samedi 19 septembre 2020

Musica 2020: un samedi (dix)neuf plein de musique et de découvertes, de brassages

 Les samedis de Musica sont, de mémoire toujours une course d'endurance pour les spectateurs et toute l'équipe. Crise du Coronavirus oblige ce (premier) samedi du Festival le fut encore plus, également pour les musiciens puisque pour des raisons de jauge réduite (sécurité sanitaire oblige), certains concerts et manifestations ont eu lieu deux fois (sinon quatre en ce qui concerne la ballade musicale contée Fake).


Concert du samedi matin: Trio Catch - The people here go mad 

Commençons donc par le concert du samedi matin à 11h00 avec le Trio Catch à la salle de la Bourse. Ce jeune et dynamique trio féminin travaille régulièrement avec Georges Aperghis et Beat Fuhrer, dont elles ont présenté un oeuvre de chaque - AER (1991) de Beat Fuhrer, une pièce en petites touches délicates et Trio (1996) d'Aperghis, une pièce narrative alternant des moments énergiques et ponctuée de silences et de moments plus calmes. Elles ont commencé par une pièce de la compositrice italienne Clara Ianotta The people here go mad. They blame the wind (2014) qui voit tout un attirail de sons, comme une boite à musique "en-jouet" ou des clochettes qui complètent les trois instruments - clarinette, violoncelle, piano (préparé) aux cordes frappées et pincées pour nous proposer une pièce à la fois légère et grave, avec des bruissements, glissement et moments de silence qui nous conte cette histoire de vent qui rendrait fou. 

Musica - Trio Catch - Clara Iannotta - Photo : lfdd

La création française "Čar" (2016) de Mirela Ivicevic, avec un piano discrètement préparé nous propose une oeuvre tourbillonnante qui montre la belle complémentarité des instruments et des interprètes Boglárka Pecze (clarinette), Eva Boesch (violoncelle) et Sun-Young Nam (piano).

Musica - Trio Catch - Martin Schüttler - Photo : lfdd

Autre création française Low poly rose (2016) de l'allemand Martin Schüttler, une oeuvre un peu iconoclaste où des vieux téléphones font leur irruption dans le fil de la pièce, alternance de sons continue en harmonie et de notes aigrelettes ponctuées de petits éclats ou de souffles. La fin, brusquée voit les interprètes partir d'un coup. Avant de revenir saluer avec le compositeur.

Un concert dynamique qui fait un très bon apéritif !

Musica 2020 - Trio Catch - Photo : lfdd

Concert du samedi après-midi: Ikeda - Music for percussion 2


La suite des concerts voit le deuxième épisode consacré à Ryoji Ikeda et ses compositions pour percussion, dans la petite salle du Maillon: une série de miniatures minimalistes basées sur, chaque fois un concept et un instrument ou plutôt un objet qui au départ n'a pas vocation musicale.


Par exemple la première pièce, un duo Telegraph music (2012-2020) explore la musicalité d'un appareil morse manipulé par les deux interprètes pour jouer plusieurs partitions, d'abord du bout des doigt, puis avec l'appareil à levier puis des appareils plus récents, à molette, beaucoup plus rapides. Ce qui donne une belle variété de composition "musicale" là où nous ne l'attendrions pas. 

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Telegraf Music - Photo:lfdd


Idem pour Metronome Music (2020) où les trois interprètes, chacun armé de deux métronomes et suivant les consignes du compositeur nous font "vivre" des rythmes plus ou moins rapides de ces six appareils qui se complètent ou interfèrent dans des "longueurs d'onde" rythmiques surprenantes.

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Metronome Music - Photo:lfdd

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Metronome Music - Photo:lfdd

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Metronome Music - Photo:lfdd

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Metronome Music - Photo:lfdd

Plus surprenant encore le très minimaliste Book Music (2020) où trois livres, glissés ou frappés sur la table et feuilletés en rythme nous font une "table music" innovante entre chocs, bruissements, froissements et percussions.

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Book Music - Photo:lfdd

Les deux déclinaisons de Ball music (2020), la première avec des balles de ping-pong, d'abord tournant dans une coupe en métal, puis, plus "sportive" rebondissant en rythme compté dans les six mains agiles des interprète qui nous font une magnifique prestation de percussion tabulaire, pour en arriver au gros ballon de basket apprivoisé en rythme également dans une frappe à terre diabolique.

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Ball Music - Photo:lfdd

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Ball Music - Photo:lfdd

Le tour ne serait pas complet sans la performance de Ruler music (2020) qui voit les interprètes manier règle et crayon sur plusieurs feuilles de papier (dont une déchirée en rythme) pour apporter une diversité et une délicatesse dans cette composition que l'on pourrait presque qualifier de Ready-made. 

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Ruler Music - Photo:lfdd

Il faut saluer la performance impeccable des trois interprètes, Amélie Grould, Alexandre Babel et Stéphane Garin qui ont surmonté cette épreuve de dextérité avec succès. Bravos!

Musica 2020 - Ryoji Ikeda - Percussion 2 - Salutations avec Ikeda - Photo:lfdd


Grand concert d'ouverture #2: M. Rosenfels - G.F. Haas - S. Steen-Andersen


Le deuxième "Grand concert d'ouverture #2" - en fait le troisième de la série, si on compte celui des Percussions, est un grand voyage entre la Suisse (pour l'Orchestre "Basel Sinfonietta" et son chef Baldur Brönnimann), l'Autriche (pour le compositeur Georg Friedrich Haas), l'Allemagne (pour une partie des choeurs de lycéens pour Teenage Lontano venant du Schiller-Gymnasium d'Offenbourg, les autres du lycée Stanislas de Wissembourg ), de France donc, ainsi que du Danemmark (avec Simon Steen-Andersen) et des Etats-Unis (pour la compositrice Marina Rosenfeld et le Parc National de Joshua Tree en Californie, inspiration de la deuxième pièce) ainsi que la Roumaine, la Hongrie et l'Autriche réunies pour György Ligetti pour Lontano, la pièce dont Marina Rosenfeld a fait cette "reprise" en première française, créée en 2008 à New York à la Whithney Biennal).

Musica 2020 - Ouverture #2 - Marina Rosenfeld - Teenage Lontano - Photo:lfdd

Musica 2020 - Ouverture #2 - Marina Rosenfeld - Teenage Lontano - Photo:lfdd

Musica 2020 - Ouverture #2 - Marina Rosenfeld - Teenage Lontano - Photo:lfdd


Le voyage a aussi quelque chose de sidéral - au moins pour commencer, de sidérant avec Simon Steen-Andersen pour finir, puisque la pièce Teenage Lontano pour laquelle Marina Rosenfeld transpose l'orchestre en voix de jeunes adultes est une longue glissage électronique scintillante et vibrante que l'on pourrait très bien imaginer comme une bande son d'un film d'anticipation qui se passe dans l'espace avec des étoiles filantes et des voix éthérées - les sifflets un peu basiques nous ramenant sur terre si les nappes planantes nous font monter trop haut.

Musica 2020 - Ouverture #2 - Georg Friedrich Haas - Joshua Tree - Photo:lfdd


Nous avons toujours la tête dans les étoiles avec la rêverie éveillée  et de Georg Friedrich Haas Joshua Tree où nous imaginons très bien en nous laissant porter par l'orchestre la musique des sphères, le lent mouvement des galaxies, quelques éclats scintillants d'étoiles géantes, une pétillance de lumière et quelques notes de harpe céleste accompagnées de nappes de cordes délicates et discrètes.

Musica 2020 - Simon Steen-Andersen - Piano Concerto - Nicolas Hodges - Photo:lfdd

Le morceau de poids - et c'est le cas de le dire - sera la pièce (pianoclaste) de Simon Steen-Andersen Piano Concerto puisque la pièce démarre avec la chute (filmée en vidéo) d'un piano tombant du haut d'un hall immense et "bruitée" par l'orchestre qui donne à cette chute toute sa puissance. La chute sur un sol en béton, filmée en accéléré dans un atelier près de Karlsruhe et montrée plusieurs fois au ralenti sous différents angles, et qui devient l'objet d'un film sonorisé, dont des pièces jouées par le pianiste Nicolas Hodges sur ce piano cassé vont servir de base de composition pour la pièce musicale, véritable recréation visuelle et sonore de Simon Steen-Andersen qui en fait une relecture de l'histoire du piano et de la musique pianistique et concertante.

Musica 2020 - Simon Steen-Andersen - Piano Concerto - Nicolas Hodges - Photo:lfdd

Il pousse le détail jusqu'à faire dialoguer le pianiste avec son "double" projeté en face de lui en grandeur réelle et avec qui il joue sur son piano de scène mais également sur un sampler qui reproduit les notes du "piano cassé" que l'on voit dans le film. La pièce de trente minutes explore de nombreuses directions et bifurcations, rebondissant (comme le piano à un moment dans le film), interrogeant la question du temps et de la référence (on sait que Simon Steen-Andersen en total autodidacte connait quand même très bien l'histoire de la musique et nous avons en clin d'oeil une fugue de Bach qui pointe le nez en sourdine, mais pas que lui) et bien sûr nous avons droit à de fausses fins, la vraie étant le "remisage" en accéléré" du piano détruit. Rappelons que la pièce, en création française, n'a pas perdu de sa force depuis sa première représentation au Festival de Donaueschingen en 2014 (en version avec une vidéo plus réduite en format) lors duquel il reçut le Grand Prix du Festival.


A suivre....

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La Fleur du Dimanche

vendredi 18 septembre 2020

Musica: A bas le cloisonnement musical avec Ikeda, Korsun, Steen-Andersen et un Stockhausen de 1968

 Nouvelle grande ouverture - la #Première avant la #Deuxième ce samedi soir - et après le premier soir de concert, Hommage à Ikeda le jeudi 18) grande ouverture du Festival Musica - Corona oblige - dans le Hall Rhin du PMC-Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg aménagé pour l'occasion: D'un côté une scène avec une grand écran et de l'autre un carré pour les chanteurs de Stockhausen.


Les musicien.ne.s montent sur scène, mais, surprise, ce sont deux solistes qui vont s'installer sur une estrade du côté gauche de la scène et jouer la première pièce de Ryijo Ikeda Metal Music 1: une pièce pour triangles. Un grand moment d'humour, ces deux musiciens jouant de leurs triangles avec toutes les variations possibles, étouffés sur leurs jambes ou rythmées, en résonnance, et variations de frappe en face à ce public - aussi nombreux que possible (en respectant les règles de distanciation une chaise sur deux pour les personnes ou les groupes). Un petit bijou de minimalisme, qui va rythmer la soirée puisqu'après la pièce d'Anna Korsun Mapebo, les deux solistes vont nous jouer une "suite" de Body Music où des variations de frappe (frappe dans les mains, sur les cuisses et frappe des talons avec une belle diversité et surtout avec une belle dextérité) et puis avant le Stockhausen en dernière partie, le Metal Music 2 où ils vont faire "chanter" les crotales en les caressant d'un archet pour les faire résonner dans des variations divines et cathartiques.


Et c'est l'Ensemble Modern qui, en miroir nous offre la création mondiale de
Mabepo, de la jeune compositrice ukrainienne Anna Korsun, où chaque instrument est en double, violon, violoncelle et scie musicale plus le synthétiseur qui nous offre en écho des nappes de voix et des stridences en glissandos dans une univers mystérieux qui nous emporte et s'éteint doucement.



La pièce suivante, Run Time Error @Opel une longue ballade en vidéo dans un ancien bâtiment industriel  - l'usine Opel à Rüsselsheim plus ou moins abandonné, mais habitée de le présence de musiciens - est l'occasion de découvrir le talent à la fois d'homme-orchestre mais aussi de VJockey (Vidéo-Jockey)de Simon Steen-Andersen. A partir d'une séquence vidéo de départ rappelant le "Le cours des choses - Der Lauf des Dinge" De Fichli et Weiss(1988), Simon Steen-Andersen crée un univers sisyphéen où, après un premier parcours complet enfin commencé après des débuts erratiques et dont la bande son est sonorisée en direct par l'orchestre des 10 musiciens de l'ensemble Modern, nous assistons à de multiples variations sur le sujet, entre un double écran qui fait la course de l'un à l'autre, des ralentissements et des accélérations fulgurantes ou des retours en arrière. Le tout avec des traitements sonores variés. Parce qu'au départ, ce qui semble être un long traveling est en vérité un travelling sonore de cette usine dont nous pouvons suivre la "fabrication du son". Un peu un mode d'emploi et un guide pour le spectateur de "Comment faire de la musique aujourd'hui" par cet autodidacte plein d'humour qui ne manque pas d'invention. La pièce est riche de ses explorations, et la lumière qui fait "son" n'en est pas la moindre, ni les nombreuses fausses fins avec un technicien masqué marchant en arrière comme dans la vidéo. On le suit dans sa course effrénée jusqu'à en être épuisé avec lui.



La dernière pièce, un hommage à la pièce dans l'esprit de 1968 Stimmung de Karlheinz Stockhausen donne l'état d'esprit de l'ambiance l'époque, avec une création où la musique "d'ambiance" devient un mélange de "folklore artificiel" où se retrouvent des chants traditionnels ou tribaux, des onomatopées et des mélopées , des poèmes et des bouts de phrases dites ou chantées, des rires, des souffles ,sifflements soupirs, jours de la semaine dans un joyeux mélange qui parvient à en faire une longue pièce cathartique qui enveloppe le spectateur-auditeur dans une ambiance envoutante et relaxante grâce aux six chanteuses et chanteurs qui nous tiennent en suspension pendant plus d'une heure dans un douce léthargie.


Une soirée surprenante, déconcertante, à la fois tonique et vivifiante, mais aussi apaisante qui semble donner la nouvelle direction que prend Musica en 2020.

Pour vous donner un apperçu du travail de Simon Stell-Andersen je vous offre une autre vidéo de son travail "Run Tim Error"



La Fleur du Dimanche

jeudi 17 septembre 2020

Pour l'ouverture du Festival, Musica frappe un grand coup... de cymbal(e)s (100) de Ryoji Ikeda

 Pour sa 38ème édition, Musica a invité les Percussions de Strasbourg à frapper les 100 coups sur les 100 cymbales pour la création française de la pièce de Ryoji Ikeda dont la première mondiale fut donnée au Los Angeles Philharmonic en 2019. Ryoji Ikeda, dont le festival va suivre le parcours, propose différentes facettes de son art multi-domaines, des pièces intimistes à une symphonie musicale et visuelle et également un DJ Set avec la franco-berlinoise rRoxymore.

Et pour démarrer, c'est une pièce écrite par John Cage en hommage à un autre artiste strasbourgeois, Jean-Hans Arp, "But what about the noise of crumpling paper" que l'on pourrait traduire par "mais qu'en est-il du bruit du papier froissé" qui est une pièce pour 10 percussions dans un pur esprit Dada va nous donner une "leçon d'écoute". 

Musica 2020 - John Cage - But what about the noise... - Photo: lfdd



Musica 2020 - John Cage - But what about the noise... - Photo: lfdd



Musica 2020 - John Cage - But what about the noise... - Photo: lfdd


Les percussionnistes s
ont déployés autour du public dans le grand hall "Rhin" du PMC, chacun avec son petit pupitre et ses petits accessoires dont on va essayer de capter - et deviner - les sons qui se répondent, dialoguent dans un quasi silence: papier, bien sûr, mais aussi gong, percussions diverses, eau, fouet, bol, plaque de métal, polystyrène, petites billes, bouteille,... 

Musica 2020 - John Cage - But what about the noise... - Photo: lfdd


Le minimalisme de la composition pousse le spectateur à une acuité d'écoute, d'attention jusqu'à son paroxysme, quelques-uns à bout de nerfs. Mais c'est en effet aussi un adepte du Yi-King et de la philosophie Zen qui nous apprend, un peu en avance, à être à l'écoute de soi, de son corps et de son environnement. 

Musica 2020 - Percussions de Strasbourg - John Cage - But what about the noise... - Photo: lfdd

Et c'est totalement le cas pour ce concert, où, dans notre attention extrême à essayer de capter les sons venus des quatre coins de ce hall immense, s'insinuent également les bruits de notre corps, des froissements de vêtements, ou des voisins, et même le survol discret du PMC par un avion de ligne. Ou encore un double éternuement tout à fait synchrone avec la musique et une toux discrète (étouffée) pour clore la pièce.

Musica 2020 - Percussions de Strasbourg - Ryoji Ikeda -100 cymbals - Photo: lfdd


S'ensuit la pièce de résistance, quand les 10 musiciens se dirigent dans le carré central où sont disposées les 100 cymbales qu'ils commencent à caresser du doigt et frotter et qui doucement se mettent à résonner, vibrer, avec des discrètes harmoniques. Le son des cymbales se superposent, glissent du grave à l'aigu en nappes sonores. Les percussionnistes font un parcours chorégraphique en continuant de jouer, puis, avec leurs baguettes, un à un frappent doucement leurs cymbales qui deviennent bruissantes dans une vibration tournoyante. 

Musica 2020 - Percussions de Strasbourg - Ryoji Ikeda -100 cymbals - Photo: lfdd

Les percussionnistes, des bords du carré se rapprochent vers la ligne centrale dans une chorégraphie minimaliste, se fondent puis se reséparent, tournoyant doucement dans le carré des cent. 

Dans une vibration hypnotique, un nouveau son surgit, issu de la frappe  près de l'axe, d'abord un puis, au fur et à mesure l'ensemble du groupe, qui apporte un rythme supplémentaire, un genre de roulement très discret qui nous emporte encore dans un nouveau voyage.

Musica 2020 - Percussions de Strasbourg - Ryoji Ikeda -100 cymbals - Photo: lfdd

Puis subitement, l'éclat d'une cymbale qui monte en puissance et s'arrête net, repris en écho par les autres et une dernier chorus, à l'unisson, net, précis, fini...


La Fleur du Dimanche

vendredi 11 septembre 2020

L'Art à Paris a la Banane

 Reportée, d'abord en virtuel puis en bien réelle, la Foire Art Paris se tient bien du 10 au 13 septembre dans le grand hall du Grand Palais à nouveau ouvert avant les grands travaux qui l'attendent pendant 4 années.

Et Art Paris a la #Banane comme on dit, une pleine forme puisqu'au lieu de chocolat, elle offre aux exposants des fruits:


Et donc une banane que la sympathique galleriste Leila Mordoch nous expose, décollée:


Mais elle propose également des oeuvres, dont des murals de Miss'Tic:



La #Banane est aussi chez Patrick Trigano, mais elle est un peu plus chère puisqu'elle est de Mel Ramos:



Chez Patrick Trigano, le masque est aussi de mise - mais au mur, et il est signé par César:




Des fois, il glisse du nez des galeristes:


Il reste sur celui des visiteurs et visiteuses qui essaient d'observer les mélanges de couleurs de Bernard Frize sur le stand de la gallerie Perrotin:


Egalement chez Perrotin, une sculpture "collier" de Jean-Michel Othoniel:



Et chez Templon, vous pouvez voir l'effet TV d'Ed et Nancy Kienholtz:


Sachez qu'à la Galerie Templon (annexe) vous pouvez voir une belle collection des oeuvres du couple - et qu'à la galerie "historique" l'heure est à Pierre et Gilles (bientôt des photos)...


Après un petit intermède "Alerte à la Bombe" (pour rire?) passons à la suite..



Vous avez un Simon Hantaï de petite dimenssion:



Le Matthieu, lui est un peu plus grand:




De même que le Soulages qu'accompagnent des sculptures de Manolo Valdez, bien représenté:



A Suivre..


Et pour finir, une oeuvre de Sophie Calle, "My mother, my cat, my father":






La Fleur du Dimanche 


dimanche 6 septembre 2020

Le bouillon blanc, la trémière rose et le houblon blond pour un livre de cuisine à la mode

 Les bibliothèques idéales*, vous connaissez? La vôtre elle est comment? Quels livres avez-vous? Des dictionnaires, des livres de cuisine, des polars, des livres de poésie ou historiques? Vous les mélangez comment? Et vous écrivez? Comment? Mais la suite après la fleur du jour:

Bouillon blanc ou Molène - Photo: lfdd


Oui ce bouillon - jaune mais appelé blanc - attention de ne pas mélanger le blanc et le jaune si vous voulez faire de la mayonnaise... Quelle cuisine nous promet-il? Certains disent qu'il nous soulage la gorge lors des maux, quand les mots ne sortent pas toujours. Bon, les chats, il ne les chasse pas, mais il a encore d'autres vertus - je le rajouterai quand on me les aura soufflées (pas soufflet).

Pour les livres et l'écriture, j'en reviens au 28 août, dans le Monde, qui fait dialoguer deux très grands écrivains (dont j'ai déjà parlé), Emmanuel Carrère et l'américain Daniel Mendelsohn qui parle très bien le français. Ils échangent sous les oreilles et la bouche de Raphaëlle Leiris de leur dernier livre respectif (Yoga pour Carrère et Trois anneaux pour Mendelsohn) mais surtout sur l'écriture, le style, la narration, et eux, leur vie, leur expérience:

Je vous en sème quelques pincées:

Daniel Mendelsohn: "J'ai fini par trouver ce principe de juxtaposer l'histoire d'une personne, moi, d'un côté et, de l'autre, l'analyse d'un texte ancien. En entrelaçant ces deux types de narration, une personnelle et un critique, on finit par trouver, justement dans l'entre-deux, le sujet du livre."

Emmanuel Carrère: "Même s'il s'agit de quelque chose de réel, de vécu, ce que l'on a à raconter, on le découvre dans la façon de le raconter. Je me sens d'autant plus en accord avec vous sur cette idée de juxtaposer deux choses différentes que - c'est un des grands enseignements de la psychanalyse, comme un travail de montage cinématographique - quand on se trouve devant deux choses dont on se dit qu'elles n'ont rien à voir, il y a de fortes chances pour qu'elles aient à voir. C'est à partir de là qu'il faut travailler."


D'ailleurs je fais une parenthèse en relation à une discussion avec des amis où a été lancé le mot "baisenville" et que l'on m'a demandé de creuser et voici ce que j'ai trouvé:

"Avec la mode du style vintage, le baise-en-ville (ou baisenville) recouvre ses lettres de noblesse. En effet, longtemps tombé en désuétude, ce sac pour homme au nom évocateur se retrouve aujourd’hui sur toutes les épaules. Mais une petite explication étymologique s’avère indispensable. Ainsi, on admet deux orthographes pour ce mot masculin invariable qui date de 1934, « baise-en-ville » et « baisenville ». L’étymologie n’est pas difficile à trouver puisque ce mot puise sa source dans les termes « baiser » et « en ville ». Point trop de mystère donc…

Cette expression est (très) familière, il désigne en fait une valisette, un petit sac de voyage. Il est fait pour accueillir le strict nécessaire pour passer une nuit hors du foyer. On comprend ainsi que le baisenville n’est autre que la sacoche de prédilection des mauvais coucheurs. Il renferme tout ce qu'il faut pour qu'une personne ne dorme pas dans son lit une nuit durant, sans pour autant se retrouver en difficulté le lendemain au réveil, avec les essentiels de nuit et/ou de toilettes.

L’expression naît en 1934. C'était une époque d’opulence qui voit éclore la société de consommation et avec une nouvelle manière de vivre où il est question de profiter de la vie! Le climat est léger et le badinage amoureux, forcément de mise ! Le baisenville est donc à prendre au pied de la lettre, il contient le kit de survie nécessaire à une soirée de découchage. Un passé sulfureux très bien assumé par ces nouveaux porteurs, qui l'apprécient pour son aspect mode mais également pour son histoire qui en fait sourire plus d'un."

Ce que j'en retiens c'est que le terme est assez récent et montre l'évolution des moeurs dans les (folles) années 30, et qu'il est revenu à la mode récemment. J'ai rebondi (voir plus loin) sur "sucrer les fraises" à priori bien plus ancien (mais en est-on sûr?)...

Allez, je vous ressert du bouillon:

Bouillon blanc ou Molène - Photo: lfdd


Pour en revenir à notre trio, Raphaëlle Leyris pose la question:

""Trois Anneaux" explique comment vous vous êtes appuyé, Daniel Mendelsohn, pour écrire "Une Odyssée", sur le principe du récit circulaire homérique et des boucles narratives. Vous, Emmanuel Carrère, décrivez souvent votre manière d'écrire en disant que "vous tournez autour du pot". Est-ce que, au fond, vous ne parlez pas de la même chose?

E. Carrère: Pas de doute, nous sommes l'un et l'autre des auteurs très digressifs! Dans le cas de Yoga, j'avance par associations, dont j'espère qu'elles sont toutes connectées à un espèce de foyer central, c'est-à-dire à mon expérience. J'espère que, comme dans la vie, ce qui semble sur le moment partir en tous sens acquiert à posteriori une forme de cohérence, de ligne directrice.

J'ai été fasciné par ce qu'écrit Daniel Mendelsohn sur l'opposition entre les formes digresives, circulaires, qu'il associe à une forme d'optimisme, et la manière très rectiligne du récit biblique, de la pensée hébraïque, qui relèverait du pessimisme. (...)

D. Mendelsohn: Merci! J'ai lu tellement de fois Mimésis d'Erich Auerbach [sur lequel s'appuie sa réflexion] sans voir ça! Et puis, vous savez comment ça se passe, Emmanuel, pendant l'écriture d'un livre. D'un seul coup, vous regardez une chose familière et des possibilités nouvelles s'ouvrent à vous. Ca a été le cas pour moi au moment de décrire cette différence de composition entre les Hébreux et les Grecs. L'âme et l'esprit d'une culture transparaissent dans leur littérature, leur manière de se raconter.


A une question de Raphaëlle Leyris sur le "narcissisme" qui leur est quelquefois reproché sur leurs livres, ils répondent:

D.M: A mon avis, mettre quelque chose de soi dans un livre, cela participe de la question de la narration. Comment raconter quelque chose sans être présent? C'est impossible. (...)

E.C.: Le reconnaître, c'est paradoxalement une forme d'humilité. il s'agit de dire que l'on n'est pas dans une position de surplomb, à la place de Dieu. (...)


Allez, encore un court bouillon blanc (aussi appelé molène):

Bouillon blanc ou Molène - Photo: lfdd


Et puis une pause digressive sur la mode et la nourriture: Nous parlions de baisenville et faisions référence à un épisode de la veille où, tout habillé de noir et mangeant un kougloff sucré, je me suis retrouvé blanc comme neige et ai donc pensé à l'expression, dont on m'a donné l'origine.  

Sucrer les fraises - qui n'a rien à voir à priori (quoique) avec Aller aux fraises - est une expression dont j'avais déjà parlé, en tout cas, il semble que l'explication que l'on croyait ancienne relative à la pièce vestimentaire soit erronée. Donc, la fraise:

La fraise est un col de lingerie formé de plis ou de godrons. Elle est placée autour du cou qu’elle cache et met en valeur le visage de celui qui la porte. On la désigne également sous le terme de collerette.

La fraise est portée en Europe occidentale, à l'époque des guerres de Religion, de la seconde moitié du XVIe au début du XVIIe siècle. Elle présente une multiplicité de formes qui changent en fonction du statut de la personne qui la porte, de sa religion, de sa nationalité et de son époque.

C’est un vêtement revêtu par les nobles et les bourgeois. Sa qualité diffère selon la classe sociale. La haute noblesse porte des fraises en dentelle qui forment des godrons réguliers et symétriques.

Chaque époque et chaque pays ont adopté une fraise qui lui est propre. En France, elle est davantage portée par les catholiques, du moins au XVIe siècle. La forme de la fraise n’a jamais cessé d'évoluer. Dans les années 1570, la fraise tend à être un vêtement de cour luxueux et complètement démesurée dans les années 1580.

Donc on me disait que l'expression "sucrer les fraises" venait de cette pièce de vêtement:

"Une croyance répandue veut que cette expression viendrait de ces collerettes plissées appelées fraises que portaient les hommes et les femmes des XVIe et XVIIe siècle. En effet, ces personnes lorsqu'elles étaient âgées et tremblantes pouvaient répandre dessus ce qui leur servait à se poudrer le visage et qui ressemblait à du sucre en poudre très fin.

Mais je tiens à préciser que strictement aucune de mes sources supposées dignes de foi n'évoque cette hypothèse et que, dans les bibliothèques numérisées disponibles en ligne, on ne trouve nulle occurrence de cette expression datant d'avant la période citée.

Et si cette explication avait un fond de vérité, on peut supposer que l'expression ne serait pas de naissance aussi récente (sans compter, pour finir de démolir cette croyance, que le sucre en poudre très fin n'existait pas à l'époque).

De plus, l'utilisation des fraises comme collerette a cessé avec le règne de Louis XIII alors que se poudrer les cheveux ou perruques date de la fin du règne de Louis XIV. Nous pouvons rajouter que, un, il doit être difficile de distinguer une quelconque poudre blanche (sucre ou pellicule) sur une fraise, et deux, l'expression parle de sucrer les fraises et pas la fraise. 

Nous arrivons donc à la vraie origine qui semble dater de la fin du XIXème siècle et signifie bien "trembler comme un vieux" et c'est un article humoristique du Figaro du 27 mai 1877: 

"Il y a un mois environ, un bel équipage s’arrêtait devant un asile d’incurables. Un élégant personnage en descendait et s’adressait au directeur de l’établissement. – Monsieur, lui dit-il, je désirerais recueillir, jusqu’à la fin de ses jours, un de vos pensionnaires: j’ai beaucoup voyagé, j’ai fait ma fortune aux colonies, et j’ai cent mille livres de rentes que vous pouvez constater chez mon notaire. Le directeur consent, et le monsieur charitable choisit un vieillard affligé d’un horrible tremblement nerveux. Hier, il a voulu revoir ce vieillard, dont le tremblement n’avait pas cessé, bien entendu. Il le voit en effet. Son bienfaiteur lui avait trouvé un emploi, qui expliquait sa généreuse adoption. Il s’en servait pour sucrer les fraises et pour battre son absinthe."  

Cette expression est confirmée dans le livre Poivre et Sel, paru en 1901, d'Aurélien Scholl:

"Cinquante années d'absinthe lui ont donné un tremblement tel que, lorsqu'il veut se verser à boire, le liquide secoué se répand comme une pluie autour du verre.

- C'est désagréable, d'un côté, a dit le colonel ; mais, quand je prends la passoire avec du sucre en poudre... on peut voir combien cette infirmité devient précieuse pour sucrer les fraises."

Pour continuer le tour des fraises, sachez que le mot peut signifier également le visage, la personne, ou le printemps dans les expressions: "Eh! Sido! ramène ta fraise pour faire honneur aux hôtes! [crie papa à sa soeur]" - "Elle aura vingt ans aux fraises".

Et nous revenons aux questions vestimentaires avec l'expression "Allez au fraise" avec la variante "cueillir la fraise" "Aller cueillir des fraises des bois" dont le sens vieilli signifiait: Aller dans les bois en amoureux. 

"Il chantait la vieille chanson populaire: Ah! qu'il fait donc bon Qu'il fait donc bon Cueillir la fraise" Maupassant, Contes et nouvelles - et qui dérive donc sur le vêtement, en l'occurrence le pantalon: Porter un pantalon trop court: 

"L'alpague tombe bien, mais le valseur te donne l'air d'aller aux fraises"

Bon, petite pause lait-fraise, ou plutôt trémière rose:

Rose trémière - Photo: lfdd



Et revenons à nos comparses écrivains qui vont nous parler de clarté, de pédagogie et du lien avec le lecteur (nous ne vous oublions pas):

E. Carrère: Contrairement à Daniel, je n'ai jamais enseigné, mais j'ai découvert que j'avais un goût pour la pédagogie dans les livres - une vertu littéraire qui me paraît totalement subalterne.

D. Mendelsohn: J'ai une grande confiance dans la curiosité et l'intelligence du lecteur . Je pense que si vous expliquez bien une chose, alors le public l'acceptera et comprendra que tel ou tel sujet a sa place dans votre livre.

E.C.: Et il me semble important que l'auteur fasse une place au lecteur, qu'il ait cette générosité-là. Les livres qui me sont les plus précieux, et je compte ceux de Daniel parmi eux, sont ceux où l'on a l'impression que l'on s'adresse à vous, qu'une voix vous parle à l'oreille. Il existe de grands livres qui ne produisent pas cet effet, mais je dois dire que je reste un peu au bord.


Et pour finir, une question à partir d'une phrase de Daniel Mendelsohn: "Chacun de nos livres nous aide à grandir un peu..."

E.C.: Est-ce qu'ils nous aident à grandir, ou est-ce qu'ils nous sont un témoin du fait qu'on grandit? Bien sûr, le genre de livres que nous écrivons, Daniel et moi, permet ce phénomène. Nos livres accompagnent nos vies, ils donnent forme à nos expériences.

D.M.: La personne qui écrit un nouveau livre ne peut pas être la même que celle qui a écrit le précédent.... En ce sens, chaque livre est un prototype. Vous, l'écrivain, vous êtes la cible mouvante, c'est pour cela que chaque livre doit être différent du précédent.

Et comme c'est l'heure de l'apéro, je vous offre un bol de houblon - je vous laisse le brasser:

Houblon Photo: lfdd


Et avec l'apéro, les chansons. Je vous offre la surprise de la recherche Google avec l'idée de "chanson circulaire" en référence à nosu deux écrivains. Le plus "littéral" c'est le titre d'un morceau de François Robin:


 Là où cela se complique c'est les autres choix proposés par les inrocks:

D'abord, dans l'esprit des jeux de mots et des expressions, "Les nuits d'une demoiselle":




Et puis, dans la même veine, une chanson de Juliette Armanet

Encore une fois ?



Et puis Killie Minogue avec Slow


Je ne sais pas si c'est le bon clip officiel, le vrai est là:

https://youtu.be/Omrp4QR_Rpo

 
Pour finir avec les fraises, les Charlots y rajoutent un peu de framboises:


Et plus dans la circulatité délicate, dans le rond d'un ring, Arthur H. nous offre une très belle chanson sur la Boxeuse Amoureuse.



Et un dernier bonus pour rêver, "J'ai encore rêvé d'elle":   







Bon dimanche

La Fleur du Dimanche


* Vous avez le programme des Bibliothèques Idéales de Strasbourg ici:

Bibliothèques Idéales


Sinon vous aurez, à Strasbourg, l'occasion de rencontrer Emmanuel Carrère qui parle de son dernier livre Yoga le 16 octobre 2020 à 17h00 à la Librairie Kleber