dimanche 17 juin 2018

Après la mort.... la vie...

Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous rappelais-je il y a quinze jours, mais les chemins que nous prenons sont pleins de surprises, même en lisant...


Lys du 16 juin - Photo: lfdd


Effectivement, lire le dernier supplément du Monde Littéraire de cette semaine, c'est aller de découverte en découverte, de surprise en surprise, de lien en liaison, de chose connue - et revue - en chose oubliée, ou ignorée, et qui ressurgissant, l'une après l'autre font sens...  

Je démarre par l'article sur Frédéric Berthet revient par Monica Sabolo qui cite une lettre qu'il écrivit à Roland Barthes en 1986, six ans après sa mort:
"D'une certaine façon, voyez-vous, je suis comme l'inconscient. Je n'arrive pas à croire à la mort. Ni à la vôtre, ni à la mienne (...). Nous reparlerons de tout cela de vive voix, lorsque je serai mort à mon tour. Merci pour tout. Ne m'oubliez pas."




Et puis, en parlant de la mort, parlons de la mort des livres, ou plutôt de manuscrits et surtout de leurs copistes, avec Alain Boureau, de qui les éditions Le Belles Lettes viennent de republier "Le feu des manuscrits", dont voici un extrait:
"Sous la cendre, les manuscrits attendent de nous embraser. Il suffit de ranimer leur flamme, de les lire et de les faire lire. Ce livre a présenté quelques obstacles à ces lectures:
...." 


Le feu des manuscrit - Alain Boureau - Le Monde 15/06/18

C’étaient la première et la dernière page du supplément, en l’ouvrant, la page 2 nous rappelle la disparition de Paul Otchakovsky, fondateur des éditions P.O.L avec l’interview de Frédéric Boyer, celui qui lui succède à la direction des éditions, comme il le lui avait proposé il y a quinze ans. 
Et comme il le dit, il était aussi édité chez P.O.L. – une des plus prolixes – il a publié une quarantaine de livre:
"C'est une étrange situation: J’étais auteur de cette maison, je me retrouve à sa tête et je suis le premier viré.... par moi-même.

Frédéric Boyer avec Raphaëlle Leyris et Nicole Vulser

Et quelle n'est pas ma surprise de découvrir en lisant le texte sur le livre à propos duquel a été menée l'interview, que ce livre  "Peut-être pas immortelle" est consacré au deuil de la compagne de Frédéric Boyer, Anne Dufourmantelle, dont la mort accidentelle par noyage en voulant sauver deux enfants de la noyade - juste avant, je m'étais intéressé à son livre "Eloge du risque" - a été l'occasion de quelques polémiques résosocioesques...

Frédéric Boyer - Peut-être pas immortelle - Raphaëlle Leyris - Le Monde 15/06/18

Et que je viens récemment de lire - et de vous faire partager un extrait de son livre "Puissance de la douceur" (un lapsus m'a fait écrire "douleur"...)   




Lys du 9 juin - Photo: lfdd



La suite de la lecture va réinviter Gérard Genette (voir le 3 juin), Italo Calvino (Ah, Le Baron Perché..), et à propod'un traducteur qui n'a écrit qu'un seul roman: Bernard Hopfner, "Portrait d'un traducteur en escroc", retour à Deszö Kostolàni superbe auteur avec entre autres : "Le traducteur cleptomane"....

Ah, j'allais oublier.... Bernard Hopfner dans son livre intitulé un long chapitre "La mer"... et meurt noyé. Et de Hopfner à Horner il n'y a que quelques lettres à changer.. pf > r

Donc, rendons hommage en chanson à deux disparus récents, d'une part Marc Ogeret (qui connait ?) et Yvette Horner (qui connait son duo avec Boy George ?)....

D'abord Marc Ogeret avec un poème de Jean Genet: Le condamné à mort 





Et puis Le temps des Cerises:

 
 

Et le poème d'Aragon: Les Poètes (avec Michel Piccoli à l'image):



Et pour rester dans l'ambiance : Qui de nous deux ...

 

Et donc Yvette Horner: 





Et une version "duck sauce ":

 



Et pour finir, Yvette herself en clip:

 


Pour en finir avec les rendez-vous et les hasards, quelques rencontres inatendues dans le train entre Paris et Strasbourg... D'abord Elie pas vue depuis quelques temps et la suivant, mais venant d'ailleurs, plus précisément du Château de Chamerolle, dans le Loiret, Marie Frering. Et ailleurs, mais vue mais pas réveillée, Catherine fatiguée par la capitale.

Marie Fering, elle, venait de recevoir le Prix Boccace 2018 de la nouvelle pour son dernier livre de nouvelles "L'Heure du Poltron".
Je vous conseille de vous précipiter également sur le livre précédent: "Les souliers rouges"  qui parle avec verve, truculence et invention - et tellement mieux que Jean Teulé - des danseurs fous de Strasbourg de 1518...


L'heure du Poltron - Marie Frering

Les hasards ne seraient jamais que des hasards si dans l'après-midi du samedi je n'avais vu l'exposition des Iris de Patrick Neu (qui a fait la couverture du livre de Marie Frering) à la galerie Thadeus Ropac... 

Bonne continuation
Le Fleur du Dimanche

dimanche 3 juin 2018

La Forme et le Fond: Figure, Love et des briques

Ce dimanche est encore une exception, une publication reportée depuis quelques temps où je vais commencer par remonter le fond, le TVA, Texte à Valeur Ajoutée qui me pousse à le publier:
"Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous"

C'est la phrase d'Eluard citée par Albert Strickler dans son dernier livre "Ivre de Vertiges - Journal 2017" et que son amie Marie-Jeanne lui rappelle à l'occasion d'un "jeu de mots" où un petit groupe d'amis s'échangent des citations par courrier électronique.

La phrase, je l'ai vue passer récemment sur facebook, cet ogre de la mémoire qui empile et recouvre nos vies en publications diverses et séquencées, traitées par algorithme et digérées par les moteurs de l'Intelligence Artificielle pour nous faire consommer du temps de connexion et des pages "vues", "lues" et "aimées" et bien sûr, des "informations" - publicités tout en servant de cobayes aux marchands du temple moderne qui "affinent" nos "profils" pour nous servir que ce qui "devrait" nous "convenir".

Juste une remarque avec une autre citation (de mémoire) de son journal, notée un jour du début 2017:
"Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connait, tu risques de ne pas te perdre". 
Moi, j'aime à me perdre, à être surpris et à découvrir des choses - et je dois confesser que fb me permet aussi quelquefois ce genre découverte. Mais ce n'est pas son objectif totalitaire.

Mais avant d'aller plus loin, je vous offre un bouquet de fleur pour le "fond":


Bouquet du 20 mai - le fond - Phofto: lfdd

Pour en revenir au "rendez-vous", effectivement, j'avais presque rendez-vous avec Albert Strickler qui présentait hier, samedi 2 juin son dernier livre, son journal de l'année 2017 à la Librairie Kléber à Strasbourg, dans la salle Blanche, avec Martin Adamiec à la lecture (magnifique interprétation et choix d'extraits) et le poète Jean-Paul Klée à l'animation. Et j'avais rendez-vous avec moi-même, par surprise, parce qu'un des extraits choisis me citait avec le billet du 26 février 2017: "Les éranthes dorées luisent sous le grand arbre, Todorov s'éteint, et dépeint l'âme des poètes russes" et où Albert parle de Marina Tsetaeva, l'âme russe et la révolution et Maïkovski, dont la citation se termine par ".. nous avons perdu le sentiment du présent."

En lisant  d'Albert Strickler, je remarque qu'il cite plusieurs fois les billets dominicaux et qu'il parle également d'Alain, le troisième mousquetaire de notre enfance, Alain dont il dit qu'il lui a montré une lettre de Hawkins et qu'il voudrait bien rejoindre dans son équipe de recherche aux Etats-Unis. Alain qui fête son anniversaire ce jour (ce n'est pas un "hasard" dirait Albert) et avec qui je me souviens avoir regardé Neil Armstrong et Buzz Aldrin marcher sur la Lune. Alain qui aura peut-être appris cette semaine, le récent décès d'Alan Bean, l'homme qui a raté ses photos et "brûlé" sa caméra couleur sur la Lune.

Autre hasard, le billet cité ci-dessus parle la mort de Tzvetan Todorov. Celui qui "attendait" se voulait un hommage à Gérard Genette, avec qui ce dernier avait fondé la revue "Poétique" et dont il disait: "Nous étions bizarrement complémentaire, c'est moi qui trouvais les textes et Genette qui les refusait."







Gérard Genette a été quelqu'un qui a participé à une autre lecture de la littérature, et permis d'en voir le fond et la forme... 


Bouquet du 20 mai - le fond - Phofto: lfdd


Pour terminer et toujours en hommage, une pensée à un artiste de l'Ouest, Robert Indiana, avec qui l'on dit "Love" 




Et celui du Nord, le danois Per Kirkeby, ses magnifiques dessins et ses constructions aurchitecturales en briques 




Pour finir en chanson, la mélodie de Frantz List "Du bist wie eine Blume" dont Albert parle d'une interprétation que je n'ai pas trouvée, alors, à défaut, Heidrun Götz: 

Du bist wie eine Blume

Du bist wie eine Blume,
So hold und schön und rein;
Ich schau’ dich an, und Wehmuth
Schleicht mir in’s Herz hinein.

Mir ist, als ob ich die Hände
Auf’s Haupt dir legen sollt’,
Betend, daß Gott dich erhalte
So rein und schön und hold.





Un autre version de Benita Valente


,

Et pour finir, en clin d'oeil à Albert l'Alsacien et son liivre Ivre de Vertige, un autre vertige avec des cigognes:





Cloué au sol 
l'oiseau se cogne 
de-ci de-là 
colonies de cigognes 
partez sans lui 


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

P.S. Pour le Livre d'Albert Strickler, "Ivre de Vertiges", c'est une somme de "petits riens"  magnifiques qui sont des pierres sur le chemin de la vie, des guides et des moments partagés dans une langue magnifique. 
Pour rappel, son journal qu'il tient tous les jours depuis 1994 et qu'il publie en continu depuis 2008 me précise-t-il avec "Au-dessus du brouillard", dont les premières pages évoquent précisément notre monde d'antan avec ses moustiques et ses brumes rhénanes!
Puis en 2009 avec "Le Bréviaire de l'écureuil", année de la mort de "petit père". 
Un journal "trimestriel" si ma mémoire est bonne avait vu le jour dans les années 95 - Dont "Il a plu sur les cerises - Journal Printemps 1995" .
Le journal fait plus de 5 kilos et 50 centimètres linéaires. 
Vous pouvez commencer par le dernier et remonter le temps ou faire des sauts, comme l'écureuil...


P.P.S. En ce qui concerne La Fleur du Dimanche, si vous ne voulez pas rater un épisode, que vous savez sporadique, n'hésitez pas à vous "abonner", soit par mail lafleurdudimanche(at)gmail.com), soit par google si ce n'est pas trop compliqué pour vous, soit sur fb si vous y êtes (avec toutes les publications complémentaires).

P.P.P.S. Comme La Fleur du Dimanche va avoir une autre vie, restez attentifs, une annonce, une surprise imminente sera bientôt révélée. Alors si vous ne voulez pas la rater, manifestez-vous !

vendredi 1 juin 2018

Treize à la cave pour le théâtre de Paresse: un festival d'énergies souterraines

Pour sa treizième édition, le Festival de Caves nous offre à Strasbourg et en Alsace (Andlau et Wangen puis Saint-Louis et Saint-Hippolyte) un pan de Paresse avec Maxime Kerzanet à la mise en scène et au jeu. 
Au double jeu pourrait-on dire, puisque non seulement il joue la paresse mais il se démène comme un beau diable pour nous offrir deux personnages, Maxime (c'est-à-dire un double de lui-même, comédien) et Paul, un double de Paul Lafargue.


Paresse - Maxime Kerzanet - Festival de Caves - Photo: lfdd

Et comme cela ne suffit pas, il dédouble son personnage - on peut dire qu'il fait double face, parce qu'en fait il préfère ne pas jouer de face, mais de profil. Et donc, le dispositif bi-frontal d'une cave - et la proximité immédiate et physique du public - lui sied bien.


Paresse - Maxime Kerzanet - Festival de Caves - Photo: lfdd

D'ailleurs, au lieu de commencer à jouer, il discute longuement avec le public en lui expliquant les tenants et les aboutissants du spectacle - et de sa mise en place, dont le placement des spectateurs ,pendant qu'il faisait semblant de paresser (dormir) couché sur une table, avant de se mettre dans un vrai lit - ou plutôt un matelas sommaire (ce n'est pas une pause publicitaire) et un lit défait, en défaisant le spectacle.

Car spectacle il y a, et d'une belle invention. A la fois par des improvisations (simulées) et des choix de textes qui habillent le noyau du spectacle - un discours politique de Lafargue sur le travail:
"Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite les misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion furibonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveugles et bornés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu ; hommes faibles et méprisables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moi, qui ne professe d’être chrétien, économe et moral, j’en appelle de leur jugement à celui de leur Dieu ; des prédications de leur morale religieuse, économique, libre-penseuse, aux épouvantables conséquences du travail dans la société capitaliste.

Dans la société capitaliste, le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique." 


Paresse - Maxime Kerzanet - Festival de Caves - Photo: lfdd


Un tel discours est digne du gendre de Karl Marx. La femme de Paul Lafargue, Laura, était la fille de Karl Marx - et traductrice des livres de son père. Et l'on côtoiera d'autres textes, de Shakespeare, Büchner, Marx, Lessing, Schopenhauer, Maïakovski, Victor Hugo et autres poètes, écrivains, philosophes, cités ou critiqués, parce que parler de paresse n'est pas ne rien faire, mais bien se poser des questions de travail, de réalité, d'esclavage, d'anarchie ou de révolution, d'amour, de rêve, de papillons, de vie et de mort. Le tout sur le mode de l'ironie, du désenchantement ou de l'humour, mais aussi d'une grande sensibilité et une certaine tendresse. Et d'une belle proximité, écoute et dialogue avec le public. 
Et si, comme le disait Armand Gatti (qui a eu droit à un hommage particulier) "s’il n’y a de révolution que celle du soleil", tout a une fin, même la paresse, et pour Paul Lafargue - et quelques autres qui ont fait le même choix, celle de vivre se traduit par un coup de pistolet (Paul et Laura Lafarge sont morts dans la nuit du 25 au 26 novembre 2011 - Paul avait 69 ans.)


Paresse - Maxime Kerzanet - Festival de Caves - Photo: lfdd

Et comme c'est bien de finir en chanson - et que Maxime Kerzanet chante bien, tout finit par une chanson de Gérard Manset: 

Vies monotones

Nous avons des vies monotones 
Entourés d'hommes et de chiens 
Ceux qui mangent dans notre main 
Ce sont ceux-là qu'on abandonne 

Mais comme il faut quand même qu'on vive 
Ce soir avec le même convive 
C'est pas la fête qu'on croyait 
Où sont les lumières qui brillaient ? 
Y'a plus qu'à tirer la nappe à soi 
Continuer chacun pour soi  





La Fleur du Dimanche

La pièce se joue encore le 2 juin à Strasbourg, le 3 à Andlau, le 4 à Wangen, le 12 juin à Saint-Louis et à Saint-Hyppolite le 28 juin dans une cave à découvrir à chaque fois.
Les réservations, en Alsace, en Franche-Comté, dans toute la France et même en Suisse - le festival dure jusqu'au 30 juin - se font sur le site du Festival de Caves:
http://www.festivaldecaves.fr/

samedi 26 mai 2018

Matrix: une musique plus large que l'écran avec l'OPS au Zénith

Pour les 10 ans du Zenith à Strasbourg, toute une série de manifestations ponctuent l'année. Il reste en particulier à venir, 200 Motels de Franck Zappa (Z comme Zenith) dans le cadre de Musica 2018* le 21 septembre et le Cirque du Soleil en décembre.
Un évènement aura été la projection en version XXL de "THE MATRIX" que l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg aura offert avec une musique plus large que l'écran.


Matrix - OPS - Don Davis - Zenith Strasbourg - Photo: lfdd


Le film des Wachowski Brothers (Andy et Larry, devenues les "Sisters" Lana et Lili) a récolté lors de sa sortie en 1999 quatre Oscar et de nombreuses autres récompenses et était le premier d'une trilogie à succès raconte la révolte dans un monde futur des hommes révoltés contre la "Matrice" une réalité virtuelle où le monde est imaginé. Cela donne à la fois un suspense très bien maîtrisé, des scènes d'anticipation  magnifiques et très prenantes (par exemple le "clonage" du héros Thomas Anderson, dit "Néo", magnifiquement interprété par Keanu Reeves et de magnifiques trucages. Même si certains datent un peu (bien que des versions inspirées par les caractères verts sur l'écran de l'ordinateur on eu leurs honneurs dans la dernière exposition sur les Univers artistiques virtuels au Grand Palais à Paris dans une version actualisée), une des plus célèbres, le "Bullet Time" bien repris depuis est pour ce film l'occasion d'un clin d'oeil humoristique que vous ne pourrez pas ratez vers la fin du film. Sinon, les deux heures vingt du film se déroulent dans un rythme très soutenu, entrecoupés par des séquences plus "psychologiques" eh oui, il y en a ou philosophique, ou même de l'amour - je ne vous révèlerai pas ce que l'amour peut faire!...


Matrix - OPS - Don Davis - Zenith Strasbourg - Photo: lfdd


En ce qui concerne l'athmosphère et l'ambiance du film, la musique, surtout dans cette version symphonique contribuent grandement à installer une atmosphère qui enrobe, immerge le spectateur dans le film. Et l'Orchestre Philhamonique de Strasbourg s'est vu dirigé par le compositeur de la bande son originale du film, Don Davis, qui aurait pu le faire les yeux fermés ou presque. En fait il avait un super tableau de bord devant lui qui, en plus de la partition lui annonçait les changements. Mais pour le public c'était complètement transparent, au point que quelquefois, on était tellement "dans" la musique que l'on était dans l'univers dystopique du film et qu'il fallait s'en arracher pour ne pas être avalé dans le futur. L'Orchestre Philharmonique de Strasbourg, avec quelques renforts musicaux et un chanteur nous ont en tout cas enchantés et servis une partition impeccable et magnifiquement interprétée.


Matrix - OPS - Don Davis - Zenith Strasbourg - Photo: lfdd


Il faut préciser que la bande son du film a été "préparée" et que n'ont été gardés que les dialogues, les bruitages et quelques musiques non symphoniques (dont une musique techno pour quelques scènes de combat) et que les musiciens de l'orchestre, contrairement à des pianistes accompagnateurs de films muets ne regardaient pas le film mais avaient les yeux sur leur partition - une épreuve si l'on sait comment l'oeil est attiré par toutes les images qui bougent sur un écran. 


Matrix - OPS - Don Davis - Zenith Strasbourg - Photo: lfdd


Mais la partition est effectivement une partition d'un grand compositeur, qui connait ses classiques - et ses contemporains - Krzystof Penderecki, Steve Reich, Philipp Glass, John Adams - ainsi que le compositeur de films, John Williams. 
Et l'univers sonore multiprimé aux Oscar concourt grandement à la qualité de ce film Matrix, dont nous avons pu particulièrement apprécier la qualité et la force.


Matrix - OPS - Don Davis - Zenith Strasbourg - Photo: lfdd 


Voici quelques images de la répétition filmées par Szenik, le média numérique culturel transfrontalier du Grand Est, comme si vous y étiez :



La Fleur Du Dimanche

* La présentation du programme de MUSICA 2018 aura lieu le 22 juin 2018 à 12h00 à la Cité de la Musique et de la Danse à Strasbourg  

jeudi 24 mai 2018

Je crois en un seul dieu au TNS: Impressionnant voyage au coeur des âmes

Le spectacle "Je crois en un seul dieu" actuellement au TNS à Strasbourg, joué par Rachida Brakni et mis en scène par Arnaud Meunier est une pièce publiée sous le titre O-dieux par les éditions l'Arche en français. Le spectacle reprend l'idée du titre italien "Credoinunsolodio" et nous annonce en partie et métaphoriquement ce à quoi nous allons assister. En l'occurrence trois personnages, femmes dont la foi diverge et qui en ont une appréhension différente. Mais tout l'intérêt de ce spectacle - la performance si l'on peut dire - vient du fait que ces trois personnages sont joués - incarnés à merveille - par une seule comédienne: Rachida Brakni.
Elle nous rend présentes, dans une corporéité époustouflante ces trois femmes: la jeune étudiante palestinienne Shirin Akhras qui se portant volontaire comme kamikaze, l’Israélienne Eden Golan humaniste et progressiste et Mina Wilkinson, une militaire américaine de 40 ans en mission sur le territoire israélo-palestinien.


Je crois en un seul Dieu - Stefano Massini - Arnaud Meunier - Rachida Brakni - Photo: Sonia Barcet


Sans artifice de mise en scène (les indications d'origine de mise en scène qui consistaient en des changements d'éclairage pour les 3 personnages ont été abandonnés), juste une variation d'attitude, d'expression et de couleur de la voix nous rendent étrangement présentes les pensées de chacune des protagonistes.
Et c'est aussi l'objectif premier de la pièce: nous emmener dans ces trois processus de pensée et l'évolutions de ces trois personnages, à savoir un engament progressif dans une démarche d'immersion militante débouchant sur des actes terroristes pour Shirin Akhras, une évolution vers le doute et la méfiance suite à la peur pour une femme engagée et progressiste et, pour l'Américaine, un regard plus "occidental" et presque primaire pourtant non dénuée de bon sens.
La pièce nous amène au plus près dans les errements et les navigations de l'âme de chacune des protagoniste en nous les rendant proches et "lisibles". Comme le dit Rachida Brakni dans le programme, en ce qui concerne la "terroriste": 
"La phrase de Manuel Valls à propos du terrorisme: « Expliquer, c’est déjà vouloir excuser », m’avait profondément choquée. Je ne suis pas d’accord. Il ne s’agit pas d’excuser mais de chercher à comprendre les mécanismes de pensée et se servir de cette connaissance pour justement faire en sorte qu’on puisse réfléchir, appréhender la source du problème. Que l’on ait des outils pour tenter de comprendre le processus d’aliénation mentale de ces personnes dont on préfère dire qu’elles «ne font plus partie des humains ». 
Je pense que c’est aussi le rôle du théâtre, de l’art : aller fouiller dans tout ce qu’il y a d’à priori incompréhensible − voire monstrueux − dans la nature humaine."

Je crois en un seul Dieu - Stefano Massini - Arnaud Meunier - Rachida Brakni - Photo: Sonia Barcet


Et pour l'enseignante: "Je m’interroge de la même façon: si je m’étais retrouvée dans la situation d’Eden Golan? Je déteste évidemment ses propos, mais je les trouve aussi profondément humains, parce qu’ils sont générés par la peur. De la peur naissent des discours ou des prises de positions, des actes, qui peuvent être
terribles. C’est peut-être le pire des sentiments, dans ce qu’il peut engendrer − de manière plus ou moins consciente, d’ailleurs.
La voir lutter contre elle-même et essayer de se raccrocher à ce en quoi elle a toujours cru me touche profondément. Ce combat est beau et désespérant."


Je crois en un seul Dieu - Stefano Massini - Arnaud Meunier - Rachida Brakni - Photo: Sonia Barcet


La pièce, construite comme un polar nous fait donc participer à l'évolution sur un an de ces trois personnages que le destin va amener à se croiser. Et la mise en scène au couteau d'Arnaud Meunier nous tient en haleine et grâce au jeu d'une grande épure. Comme le fait remarquer Rachida Brakni, le travail sur le corps et le mouvement "une économie de mouvements et une économie de gestes" avec le chorégraphe Loïc Thouzet.
Elle complète:
"Ce qui m’a plu dans cette aventure, c’est que tout allait dans le même sens. Que ce soit au niveau de la scénographie, du corps, de la prise de parole, il s’agissait de nous débarrasser de toutes les strates qui pouvaient nous encombrer ou qui étaient anecdotiques, pour arriver à quelque chose de très simple. J’aime retrouver, chaque soir, cette sensation de dépouillement.
Il faut noter également le travail de scénographie et de lumière de Nicolas Marie qui révèle des ambiances comme des tableaux de Rothko et contribuent à capter l'attention. 
Il y a d'ailleurs un moment assez impressionnant ou le personnage, par un magnifique effet d'optique, la rémanence du corps dans la nuit, se transforme en fantôme vivant ...


Je crois en un seul Dieu - Rachida Brakni - Photo: Sonia Barcet


Et ces fantômes prennent possession de nous par la magie de l'interprétation pour nous faire prendre conscience de ce que nous ne sommes pas, comme le dit Arnaud Meunier: 
"C’est l’idée géniale de cette pièce que d’avoir imaginé que les trois femmes pourraient être interprétées par une seule comédienne. Comme si ces trois femmes n’en faisaient qu’une, comme si elles représentaient nos contradictions très humaines justement.
La pièce ne renvoie absolument pas dos à dos Israéliens et Palestiniens. Ce n’est pas le sujet d’une certaine manière. Elle donne à voir un «monde sans procès» (l’expression est de Roland Barthes) pour mieux nous plonger dans l’intime, dans le profond.
Rachida est l’interprète idéale : sensible, engagée, juste dans son incarnation; elle nous donne à voir et à entendre ces trois points de vue qui s’entrelacent sans cesse avec une finesse puissante et rare."


Je crois en un seul Dieu - Rachida Brakni - Photo: Sonia Barcet


Et l'on peut conclure avec la remarque de Rachida Brakni:
"Je n’aime pas le théâtre didactique, l’idée qu’on puisse imposer aux gens un point de vue. Pour moi, le texte est à l’inverse de ça: il fait cohabiter les contraires. Et peut-être qu’en cela il ouvre des portes... Il me semble que la pièce est une invitation à être, simplement, dans l’optique de se dire : «J’essaie de comprendre − et de me mettre dans la peau de quelqu’un, ne serait-ce que quelques instants.» Ce n’est pas excuser, ce n’est pas pardonner mais juste essayer de prendre un peu de hauteur.

Prendre de la hauteur pour rentrer dans les âmes et prendre avec...
Et nous prenons sans hésiter!


La Fleur du Dimanche

Je crois en un seul dieu

TNS Strasbourg - du 24 mai au 3 juin 2018 
Texte Stefano Massini
Mise en scène Arnaud Meunier
Avec Rachida Brakni

Traduction Olivier Favier et Federica Martucci
Assistanat à la mise en scène et à la dramaturgie Parelle Gervasoni
Scénographie et lumière Nicolas Marie
Collaboration artistique Elsa Imbert
Costumes Anne Autran
Musique Patrick De Oliveira
Regard chorégraphique Loîc Touzé 

Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers de La Comédie de Saint-Étienne
Le texte est publié chez L'Arche éditeur sous le titre O-dieux
Stefano Massini est représenté par L’Arche, agence théâtrale www.arche-editeur.com

Production La Comédie de Saint-Étienne - Centre dramatique national
Avec le soutien de la Maison Antoine Vitez, Centre international de la traduction théâtrale
Création le le 10 janvier 2017 à La Comédie de Saint-Étienne - Centre dramatique national

lundi 21 mai 2018

Les sept péchés capitaux... à l'Opéra National du Rhin: Cabaret Lunaire

La soirée spectacle sous le titre "Les sept péchés capitaux" à l'Opéra National du Rhin à Strasbourg se présente sous le triple fil conducteur du cinématographe, du voyage et du collage.


Les sept péchés capitaux" - Opéra National du Rhin

Pour commencer, un grand écran noir et blanc tendu sur la largeur de la scène laisse passer des têtes, des bras, des pieds et des panneaux. L'on chante et l'on annonce la fin de spectacle.
Effectivement le spectacle s'achève de même et les revendications ne sont pas révolutionnaires, mais surréalistes. Un clin d'oeil à Méliès et à la Lune sont le bout du voyage, si l'on estime que Mahagony ville qui n'existe pas est dans nos têtes.


Les sept péchés capitaux" - Opéra National du Rhin

Et le voyage se fait de la terre à la Lune, avec Pierrot bien sûr, enchâssé dans le cabaret de Kurt Weil: un Cabaret Lunaire à lui tout seul, moment de virtuosité orchestrale qui fit révolution en son temps, déjà en 1912 à Berlin. Schoenberg nous offre ainsi trois fois 7 poèmes d'Albert Giraud chantés (récités) par Lenneke Ruiten et Lauren Michelle et dansés en mimodrame par Wendy Tradous et les quatre comédiens-chanteurs Roger Honneywell, Stefan Sbonnik, Antoine Foulon et Patrick Blackwell. Le poème est également en dialogue avec l'orchestre de chambre qui sur scène s'est rapproché - au point que la flute entre en dialogue avec les voix. Et de Bergame à la Lune, les mélodies varient et s'envolent entre légèreté et gravité, jusqu'au désespoir.

Le voyage de Maghagony reboucle avec ce Pierrot pris en sandwich et la Lune de Mahagony (Moon of Alabama) amène le blues de Bénarès aux Indes, après que les rythmes jazzy et entrainants nous aient fait passer du whisky bar (Oh show me the way to the next whisky bar) et les chemin d'Alabama dans une belle énergie.


Les sept péchés capitaux" - Opéra National du Rhin

Les voyages continuent à travers sept villes des Etats-Unis pour les Sept péchés capitaux qui voient Anna en double quitter sa famille du Mississipi pour gagner un peu d'argent en se frottant à une morale renversée, après que le père l'ai culbutée sur la télévision qui remplace la table de la cuisine.


Les sept péchés capitaux" - Opéra National du Rhin

Mais ce voyage dans l'Amérique du début du siècle est plus un combat de boxe pour la survie dans ce monde hostile et le retour prévu comme idyllique sera encore plus sanglant et amoral. La voiture qui nous emmenait sur les chemins nocturnes s'efface et la petite maison de rêve de Louisiane se dresse dans le décor.
La morale n'est pas sauve et l'avenir est à craindre - surtout dans les années 30.
Mais restons vigilants avec Brecht, Weill, Schoenberg Albert Giraud.

Et le spectacle doit continuer...




A voir d'ailleurs jusqu'au 15 juin à Mulhouse, jusqu'au 28 mai à Strasbourg et le 5 juin à Colmar.

La Fleur du Dimanche


Les sept péchés capitaux - Opéra National du Rhin

Direction musicale Roland Kluttig 
Mise en scène (Mahagonny - Ein Songspiel et Les Sept Péchés capitaux) David Pountney 
Mise en scène (Pierrot Lunaire) David Pountney en collaboration avec Amir Hosseinpour 
Chorégraphie (Mahagonny - Ein Songspiel) Amir Hosseinpour 
Chorégraphie (Les Sept Péchés capitaux) Beate Vollack
Décors et costumes Marie-Jeanne Lecca 
Lumières Fabrice Kebour

MAHAGONNY - EIN SONGSPIEL - Kurt Weill
Livret de Bertolt Brecht
Créé à Baden-Baden le 17 juillet 1927
Charlie Roger Honeywell 
Billy Stefan Sbonnik    
Bobby Antoine Foulon
Jimmy Patrick Blackwell 
Jessie Lenneke Ruiten
Bessie Lauren Michelle


PIERROT LUNAIRE - Arnold Schönberg
Trois fois sept poèmes d’après Albert Giraud, 
pour voix et cinq instrumentistes 
Créé le 16 octobre 1912 à Berlin
Soprano Lenneke Ruiten / Lauren Michelle


LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX - Kurt Weill
Ballet chanté en un prologue et sept tableaux, 
sur un livret de Bertolt Brecht
Créé en 1933 à Paris
Anna Lenneke Ruiten / Lauren Michelle 
Père Roger Honeywell 
Frère Stefan Sbonnik
Frère Antoine Foulon
Mère Patrick Blackwell


Orchestre symphonique de Mulhouse