mardi 17 octobre 2017

Le Pays Lointain de Jean-Luc Lagarce: Où l'on convoque les fantômes

L'on a coutume de dire que quand on est sur le point de mourir, on revoit sa vie qui défile devant ses yeux en quelques secondes.
Pour la pièce Le Pays Lointain, de Jean-Luc Lagarce, Louis, qui sait qu'il va mourir, va faire défiler, non en quelques secondes ou quelques minutes, mais en plus de trois heures quelques figures de personnes proches, la famille et ses amis, qui ont marqué sa vie. Et le temps passe et l'on s'embarque dans ce dernier voyage immobile et l'on revoit sa vie, à l'occasion de sa dernière visite à sa famille.

Cela commence par un prologue où Louis - magistral Loïc Corbery de la Comédie Française - , "De longue date" l'ami qui lui est attaché - Vincent Dissez, artiste associé au TNS, et "L'Amant mort déjà",  juvénile Louis Berthélémy, peu à peu mettent en place la règle du jeu et les personnages qui arrivent sur scène et qui vont être présentés ou se présentent pour que nous ne perdions pas le fil: d'un côté les amis, ceux qu'on a déjà cité et Hélène, Clémence Boué, "Un garçon, tous les garçons", Françis Nambot qui va, dans une séance de "revue des photos souvenir" incarner les amours multiples de Louis, et "Le Guerrier, tous les guerriers", Daniel San Pedro.

Et puis, la famille, celle qu'il a fui et où il revient pour annoncer sa mort prochaine, mais qu'il n'arrivera pas à énoncer. La famille, donc, sa mère, élégante et délicate Nada Strancar, son père, mort lui aussi, mais jeune, Stanley Weber, sa soeur, Suzanne, Audrey Bonnet, autre familière et associée du TNS qui ici incarne à merveille cette soeur à fleur de peau, son frère, Antoine, Guillaume Ravoire et sa femme Catherine, Aymeline Alix.

Le Pays Lointain - Jean-Luc Lagarce - Clément Hervieu-Léger - Photo: Jean-Louis Fernandez


Le texte de Jean-Luc Lagarce, son vocabulaire tournoyant qui se cherche, se répète en se précisant fonctionne bien à l'image de (des) personnage(s) -  peut-être un peu moins avec la belle-soeur - parce que ces gens-là doutent.... Et n'osent pas dire ce qu'ils ont sur le coeur. Parce la pièce joue effectivement sur tout le non-dit et sur l'impossibilité de dire (concrètement on dit "tourner autour du pot"). Mais cela convient parfaitement au personnage de Léon qui vient pour ne pas dire, parce qu'il a peur? de quoi? parce qu'il n'ose pas? Parce qu'en fait, pour lui, il est impossible de "dire". 
Comme le souligne Clément Hervieux-Léger, le metteur en scène: "Pourquoi redire? Pour affirmer? Cacher? Etre sûr d'être compris ou, à l'inverse, s'éloigner du coeur du discours?"
...  "La question de l'engagement dans les mots, dans la vie, est au coeur de toutes les oeuvres que j'ai mises en scène."

Le Pays Lointain - Jean-Luc Lagarce - Clément Hervieu-Léger - Photo: Jean-Louis Fernandez


Mais la magie du théâtre, c'est que tout est dit quand même... Et de quelle belle manière. En fait la pièce va beaucoup plus loin que du théâtre. Alors que nous sommes dans un dispositif qui ressemble à une tragédie antique avec le choeur qui reprend en écho le cours de la vie contée par Louis, le dispositif du récit - et la scénographie et la lumière y participent - va plutôt dans un univers cinématographique avec des plans, des séquences, des coupes, des zooms, des changements de personnages que l'on conçoit plus facilement dans un film que sur un plateau de théâtre. La narration ou l'action passe d'un personnage à l'autre ou d'un groupe à un autre, ou même d'un temps, d'une époque à une autre dans une dynamique étorudissante et enroulante.  La mise en scène très intelligente et fluide nous fait passer d'un personnage et d'un récit à un autre dans une continuité toute en rupture, alors que tous les personnages sont constamment sur scène.... Et ce long fleuve de la vie qui grossit et qui va finalement gronder se dessine devant nos yeux dans un flot de paroles et un déferlement d'épisodes et de personnages qui nous submergent tout au long de la pièce.... Mieux que du cinéma !






La Fleur du Dimanche 

LE PAYS LOINTAIN

CRÉATION AU TNS le 26 septembre
jusqu'au 13 octobre 2017

Tournée
Scène Nationale d’Albi:  17-18 oct 2017
Théâtre de Cornouaille - Scène Nationale de Quimper: 20-21 nov 2017
Célestins - Théâtre de Lyon: 24-28 avril 2018
Théâtre de Caen: 15-16 mai 2018
L’Arsenal - Val de Reuil: 18 mai 2018
L’Entracte - Scène Conventionnée de Sablé sur Sarthe: 22 mai 2018

Châteauvallon - Scène Nationale: 25-26 mai 2018

COPRODUCTION

Texte Jean-Luc Lagarce
Mise en scène Clément Hervieu-Léger
Avec Aymeline Alix, Louis Berthélemy, Audrey Bonnet, Clémence Boué, Loïc Corbery de la Comédie-Française, Vincent Dissez, François Nambot, Guillaume Ravoire, Daniel San Pedro, Nada Strancar, Stanley Weber

Collaboration artistique Frédérique Plain
Musique Pascal Sangla
Scénographie Aurélie Maestre
Costumes Caroline de Vivaise
Lumière Bertrand Couderc
Son Jean-Luc Ristord

Production Compagnie des Petits Champs
Coproduction Théâtre National de Strasbourg, Théâtre de Caen, Châteauvallon - Scène nationale, Célestins - Théâtre de Lyon, Scène nationale d’Albi, L’Entracte - Scène conventionnée de Sablé sur Sarthe

Audrey Bonnet et Vincent Dissez sont artistes associés au TNS
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS
Le texte est publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs

La Compagnie des Petits Champs est conventionnée par la DRAC Normandie, le ministère de la Culture et de la Communication et reçoit le soutien de la Région Normandie, du Département de l’Eure et de l’Odia-Normandie


Création le 26 septembre 2017 au Théâtre National de Strasbourg

dimanche 15 octobre 2017

Les vacances de la Fleur - Raymond et son cactus familial: le bonheur est dans le piquant

La Fleur du Dimanche est en vacances et cède son espace à l'invité du jour: Raymond P. qui nous offre ses piquants de bonheur familial et familier. 
Et quelques "découvertes chansonnistiques", deux qu'il propose - si vous les connaissiez, dites-le moi - et deux qui vont en écho des 20 ans chantés, plus une prime.... 


Cactus Mammillaria - Photo: Raymond P.

En TVA il nous propose une réflexion du peintre Camille Claus:

"Dans ma chambre penchée, sous le toit,
je peins.
Il y a une toile tendue et mes mains
pleines de couleurs. Je peins. Rien d’autre.
Pas de réflexions, de calculs, de prière.
Des amis disent : Tu es heureux dans ton atelier.
Heureux ? Ce mot n’a aucun sens. Je suis loin du bien et du mal.
Je peins.
Tout au plus pourrait-on appeler cela : vivre."

Camille Claus - Le Miroir (Ed. F.-X. Le Roux, 1952)



Sa première chanson: Donoré - Tout s'envolera 


La conclusion:
"La vie est une brindille
Qui siffle dans le vent"


Sa deuxième, J'ai un pays à visiter par Céline et Barbara Deschamps:






Pour célébrer nos vingt ans, une chanson de Alain Aurenche: Et après:



Et les amours de Claude Léveillée: Frédéric  





Et bien sûr il ne faut pas oublier de dire OUI avec François Béranger....




La Fleur du Dimanche


Rappel : La Fleur du Dimanche en vacances a comme invité(e)s les dimanches d'été:  
Dimanche 16 juillet 2017: Sylviane Lokay Joly.
Dimanche 23 juillet 2017: Dominique-Anne Offner
Dimanche 30 juillet 2017: Philippe Lutz
Dimanche  6 août 2017:    Jean Valéra
Dimanche 13 août 2017:    Dominique Haettel
Dimanche 20 août 2017:    Philippe Colignon
Dimanche 27 août 2017:    Anne-Sophie Tschiegg

Dimanche  3 septembre:    Yvonne Sprauel 
Dimanche 10 septembre:    Béatrice S.
Dimanche 17 septembre:    Monique Z.
Dimanche 24 septembre:    Cathy G.
Dimanche 1er octobre:     Mécheri Miloud

jeudi 12 octobre 2017

Festival Voix Etouffées: Avec Accroche Note, la voix traverse les siècles

Le Festival Voix étouffées - Mémoire d'exil qui a débuté le 1er octobre par un concert au Mémorial d’Alsace-Moselle à Schirmeck avec Kurt Weill et de chansons d’amour afghanes, puis à Ostwald le 8 octobre avec le Choeur Philharmonique de Strasbourg et l'Ensemble Voix Etouffées fait sa troisième étape ce 12 octobre 2017 à l'Église Saint-Guillaume à Strasbourg avec un programme de musiciens qui ont tous subi les interdictions par les nazis du fait de leur origine juive ou qui même, comme Josef Koffer a été assassiné.

Le programme coproduit par le Forum Voix étouffées avec Accroche Note est l'occasion de découvrir des oeuvres de Kurt Weil ou Hans Eisler que l'on ne connait pas forcément, de Josef Koffer, musicien polonais ou de Franz Schrecker, dont la carrière a été brisée par les nazis.

Frauentanz - Kurt Weill (1900-1950) pour soprano, clarinette, basson, cor et alto reprend sept chansons de troubadour, sept variation qui permettent à l'ensemble de montrer sa diversité et à Françoise Kubler de donner de la voix.
Je vous en propose le dernier:

Ich schlaf, ich wach

Ich schlaf, ich wach,
Ich geh, ich steh,
Ich kann dein nit vergessen.
Mich deucht, dass ich
Dich allzeit see,
Du hast mein Herz besessen.
Wie hübsch sein dein Gebärden.
Für dir hab ich nun gar kein Ruh
Auf dieser Welt und Erden.

Festival Voix Etouffées - Accroche Note - Photo: lfdd

Pour Vierzehn arten, den Regen zu beschreiben de Hanns Eisler, l'ensemble - flute, clarinette, violon, violoncelle, piano sous la direction Amaury du Closel, nous joue la partition d'un film muet expérimental de Joris Ivens  et avec les variations orchestrales de rythme et de mélodies, nous arrivons très bien à imaginer le film en noir et blanc et les multiples images de gouttes qui tombent.

Die Liebe de Jozef Koffler reprend, pour Soprano, clarinette, alto et violoncelle les paroles de l'épitre de Paul aux Corinthiens et que Brahms avait déjà mis en musique. Cette cantate est la seule oeuvre dodécaphonique du musicien qui l'a écrite dans une période très créative et il y a mis un but très idéaliste. Elle permet de montrer un autre aspect de l'ensemble Accroche Note et de la soprano.

La pièce suivante, Der Wind de Franz Schreker, pour violon, clarinette, cor, violoncelle et piano est au départ la musique d'un mimodrame, dont l'argument fut écrit par Grete Wiesenthal, mais qui ne fut malheureusement jamais dansé. L'interprétation de ce vent, d'abord brise légère dans laquelle on voit bien danser les jeunes gens, puis la tempête qui se lève et les emporte est impeccable.

Pour finir, et nous aurions aimé en avoir davantage, cinq poèmes de Christian Morgenstern mis en musique par Hans Eisler: Palmström pour récitante, flute/piccolo, clarinette, violon/alto et violoncelle.
En voici le cinquième,  TapetenblumeFleurs de tapisserie

"Tapetenblume bin ich fein,
kehr' wieder ohne Ende,
doch statt im Mai'n und Mondenschein,
auf jeder der vier Wände.

Du siehst mich nimmerdar genung,
so weit du blickst im Stübchen,
und folgst du mir per Rösselsprung -
wirst du verrückt, mein Liebchen."

Un très beau moment.

La Fleur du Dimanche


Programme
Jeudi 12 octobre:
Ensemble Accroche Note
Françoise Kubler, soprano
Anne-Cécile Cuniot, flute
Armand Angster, clarinette
Luca di Lazzaro, basson
Vincent Léonard, cor
Valentino Corvino, Violon et alto
Christophe Beau, violoncelle
Franco Venturine, piano
Amaury du Clauzel, direction 
production avec Accroche Note


Programme à venir:
  
Samedi 14 octobre 2017

Débat en partenariat avec la LICRA - 18h
Salle paroissiale Saint-Thomas

Concert - Église Saint-Thomas - 20h

Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Psaume 23
Alexandre Tansman (1897-1986) : Sinfonietta n°2
Jonas Jurkuna (né en 1978) : A Vogn Shikh (création française)
Erich Zeisl (1905-1959) : Requiem Ebraico sur le Psaume 92

Chœur de chambre Jauna Musika de Vilnius
Chef de chœur : Vaclovas Augustinas
Philharmonie morave d’Olomouc
République tchèque
Direction Pedro Amaral

Anne Derouard, soprano
Magali Paliès, mezzo-soprano
Adam Barro, baryton

Entrée libre avec plateau.


Dimanche 15 octobre 2017
Église Sainte-Croix - Kaysersberg - 17h

Alexander von Zemlinsky (1871-1942) : Psaume 23
Alexandre Tansman (1897-1986) : Sinfonietta n°2
Jonas Jurkuna (né en 1978) : A Vogn Shikh (création française)
Erich Zeisl (1905-1959) : Requiem Ebraico sur le Psaume 92

Chœur de chambre Jauna Musika de Vilnius
Chef de chœur : Vaclovas Augustinas
Philharmonie morave d’Olomouc
République tchèque
Direction : Amaury du Closel

Anne Derouard, soprano
Magali Paliès, mezzo-soprano
Adam Barro, baryton

Entrée libre avec plateau.


Jeudi 19 octobre 2017
Église Saint-Pierre-le-Jeune
Strasbourg – 20h
En partenariat avec le Consulat général d’Autriche
à Strasbourg

Gustav Mahler (1860-1911) / Erwin Stein (1885-1958) : Symphonie n°4, 3ème mouvement
Paul Hindemith ( 1895-1963) : Herodiade
Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Suite pour la pièce de Shakespeare Beaucoup de bruit pour rien
Ernst Toch (1887-1964) : Ouverture de l’opéra L’Eventail

Orchestre Symphonique Euro SFK
Jeunesses musicales de Klagenfurt - Autriche
Direction Ernest Hötzl

Entrée libre avec plateau.


Dimanche 29 octobre 2017
Centre européen du résistant déporté
Camp du Struthof - Natzwiller - 15h

Alexander Zemlinsky : Trois pièces. Humoreske, Lied, Tarentell
Alexandre Tansman : Cinq pièces. Toccata, Chanson et boîte à musique, Mouvement perpétuel, Aria, Basse ostinato
Erich Wolfgang Korngold : Trio op. 1

Beata Halska, violon
Laurence Disse, piano
Bertrand Malmasson, violoncelle

Entrée libre.


Dimanche 12 novembre 2017
Auditorium de Monceau Assurances  Vendôme - 17h

Kurt Weill (1900-1950) : Alabama Song
September Song - Mack The Knife - Speak Low
How Deep Is The Ocean

Chansons d’amour afghanes

Ensemble Voix Etouffées Orient / Occident
Abel Saint Bris, voix
Alexandre du Closel, piano/piano électrique
Constantin du Closel, batterie
Mujtaba Wardak, rubab
Jie Faizi, dotar
Mojtaba Ahmadi, percussions
Mustaid Awrangzeb, tablas
Milad Saremi, daf


Mardi 14 novembre 2017
Centre tchèque – Paris – 20h

Karl Amadeus Hartmann (1905-1963) Toccata
Stefan Wolpe (1902-1972)
2 Tänze : Blues & Tango (1926)
George Antheil (1900-1959) Jazz Sonata
Viktor Ullmann (1898-1944) Sonate n° 6

Moritz Ernst, piano

Billetterie en caisse du soir. Plein tarif 15 euros. Tarif réduit 10 euros pour étudiants, personnes âgées de + de 65 ans et demandeurs d’emploi, sur présentation d’un justificatif.

Renseignements : info@voixetouffees.org
www.voixetouffees.org

mercredi 11 octobre 2017

A Pôle Sud Kubilai Khan a vingt ans de prospectives: Bien sûr, les choses tournent mal

Kubilai Khan Investigation fête les vingt ans de la plateforme de cration artistique et d'échange à l'occasion de leur dernier spectacle présenté à Pôle Sud "Bien sûr, les choses tournent mal".

Même si le spectacle, s'inspire de l'essai coup de poing de Stephen Emmot "10 milliards" (le nombre d'humains sur terre en l'an 2050), le parcours de la troupe pilotée par Frank Micheletti peut se targuer d'un beau parcours et d'un beau succès, plus de 30 spectacles, représentés dans plus de 60 pays dans le monde et une troupe toujours dynamique et active.


Kubilai Khan - Bien sûr les choses tournent mal - Photo: lfdd

On y trouve quatre musiciens - Sheik Anorak, Benoît Bottex, Jean-Loup Faurat et Frank Micheletti himself qui a aussi fait la chorégraphie - qui ont composé et vont jouer la musique de spectacle en live, trois danseuses et un danseur - Gabriela Cecena, Sara Tan, Esse Vanderbruggen et Idio Chichava - venus de quatre pays (Mexique, Mozambique, Singapour et Belgique), au son Laurent Saussol, et à la lumière, depuis les débuts aussi, Ivan Mathis.

Kubilai Khan - Bien sûr les choses tournent mal - Photo: lfdd

Comme annoncé par le titre, le spectacle démarre par une séquence de cinq minutes où Sara Tan tente une mise en jeu de soi et de son corps par la parole, sa langue et son langage corporel, tandis qu'Esse Vanderbrugen fait une décompte prospectif où le futur s'accélère et les mots et les langues se mélangent dans une tour de Babel apocalyptique. La suite du spectacle va balancer entre des essais de retrouver son corps, de se retrouver soi, ainsi que les autres, les uns avec les autres, dans des danses qui vont être à la fois graciles et coulées, mais aussi avec un côté technoïde ou avec une violence sous-jacente et une certaine brutalité. Des dialogues vont tenter de s'instaurer, des duos, des trios ou des constructions d'ensemble s'ébaucher, mais remis en questions par l'un(e) ou l'autre partenaire. A un moment, un superbe duo va s'achever par une danse solo avec le fantôme puis continuer sur un dérèglement où un sentiment d'urgence pointe et l'on sent qu'il est important d'arriver à construire quelque chose (un monde) ensemble. 


Kubilai Khan - Bien sûr les choses tournent mal - Photo: lfdd

Autre petit moment de suspension, quand Esse Vanderbruggen sur un ton de confidence, nous fait voyager au travers de ce qui ressemble un poème en flamand, dans les villes de Hollande à la Belgique, l'émotion passe dans le public.
La rencontre entre la musique et les interprètes danseurs, tous magnifiques, et leur conjonction font de ce spectacle une expérience d'une très belle densité.



Bien sûr, les choses tournent mal - Trailer from Kubilai Khan investigations


Les vingt ans de Kubilai Khan Investigation, c'est aussi jeter un regard rétrospectif sur les spectacles passés, et quoi de mieux que le regard d'un photographe fidèle, Laurent Thurin-Nal, qui a suivi l'aventure..



les 20 ans de Kubilai Khan - Laurent Thurin-Nal - Frank Micheletti - Photo: lfdd


Les photographies et un film vidéo qui reviennent sur ce temps sont visibles à la Danse-Othèque de Pôle Sud jusqu'au 14 décembre. La Fleur du Dimanche

dimanche 8 octobre 2017

Les vacances de la Fleur - Philippe Lepeut: Iris bleu pluie et coquelicots rouges

La Fleur du Dimanche est en vacances et cède son espace à l'invité du jour: Philippe Lepeut qui nous offre des iris et un poème.

Iris - Photo: Philippe Lepeut
Son texte suit la photo de près:

Et bleuis
les prés de joie
coquelicots fragiles rougis
sans les chagrins demain
léger de son poids à tenir
avenir des nuages et motifs
des envies au ciel changeant
oiseaux de passages aux
frontières fracturées de l’être


Je lui offre - et à vous aussi - en prime un bout de texte d'une chanson: 

Te souviens-tu d'un jour de septembre
Où il avait tant plu
Les K-Ways rouges dans la Renault douze
On quittait Londres sans toi
Sister, sister, sister
C'était la rentrée des classes
On ne m'avait pas dit que je ne te verrais pas
Que tu allais rester là,
Que tu allais vivre là,
Passer toute cette année sans moi
Sister, sister, sister,
Sister these days came back to me


L'auteur de la chanson est Emily Loizeau et je vous offre en prime deux chansons qu'elle chante: Dis moi que tu ne pleures pas



Et Gigi L'Amoroso




Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

Rappel : La Fleur du Dimanche en vacances a comme invité(e)s les dimanches d'été:  
Dimanche 16 juillet 2017: Sylviane Lokay Joly.
Dimanche 23 juillet 2017: Dominique-Anne Offner
Dimanche 30 juillet 2017: Philippe Lutz
Dimanche  6 août 2017:    Jean Valéra
Dimanche 13 août 2017:    Dominique Haettel
Dimanche 20 août 2017:    Philippe Colignon
Dimanche 27 août 2017:    Anne-Sophie Tschiegg
Dimanche  3 septembre:    Yvonne Sprauel 
Dimanche 10 septembre:    Béatrice S.
Dimanche 17 septembre:    Monique Z.
Dimanche 24 septembre:    Cathy G.
Dimanche 1er octobre :    Méchery Miloud

samedi 7 octobre 2017

Avec Orfeo, Musica part en fumée et nous y voyons plus clair

Pour clôturer le festival, Musica qui se doit de surprendre son public, a proposé une soirée d'Opéra un peu "décalée" avec une relecture de la pièce de Monteverdi Orféo par le collectif de la Vie Brève. Une soirée très animée, entre opéra baroque et divan, qui nous a fait découvrir d'une manière très agréable - à tous les sens du terme - ce mythe et ce premier opéra de l'histoire de la musique. Au point que les rangs de l'amphithéâtre de la Cité de la Musique et de la Danse de Strasbourg, dont une large partie d'un public jeune (lycéens et étudiants) ont largement applaudi la pièce qui faisait bien plus de deux heures.


Musica 2017 - Orfeo - La Vie Brève - PHoto: lfdd

On a donc, entre des tours de chants baroques, jazz, samba, entrecoupés d'épisodes théâtraux, virant quelquefois vers le sketch ou la fausse conférence, découvert un contexte et des explications sur le mythe et l'histoire - et ses à-côtés - d'Orphée et des malheurs d'Eurydice, sa femme, morte le jour du mariage.


Musica 2017 - Orfeo - La Vie Brève - PHoto: lfdd

L'on connait - au moins - le pitch de la fin: Orphée perd Eurydice pour de bon parce qu'il se retourne pour voir si celle-ci continue de le suivre à leur sortie de l'enfer. Mais grâce à la création de la Vie Brève, nous en apprenous plus sur Eurydice, sa mort, mordue par un serpent dans les prés fleuris, à côté des ruches, d'abeilles qui vont toutes mourir, ainsi que du retour des abeilles par les entrailles des quatre taureaux et quatre génisses sacrifiées dans ce but. Ni ne connaissions bien, en tout pas sous cet angle de vue  - d'un comique burlesque - les frères d'Orphée et leurs relations très spéciales à leur mère "Mamma", ni le côté comique d'Amour.
Autre séquence d'un comique hilarant, le rapport entre Charon, le passeur des morts en enfer et le gardien de la porte de l'enfer, Cerbères, qui, bien qu'il ait trois têtes, n'en développe par pour autant une triple intelligence.


Musica 2017 - Orfeo - La Vie Brève - PHoto: lfdd


Le spectacle se conclut dans un nouvel épisode de musique, avec la fin de l'opéra de Gluck et un bonus de Mahler qui nous remet dans la fatalité du mythe. 

Ich bin der Welt abhanden gekommen,
Mit der ich sonst viele Zeit verdorben,
Sie hat so lange nichts von mir vernommen,
Sie mag wohl glauben, ich sei gestorben!

Es ist mir auch gar nichts daran gelegen,
Ob sie mich für gestorben hält,
Ich kann auch gar nichts sagen dagegen,
Denn wirklich bin ich gestorben der Welt.

Ich bin gestorben dem Weltgetümmel,
Und ruh' in einem stillen Gebiet!
Ich leb' allein in meinem Himmel,
In meinem Lieben, in meinem Lied!



Heureusement que pour la supporter, les comédiens-chanteurs, acrobates de la troupe nous ont bousculés, secoués, amusés et surpris. Une belle lecture doublée d'un tour de chant ensorcelant. Très beau spectacle...

La Fleur du Dimanche    


Orfeo / Je suis mort en Arcadie (2016)
D'après L'Orfeo de Monteverdi, livret d'Alessandro Striggio et d'autres matériaux
Mise en scène Samuel Achache Jeanne Candel
Arrangements musicaux collectifs sous la direction de Florent Hubert
Scénographie Lisa Navarro
Accessoires François Gauthier-Lafaye
Lumières Jérémie Papin
Costumes Pauline Kieffer
Assistante costumes Camille Pénager
Masque Loïc Nébréda
Chef de chant Nicolas Chesneau
La vie brève
Contrebasse Matthieu Bloch
Soprano Anne-Emmanuelle Davy Marion Sicre Marie-Bénédicte Souquet
Acteur, chanteur, violoncelle Vladislav Galard
Actrice, chant Anne-Lise Heimburger
Violon Florent Hubert Clément Janinet
Trompette Olivier Laisney
Acteur, haute-contre Léo-Antonin Lutinier
Batteur, chanteur Thibault Perriard
Acteur, chanteur Jan Peters

Saxophone, chanteur Lawrence Williams

Le Quatuor Tana et les Neue Vocalsolisten à Musica : les cendres de Cendo soupirent en soufflant

Encore un samedi après-midi du Festival Musica dans une ambiance d'église, à Sainte Aurélie. Mais cela en valait la peine: Une création de Raphaël Cendo, habitué de Musica par deux quatuors: le Quatuor Tana (Antoine Maisonhaute et Ivan Lebrun au violon, Maxime Desert à l'alto, et Jeanne Maisonhaute au violoncelle) et le quatuor vocal de Stuttgart Neue Vocalsolisten qui ont fait la création mondiale de la pièce Delocazione, un concert à en perdre la tête, tellement il était sublime.

L'idée est de partir de traces et ruines, ou plutôt de l'idée - et de textes qui en parlent et d'en faire, comme le dit Raphaël Cendo: "un rituel, un apprentissage de la poussière et du deuil".

Musica 2017 - Quatuor Tana - Neue Vocalsolisten - Raphaël Cendo - Delocazione - Phot: lfdd

Pour y arriver, des textes de Claude Royet-Journoud, de Rainer-Maria Rilke et de Georges Bataille (sur des récits de rescapés d'Hiroshima) sont dit, expirés, chantés dans une maîtrise totale par le quatuor allemand. Les textes, souvent étirés et triturés dans leur substance même rendent l'âme et deviennent des sons ressurgis de l'abime en phrases poussées dans un soupir, dans un souffle, dans une expiration ultime. Les voix se mêlent à la musique, tirée à l'extrême, en frottements, bribes, traces, souffles, en palimpsestes, éclats, chocs, tension. Les archets (augmentés) des instruments ont d'ailleurs été fabriqués spécialement par le luthier Blaise Emmelin et les deux quatuors arrivent à faire passer cette ambiance de paysage de mémoire, un peu à l'image des créations plastiques d'un Claudio Parmigiani dont Raphaël Cendo s'est également inspiré pour arriver à ce "pur sentir panique du lieu, hors de toute perception, hors de tout savoir de l'espace devenu étouffement et brûlures en acte" comme l'avait exprimé un rescapé de Hiroshima. 

Musica 2017 - Quatuor Tana - Neue Vocalsolisten - Raphaël Cendo - Phot: lfdd

Une catastrophe jouée devant nous, vécue au plus profond de nos sens, qui entre bien en résonnance avec le poème de Rilke (Première Elégie à Duino):

Wer, wenn ich schriee, hörte mich denn aus der Engel
Ordnungen? und gesetzt selbst, es nähme
einer mich plötzlich ans Herz: ich verginge von seinem
stärkeren Dasein. Denn das Schöne ist nichts
als des Schrecklichen Anfang, den wir noch grade ertragen,
und wir bewundern es so, weil es gelassen verschmäht,
uns zu zerstören. Ein jeder Engel ist schrecklich.
    Und so verhalt ich mich denn und verschlucke den Lockruf
dunkelen Schluchzens. Ach, wen vermögen
wir denn zu brauchen? Engel nicht, Menschen nicht,
und die findigen Tiere merken es schon,
daß wir nicht sehr verläßlich zu Haus sind
in der gedeuteten Welt. Es bleibt uns vielleicht
irgend ein Baum an dem Abhang, daß wir ihn täglich
wiedersähen; es bleibt uns die Straße von gestern
und das verzogene Treusein einer Gewohnheit,
der es bei uns gefiel, und so blieb sie und ging nicht.

"Qui, si je criais, qui donc entendrait mon cri
parmi les hiérarchies des Anges ?
Et cela serait-il, même, et que l'un d'eux soudain
me prenne sur son coeur : trop forte serait sa présence
et j'y succomberais.
Car le Beau n'est rien autre que le commencement du terrible,
qu’à peine à ce degré nous pouvons supporter encore ;
et si nous l'admirons, et tant, c'est qu'il dédaigne
et laisse de nous anéantir.
Tout Ange est terrible..."

Terrible programme !

La Fleur du Dimanche