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dimanche 2 juillet 2023

A Montpellier Danse, Ulysse reprend le large avec Gallotta: Un grand souffle d'air frais

 Ces derniers temps, l'air est chaud, l'atmosphère dans les villes étouffante et l'avenir se profile sous de lourds nuages. Jean-Claude Gallotta avec la nouvelle version de sa pièce emblématique qui l'a installé comme un des chefs de file de la "Nouvelle danse" en France dans les années 1980 apporte un air frais sur la scène. Au diable le pessimisme ambiant, avec Ulysse, Grand Large le chorégraphe grenoblois qui s'était formé chez Merce Cunningham après avoir fait des claquettes et commencé la danse classique à 22 ans (après les beaux-arts) nous offre une "reprise" - mémoire oblige - d'Ulysse en lui adjoignant un prologue où il nous resitue son propos. Et il va se "promener" en grand ordonnateur (qu'il est par ailleurs) dans cette nouvelle version donnée dans cet Agora à ciel ouvert qui était le jardin du couvent des Ursulines et dont cette Rotonde fut une prison pour femmes. C'est donc un hommage à la femme, aux femmes avec cette "histoire d'amour qui ne ressemble à aucune autre" et comme le dit Gallotta "L'Amour c'est de bonne guerre".


Ulysse Grand Large - Jean-Claude Gallotta - Photo Guy Delahaye


Ce seront dix danseuses et danseurs, en de mignons costumes blancs, qui vont sautiller sur la scène, faisant des traversées, des mouvements d'ensemble tous plus agréables à voir les uns que les autres, sur la musique de Henri Torgue et Serge Houppin, dynamique et entrainante, dans le style des années 80. Après un simulacre de départ où les danseuses et danseurs prennent à jardin, les uns après les autres,la place de celui et celle qui attend de partir et se fait libérer par le suivant, nos allons assister à une heure vingt de purs moments de danse où Gallotta joue sur les trois éléments fondateurs, le rythme, l'espace et le temps, pour nous subjuguer et nous emporter autant par de petits gestes délicats que par l'énergie des mouvements d'ensemble. 


Ulysse Grand Large - Jean-Claude Gallotta - Photo Guy Delahaye


Les entrées et sorties s'enchainent, sportives via les petites portes sur le côté, les duos et double duos, les portés et les arabesques, les solos et les traversées, les sauts et les petits pas, et même les marche en arrière ou les mouvements par vagues qui submergent tout, les courses et les chutes s'enchainent dans un belle dynamique. Les dix danseuses et danseurs sont magnifiques, leurs gestes précis et généreux. Et l'arrivée, de temps en temps du "capitaine" qui "favorise" une entrée, "amorce" un mouvement, "accompagne" un duo ou tout simplement déambule sur la scène pour "apprécier" son oeuvre, amène à la fois une touche de nostalgie, ou d'humour, ou de bienveillance ,ou même d'autodérision. 


Ulysse Grand Large - Jean-Claude Gallotta - Photo Guy Delahaye


En tout cas le "vieux" maître (il a tout de même 73 ans) à l'image de son inspirateur Cunningham (qui a dansé presque jusqu'à 90 ans) nous a offert ce soir avec la jeunesse de sa troupe un vent frais qui soufflait sur la danse et sur cette chorégraphie qui porte bien ses quarante et quelques années et à qui on souhaite encore bon vent, maintenant qu'elle est inscrite au "répertoire".


La Fleur du Dimanche

jeudi 17 février 2022

Le jour se rêve de Gallotta au Rond-Point : "Tribute" à Merce Cunnnigham d'une Tribu des Mammames revisitée

Cela commence comme une déambulation d'une tribu de Mammames qui occupent le plateau en balançant leur démarche un peu animale et saugrenue et l'on se dit que Jean-Claude Gallotta n'a pas changé. Mais à y regarder de près, si, même si la démarche est là, même s'il y a ici et là un short qui traîne, celui-ci à une certaine classe et le reste des costumes ont fière allure, justaucorps et vestes noires et même cagoules avec masques associé qui donnent à ces dix danseurs un air inquiétant et étrange. 


Le jour se rêve - Jean-Claude Gallotta - Théâtre du Rond-Point - Photo: Joseph Caprio


C'est Dominique Gonzales-Foerster qui signe les "textiles et les couleurs", un bel arc-en-ciel qui remplit la scène d'un éblouissement et d'un foisonnement de coloris. L'artiste plasticienne créatrice d'ambiance et d'univers joue avec la palette que le chorégraphe met en mouvement, alternant des chorégraphies d'ensemble et des duos simples ou multiples, des solos, tour à tour virtuoses et emportés ou alors tendres et délicats. Une belle harmonie s'en dégage et l'on sent la volonté de Jean-Claude Gallotta de rendre hommage au grand maître Merce Cunningham, qui aurait cent ans et qui lui a fait découvrir "l'esprit de la danse" à la fin des années 70 à New York, dans le foisonnement créatif et le creuset de rencontres de l'époque. Gallotta raconte, et rejoue d'ailleurs cet épisode dans le premier des interludes qu'il nous offre et où il danse aussi, avec son style singulier, un hommage au poète Dada Kurt Schwitters. 


Le jour se rêve - Jean-Claude Gallotta - Théâtre du Rond-Point - Photo: Joseph Caprio


Le jour se rêve - Jean-Claude Gallotta - Théâtre du Rond-Point - Photo: Joseph Caprio


Dans le deuxième "event" où les danseurs changent de costumes, toujours aussi colorés, mais où les corps et les visages, l'on arrive à mieux appréhender la diversité des interprète qui viennent de tous les continent et jouent de leurs différences corporelles. Après l'élévation un peu mystérieuse et mystique du premier "event", nous entrons dans un univers plus social, contemporain avec des échanges plus sensuels et enlevés. Le dernier "event" sera, lui, encore plus près du corps; les danseuses et les danseurs, en sous-vêtements, emportés dans une série de duos virevoltant jusqu'à l'ivresse et l'apothéose finale. Entre temps, Jean-Claude Gallotta aura encore fait un petit interlude sur la scène, toujours de noir vêtu et dansant sa gestuelle saccadée sur des compositions nostalgiques de Rodolphe Burger - dont deux en Allemand, Eisbär - Ich möchte ein Eisbaer sein - je voudrais être un ours blanc) chansons du groupe cold wave-punk suisse Grauzone dans lequel oeuvrait Martin Eicher, et Holde Lilli, poème d'amour romantique de Goethe.


Le jour se rêve - Jean-Claude Gallotta - Théâtre du Rond-Point - Photo: Joseph Caprio


Ce sont d'ailleurs les compositions de Rodolphe Burger, guitarre, synthétiseur et voix,  qui parcourent et donnent une très belle unité d'ensemble à ce spectacle. Et tout comme Dominique Gonzales-Foerster pour la partie visuelle, l'univers sonore particulier de ce musicien un peu hors du temps habille nos rêves de danse de ses rythmes envoûtants et de sa voix grave et reposante. Les judicieux choix des collaborations artistiques de Jean-Claude Gallotta permettent à cette danse presqu'intemporelle mais néanmoins ancrée dans notre présent de trouver leur pleine expression et nous toucher au coeur et aux sens.


Le Fleur du Dimanche



Chorégraphie : Jean-Claude Gallotta
Musique : Rodolphe Burger
Avec : Axelle André, Naïs Arlaud, Ximena Figueroa, Ibrahim Guétissi, Georgia Ives, Fuxi Li, Bernardita Moya Alcalde, Jérémy Silvetti, Gaetano Vaccaro, Thierry Verger, Jean-Claude Gallotta
Assistanat à la chorégraphie : Mathilde Altaraz
Dramaturgie : Claude-Henri Buffard
Textiles et couleurs : Dominique Gonzalez-Foerster
Assisté de : Chiraz Sedouga, Anne Jonathan
Lumière : Manuel Bernard

vendredi 30 septembre 2016

Danse et Musica : Drôle de rencontre au Point d’Eau

Nous connaissons l’esprit d’ouverture de Musica, sa volonté de chercher à la marge, de creuser de nouvelles pistes et de mixer les autres modes d’expression (cinéma, concert de Kat Onoma, ..). Trouver un spectacle de danse dans le programme de Musica n’est qu’une demi-surprise, même si le spectacle s’intitule "My Rock". 

Mais à y regarder de plus près, les liens se tissent. Jean-Claude Gallotta se réfère, dans son travail – et pour cette pièce - à Merce Cunningham dont on connait la proximité avec John Cage. Et sa méthode de travail, telle qu’il a pu l’exposer au public resté à la rencontre après le spectacle au Point d’Eau à Ostwald, suit la même ligne: Il crée ses chorégraphies dans le silence et ensuite il les fait "habiter" par les danseurs – non définis au départ - sur l’espace du plateau et affinant la chorégraphie. 
"Si le plateau l’accepte", c’est bon, cela sera dans le spectacle. Il en est de même pour les douze morceaux de rock qu’il a finalement gardés sur la masse de tous ceux qu’il avait envie de montrer. Il faut que l’ensemble fonctionne !

Nous avons donc droit à une panoplie de chanteurs et de groupes et quelques découvertes – et même une surprise: Le morceau des Beatles, que chacun va se chanter dans sa tête pendant que le couple de danseurs sur scène danse un rock endiablé dans le silence. Cela démarre par Elvis Presley, "The King", celui par qui cette musique pleine "d’amour" - dans tous les sens – et nous l’avons bien senti sur la scène – a bouleversé la vie et la culture. Au même moment où, justement à New-York Cunningham a bouleversé la danse contemporaine en intégrant lui aussi la musique contemporaine et les artistes plasticiens de l’époque dans ses spectacles. 

Jean-Claude Gallotta qui, tel Hitchkock, passe en fond de scène avec son chapeau (héritage de, et hommage à son père) lors du premier tableau, derrière ses danseurs - tous différents, chacun et chacune avec ses caractéristique et son originalité. Allez, citons-les:
Agnès Canova, Ximena Figueroa, Paul Gouëllo, Ibrahim Guétissi, Georgia Ives, Bernardita Moya Alcade, Fuxi Li, Lilou Niang, Jérémy Sylvetti, Gaetano Vaccaro, Thierry Verger et Béatrice Warrand...

Lui-même, le grand Jean-Claude, va esquisser de temps en temps quelques pas de danse, prémisses d’un autre spectacle rêvé, mais surtout nous raconter, pour chaque morceau qu’il a gardé "son" rapport à cette musique  qui l’a construit.

Des Rolling Stones aux Who, de Bob Dylan à Léonard Cohen, de Nirvana au Velvet Underground, de Nick Drake (mort trop jeune et dont une des dernière lettre disait; "Je ne trouve plus mes mots") à Nirvana et Kurt Kobain, qui lui a dit "Il vaut mieux brûler que de se faner", ses histoires et sa lecture des morceaux choisis ont appelé dans les mémoires (en tout cas celle des moins jeunes) quelques souvenirs et nostalgies ou réminiscences heureuses.  
Le tout se concluant par un magnifique "Gloria" de Patti Smith avec une montée en puissance également sur la scène où l’ensemble des danseurs à l’unisson partaient dans une ronde endiablée avant de trouver l’unisson avec Wilson Picket et la scène partagée par les spectateurs dont les jambes démangeaient depuis trop longtemps...

Musica 2016 - Gallotta  - My Rock - Photo: lfdd

Jean-Claude Gallotta a promis de refaire une version "féminine" de My Rock, nous l’attendons avec impatience…  Et nous nous disons que la "musique contemporaine" c’est cela aussi.


Musica 2016 - Gallotta  - My Rock - Photo: lfdd

Bon Musica

La Fleur du Dimanche

Le site de Jean-Claude Gallotta est là: 
http://www.gallotta-danse.com/spip.php