samedi 26 septembre 2020

Musica: Ryoji ikeda - Superposition au Maillon: Tranches de Quarks

 Dans la pièce Superposition (2012) de Ryoji Ikeda, donnée au Maillon de Strasbourg dans le cadre de Musica, (avec l'aide de l'Opéra National du Rhin) il est bien sûr question de superposition, d'empilement: Les trois rangées d'écrans - à l'avant-scène et sur l'immense écran en fond de scène, de même que la superposition des performeurs et des images à la fois des détails de ce qu'ils font mais aussi de ce qu'ils voient projetées en direct en bas et en haut, devant et derrière eux, mais aussi la superposition de la réalité des instruments par essence ou par destination musicaux (le télégraphe morse, les billes jetées sur une grille, les diapasons,...) et les sons qu'ils produisent (ou qui sont transformés) accompagnés de leurs images projetées ou des longueurs d'ondes représentées en direct (pour les diapasons) qui nous font prendre conscience de cette autre matérialité des ondes (le son transformé en lumière). C'est d'ailleurs une piste de lecture de ce concert: Le son transformé en images, l'image qui se transforme en son.



Et il y aussi cette superposition de plusieurs pistes de création sonore que Ryoji Ikeda a exploré et retravaillé en empruntant du matériau de ses créations antérieures pour les transformer et les adapter à ce concert.

Mais la vraie "superposition" dont il veut parler, dont, en visionnaire déjà en 2012 il avait pleinement conscience, c'est cette "révolution post-einsteinienne" de la physique quantique et de ses conséquences: le principe d'incertitude.

A savoir que rien n'est plus sûr, en particulier, un objet, un état n'est pas binaire (bien que l'informatique soit basée sur ce principe) ce n'est plus zéro (0) ou un (1), ce n'est plus noir ou blanc, mais cela peut être entre les deux ou l'un ou l'autre. Comme il le disait à la création: 

"Quantum superposition se réfère aux propriétés mécaniques des particules à occuper simultanément tous les états de quantum possibles. Cette propriété implique que, pour décrire intégralement une particule, il faut inclure la description de chacun de ses états possibles et leur probabilité dʼêtre dans cet état. Cette propriété mathématique des équations linéaires est dénommée principe de superposition. Le principe de superposition pose que si le monde peut être dans une certaine configuration, avec un arrangement de particules ou de champs et si le monde peut également être dans une autre configuration, alors ce monde peut être dans un état qui est une superposition des deux, où la valeur de chaque configuration de la superposition est spécifiée par un nombre complexe."


 

Et voilà que tout s'éclaire: les nombres qui défilent sur les écrans en début de spectacle, les "positionnement" de points tracés sur les grand écran qui se multiplient et se mettent à bouger en 3D, avec une musique qui se déploie lentement, surtout dans les basses et même les ultrabasses, perturbée par de brusques "accidents". Suivent donc ces avancées du morse et de la musique du mètre-étalon, les explorations du passé, entre codes secrets, phrases à trous et journaux historiques sur microfiches et oppositions/superpositions où une série de phrases sur la vie, l'amour, l'univers, l'homme, les sentiments, trouve en même temps son pendant, écrites en totale synchronicité à gauche et à droite de l'écran par les deux performeurs (Stéphane Garin et Amélie Grould). Mais fi de l'incertitude, la pièce est tout de même construite de manière "assez classique", de l'aveu même du compositeur:

"Des moments apaisés se voient soudainement excités par un crescendo, qui nous mène quelques instants plus tard à une explosion, avant de revenir au calme, etc. Le "gros son" n'est rien sans sa contrepartie, le silence ou la sonorité ténue. De même, une continuité est toujours fondée sur une discontinuité, sur un amalgame d'éléments discrets. Le contraste et l'équilibre sont très importants en ce sens et fondamentaux quant aux décisions artistiques. Ainsi, si superposition n'est pas une pièce narrative, elle possède tout de même une certaine dramaturgie, exprimée au travers de sa structure. Tout compte fait, cette pièce est assez classique, voire antique."

En prime, je vous offre une vidéo, non de ce concert, mais de l'installation que Ryoji Ikeda avait faite au FRAC Franche -Comté à Besançon en 2013:




La Fleur du Dimanche

  

 

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