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vendredi 4 octobre 2019

Musica 2019: Alles Klappt - L'Amour innonde toute chose

Dans le cadre du Festival Musica, création française de la pièce théâtre musical d'Ondrej Adamek "Alles Klappt" à la Salle Gignoux du TNS.
Un décor de chantier vide, échafaudage au fond, une cabane - cabine - à droite et un homme avec détecteur de métaux qui explore le sol, trouve des signaux de temps en temps. Dans le public, réponse de "bips" sourds d'un téléphone qui refuse désespérément de s'éteindre. Un signe? Un écho de la pièce?
Que cherche ce personnage? Des objets, des souvenirs, des traces, des personnes, des parents, des ancêtres,..?


Musica 2019 -Alles Klappt - Ondrej Adamek - Photo: Armin Smailovic

La pièce va être une longue et laborieuse cérémonie d'exhumation puis de deuil d'une histoire familiale douloureuse, qui fait figure d'exemple. D'abord, il va falloir se la réapproprier, par la parole, les gestes, les objets, la musique...
Ainsi la scène se remplit, au fur et à mesure des instruments de percussion, de personnages habillés de blanc ou de vêtements de chantier, de grosses caisses de bois...


Musica 2019 -Alles Klappt - Ondrej Adamek - Photo: Armin Smailovic

Les paroles se construisent en bégaiements, essais, répétitions, silences, additions. Les six chanteuses et chanteurs vont faire un travail de déballage et de transbordement d'objets usuels (un éléphant en porcelaine, un sucrier, une petite valise, une chemise en carton,...) accompagnés de deux percussionnistes en arrière-plan. Ces objets, symboliquement appellent à rejouer le travail d'inventaire du grand-père du compositeur qui concernait les logements juifs spoliés par les Allemands. Le texte chanté est une liste d'inventaires divers, ainsi que les mots écrits au dos des cartes postales envoyées par les membres de la famille qui s'est retrouvée dans les camps de concentration. Et curieusement, ces mots sont banaux et positifs (comme le titre "Alles Klappt" - "Tout va bien"): "Liebling, sind gut angekommen" - "Chéri, sommes bien arrivés"...


Musica 2019 -Alles Klappt - Ondrej Adamek - Photo: Armin Smailovic

Jusqu'au moment où tout cela va basculer... "...nichts, nichts mehr schicken" - "...ne plus, ne plus rien envoyer".
Les objets vont être plus personnifiés, dotés de présence humaine: un tapis, un portrait de femme, un fouet et une plante verte. Quelques réminiscence de langue slave s'intercalent dans le chant.
Et ces objets vont faire l'objet d'un simulacre d'enterrement par le personnage qui joue le grand-père qui dit (chante) qu'il est jardinier "Ich arbeite jetzt als Gärtner. Draussen ist es schön, bin en ganzen Tag im Grünen. Frische Luft" - "Je travaille maintenant comme jardinier. Dehors, il fait beau, suis toute la journée au vert. Air pur". L'ironie noire est hénaurme et la musique en prouve la violence dans un climax de percussions.
Puis le repos, le calme du sommeil (éternel ?), du deuil. La rémission.


Musica 2019 -Alles Klappt - Ondrej Adamek - Photo: Armin Smailovic

La pièce nous prend aux tripes en nous mettant en face d'un passé qui tend à être oublié, enterré, enfoui, perdu.
Elle nous confronte à notre propre oubli ou volonté d'oublier. C'est un spectacle fort, prenant, toute en tension, grâce à la musique d'Ondrej Adamek sur un livret de Katharina Schmitt, qui a également assuré cette mise en scène prenante. Et grâce au chant et la présence du jeu des interprètes, nous plongeons totalement dans cet univers angoissant. 



A suivre... 

Symphonia Harmoniae Caelestium Revelationum

François Chaignaud, Marie-Pierre Brébant

La Fleur du Dimanche


ALLES KLAPPT, ONDŘEJ ADÁMEK
Opéra de Chambre
Musique, direction musicale: Ondřej Adámek
Livret et mise en scène: Katharina Schmitt
Scénographie et costumes: Patricia Talacko
Dramaturgie: Götz Leineweber
Coaching vocal: Caroline Scholz Ott
Sopranos: Landy Adriamboavonjy,Thérèse Wincent, Olga Siemienczuk
Ténor: Steve Zheng
Barytons: Dominic Kraemer, Tobias Müller-Kopp

Percussions: Miguel-Ángel Garcia-Martin, Jeanne Larrouturou

samedi 4 octobre 2014

Musica sur les pas du loup: Spuren d'Endless Steps de Lu(lu)

Musica trace son chemin depuis trente ans et reste fidèle à son chemin: Faire connaître et diffuser la musique contemporaine au plus grand nombre.
Le festival garde également la trace des grand maîtres. Le programme de ce vendredi 3 octobre en est le reflet:
Alban Berg, grand maître de la musique sérielle et dodécaphonique qui au début du XXème siècle a ouvert le chemin de la musique "Contemporaine" - même si la musique contemporaine est celle que l'on fait aujourd'hui, c'est une évidence ! - a clôt le concert avec la "Lulu suite", version "diffusable de son chef d'Oeuvre "Lulu", l'opéra inachevé que Pierre Boulez a créé - version achevée par le compositeur Friedrich Cerha - dans la mise en scène de Patrice Chéreau en 1979. La version suite, même si ce n'est pas l'Opéra en garde une belle force et nous donnons raison à la soprano Lili Aitkin quand elle chante "Wenn sich die Menschen um meinetweilen umgebracht haben, so setzt das mein Wert nicht herab" - Que des hommes se soient tués pour moi ne diminue pas ma valeur".
Nous retrouvons Pierre Boulez dans la pièce "Endless Steps" d'Ondrej Adamek, à la fois en "initiateur" - Ondrej Adamek en a commencé l'écruture et les premières répétitions lors d'une académie à Lucerne que dirigeait Boulez et il a jeté un regard bienveillant sur les différentes étapes de cette pièce (esquisses et première version) et même par la suite. La version présentée était une "recréation" tout a fait réussie.
Faite de glissements enchevêtrant, de lignes qui montent et descendent en même temps, de moment forts et violents, brefs ou plus longs entrecoupés de passages discrets, la pièce est un plaisir à entendre, tout en surprenant l'auditeur-spectateur qui se délecte du jeu du magnifique Orchestre Symphonique de Bamberg, dirigé par Jonathan Nott (ancien chef de l'Ensemble Intercontemporain - Boulez n'est pas loin ;-)  - d'une main de maître.
Maîtres du Quatuor, le Quatuor Arditti l'est également, qui fête allègrement ses 40 ans, toujours vifs et précis. Il dialogue ici avec l'orchestre en version un peu réduite pour la pièce "Spuren" de Michael Jarrel, beau dialogue entre le quatuor et l'orchestre dont il reprend le discours de manière très fine et acérée. Une pièce délicate de Michael Jarrel qui - est-ce un hasard - est passé par l'IRCAM - ;-)  ...

Pour vous faire regretter de ne pas aller voir la musique contemporaine, et vous donner envie d'y aller à partir d'aujourd'hui, mais aussi pour montrer que la musique contemporaine peut avoir de l'humour, je vous offre deux pièces d'Ondrej Adamek qui n'en manque pas. Tout d'abord, "Le Diner"





Et puis : "Airmachine"





Je vous les laisse découvrir, ainsi que la suite du programme, ce samedi:

A 11h00, salle de la Bourse, dans le cadre des Matinales, les Ateliers Musica:
À l’initiative de Philippe Manoury et du festival, deux groupes de jeunes lycéens se confrontent à l’univers de la création musicale. Avec les élèves du Lycée professionnel Saint Jean de Colmar, les élèves du Lycée professionnel Le Corbusier d'Illkirch-Graffenstaden
 et les Percussions de Strasbourg.
A 17h00 à France 3 Alsace, l'enseble Linéa sous la direction de son chef fondateur, Jean-Philippe Wurtz
Et à 20h30 à la Cité de la Musique et de la Danse, "Te craindre en ton absence", le monodrame du compositeur Hèctor Parra sur un texte original de Marie NDiaye.
Michael Farrel, lui anime une Master Class de composition à 14h00 à Cité de la Musique et de la Danse.

Bons Spectacles.

Le Fleur du Dimanche.