Affichage des articles dont le libellé est Jean-Paul Sartre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Paul Sartre. Afficher tous les articles

jeudi 14 mars 2024

Les Forces vives d’après Simone de Beauvoir au Maillon: réécrire et faire prendre corps aux souvenirs

 Le binôme Animal Architecte fondé par Camille Dagen et Emma Depoid explore la manière dont le théâtre peut se confronter à d'autres domaines, qu'ils soient artistiques, littéraires, historiques ou philosophiques. Avec Les Forces vives leur dernière pièce qui est créée au Maillon à Strasbourg, c'est par le bais du personnage de Simone de Beauvoir et plus particulièrement à partir des trois premiers livres de ses mémoires que le duo, avec six comédiennes (dont Camille Dagen) et deux comédiens et une équipe technique interrogent la manière de transposer ce matériaux sur scène. Le matériau est fleuve, le résultat aussi. Mais les bras du fleuves sont multiples et nous pourrons assister à une multiplicité d'angles d'approche de la scène tout au long des presque quatre heures (avec entracte) de spectacle. 


Les Forces vives - Simone de Beauvoir - Animal Architecture - Photos de répétitions de Patrick Wong


Cela commence par un solo surprenant et prenant où, même avec la distance installée - le bout du grand plateau nu du Maillon - l'on est saisi d'emblée par la force de la démonstration. Puis suivront de multiples changements de plateau où les espaces seront plus ou moins réalistes, allant du presque cirque à la reconstitution d'un intérieur bourgeois 1900 du boulevard de Montparnasse à des espaces plus sobres ou carrément une cellule symbolique et nous avons aussi droit à un piano mouvant et voyageur joué en direct. Le début de la deuxième partie se servira du rideau de théâtre comme écran noir de la mémoire et du souvenir, à travers les traces qu'elle a laissé sur la toile virtuelle ou télévisuelle. Des écrans improvisés ou de fortune seront aussi mis à profit pour, soit reconstituer des séquences qui complètent le récit, ou présenter des documents, ou encore apporter un point de vue externe et médiatiser ce qui se passe sur scène (le peu de contraste de ces écrans et leur taille réduite, ajouté au fait que la cadreuse joue aussi à scalper les têtes, questionne l'intérêt de ces effets). 


Les Forces vives - Simone de Beauvoir - Animal Architecture - Photos de répétitions de Patrick Wong


Comme vous l'aurez compris, la narration elle, est aussi très variée, avec des textes qui vont du témoignage à la citation directe à des traitements plus poétiques, quelquefois hystériques, en passant par le théâtre de boulevard ou de marionette, ou même de la danse - avec une époustouflante démonstration d'une conférence dansée par Romain Gy.  Ne pouvant bien sûr pas tout traiter dans ce gigantesque matériau, les périodes de la vie de Simone de Beauvoir mises sous la loupe seront la petite enfance et ses relations avec ses parents et sa soeur Hélène (Poupette), avec une lecture en immersion de son éducation (sexuelle aussi avec l'influence de son père assez libre, sa mère plutôt catholique et le curé, un peu voyeur de jeunes filles qui fait des apparitions),  son adolescence à travers l'expression de son caractère déjà très volontaire, ses amitiés (Zaza) et ses premières amours et sa rencontre avec Sartre, ses séjours à Berlin.


Les Forces vives - Simone de Beauvoir - Animal Architecture - Photos de répétitions de Patrick Wong


Les guerres: traversent et ponctuent également la pièce:  la première avec l'enrôlement de son père, les manoeuvres surprenantes de sa mère - même la guerre d'Espagne qui apparait rapidement  - la deuxième guerre mondiale (après les faux espoirs de l'accord avec Moscou et le départ de Paul Nizan) et un focus très large sur la Guerre d'Algérie (période de début de la rédaction de ses mémoires) où d'ailleurs curieusement Sartre efface un peu Simone lors ces derniers épisodes concernant la Guerre d'Algérie). 


Les Forces vives - Simone de Beauvoir - Animal Architecture - Photos de répétitions de Patrick Wong


Cette variation de traitements, de niveau de lecture et de représentation, de changement de rythmes et de ballet scénographique font de cette pièce bien chargée en contenu cependant un voyage surprenant et intéressant dont nous pouvons tisser les relations à partir des différents angles d'attaque et des lectures proposées. Elle donne corps à des figures connues à travers une approche originale et des aspects quelquefois ignorés, en tout cas présentés avec originalité.  Une tentative que l'on peut qualifier de réussie. Il faut saluer la performance de tous ces comédiens (Romain Gy, Achille Reggiani) et toutes ces comédiennes (Marie Depoorter, Hélène Morelli, Nina Villanueva, Sarah Chaumette, Lucile Delzenne, Camille Dagen qui se partagent les rôles de Simone de Beauvoir (eh oui, même les hommes) et aussi des parents, proches amis et autres personnages qui peuplent ce récit trépidant avec brio, énergie et plein de sensibilité.


La Fleur du Dimanche.


dimanche 1 décembre 2013

Les 3 Christine pour le premier dimanche de l'Avent: faire rayonner la sagesse..

Dimanche dernier nous fêtions, un peu en avance il est vrai, les Catherinettes, aujourd'hui, nous célébrons les Christine, bien que la saint du jour soit Florence.
Cette dernière ne tombe pas mal, puisque Florence, vous l'avez deviné, vient de Flores, fleur et que nous fêtons de toute façon les fleurs. Et Eloi, me direz-vous? Eh bien attendons le TVA.

Pour commencer, avec Christine H., je vous offre une magnifique fleur "design" qu'elle me fait vous partager:

Fleur design - Photo: Christine H.

On dirait une vraie voiture de course, tandis que la suivante fait plutôt tigresse.

Fleur design - Photo: Christine H.


Avant de vous offrir la troisième, je vais démarrer le TVA. Et déjà vous rappeler qu'à côté de Florence, Eloi est de la fête également, Eloi qui était plutôt du côté de Charlemagne et de Dagobert et qui est à l'origine de la blague: "Si à la Saint Eloi tu brûle ton bois, tu auras froid pendant trois mois"...
Et à côté de Christine H. qui nous offre se photos de fleurs, il y a une autre Christine qui a fait quelques grands titres de la presse récemment, Christine Taubira. J'ai lu une interview d'elle dans Elle et je vous en extraits quelques pensées ou citations pour alimenter votre réflexion:

Elle cite des personnes - j'en profite pour vous inviter à en deviner l’identité:

"Si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourraient n'être que mauvaises, mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde."
"Un pas à cent vaut mieux que cent pas tout seul."


Fleur design - Photo: Christine H.


Mais je vais quand même citer sa pensée à elle au sujet de l'agression raciste dont elle a fait l'objet:
"Au delà de ma personne, ces insultes mettent en péril des millions de gens juste pour ce qu'ils sont. Elles attaquent toutes les différences. Or nous sommes tous singuliers, y compris ceux et celles qui expriment cette violence et qui trouveront toujours un prétexte au refus de l'autre."

Mais en même temps, elle met en garde:
"Il y a comme une désinhibition de la parole raciste. Souvent la parole précède les actes. Nous devons prendre la mesure du danger auquel sont exposées des personnes de chair qui peuvent en mourir, ou des personnes qui peuvent en être désespérées et donc perdre leurs ressources, leurs forces. Il y a aussi un danger pour la société elle-même. Dans cette désinhibition, il y a ceux qui disent, ceux qui agissent et ceux qui tolèrent. Ceux qui disent et agissent sont les plus dangereux, mais il faut réveiller la conscience de ceux qui tolèrent." 



N'arrivons pas à la situation extrême qu'annonce Christine Angot dans sa lettre ouverte à Christine Taubira suite à son interview dans Libération:
"Dites à François Hollande de vous nommer Premier ministre, de faire quelque chose, de se mettre devant un micro, à vingt heures, et de hurler, de dire à tous ces marchands de bananes de relire Réflexions sur la question juive de Jean-Paul Sartre, ils verront page 25 de l’édition de poche, à propos de l’antisémite, mais le raciste, c’est pareil : «Il se considère comme un homme de la moyenne, de la petite moyenne, au fond comme un médiocre […]. Mais il ne faudrait pas croire que sa médiocrité lui fasse honte : il s’y complaît au contraire ; je dirai qu’il l’a choisie. Il redoute toute espèce de solitude, celle du génie aussi bien que celle de l’assassin : c’est l’homme des foules ; si petite que soit sa taille, il prend encore la précaution de se baisser, de peur d’émerger du troupeau et de se retrouver en face de lui-même. S’il s’est fait antisémite, c’est qu’on ne peut pas l’être tout seul.»"

"La société française face au racisme est démunie comme toute société murée dans le déni, la moitié pleurant devant sa télé, l’autre moitié agitant des bananes sur les trottoirs en insultant une ministre noire. Quelle honte. Regardons le racisme de notre propre société en face, regardons-nous dans le miroir, ne faisons pas comme l’antisémite de Sartre qui ne veut pas se voir lui-même, qui a peur de lui-même, de sa lâcheté présente et passée, de ce petit détail, le racisme des Français, leur violence raciste et donc meurtrière, que nous préférons refouler, nier, au profit d’une caricature, le Français râleur qui râle, et se plaît comme ça, en fouteur de merde énervé.."


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche.