samedi 24 octobre 2026

Angelin Preljocaj et son Soulèvement : On a raison de se révolter, ça fait du bien !

 C’est sur les nappes sonores et les battements de la musique d’Irène Dresel, qui émergent doucement et sourdement, enveloppant les danseurs qui se mettent en marche, que commence Soulèvement, la nouvelle pièce d’Angelin Preljocaj que l’on croirait prophète, tant l’atmosphère de la Ville de Paris aux alentours du Théâtre de la Ville respire le poids du couvre-feu (d’ailleurs la station de métro est bouclée à la sortie du spectacle). 


Angelin Preljocaj - Soulèvement - Photo: Didier Philispart


Et l’on espère une pièce de révolte pleine d’énergie comme on en connait pour quelques chorégraphies du maître de la mise en scène (jetez un coup d’œil du côté d’Hélikopter sur la musique de Stockhausen). Effectivement le sujet est brûlant (trop ?) et Angelin Preljocaj nous offre une déclinaison du concept en une série de tableaux magnifiquement dansés. Angelin Preljocaj arrive à mettre en scène des mouvements d’ensemble et des tableaux de foule magnifiques. Ses douze danseuses et danseurs semblent beaucoup plus nombreux sur scène et de multiples duos, ses quadruples trios ou ses quatuors superbement coordonnés sont impeccables. 


Angelin Preljocaj - Soulèvement - Photo: Didier Philispart


Les interprètes sont d’une précision et d’une qualité phénoménale, la gestuelle pointue et les enchainements rigoureux. Les lumières au cordeau d'Eric Soyer, les costumes adéquats d'Eleonora Peronetti font de cette pièce une petit bijou. Et la narration qui cherche à rendre compte presque de manière exhaustive des situations de soulèvement et des relations humaines, ainsi que des sentiments successifs des personnes qui vivent ce type d'événement sont d'une superbe qualité esthétique, trop peut-être. Car on a l'impression d'une surface de peau lisse qui enveloppe la narration. On nous montre les manifestations comme des défilés, les affrontements comme des saynètes distanciées, on nous décrit l'abattement des protagoniste d'une manière un peu froide. 


Angelin Preljocaj - Soulèvement - Photo: Didier Philispart


Et les moments chaleureux, telle la séquence à la "Woodstock" avec fleurs et chanson folk est bien sympathique mais transpire un peu trop d'un bonheur rétro que pourrait contrebalancer la séquence "Femen" qui elle, au lieu de crier la révolte féministe iconoclaste, se contente de sublimer le corps féminin, à la limite d'une célébration corps-objet qui met mal à l'aise. Dommage pour ce peu d'engagement où le chorégraphe rate la marche en avant vers la Liberté, à moins du Libertaire. 


Angelin Preljocaj - Soulèvement - Photo: Didier Philispart


Car l'énergie est là qui passe de corps en corps, qui, comme une onde mobile glisse d'un danseur à l'autre, liant les gestes, les membres, ondulant en énergie positive sur le plateau, filant en serpentant en filaments fluides dans une vitalité généreuse. Un magnifique spectacle avec une généreuse dynamique, allons plus loin !


La Fleur du Dimanche


Soulèvement


Au Théâtre de la Ville - Paris - du 22 octobre au 7 novembre 2026

BALLET PRELJOCAJ

Chorégraphie Angelin Preljocaj
Musique Irène Drésel
Voix Irène Drésel & Coline Descotte
Musiques additionnelles Sizo Del Givry, 79D
Lumières Éric Soyer assisté de Jean-Bastien Nehr
Vidéo Nicolas Clauss
Costumes Eleonora Peronetti
Scénographie Adrien Chalgard
Construction Jean-Marc Druais / Atelier métamorphose
Avec Paul-David Gonto, Afonso Gouveia, Verity Jacobsen, Florette Jager, Beatrice La Fata, Yu-Hua Lin, Théa Martin, Florine Pegat-Toquet, Romain Renaud, Mireia Reyes Valenciano, Valen Rivat-Fournier, Leonardo Santini
Assistant, adjoint à la direction artistique Youri Aharon Van den Bosch
Assistant répétiteur Paolo Franco
Choréologue Dany Lévêque
Direction technique Guillaume Rouan
Régie générale / son Martin Lecarme / Virgile Olivieri
Régie lumières Amélie Bouchié / Jean-Bastien Nehr
Régie plateau Jérémie Blanchard / Rémy Leblond
Régie vidéo Fabrice Duhamel / Antoine Haurillon
Costumière Nina Langhammer

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