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samedi 5 avril 2025

A Wound With Teeth et Phantom de Holly Blakey à Chaillot - Théâtre National de la Danse: Entre féérie et cauchemar multicolore

 Alors qu’à Chaillot se déploie durant tout un week-end le riche parcours Chaillot Expérience #6 - Mode, où l’on assiste à la fois à des installations, des rencontres, des concerts, des films, des expositions, des ateliers, des défilés, des performances et des extraits de spectacles (dont Angelin Preljocaj), le spectacle de Holly Blakey – A Wound With Teeth & Phantom a lieu dans la salle Firmin Gémier.


Holly Blakey – A Wound With Teeth & Phantom - Chaillot


La rencontre n’est pas vraiment fortuite : l’artiste londonienne Holly Blakey navigue depuis longtemps entre les mondes de la danse, de la musique et de la mode. Elle a collaboré avec les grands noms de la scène musicale et des maisons de couture – y compris en France. Pour le spectacle Phantom, ce sont les créatrices montantes Chopova Lowena qui signent les costumes.


Holly Blakey – A Wound With Teeth & Phantom - Chaillot


Dans A Wound With Teeth, ce sont les créations flamboyantes de Matthew Josephs qui habillent les interprètes, les transformant en silhouettes colorées, presque des marionnettes bigarrées sorties d’un rêve. La musique live hypnotique de Gwilym Gold enveloppe la scène d’une brume électro, oscillant entre berceuse distordue et écho de souvenirs enfuis, d’où émergent parfois des cris de cour d’école.
Les dix danseurs plongent dans des tourbillons fiévreux, saccadés et fragmentés. Les corps se débattent, se choquent, et Holly Blakey installe une ambiance trouble, dans une construction en boucle qui évoque un épisode de perte de mémoire. Un clair-obscur mouvant révèle par moments des fragments de corps, comme autant de souvenirs resurgissant du néant. Les gestes répétitifs, obsessionnels, désarticulés deviennent des mantras. L’oubli devient matière dans cette fable dansée, étrange et fascinante.


Holly Blakey – A Wound With Teeth & Phantom - Chaillot


Après un court entracte, Phantom resserre le propos. Plus tendue, plus frontale, la pièce naît d’un traumatisme intime - une fausse couche - que Blakey transforme en rituel collectif. Portée par dix interprètes éclatants en costumes pailletés (Chopova Lowena), elle incarne une tension paradoxale : la vie palpite dans les corps, même face à l’absence. Mais ici, la douleur est subvertie. À peine les femmes ont-elles poussé leur cri silencieux, secouées de spasmes désordonnés, qu’elles sont déjà debout. La musique, très électrique, presque industrielle, intensifie cette impression de lutte intérieure et d’urgence physique.


Holly Blakey – A Wound With Teeth & Phantom - Chaillot


Phantom n’est pas une élégie: c’est un cri. Et Holly Blakey bouscule, interpelle. À la fin du spectacle, les projecteurs se tournent vers le public et l'éclairent plein feu. Nous voilà exposés, à nu, comme les danseurs.
Sa danse est débridée mais précise, libre mais ritualisée. Elle explose les frontières entre performance, concert, défilé et transe.


Holly Blakey – A Wound With Teeth & Phantom - Chaillot


Avec A Wound With Teeth et Phantom, Holly Blakey signe deux œuvres miroir: l’une s’égare dans l’oubli, l’autre renaît après la perte. 
Deux cris. Deux transes. Deux coups de maître.

La Fleur du Dimanche


Chorégraphie et direction artistique
Holly Blakey
Lumières
Joshie Harriette
Son
Gwilym Gold
Design et stylisme
Matthew Josephs
Costumes
Chopova Lowena
Avec
Max Cookward, Chester Hayes, Grace Jabbari, Liana Kleinman, Luigi Lyon, Sari Mizoe, Elisabeth Mulenga, Folu Odimayo, Violet Savage, Naomi Weijand
Production executive
Ben Totty, BOX Artist Management
Administateur de tournées et de production
Nancy May Roberts, Metal & Water

samedi 25 février 2017

Flexible Silence de Saburo Teshigawara à Chaillot: le silence est d'or, adoré...

Comment imaginer un spectacle de danse qui célèbre le silence quand en plus celui-ci est créé avec des pièces de deux compositeurs de musique moderne et contemporaine: Olivier Messiaen et Rihoko Takemistu? 


Flexible Silence - Saburo Teshigawara - TND Chaillot


Il faut toute la qualité de chorégraphe du silence de Saburo Teshigawara et celle d'interprétation de ses danseuses (Rika Kator, Chiara Mezzadri, Junya Okazaki, Rihoko Sato) et d'Eri Wanikawa et de lui-même comme interprètes de ce silence flexible.

Olivier Messiaen et Rihoko Takemistu: maîtres du silence ?

Dans la grande salle du Théâtre de Chaillot, si ce n'avait été l'hiver, nous aurions entendu les mouches voler, tellement la concentration était intense, autant sur scène que dans la salle. Chacun était attentif à sa propre respiration.


Flexible Silence - Saburo Teshigawara - TND Chaillot

En première partie, sur la partition de la "Fête des belles eaux" d'Olivier Messiaen (1937) magnifique pièce en volutes et en canon jouée sur six ondes Martenot jouée par Imsu Choi, Aurore Dallamaggiore, Cécile Lartigau (élèves du CNSMD de Paris) et Nathalie Forget, Valérie Hatrmann-Claverie, Augustin Viard, la chorégraphie est plutôt chorale, avec un passage de relais entre les danseurs, quelquefois en duo ou trio, souvent portés, emportés par leurs mouvements de bras, par leurs mains qui tracent l'espace. Très dynamiques, bousculés d'un espace à un autre et se passant le relais, pour finir dans des mouvements d'ensemble et quelquefois retrouvant le sol.
Il faut aussi noter la sobriété, en même temps que la force de la mise en lumière créée également par Saburo Kashiwara, qui joue sur un espace fragmenté, ou plutôt circonscrit par des cercles plus ou moins larges, se chevauchant et s'élargissant ou se rétrécissant, glissant de l'un à l'autre pour faire passer le geste d'un danseur/seuses à un(e) autre. Pour finir dans une lumière qui s'élargit et déborde en flaque sur la scène et pousse la ligne de crête de cette fête des eaux.


Flexible Silence - Saburo Teshigawara - TND Chaillot

Pour la deuxième partie, même jeu sur la lumière, qui, cette fois-ci va quadriller ou plutôt découper au scalpel lumineux les duos de danseurs qui dialoguent toujours dans le même silence sur les sept pièces tout en délicatesse et d'une légèreté presque silencieuce de Toru Takemitsu interprétées en solo ou en formation de chambre par les musiciens de l'Ensemble Interconteporain: Odile Aubouin (alto), Frédérique Cambreling (harpe), Jérôme Combe (Clarinette), Gilles Durot (percussion), Hideki Nagano (piano), Emmanuelle Ophèle (flûte), et Jean-Marc Zvellenreuther (guitare).
Il faut saluer la magnifique interprétation tout au long de Rihoko Sato tout en élégance et d'une altière énergie intériorisée. Et pour clore ce duo où les deux se cherchent tout du long, enfin, ils vont se retrouver en toute douceur dans un tableau final.


Bon spectacle

La Fleur du Dimanche

Flexible Silence Saburo Teshigawara / Ensemble intercontemporain
Au Théâtre National de la Danse à Chaillot
jusqu'au 3 mars 2017

Chorégraphie, décor, lumières, costumes: Saburo Teshigawara
Assistante artistique: Rihoko Sato
Coordination technique, assistant lumières: Sergio Pessanha
Musique: Olivier Messiaen - Fête des belles eaux (1937) et Toru Takemitsu - Air (1995), And then I knew t'was Wind (1992), Toward The Sea (1981), Les Yeux clos II (1988), For Away (1973), Rain Spell (1980).
Avec: Rika Kato, Maria Chiara Mezzadri, Junya Okazaki, Rihoko Sato, Saburo Teshigawara, Eri Wanikawa (danseurs)
Et Odile Auboin (alto), Frédérique Cambreling (harpe), Jérôme Comte (clarinette), Gilles Durot (percussion), Hideki Nagano (piano), Emmanuelle Ophèle (flûte), Jean-Marc Zvellenreuther (guitare) de l’Ensemble intercontemporain.
Et Imsu Choi, Aurore Dallamaggiore, Cécile Lartigau (élèves du département des disciplines instrumentales classiques et contemporaines du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris), Nathalie Forget, Valérie Hartmann-Claverie, Augustin Viard (ondes Martenot). 
Production et coordination: Karas Co Ldt & Richard Castelli – Epidemic. 
En partenariat avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (Bruno Mantovani, directeur)

Coproduction: Chaillot – Théâtre national de la danse / Ensemble intercontemporain
Crédits photo: Akihito Abe et Karas