dimanche 23 septembre 2018

Musica extra: Célébration de Marquis de Sade réussie

Sûrement pour célébrer la jeunesse de Musica, 35 ans, celle de son directeur Jean-Dominique Marco, qui va prendre sa retraite et les quanrante ans de la naissance du groupe post-punk Marquis de Sade, qui s'est reformé lors d'un évènement anniversaire l'année dernière, et qui a duré un an de plus après les quatre ans du début, l'Opéra du Rhin à Strasbourg était le lieu rêvé de cette conjonction d'événements.


Musica 2018 - Opéra du Rhin - Osophère - Marquis de Sade - Photo: lfdd


Une conjonction de bonnes fées, en plus du festival Musica, avec l'Opéra et sa nouvelle directrice Eva Kleinitz et l'Ososphère avec Thierry Danet qui ont contribués à sa réalisation.
Et le public venu nombreux était divers et varié: de ceux qui ont assisté à au moins un concert (de l'époque) de Marquis de Sade à ceux qui ont acheté au moins les deux disques qu'ils ont publié, à des jeunes qui ont sûrement découvert les divins Marquis lors du premier concert de Rennes ou lors de la tournée qui a suivi ou qui les ont entendus à la radio ou vu à la télévision et qui en sont devenus fans, jusqu'aux fidèles ou curieux de Musica, jeunes ou moins jeunes - surtout-  qui se sont dit que si c'était dans la programmation et que cela passait à l'Opéra, cela ne pouvait foncièrement pas être mauvais et que peut-être cela les feraient se souvenir de leur passé.


Musica 2018 - Opéra du Rhin - Osophère - Marquis de Sade - Photo: lfdd


Et le résultat fut sûrement plus consensuel et avec suite que le concert du Zenith 200 Motels - The Suites qui pour certains restera sans suite.
Parce que la prestation de ces horlogers de la musique post-punk française, même s'ils réactivent dans leur corps qui a vécu des morceaux sur lesquels ils ont dû bouger beaucoup plus que lors de ce concert, et qu'ils ont dû avoir un public moins sage à l'époque, a été d'une qualité remarquable et ils ont fait leur job plus que sérieusement.


Musica 2018 - Opéra du Rhin - Osophère - Marquis de Sade - Photo: lfdd


La voix de Philippe Pascal, avec ses accents graves - de Lou Reed, auquel il n'a pas manqué de rendre hommage au moins avec "Ocean" et "White Light / White Heat", période Velvet Underground, est toujours envoutante et son égérie Konradt Veidt n'est pas moins hypnotisante que lui sur scène. Son complice Franck Darcel à la guitare et au chant, même s'il s'est un moment "planté au 2ème couplet" (dixit Philippe) tient la scène avec brio. La basse de Thierry Alexandre et le rythme impulsé et tenu par Eric Morinière à la batterie ont envoyé des vibrations au ventre de chacun des spectateurs et chacune des spectatrices. Il faut dire que la sono était fort bien réglée, le niveau acceptable tout en enveloppant l'auditeur, et l'acoustique idéale. Et les complices complémentaires Daniel Paboeuf au saxophone et au choeur et Paul Dechaume au clavier sont à l'unissson du groupe. 


Musica 2018 - Opéra du Rhin - Osophère - Marquis de Sade - Photo: lfdd


Au cours de l'heure et demie de concert, ils ont joué, à part les morceaux hommage à Lou Reed, la plupart des titres de leurs deux disques, en particulier "Final Fog" qui parle entre autre du "suicide" de Baader et Meinhof, des hommages au Kraut-Rock ou à Neu, à "Konrad Veidt" et on sent une forte influence allemande, en particulier Metropolis de Fritz Lang ou Le Cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene (avec Konrad Veidt) ou encore les peintre Egon Schiele ou Munch (le cri).


Musica 2018 - Opéra du Rhin - Osophère - Marquis de Sade - Photo: lfdd

Et le public était ravi, les musiciens aussi... Si vous voulez en connaitre un peu plus ou avez raté le concert, voici trois titres en bonus.



Musica 2018 - Opéra du Rhin - Osophère - Marquis de Sade - Photo: lfdd


D'abord Marquis de Sade première époque - Conrad Veidt 

Todesangst und todesraserei erfülte die stadt
So gehe am einem kreuzweg
und rühfe an dreimal
Conrad Veidt...

L'acide oxydent corrode le temps, l'homme observe les sourires
Crispés sur les dents des silhouettes/épiderme sec/fixées sur
Une esquisse de Klimt mais...
Conrad Veidt danse
Les cris disséqués dans d'épais catalogues, les lèvres articulent
Le lent monologue. Le sens expire, l'expression prime: la ville 
N'est plus qu'une vitrine où...
Conrad Veidt danse
Le long des usines incisées par le vent, Rank Xerox asservit les
Couleurs résistantes
L'Europe désire l'euthanasie
Pureté froide à Nagasaki




Puis Brouillard définitif - version 2017





Et si vous voulez en savoir plus sur Marquis de Sade et leur reformation, un numéro de Tracks sur Arte ici:
https://www.youtube.com/watch?v=ZTPQc4L1DlE

Et la version de Lou Reed de Ocean:





La Fleur du Dimanche

samedi 22 septembre 2018

Un premier samedi de Musica: Concert, Hörspiel, Concert et Danse

Le premier concert du premier samedi de Musica 2018 est un écho au méga-concert d'ouverture 200 Motels - The Suites qui s'est tenu la veille le vendredi 21 septembre 2018 au Zénith de Strasbourg.
Dans le cadre de "Jeunes talents, jeunes interprètes", l'ensemble de musique contemporaine de l'Académie supérieure de musique de Strasbourg - HEAR sous la direction musicale de Jean-Philippe Wurtz propose à l'auditorium de France3 Alsace un programme en clin d'oeil à Zappa.

"Jeunes talents, jeunes interprètes"

Tout d'abord, du musicien qui a initié la motivation de Franck Zappa à faire de la musique, Edgar Varèse, la pièce Déserts qu'il a composée pendant quatre ans, de 1950 à 1954 et dont la première représentation le 2 décembre 1954 à Paris - et en direct à la radio en stéréo a succité un scadale équivalent au Sacre du Printemps d'Igor Stravinski. Même si la pièce est innovante - surtout pour l'époque, une alternance entre l'orchestre et la musique entregistrée (son et éléctronique) elle est aujourd'hui entrée dans le répertoire et nous y reconnaissaons bien la touche Varère. Les vents un piano et des percussions alternennt avec la bande pour une composition "post-industrielle" de ville et d'espace déserts.


Musica 2018 - Jeunes Talents - Jean-Philippe Wurtz - Académie supérieure de Musique de Strasbourg  -HEAR - Photo: lfdd


Suit une composition de Franck Zappa himself Dupree's Paradise (1950-1954 révisée en 1960-61). La pièce décrivant une ambiance da bar au petit matin fait plutôt penser à une campagne fleurie et à des images sympathiques de dessins animés avec animaux de Walt Disney sur des airs enjoués et fleuris.


Musica 2018 - Jeunes Talents - Jean-Philippe Wurtz - Académie supérieure de Musique de Strasbourg  -HEAR - Photo: lfdd


En terme de dessin animé, de cartoon, c'est le déclic qui a conduit John Adams a trouver la clé pour écrire sa Chamber Symphony en regard de Symphonie de Chambre d'Arnold Schoenberg: "La tradition de la bande musicale des dessins animés américains m'a suggéré par ailleurs un modèle de musique à la fois flamboyante, virtuose et polyphonique". Et le résultat en est effectivement un feu d'artifice et un réel plaisr que l'orchestre des jeunes dirigés par Jean-Philippe Wurtz avec de très belles performance des jeunes musiciens dont Na Rae Kim au synthétiseur, Salomé Rauel au violon, les percusions de Tim Hanquet, les vents, avec Agathe Goichot à la flute, Kaveh Vaziri au hautbois, Léa Castello aux clarinettes, Daisy Dugardin à la clarientte et la clarinette basse, Jules Postel au basson, Gerald Porretti au Basson et Contrebasson, Ali Gonzalez au cor, Dimitri Debroutelle au Trombone, Nathan Adenot à l'alto, Solène Queyras au violoncelle et Victor Robin à la contrebasse, et Guido Pedicone à l'informatique musicale assisté de Roman Carvajal...
Un très belle matinée avec de très belles oeuvres.

"Comme à la Radio..." Hörspiel...


"Vais-je encore prendre le train pour Strasbourg ?" 


Musica 2018 - Hörspiel - David Jisse - Photo: lfdd

C'est la question, qu'en septembre les amateurs de musique contemporaine se posent depuis trente-cinq ans et qu'on entend dans le Hörspiel que nous a préparé - qu'il est encore en train de fignoler à l'entrée du public dans l'aula Marc Bloch du Palais Universitaire de Strasbourg David Jisse pour ce voyage dans la mémoire auditive du Festival Musica: Mélange de répétitions, d'émissions radio (France Culture, France Musique,...), de reportages, d'interviews, et de textes dits en direct par David Jisse, et même d'une chanson de cabaret - d'Aristide Bruant "Rue Saint Vincent" troublante et émouvante dans son message qu'il interprète en direct sur la bande son:
"Elle avait sous sa toque de martre,
Sur la butte Montmartre,
Un petit air innocent.
On l'appelait rose, elle était belle,
À sentait bon la fleur nouvelle,
Rue Saint-Vincent.
Elle avait pas connu son père,
Elle avait plus de mère,
Et depuis 1900,
À demeurait chez sa vieille aïeule
Où qu'à s'élevait comme ça, toute seule,
Rue Saint-Vincent."


Musica 2018 - Hörspiel - David Jisse - Photo: lfdd

Il commence, comme un maître devant son auditoire qui s'allonge par terre sur un tapis avec des coussins s'il ne choisit les chaises longues.. Mais les auditeurs ne l'écoutent pas, ils ont un casque sur les oreilles où un familier en leur chuchottant ses états d'âmes "ose mélanger sa voix avec celle d'immenses compositeurs".
Il ose même montrer sa cuisine en "montant" au ciseau sur son magnétophone le titre de l'émission en direct "Comme à la Radio, Comme, comme à la radio" et se permettant des commentaires et dialogues en direct avec un régisseur invisible et un accueil en "off" (avant qu'il ait mis son casque) du directeur de Musica Jean-Dominique Marco ("Le Marco Sans Maître" comme l'aurait surmommé Pierre Boulez).


Musica 2018 - Hörspiel - David Jisse - Photo: lfdd

Ce Hörspiel, pièce radiophonique riche de rémémorations historiques et nostalgiques (pour la partie du public qui l'a connu) nous plonge dans des réseaux neuronaux où se supperposent paroles de compositeurs, textes d'écrivains, ambiances et citations, sons et bruits, musiques et paroles qui nous font voyager une bonne heure de bonheur avec le sens qui "l'ouie, la porte vers l'autre monde..."
Et cultive la frustration (on a envie que ça continue, on a envie d'en savoir davantage et de connaître la suite de l'histoire...
Mais David Jisse, sur une proposition qui nous laisse un peu sur notre faim "Et si un jour il arrivait que les sons qui sont laids soient beaux" termine son Hörspeil en nous laissant réfléchir à l'hypothèse "Si nous laissons de côté la beauté, qu'est-ce qui nous reste?"
On demande la suite!

A suivre...


La Fleur du Dimanche 

mercredi 19 septembre 2018

Musica 2018 : Départ en fanfare avec Zappa

En pré-ouverture, ce mercredi 19 septembre, Musica concocte un hommage à Frank Zappa, génial - et iconoclaste musicien qui a transgressé les frontières de la musique, s'adonnant autant au rock et à la pop et du jazz à la musique contemporaine.

Celui qui, autodidacte a décidé de faire de la musique en écoutant Edgar Varèse et découvrant plus tard Stravinsky et Webern commence par faire de la batterie et puis devient un as de la guitare (22ème meilleur joueur mondial de guitare au classement du magazine Rolling Stones en 2011).
Son libre parler et son indépendance d'esprit lui valurent d'être moins connu (et souvent censuré) aux Etats-Unis qu'en Europe - la chanson Bobby Brown, N°1 au Hit-Parade 11 semaines en Norvège et 3 semaines en Suède sera interdite aux USA.
Il a été interprété par Pierre Boulez (le 33 tour paru en 1984 Boulez Conducts Zappa: The Perfect Stranger) et a également dirigé Varèse. 





"Eat That Question: Frank Zappa in His Own Words"

On le voit dans le documentaire de Thorsten Schütte "Eat That Question: Frank Zappa in His Own Words" 2016, basé sur un très riche et intéressant fonds d'émissions de télévisions et autres et projeté au cinéma UGC ce mercredi 19 septembre. Un film qui retrace la carrière de ce personnage insolite et nous permet de voir à la fois des concertes, mais également Franck Zappa à l'oeuvre - en composition et sur sa machine -un des premiers ordinateurs de composition - le Synclavier - qui lui permet de composer entre autres les morceaux interprétés par Boulez. Un autre intérêt du film, c'est - grâce au sous-titrage - de mieux connaitre les paroles - il faut dire que la mélodie s'apparente souvent plus à de la musique contemporain qu'à de la pop music. Et Bobby Brown n'étant pas le meilleur exemple en terme de mélodie contemporaine:


Bobby Brown

Comme il est dit sur Wikipédia:
Cette chanson humoristique évoque le personnage de Bobby Brown qui se présente comme le « rêve américain », un « mignon fils de pute » séducteur invétéré dont l'existence bascule quand il a un rapport sexuel avec « une lesbienne du nom de Freddie ». Il ne sait plus dès lors s'il est « un garçon ou une fille » et devient une figure transsexuelle.

Bobby Brown (Goes Down) 
(Bobby Brown(Suce des Queues)

Hey there, people, I'm Bobby Brown
C'est moi, Bobby Brown c'est mon nom,
They say I'm the cutest boy in town
En ville ils s'accordent tous à dire que j'suis le plus mignon.
My car is fast, my teeth is shiny
J'ai une bagnole de compet', des dents qui brillent
I tell all the girls they can kiss my heinie
Je me fais baiser le cul par toutes les filles
Here I am at a famous school
Je suis dans une grande Université,
I'm dressin' sharp 'n' I'm acting cool 
Je m'habille classe, j'ai un style décontracté
I got a cheerleader here wants to help with my paper
Une pom-pom girl veut m'aider pour mon exposé
Let her do all the work 'n' maybe later I'll rape her
J'la laisse faire tout le boulot, et peut-être qu'après j'me la violerai.

Oh God I am the American dream
Ho seigneur je suis le rêve américain,
I do not think I'm too extreme
Ça va, j'pense pas que je vais trop loin
An' I'm a handsome son of a bitch
Et je suis putain de canon,
I'm gonna get a good job 'n' be real rich
J'vais me dégoter un bon job et me faire beaucoup de pognon
Get a good
Un bon p'tit
Get a good
Un bon p'tit
Get a good
Un bon p'tit
Get a good job 

Un bon p'tit job...
...




200 Motels - The Suites.


L'évènement attendu étant le Méga-concert mixte film et orchestre de la création de Franck Zappa 200 Motels dont Esa-Pekka Salonen a réalisé une nouvelle édition de l’oratorio pop-rock : 200 Motels - The Suites. Transposé à la scène par Antoine Gindt, avec la vidéo de Philippe Béziat, cette musique décapante, aux thèmes toujours actuels reprend cette composition sur laquelle Zappa a travaillé pendant des années lors de ses tournées.

A voir au Zénith de Strasbourg ce vendredi 21 septembre à 20h30:





Franck Zappa était un homme de concert et de tournées. Beaucoup de ses disques ont été enregistrés en direct et pendant cinq ans de tournées avec son groupe The Mothers of Invention il a donné plus de deux cents concerts... Pendant ces tournées, il a écrit l'oratorio pop-rock 200 Motels dont il a fait un disque, un film et un concert. Ce matériau a été la substance de 200 Motels - The Suites où l'on assiste à la vie trépidante et passionnante (c'et un euphémisme) d'un groupe rock dans les villes profondes - "Centerville" en est l'exemple sypmtomatique.

Musica 2018 - 200 Motels - The Suites - Photo: lfdd

La pièce inclut un orchestre symphonique - l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg, sous la direction de Léo Warynski, un groupe rock - The Headshakers, qui arrivent à nous faire croire qu'ils sont l'orchestre de Franck Zappa dans quelques reprises qu'ils font de ses morceaux - les Percussions de Strasbourg, l'ensemble vocal Les Métaboles - créé en 2010 par Léo Warynski - et une troupe de comédiens-chanteurs qui vont nous accompagner pendant près de deux heures dans les tribulations de cette petite troupe très remuante et iconoclaste.

Musica 2018 - 200 Motels - The Suites - Photo: lfdd

Dès l'entrée, l'animateur TV (Lionel Peintre) accueille le public et interwieve les spectateurs qui se prennent au jeu, avec Janet (Marian Ruiz) la journaliste. La pièce se basant sur un faux reportage pour une télévision locale sur ce groupe perdu à Centreville et souffrant des affres (le sandwich au thon sous vide) ou des réflexions philosophiques (la taille du pénis) qui se présentent lors d'une tournée. Nous y rencontrons un duo Mark (Zachary Wilder) et Howard (Nichols Scott) qui font preuve d'un formidable entrain et assurent une très belle prestation, la Soprano Solo (Mélanie Boisvert) qui sera l'interprète d'une chansons c... The Pleated Gazelle (La gazelle plissée), occasion pour Frank (F. Zappa - Dominique Gould) d'expliquer son travail hautement intellectuel de création et de composition de chanson et de ses effets sur le public. 

Musica 2018 - 200 Motels - The Suites - Photo: lfdd

On retrouve bien là l'esprit entre Dada, Anar et typiquement zappayen et son humour décapant. Humour qui envahit bien sûr l'ensemble de la pièce et que chacun des protagonistes porte à merveille dans une mise en scène vribrionnante et enlevée d'Antoine Gindt qui ne rate ni les effets soutenus de sous-entendus ou de sexe clairement exprimés et montrés, ni de garder le rythme soutenu de cette troupe déjantée. Les deux "majorettes" pom-pom girls Lucy (Aliénor Feix) et Janet (Marina Ruiz) habitant également et totalement avec corps et voix - et humour - la scène et l'écran. Sans oublier Rance (Nicholas Isherwood) dont le personnage un peu étrange et louche ponctue la pièce et intervient lors du débat philosophique - et linguistique - sur le pénis.

Musica 2018 - 200 Motels - The Suites - Photo: lfdd

Au niveau musique, nous avons donc l'occasion d'admirer toute la palette de composition de Franck Zappa, des morceaux blues ou rock dans toute sa variété, mais également les airs classiques ou contemporains en solo, duo ou choeurs et les compositions plus orchestrales, qu'elles soient influencées - ou en hommage à des musiciens classiques ou franchemtn contemporains - il nous semble avoir entendus des airs de Prokofiev à Stravinski, et d'autres, plus proches de Varèse ou de la musique d'aujourd'hui.
L'Orchestre Philharmonique de Strasbourg, bien que sûrement décoiffé, s'en est magistralement sorti sous la direction de Léo Warynski et l'ensemble de cette création dense et variée a fait le bonheur d'un public ravi qui n'a pas ménagé ses applaudissements.    


Musica 2018 - 200 Motels - The Suites - Marina Riuz (Janet) a la Banane - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche


mardi 18 septembre 2018

La Pomme dans le noir au TNS: Un western au Paradis... du verbe et de la chair

Pour ouvrir la saison 2018-19 au TNS, un roman de Clarice Lispector "Les bâtisseurs de ruines" est adapté et mis en scène par Marie-Christine Sona sous le titre original brésilien "La Pomme dans le noir". 

Vous allez me dire, "Un roman adapté, pourquoi pas du théâtre?" mais c'est bien une représentation théâtrale à laquelle nous assistons à l'espace Grüber. Et la réponse de Marie-Christine Sona dans le livret du TNS est totalement juste:
"Ce qui déclenche mon envie de mettre en scène, c'est d'être transportée par une oeuvre au point de me demander: qu'est-ce qui m'arrive? C'est cette sensation qui me donne envie d'y consacrer un temps de ma vie.
Je m'étais tout de suite dit que le roman pourrait exister au théâtre.
...
Au final, j'ai pensé que oui, le roman pouvait exister au théâtre."


TNS- La Pomme dans le noir - Photo: Christophe Raynaud de Lage

Et l'ingénieuse mise en scène de Marie-Christine Sona fait que c'est le personnage principal du roman, Martin (magnifique interprétation tout au long des deux heures et demie de spectacle de Pierre-François Garel) qui nous conte dans le noien la chuchotant dans l'oreille du spectateur, le début de son histoire et sa fuite, qui l'amène dans le "ranch" de Victoria;


TNS- La Pomme dans le noir - Photo: Christophe Raynaud de Lage

"Un homme, un jour doit avoir une grande colère. Je l'ai eue."

Et nous allons assiter à ce huis-clos à trois: Martin, Victoria et Ermelinda, sous le regard distant du jardinier.
Et c'est de jardinage - intérieur - qu'il va s'agir... Martin va se coltiner la terre - "il portait en lui le grand silence des plantes" - et va, au travers du verbe, se confronter à ces deux femmes et tous les trois vont faire leur chemin dans la vie, dans la connaissance de soi et de l'amour et se révéler à eux-mêmes. Comme la Pomme dans le noir du jardin d'Eden qu'il faut toucher, au fur et à mesure de ce western oral - des échanges de tirs, de silences, de regards et de gestes - une catharsis se fait et chacun se découvre et se révèle à l'instar du film de Pasolini Théorème. Et cette reconquête du vrai et de la parole leur permet de sortir chacun et chacune du mensonge et d'arriver à la révélation (presque mystique) de leur être. 


TNS- La Pomme dans le noir - Photo: Christophe Raynaud de Lage

"Détruire sa vie pour la reconstruire"

Ermelinda - évanescente et fantomatique Mélodie Richard - va s'émanciper de ses rêves. Victoria, solidement campée par Dominique Reymond va révéler ses fêlures et son feu ardent - "la joie doit être un secret". Et Martin en rencontrant son destin, tout en s'oubliant dans un épuisement physique dont on ne s'attend pas au théâtre va se réconcilier avec soi-même tout en "niant l'espérance".

Tout du long, la langue de Clarice Lispector "sensuelle et métaphysique", très bien traduite par Violante Do Canto et incarnée par les magnifiques comédiens nous submerge et nous éblouit et les images de western de Raymonde Couvreu nous font totalement adhérer aux aspects de drame antique qui sous-tendent la pièce. 


TNS- La Pomme dans le noir - Photo: Christophe Raynaud de Lage

"Avant de mourir un homme a besoin de savoir."

Ces révélations, que nous suivons à la fois avec et en dedans des personnages, nous permet de les comprendre un peu mieux - et nous et les autres dans le même mouvement - et d'avoir de la bienveillance - et de l'amour - pour eux et d'oser aussi nous-même nous dire que le chemin est encore à faire.

Et si vous n'avez pas été au théâtre voir un "roman adapté", à le faire de toute urgence...

Bon spectacle

La Fleur du Dimanche 


La Pomme dans le noir

du 18 au 28 septembre 2018

D’après le roman Le Bâtisseur de ruines de Clarice Lispector
Traduction Violante Do Canto
Mise en scène, adaptation et lumière Marie-Christine Soma
Avec Carlo Brandt, Pierre-François Garel, Dominique Reymond, Mélodie Richard
Scénographie Mathieu Lorry-Dupuy
Son Xavier Jacquot
Images Raymonde Couvreu assistée de Giuseppe Greco
Costumes Sabine Siegwalt
Assistanat à la mise en scène Marie Cousseau

Production MC93 — Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
Coproduction Centre dramatique national de Tours – Théâtre Olympia
Avec le soutien de La Colline – théâtre national, du Théâtre National de Strasbourg, de la MC2: Grenoble

Spectacle créé le 20 septembre 2017 à la MC93
Dominique Reymond est actrice associée au TNS

Le Bâtisseur de ruines est publié aux éditions Gallimard − Collection L’Imaginaire


dimanche 16 septembre 2018

18e Biennale de la Danse Lyon: l'Europe danse et tout le monde défile, même les spectateurs en virtuel

Pour sa dix-huitième édition, l'âge de la maturité, la Biennale de la Danse de Lyon, lancée par Guy Darmet et dont Dominique Hervieu a pris le relais, s'ouvre sur l'Europe et célèbre la Paix.
Pour le traditionnel défilé, en ce 16 septembre, c'est Latifa Ibn Ziaten qui avait créé l'association Imad-Ibn-Ziaten pour la jeunesse et pour la paix en mémoire de son fils assassiné en 2012 par Mohamed Merrah qui en est la marraine. 




Plus d'une douzaine de groupes de Lyon et alentour (Vénissieux, Bron, Villeurbanne, Feyzin, Saint Fons, Bron, Vienne, Drôme, Ardèche, Savoie, ...) ont défilé nombreux: quatre mille cinq cents danseurs pour deux à trois cent mille spectateurs pleins d'enthousiasme, sur un parcours réduit, mais de retour au centre ville et qui s'est conclu place Bellecour en chansons, dont Imagine de John Lennon. 




Les spectacles avaient déjà démarrés le mardi 11 septmbre pour Maguy Marin au TNP de Villeurbanne avec Ligne de Crète:
Voir le billet: "Ligne de Crète -  Ça dure jusqu'à ce que ça sature") 
et la re-création de Peeping Tom: 31 rue Vandenbranden à l'Opéra:  Voir le billet: 31 rue Vandenbranden : moi, mon double et l’autre). 

Patrice Thibaud avec Welcome au Radiant à Calluire-et-Cuire et le CNDC d'Angers au Théâtre des Célestins avec un hommage à Merce Cunningham ont pris le relais avant la création de Mourad Merzouki Vertikal à la Maison de la Danse:
Voir le billet: Mourad Merzouki: Tentative d’élévation).

Fabrice Lambert prend le relais le 19 septembre avec Aujourd'hui, Sauvage au Tobogan à Décines et Miet Warlop au TNG Lyon - Vaisse. Puis suivent les créations d'Alessandro Sciarroni, Dona Doherty, Rachid Ouramdane, Thoma Hauert, Josef Nadj Wang Ramirez, d'Angelin Preljocaj, Saburo Teshigawara, Yann Bourgeois, Kader Attou et Yann Gallois et bien d'autres spectacles qui vont se succéder jusqu'au 30 septembre.
Des parcours dans la ville avec Yuval Pick, Oona Dogerty et d'autres, avec de jeunes troupes, des écoles ou des amateurs dans différents lieux de Lyon ou autour. Julie Desprairies propose un "Inventaire dansé de Villeurbanne" en impliquant les habitants et Jérôme Bel invite le public à une performance dans le Grand Hôtel-Dieu où chacun est libre de passer le temps qu'il veut avec une danseuse pour expérimenter la lenteur et la relaxation.

Un autre axe qui prend de l'importance, avec des créations spécifiques pour cette Biennale, ce sont les aspects "nouvelle technologie" avec la VR (Réalité Virtuelle, la réalité augmentée et la réalité "mixte").
Au Théâtre Nouvelle Génération, nouvel espace appelé à se développer, Gilles Jobin avec les moyens techniques d'Artanim invite cinq spectateurs à expérimenter dans VR_I trois univers (un désert, une maison design et un environnement urbain dans lesquels ils seront confrontés tous ensemble aux danseurs de la troupe dans une expérience originale et surprenante. 




Yoann Bourgeois avec Michel Reilhac à la réalisation de Fugue VR va immerger en 360 degrés quelques spectateurs dans un film où l'expérience impliquera fortement les sens des participants.



D'autres expériences attendent les curieux au Grand Hôtel Dieu avec des film en VR ou en vidéo 360 de France, du Canada, d'Israël, des USA ou de Suède.
Une vaste programmation de films complète ces proposition, ainsi que des rencontres professionnelles sur le sujet.
La 18e Biennale 2018 de la Danse augure avec la plateforme et le Focus Danse Européen ainsi que les autres colaborations, dont la Triennale de Yokohama, d'une belle vitalité et d'un ferment de rencontre et de création.

La Fleur du Dimanche

Programme completde la 18ième Biennale de la Danse de Lyon ici:
https://www.biennaledeladanse.com/   



vendredi 14 septembre 2018

Biennale de la Danse de Lyon 2018 : Vertikal - Mourad Merzouki: Tentative d’élévation


Dans le cadre de la 18ème Biennale de Danse de Lyon, Mourad Merzouki, enfant chéri de la génération hip-hop découvert à Lyon à la Maison de la Danse il y a une vingtaine d'années, y revient avec une proposition qui interroge sa démarche en radical chamboulement avec Vertikal en création le 14 septembre 2018.


Biennale de la Danse de Lyon - Mourad Merzouki - Vertikal -  Kafig


Une fente de lumière, bleue, dans laquelle les danseurs apparaissent et disparaissent devient un espace entre deux tours qui s’éloignent pour ouvrir l’espace. Longtemps baignés dans cette lumière bleue qui souligne leurs mains qui émergent de leurs costumes en jean, les dix interprètes évoluent en fond de scène en dialogue et apparitions disparitions sur la musique englobante et envoutante d’Armand Amar. Le décor s’ouvre, les tours se font espace et délimitations, la troupe occupe l’espace, quelquefois l’un(e) ou l’autre tente une envolée, en suspension, mais quelquefois aussi, celui qui semble voler est mû uniquement par la force de son énergie. Le désir d’apesanteur est intrinsèque à la danse et les danseurs de la compagnie Käfig ont l’énergie suffisante pour déjouer l’attraction. Le chorégraphe Mourad Merzouki désirait expérimenter une autre façon de voir la danse, surtout hip-hop, souvent à ras du sol avec cette création « Vertikal ». 

Biennale de la Danse de Lyon - Mourad Merzouki - Vertikal -  Kafig


Pendant plus d’une heure nous avons pu faire le tour du concept de la verticalité, et avec beaucoup de bonheur et de surprises, du clin d’œil à la marionnette (ne sommes-nous pas à Lyon, patrie de Guignol), en passant par la danse-escalade et le redressement du plateau à la verticale par une belle illusion en évitant le piège de la crucifixion, en passant par un magnifique solo volant où le partenaire rigger en coulisse était en totale symbiose avec la danseuse, pour finir par des jeux de cache-cache et une chorégraphie d’ensemble avec des élastiques tout en harmonie.




Preuve en est que le hip-hop a trouvé un nouvel élan ici.    


La Fleur du Dimanche

Vertikal
Compagnie Käfig CCN Créteil & Val de Marne 
Création le 8 septembre 2018 à la Comédie de Valence
A la Maison de la Danse de Lyon
du 14 au 27 septembre 2018

Biennale de la Danse de Lyon 2018 : Maguy Marin: Ligne de Crète - Ça dure jusqu'à ce que ça sature


Des fantômes errent dans des couloirs dans la pénombre, démultipliés par leurs reflets sur les parois vitrées d’un labyrinthe qui les canalise et les entrave. Des bruits sourds de machines enflent et la lumière doucement éclaire une espèce d’espace open space vide de presque tout tandis que trois hommes et trois femmes s’aventurent dans ce dédale vitré, entre détermination et valse-hésitation. Ils et elles commencent à prendre possession de ces bureaux-nomades en y installant des objets familiers – ordinateur et autres matériel de bureau et des victuailles et boissons. 

Maguy Marin - Ramdam

Au fur et à mesure que la lumière vient sur cette scène, nous distinguons mieux ces six personnages affairés, téléphonant et mangeant tout en rangeant – façon de parler – les multiples objets-livraisons qu’ils rapportent des coulisses dans un immuable parcours en zigzags dans les étroites allées de verre où, quelquefois ils s’immobilisent, tremblent sur place ou font quelques pas en arrière. A trois, à deux ou seuls, ils se croisent, se suivent et s’évitent de justesse, les bras chargés à chaque voyage qui se termine immuablement par un dépôt – empilement dans leur espace ou un autre qu’ils s’approprient en trop plein. Les couleurs des emballages, primaires de rouge, vert et jaune font écho aux vêtements des femmes jaunes, rouges et mauve avec des variantes de vert. 
Et inlassablement, inexorablement l’espace se remplit d’objets divers et variés, la lumière varie et les gestes et déplacements des danseurs se répètent avec quelques variations d’accessoires, et même de tenue, jusqu’à la nudité. L’empilement, l’accumulation visuelle et sonore qui nous confronte frontalement à l’abondance, au surplus, à la surconsommation et aux gestes frénétiques et inconscients vis-à-vis de nos habitudes sociales, de communication et de consommation nous amènent à une surcharge, une saturation qui devient oppressante et où l’on se demande qui va craquer en premier. 
Ce seront les danseurs, exténués, entravés dans leurs déplacement, tels des robots en game over ne faisant plus que des allers-retours frénétiques, trois pas en avant, trois pas en arrière, qui marquent la fin de la partie. A nous d’en tirer les conclusions. En tout cas, les six danseurs se sont magnifiquement tirés de cette épreuve pire que les mythes de Sisyphe et des Danaïdes réunis. Et pour sa nouvelle création, Maguy Marin et sa compagnie Ramdam avec Ulises Alvarez, Françoise Leick, Louise Mariotte, Cathy Polo, Ennio Sammarco et Marcello Sepulveda n’ont rien perdus de leur regard acerbe et critique sur notre société contemporaine. Sans oublier Charlie Aubry pour le son et le dispositif scnéique et bien sûr Albin Chavignon et Balyam Ballabeni pour la réalisation du dispositif scénique, Alexandre Beneteaud pour la lumière, Nelly Geyres pour les costumes et Chloé Barbe pour la régie son.


Biennale de la Danse de Lyon - Ligne de Crète - Maguy Marin - saluts - Photo: Scèneweb


La Fleur du Dimanche

Ligne de Crète a été créé lors de la 18ème Biennale de la Danse de Lyon le 11 septembre 2018
Représentations
du 11 au 15 sept Théâtre national populaire - Villeurbanne


Tournée : 

25 septembre au 06 octobre 2018 - Théâtre des Abbesses - Paris
12 au 14 octobre 2018 - Théâtre Gérard Philipe - Saint-Denis
06 et 07 février 2019 - Humain trop humain - CDN Montpellier
30 mars 2019 - Salle Jacques Brel - Fontenay en Scènes - Biennale de danse du Val de Marne
04 avril 2019 -  Théâtre Edwige Feuillère - Vesoul
09 avril 2019 - Le Dôme de Gascogne - CIRC - Auch
11 avril 2019 - Le Parvis Scène Nationale Tarbes-Pyrénées
du 22 au 24 mai - Théâtre Garonne, scène européenne - Toulouse