jeudi 19 février 2026

Festival Everybody au Carreau du Temple: les corps ne se tiennent plus à carreau, tous.tes font de la résistance et dansent

Pour la cinquième année le Festival Everybody donne voix et corps aux personnes empêchées, aux queers, aux personnes racisées à tous ceux et toutes celles qui font résistance ou essayent d’avoir leur place pour elles et eux et pour leur corps dans la société. Sottobosco de Chiara Bersani Sottobosco de Chiara Bersani offre ce sous-bois, cet espace qui est à la fois un refuge et un lieu caché ou perdu pour que les corps puissent se trouver, se retrouver, se rencontrer, exister. Sur la scène parsemée de petits cylindres, sortes de troncs, bûches ou champignons, balayés par des rayons de lumière, arrive en rampant une femme, petite et dont le rapport de proportion du buste et des membres est inhabituel, Elena Sgarbossa. Elle traverse à plat ventre l’espace, s’en empare tandis que derrière un pan de tissu, on aperçoit une paire de pieds aller de cour à jardin et une danseuse, Chiara Bersani, habitée de tendresse, arriver sur scène et la parcourir puis se mettre à terre.

Sottobosco Chiara-Bersani - Photo: Alice Brazzit


Les sons et bruits, sortes de craquements entre le bruit de branchages écrasées et des grésillements et crépitements électroniques forment un tapis sonore sur lequel se déploie la voix de Chiara Bersani qui nous conte le désordre d'un monde qui se crée et des roches qui jaillissent du volcan, le corps qui est brisé. Les deux corps sur scène se font leur parcours complémentaire en arcs qui se cherchent. Et qui finalement se trouvent, se rencontrent se rejoignent, s’accordent, se lèvent en symbiose. La musicienne Lemmo d’une belle et puissante voix grave déploie une chanson de soleil, de lumière et d’alliance, de sérénité. De sable et de plage, tandis que les cylindres prennent des couleurs et que les deux interprètes déblaient une chemin parmi ces obstacles.
 

Sottobosco Chiara-Bersani - Photo: Alice Brazzit


Leurs regards appellent les spectateurs, une femme en robe rouge, le pas mal assuré monte sur scène pour les rejoindre, suivie bientôt par deux autres. Une petite communauté soudée se rassemble en cercle festif, un poème de Guilia Traversi célèbre avec eux le bonheur, la fête, la réalisation de l’impossible, un nouveau corps, pour s’embrasser les uns les autres. Un bout de chemin est fait, nous sommes avec elles et eux. Nous avons gagné un autre regard, une perception nouvelle, une autre échelle de temps un monde réécrit. Un grand pas pour l’être ensemble.



Synchronicity / A Folia – Maud Le Platec


Le soirée continue dans la grande halle du Carreau du Temple avec le Grand Ballet de Lorraine drivé avec énergie et intelligence par Maud Le Pladec. La danseuse et chorégraphe qui avait dirigé le Centre chorégraphique national d'Orléans de 2017 à 2024 avant d'être nommée à la tête du Centre Chorégraphique National - Ballet de Lorraine avait été invitée par Thomas Joly à prendre la mise en scène et la direction artistique des cérémonies d'ouverture des Jeux Olympique et Paralympiques de Paris en 2024. Elle a également crée quelques chorégraphies dont Synchronicité, repris ici par les membres du Ballet de Lorraine qui l'avaient créé sur l'Ile de la Cité. 


Synchronicité - Maud Le Pladec - Photo: César Vayssié


C'est un déferlement d'énergie sur ce grand plateau, très vite après une arrivée en solo d'un danseur qui fait une entrée lumineuse. Les lumières éblouissantes et ciselées qui éclatent en jets puissant, les nappes de fumigènes, la musique nerveuse soutiennent la tension et la charge des corps puissants. Entre éclats stroboscopiques et mouvements coordonnés, une incroyable dynamique déborde du plateau. 


Synchronicité - Maud Le Pladec - Photo: César Vayssié


Les mouvements chorégraphiés au cordeau passent de la danse de rues à des postures classiques dans une grande variété et dans des atmosphères rapidement changeantes. Une incroyable fouge transparait dans les sauts, figures et mouvements d'ensemble des 23 danseuses et danseurs dans de magnifiques costumes crème de Daphné Burki. 


Synchronicité - Maud Le Pladec - Photo: César Vayssié


La musique de Victor le Masne ne faiblit pas et ses charges héroïque galvanise la troupe qui sortent de cette courte mais épuisante pièce, qui à la fois nous assomme et nous ravit. Un entracte de vingt minutes est bienvenu avant le deuxième partie.


A Folia


Celle-ci voit les vingt-trois même danseurs interpréter A Folia, une chorégraphie de Marco Da Silva Ferreira.  Inspirée à la fois par la danse folklorique portugaise du XVe siècle et la musique de Corelli, la Sonate pour violon Opus 5 N° 12 remise au goût du jour et boostée à l'électronique par Luis Pestana, la pièce navigue entre exubérance et folie. Les danseurs passent au sol, se hissent les un(e)s sur les autres, forment groupe et jouent le battle dans une succession impressionnante de variations autour de cet aspect festif et déjanté. 


A Folia - Maud Le Pladec - Photo: Laurent Philippe


Le groupe se fait et se défait. Il devient foule qui navigue et tangue, ronde folle, redevient ombres dansantes sur une musique qui s'assombrit. Les costumes, belles créations variées esthétiques et multicolores, quelques uns en noir ou noir et blanc design d'Aleksandar Protic, sont une joie pour l'oeil.  


A Folia - Maud Le Pladec - Photo: Laurent Philippe


Les gestes et mouvements sollicitent largement les bras et les jambes en de magnifiques harmonies, les corps, individuellement ou en mouvements d'ensemble sont un vrai plaisir à voir et le solo de la danseuse en godillots noirs est un sommet du mélange entre délicatesse et excès. Les interprètes ne sont jamais à bout de souffle, même quand ils pompent l'air et l'énergie qu'il nous insufflent et qui nous nourrit pour le reste de la journée. 


A Folia - Maud Le Pladec - Photo: Laurent Philippe


Pendant presque quarante minutes, sans faiblir, entre débauche d'énergie individuelle et mouvements collectifs, la folie carnavalesque déborde de son ardeur et sa frénésie et nous submerge. Nous en sommes à la fois sonnés et plein d'une exaltation qui nous revigore pour le restant de la journée. Et restons subjugués par la performance à laquelle nous venons d'assister.


Introducing Living Smile Vidya - Living Smile Vidya


A l'entrée de la salle où se joue Introducing Living Smile Vidya, c'est Living Smile Vidya elle-même qui nous accueille et nous salue. Et une fois installés, elle nous sollicite pour nous demander  


   

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire