La météo est le sujet idéal pour lancer une conversation. Est-ce la raison pour laquelle la télévision russe a intitulé l'émission Pogoda doma - Le temps qu'il fait à la maison - pour interviewer des artistes chez eux? En tout cas c'est sur cette émission qui interroge l'âme slave des deux artistes que sont ses parents - et par ricochet lui-même enfant et sa grande soeur, qu'Aleksander Kapeliush se base pour illustrer - et justifier son parcours de danseur qui a viré en metteur en scène qu'il nous présente dans sa pièce Das Wetter Zuhause. Ein Wohnzimmerballet - La météo à la maison, un ballet de salon dans le cadre du Festival Premières du Maillon, accueilli à la HEAR.
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| Aleksandr Kapeliush - Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Photo: Steven M. Schultz |
Le récit d'Aleksander Kapeliush est ponctué par ses multiples voyages, symbolisés par cette valise qu'il transporte et d'où il sort les objets fétiches qu'il dépose lors de ses différentes étapes: une photo de lui avec sa mère, un cygne (hautement symbolique) et une grenade rouge en céramique, une sorte de chez-soi portatif. Ces voyages dans les différents pays où il a habité après avoir quitté la Russie et Saint Pétersbourg après l'invasion de l'Ukraine, Israël et l'Allemagne, Berlin et Ludwigsburg sont matérialisé par ses entrées et sorties du plateau, qui se structurent en 4 actes avec une "Ouverture" et une fin "Happy End" où à priori tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et la météo du foyer est au beau fixe: "Zuhause ist es gutes Wetter".
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| Aleksandr Kapeliush - Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Photo: Steven M. Schultz |
La révélation dans cette émission de vouloir devenir danseur et aussi de "construire une maison", un "théâtre" prouvent sa constance et sa ténacité. La présence continue de l'archétype du Lac des Cygnes, autant jeu d'enfant, thème musical, symbole de la Nation Russe et de la liberté et de la Perestroika (comme le 19 août 1991 jour du Putsch de Moscou) et oeuvre éminemment symbolique de son orientation sexuelle sous-tend et balance aussi continuellement son histoire. Directement dans son parcours de vie et également dans le déroulé de ce drame musical de Tchaïkovski en quatre actes qui rythme la narration.
Ainsi, de ce parcours forcé, qui lui permet d'avoir appris quatre langues (russe, allemand, hébreux, anglais), bientôt cinq, d'avoir deux passeports (des deux pays en occident en guerre, la Russie et Israël), qui lui fait se rendre compte qu'il est plutôt calme et effacé et plus proche de Rothbat que d'Odette, il nous livre une chronique équilibré, entre confidence et questions-réponses à un simili interrogatoire administratif, non dénué d'un humour aigre-doux. Et il entrecoupe cela de courts apartés artistiques dans un coin, voyage dans le temps, ou de musique et chansons, qu'il a écrite, s'accompagnant à la guitare ou au piano pour une chanson de son idole Taylor Swift.
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| Aleksandr Kapeliush - Das Wetter zuhause. Ein Wohnzimmerballett - Photo: Steven M. Schultz |
La scénographie et le décor minimaliste nous projettent dans les différentes périodes et lieux dans lesquels il nous mène en distillant de temps en temps quelques notations politiques ou sentimentales, aidé par les effets de lumière minimalistes sur le plateau et les scènes parallèles. Les effets de mise en scène, en particulier cette "grande chaise" qui avait servi à le montrer enfant et qui montre sa fragilité ou le plateau qui lui devient inaccessible sont plus parlants que mille explications tout comme les "entremets" dansés ou les "cartons" du ballet en référence, dont il prouve bien que même une histoire écrite peut évoluer et finir autrement que la fin - qui n'est jamais définitive.
Avec Das Wetter zuhause. ein Wohnzimmerballett, Aleksander Kapeliush, en nous plongeant dans une partie de sa vie intime nous montre que le privé et l'intime ne se réduit pas à ce qui se passe entre quatre murs d'une chambre et que le climat politique a aussi une influence sur le destin de chaque individu.
La Fleur du Dimanche
A voir aussi lors du Festival Premières au Maillon du 29 au 31 janvier 2026:
Language: No Problem de Marah Haj Hussein
Bidibibodibidoo de Francesco Alberici
Et le 6 et 7 février:
It’s the end of the amusement phase de Chara Kotsali
Qui a peur de Davide-Christelle Sanvee
Das Wetter Zuhause. Ein Wohnzimmerballet
Avec le Maillon à la HEAR du 29 au 31 janvier 2026
Avec : Aleksandr Kapeliush et Amin Zariouh
Textes et chansons : Aleksandr Kapeliush
Conseils chorégraphiques : Leonid Leontev
Son : Dmitry Klenin
Invitée spéciale : M. Amin Zariouh
Voix : Germaine Sollberger
Pour, avec et sur : Marina Solopchenko, Emil Kapeliush, Vera Latysheva
Production: Akademie für Darstellende Kunst Baden-Württemberg GmbH
© ADK Baden-Württemberg (première en novembre 2024, ADK)
Direction artistique : Prof. Ludger Engels
Avec le soutien de l’Onda – Office national de diffusion artistique



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