dimanche 18 février 2018

The End: c'est la fin de la Fleur du Dimanche. C'est la fin..

Il y a presque 7 ans - le 20 février 2011 -  la Fleur du Dimanche apparaissait sur internet:

Naissance d'une Fleur : La Fleur du Dimanche
http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/2011/02/naissance-dune-fleur_20.html 

Aujourd'hui, 18 février 2018, la Fleur du Dimanche s'arrête.

Ce n'est pas sans une certaine tristesse, un certain pincement au coeur que j'écris ces mots. En pensant à vous tous qui souvent les lisez, quelquefois réagissez et de temps en temps répondez.

L'objectif était de vous offrir une photographie de fleur pour vous donner envie de regarder à vos pieds ou devant vous ou de partager un regard, mais pas uniquement. Il était dit aussi, avec le TVA:
"en plus de la simple* contemplation, à partager et pourquoi pas réagir sur une pensée* ou un texte pour, je l’espère, vous rendre acteur/trice de cet échange."

Et le premier TVA, d'un auteur que vous avez peut-être reconnu, disait:
"Moins tu manges, moins tu achètes de livres, moins tu vas au théâtre, au bal, au cabaret, moins tu penses, tu aimes, tu fais de théorie, moins tu chantes, tu peins, tu fais des poèmes…. plus tu épargnes, tu augmentes ton trésor que ne mangerons ni les mites ni la poussière, ton capital."

Et au fil du temps, je vous ai "partagé" des poèmes, des extraits de livres, d'articles, de réflexions, de spectacles, de films ou d'expositions à voir, en espérant vous donner envie de découvrir des choses nouvelles et d'échanger. 

Après 7 ans de publications, pas uniquement le dimanche d'ailleurs, et 850 "billets", le temps du bilan est venu:

Le premier billet vu 180 fois, le deuxième - publié un samedi et les suivants n'ont été vus qu'une douzaine de fois (sauf la Rose de Noël Janus et le billet "Un Arbre" avec le mural d'Alechinski avec un poème d'Yves Bonnefoi qui ont eus plus de 80 vues.
Globalement sur la durée, les billets dépassent maintenant une moyenne de 210 vues - avec des pic de plus de 1000 pour les pièces de théâtre "Neige" ou "Sombre Rivière" de Lazare au TNS et "Les riches heures de musique en février en 2017 à Strasbourg. 
Les mois de février et mars 2017 ont d'ailleurs été très riches en spectacle et ont eu beaucoup de succès. Même la "Valantine" de l'année dernière a été vue plus de 500 fois....

L'heure d'hiver de 2013 "Pouvez-vous me prêter l'heure?" - plus de 1.00 vues - et la rose sous la pluie "La Fleur du Dimanche paresse sous la pluie" - plus de 1500 vues - ont également eues un beau succès.

Aujourd'hui donc, avec  plus de 177.444 vues depuis le 20 février 2011 et une belle progression de lecteur depuis le début, je remercie toutes celles et tous ceux qui régulièrement ou par hasard viennent glaner une photo ou un texte sur ces pages. 

Mais tout a une fin et après plus de mille et une photos de fleurs publiées en sept ans, pour ce dernier billet du Dimanche, je vous offre un pot - de fleur - pourri, une accumulation que vous pourrez digérer les semaines à venir... 


Fin de la Fleur du Dimanche - 24 octobre 2017 - Photo: lfdd



TVA TEXTES

Un texte de Friedrich Kittler (1943 - 2011), théoricien allemand des médias, extrait de "Gramophone, Film, Typewriter": 
"Quand les souvenirs et les rêves, les morts et les fantômes devinrent techniquement reproductibles, les forces d'hallucination des écrivains, tout autant que celle des lecteurs, devint inutile. Notre royaume des morts délaissa les livres qu'il avait si longtemps hantés.
...
Celui qu'on appelle l'être humain se désagrège en physiologie et technologie de l'information."  


Puisque c'est la fin de la Fleur du Dimanche, on ne peut pas parler de la Mort, et c'est un sujet où il faut laisser la parole à Elias Canetti, même s'il dit "Il" en parlant de soi:
"Il est le témoin attentif d'une injustice interminablement répétée, il ne cesse de la constater avec indignation et ne peut l'empêcher
de se reproduire. Il encourt le danger de s'habituer à cette injustice. Il mène une guerre qui n'a pas de fin. (...). Dans un monde bouffi d'entreprises dédiées à la gestion de la mort, il se trouve quelqu'un qui prétend la contrer à lui tout seul et, qui plus est, être pris au sérieux."
...
"La puissance a besoin de la mort car elle se fonde sur la survie."

En écho, et antidote, ou médicament, je vous propose un texte de Corine Pelluchon, extrait de "Ethique et considération":
"C'est le nouveau-né ou l'enfant en nous qui nous met sur le chemin de la considération, il nous aide à avoir le discernement nécessaire pour comprendre quelles sont les priorités à affirmer et nous donne le courage de dénoncer une organisation sociale, économique et politique ne pouvant aboutir qu'à la destruction du monde commun. 
Il n'est pas obligatoire d'enfanter pour faire cette expérience qui advient dès que l'on prend un nouveau-né dans ses bras et que l'on fait l'expérience de sa vulnérabilité. (...) L'éthique de la considération (...) est aussi une manière de penser, de sentir, de vivre et de voir le monde, et une esthétique. Le nouveau-né est son visage. Le sublime se trouve dans le petit, non dans le grand; il est dans ce qui est le plus fragile et le plus humble. Ce qui est considérable, c'est d'être né." 

Et pour finir le bilan avec une sentence, je laisse la parole à Edgar Hilsenrath (1926 - ) "Le Nazi et le Barbier ":
"Et l'Unique et l'Eternel descendit de sa chaise de juge et se plaça à mes côtés. Nous attendons. Tous les deux. La juste sentence. Mais qui pourrait la prononcer?"



Fin de la Fleur du Dimanche - 9 janvier 2018 - Photo: lfdd

TVA POEMES


Paul CELAN

PSALM

Niemand knetet uns wieder aus Erde und Lehm
nieman bespricht unsern Staub.
Niemand

Gelobt seist du, Niemand.
Dir zulieb wollen
wir blühn.
Dir
entgegen.

Ein Nichts
waren wir, sind wir, werden
wir bleiben, blühend:
die Nichts-, die
Niemandsrose.

Mit 
dem Griffel seelenhell,
dem Staubfaden himmelswüst,
der Krone rot
vom Purpurwort, das wir sangen
über, o über
dem Dorn.


PSAUME

Personne ne nous repétrira de terre et de limon,
personne ne bénira notre poussière.
Personne.

Loué sois-tu, Personne.
Pour l'amour de toi nous voulons
fleurir.
Contre
toi.

Un rien
nous étions, nous sommes, nous
resterons, en fleur:
la rose de rien, de 
personne.

Avec 
le style clair d'âme,
létamine désert-des-cieux,
la couronne rouge
du mot pourpre que nous chantions
au-dessus, au-dessus de
l'épine.



Chawqi Baghdadi (2028 - )

Ah... savoir
d'où venait le cri de l'enfant...
moi qui aurais dû mourir
à sa place
et vivais encore...!



Albert Strickler - Le diamant et le duvet


Albert, ami fidèle et poète vient, en plus de son "journal" prévu bientôt, de publier un hommage au flocon: un éventail de poèmes dont je vous en livre une parcelle:


Seule la lumière écrit 
La fable des cristaux  

---

Le plus léger
Le plus simple

Le sans poids
Le sans prix

Ce qui s'étoile
Et s'étiole
En une seule
Et même chute

Dans le firmament 
De ma main

---

Leçon du flocon: ne pas durer seul allège

---

Cette rose de janvier
Qui frissonne dans le nu du jardin 

Rien qu'un flocon un peu plus charnu
Fêlé par sa soif de lumière

---

Rien que 
L'invisible
Visible
Le temps de le dire


Et pour finir en vous donnant rendez-vous plus tard ailleurs:


Philippe Jaccottet - A travers un verger

Méfie-toi des images. Méfie-toi des fleurs. Légères comme les paroles. Peut-on jamais savoir si elles mentent, égarent,  ou si elles guident? Moi qui suis de loin en loin ramené à elles, moi qui n’ai qu’elles ou à peu près, je me mets en garde contre elles. 



Fin de la Fleur du Dimanche - 14 janvier 2018 - Photo: lfdd

TVA CINEMA


Quelques conseils pour aller voir des films que vous n'auriez peut-être pas su qu'ils existaient

UN JOUR CA IRA Un film de Stan et Edouard Zambeaux
un portrait "de l'intérieur" de personnes en situation précaire, mais super sensible:



Human Flow d'Ai Weiwei, l'étape d'avant, dans le monde entier - et les personnes ne sont pas sûres d'arriver...







Fin de la Fleur du Dimanche - 30 javier 2018 - Photo: lfdd






TVA MUSIQUE


Et pour terminer en chanson, quelques chansons sur le départ:

 


Même, même si tu pars
Même, même s'il est trop tard
même, même si tu t'égares
prends bien soin de toi
ne t'en fais pas pour moi
...


De beaux souvenirs
Pour les dimanches à combler
De beaux souvenirs
Pour les songes de nuits d'été
De beaux souvenirs
...

 


Bien avant qu'on soit des regrets
Bien avant que tout soit fichu
Je savais déjà que tu t'en foutais
...

Comme John Perry Barlow, le parolier du Greatful Dead est mort il y a un peu plus d'une semaine, un hommage à lui, qui était aussi le "pape" de "l'internet libre".

Il a écrit ce texte, dont je vous offre la traduction du début, le 8 février 1996 à Davos:

Déclaration d’indépendance du Cyberespace

Seule l’erreur a besoin du soutien du gouvernement. La vérité peut se débrouiller toute seule. 
—Thomas Jefferson, Notes on Virginia

"Gouvernements du monde industriel, vous géants fatigués de chair et d’acier, je viens du Cyberespace, le nouveau domicile de l’esprit. Au nom du futur, je vous demande à vous du passé de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez pas de souveraineté où nous nous rassemblons.

Nous n’avons pas de gouvernement élu, et il est improbable que nous en ayons un jour, aussi je ne m’adresse à vous avec aucune autre autorité que celle avec laquelle la liberté s’exprime. Je déclare l’espace social global que nous construisons naturellement indépendant des tyrannies que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez aucun droit moral de dicter chez nous votre loi et vous ne possédez aucun moyen de nous contraindre que nous ayons à redouter."


Voila donc le Grateful Dead ☮ The Weight (Easy Rider)





Et le Jacques Brel pour vous faire pleurer:







Une dernière pirouette, un dernier tour de piste, une dernière danse pour rire, avec Hanine - Arabia:







Fin de la Fleur du Dimanche - 16 février 2018 - Photo: lfdd

C'est la fin: The End

 



"And in the end, the love you take is equal to the love you make"




Fin de la Fleur du Dimanche - 18 février 2018 - Photo: lfdd





Bon dimanche et bonne continuation


La Fleur du Dimanche


P.S. A Suivre.... d

D'autres aventures sont prévues sous d'autres formes et si vous voulez réagir, n'hésitez pas: vos commentaires sont les bienvenus. S'il y en a, je les publierai avec votre prénom et si vous voulez les signer, je mettrais votre nom...

mercredi 14 février 2018

La Fusillade sur une plage d’Allemagne au TNS : la réalité mine le théâtre.

Lorsque le public, en majorité composé de jeunes lycéens ou étudiants rentre dans la salle Gignoux au TNS, pour voir "La Fusillade sur une plage d’Allemagne", sur la scène les comédiens prennent la pose comme dans un film de teenage movie américain. Quatre garçons et une fille autour d’une fosse creusée dans le sol avec au-dessus, sur le fond de scène, une photographie de soleil éblouissant à travers les arbres…  Le décor est planté, ce n’est pas une plage, c’est une forêt, où va nous emmener le récit.
Dans la salle, les jeunes prennent quelques selfies en s’amusant. Aller au théâtre est une expérience, en tout cas un épisode à immortaliser ou communiquer. Le silence se fait, la lumière bascule vers la scène, même si la salle reste éclairée. Un des jeunes gens s’occupe de quelqu’un qui semble être au fond du trou et lui admoneste quelques claques sans aucune parole. Cut !
Les cinq protagonistes s’avancent sur le devant de la scène, l’air complice avec le public et commencent leur récit choral.  D’abord, le personnage 1 raconte un attentat – réel ou rêvé dans une ville du Nord de l’Allemagne et puis la fille et deux des garçons tricotent l’histoire d’une famille… Est-ce celle qui se retrouve sur cette plage dans un soleil éblouissant ? Le récit, raconté balance entre une sérénité heureuse et des moments de terreur, enrobés dans une douceur complice de la narration. Les spectateurs sont témoins et sollicités, impliqués, invités à participer à la remémoration de ce qui, sous ce soleil aveuglant, cette mer immense et cette plage solaire bascule d’un épisode estival à une terreur sourde et innommable qui s’entrecroise avec  les deux épisodes urbains non moins angoissants. Le dernier protagoniste, lui, raconte avec un réalisme cru un attentat à la mitraillette sur cette même plage de Cuxhaven et son récit s’immisce parmi les autres à en perdre quelques repères.  Cut !

La Fusillade sur une plage d’Allemagne - TNS - Simon Diard - Marc Lainé- - Photo: Christophe Raynaud De Lage


La deuxième partie du récit se fait autour de la fosse – tombe autour –et dans - laquelle vont se retrouver les personnages. Celui qui est dans le trou et que nous ne verrons pas, censé être un tueur potentiel  est d’abord l’objet de la suite du récit et pour finir, quand il reprend conscience -  ce qui se traduira par l’irruption de la projection subjective de son regard qui remplace le décor, le récit bascule. Le spectateur censé s’identifier à lui va se retrouver en mauvaise posture, à choisir ces points de vues multiples, à la fois sur l’écran et face sur la scène, avec les comédiens qui parlent dans le trou et le décalage de l’image en retard sur la réalité. L’écran blanc et le trou noir seront l’occasion pour le spectateur de projeter ses peurs, ses angoisses, Mais comme le dit Marc Lainé, le metteur en scène: "Cette tombe est un vide, un trou noir dans lequel toutes les projections  sont aussitôt absorbées – aucune ne résiste ; elles disparaissent dans les ténèbres." La pièce restera donc un "mystère" à "interroger ". Le texte "ouvre une infinité de pistes, d’interprétations et il faut accepter de se perdre, de suivre le cheminement tortueux qu’il propose. Cette pièce est un piège..."
Vous voilà prévenus.
Ce qu'il faut dire aussi c'est que les comédiens - et la comédainne sont tous (Ulysse Bosshard, Cécile Fišera, Jonathan Genet, Mathieu Genet, Olivier Werner) très attachants...
Le lendemain matin, aux informations de la radio, l’annonce d’une tuerie dans un lycée aux Etats-Unis nous ramène à la réalité...



La Fleur du Dimanche


Simon Diard: "Inventer des choses nouvelles" :





Ce spectacle s'inscrit dans le cadre de l'invitation du TNS à THEATRE OUVERT-CENTRE NATIONAL DES DRAMATURGIES CONTEMPORAINES jusqu'au 23 février.




Du 14 au 23 février 2018 -  /!\  Horaires:  21h00

Texte Simon Diard
Avec Ulysse Bosshard, Cécile Fišera, Jonathan Genet, Mathieu Genet, Olivier Werner

Mise en scène et scénographie Marc Lainé
Lumière Nicolas Marie
Vidéo Vincent Griffaut

Le texte est publié aux éditions Tapuscrit / Théâtre Ouvert et est finaliste du Grand Prix de littérature dramatique 2015
Ce texte est lauréat de la Commission nationale d’Aide à la création de textes dramatiques – ARTCENA 
Ce spectacle est programmé dans le cadre de l'invitation faite à Théâtre Ouvert
Marc Lainé a été artiste associé au CDN de Normandie-Rouen. Sa compagnie La Boutique Obscure, implantée en Normandie, est en résidence à la Scène Nationale 61.

Production Théâtre Ouvert - Centre national des dramaturgies contemporaines, La Boutique Obscure
Coproduction Théâtre National de Strasbourg
Avec le soutien de la Région Île-de-France
Avec le dispositif d’insertion de l’École du Nord, soutenu par la Région Hauts-de-France, la DRAC Hauts-de-France
Création le 19 janvier 2018 à Théâtre Ouvert

dimanche 11 février 2018

Les éranthes d'hiver errent et attendent... dimanche prochain

Les éranthes fleurissent en février habituellement. Cette année, le 7 janvier déjà, il y en avait au pied des grands arbres déracinés dans le parc à Baden-Baden:


Eranthes  7 janvier 2018 - Baden-Baden - Photo: lfdd


Et celles du Jardin Botanique de Strasbourg fleurissaient fin janvier sous la pluie...


Eranthes  28 janvier 2018 - Strasbourg - Jardin Botanique - Photo: lfdd


En attendant dimanche prochain et pour compléter le billet de dimanche dernier, je vous mets quelques "morceaux choisis" en terme de TVA:
Une chanson que j'avais oublié et qui pourra clore le billet, une citation, dans la lignée de #metoo et autres histoires d'humour, mais très sérieuses sur l'égalité homme-femme - par rapport à la pierre, en particulier aux gravillons et un cocktail de poésies choisies par le poète Didier Cahen et vu dans le Monde des Livres et qui permettra d'attendre dimanche prochain:

Citation dont je vous laisse deviner* l'auteur-re:
"L'imagination est indispensable au pouvoir, du moins si on désire voir celui-ci évoluer. Les femmes sont les garantes de cette imagination à plusieurs niveaux. Tout d'abord, le système actuel d'exercice du pouvoir a été pensé par et pour des hommes. C'est visible dans les structures politiques mais aussi architecturales, culturelles, langagières, et jusque dans le nom des rues. Ces institutions et ces lieux ne sont pas humains, ils sont masculins. Prenez des exemples tout bêtes comme les graviers de la cour de l'Elysée, ce choix de recouvrement n'a pas été fait par une femme portant des chaussures à talon! Afin d'avoir une place au pouvoir, les femmes n'ont pas d'autre choix que d'imaginer un espace dans lequel elles en ont une.


Le cadavre exquis de poésies de sélectionné par Dididier Cahen: 

"Viendra le jour où je ne serai plus 
   là Ô
Mon bel amour à écouter battre
   nos coeurs"


"La vie passe à la vitesse d'un cri
   d'oiseau
Et puis il y a cette lenteur
   hypnotique des nuages
Cette poitrine ouverte dans le bleu"


"N'est-ce pas ceci la dialectique
Ce lent mouvement de plus que
   l'âme
N'est-ce pas ceci la réalité et l'objet?"


Le Monde Littérature - Didier Cahen - poète et écrivain

La chanson pour mettre un peu de soleil et qui rappelle les films de la semaine dernière: La Rumba des îles - Texte de Marguerite Duras. Musique de Carlos D'Alessio, dit par Marguerite et par Jeanne Moreau:





Et pour se rappeler une des chansons au hit parade du blog de la Fleur du Dimanche, la "Chanson, toi qui ne veut rien dire"** interprétée par Arthur H. et Lou Marco






Et dernière citation, petit clin d'oeil à une lectrice, de Clarence Boulay tirée de son livre "Tristan":
"L'attente. Encore elle, celle qui nous oblige à confondre l'instant avec la durée et la durée à l'éternité."

La Fleur du Dimanche




Pour rappel les éranthes des années précédentes sur mon blog


En 2014, le 9 février:

http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/2014/02/labeille-lutine-la-bete-non-labeille.html

Le 16 aussi:

http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/2014/02/labeille-lutine-la-bete-non-labeille.html

Et l'année dernière le 26 février 2017:

http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/2017/02/les-eranthes-dorees-luisent-sous-le.html

*Si vous avez trouvé (dans votre tête ou sur un moteur de recherche, c'est bien Christiane Taubira qui répondait à Justine Bastello dans Libération du 29 janvier 2018 : "Il est temps que les hommes fassent l'expérience de la minorité." 


** Chanson, toi qui ne veux rien dire, toi qui me parles d'elle.... Duras, Yann Andréa et Hervé Villard du 20 juilet 2014 plus de 330 vues...
http://lafleurdudimanche.blogspot.fr/2014/07/chanson-toi-qui-ne-veux-rien-dire-toi.html

samedi 10 février 2018

Piano sur le fil au Maillon: un pianiste et ses accolytes qui ont du ressort

Nous nous attendions à un concert avec un spectacle de cirque sur un fil, et nous avons assisté à un spectacle où Bachar Mar Khalifé, merveilleux pianiste chanteur franco-libanais est en totale symbiose avec ses complices, circassiens dynamiques et poétiques sur une belle histoire variée. 

Variée est le terme qui peut fonctionner, autant pour la variété des musiques, entre musiques traditionnelles françaises ou orientales, ballades, jazz ou mélopées, jusqu'à du jazz cool ou plus free, que pour les différentes séquences d'acrobaties mises en scène par Gaëtan Lévêque.


Piano sur le Fil - Bachar Mar Khalifé - Victoria Belen Martinez - Alexandre Fournier - le plus petit cirque du monde

Pour commencer un fildefériste, Florent Blondeau, en rythme avec le piano, puis des séquences acrobatique non seulement de portés entre Victoria Belen Martinez et Alexandre Fournier, mais aussi de séquences où elle cherche son geste dansé en dialogue avec le pianiste.

Un premier sommet est atteint avec le mat chinois sur lequel Fabian Wixe trône dans un semblant d'apesanteur qui nous fait croire qu'il peut monter ou descendre à la verticale à volonté. Un instant de magie où nous sommes dupes et époustouflés par sa maîtrise de la glissade comme de l'immobilisation dans des situations impossibles.

Nous nous laissons encore enchanter par la voix envoutante de Bachar Mar Khalifé quand soudain des fantômes apparaissent, qui semblent flotter dans les airs derrière lui. 
Effectivement, la pesanteur une fois encore est niée, transgressée, les artistes s'envolent, se rapprochent du ciel et Gaëtan Lévêque nous offre une leçon de grâce dans une danse où son corps rebondit sans tomber, s'envole en toute liberté en trouvant "l'impulsion juste". Un pur moment de suspension qui clôt le spectacle. 

Mais le spectacle ne serait pas total s'il n'y avait le rappel avec Maël Tebibi, magnifique danseur acrobate qui nous fait une montée en puissance de sa capacité à jouer de son corps, du plus mince mouvement à la gestuelle la plus dynamique, et en total dialogue avec le piano. Remercions-le d'avoir fait germer l'envie chez Gaëtan Olivier de créer ce spectacle et félicitons tous les interprètes de nous en avoir offert le meilleur d'eux-mêmes dans un spectacle total qui nous laisse un peu nous aussi en suspension.

Piano sur le Fil - Bachar Mar Khalifé - le plus petit cirque du monde

Pour conclure, comme il se fait tard et en attendant d'aller voir le spectacle, tout en voltige et en suspension, je vous offre la berceuse bretonne que Bachar Mar Khalifé joue pendant le spectacle dans une interprétation sur de fil du piano:



La Fleur du Dimanche

mercredi 7 février 2018

La dernière Bande de François Small: Krapp, Boum et chut !

Un vieux bureau en bois dans un rond de lumière et un magnétophone à bandes semblent décrire la solitude du vieux clown qui y est assis. Mais il fête son anniversaire et en guise de pièce montée, ce sont des bobines qui vont éclairer cette soirée mémorable. 
Mémorable parce qu'il va jouer, à corde tendue, sur le fil de la bande, sur la tension de la voix qui sort de l'appareil et rend présent sa jeunesse ou plutôt qui va lui permettre de dialoguer à travers les années avec lui-même ou mieux, à faire ressurgir ses amours. Entre autres, un épisode amoureux plein de sensualité dont il savoure, même s'il s'en défend, la répétition.


La Dernière Bande - Samuel Beckett - François Small - Mise en scène Cécile Gheebrant - Photo : Agnès Weill

Cette sensualité, elle est encore là, en lui, dans son attitude, ses gestes, sa voix et son rapport aux choses.
Et s'il le cache sous son nez de clown, Krapp - et on sent poindre François Small en toute liberté -  a beau nous faire l'article et se glisser des peaux de bananes sous ses souliers pointus, à nous faire croire qu'il est sans illusion et qu'il a tout vécu, on le sent sensible et sensuel. Plus encore entier quand il est présent, qu'à travers cette voix presque docte qu'il "avait" il y a des années auparavant.


La Dernière Bande - Samuel Beckett - François Small - Mise en scène Cécile Gheebrant - Photo : Agnès Weill

Le mélange de clown et de sérieux, de ridicule et de grandeur, d'ironie et de gravité font de ce spectacle, sobrement mis en scène par Céline Gheerbrant - même dans les clowneries - une réflexion grave et légère sur la vie et ses occasion vécues ou manquées.
Et nous permet de découvrir le premier texte en anglais pour le théâtre de Samuel Beckett, en attendant (de revoir) Godot...





La Fleur du Dimanche

La dernière bande
création 2016
De Samuel Beckett
Les Éditions de Minuit
Compagnie Les Oreilles et la Queue, Strasbourg

Jeu : François Small dit Smol
Mise en scène : Cécile Gheerbrant
Son : Xavier Jacquot
Lumière : Ben Diafora
Décor et régie générale : Olivier Aguilar
Habilleuse : Julie Galanakis
Administration de production et diffusion : Agnès Weill
Création graphique : Gretel Weyer
Photos : Agnès Weill 


TAPS Laiterie à Strasbourg (67)
Mardi 6 février 2018 à 20 h 30
Mercredi 7 février 2018 à 20 h 30
Jeudi 8 février 2018 à 19 h
Vendredi 9 février 2018 à 20 h 30

Espace culturel de Vendenheim (67)

Vendredi 27 avril 2018 à 20 h 30

mardi 6 février 2018

Polis d'Emmanuel Eggermont à Pôle Sud: Construire une autre cité - anthracite noire - de la danse

La troupe d'Emmanuel Eggermont se nomme l'Anthracite, qui se réfère au charbon le plus noir, le plus dense en carbone. Et sa pièce, présentée à Pôle Sud, Polis est un voyage dans le noir, non dans l'obscurité, mais dans la couleur du noir avec toutes ses nuances.


Polis - Emmanuel Eggermont - Photo: Jihyé Jung

Le ton est donné au départ avec ce carré de lumière dans le fond de scène dont on découvre que c'est un projecteur plaqué contre le mur et qui ne se retournera qu'une seule fois pour nous aveugler en balayant la cité fragile construite par les danseurs. Mais auparavant, il faudra construire la relation, la vie de la cité, le dialogue entre les cinq danseurs. 
Ceux-ci viennent sur scène les uns après les autres dans un lourd silence qui suit un grondement sourd dans lesquels émerge à peine un air de musique. Puis, doucement, lentement, chaque danseur, au fur et à mesure, développe son expression, son geste, dans ce silence où l'on perçoit à peine le bruit des vêtements des danseurs - en fait trois danseuses (Laura Dufour, Jihyé Jung, et Sonia Garcia) et deux danseurs (Mackenzy Bergile et Emmanuel Eggermont lui-même). 
Ce qui était des silhouettes au départ, des formes, sombres et noires dans un éclairage contrasté et à contrejour se dévoilent doucement, prennent corps. Dans une ambiance de grondement de machines en enfer et de rochers qui dévalent la montagne, se construit un théâtre surréaliste où des personnages sortis d'un tableau de De Chirico jouent des scènes de film expressionniste dans des univers parallèles ou derrière des rectangles occultants.
Puis vint la traversée du miroir en un jaillissement de reflets qui transforme ces êtres hiératiques en fantômes-cosmonautes des temps futurs et éblouissants, pour s'achever en une course de comètes à longue traine étincelante.


Polis - Emmanuel Eggermont - Photo: Jihyé Jung

Les murs entre les êtres semblent être tombés et la ville peut se construire, fragile cependant. Un semblant de vie grégaire se structure et même une culture du vivre ensemble semble possible.
Chacun trouve sa place et s'exprime au plus profond de son corps, de ses mouvements, de son individualité. Et cette addition de caractères et de diversité forme un ensemble magnifique et convaincant. Pour le plaisir des yeux et de notre imagination.





La Fleur du Dimanche


Πόλις (Pólis)
EMMANUEL EGGERMONT
L'ANTHRACITE
Conception, chorégraphie et scénographie : Emmanuel Eggermont
Interprétation : Laura Dufour, Emmanuel Eggermont, Jihyé Jung, Mackenzy Bergile & Sonia Garcia
Collaboration artistique : Jihyé Jung
Créateur lumière : Serge Damon
Compositeur : Julien Lepreux
Consultants : Marine Pagès, Colin Roche
Accompagnement artistique : L’L
Production et diffusion : Sylvia Courty
Administration : Violaine Kalouaz

Production : L’Anthracite (www.lanthracite.com) / Coproduction : L’L, Bruxelles - POLE-SUD, CDCN Strasbourg - Le Vivat d'Armentières, scène conventionnée danse et théâtre - Le Gymnase, CDCN Roubaix, Hauts de France - l’Echangeur, CDCN Hauts de France - CDCN de Toulouse Midi-Pyrénées - le CCN de Tours - l'Agora de la danse Montréal dans le cadre de Correspon-danses - Le PHARE-CCN du Havre Normandie et le réseau Labaye - danse en Normandie / Avec le soutien du Triangle scène conventionnée danse, Rennes, du CN D, Centre national de la danse, accueil en résidence - l'OFQJ / Avec l'aide de la DRAC Hauts-de-France et la Région Hauts-de-France / Le spectacle a été créé le 30 mars 2017 à Roubaix au CDCN Le Gymnase dans le cadre du festival Le Grand Bain.