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mercredi 2 octobre 2024

Birds au Festival Musica avec l'ensemble Maja: Les oiseaux dans la tête

 L'ensemble Maja sous la direction de Bianca Chillemi, déjà apparu sous les radars en 2014, resurgi fin 2018 semble avoir pris un véritable envol avec Birds en 2023 après avoir remporté le trophée Jean-Claude Malgoire. C'est le spectacle présenté ce soir à la Cité de la Musique et de la Danse pour le Festival Musica qui a eu le prix Emergence Musical.


Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker


En première partie, si l'on peut dire, c'est les Aventures et Nouvelles Aventures (1962-1965) de György Ligeti qui sont non seulement jouées, interprétées sur les instruments, mais c'est à un véritable théâtre musical que l'on assiste. Le résultat est fantastique. Les musiciens sont grimés, habillés de superbes costumes (création Ninon Lechevallier) - costumes noirs, magnifiques robes pour les deux "divas" et ce n'est pas une pâle interprétation, ni même colorée, mais carrément à une vraie pièce de théâtre, à du cinéma, à du cirque auquel on assiste avec une direction artistique assurée par Bianca Chillemi et une scénographie de Cécilia Galli. 

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker


Et surtout des interprétations de chaque musicien qui inscrit cette partition dans une intentionnalité dramatique une vraie histoire que la musique semble porter en elle. Les sons ont un sens, les silences aussi, les bruits de même et nous avons devant nous un immense capharnaüm, un cirque époustouflant, du cinéma muet avec du son et des bruitages, des ralentis, des ruptures, du montage, des changements de plans et d'action, des surprises, de l'humour, de l'absurde, des clins d'oeils, des scènes d'amour, de bagarre, des décalages, des collages, des emprunts (trois coups de fil sur portable délicieusement ironique, des mégaphones de combat, un batteur à tapis comme baguette de chef, bref du grand Barouf en opéra bouffe.

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Ligeti - Aventures et Nouvelles Aventures - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Peter Maxwell Davies - Eight Songs for a Mad King - Photo: Robert Becker



La deuxième pièce est la composition de Peter Maxwell Davies, Eight Songs for a Mad King (1969), pièce qu'il a composé sur un livret de Randolph Stow sur des paroles qu'aurait prononcées le roi Georges III qui est devenu fou. Les airs s'inspirent de mélodies de ses boites à musiques que le roi avait tenté de faire apprendre à ses bouvreuils. 

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Peter Maxwell Davies - Eight Songs for a Mad King - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Peter Maxwell Davies - Eight Songs for a Mad King - Photo: Robert Becker


Elle était écrite au départ pour l’acteur anglais Roy Hart et à l’origine les musiciens étaient dans des cages à oiseau. Ici la cage à oiseau métaphorique est suspendue en l’air – elle descendra au cours de la pièce pour se transformer d’abord en couronne et à la fin en une cellule pour ce roi dément. C’est Vincent Bouchot qui interprète magnifiquement le rôle, autant par le texte superbement réaliste en personnage sénile et grâce à sa large tessiture (plus de quatre octaves). 

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Peter Maxwell Davies - Eight Songs for a Mad King - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Ensemble Maja - Peter Maxwell Davies - Eight Songs for a Mad King - Photo: Robert Becker


La partition, quelquefois graphique (sur une des pages, les notes dessinent (aussi) une cage à oiseau, est interprétée avec brio par les six interprètes, alternant des airs dansés, menuet, écossaise, marche espagnole…) et des accompagnements de transition. A un certain moment d’ailleurs, dans un passage d’extrême tension, le Roi casse le violon d’une musicienne. Le spectacle est prenant, tendu, et nous compatissons avec le malheur de ce pauvre roi fou que la mise en scène, le jeu d’acteur de Vincent Bouchot et le jeu des musiciens nous font totalement revivre. 


La Fleur du Dimanche


lundi 30 septembre 2024

Les Percussions à Musica: RuptuR avec Caravaggio - une Odyssée entre jazz, rock et percussions

 Depuis quelques années déjà, les Percussions de Strasbourg élargissent les limites de leur répertoire. La musique contemporaine de leurs débuts en 1962 a un âge vénérable et, bien que de nombreux compositeurs ont innové en leur écrivant des pièces novatrices, dans une nouvelle ère, un nouvel air a soufflé sur l'ensemble qui est devenu plus souple. Par exemple plus de sacro-sainte formation avec les six musiciens et ils ont mis en place des collaborations dans de nombreux domaines, que ce soit avec des musiciens hors de leur milieu habituel. Et des techniques, processus ou genres nouveaux ont ouvert de nouveaux horizon. 

Pour ce concert dans le cadre du Festival Musica, dans leur fief à Hautepierre (une représentation aura lieu le 4 octobre Metz à l'Arsenal - et un autre programme Ryoji Ikeda + Philip Glass le lendemain), ils se sont associés au groupe Caravaggio qui rassemble, depuis 2004 deux musiciens contemporains Benjamin de la Fuente violon (qui joue du violon et de la guitare ténor électrique) et Samuel Sighicelli (qui joue du synthétiseur et du sampler) et deux musiciens de jazz, Bruno Chevillon à la basse et Éric Echampard à la batterie. Ils se retrouvent avec trois Percussionnistes Théo His-Mahier, Emil Kuyumcuyan et Lou Renaud-Bailly pour cette composition Ruptur

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker


C'est un long voyage plein d'énergie et de fusion, mélange de pop, de percussions, de distorsions, de rythmes endiablés. Les lignes de basse alternent avec des nappes de synthés. Le violon de temps en temps lance ses notes plaintives, les percussions se font légères puis de grosses cloches résonnent et l'on part sur une séquence emphatique, on se croirait dans une grande odyssée de l'espace qui s'achève dans un acmé spectaculaire. 

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

Puis nous repartons pour un solo de guitare qui se continue par une batterie nerveuse et des percussions. Les changements de rythme sont continuels, cela explose de temps en temps. 

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

La basse reprend, égrenant quelques notes les nappes s'envolent, s'enroulent, la tension monte, se répand, tous les interprètes s'unissent dans une implications totale qui monte dans une vague finale qui, doucement s'éteint. 

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

C'était une prestation magnifique, puissante, originale, cette partition entre plusieurs univers, mixant les percussions dans toute leur finesse et leur variété, l'énergie de la pop et l'inventivité du jazz libre et pourtant noté dans une partition dont ne peux qu'admirer encore la performance de tou.te.s les musicien.ne.s. Une sacrée soirée bourrée d'énergie.

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche

dimanche 29 septembre 2024

Un dimanche à Musica: De Sarhan à Schoenberg, du Log Book au Quatuor - un jour parfait

 D'un dimanche à l'autre, Musica continue mais ne se resemble pas. Après les 36 variations sous le soleil des Peuples Unis, nous plongeons dans un Journal de bord musical pour terminer autour de la forme parfaite du quatuor pas rond.


Log Book de François Sarhan avec Zafraan Ensemble


Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

La journée commence comme il se doit avec un petit déjeuner, café, croissants, pains au chocolat, délicieux jus de fruits pour être en forme, mais surtout un voyage dans le temps avec le "journal sonore" de François Sarhan qu'il tient depuis 2019. Ce projet original, fait de notes (musicales), de notes (sonores), de notes (écrite), de notes (vidéo) et de cartes (météo) et de cartes (à jouer) se concrétise aujourd'hui dans le cadre du Festival Musica dans la salle de la Bourse sous la forme d'un concert avec l'Ensemble Zafraan dans lequel on va lentement suivre le temps de date en date, de note en note depuis le début jusqu'à aujourd'hui. 

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

En fait, ce Log book peut prendre plusieurs formes, les deux principales - publiques - étant ce concert de quatre heures à entrée et sortie variable et un jeu de cartes composé de 80 cartes illustrées de dessins qu'il a réalisées et sur le dos desquelles se trouve un QR code qui renvoie sur le contenu du journal correspondant à la carte. Les quatre-vingt cartes ne sont pas toutes jouées pendant le concert, et à priori le Log Book ne s'arrête pas encore. Les différentes dates de ce journal - jours où il y a eu création sont composées de manière variable, mais il y a des éléments qui se retrouvent régulièrement, comme un journal "enregistré" qui commente avec ironie l'actualité, des montages sonores sur la thématique du temps "A propos du temps", collage sonore curieux, des moments musicaux interprété par les musiciens de l'ensemble Zafraan, cet ensemble berlinois que nous avons également vu avec la pièce de Rimini Protokol All Right. Good Night. 

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker


Ici se sont Martin Posegga au saxophone, Emmanuelle Bernard au violon, Josa Gerhard à l'alto, Jakob Krupp à la contrebasse, Clemens Hund-Göschel au synthétiseur et Daniel Eichholz aux percussions et à la batterie qui nous interprètent ces voyages et notations musicales originales. Avec ou sans le commentaire de François Sahran se ses réflexion ou ses élucubrations surréalistes ou ironiques. Quelques repères reviennent de temps en temps comme la "Météo Marine"; les anniversaires (le 30 septembre), les progrès sonores de "Lilou", et les images de voyage (Prague,..) des expérimentations sonores (le son du corps, film assez drolatique), les rêves, et des essais pour ouvrir un cadena à chiffre sont la réussite marque la fin provisoire du Log Book, qui bien sûr continue encore avec des réflexions sur la musique jusqu'au couperet final: "Tu dois apprendre à fermer tes oreilles". Le Log book se déguste bien en petit déjeuner qui dure jusqu'au déjeuner, le mariage texte et musique touve un bon équilibre et l'on sent une réelle complicité avec l'Ensemble Zafraan. Leur musique qui pourrait presqu'être du free jazz assure une bonne dynamique, surtout avec Daniel Eicholz à la batterie. Un bon début de journée.

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Ensemble Zafraan - Log Book - Photo: Robert Becker



Le Film Arnold Schönberg l'inlassable visionnaire 

La journée continue à la Cité de la Musique et de la Danse pour une avant-première proposée par Arte du film d'Andreas Morel Arnold Schönberg l'inlassable visionnaire - der rastlose Visionär qui sera diffusé à l'antenne le 7 octobre à 00h10 pour les insomniaques. Le film nous fait découvrir sa vie (à 8 ans il faisant du violon et composait des pastiches de pièces classiques), ses deux femmes (la trahison de la première qui aurait influé l'écriture du Quatuor à corde N°2) ses 5 enfants dont on en voit trois qui témoignent dans le film et son petit film qui s'occupe de son oeuvre. On y voit bien sûr des témoignages de professionnels, musiciens, chefs d'orchestre, archivistes et ses influences (Richard Wagner et Richard Strauss) ainsi que son évolution musicale vers le dodécaphonisme ainsi que son influence sur les élèves qu'il a eu Alban Berg, Anton Webern. On y découvre aussi son travail pictural et les nombreux dessins, tableaux et autoportrait qu'il a réalisé à côté de la musique. Et bien sûr des extraits de ses pièces dans un dispositif original. Le comédien et chanteur Dominique Horwitz, fantôme ou réincarnation de Schönberg nous guide dans un parcours sur les traces du compositeur et nous déclame ses lettres et pensées. L'occasion pour les 150 ans de cet auteur né un 13 septembre et mort un 13 juillet (il était superstitieux) de connaitre un peu mieux sa vie, son oeuvre. 



Arnold Schönberg visionnaire - Quatuor  Diotima


Festival Musica 2024 - François Sarhan - Quatuor Diotima - Photo: Robert Becker

Changement de plateau et en avant pour le concert autour de Schönberg et du quatuor. C'est le Quatuor Diotima avec, au violon Yun-Peng Zhao,et Léo Marillier, à l'alto Franck Chevalier et au violoncelle Alexis Descharmes qui démarrent avec le Quatuor N°1 "Bobok" (2002) de François Sarhan qu'on ne quitte décidemment pas. Son quatuor fait référence à la nouvelle de Dostoïevski, une conversation entre les morts. 

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Quatuor Diotima - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - François Sarhan - Quatuor Diotima - Photo: Robert Becker



La pièce commence doucement avec des trajectoire individuelles et des variations pizzicato puis une petite danse en trille, des glissements, accélérations, ralentis qui de temps en temps se rejoignent. Le toucher est délicat, lessons presque chuchotés, une mélodie tente d'émerger puis nous partons dans un mouvement crescendo et une envolée. Puis l'on repart dans la légèreté avec un arrêt brutal, final.

Festival Musica 2024 - Helmut Lachenman - Quatuor Diotima - Photo: Robert Becker

Suit le 3ème Quatuor à cordes "Grido" (2001) d'Helmut Lachenmann qui nous emmène dans un monde de cordes frotées presqu'en silence, par petites touches, avec des notes presqu'imperceptibles, une poésie du silence, en quelque sorte. Des vibrations hyper discrètes, comme une de ces peintures preque blanche de Cy Twombly et des sons qui semblent joués à 'envers. Tout à coup les cordes vibrent, crissent, grincent et un rythme qui essaie de s'installer puis l'évaporation du son avant un crissement final. Magnifique ode au silence.


Festival Musica 2024 - Arnold Schönberg - Quatuor Diotima - Photo: Robert Becker


 Nous terminons avec le Quatuor à cordes N° 2 d'Arnold Schönberg. Il démarre de manière plutôt classique et les instruments se répondent et reprennent la mélodie avec un certain lyrisme. Le violoncelle pose sa base. Le deuxième mouvement est un peu plus balancé et c'est là que l'on peut entendre la citation de la chanson populaire "Oh du Lieber Augustin" qui se transforme. Elle peut signifier le désarroi de Schoenberg suite à la trahison de sa femme et de son meilleur ami, tout comme la vison de l'avenir de sa musique qui commence à changer, amenant le sérialisme et le dodécaphonisme - et la réception houleuse que lui en fera la public de l'époque. Dans le troisième mouvement qui démarre lentement apparaît le chant. 

Festival Musica 2024 - Arnold Schönberg - Quatuor Diotima - Axelle Fanyo - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Arnold Schönberg - Quatuor Diotima - Axelle Fanyo - Photo: Robert Becker

C'est la soprano Axelle Fanyo qui interprète avec puissance un poème Stefan George, également dans le quatrième mouvement. Celui-ci joue aussi sur la lenteur et la délicatesse, la mélodie tourne et se cherche, se répète, avec quelques pizzicatos, puis enfle et arrive doucement le chant, avec ce poème qui dit:

"Je sens l'air d'une autre planète

Dans le noir, pâlissent les visages

Qui jusqu'alors s'étaient tournés vers moi"

Festival Musica 2024 - Arnold Schönberg - Quatuor Diotima - Axelle Fanyo - Photo: Robert Becker

La pièce se termine en douces et lentes répétions des airs qui doucement s'envolent. Un très beau moment, qui sera dédié à Rohan de Saram, membre du Quatuor Arditi dont l'annonce du décès s'est faite ce jour.


La Fleur du Dimanche

samedi 28 septembre 2024

Deuxième samedi à Musica: des expériences et des voyages dans Sirius et au Havre de Grace - ça oscille ça aussi

 Samedi au Festival Musica ça balance. Déjà de bon matin cela oscille entre concert et conférence scientifique à la Pokop.


La Prédiction des oscillations

Le chercheur Daniele Schön, également violoncelliste joue deux rôle, celui de musicien chargé de cours, il interprète la musique composée par Benjamin Dupé également maitre de cérémonie qui joue également sa partie électronique et concepteur de ce moment, balançant entre concert et expérience scientifique .

Musica - Pokop - Daniele Schön - Benjamin Dupé - Prédiction des oscillations - Photo: Robert Becker

Il y est question de recherche sur le son et les spectateurs, quelquefois seul, mais aussi à trois ou quatre et même la salle coupée en deux, se retrouvent acteurs expérimentateurs de l'événement. 

Musica - Pokop - Daniele Schön - Benjamin Dupé - Prédiction des oscillations - Photo: Robert Becker

Structuré en 5 chapitres qui décrivent des résultats de recherche via des exemples musicaux prouvant que le cerveau n'est pas une machine à calculer, et n'est donc pas qu'un ordinateur, mais un objet encore inconnu. 

Musica - Pokop - Daniele Schön - Benjamin Dupé - Prédiction des oscillations - Photo: Robert Becker

Les objets musicaux non plus - par exemple un métronome ne calcule pas la fréquence lorsqu'il se cale, au bout d'un certain temps sur la même fréquence qu'un autre - phénomène qu'on appelle "sympathie" et qu'Huyghens a découvert en 1665 sans en connaître la raison et qui n'a été expliqué qu'en 2015 fait appel à la théorie du chaos. 

Musica - Pokop - Daniele Schön - Benjamin Dupé - Prédiction des oscillations - Photo: Robert Becker

Musica - Pokop - Daniele Schön - Benjamin Dupé - Prédiction des oscillations - Photo: Robert Becker

On y découvre aussi la tâche de Stroop que trois percussionnistes démontrent en direct ou encore la transmission générationnelle (une genre de téléphone arabe musical), le neurone miroir (qui nous pousse à mimétiser notre vis-à-vis) ou la théorie des avalanches, tout cela en musique et avec humour et où pour une fois nous n'étions pas des rats de laboratoire. Un concert qui nous rend plus intelligent !


Sirius, le concert intergalactique de Karlheinz

Le trajet musical de Karlheinz Stockhausen, qui avait démarré par des oeuvres vocales, va de la musique sérielle suite à sa découverte de Messian à la musique concrète puis électronique après et son séjour à Paris et sa collaboration ave Pierre Schaeffer, puis de la musique aléatoire. Il compose par exemple les Hymnen puis verse dans la philosophie indoue et compose Mantra qui revient vers la notation classique. Son gros chantier sera Licht son chantier de 1977 à 2004 et dont Sirius porte l'esprit.

Musica - Palais des Fêtes - Sirius - Karlheinz Stockhausen - Photo: Robert Becker

La pièce Sirius (1975-1977) est constituée de musique électronique - des bruits d'atterrissage de vaisseaux spatiaux au début - et qui repartent à la fin - et de deux chanteurs - la soprano Sophia Körber et la basse Damien Pass et une clarinettiste basse Johanna Stephens-Janning et Paul Hubner à la trompette. Les interprètes sont placés au Nord, la basse, à l'Est, la trompette, au Sud, la soprano et à l'Ouest, la clarinettiste. 

Musica - Palais des Fêtes - Sirius - Karlheinz Stockhausen - Photo: Robert Becker

Le dispositif est exactement la conception de cette pièce, Space Opéra de chambre qui commence par la présentation par la basse du dispositif, symbolisant à la fois les points cardinaux, les instruments, les quatre éléments, les saisons, sexes ('homme, l'adolescent, la femme et l'ami ou l'aimée), le moments de la journée et les étapes de la croissance. 

Musica - Palais des Fêtes - Sirius - Karlheinz Stockhausen - Photo: Robert Becker

La conception du livret, un peu mystique, suit ces catégories puis continue avec la roue des mois, les douze de l'année , les heures et les signes du Zodiaque pour arriver à l'Annonciation ou il est dit: "Je Me suis choisi, dans le Grand Homme de la Création, ce cocon cosmique, et à l'intérieur de ce cocon, la région de l'univers don Sirius est le soleil central." Rappelons que Stockhausen a affirm": "Tout le monde trouve cela tellement stupide que je dois insister pour que l'on me croie. Je me suis formé sur Sirius et je veux y retourner bien que je vive actuellement à Kürten, près de Cologne.

Musica - Palais des Fêtes - Sirius - Karlheinz Stockhausen - Photo: Robert Becker

Par contre ce que l'on peut dire c'est que musicalement cette pièce est magnifique et que la Basse, Damien Pass est fantastique et sa voix est exceptionnelle, tout comme la soprano, Sophia Körber qui a une tessiture exceptionnelle et une très belle voix. Les instrumentistes ne sont pas en reste, la clarinettiste Johanna Stephens-Janning est impeccable et Paul Hubner a un puissance exceptionnel et sait tenir en souffle continu une durée incroyable de ses airs de trompette. 

Musica - Palais des Fêtes - Sirius - Karlheinz Stockhausen - Photo: Robert Becker

La partie électronique, même si elle n'a pas la sophistication des composition actuelles, fonctionne très bien avec les voix et le concert est d'une exceptionnel qualité. Si ce n'est le message sous-jacent, le spectacle est totalement réussi et il ne faut pas oublier les costumes des interprètes, à la fois très simples avec de belles couleurs primaires, gris, rouge, bleu, jaune et de très beaux tissus plissés, valorisés par un éclairage en contre plongée qui projettent leur ombre en double sur les fonds noirs. Un très beau moment.


Moor Mother avec Havre de Grace to Le Havre


Musica - Saint Paul - Moor Mother - Photo: Robert Becker

La soirée continue à l’église Saint Paul, lieu central du Festival Musica cette année. C’est Moor Mother l’artiste etasunienne engagée qui nous propose Havre De Grace to Le Havre, une performance qu’elle parle, performe et chante accompagnée par Simon Sieger aux percussions, à la flûte et à l’orgue et par Aquiles Navarro à la trompette. 

Musica - Saint Paul - Moor Mother - Photo: Robert Becker

Le Chœur LGBT+ alsacien Pelicanto arrive sur scène en chantonnant, les membres habillés en noir. Iels l’accompagnent en sourdine, les musiciens avec leurs instruments et moultes cloches et crotales. S’élèvent des chants d’église puis des cris de joie suivi d’un superbe solo de trompette d’Aquiles Navarro. Moor Mother continue dans un magnifique solo où il est question de religion. Simon Sieger fait une escapade à l’orgue et Moor Mother continue ses chants, parlant de « disaster », en Anglais (une traduction de ses textes sûrement très poétiques et intéressants aurait été bienvenu. 

Musica - Saint Paul - Moor Mother - Photo: Robert Becker

Sur son orgue, Simon Sieger nous offre une belle série de variations dans les aigus suivi d’une séquence grave tout aussi appréciée pour aller encore plus haut dans presque l’indiscernable pour finir. Aquiles Navarro s’empare d’une conque dans laquelle il souffle, Simon revient pour une improvisation débridée de cris et d’éructations et de râles pas forcément réussis tandis que Moor Mother se lâche en improvisations stridentes en sons électroniques nerveux. Cela se conclut par « The sound of us… ». 

Musica - Saint Paul - Moor Mother - Photo: Robert Becker

Un bel accompagnement, un belle voix, un texte qui semble bien écrit de cette poète engagée dont on aurait aimé toucher de plus près la beauté. Mais le son et la musique nous ont touché, c’est l’essentiel. Et la soirée, programmée par des spectateurs de Musica a eu un très beau succès de fréquentation. 

Musica - Saint Paul - Moor Mother - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche