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mardi 12 novembre 2019

Hiroaki Umeda à Pôle Sud: Vertige du chaos dansé

Hiroaki Umeda n'est pas qu'un danseur, d'ailleurs il ne l'était pas au départ. Son premier intérêt était la photographie. C'est Absolute Zero de Saburo Teshigawara, presque trois heures de danse entre passé et futur, entre immobilité et frénésie qui le poussent vers cette forme de danse mixant la gestuelle du hip-hop, l'environnement vidéo, la lumière, le son et le mouvement. Et qui vont le faire connaître sur les grandes scènes du monde entier (Paris, Londres, New-York, Berlin, Sydney, Vienne, Bruxelles, Berlin,...).

A Pôle Sud, Hiroaki Umeda va présenter deux  courtes pièces, la première Accumulated Layout de 2007 et la deuxième, de 2018, Median qui vont nous prouver qu'il est autant bon danseur que magicien de l'image.


Hiroaki Umeda - Accumulated Layout - Photo: Dominique Laulanné

Avec Accumulated Layout, il s'agit presque de la fabrication d'un mille-feuille sonore en totale synchronisation avec la lumière et le mouvement. A partir d'un rythme sourd qui vas sous-tendre la pièce, des couches sonores discrètes, très discrètes quelquefois - par exemple dans les aigus à la limite de l'ultra-son- ou des frottements ou petits craquements comme des décharges électriques également des nappes continues ou des grondements ou des percussions vont s'enchaîner, et faire varier l'atmosphère, l'écoute.
La lumière là-dessus, variant en intensité, modulée mais aussi brusquement changeante, d'abord en douche puis rasante et pour finir, éblouissante dans un éclat stroboscopique qui fait disparaître le danseur.   
Celui-ci arrive très discrètement, positionné de biais, ne bougeant que délicatement une main puis, de face les deux, le mouvement se répand dans les bras, corps rivé au sol jusqu'à ce que, après que le torse a pris toute son ampleur, tout le reste suit, d'abord en pliures, articulations et désarticulations puis en ondulations en suivant une séquence sonore aquatique. Les mouvements, très souvent en totale synchro son, s'électrisent, au risque d'électrocution visuelle et sonore pour arriver au court-circuit final. La performance nous permet de constater la totale maîtrise corporelle d'Hiroaki Umeda et son écoute, autant de son corps que de la musique.



Hiroaki Umeda - Median - Photo: lfdd

Median est une autre expérience. C'est presqu'une installation d'art vidéo. Immersive et engloutissante, au point que l'on oublie le danseur - mais non, il est juste sorti de scène quelques instants. Le dispositif utilise le même procédé que la pièce précédente pour la partie danse et musique. Mais cette fois-ci, à part sur la fin, la lumière est très sophistiquée et traître. Ce sont de magnifiques animation projetées sur toute la largeur du fond de scène mais aussi sur le sol, et qui l'air de ne pas y toucher, démarrent par de courtes barres blanches qui prennent vie et se multiplient, mais très vite, remplissent l'écran d'un quadrillage impeccable de petits carreaux.
C'est là que tout se corse, les carreaux mutent, se déforment vrillent et vivent leur vie, se multiplient, se rapprochent et s'éloignent, bougent et envahissent tout. L'effet est hallucinant, presque hallucinogène, les perceptions sont déformées, les repères distordus, l'instabilité se répand et déborde de la scène. Les cellules, telles des fractales ou des bulles de savon ont leur vie propre, quitte à engloutir le danseur - et le public. Heureusement que le danseur de son coté à sa vie propre d'organisme vivant et bougeant, ayant son impulsion par la musique et une vie superficielle grâce à d'autres animations qui sculptent son corps et ses mouvements.
Nous aurons eu le plaisir d'explorer deux facettes, très riches et engageantes d'une expression totalement de notre temps qui conjugue habilement le corps en mouvement, la musique, la lumière et un univers virtuel. Du grand spectacle.

Pour vous en donner un apperçu - mais il vaux mieux en vvre l'expérience immersive - en voici un extrait:





La Fleur du Dimanche
       

samedi 22 septembre 2018

Musica au Point d'Eau: Counter Phrase, au confluent entre les cultures, musique et danse

Thierry de Mey et Anne Teresa de Keersmaeker sont complices depuis de nombreuses années.
Le compositeur et réalisateur de films a le sens du rythme et de la musique et son travail Counter Phase, une collaboration avec la chorégraphe, a été en 2003 une approche nouvelle et inventive dans le domaine de la danse - et de la Vidéo-Danse.
On connait le rapport des chorégraphes à la musique, que ce soit un travail à partir de celle-ci ou totalement indépendant pour jouer sur la rupture entre ce que le spectateur voit et ce qu'il entend.

Pour cette création, le challenge a été de proposer à dix compositeurs, dix films d'environ cinq, six minutes et qui tous étaient "terminés" c'est-à-dire filmés et montés à partir d'une chorégraphie écrite par Anne Teresa de Kersmaeker et interprétée par ses danseurs et danseuses. Et cela filmé non sur scène, mais dans des décors naturels de jardins, en extérieur.

Musica 2018 - Counter Phrase - Thierry de Mey - Anne Teresa de Keermaeker - TM+ - Ballaké Sissoko- Photo: lfdd

Le résultat est un triptyque sur trois écrans où la danse prend son élan d'un écran à l'autre et où les danseurs, quelquefois envahissent l'espace. Les magnifiques costumes de Dries Van Noten, en totale symbiose avec les jardins et les fleurs sont une joie pour l'oeil. Il est vrai que la palette des jardins, entre le jardin à la française, à l'italienne, les allées aux haies géantes, le jardins de rhododendrons, les étangs aux réminiscences de Monnet, les jardins-forêts construites ou sauvages ou même un jardin sur terrasse totalement minéral sont des décors que le réalisateur découpe de diverses manière et que les danseurs habitent seuls, à deux ou plus nombreux selon la chorégraphie. 
Le premier film par exemple "Orphic Descent" est une vertigineuse - et cascadeuse - descente d'escalier entre un homme et une femme qui dialoguent ainsi sur des marches infinies (pire que Potemkine) dans un parc de château. Tout cela est filmé mieux qu'à la télévision, car dans les champs-contrechamps, les caméras ne sont pas visibles. Parce que tout simplement Thierry de Mey filme cela comme un film de cinéma - même si quelquefois il balaie et élargit l'espace avec trois caméras ou le réduit en compression. Et sa magie du montage transcende le mouvement et l'élan des interprètes. Le résultat est bluffant dans la conservation du mouvement. La chorégraphie et l'énergie de la danse sont sublimées. La scène de travelling champ-contrechamp avec les danseurs en mouvement est à cet égard un petit bijou de finition.

Mais la musique dans tout cela, allez-vous me dire.
Eh bien, la musique a été écrite par une dizaine de compositeurs contemporains en 2001: Robin de Raaff - Orphic Descent / Jonathan Harvey - Moving Trees / Luca Francesconi - Controcanto / Thierry De Mey - Water / Floral Fairy - Heysel /  Steve Reich - Dance Patterns / Fausto Romitelli - Green, Yellow and Blue / et d'autres... Et un film passera dans le silence, avec uniquement la respiration et le bruit des danseurs et du vent dans les feuilles des arbres. Ces différentes création musicales amènent pour chaque film une touche et une lecture différente.

Le challenge de cette nouvelle représentation au Point d'Eau à Ostwald dans le cadre du festival Musica, est la création sur quatre de ces films d'une musique de Ballaké Sissokodo. Elle est interprétée en direct par Ballaké Sissoko à la kora et de ses deux musiciens (guitare et balafon) et apporte une lecture originale et sensible, entre musique traditionnelle et invitations à la danse intérieure dans une enveloppante intimité.
Le résultat est surprenant mais convaincant. C'est intéressant de revoir deux fois la même chorégraphie - c'est le cas pour Contracanto et Dance Pattern - avec les deux "regards" sonores, au point que le spectateur ne remarque pas tout de suite que ce sont les mêmes danseurs et la même danse. Il est vrai qu'au niveau rythmique, de la mélodie et de la ponctuation les deux versions des films diffèrent dans leur lecture.




Sur scène, sous les magnifiques images de danse, outre Ballaké Sissoko, Fassery Diabaté et Oumar Niang pour la partie "création", ce sont quinze musiciens de l'Orchestre Philharmonique de Mulhouse et six musiciens de l'ensemble TM+ et sous la direction de Laurent Cugnot qui interprètent avec toute l'énergie et le doigté nécessaire les six pièces contemporaines. La lumière est sur les danseurs, mais les musiciens posent le tapis sonore nécessaire pour la bonne énergie de la danse. Et cette énergie passe très bien, qu'elle soit écrite et traduite par l'ensemble des musiciens classiques et électriques,e ou joué par le trio des musiciens acoustiques.
La bonne énergie passe de l'écran et des deux côtés de la scène vers le public et cela fait du bien.

La Fleur du Dimanche

Le Point d'Eau accueille également deux autres spectacles du Festival Musica 2018:

Mercredi 26 septembre: Cosmos 1969 de Thierry Balasse, dont nous avons pu apprécier dans le passé le travail qu'il a fait avec et en hommage à Pierre Henry et la re-création du disque The Dark Side of the Moon de Pink Floyd.

Samedi 6 ocobre: The Bootleg Beatles, un hommage aux Beatles et leur double album "The Beatles" connu comme "The White Album" - l'Album Blanc -  un spectacle co-réalisé avec le Festival Musica.


Counter Phrases (2003 / 2016)
TM+
Orchestre symphonique de Mulhouse
Ballaké Sissoko et ses musiciens
Direction musicale, Laurent Cuniot
Films, Thierry De Mey
Chorégraphies, Anne Teresa De Keersmaeker
Musiques, Robin de Raaff, Jonathan Harvey, Luca Francesconi,
Thierry De Mey, Steve Reich, Fausto Romitelli, Ballaké Sissoko

Musiciens TM+
Violon, Dorothée Nodé-Langlois
Violoncelle, Florian Lauridon
Piano, Mara Dobresco, Julien Le Pape
Harpe, Anne Ricquebourg
Percussions, Florent Jodelet,
Gianny Pizzolato
Guitare électrique, acoustique, basse
électrique, Kobe Van Cauwenberghe

Musiciens Orchestre symphonique de Mulhouse
Contrebasse, Pénélope Poincheval
Flûte, Lucile Salzmann-Broggia
Hautbois, François Fouquet
Clarinettes, Manuel Poultier,
Maxime Penard
Basson, Mehdi El Hammami
Cor, Pierre Ritzenthaler
Trompette, Xavier Ménard
Trombone, Guillaume Millière
Percussions, André Adjiba,
Nahom Kuya
Violon, Michel Demagny
Alto, Pascal Bride

Ballaké Sissoko et ses musiciens
Kora, Ballaké Sissoko
Balafon, Fassery Diabaté
Guitare n’goni, Oumar Niang

Danseurs des films: Beniamin Boar, Marta Coronado, Alix Eynaudi, Jordi Galí, Fumiyo Ikeda, Cynthia Loemij, Ursula Robb, Taka Shamoto, Igor Shyshko, Clinton Stringer, Julia Sugranyes, Rosalba Torres Guerrero, Jakub Truszkowski.

samedi 8 avril 2017

Le Mouvement de l'Air - Adrien M et Claire B: Quand le corps apprivoise le décor

Quand un informaticien Adrien Mondot, se frotte au jonglage, cela donne Convergence 1.0, un spectacle qui mêle informatique et jonglage et qui révèle un "Jeune Talent du Cirque" en 2014. Ce jeune, plein de talent aime aussi l'émotion, et développe un logiciel eMotion qui va jouer sur la sensibilité du mouvement. En 2011, il rencontre Claire Bardainne, qui est à la fois plasticienne, designer graphique et scénographe et c'est le début de la compagnie Adrien M et Claire B, qui crée spectacles et installations au croisement des arts numériques et du spectacle vivant.  
Depuis, des créations, installations, spectacles et collaborations avec d'autres artistes, en particulier le spectacle Pixel avec Mourad Merzouki qui en en à presque 200 représentations - la pièce est passée à La Filature fin 2015 - jalonnent leur parcours.
Le Mouvement de l'Air, crée en 2105 creuse le rapport de la danse, du mouvement et de l'environnement en images de synthèse.

Le TJP, les Migrateurs et le Maillon accueillent la pièce pour huit représentations pour la plus grand plaisir des spectateurs, grand et petits - il y a aussi des séances scolaires.
Parce qu'effectivement, il y a de la magie et de la surprise sur la scène.


Le mouvement de l'air - Adrien M & Claire B

Le dispositif est on ne peut plus simple: un espace ouvert vers le public délimité par deux écrans et dont le troisième, le sol est également inclus dans la projection d'un univers en 3D graphique.
Cet univers est interactif avec le mouvement des trois danseurs - Rémy Boissy, Farid Ayelem Rahmouni et Maëlle Reymond -
ainsi qu'avec la musique jouée en direct par Jérémy Chartier. Mais il ne fait pas se fier à ce simple dispositif dont la dizaine de variations qui vont être explorées n'en font ni le tour, ni ne nous lassent et surtout n'arrêtent pas de nous déstabiliser dnas nos perceptions et nos repères.


Le mouvement de l'air - Adrien M & Claire B

Chaque tableau amène ses surprises, du premier avec des filaments qui suivent les danseurs au gré de leurs mouvement et au rythme de la musique, au deuxième, où la neige (électronique) s'envole et rebondit en empathie avec le interprètes. Ou encore quand une fumée sortant d'une cheminée imaginaire se plie aux courants d'air des déplacements des trois protagonistes ou quand une flaque de lumière dans laquelle se baigne la danseuse la suit, se déplace et grandit selon ses gestes et s'envole comme un voile par la magie d'un geste aérien. Ou encore pour ce combat entre l'homme attaché et son double graphique, dragon de fils tordus et triturés qui se rétractent pour mieux rebondir.


Le mouvement de l'air - Adrien M & Claire B

Il faut quelquefois avoir le coeur bien accroché pour ne pas être pris de vertiges dans cet univers mouvant, instable constamment en transformation, et l'on se rend compte de toute la maitrise à la fois des interprètes, mais également des concepteurs de ces univers pour nous tromper à ce point, mais nous sommes consentants, en nous faisant croire qu'un grille est un vrai espace - à la limite du maléfique parce qu'il peut nous renverser, mais que les danseurs maîtrisent complètement et arrivent même à les faire basculer. 
ET nous aussi nous basculons dans cet univers hypnotique et nous rentrons dans l'image que les protagonistes apprivoisent pour nous.
La compagnie nous emmène donc pendant un bonne heure dans des contrées oniriques pour notre bonheur, nous secouant aussi de temps en temps, et en nous ramenant à bon port.

En voici quelques images:

 
Le mouvement de l'air / The movement of air - Adrien M & Claire B


Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche

lundi 6 mars 2017

Premières Violettes, premières emojis, dernier message, Jean-Christophe et Françoise

Le premières violettes fleurissent, ce ne peut être qu'un message de paix, de douceur et de sérénité...


Première violette - Photo: lfdd

Je vous avais promis de parler de facebook et d'émojis - ces petites icones qui sont censée vous permettre de réagir à un message en donnant votre sentiment. Sachez que c'est n'est pas juste pour transmettre un "sentiment" à la personne qui a posté (publié) quelque chose, mais que facebook analyse à la fois les textes et les images qui sont postés, amis aussi plein d'autres informations (quand, où, comment, avec quels mots, et donc aussi ces émojis, ....), Parce qu'en fonction des vos relations, de vos actions, de vos réactions, facebook pourra vous vendre la publicité qui fait mouche !
Et voilà donc trois informations concernant les emojis:
Récemment, facebook a diversifié les deux emojis : "Like" = "j'aime" et "je n'aime pas" pour mieux analyser. Il les a remplacés par un éventail d'émoticones exprimant de façon plus précise les sentiments que vous inspirent certains posts (colère, tristesse, rires, surprise, etc). 

Plus récemment encore il vous en propose plus d'un milliers possibles, en voici quelques-uns.


Nouvelles emojis - émoticônes


Cela va être plus difficile de choisir un émoticône que d'écrire un texte... 
Sinon pour l'histoire, sachez que les premier émojis sont déjà exposés au MOMA - Musée of Modern Art de New-York, les voici:


Premières emojis - émoticônes - au MOMA


Et pour le troisième point, je vous propose un petit jeu, un piège à facebook, une trappe à émojis: Si vous voulez continuer à liker, mais sans vous faire traquer, utilisez un logiciel qui s'appelle GoRando et qui va choisir au hasard (c'est mieux que de choisir soi-même en risquant de se tromper et cela rapporte de la variété) la réaction que vous aurez pour les posts choisis.
Le logiciel se trouve ici:
http://bengrosser.com/projects/go-rando/

Bon Jeu. Pour finir avec des violettes et des chansons, je vous offre en hommage à Jean-Christophe Averty, génial inventeur de la télévision et amis des arts, des artistes et de la variété, qui vient de mourir, quelques chansons dont il a réalisé l'habillage.


Premières violettes - Photo: lfdd

Je vous en propose un grand choix et vous laisse les regarder à satiété:

Françoise Hardy - Le temps des souvenirs - 1965 :




Françoise Hardy - Comment te dire adieu (1968) - Chanson de Gainsbourg :
https://www.youtube.com/watch?v=f1eWxx-X334&list=PLDL8kSa8Rq-G71XsvWYTcRCSbZ-axlLm_&index=2

Françoise Hardy - A quoi ça sert (1968)



Françoise Hardy - Loving you (1968):
https://www.youtube.com/watch?v=6Mgx1_hagpw&list=PLDL8kSa8Rq-G71XsvWYTcRCSbZ-axlLm_&index=10

Françoise Hardy - Fleur de lune (1970)




Françoise Hardy - Point (1970)
https://www.youtube.com/watch?v=xy37NpF0H7U&list=PLDL8kSa8Rq-G71XsvWYTcRCSbZ-axlLm_&index=4

Françoise Hardy - Tu ressembles à tous ceux qui ont eu du chagrin (1971)




Françoise Hardy - Viens (1972)
https://www.youtube.com/watch?v=HqcQQhepImE&list=PLDL8kSa8Rq-G71XsvWYTcRCSbZ-axlLm_&index=9

Françoise Hardy - La question (1972)
https://www.youtube.com/watch?v=gVcp8AJzcIA&list=PLDL8kSa8Rq-G71XsvWYTcRCSbZ-axlLm_&index=3


Bon Dimanche 

La Fleur du Dimanche