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samedi 14 septembre 2019

Suite du Festival de la Route Romane des Merveilles: Al Basma, des belles empreintes en marchant

C'était annoncé à l'ouverture du Festival Voix et Route Romane à Strasbourg, nous allions faire la Route des Merveilles. Le septième concert, à l'église Saint Georges à Haguenau, nous emmène sur les routes du Sud, en l'occurrence, avec les Cantigas de Santa Maria, les chants monodiques en langue du treizième siècle, le galaïco-portugais, dont certaines - sur les 427 - ont probablement été écrites par le roi de Castille Alphonse X dit Le Sage (1221-1284).


Voix et Route Romane - Canticum Novum - Photo: lfdd

Cette large palette présentée par l'ensemble Canticum Novum de Saint-Etienne, avec une variété de thèmes et d'interprétations, quelquefois des airs a capella ou des pièces instrumentales avec une belle variété d'instruments, qui vont de la vièle (Valérie Dulac, Emmanuelle Guigues, Nolwenn Le Gwern), les flûtes (Marine Sablonnière et Gwénael Bihan), même la flute kaval (Isabelle Courroy), la harpe (Marie-Domitille Murez), La nyckelharpa et la fidula (Aliocha Regnard), l'oud (Bayan Rida) le Kanun (Spyros Halaris) et les percussions (Henri-Charles Caget et Ismaïl Mesbahi)
complètent
ces poèmes en hommage à la merveille de la Vierge. 


Voix et Route Romane - Canticum Novum - Photo: lfdd

Les airs sont magnifiquement portés par les deux voix féminines d’Hélène Richer et de Lise Viricel,  qui se complètent idéalement, et auxquelles répond celle, masculine, d’Emmanuel Bardon, le fondateur et directeur musical de l’ensemble. Les plus de vingt pièces organisées en cinq groupes nous proposent un beau panorama de ces chants monodiques et ces musiques entraînant les foules, entre prière et danse, chargées de populariser le mystère. Le choix de l'ensemble Canticum Novum de marier ces airs mariaux avec des prières arabo-andalouses, mélopées populaires de Tunisie ou de Lybie, chantées par Bayan Rida ou avec des airs du Codex de Montpellier en ancien français ou du Codex Calixtinus en latin, font se rencontrer les peuples et les cultures. 

Voix et Route Romane - Canticum Novum - Photo: lfdd

Dans un brassage de pays, de langues et de religions, par la magie du pèlerinage ou de la marche (via les airs rythmés et dansants) et de l’exil voulu ou forcé, dans cette tournée de tour de chant qui démarre en Alsace pour ce nouveau programme, l’ensemble tisse des liens entre passé et présent, entre ici et ailleurs et pose ses empreintes de pas dans les oreilles des spectateurs pour les inviter à accueillir les autres cultures.

La Fleur du Dimanche



Pour rappel, après le dernier concert en Alsace à Sigolsheim, le Festival Voix et Route Romane vous donne rendez-vous à Metz en Loraine samedi 22 septembre et à Saint-Dié-des-Vosges le dimanche 22 septembre  

vendredi 30 août 2019

C'est le temps des Mirabilia à Voix & Route Romane

Pour sa vingt-septième édition, le Festival Voix et Route Romane sous la houlette de Denis Lecoq et sa formidable équipe de passioné.e.s explore les voies du merveilleux à tous les niveaux, dans le coeur humain, la nature, les femmes, les miracles (Saint Nicolas ou  la femme et la Vierge), la culture persane, les métamorphoses ou l'amour... L'amour qui nous guidera beaucoup dans cette série de onze concerts du Nord au Sud de l'Alsace - de Surbourg à Sigolsheim en faisant même un saut en Lorraine à Metz et dans les Vosges à Saint-Dié.

L'ouverture, le vendredi 30 août à Strasbourg, dans l'église Saint-Etienne, comme l'année dernière ( voir le billet du 31 août 2018 - Voyage dans l'espace et le temps roman avec la voix dans tous ses états) a joué sur l'amour, surtout courtois et les airs de troubadours, anonymes ou des poètes comme Guillaume Dufay (1397 env. - 1474) ou Gilles Binchois ( env. 1400 - 1460) ou encore Jabob Selenches ou Hayne van Ghizeghem... et Charles d'Orléans.


Voix et Route Romane 2019 - Speculum Musiacae - Photo: lfdd

L'ensemble Speculum Musicae - Le Miroir de Musique de Bâle sous la direction artistique de Baptiste Romain, nous a proposé une belle variation de morceaux instumentaux - sur des instruments anciens comme la vièle à archet (Baptiste Romain et Elisabeth Rumsey), luth et giterne (Marc Lewon), harpe et organetto (Claire Piganiol) et également cornemuse (Baptiste Romain) et de pièces vocales soit en choeur (Jessica Jans, soprano - Dina König, contralto - Jacob Lawrence, ténor - Vincent Lièvre-Picard, ténor) soit en pièces solo ou duo voix et instruments, allant vers une variéte d'interprétations au fur et à mesure de la soirée.
Pour la pièce (anonyme) "Belle que rose vermeille" par exemple, Jessica Jans chante en enluminures ce tendre et beau poème d'amour.


Voix et Route Romane 2019 - Speculum Musiacae - Photo: lfdd

Les pièces portent toutes une atmosphère douce et très intime - quelques-unes jouant sur le désir et la séduction. Pour "Ne je ne dors ne je ne veille" de Guillaume Dufay, la douceur de l'interprétation contraste avec l'embrasement des sens. Nous passons par une déclinaison de l'amour courtois -  il est question de rose et de balade gracieuse - et les thèmes deviennent plus osés (la puce à l'oreille qui empêche de dormir: Ostez la moy de mon oreille - cest pusse qui me reveille...) et alternent avec l'attente amoureuse (Las, pourray je mon martire celer, De quatre nuys kes trois veillier,).
L'entrée en scène de la cornemuse jouée par Baptiste Romain dans la pièce de Hugo de Latins "Chanter ne scay ce poysse moy" revigore l'assemblée par son allure dansante et un peu martiale, de même que la très dansante "Amour servir et honourer" d'après Arnold de Lantins. 
Le poème de Charles d'Orléans "Quant je fus prins au pavillon" étant le summum de la la chanson d'amour enflammée:

"Quant je fus prins au pavillon
de ma dame, tres gente et belle
je me brulé a la chandelle
aisni que fait le papillon.
Je rougy comme vermeillon
aussi flambant q'une estincelle,
Quant je fus prins au pavillon
de ma dame, tres gente et belle."  




Voix et Route Romane 2019 - Speculum Musiacae - Photo: lfdd

Après cette belle et envoûtante soirée de inaugurale, dont le rappel fut un chant religieux de Saint Bernard de Clairvaux, la suite du programme promet encore de beaux moments d'enchantements dans de magnifiques lieux égrenés tout au long de la Route Romane*.
Le festival qui se déroule sur quatre week-ends, se termine en Lorraine pour le dernier week-end le 21 et 22 septembre (un service de bus est prévu à partir de Strasbourg).

Bons concerts

La Fleur du Dimanche


* Le programme complet est sur le site de Voix & Route Romane:
https://www.voix-romane.com/

vendredi 25 août 2017

Les échos de la musique s'élèvent sur les bords de Loire à Chamalières-sur-Loire

Les éphémères de l'année dernière nous avaient donné rendez-vous sur les bords de Loire pour une nouvelle édition du Festival de la Chaise-Dieu (la cinquante-et-unième). Même si le rendez-vous à Chamalières a eu lieu un peu plus tôt, nous l'avons honoré et apprécié, doublement.

D'abord parce que, en avant-goût du Festival, le 18 août, des aubades furent données par des ensembles à vent, sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle dans les espaces publics, sur les places de 16 villages (dont Aiguilles, Ambert, Beauzac, Crapones-sur-Arzon, Félines, Saint-Pal-de-Chalençon,..) et convergeant toutes pour finir sur le parvis de l'abbatiale Saint-Robert de la Chaise-Dieu.


Chamalières-sur-Loire - Abbatiale Saint-Gilles - Photo:lfdd


A midi donc, dans la jardin de l'église abbatiale Saint Gilles, le quatuor de Tubas du Conservatoire National de Paris a proposé des transcriptions de pièces pour tuba, soubassophone, euphonium, Saxhorn basse et autres hélicons. C'est d'ailleurs une pièce pour le commanditaire de ce dernier instrument, John Philip Sousa qui clôtura (presque) le concert. Je dis presque, parce que l'enthousiasme communicatif de la jeune formation a partagé plein d'autres pièces (et un bis) dont des transcriptions d'airs d'Offenbach ou du piano de Schubert pour montrer la richesse des instruments. Le public fut ravi par les prestations enjouées d'Hélène Escriva, Euphonium, Tancrède Cymerman, Tuba, Tom Caudelle et Marius Bergeon, Saxhorn.

Chamalières-sur-Loire - Aubade du Quatuor de Tubas du Conservatoire de Paris - Festival de la Chaise-Dieu - Photo:lfdd


Celui du concert du samedi 19 août le fut aussi, également grâce à la merveilleuse acoustique dont j'ai déjà parlé l'année dernière (et donné les explications), mais surtout par les magnifiques voix de l'ensemble Jacques Moderne. Le programme "Au fil de la Loire" était tout à fait adapté à l'abbatiale des bords de Loire puisque le voyage, là, fut à la fois dans l'espace et dans le temps, en l'occurrence à partir du Manuscrit du Puy (datant du XIème siècle et dont la mélodie a été harmonisée par les clercs au 16ème siècle) avec Exultantes in partu virginis, nous assistons à l'évolution du répertoire sacré, à la fois marial et liturgique, avec des oeuvres de musiciens accueillis par les monarques dans les châteaux du bord de Loire: Jean de Ockeghem, puis Antoine Busnois à Tours chez Charles VII et Louis XI. Antoine de Févin et Jean de Hollingue dit Mouton à Blois chez Louis XII et François 1er. Le voyage de la Loire continue à Angers puis à Nantes avec Clément Janequin puis Guillaume Faugues dont l'hommage à Anne de Bretagne "Je suis en la mer" conclut le concert après la "Déploration sur la mort d'Anne de Bretagne" d'Antoine de Févin.

Chamalières-sur-Loire - Au fil de la Loire - Ensemble Jacques Moderne - Festival de la Chaise-Dieu - Photo:lfdd


L'ensemble Jacques Moderne, dirigé par Joël Suhubiette - qui a également collecté les pièces interprétées - a magnifiquement su nous faire voyager également dans une progression de la complexité de l'interprétation, d'une polyphonie mystique à l'irruption d'airs de chansons courtoises, en passant par des variations mélodiques comme ce triple canon infini à 6 voix avec Nescient mater de Jean Mouton. Il faut saluer la qualité des interprètes: Anne-Marie Jacquin et Cyprielle Meier, sopranos, Sophie Toussaint, Gabriele Jublin et Marc Pontus, altos, Marc Manodritta, Ryan Villet et Edouard Hazebrouck, ténors, Thierry Péteau, Cyrile Gautreau et Didier Chevallier, Basses.

Chamalières-sur-Loire - Au fil de la Loire - Ensemble Jacques Moderne - Festival de la Chaise-Dieu - Photo:lfdd


Si l'envie vous prends d'écouter quelques airs, vous en trouverez ici (dont le Nescient mater) :
http://www.joelsuhubiette.com/audio

Sachez aussi, et justement j'allais parler des concerts à venir, en particulier à Strasbourg, l'ensemble "Les Eléments", version contemporaine de l'ensemble Jacques Moderne, également dirigé par Joël Subuhiette sera à Strasbourg dans la cadre du Festival Musica qui démarre le 21 septembre 2017 pour interpréter l'oratorio de Zad Moutalka, "La passion selon Marie" le vendredi 29 septembre à 20h30 à l'église du Temple Neuf à Strasbourg.

Autre Festival, le Festival Voix et Route Romane qui démarre le 1er septembre à l'église protestante Saint Pierre le Jeune à Strasbourg avec l'ensemble stéphanois Canticum Novum qui interprètera Laudario - Musique au temps de saint François d’Assise. 
Le festival se déroule dans différents lieux en Alsace et dans les Vosges du 1er au 24 septembre - le programme est ici:
http://www.voix-romane.com/le-festival-2017/les-concerts


Bon concerts, et bon Festivals...

La Fleur du Dimanche.

P.S. Le Festival de la Chaise Dieu s'achève le 27 août à 21h00 à l'Abbatiale Saint Robert avec l'Ode à Sainte Cécile de Gounod...