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse ?
Allez ! Tout fuit ! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi !

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse !
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel !

Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N’est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas !

Amour, peut-être, ou de moi-même haine ?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir !
Qu’importe ! Il voit, il veut, il songe, il touche !
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d’appartenir !

Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d’Élée !
M’as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas !
Le son m’enfante et la flèche me tue !
Ah ! le soleil… Quelle ombre de tortue
Pour l’âme, Achille immobile à grands pas !

Non, non !… Debout ! Dans l’ère successive !
Brisez, mon corps, cette forme pensive !
Buvez, mon sein, la naissance du vent !
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme… Ô puissance salée !
Courons à l’onde en rejaillir vivant.

Oui ! Grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l’étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil,

Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs !

Paul Valéry — Charmes


Nous trouvons une analyse du poème par un fan (Francisco Javier Sánchez González) et une amie (Razika) qui l'a un peu aidé sur une site au nom d'étoile dont voici le début (de l'explication):

"Nous observons une forme raffinée, une structure soignée, 24 strophes --24, comme les lettres grecques, comme les heures du jour....

Le strophe est une sextine de décasyllabes (hendécasyllabes  in espagnol et italien), avec deux parties: une premier distique avec le même rime, suivi d'un quartet: la rime es donc: AABCCB, changeant en chaque strophe. Tout et préparé avec soin, avec délectation, avec travail, bien sur.


Nous rappelons au lecteur non français --et aussi a beaucoup de français--, que la 'e' muette n'est pas muette, sauf quand elle fait liaison avec la voyelle que suive: donc la métrique (hen)decassilabe est:
- le reste est ici :
http://www.aldebaransoft.es/Teatro-Escritos/cimetiere%20marin.htm


Bonne lecture et ...

Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche



lundi 6 juin 2016

Jan Karski (Mon nom est une fiction): le messager est le message


La pièce "Jan Karski (Mon nom est une fiction)", jouée actuellement au TNS (jusqu’au 11 juin) se base sur le livre (roman) de Yannick Haenel « Jan Karski » paru aux édition Gallimard en 2019. Arthur Nauzyciel l’a créé au festial d’Avignon le 6 juillet 2011.
Le livre de Yannick Haenel; tout comme la pièce ont été sujets à polémique. C’est la première raison d’aller voir cette pièce: faites-vous votre propre opinion. 

Parce que cela en vaut la peine, et également parce que cette histoire (celle de Jan Karski) mérite qu’elle soit connue et entendue. Le premier mérite de l’auteur et du metteur en scène, c’est de présenter cette histoire sous une triple « vision ».
Mais revenons aux faits : « Le roman Jan Karski s’inspire de la vie du résistant polonais qui, en 1942, a réussi à s’introduire dans le ghetto de Varsovie puis dans un camp de concentration. Bouleversé par ce qu’il a vu, il a tenté de sensibiliser (commentaire de lfdd) : plus que cela !) les Alliés au sort des Juifs. Dans son adaptation théâtrale, Arthur Nauzyciel a respecté la construction en trois parties du roman. La première évoque l’entretien accordé par Jan Karski à Claude Lanzmann pour son film Shoah ; la deuxième repose sur son livre « Mon témoignage devant le monde − Histoire d’un État secret », paru en 1944 ; dans la troisième, Laurent Poitrenaux, qui interprète Jan Karski, déploie une parole imaginée par Yannick Haenel. »

C’est cette triple vision qui permet au spectateur de combiner les informations qu’il reçoit, de se les organiser et combiner en aiguisant son regard et en se construisant son histoire, sans oublier l’ »Histoire » avec un grand « H », à la fois, ne pas oublier le génocide, essayer de comprendre quels sont les enjeux des pays, nations, « alliés » dans cette « Grande Guerre » et faire quelques parallèles avec l’actualité (voir l’épisode de la « négociation » du gouvernement roumain de l’époque).
S poser aussi la question de la « représentation », du « récit », du « témoignage », de l’ « engagement », de la mémoire et de l’oubli.
A propos de la représentation, voir entre autre la photographie de la statue en première partie et le sens qui se « recadre » en fonction des mots qui seront dits pendant cet épisode avec des détails qui vont prendre le dessus. Ou les différents « sens » que va prendre le film de l’artiste polonais Mirolsav Balka dans la deuxième partie où Marthe Keller dit le texte du livre de Jan Karski.

Ou encore ce décor d’opéra suranné de la troisième partie qui sera à la fois la « chambre mentale » de la mémoire et le décor idéal pour l’apparition d’un « revenant »  avec ses insomnies et ses cauchemars. Et cette fin en un résumé stupéfaint d’une danse macabre des camps en déroulé – ré-enroulé, comme si le temps était réversible et que le Monde avait une conscience.
Dans cette pièce, il n’est même pas question de se souvenir – encore et encore – mais bien d’entendre ce que l’on vous dit (et ce qu’a dit Jan Karski).

Mais peut-être faut-il le répéter 3 fois (au moins) pour que cela ait des chances d’être entendu (de là à ce qu’on entend se transforme en acte…).
Comme le dit Laurent Poitrenaux (magnifique interprète du « revenant » Karski  dans la troisième partie : « Le livre s’ouvre sur cette question : « Qui témoigne pour le témoin ? »  Comment être « messager », parler de quelque chose que l’on n’a pas directement vécu ? Jan Karski a été un messager non entendu, mais il a fait perdurer une parole. »

Et c’est là l’intérêt de la première partie où le metteur en scène Arthur Nauzyciel lui-même va parler du film de Claude Lanzmann dans lequel la parole de Jan Karski va ressurgir dans toute sa force, même s’il commence par « Je ne veux as y retourner, je n’y retournerai pas ». Mais il y est forcé car comme le disait Paul Celan « Personne ne témoigne pour le témoin ».
Et l’enjeu de la pièce est bien cela, comme le dit Arthur Nauzyciel: "Il faut absolument tenter d’inventer des formes pour rendre compte de cela, et continuer de faire entendre le récit de ce crime à l’échelle européenne qui n’a été possible que parce que le monde a fermé les yeux. Il y a eu un véritable abandon. Et cela continue…".

Pour y arriver, l’équipe s’est immergée dans cet univers, a lu le livre de Haenel et de Karski , et bien d’autres (dont « Ecorces » de Georges Didi-Huberman), vu le film de Lanzmann, visité les camps et le ghetto de Varsovie pendant cinq heures avec une guide « impressionnante »…

Et ils vous proposent  de voir le résultat dans cette pièce parce que comme le dit Arthur Nauzyciel: "Le théâtre me semble être un des rares lieux possibles où évoquer la place du témoin, du messager, le lieu du silence et de l’écoute, où l’on peut raconter à la fois la parole et la défaite de cette parole."

Alors allez-y ! et … écoutez !






Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche

Jan Karski (Mon nom est une fiction)
Au TNS à Strasbourg, jusqu’au samedi 11 juin 2016 à 20h00

Auteur : Yannick Haenel
Adaptation et mise en scène : Arthur Nauzyciel
Scénographie : Riccardo Hernandez
Costumes : José Lévy
Lumière : Scott Zielinski
Musique : Christian Fennesz
Regard et chorégraphie : Damien Jalet
Vidéo : Miroslaw Balka
Son Xavier Jacquot
Avec : Manon Greiner, Arthur Nauzyciel, Laurent Poitrenaux et la voix de Marthe Keller

dimanche 5 juin 2016

Au secours, le corbeau, c'est la fin des coquelicots - Episode 4 suite et fin (provisoire)

Il faut en finir avec les corbeaux.... d'autant plus que la grande chaîne des coquelicots est lancée...   

Voici le vainqueur:



Coquelicot coupe - Photo:  lfdd


Il a droit à sa "coupe" dorée:


Coquelicot dans coupe  "Artichaud" de Catherine Gangloff - Photo:  lfdd


Je vous dois de terminer ce feuilleton, commencé par de nombreux hasards, d'une part via les coquelicots qui s'invitaient dans le paysage et que vous avez pu voir ces derniers jours (mais pas seulement*), d'autre part via ces corbeaux rebondissant de mur en toit, de toit en fenêtre, de fenêtre en cadre,...


A ce propos, le hasard veut que la personne qui m'a poussé à faire ce billet en "feuilleton", je l'ai re-rencontré à la galerie Art'Course où a lieu actuellement une exposition sur le paysage: "Le Paysage et moi" et j'y ai trouvé, devinez quoi... 
Un corbeau tentant de s'échapper d'un paysage de Pascal Stutz:


Here we are - Pascale Stutz - Art'Course - Photo: lfdd


Et autre information qui m'avait échappé, c'est que l'association qui gère cette galerie, c'est l'association du Corbeau, qui était sise pas loin de la Place du Corbeau où trône un corbeau que je ne vous ai pas encore montré...


Association du Corbeau - Art'Course - Photo: lfdd



A vous de continuer à chercher les traces de corbeau partout. Moi, j'en ai encore cherché de de cadre en livre et de livre en mémoire....

Finissons donc ce feuilleton avec ces trois épisodes de mémoire:

1. Le poème que tout le monde connaît:

Le corbeau et le renard 
Jean de la Fontaine (1621-1695)

Maître corbeau sur un arbre perché, 
Tenait en son bec un fromage. 
Maître renard, par l’odeur alléché, 
Lui tint un peu près ce langage : 
- "Hé, bonjour, monsieur du corbeau, 
Que vous êtes joli que vous me semblez beau ! 
Sans mentir, si votre ramage 
Se rapporte à votre plumage, 
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. 
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ; 
Et pour montrer sa belle voix, 
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. 
Le renard s’en saisit et dit : mon bon monsieur, 
Apprenez que tout flatteur 
Vit aux dépens de celui qui l’écoute. 
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. 
Le corbeau, honteux et confus, 
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l'y prendrait plus.

2. l'histoire du corbac aux baskets 

Ce n'est qu'une histoire de mémoire qui joue avec la psychanalyse, mais c'est un bouquin désopilant de Fred (hommage rendu sur ce blog le 6 avril 2013) 


l'histoire du corbac aux baskets - Fred



3. Les Corbeaux rouges

Et pour clore, il n'y a pas que les corbeaux noirs, il y a aussi les Corbeaux rouges, un chalet des Alpes dans mon souvenir, nommé ainsi parce que ses "corbeaux" (pièce d'architecture - poutres soutenant le toit) étaient peints en rouge. C'est aussi un livre de Max Rouquette, poète occitan. 


Coquelicot dans coupe  "Artichaud" de Catherine Gangloff - Photo:  lfdd - Photo:  lfdd


Et il y a les corbeaux blancs, dont je laisse Christophe vous interpréter la chanson de Julien Doré  






Corbeau Blanc 

Ce soir je vous quitte 
Je quitte la rive et les gens 
Depuis mon île politique 
Je prends l’exil des corbeaux blancs 


Allez, sur ce, je vous quitte

Bonne lecture

Et Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

* A propos des coquelicots, je remercie les amis et photographes, nombreux qui ont "posté" ou envoyé leurs photographies de coquelicots et les ont partagés avec vous.
Je vous rappelle que pour le feuilleton du Corbeau, il y a 4 épisodes (Plus un sans corbeau)
1. Le pré-quel : Coquelicot fleuri ou fragile - dimanche 22 mai 2016
Avec le poème de Robert Desnos et celui de John McCrae "In Flanders Fields" (en chansons)

2. Au secours, les corbeaux sont de retour.... Les coquelicots aussi... - dimanche 29 mai 2016
Le début de l'aventure du "petit corbeau farceur" avec le clip de Chloé Pelgag et le Chant de Partisans

3 Au secours, les corbeaux sont de retour - 2.... Les coquelicots aussi... Oh Oh Oh - - dimanche 29 mai 2016
Suite de l'histoire avec des oeuvres d'art "corbeaux", des chansons et du ballet

4. Au secours, les corbeaux.... Episode 3
Suite des oeuvres sur les murs de la ville et en ouvre d'art

Et la fin est ici-même !

Pour les coquelicots, fleurs qu'affectionne particulièrement la Fleur du Dimanche, je vous renvoie aux archives:

Le 3 juillet 2011  - Coquelicot rouge et mouton bleu

Le 1er juillet 2012  Marguerite et Coquelicot, nos fleurs des champs préférées

Le 9 juin 2013 - Cocorico le soleil arrivé et le coquelicot coiffé de même

Le 17 novembre 2013 avec un coquelicot d'une lectrice - Un, deux, trois, Soleil... et les coquelicots de l'été en armée paisible

Le 6 juillet 2014 - Le myosotis, et puis la rose,... Mais pour aimer les coquelicots...


Le 16 mars 2015 - Anna Atkins, première femme photographe? de fleurs !  Avec un hommage à la première femme photographe

mercredi 1 juin 2016

L'enfer en cave: Perséphone 2014 monte au ciel avec Léop Oldine

Vous souvenez-vous de vos 18 ans ? 
L'âge de tous les dangers, l'âge de la découverte, l'âge du départ, l'âge de la révolte, l'âge du voyage, l'âge de la fin du mythe ou de sa construction... l'âge de la perte, l'âge du corps, l'âge du ciel et l'âge de l'enfer.....
L'enfer, parlons-en ! Ce pays où règne Perséphone, où elle se fait rapter en même temps qu'elle s'en enfuit.

Festival des Caves - Perséphone 2014 - l'enfer - Photo: lfdd

Et pour le spectacle "Perséphone 2014", d'après le texte de Gwenaëlle Aubry, ce sera dans une cave, pour le festival éponyme que l'on va pouvoir la suivre dans sa fuite, sa course, sa danse, son voyage. jusqu'au bord de l'Europe, près du pays du mythe, du côté de Skopje et de l'Albanie.


Festival des Caves - Perséphone 2014 - l'enfer - Photo: lfdd


Et ce voyage au fond de la cave, au fond des souvenirs, de la mémoire de ce passage, ce sera Léop Oldine (Hummel) qui l’interprétera magnifiquement, de son éternelle jeunesse, de ses yeux clairs et brillants, de sa parole limpide et touchante, idéalement susurrée, chuchotée, coulant de source ou nous chantant quelques berceuses ou chansons froides de Purcell ou de rock intergalactique où Major Tom se perd dans le ciel.

Léop Oldine nous présente cette histoire réfringente de double où elle est elle en même temps qu'elle est la fille, et que, discrète, l'autre - interprétée par Léa Masson - est là aussi, de sa présence muette jusqu'au moment de prendre le relais, de permettre la fuite.

Festival des Caves - Perséphone 2014 - l'enfer - Photo: lfdd


Les extraits du texte Gwenaëlle Aubry mis en scène par Anne Monfort nous emportent dans ce voyage vers la jeunesse, sa fragilité, son risque et son ambiguïté et le lieu - cette cave froide et sombre -participe à l'enfermement dans cet univers mental en reconstruction de souvenirs. Dans la caverne du mythe et la réalité de la jeunesse et des questionnements de ses 18 ans: 

"Tu as dix-huit ans, tu te crois immortelle (et tu as raison puisque c'est encore toi qui dis je à travers moi). Tu as dix-huit ans et tu pars, tu cours, tu quittes, partir, tu fais ça très bien, c'est presque ce que tu fais le mieux, plus jeune tu as quitté des repas de famille, des salles de classe, des hommes qui te couchaient sur leur lit ou te montraient ta nudité au miroir, d'un bond tu te levais, tu te glissais entre les portes sans jamais les claquer, et tu courais, tu dévalais, ivre de fuite".

Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche

Le spectacle est visible à Besançon le 6 juin, à Poligny le 13 juin et à Paris le 14 et 16 juin (réservez) et vous aurez la surprise du lieu (forcément une cave !).