Au Carreau du Temple, toutes les expressions et tous les aspects autour du corps, de la danse, se retrouvent convoqués. Des expositions, un Baile Charme avec DJ du Brésil, un Battle de waacking, des débats, des films (la résistance queer en Ukraine), un cabaret afro-futuriste queer et militant, des ateliers créatifs et participatifs avec une vaste broderie, des rencontres, une Love Room avec Arthur Pérole et Alexandre Da Silva où l'on se confesse sur ses émotions et ses souvenirs amoureux - du terreau pour un prochain spectacle (?) - et l'occasion de s'interroger, entre introspection et autoanalyse, sur ses émotions amoureuses et essayer de savoir si l'amour est politique, si cela reste dans la sphère privée ou si cela concerne aussi la société.... De quoi brasser - et faire se rencontrer ? au moins se faire côtoyer - une diversité de publics.
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| Let’s go back to the river - Annabel Guérédrat - Photo: Francois Capdeville |
L'expérience, puisqu'il faut bien parler d'expérience à propos de Let’s go back to the river d'Annabel Guérédrat, c'est ce bain dans l'inconnu dans lequel on plonge dès la porte de la salle passée. Et l'on passe de surprise en surprise. Déjà cette "purification" acceptée volontairement (ou pas) avec des bâtons d'encens à laquelle procèdent trois assistantes pour pénétrer dans un espace où l'on va se retrouver assis(e)s en cercle, avant de se retrouver plongé(e)s presque dans le noir à expérimenter nos sensations, notre poids, notre assise, notre lien avec la terre (ou la parquet) et même nos sensations intérieures, le lien entre les deux orifices d'un bout à l'autre de notre corps, la bouche et l'anus. Nous distinguons au dessus de nos têtes des tissus et des robes accrochées, une clochette aussi. Dès que nous ressortons de notre voyage intérieur, porté par la voix rassurante d'Annabel Guérédrat, et que nous nous sommes assis en rond, formant un grand cercle de communauté, Annabel Guérédrat et sa partenaire Chloé Timon, déroulent et enroulent autour de leur corps un fil rouge puis s'en libèrent et s'affublent d'une couronne avec une coiffe masque, rideau de bijoux devant les yeux liées aux divinités féminines.
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| Let’s go back to the river - Annabel Guérédrat - Photo: Francois Capdeville |
Les deux femmes vont emmener le public dans un autre voyage, visuel et musical, où sur des images de forêts et de rivières, de mangrove, la musique devient canal et inclusion, la clochette décrochée passe en cercle et les spectateurs forment une chaîne sonore, s'imprègnent de rythme et de pulsations. Quelques spectateurs deviennent participants à la préparation d'un banquet tandis que d'autres préparent une mixture parfumée qui servira de "bain rituel" parfumé des mains ou de la tête.
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| Let’s go back to the river - Annabel Guérédrat - Photo: Robert Becker |
Nous mêmes baignons dans une musique douce et hypnotique de Renaud Bajeux tandis que les deux complices refont des mélanges secret de différents flacons qui vont servir à une nouvelle cérémonie de purifications et que des rites et des cérémonies sont évoquées en lien avec la nature et les animaux (poulets, plumes et sang). Sans transition apparait en pleine lumière la DJ Sugar Tantine qui amène tout le monde à se lever dans une grande fête de fusion, avant le partage des offrandes.
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| Let’s go back to the river - Annabel Guérédrat - Photo: Francois Capdeville |
Cette expérience que nous propose Annabel Guérédrat est à la fois un voyage en de terres et des cultures inconnues, redonnant parole et vie à des cultures invisibilisées, ouvrant des portes d'une autre perception, nous interrogeant sur notre propre rapport au monde, à la terre et à la nature. Et cela dans une démarche inclusive et expérientielle, brisant le quatrième mur du théâtre ainsi que sa temporalité. Elle nous immerge dans un processus de découverte et non de discours, nous menant sur un chemin inexploré pour une prise de conscience fraternelle. Autant une collision qu'une rencontre, un choc qu'une confluence. En tout cas une découverte heureuse.
La Fleur du Dimanche




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