mardi 12 décembre 2017

Rain d'Anne Teresa de Keersmaeker au Maillon: une trombe de Bonheur

Le terme de "magistral" n'est pas exagéré pour qualifier "Rain", cette pièce historique d'Anne Teresa de Keersmaeker donnée au Maillon pour deux soirs.
La musique de Steve Reich "Music for 18 musicians" porte littéralement le spectacle, les danseurs et le public et emmène tout ce beau mode dans une transe bienheureuse, avec montée en acmé et retour  au calme au bout d'une heure dix minutes d'un nuage nappé de sons répétitifs qui se chevauchent et varient en harmonie et en subtiles migrations sonores.


Rain - Anne Teresa De Keersmaeker - 2016  Photo: Anne Van Aerschot

Et sur scène les trois danseurs et sept danseuses sont à l'unisson de la musique dans un mouvement équivalent, presque perpétuel.
D'abord en déséquilibre et en évitements, dans les courbes qui se croisent et se retrouvent de temps en temps, les dix interprètes construisent une approche et un dialogue dans une variété de corps et de costumes soyeux et proche de la chair, de la peau.
Les mouvements sur le plateau sont aussi hypnotiques que les archets, le piano et les anches de l'orchestre infatigable. Et c'est un réel bonheur de voir bouger ce beau monde et d'attraper ici et là des bribes de dialogue, des mouvements d'ensemble qui se brisent, de duos ou des trios aléatoires, des rassemblements qui éclaboussent aussitôt, des courses folles et des mouvements que l'on croirait calqués sur l'agitation moléculaire mais qui est millimétrée au cordeau, à l'image de ces lignes de fuite tracées sur la scène.



Rain - Anne Teresa De Keersmaeker - 2016  Photo: Anne Van Aerschot

De même, les changements d'ambiance, de couleur - même des costumes des danseurs qui soudain sont habillés différemment - on passe du brun chair à des dominantes rouges ou jaune brillant ou bleu - tout comme on passe de cette ambiance instable à des chutes au sol, un épisode super dynamique ou quelques passages tirant vers le combat au corps à corps pour finir dans un laisser-aller sensuel après avoir expérimenté les gestes de l'amour.


Rain - Anne Teresa De Keersmaeker - 2016  Photo: Anne Van Aerschot

Il faut saluer la performance remarquable de cette magnifique troupe de danseurs, tous magnifiques -  Laura Bachman, Léa Dubois, Anika Edström Kawaji, Zoi Efstathiou, Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti, Soa Ratsifandrihana, Frank Gizycki, Robin Haghi, Luka Švajda, qui nous amènent à bout de souffle au bout de ce déluge de danse et d'énergie et nous abandonnent dans l'immobilité et la silence après une dernière surprise.


Rain - Anne Teresa De Keersmaeker


Le Fleur du Dimanche


RAIN
Au Maillon Strasbourg, le 12 et 13 décembre à 20h30 - présenté avec le Kulturburo Offenburg

Chorégraphie : Anne Teresa De Keersmaeker
Interprètes : Laura Bachman, Léa Dubois, Anika Edström Kawaji, Zoi Efstathiou, Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti, Soa Ratsifandrihana, José Paulo dos Santos / Frank Gizycki, Robin Haghi / Lav Crnc`´evic´, Luka Švajda / Thomas Vantuycom
Musique : Music for 18 Musicians, Steve Reich
Scénographie et lumière : Jan Versweyveld
Costumes : Dries Van Noten
Production 2001 : Rosas et De Munt / La Monnaie
Coproduction 2016 : De Munt / La Monnaie / Sadler’s Wells / Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
Première : 10.01.2001, De Munt / La Monnaie
Rosas est soutenu par : la Communauté Flamande

dimanche 10 décembre 2017

La Rose réduite en étoile de Noël - Bref: L'Avent c'est pas Noël

Aujourd'hui je vais faire bref.

Une rose de Noël à la vie brève, comme l'étoile de Noël que tout le monde attend:

Rose - étoile - de Noël - Photo: lfdd

Pour TVA, une réflexion sur la concision:

"Ce qui s'énonce brièvement peut être le fruit et la moisson de beaucoup de pensées longuement méditées." 
Nietzsche

Vu dans un article du Monde du samedi 2 décembre intitulé " Pour la brièveté de la presse" de Thibaut Sardier qui conclut ainsi:
"Reste donc au journaliste à peser ses mots pour viser l'essentiel, admettre l'inachevé pour faire progresser une pensée." 
Et qui arrive à rajouter deux phrases après (je vous laisse les chercher sur le web..
Je vous rajoute juste une pensée de Bernard Roukhomovsky, abondamment cité dans le même article:
"On est toujours plus bref que le moins long"

Et je rajoute mon grain de sel:
""Bref". On ne peut pas faire plus concis, mais on peut faire plus con, si !"

Et pour le prouver, les trois vidéos de la semaine, celle incontournable de Johnny "Cheveux longs et idées courtes"




Et la - pas brève - chanson d'Antoine sur la longueur des cheveux qui a allumé le feu - Les élucubration:





Et comme il me reste de la place, je vous mets une chanson de Zoufris Maracas - Les Écrans

Les Écrans

J’en ai ras le bol de ces écrans
Qui essayent de voler mon âme
Qui me font vivre des enterrements
Alors que je traverse Paname
Qui me font oublier les gens
Insensibles à mes états d’âme
Trop occupé à essayer
D’géolocaliser ma femme
J’voudrais tout envoyer valser
Parce que j’vois bien qu’tout est biaisé
Ils se sont partagé l’gâteau
Ils ont même bouffé les couteaux
Pis leur pognon c’est du mytho
Font crever la moitié des gens
Pour maintenir leurs foutus taux
Et puis ils se disent intelligents
Y’a deux fois et demie à bouffer
Pour tout le monde sur cette planète
C’est un problème de répartition
Donc ils ont qu’à répartir par le net
Puisque leurs banques sont en réseau
Qu’ils ont aucune difficulté
À assurer des livraisons
De pesticides au Zimbabwe
Moi j’voudrais…



Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

mardi 5 décembre 2017

Littéral de Daniel Larrieu à Pôle Sud : Passe-moi le ballet

Seul en scène ou presque pour commencer, avec ses - presque -  soixante balais  - des vrais, à l’ancienne, avec de la paille de sorgho, fabriqués par Didier Duserre- et ses cinq interprètes, dont un balai en équilibre sur le bras d’une danseuse, le ton est donné : l’équilibre entre le chorégraphe et ses interprètes, un parcours dans l’histoire de la danse contemporaine, à la fois inscrit dans les mémoires et en dialogue, Daniel Larrieu nous offre littéralement un panorama de sa vie : il fête ses soixante balais !

Et il va nous montrer, dans un costume pauvre mais brillant, sac-poubelle en soie étincelante, le résumé de son « histoire de la danse ».  En gestes décalés mais précis, pichenettes, chiquenaudes mais aussi revisitation du vocabulaire de la danse classique, il va reconstruire – ou déconstruire –une histoire, son histoire. Histoire qui sera reprise, et relue, réinterprétée, réincorporée et transformée par ses compères danseurs et danseuses qui la feront leur. Ils y mettront leur sceau, leur histoire, leurs gestes dans une interprétation complice. Car ce que l’on verra sur scène pendant une belle heure de partage, c’est que le geste est langage et que le langage corporel danse et se fait chorégraphie.


Littéral - Daniel Larrrieu - Compangie Astrakan


Daniel passe le mot, le geste et le relai. Au début, plus longuement et plus tard de manière plus concise, dans une ambiance sonore qui ressemble à un ronflement sourd de frigo et des grondements qui semblent sous-marins et d’où émerge au loin un air d’opéra. Geste par geste, le langage se construit, l’histoire se chorégraphie et se transmet aux cinq danseurs et danseuses qui vont nous la faire vivre, en musique et en rose, avec bonheur. Une histoire multiple, variée et légère, tantôt calme et reposée, quelquefois plus enjouée, toujours sensible. Avec un épisode solo où l’on rêve de voir ressurgir Daniel Larrieu dans des nappes musicales un peu psychédéliques. C’est un vrai plaisir de voir ces cinq corps parler et nous raconter ces histoires sans paroles et de chacun et chacune amener son individualité, sa morphologie et son expression dans ce ballet mobile et agile. Bravo à Marie Barbottin, Léa Lansade, Marion Peuta, Jérôme Andrieu, Yan Giraldou, sans oublier Daniel Larrieu.





La Fleur du Dimanche

A Strasbourg - Pôle Sud le  4 et 5 décembre 2017

21 décembre 2018: Scène nationale d’Orléans
27 janvier 2018: Le VIVAT, Scène conventionnée d’Armentières

27 février 2018: 40ème anniversaire – Les Hivernales, Avignon


Littéral
DANIEL LARRIEU
CIE ASTRAKAN
Chorégraphie : Daniel Larrieu
Interprètes : Marie Barbottin, Léa Lansade, Marion Peuta, Jérôme Andrieu, Yan Giraldou, Daniel Larrieu
Scénographie : Mathieu Lorry-Dupuy.
Les balais réalisés en paille de sorgho ont été fabriqués à l’ancienne par Didier Dussere à Saint Chaptes, France
Costumes : Clément Vachelard (conception), Brice Wilsius (réalisation)
Lumière : Marie-Christine Soma
Direction Technique et régie générale : Christophe Poux
Régie Plateau : Franck Jamin

Production : Astrakan recherche chorégraphique / Coproduction (en cours) : CCN de Tours - Le Phare, CCN du Havre Normandie - CCN de Rillieux-La-Pape - Viadanse, CCN de Belfort - Le Vivat, Scène conventionnée d’Armentières - POLE-SUD CDCN Strasbourg -  Centre des arts d’Enghien-Les-Bains / Avec le soutien du conseil départemental du Val-d’Oise - Fonds SACD Musique de Scène / La Compagnie Astrakan est soutenue par la - DRAC Ile de France / Daniel Larrieu est artiste invité à la Ménagerie de Verre pour l’ensemble de ses projets.

dimanche 3 décembre 2017

Les roses de Noël et de Lyon et Fred, il y a au moins Deux.


Pour le premier dimanche de l'Avent, je suis allé, pas trop loin, à Lyon pour vous en rapporter des roses, pas de Noël, comme il y a six ans où je vous en offrais un mélange trompeur le 24 décembre pour vous souhaiter de "Joyeuses Fêtes". C'était la 11ème Biennale de Lyon "Une terrible beauté" et cette année, pour la 14ème, ce sont les "Mondes flottants" qui s'offrent à nous. Vous en aurez peut-être un aperçu, et en parallèle, il y à, au Musées des Beaux-Arts une exposition "dialogues France-Mexique" LOS MODERNOS, ainsi qu'une rétrospective sur le "Monde de Fred Deux" à qui j'ai emprunté le TVA du jour...

Mais tout d'abord les roses, non sous la neige de Noël, mais dans le froid de décembre:


Roses de Noël dans le froid - Photo: lfdd

Roses de Noël dans le froid - Photo: lfdd

Roses de Noël dans le froid - Photo: lfdd

Comme promis, le TVA est un texte de Fred Deux, extrait de son journal du 13 novembre 1997:

"Le dessinateur tient son crayon. Il ne pense pas à son dessin. Il serre son outil, il se croit prêt. Il se trompe. Chaque jour est un recommencement. Le commencer c'est le recommencer. Exercice de l'approche. L'écriture est, elle aussi, une répétition. C'est sans s'en rendre compte que l'on ne répète plus. Que l'on ne recommence plus. Le geste est devenu un mystère. Travailler et être travaillé. Il n'y a plus à regarder. On voit. Le corps du dessin est serré contre le mien. L'impossible est possible."

En complément, je vous en livre un autre extrait et une image, exemple de ses gravures. Si vous avez l'occasion de passer par Lyon, allez voir l'exposition, très complète sur sa création de plus de 60 ans de dessins et gravures.


Texte de Fred Deux

Fred Deux - Dans sa gorge le cri, tache à découvrir - photo: lfdd


Et pour finir en chanson, je ne pouvais passer outre le Tino Rossi des Roses de Noël:





Ni la Rose de Noël d'André Dassary:



Et celle pour les enfants:



Et pour finir en douceur, une version de la Chanson des Roses de Rainer Maria Rilke, écrite par Morten Lauridsen avec les Elora festival Singers sous la direction de Noël Edisson:





Bon Dimanche de l'Avent

La Fleur du Dimanche



mercredi 29 novembre 2017

Lisbeth Gruwez: We're Pretty.... TIC, TOC, qui frappe à la porte, c'est Hitchkock

Cela commence comme un film qui serait joué par deux acteurs assis l'un à côté de l'autre sur une chaise, à distance respectable...
Mais le respectable ne fait pas partie du film, c'est plutôt l'attente, le suspense, l'anxiété ou une sourde angoisse qui sourd au fur et à mesure que l'on entend que l'on n'entend rien, ou si peu...
Pour commencer, le souffle du voisin, de la voisine, quelques bruits de la rue, le bruit que font les deux danseurs avec leurs gestes introvertis au ralenti, puis, un début de respiration, un souffle caché au creux d'un bras replié, timide ou plutôt farouche.
Mais tout cela dans un film au ralenti, qui creuse l'attente, qui nous fait inventer ces oiseaux qui pourraient s'abattre sur scène, mais qui semblent être dans leur tête. L'histoire s'écrit, toute en attente de l'événement, mais il n'y en aura pas, le rythme s'accélère, le son s'amplifie la respiration devient plus forte, plus présente, se multiplie, et monte en volume et en tension. 
Un note de piano ponctue ces souffles, la tension monte....
Et retombe...


We're pretty fuckin' far from okay  - Libeth Gruwez - Nicolas Vladyslav - Voetvolk


Une rampe de lumière nous éblouit, les deux comédiens cherchant un abri l'un chez l'autre, une réconciliation, un repos, mais de repos, il n'y en aura, même si le combat n'est pas violent, la paix n'est pas gagnée, les corps sont farouches et l'étau se resserre sur la lumière... NOIR.


We're pretty fuckin' far from okay  - Libeth Gruwez - Nicolas Vladyslav - Voetvolk


Pour finir, enfermés dans un carré de lumière qui les balaye du devant de la scène pour les plaquer contre le mur, les deux danseurs, d'abord au sol mais forcé de se lever, sont enfermé à la fois dans leur cadre lumineux et dans leur tête. Leurs gestes transpirent la souffrance intérieure, le mal-être dans sa peau. De tics en tocs, ils souffrent ensemble, et séparés, reliés uniquement par leur respiration, qui va à nouveau nous cerner, et leurs gestes de fous aliénés, possédés par des mouvements désordonnés et répétitifs, furieux et blessants....
We're pretty fuckin' far from okay.... Et ce n'est pas gagné !






"We're pretty fuckin' far from okay"  est le troisième volet de la trilogie, commencée avec "It's going to get worse and worse and worse, my friend" que l'on a pu voir à Pôle Sud en novembre 2015 (voir mon billet "Le pouvoir du corps, le corps du pouvoir") et "AH/HA"


La Fleur du Dimanche

Mercredi 29 et jeudi 30 novembre à 20h30 à Pôle Sud dans le cadre de la Biennale de la danse Grand Est - Exp.Édition 2017
Avec le soutien de l'Onda - Office national de diffusion artistique

We're pretty fuckin' far from okay
LISBETH GRUWEZ
VOETVOLK
Concept & chorégraphie : Lisbeth Gruwez
Composition, sound design & assistance : Maarten Van Cauwenberghe
Danseurs : Wannes Labath & Lisbeth Gruwez
Dramaturgie : Bart Van den Eynde
Répétiteur : Lucius Romeo-Fromm
Éclairage : Harry Cole & Caroline Mathieu
Direction technique : Thomas Glorieux
Scénographie : Marie Szersnovicz, Lisbeth Gruwez & Maarten Van Cauwenberghe
Costumes : Alexandra Sebbag
Production : Voetvolk vzw / Coproduction : Festival d’Avignon - La Bâtie-Festival de Genève – KVS - Le Phare, CCN du Havre Normandie - Theater Im Pumpenhaus - Les Brigittines - Tandem Arras-Douai - Weimar Kunstfest – Julidans - MA Scène Nationale, Pays de Montbéliard - Troubleyn, Jan Fabre / En résidence : Troubleyn, Jan Fabre - Kunstencentrum BUDA - STUK & Les Brigittines / Avec le soutien de : kc NONA - la Communauté flamande & la Commission de la Communauté flamande  




dimanche 26 novembre 2017

Pour Noël, une Intelligence Artificielle, un Cerveau Bleu, un Minidrone de Guerre ou un Robot Salto

Ce n'est pas encore Noël, ni même le premier dimanche de l'Avant, mais avec tous ces Vendredi Noirs et Marchés de Noël qui poussent comme des champignons, on peut se demander de quel cadeau on rêve pour les fêtes de fin d'année.

Et à propos de champignons, en regardant le pissenlit - Taraxatum, on peut se demander ce qu'il sème à tout vent... On peut espérer qu'on s'aime à tout vent plutôt...


Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd


Pour en revenir à l'Intelligence Artificielle, IA pour les intimes, que l'on croyait limitée, une philosophe française, Catherine Malabou qui dit dans son livre, Que faire dans notre cerveau, "Je pensais avoir atteint un mur infranchissable: la frontière entre l'homme et la machine" et elle parle de l'évolution de sa conception de la différence entre l'homme et la machine dans son dernier livre intitulé "Métamorphose de l'intelligence. Que faire du Cerveau Bleu?" avec les expérimentations scientifiques ont bouleversé ses points de vue.
Avec les puces "synaptiques" et le projet Blue Brain - cerveau bleu  à Lausanne, qui a pour objectif "la création d’un cerveau synthétique, réplique de l’architecture et des principes fonctionnels du cerveau vivant et la simulation de la vie", se posent d'autres questions : "Où situer, entre vie biologique et vie symbolique, la vie artificielle" qui serait "une intruse", une "doublure menaçante", ou un "nécessaire intermédiaire" qui permet de mieux comprendre les rapports et les intrications entre les deux premières et saisir "une forme d’hybridation entre le vivant et la machine"? 


Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd



Dans l'article du Monde du 17 novembre " Plus rien ne nous séparera" de Céline Henne, Catherine Malabou dit: "Je me suis aperçue que mes conclusions étaient vraiment fausses. La frontière entre homme et machine est devenue poreuse: plus rien, ne principe, ne sépare radicalement l'intelligence artificielle de l'intelligence humaine.
Céline Henne précise que: "L’intelligence qui se définit par la dialectique entre autonomie et automatisme, programmation et rupture, caractérise aussi bien le fut ut ordinateur que l'homme."
Et Catherine Malabou de préciser, en remettant l'homme dans sa destinée: "Si l'intelligence, c'est le pouvoir de se transformer, j'essaie de montrer qu'elle est inséparable de l'autocritique.
A bon entendeur, salut!
Et elle en appelle à plus d'ouverture, surtout du côté français, et dans la collaboration entre la philosophie, les neurosciences et le politique:
"La neurobiologie véhicule une série de normes qui modélisent le cerveau: c'est là le vrai problème. Sur ce terrain, il y a, contrairement à ce qui se passe dans le monde anglo-saxon, un silence total des philosophes d'Europe continentale, où la place est laissée libre aux neurobiologistes pour produire une philosophie du cerveau très pauvre. La philosophie doit revenir sur la scène, entrer en dialogue avec les scientifiques pour développer une pensée du cerveau qui soit une pensée de la créativité, de l’épigenèse, de l'invention sans programme." 


Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd


Ceci n'est pas pour peindre le diable sur la muraille, comme vous le verrez plus loin, mais, juste rester attentif et au aguets, garder en main un peu de son destin, même si comme semble le dire Steven Pinker, le monde n'a pas connu une "Longue Paix" comme aujourd'hui... En quelque sorte plus de conflit majeur depuis 1953! Et les tueries du XXème siècle ne sont rein face au 36 millions de morts en Chine au VIIème siècle avec la révolte d'An Lushan qui a décimé un sixième de l'humanité.

Cela ne nous empêche d'être attentif à la fois à l'évolution de l'IA - Intelligence artificielle, aux objets connecté, aux objets autonomes, aux robots et aux drones, dont les progrès sont impressionnants  comme vous pouvez le voir dans les deux films suivants:








Si vous voulez en savoir davantage, un article d'Isabelle Champeron, dans le Monde du 22 novembre intitulé "Les "Terminators" courent encore" en parle largement. 



Taraxatum - Pissenlit - Photo: lfdd

Et pour finir en chanson, je vous rappelle que le 24 janvier 2016 en parlant des "robots écrivains" je vous avais offert les historiques en différentes versions de "Roboter" de Kraftwerk, que je ne remettrais pas pour ne pas me répéter (pour mes lecteurs fidèles), mais que vous trouverez ici:
Je ne suis pas... une fleur. Je suis. Je suis un robot

Par contre, je vous mets Toto le Robot et L'avion de Luke et "Comme un avion sans ailes": d'Hubert-Felix Thiéfaine:










Et pour finir "Tombé du ciel" d'Higelin:




Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche  

vendredi 24 novembre 2017

Les Bas-Fonds au TNS: Touchés !

Gorki est un conteur et ses personnages racontent des histoires, dont certaines que Maxime Gorki lui-même a certainement vécues.
Et dans les Bas-Fonds, adapté et mis en scène par Eric Lacascade, les histoires ne sont pas tristes, enfin façon de parler. 

Nous y côtoyons un univers que l'on ne soupçonne pas à priori et dont surtout, on soupçonne rarement la part de philosophie dont ces êtres laissés pour compte, bannis et rejetés de la société font preuve.


TNS - Les Bas Fonds - Eric Lacascade - Photo: Brigitte Enguerand

La pièce va pendant plus de deux heures, sur un rythme soutenu, nous présenter une galerie de personnages, tous plus hauts en couleur les uns que les autres et qui vont nous parler de la vie et de sa philosophie, de l'homme et de ses motivations, de l'amour et de ses errements, de la sagesse et du pouvoir, de la déchéance et de la rédemption. En résumé, comme le fait dire Gogol par la bouche de Louka, l'étranger, l'envoyé qui ausculte ce petit monde avec un regard d'entomologiste, une distance de philosophe et une sagesse de psychologue: "Je veux savoir comment ça fonctionne un homme".
Le cours du spectacle nous prouvera que la réponse est aussi variée que les hommes (et surtout pas "les gens"), mais qu'elle n'est pas forcément écrite et qu'elle peut se retourner - et elle le fait quelquefois - non pas dans le bon sens, mais que la chute peut être dure et que si on s'élève, elle peut être fatale comme le prouve l'image finale.


TNS - Les Bas Fonds - Eric Lacascade - Photo: Brigitte Enguerand


La force de cette pièce est donc dans le regard décalé et ouvert que l'on peut poser sur notre "humanité" et même si le fond est noir - très noir si on s'en tient au quatrième acte, franchement punk, de garder un peu d'espoir.  Et la mise en scène nous aura fait passer par des surprises et des variations de jeu très diverses. La scénographie et le décor, à priori assez sobre, réussissent également à faire passer l'ambiance de cette histoire pleine de bruit et de fureur.

Eric Lacascade et sa compagnie, une équipe fidèle de comédiens qui travaillent ensemble depuis une dizaine d'année, ainsi qu'un renfort de six jeunes comédiens issus de l'école qu'il dirige à Rennes, nous proposent donc ce théâtre "organique" plutôt que "politique" qui doit nous permettre comme il le dit dans le livret de la pièce jouée jusqu'au 1er décembre au TNS:
"Dans l'état de crise que nous vivons, s'attacher à décrire et à comprendre ces exclus permet aussi de mieux nous comprendre nous-mêmes.


La Fleur du Dimanche


Les Bas-Fonds
TNS -Strasbourg : jusqu'au 1er décembre 2017

Texte Maxime Gorki
Traduction André Markowicz
Adaptation et mise en scène Éric Lacascade

Avec Pénélope Avril, Leslie Bernard, Jérôme Bidaux, Mohamed Bouadla, Laure Catherin, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Murielle Colvez, Christophe Grégoire, Alain d’Haeyer, Stéphane E. Jais, Éric Lacascade, Christelle Legroux, Georges Slowick, Gaëtan Vettier

Collaboration artistique Arnaud Churin
Scénographie Emmanuel Clolus
Lumière Stéphane Babi Aubert
Costumes Axel Aust assisté de Augustin Rolland
Son Marc Bretonnière
Accessoires Angéline Croissant
Maquillage Catherine Saint-Sever
Assistanat à la mise en scène Vanessa Bonnet

Production Théâtre national de Bretagne - Rennes
Coproduction  Compagnie Lacascade, Les Gémeaux - Scène nationale de Sceaux, Théâtre de la Ville - Paris, MC2: Grenoble - Scène nationale, Le Grand T - Théâtre de Loire-Atlantique, Théâtre National de Strasbourg
Avec le soutien de l’ENSAD (École nationale supérieure d’Art dramatique de Montpellier Languedoc-Roussillon)


Spectacle créé le 2 mars 2017 au Théâtre national de Bretagne - Rennes