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dimanche 21 mars 2021

Traduttore Traditore ou l'engagement dégagement...

 Quand on lit quelque chose, ne trahit-on pas déjà le sens?

Et si on s'engage, n'est-ce pas déjà pour s'opposer?

Deux épisodes récents qui me semblent poser question font que je vais les lier. Ai-je raison ou tort? A vous de me le dire...

Mais tout d'abord, fêtons le printemps, les fleurs, les arbres, la forêt (c'est la journée mondiale de la forêt) et la poésie (c'est son Jour également). Donc, place à la primevère, fleur du Printemps (c'était hier):

Primevères sauvages - Photo: lfdd


A propos de traduction ou plutôt d'étymologie, vous saviez sûrement que le nom de la primevère vient de primula, et signifie "la première (fleur)" et que le mot lui-même vient des mots "prima" et "vera" où vera signifie en latin "printemps".... Je sens qu'on tourne en rond, là....

Allez encore une primevère sauvage de nos forêts!

Primevères sauvages - Photo: lfdd


Et en route pour un TVA conséquent! 

Je vais essayer d'alléger et de vous renvoyer vers les sources pour votre propre opinion.

Je vais vous rappeler la chronologie (raccourcie):

20 janvier 2021: Investiture de Joe Biden.

Si vous avez suivi un peu, vous avez vu la robe de Lady Gaga, entendu Jenifer Lopez chanter et entendu Amamda Gorman lire son poème - j'ai failli vous en proposer un extrait mais j'ai fait une "pause". Mais vous en avez peut-être entendu parler, c'est devenu un "sujet", plus encore avec l'épisode de la "traduction":

25 février 2021: Janett Deul se pique d'un article d'opinion dans un journal néerlandais: 

Opinie: Een witte vertaler voor poëzie van Amanda Gorman: onbegrijpelijk

Elle se demande si une jeune blanche (même Booker Prize 2020, même choisie par Annette Gorman) peut se permettre de traduire ce texte.... pour de multiples raison, mais en particulier parce qu'elle est "Elle est blanche, non binaire, n’a aucune expérience dans ce domaine...". 

Résultat: L'éditeur se récuse et s'excuse. Un épisode similaire arrivera en Catalogne avec Víctor Obiols le traducteur d'Annette Gorman.

S'ensuit bien sûr une large polémique autour de ce qu'on peut traduire, qui peut traduire, et qui peut décider de quoi ou interdire à qui... Les polémiques comme on les aime... Cela fait de "l'engagement"....

Je vous mets le lien vers quelques "réactions" ou réflexions" que ce sujet a soulevé, en dernier l'article dans "Le Point du Jour" du 20 mars 2021 de Serge Michel du quotidien indépendant suisse "Heidi News" qui dit:

Je me souviens du 20 janvier dernier, un mercredi. J’avais commencé la vaisselle du dîner quand mon collègue Fabrice Delaye a appelé. C’était son heure. Il appelle souvent le soir pour parler d’une technologie qu’il faut garder à l’œil ou d’une Exploration à lancer toutes affaires cessantes sur Heidi.news.

Là, il était très ému. Il venait de suivre l’investiture de Joe Biden. Le poème d’Amanda Gorman l’avait bouleversé. Il avait commencé à le traduire en français et voulait le publier tout de suite. J’ai relu le texte, j’ai rédigé une introduction et un titre. A 22h48, l’article était en ligne et depuis, vous avez été près de 30’000 lectrices et lecteurs pour ces premiers mots de réconciliation après le départ de Donald Trump de la Maison Blanche.

Mais ce soir-là, ni Fabrice ni moi, hommes blancs, la cinquantaine, ne pouvions imaginer que des traductions plus soignées de ce texte allaient provoquer de tels scandales!

Aux Pays-Bas, Amanda Gorman avait choisi pour la traduire la jeune prodige Marieke Lucas Rijneveld, 29 ans, qui a remporté le Booker Prize en 2020 avec son premier roman, «Qui sème le vent» (Buchet-Chastel). Cela n’a pas convaincu Janice Deul, styliste et activiste hollandaise originaire du Surinam. «Elle est blanche, non binaire, n’a aucune expérience dans ce domaine mais [selon l’éditeur] c’est elle la traductrice de rêve?», a-t-elle écrit dans le quotidien de Volkskrant le 25 février.

Je vous mets le lien vers l'article mais vous offre quand même sa conclusion - où il ouvre la question de la légitimité d'écrire du journaliste:

"Bien sûr, il y a eu tant d’abus, de reporters racistes ou cyniques qui ont bâclé le travail de terrain pour ne pas rater le coucher de soleil au bar de l’hôtel cinq étoiles, gin tonic et gilet multipoches. Bien sûr, les rédactions en Europe sont encore trop souvent des bastions de personnes blanches issues de milieux privilégiés, en décalage complet avec les sociétés bigarrées qui les entourent. Et les tentatives pour changer cela, comme le Bondy Blog que j’ai lancé en 2005, restent minuscules. Mais faut-il nous réduire à notre origine, à la couleur de notre peau?

Ai-je perdu ma compétence universelle parce que les hommes blancs depuis des siècles ont causé trop de souffrances aux humains et trop de dégâts à l’environnement, et que les autres redressent heureusement la tête?

Personne n’a encore interdit aux journalistes blancs de se déplacer. Mais c’est déjà en partie le cas pour les photographes. Aux Etats-Unis, le National Geographic a ainsi pris prétexte du coronavirus pour que les photos en Afrique soient prises par des Africains, et celles en Asie par des Asiatiques. Tout le monde le sait, cela va perdurer après la crise sanitaire. En France, les journalistes qui travaillent sur les banlieues sont bien souvent issus de l’immigration. Et les débats se crispent. On entend désormais qu’il faut être femme pour écrire sur les femmes, être trans pour comprendre les trans.

Gardons la tête froide et les yeux ouverts, nous allons au devant d’années passionnantes! 

https://newsletters.heidi.news/le-point-du-jour/le-journalisme-peut-il-encore-raconter-le-monde

Comme c'est la journée de la poésie et que Marieke Lucas Rijnewald, à défaut de traduire Annette Gorman a écrit "son" poème le 6 mars 2021, je vous l'offre: 

Tout habitable

Jamais perdu la pugnacité, l’originel tumulte pour le meilleur et le pire

ni cédé aux prêches, au Verbe qui dit ce qui est bien ce qui est mal

jamais été feignasse au point de ne pas te lever, de ne pas affronter

toutes les brutes épaisses, de ne pas combattre poings dressés l’esprit

d’étiquetage, les émeutes que la méconnaissance déclenche dans ta tête,

*

tempérant l’impuissance avec le rouge taureau dans tes yeux, ou

proclamant toujours ce que tu fais à ta guise avec une fierté

à toute épreuve, observant quelqu’un qu’on réduit en bouillie

tout en voyant suinter la dernière gouttelette de dignité, tu t’opposes

à la craniométrie, à la servitude, à tout ce qui emmure l’homme.

*

Jamais perdu la pugnacité, le germe du brutal arrachement,

tes origines portent un habit de deuil, tes origines ont heureusement

trouvé une bande d’arrêt d’urgence, non que tu puisses par expérience

parler de tout, non que tu voies en permanence combien l’herbe

de l’autre côté est parfois sèche et moins verte – il s’agit de la capacité

*

de se glisser sous d’autres peaux, de voir la mer de tristesse derrière

les yeux des autres, la pullulante rage des rages, tu veux dire que

tu ne comprends peut-être pas tout, que bien sûr tu ne touches

jamais tout à fait la corde sensible, mais que tu ne sens pas

moins les choses, oui, tu les sens, même s’il existe un écart infime.

*

Jamais perdu la pugnacité, et reconnaître malgré tout le moment

où tu n’es pas à ta place, où il te faut t’agenouiller devant un poème

parce qu’un autre le rend plus habitable, non par mauvaise volonté,

non par abattement, mais parce que tu sais qu’il y a tant et tellement

d’inégalités, qu’il y a encore des laissés-pour-compte, tu n’aspires

*

qu’à la fraternisation, tu veux un seul poing, peut-être ta main

n’est-elle pas encore assez forte, peut-être te faudrait-il d’abord prendre

celle de l’autre en guise de réconciliation, réellement ressentir l’espoir

que tu fais quelque chose qui rendra le monde meilleur, sans pour autant

oublier ceci : se relever après s’être agenouillés et ensemble redresser le dos.

Poème traduit du néerlandais par Daniel Cunin


Remontons au 12 mars avec une réaction de Claro qui s'interroge:

Suis-je le gardien de ma traduction? 

Des remous causés par la traduction d’un poème ? Hum. Des remous sans rapport aucun avec la qualité de ladite traduction ? Double hum. L’affaire est pour le moins étrange, et depuis quelques jours certaines voix se sont élevées pour débattre du sujet. André Markowicz dans Le Monde, Frédéric Boyer dans La Croix, entre autres. Ils ont dit des choses très pertinentes, auxquelles je serais bien en peine d’ajouter mon caillou – en outre, le poème d'Amanda Gorman ne m'a pas impressionné plus que ça. En revanche, la question soulevée – a-t-on le droit de traduire qui on veut, et que recouvrirait ce terme de « droit » – n’est évidemment pas sans intérêt, et c’est même peut-être, n’en déplaise à Janice Deul (la journaliste qui s’est offusquée du choix de l’éditeur néerlandais), une des premières questions que se pose celui ou celle qui va traduire. Sauf que ce mot de «droit», il ou elle l’entend différemment. Pour lui, ou elle, ce droit est lié à un savoir. Si je ne sais pas traduire tel texte, alors je n’ai pas le droit de le faire : c’est aussi simple. Quoique.

....

Quand j’accepte une traduction, c’est toujours après m’être posé ces deux questions. Est-ce que je sais traduire ça ? Puis : Si je ne sais pas, est-ce que j’ai envie d’apprendre (ou : est-ce que je pense être en mesure d’apprendre ?)

...

Il conclut:

La question de l’appropriation culturelle est une excellente question. Je me la pose systématiquement, mais à ma manière. Car j'ai envie de m’approprier la culture d’autrui, non pour en dépouiller l'autre, mais pour qu’elle me bouscule, me déloge, me décentre. Je veux, à travers l’acte de traduire, devenir autre, non tant l’auteur.e que je traduis, mais surtout son texte, les remous de sa langue, que j’espère n’être pas la seule expression de sa personne, mais avant tout une construction originale, unique, riche en ligne de fuites, car je pense aussi, j'espère, que l’écrivain.e que je traduis a essayé, en écrivant, d’échapper à sa condition, à son conditionnement, qu’il ou elle a cherché à s’approprier d’autres cultures, pour s’enrichir à son tour, sans dépouiller qui que ce soit, et connaître le plaisir d’une dissolution, même temporaire, dans l’autre."


Je vous rajoute le lien vers la Tribune d'André Markowicz dans le Monde des livres que je voulais déjà citer, sur l’« affaire Amanda Gorman » : « Personne n’a le droit de me dire ce que j’ai le droit de traduire ou pas ». En résumé - et pour le citer, il dit:


"L’argument de Janice Deul m’a rappelé les propos de ce critique russe orthodoxe qui m’avait dit que mes traductions de Dostoïevski étaient douteuses parce que je n’étais pas orthodoxe – or seul un orthodoxe peut comprendre un orthodoxe. Il ne le disait pas ouvertement mais c’était clair, le fond de la question était qu’un juif, même russe, ne peut pas rendre compte de « l’âme russe ».

Cette idéologie de l’atomisation de l’humanité selon la couleur de la peau, la race, l’ethnie, que sais­-je, est le contraire absolu de la traduction, qui est, d’abord et avant tout, partage et empathie, accueil de l’autre, de ce qui n’est pas soi: ce que j’appelle « reconnaissance ». Personne n’a le droit de me dire ce que j’ai le droit de traduire ou pas. Chacun, en revanche, a le droit de juger si je suis capable de le faire. C’est-­à­-dire si, par mon travail, je suis capable de faire entendre, par  ma voix, par la matérialité de mes mots, la voix d’un ou d’une autre – sans la réduire à celle qui est censée être la mienne."

 

Et pour clore l'histoire, la chronique d'Antony Bellanger sur France Inter le 3 mars 2021 qui conclut (en ouvrant):

Marieke Lucas Rijneveld renonce avec grâce

Le choix de Marieke Lucas Rijneveld ravissait l’américaine Amanda Gordon qui admirait l’œuvre de sa traductrice néerlandaise. 

Elle a finalement décliné l’offre en publiant ceci : « je suis choqué par la polémique autour de ma participation à la diffusion du message d’Amanda Gorman. Mais je comprends que certains puissent être blessé que l’éditeur Meulenhoff m’ait choisi ».

« Je me serais dévouée à transcrire la force, le ton et le style d’Amanda. Mais je réalise que si je peux penser et ressentir de cette façon, beaucoup ne le peuvent pas. Je souhaite que ses idéaux touchent le plus de lecteurs et ouvre tous les coeurs ».

Pour ma part je voudrais que nos auditeurs comprennent qu’il s’agit, de la part de Marieke Lucas Rijneveld, d’une renonciation douloureuse mais généreuse et très néerlandaise et certainement pas d’une défaite : au fond, elle renonce pour laisser au « pilier » noir néerlandais une chance de s’exprimer et donc de s’intégrer plus vite."

Antony Bellanger a bien sûr "historicisé" et expliqué la question des "piliers" très spécifiques dans ce pays...


Petite devinette: 

Voici deux violettes, une blanche et une violette. 

A votre avis laquelle dit vrai?


Violette blanche - Photo: lfdd


Violette violette - Photo: lfdd

Et pour en revenir au titre "Traduttore Traditore" qui en italien signifie bien "Traducteur Traitre", rappeler que ce n'est pas Du Bellay, qui est à l'origine de l'expression quand il a dit en 1549:

« Mais que diray-je d'aucuns, vrayement mieux dignes d'estre appelez traditeurs, que traducteurs? veu qu'ils trahissent ceux qu'ils entreprennent exposer, les frustrans de leur gloire, et par mesme moyen seduisent les lecteurs ignorans, leur monstrant le blanc pour le noir. »

Mais rappeler que l'expression originale est bien italienne, parue en 1539 sous la plume de Niccolò Franco dans les Pistole Vulgari. « Ser Traditori miei, se non sapete far'altro che tradire i libri, voi ve ne anderete bel bello a cacare senza candela ». 

Traduit « Chers messieurs les Traîtres (ou Traditeurs), si vous ne savez rien faire d'autre que de trahir les livres, allez donc tranquillement chier sans chandelle ! » F


Et je vous rajoute en exercice de style, le résumé d'un article de Sabine Mehnert paru dans Trajectoires une revue de recherche franco-allemande et intitulé: 

Mensonge et manipulation

« Traduire, c’est trahir » ? Pour une mise en question des notions de vérité, de fidélité et d’identité à partir de la traduction"

En français:

La perception de la traduction dans la culture occidentale repose sur un rapport ambigu à la « vérité » et à l’exigence de « fidélité ». La traduction touche ainsi à des questions philosophiques majeures : elle met en branle les conceptions traditionnelles de la vérité et de la fidélité, mais aussi de l’identité. Nous souhaitons non seulement démontrer que ces trois concepts doivent être repensés lorsqu’on les applique au champ de la traduction, mais également que la réflexion autour de la traduction permet de les définir de manière novatrice. Nous questionnerons ces notions en nous fondant sur les réflexions qu’Antoine Berman et Paul Ricœur consacrent au texte et à la traduction. Ces deux auteurs abordent la question selon deux angles différents, à savoir la théorie de la traduction au sens strict chez Berman et l’herméneutique philosophique chez Ricoeur.

Et en Allemand

Die kulturelle Wahrnehmung der Übersetzung im westlichen Kulturraum beruht auf ihrem vieldeutigen Verhältnis zur „Wahrheit“ sowie auf dem Anspruch der „Treue“, der an sie gestellt wird. Darin, dass diese Konzepte theoretisch schwer zu fassen sind, liegt auch das explizit philosophische Interesse der Übersetzung: Sie stellt traditionelle Auffassungen von Wahrheit, Treue und Identität in Frage. Dies bedeutet, dass diese Konzepte einerseits in Bezug auf ihre Anwendbarkeit auf die Übersetzung überdacht werden müssen und dass andererseits ein Potential besteht, sie ausgehend von ihrer Bedeutung für die Übersetzung philosophisch neu zu denken und zu nuancieren. Diese Infragestellung soll hier anhand der übersetzungs- und texttheoretischen Ansätze Antoine Bermans und Paul Ricœurs vorgenommen werden, die das Problem der Übersetzung jeweils aus übersetzungstheoretischer und aus hermeneutisch-philosophischer Perspektive betrachten.


L'Engagement - Dégage !


Pour ce qui est de la deuxième partie de mon billet, il s'appuie sur une constatation et un billet que j'ai reçu dimanche dernier d'un "ami" Benoit Raphaël (j'ai déjà parlé de lui) qui "élève des robots" pour affiner et trier l'information et la rendre de qualité. C'est son 54ème billet (un peu plus d'un an de billets du dimanche - moi j'en suis à 1135 depuis 10 ans...).

La constatation, c'est dans le groupe Facebook que j'ai créé: 1001 Fleurs - 1001 Amis et où la plupart des membres (et moi) postons des photos de fleurs (moi celles qui ont rythmé ce blog depuis le début), les gens réagissent (on appelle cela l'engagement) soit en "likant" - on clique sur un "j'aime" ou un autre émoji pour "exprimer" sa "réaction" vis-à-vis de la publication - soit en mettant un commentaire (c'est plus rare et le plus souvent sommaire), soit aussi en "partageant" la publication - et là, pareil, cela ne coûte pas trop d'effort, mais c'est encore plus rare.

Je parle de cela justement, parce que le sujet du billet de Benoît explique le fonctionnement - et tout ce que sous-tend ce que Facebook appelle "l'engagement" de l'utilisateur et qui est le "moteur" principal du fonctionnement de ce réseau social (et surtout commercial). En résumé: pas d'engagement = pas de réaction, donc pas de mouvement et tout s'arrête sur le réseau, donc pas de pub, pas de recettes. Donc obligation pour le réseau d'animer, c'est-à-dire de provoquer le "client".

En général, dans le groupe 1001 Fleurs - 1001 Amis, les gens "aiment" un peu les fleurs, mais ne "s'engagent" pas pour elles. L'épisode dont je veux parler et qui illustre bien ce dont parle Benoit Raphaël à propos de Facebook est la publication (le partage) d'une information concernant le sort de la glycine centenaire de Montmartre devant le bistrot "Chez Plumeau". Ce sujet - elle a été coupée par les services de la Ville de Paris - est sujet à polémique et il a entraîné plein de commentaires de toutes sortes et a été partagé de nombreuses fois....

Un peu comme la question de la traduction (et je ne parle pas de Covid et d'Hydroxychloroquine, rappelez-vous...).

Donc, en résumé pour ce qui concerne "l'engagement" pour Facebook, l'explication de Benoit Raphaël (et en particuliers, l'histoire de Joaquin Quiñonero, un ingénieur américain, qui a débarqué chez Facebook dans les années 2010 pour déployer le « machine learning » dans le ciblage publicitaire.) se trouve ici:

Quand les robots auront des dents – Flint Dimanche 54

 

Et en résumé:

"L’engagement, chez Facebook, c’est la capacité qu’a une info de générer des actions comme le pouce levé (le « like »), le partage à ses amis ou les commentaires à la con. Pour Facebook, l’engagement ne veut pas dire que l’info est de qualité, juste que tu vas t’y intéresser de façon compulsive. Un peu comme un Big Mac de l’info si tu veux. Le système marche tellement bien, que les ingénieurs ont décidé de créer une sorte de plateforme qui permet aux gens de chez Facebook de créer des modèles super facilement pour voir celui qui crée le plus d’engagement. C’est assez jouissif. C’est un peu comme si tu tenais des milliards de fils et que tu pouvais voir lequel fait bouger le bras d’un type au bout du fil ou non. En l’occurrence il s’agit plutôt du doigt : celui de l’humain qui va cliquer sur j’aime ou sur partager."

...

Bon, le problème, c’est que l’on s’est rendu compte que plus l’info suscitait la controverse, plus elle était extrémiste et même… plus elle était fausse, eh bien plus elle faisait bouger les doigts. Du coup les algorithmes ont naturellement décidé de distribuer plus d’infos négatives pour faire bouger plus de doigts. Résultat : Facebook s’est mis à héberger de plus en plus de groupes extrémistes sur son réseau. Et résultat du résultat : les algorithmes ont trouvé tout à fait naturel de suggérer aux utilisateurs non extrémistes de rejoindre ces groupes puisque lorsqu’ils les rejoignaient ils activaient encore plus leur doigts. Du coup on pouvait leur proposer plus de pubs encore plus efficaces.

...

Tout ça aurait pu continuer à se dérouler dans l’euphorie technologique la plus totale (Facebook continuait de grossir, dépassant le milliard d’utilisateurs actifs de plus en plus engagés sur des pubs de plus en plus ciblées) jusqu’à ce que Trump arrive au pouvoir et que la minorité musulmane de Rohingas devienne la victime d’une folle opération de meurtres ciblés en Birmanie. Si l’impact réel de la désinformation ou de l’info extrémiste sur le résultat des élections reste difficile à déterminer (j’avais longuement travaillé sur le sujet ici), pour les Rohingas, une enquête du Conseil pour les Droits de l’Homme des Nations Unies sur le terrain a pu déterminer le lien entre l’activité décomplexée des algorithmes et le meurtre ou le viol d’êtres humains.
...

Et alors... ?

"Du coup Mark Zuckerberg a eu une autre idée. Conscient de l’effet néfaste de la mécanique d’engagement, il a découvert que plus un contenu partagé se rapprochait de ce qui est interdit par les règles de Facebook (comme les appels au meurtre par exemple), plus il créait de l’engagement."

Et cela finit comment? Devinez !   

Je vous laisse découvrir le résultat dnas le prochain épisode du feuilleton "Mark Zucckerberg joue avec la vie de ses clients". Merci Benoit Raphaël et ses robots Flint (au passage qi vous voulez les nourrir, ou noourrir ses collaborateurs, c'est possible aussi via le lien ci-dessus).
 


Et pour finir en chansons - et en traductions, je vous offre:


1. Adèle qui nous aide à comprendre l'Anglais

 


2. Olivia Rodrigo l'espagnol avec Drivers License (Letra en Español)



3. Marshmello & Anne-Marie encore l'anglais (moderne)- FRIENDS 



4. La Javanaise de Serge Gainsbourg en Italien:



5. L'eau à La Bouche en français et en anglais par Serge Gainsbourg:



6. Je t'aime moi non plus en italien: Ti amo... io di più par Ombretta Colli Comelli




7. Et pour finir, une chanteuse douée pour les langues, France Gall avec une chanson de Gainsbourg toujours: Poupée de cire, poupée de son en italien:




8. et en Allemand 




9. Et pour prouver son talent, la même France avec la chanson Ich liebe dich wie du bist:





Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

dimanche 3 mars 2019

Ne passez pas votre chemin, mais voyagez pour rencontrer l'autre... même à côté de chez vous

Depuis janvier, je voulais vous parler de quelque chose, de quelqu'un...
J'en ai parlé à des amis, j'ai partagé ma pensée, ma réflexion, le message est passé, mais pas encore sur mon blog même si la Fleur continue son chemin...
Entretemps, le printemps pointe son nez, mais d'autres éléments fleurissent et qui font peur.
Pas cette violette qui pointe déjà son nez:


Violettes du printemps - Photo: lfdd

Ni ces crocus:


Crocus du printemps - Photo: lfdd


Que vient visiter une première abeille (c'était dimanche dernier):


Crocus du printemps - Photo: lfdd

Ou ces perce-neige de saison:


Perce-neige du printemps - Photo: lfdd


Non, ce qui me fait peur, me révolte, et en même temps m'interroge, c'est une certaine ambiance qui s'installe dans notre société et qui me rappelle les mots du pasteur Martin Niemöller:

"Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester."

Ou l'autre version:

"Ils sont d'abord venus chercher les socialistes, et je n'ai rien dit
Parce que je n'étais pas socialiste
Puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n'ai rien dit
Parce que je n'étais pas syndicaliste
Puis ils sont venus chercher les Juifs, et je n'ai rien dit
Parce que je n'étais pas juif
Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour me défendre."

Oui, la question est: que faire, comment faire, comment réagir à ce qui se passe, que nous savions que cela allait se passer...
Que justement, déjà en janvier, Delphine Horvilleur expliquait dans Libération le 9 janvier dans son interview par Anne Diatkine: "L'antisémitisme n'est jamais une haine isolée, mais un premier symptöme d'un effondrement à venir" à l'occasion de la sortie de son livre "Réflexions sur la question antisémite".

Pour TVA, je vais vous proposer une blague juive citée par le magazine gratuit strasbourgeois Mix en clôture de l'interview de Delphine Horvilleur:
"Toutes les fêtes du calendrier juif peuvent être résumées en trois phrases: Un: Ils ont voulu nous tuer. Deux: On a survécu. Trois: Qu'est-ce qu'on mange?"

J'aime bien manger, mais je préfère - je dois aimer la complexité -l'autre blague juive qu'elle cite dans Libération: 
"Si vous posez une question à deux juifs, vous aurez au moins trois réponses." 

Et des réponses, c'est vrai il n'y en a pas qu'une à toutes les questions... Et des questions, il y en a...

Je pense d'ailleurs que ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'en général, les gens n'arrivent pas à (se) poser les questions....

Je vous rapporte quelques éléments de réponse, quelques pistes de réflexions que Delphine Horvilleur nous offre dans l'interview d'Anne Diatkine:
   
"L’antisémitisme n’est jamais une haine isolée, mais le premier symptôme d’un effondrement à venir. Il est bien souvent la première exposition d’une faille plus large, mais il est rarement interprété comme annonciateur au moment où il frappe. Les attentats de novembre 2015 suivent de quelques mois la prise d’otages à l’Hyper Cacher de Vincennes et de quelques années la tuerie à l’école juive de Toulouse. Mais, évidemment, en 2012, personne ne peut le formuler ainsi. Depuis cette date, une question me hante : pourquoi, lorsque furent assassinés des enfants dans une école, la France n’était-elle pas dans la rue ? Etait-elle anesthésiée, aveuglée ou indifférente?"

...

"On entretient une confusion en associant racisme et antisémitisme et à moins d’entrer dans une compétition victimaire, il ne s’agit pas de dire que l’un est plus grave que l’autre. Le racisme est souvent affaire de complexe de supériorité: je posséderais quelque chose qu’un autre n’a pas ou moins que moi. L’antisémitisme, au contraire, se construit sur une forme d’infériorité ressentie. On reproche aux juifs d’être plus ou d’avoir plus. Le juif est toujours accusé d’avoir un peu trop de pouvoir, ou bien d’être trop proche du pouvoir - on l’a entendu ici et là dans des slogans antisémites scandés en marge des manifestations des gilets jaunes. On soupçonne les juifs d’avoir un peu trop le contrôle, l’argent, la force et la baraka. Il y a toujours l’idée que le juif est là où je devrais être, qu’il a ce que je devrais avoir, qu’il est ce que je pourrais devenir. Peu importe que cela soit un fantasme. Peu importe qu’on puisse démontrer qu’il y a des juifs pauvres, qui n’ont ni influence ni pouvoir. Rien ne pourra ébranler cette conviction délirante, qui permet à certains de colmater les fêlures de leur existence. Dans tous les discours antisémites à travers les siècles, le juif représente la porosité ou la coupure qui empêche de se sentir en complétude. Quand un groupe ou une nation se perçoit en faillite, l’antisémitisme est l’énoncé le plus classique de sa tentative de reconstruction. C’est une consolidation identitaire qui se fait sur le dos d’un autre."

...
"S’il y a une leçon très forte du judaïsme, c’est que l’identité pure, authentique et statique n’existe pas. Tous ces récits fondateurs racontent l’histoire de gens qui partent du lieu où ils sont nés car ils ont le devoir de ne pas être identique à ce qu’ils étaient. Leur véritable identité est d’avoir quitté leur identité. Abraham accède à son destin quand il quitte la Chaldée de sa naissance. Le peuple des Hébreux naît en sortant d’Egypte. La souche de la pensée juive, c’est qu’il ne faut pas être identique à sa souche. On est soi, quand on est sorti de sa matrice, quand quelque chose en nous s’est mis en route, à partir de sa naissance. Je comprends très bien qu’en ces temps de mondialisation, la quête de la pureté soit attractive.



Bon, brassons les cultures et mettons un peu de Yiddish dans les chansons

Les années d'enfance à Cracovie pour commencer:





En passant par la Yiddishe Mama d'Aznavour




Ou la version de Billie Holliday




Puis Barbara Streisand





Et pour finir avec Ederlezi et Goran Bregovic



Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

lundi 6 mars 2017

Premières Violettes, premières emojis, dernier message, Jean-Christophe et Françoise

Le premières violettes fleurissent, ce ne peut être qu'un message de paix, de douceur et de sérénité...


Première violette - Photo: lfdd

Je vous avais promis de parler de facebook et d'émojis - ces petites icones qui sont censée vous permettre de réagir à un message en donnant votre sentiment. Sachez que c'est n'est pas juste pour transmettre un "sentiment" à la personne qui a posté (publié) quelque chose, mais que facebook analyse à la fois les textes et les images qui sont postés, amis aussi plein d'autres informations (quand, où, comment, avec quels mots, et donc aussi ces émojis, ....), Parce qu'en fonction des vos relations, de vos actions, de vos réactions, facebook pourra vous vendre la publicité qui fait mouche !
Et voilà donc trois informations concernant les emojis:
Récemment, facebook a diversifié les deux emojis : "Like" = "j'aime" et "je n'aime pas" pour mieux analyser. Il les a remplacés par un éventail d'émoticones exprimant de façon plus précise les sentiments que vous inspirent certains posts (colère, tristesse, rires, surprise, etc). 

Plus récemment encore il vous en propose plus d'un milliers possibles, en voici quelques-uns.


Nouvelles emojis - émoticônes


Cela va être plus difficile de choisir un émoticône que d'écrire un texte... 
Sinon pour l'histoire, sachez que les premier émojis sont déjà exposés au MOMA - Musée of Modern Art de New-York, les voici:


Premières emojis - émoticônes - au MOMA


Et pour le troisième point, je vous propose un petit jeu, un piège à facebook, une trappe à émojis: Si vous voulez continuer à liker, mais sans vous faire traquer, utilisez un logiciel qui s'appelle GoRando et qui va choisir au hasard (c'est mieux que de choisir soi-même en risquant de se tromper et cela rapporte de la variété) la réaction que vous aurez pour les posts choisis.
Le logiciel se trouve ici:
http://bengrosser.com/projects/go-rando/

Bon Jeu. Pour finir avec des violettes et des chansons, je vous offre en hommage à Jean-Christophe Averty, génial inventeur de la télévision et amis des arts, des artistes et de la variété, qui vient de mourir, quelques chansons dont il a réalisé l'habillage.


Premières violettes - Photo: lfdd

Je vous en propose un grand choix et vous laisse les regarder à satiété:

Françoise Hardy - Le temps des souvenirs - 1965 :




Françoise Hardy - Comment te dire adieu (1968) - Chanson de Gainsbourg :
https://www.youtube.com/watch?v=f1eWxx-X334&list=PLDL8kSa8Rq-G71XsvWYTcRCSbZ-axlLm_&index=2

Françoise Hardy - A quoi ça sert (1968)



Françoise Hardy - Loving you (1968):
https://www.youtube.com/watch?v=6Mgx1_hagpw&list=PLDL8kSa8Rq-G71XsvWYTcRCSbZ-axlLm_&index=10

Françoise Hardy - Fleur de lune (1970)




Françoise Hardy - Point (1970)
https://www.youtube.com/watch?v=xy37NpF0H7U&list=PLDL8kSa8Rq-G71XsvWYTcRCSbZ-axlLm_&index=4

Françoise Hardy - Tu ressembles à tous ceux qui ont eu du chagrin (1971)




Françoise Hardy - Viens (1972)
https://www.youtube.com/watch?v=HqcQQhepImE&list=PLDL8kSa8Rq-G71XsvWYTcRCSbZ-axlLm_&index=9

Françoise Hardy - La question (1972)
https://www.youtube.com/watch?v=gVcp8AJzcIA&list=PLDL8kSa8Rq-G71XsvWYTcRCSbZ-axlLm_&index=3


Bon Dimanche 

La Fleur du Dimanche


lundi 1 avril 2013

Le gouvernement et le pape sont d'accord: Pour cause de froid, le printemps est reporté...

Nous pourrions appeler cela un fait d'hiver si ce n'était un évènement "historique"...


Depuis plus de deux cents ans, l'Etat et l'Eglise n'avaient pas réussi à se mettre d'accord sur ce point, mais la météo - d'aucuns accusent le réchauffement climatique voir notre post d'hier - mais en ce lundi de Pâques où il a encore neigé cette nuit - voir photo ci-dessous, il se sont enfin accordés....

Fleurs de Pâques - Photo: lfdd

Du côté de l'Eglise, pour faire des économies de chauffage pour les processions pascales:

Pâques 2013 par Kroll


Et du côté du gouvernement, vu la rupture des stocks de sel de déneigement - il faut trouver tous les moyens pour faire des économies..

De la neige - Dessin de Willem


Tout cela les a amenés, après mûres réflexions, à se mettre d'accord... Plus de quarante jours après Pâques, même exactement trois mois, c'est le décalage, non pas horaire, mais bien mensuel du printemps... au 21 juin.
Oui, c'est bien cela, le début du printemps a été fixé d'un commun accord par le gouvernement de François H. et le nouveau pape François I au 21 juin!  
Cette décision permettra d'économiser à la fois des activités et les dépenses afférentes, mais également un saison complète.
Imaginez, une saison complète économisée sur le plan économique en 2013, de quoi répondre totalement aux critères du traité européen.

Pour ne pas regretter totalement cette suppression du printemps, je vous offre les premières fleurs sauvages: les violettes et les anémones glaciaires que vous pourrez comparer à celles qui ont accompagné la naissance de la Fleur du Dimanche il y a deux ans - c'était le 20 février 2011, elles étaient en bouton, et le 8 mars, elles étaient bien écloses...

Violettes du 31 mars 2013 - Photo:lfdd

Elles doivent avoir un peu froid, surtout les anémones qui ont l'air d'éoliennes qui brassent le vent du nord sur les collines sous-vosgiennes:

Anémones - éoliennes pré-vosgiennes - Photo: lfdd

Pour vous rassurer quand même un peu dans ce flot de mauvaises nouvelles, en guise de TVA, je vous révèle le résultat d'une très sérieuse enquête publiée dans le Magazine "Psychology Today" (l'étude est ici) en octobre 2010 (on se demande pourquoi les résultat des recherches de 2010 arrivent dans les actus ces derniers jours seulement..) qui tend à prouver qu'il a un lien entre l'intelligence et la consommation d'alcool: "Apparemment, plus on est intelligent et plus on boit." 
Si vous voulez voir le compte-rendu en français il est - en résumé, cette étude a révélé plus précisément que :



"- Les enfants classé dans les catégories brillant et très brillant consommaient plus d’alcool que ceux classés dans les catégories stupides et très stupides;


- Les jeunes issus de l’étude britannique et qui appartenaient à la catégorie très brillant, consommaient près de 80% d’alcool en plus que les très stupides;

- Les chercheurs ont obtenu les mêmes résultats en prenant en compte les revenus, la situation amoureuse, l’éducation…

Le magazine scientifique, Psychology Today, a tenté d’expliquer ce phénomène de manière évolutionnaire. Ils rappellent que l’alcool consommable est une invention qui a plus de 10 000 ans. Nos ancêtres s’étaient probablement déjà rendus compte que lorsqu’ils mangeaient des fruits pourris, ils devenaient plus euphoriques à cause ou grâce à l’éthanol qu’ils contenaient et qui est aujourd’hui la base des boissons alcoolisées. Cette nouvelle boisson évolutionnaire n’était normalement sensée attirer que les personnes les plus intelligentes."


Tout ceci ne prouve pas que les mineurs français qui buvaient plus de dix litres de vin par jour étaient super intelligents...
Il est bien précisé que boire plus ne rend pas plus intelligent !

Bon lundi de Pâques

La Fleur du Dimanche