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jeudi 21 novembre 2024

Antigone in the Amazon de Milo Rau: un paysage dévasté au Maillon et une famille qui s'entretue

 La Maillon a l'habitude de proposer dans sa programmation des Paysages. Ces plongées dans l'univers d'une personnalité du théâtre est cette année consacrée à Milo Rau, ancien directeur du NTGent et actuellement directeur des Wiener Festwochen. Cette quatrième édition se focalise sur le rapport que le dramaturge et metteur en scène suisse, qui a l'habitude de se frotter à des faits de société contemporains, entretient avec les mythes antiques. Ainsi le 30 novembre et 1er décembre ce sera un fait divers - une mère qui assassine ses cinq enfants en Belgique - en regard avec le mythe de Médée.


Antigone in Amazon - Milo Rau - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Et avec Antigone in the Amazon, la question soulevée dans la pièce de Sophocle servira de socle à un travail théâtral avec des habitants de la région de Parà dans le Nord du Brésil, en relation avec le massacre d’Eldorado de Carajás le 17 avril 1996 lors de la manifestation des paysans du MST - Mouvement des Sans Terre et dont la commémoration sert de toile de fond à la pièce. En l'occurrence c'est la mise en scène de cette manifestation repréparée et réalisée pour la pièce qui est projetée sur grand écran. Il y a un dialogue constant, une mise en abyme du théâtre d'un bout à l'autre du monde, ici dans la salle de théâtre et là-bas, en Amazonie qui se joue devant nous. En particulier, cette répression sanglante qui a causé 19 morts et dont se souviennent les rescapés et qui est comme ils le disent, le meurtre des frères par leurs frères. Ces ouvriers agricoles tués par la police militaire.


Antigone in Amazon - Milo Rau - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Sur la scène, couverte de terre, quatre comédiens, deux qui viennent du Brésil, à jardin, dont Pablo Casella qui nous accueille à la guitare et Frederico Araujo, qui va, avec lui, en introduction nous chanter la malédiction contemporaine, la folie destructrice de l'homme envers la Mère Nature avec, en écho le choeur antique d'aujourd'hui par dessus les océans par le truchement de la vidéo. A cour, à une table avec chaises faisant office de loge, Sara De Bosschere et Arne De Tremerie, les comédiens du Théâtre de Gand ( NTGent) qui étaient partis en Amérique du Sud pour travailler avec les personnes du MST pour justement jouer Antigone chez eux. 


Antigone in Amazon - Milo Rau - Photo: Christophe Raynaud de Lage


C'était avant 2020 et le Covid est passé par là. Ce qui donne cette forme hybride où nous passons du passé et de ces documents filmés, à ce présent qui fait écho ici sur scène. Et encore aux diverses reconstitutions et reportages, intriquant les répétitions ou les représentation de la pièce au Brésil, les versions jouées pour le film. Tout cela projeté de temps en temps sur grand écran et commenté ou doublé en direct. Il y a aussi les reconstitutions des massacres et, pour finir, summum de la pièce, le reportage sur la commémoration de cet événement avec la tension qu'amène l'interdiction de cette dernière, et le côté cathartique de la simulation du massacre.


Antigone in Amazon - Milo Rau - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Les niveaux de lecture sont multiples. Nous avons, par les deux comédiens belges, les explications de l'histoire de la pièce qui éclaire à la fois le contexte de la production et les imprévus qui ont déterminé la forme que prend le spectacle actuel, à la fois pour des raisons pratiques, financières et écologiques. Il y a le parallèle entre le mythe ancien et son surgissement contemporain. Il y a aussi cette problématique de la dépossession de la terre et des réponses politiques et policières violentes et il y a en final également toute l'interrogation sur le rapport de l'homme à la terre, la nature et de l'avenir de la planète. Toutes ces questions, qui dans cette pièce multiforme et multilingue, où nous ne comprenons pas toujours tout (et les paysans du Brésil non plus d'ailleurs, comme c'est dit dans la pièce), mais qui n'empêchent que nos pouvons, ensemble trouver des réponse communes, ne serait-ce que de vivre ensemble la vie des autres - comme les comédiens l'ont aussi expérimenté et vécu - pour faire humanité. 


Antigone in Amazon - Milo Rau - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Une leçon simple et directe de cohabitation et de considération de chacun et chacune dans une vie partagée avec humilité.


La Fleur du Dimanche


Antigone in the Amazon


Conception, mise en scène et texte : Milo Rau
Avec sur scène : Frederico Araujo, Pablo Casella, Sara De Bosschere, Arne De Tremerie
Et sur écran : Kay Sara, Gracinha Donato, Célia Maracajà, le Chœur des militant·es du Movimento dos Trabalhadores Rurais sem Terra (MST), et en tant que Tiresias, Ailton Krenak
Dramaturgie : Giacomo Bisordi
Collaboration à la dramaturgie : Douglas Estevam, Martha Kiss Perrone
Assistantes dramaturgie : Kaatje De Geest, Carmen Hornbostel
Création musicale : Elia Rediger, Pablo Casella
Scénographie : Anton Lukas
Création costumes : Gabriela Cherubini, Jo De Visscher, Anton Lukas
Création lumière : Dennis Diels
Création vidéo : Moritz von Dungern
Making of vidéo : Fernando Nogari
Montage vidéo : Joris Vertenten
Collaboration au concept, recherche et dramaturgie : Eva-Maria Bertschy
Production : NTGent
Coproduction : The International Institute of Political Murder (IIPM) / Festival d'Avignon / Romaeuropa Festival / Factory International / La Villette / Tandem scène nationale / Künstlerhaus Mousonturm / Equinoxe, Scène nationale de Châteauroux / Wiener Festwochen
En collaboration avec : Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST)
Avec le soutien de : Goethe Institut Saõ Paulo / Pro Helvetia – programme Coincidencia, Echange culturel Suisse – Amérique du sud / The Belgian Tax Shelter Remerciements à Carolina Bufolin



vendredi 15 novembre 2024

IA d'la Joie à la Choucrouterie: L'intelligence Alsacienne avec humour et knak(e)s

 30 c'est le nombre de revues que nous a déjà proposé Roger Siffer et sa formidable - et inoxydable - équipe de joyeux lurons dans la Choucrouterie, ce cabaret à Strasbourg où l'on rit deux fois plus que normalement.


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker


D'une part en Français, et, juste à côté en Alsacien. Mais différemment. Parce que les deux humours ne sont pas forcément les mêmes. Ce qui provoque quelque décalage - et explications de textes sur le mode d'emploi des deux versions de cette nouvelle revue "IA d'la Joie" et "IA IA het Sie g'sait un..."  . "Ah Voilà!"


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

30, c'est aussi la limitation de vitesse dans les zones de convivialité et qui nous donne droit à un magnifique sketch sur la cohabitation en ville et les rencontres, superpositions, frictions, ballets entre piétons, automobilistes, cyclistes... et... chute en trottinette, très bien senti, écrit et décrit, et dansé. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Cela nous permet de saluer toute la partie dansée et chorégraphiée qu'ont développé les comédiennes et comédiens et à laquelle on ne prête pas toujours attention. Les chorégraphies conçues Charlotte Dambach pour la revue de cette année sont quelquefois très osées. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Pour certaines scènes, les interprètes en arrivent à pousser les murs de la très petite scène de la Chouc' et à agrandir l'espace avec leurs voltes et leurs cabrioles et leurs manèges. Un grand bravo aussi aux créatrices des costumes et de la scénographie, Carole Deltenre et Estelle Duriez et leur équipe qui ont fait preuve d'imagination et de talent pour des costumes nombreux et à la fois beaux et originaux qui collent parfaitement aux différents sketches. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Pour n'en citer que quelques-uns, justement les costumes de ce sketch (entre autre le chapeau des automobilistes, véritable oeuvre d'art, celui du Dr Paul Watson (qui veut sauver les baleines dans ls lac de Gérard dans les Vosges) ou le chapeau "Nid de Cigogne" plus vrai que nature ou les costumes d'inspiration Bauhaus et Schlemmer - surtout le magnifique costume de Suzanne Mayer. Sans oublier le costume à poches kangourou de la sirène Barseghian et la coiffure "requin" de Jean-Philippe Vetter..... Et j'en oublie...


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker


Le rythme ne faiblit pas tout au long des presque deux heures de spectacle où les deux douzaines de tableaux s'enchaînent sur un rythme fou, à l'image du sketch "Les Urgences" où les deux protagonistes n'endossent pas moins d'une quinzaine de fonctions face à un client venu cherche un paquet. L'alternance entre critique de l'actualité, égratignâge des personnalités politiques ou faits de société alterne avec des tableaux chantés - et dansés où les mélodies connues font passer des message avec des paroles écrites sur mesure. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

L'Y'a d'la joie de Trenet qui inspire le titre français de la revue est l'occasion d'un panorama de l'I.A. qui "oublie" la "plus belle des Vallées" (Le Val de Villé natal de Roger Siffer). L'I.A. qui permet aussi la résurrection de Chilbert Meyer ex-maire de Colmar - et le jeu de mots-valise délirants de Guy Riss dont le dictionnaire personnel doit aussi peser le double d'un dictionnaire normal. Ou une variations surréaliste du triangle amoureux. Capri c'est fini nous offre dans une tendance nostalgique et émouvante et même poignante une ode amoureuse à la disparition des Caddie. Le summum de l'émotion étant atteint par la version Je l'aide à mourir de la chanson de Francis Cabrel, dans une mise en scène sobre et très psychanalytique de "l'aidant" sur des paroles  très fortes et touchantes qui pourtant manient un humour des plus noir. Ne serait-ce le sujet, le texte de Sébastien Bizzotto et son interprétation nous saisissent. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Les aventures du grand Tétras par Béatrice Keck sur la chanson de Néna est plus poétique. Et les Castors permettent une belle mise en fable de la politique. La politique qui n'est bien sûr pas absente, avec le discret et controversé ministre alsacien (ou lorrain ?) du gouvernement et les péripéties de l'opposition à la municipalité strasbourgeoise où chacun en prend pour sa veste (certaines se retournant trop souvent). 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

La Maire de Strasbourg (dynamique et expressive Marie Hattermann) n'étant pas en reste quand elle plonge dans le bain des réseaux sociaux sou la houlette de sa conseillère (imperturbable Susanne Mayer). 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Arthur Gander incarne quelques personnages hauts en couleur, dont le "videur" du marché de Noël changé de gérer les "invasions" au ralenti de Vikings (Lines) aux tempes grises et le supporter du Racing qui fait "grève" et qui, dans le tableau qui succède découvre son besoin de tendresse dans un duo viril et touchant avec Sébastien Bizzotto. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

N'oublions pas l'inénarrable Jean-Pierre Schlagg dont on nous raconte le sketch (interdit aux Français) sur le bureau de vote) et Nathalie Keck qui officie aussi principalement dans la salle "alsacienne" - et biens sûr Magalie Ehlinger qui viendra remplacer dans le futur Marie Hattermann. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker


Jean-René Mourot, lui joue du piano à quatre mains, deux alsaciennes et deux françaises, ce qui ne l'empêche pas en plus de donner la réplique sur certaines scènes et également de chanter à l'unisson. Un véritable homme-orchestre. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Et une équipe sur scène qui se démènent comme vingt, et ce n'est pas en vain. Rendons encore un grand hommage à Céline d'Aboukir qui a réussi un mise en scène trépidante et à Cyrille Siffer qui apporte toute la lumière sur la(les) scène(s). Et les tâcherons de l'ombre, j'ai nommé les graphomanes anonymes qui entre jeux de mots et mots d'esprits nous instillent humour et pensée critique sur les moeurs de nos concitoyens et les agissements de nos femmes et hommes politique. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Un grand merci et cent mille bravo (comme des ballons) à cette belle troupe à laquelle nous souhaitons encore une belle destinée pour cette nouvelle cuvée du trentenaire.


La Fleur du Dimanche 


IA d'la Joie" et "IA IA het Sie g'sait un...

A la Choucrouterie du 15 novembre  2024au 30 mars 2025

vendredi 6 octobre 2023

Mothers, A Song for Wartime de Marta Gornicka au Maillon: Le choeur s'en va-t-en guerre

 Marta Gornicka est belliqueuse. Avec son choeur de femmes réfugiées d'Ukraine, elle va en guerre contre la guerre, avec l'arme du chant et de la parole. Elle suit la vision politique de Bertold Brecht "qui expliquait qu'il n'existe pas d'Histoire en dehors de la guerre" elle fait  la démonstration que les femmes aussi peuvent se battre à leur manière. 

Et elle le fait en s'appuyant sur les chants traditionnels et en leur injectant une nouvelle énergie et des paroles d'une lucidité transperçante. Et elle le fait avec toute la force de ces vingt-cinq mères qui ont en elle la souffrance et l'exil. La révolte et la fragilité. Dans ce spectacle Mothers, a Song for Wartime que l'on a pu voir lors de trois soirées au Maillon à Strasbourg. 


Mothers, A Song for Wartime - Marta Gornicka - Photo: Bartek Warzecha


C'est une petite fille de huit ans qui, devant toutes ces mères attendent debout au fond de la scène, ouvre la cérémonie et récite avec entrain un poème que  l'on passe de maison en maison au Nouvel An pour souhaiter le bonheur aux familles. Une cérémonie entre la harangue, la messe engagée, le témoignage des violences et l'insurrection. Le choeur a capella va nous chanter des airs traditionnels. Cela commence par une chanson traditionnelle et rituelle qui souhaite la vie, la renaissance, puis d'autres célèbrent la nature ou l'amour. Mais il y a aussi des chants engagés, qui parlent de la situation actuelle, des violences, de la guerre, qui la dénoncent et parlent de révolte. Les paroles sont revendicatives, combatives, et les femmes sont de vraies combattantes. 


Mothers, A Song for Wartime - Marta Gornicka - Photo: Bartek Warzecha


Elles n'en demeurent pas moins des femmes sensibles et elles évoquent aussi leurs joies, leurs souvenirs et leurs plaisirs et leur situation d'exil, avec les proches, parents, frères et soeurs, enfants quelquefois dont elles sont séparées. Et leur émotion se transmet à travers leurs paroles et leur attitude. On passe ainsi d'une émotion à l'autre, entre empathie dans le malheur et volonté de s'en sortir et de se battre. Et la scénographie et la chorégraphie des corps y participent grandement. Ainsi les voix qui émergent de la masse pour dire les destins individuels ou les mouvements variés qui ressemblent à des manoeuvres presque militaires, avec frappe de tambour, mais aussi quand elles se mettent dans un cercle ouvert et confraternel - sororal même - par lequel passent à la fois la tendresse et la bienveillance. 


Mothers, A Song for Wartime - Marta Gornicka - Photo: Bartek Warzecha


Le spectacle ne tait rien et dénonce, et le nombre de morts de cette guerre, et les méthodes ignobles (violence des viols commis en public comme arme de guerre). Il nous force à nous interroger sur notre attitude vis-à-vis de ces faits et de ces images, que souvent nous évitons pour nous consoler d'images tendres de chats ou de fleurs. Le travail de Marta Gornicka avec ce choeur de femme n'est pas uniquement un choeur de consolation pour permettre la résilience, mais c'est, tout en cherchant à unir, soigner, guérir et chanter la vie, un instrument d'opposition contre l'oppression, une voix contre la répression. Et cette voix a été entendue et a ému.


La Fleur du Dimanche


Pour soutenir l'Ukraine dans cette guerre, d'autres actions sont menées, entre autres à Strasbourg par l'asssociation PromoUkaïna qui annonce un spectacle le 5 (?) ou le 21 octobre. Une autre action, Guernica - Ukraine également prévue à Strasbourg et dont je vais vous parler prochainement.

mercredi 8 mars 2023

Droit des Femmes et primevères du huit mars: trois femmes (plus deux) témoignent à travers les siècles

 La journée de la Femme, une "vieille histoire" que la Fleur du Dimanche essaie de revoir d'année en année... Enfin pas toutes...

Tout au début de l'aventure de la Fleur du Dimanche en 2011 et 2012, cette journée - et les femmes  (et les hommes) - eurent droit à des fleurs - et des TVA !  

En 2022, j'offris une rose et un récapitulatif que je vous invite à parcourir. Mais en 2021, il n'y eut rien. 2020, année chamboulée il y eut quand même un texte sur le "féminisme et le féllinisme".

Cette année, je vous dois des fleurs, des primevères, premières fleurs du Printemps:


Primevères du 8 mars 2023 - Photo: lfdd


Et comme promis, en TVA je laisse trois femmes vous parler de leur condition qui n'a que peu changé. Une amie me disait que "Rien ne change"... Si les choses bougent et les textes vont mettre ce (ces) changement(s) en perspective. Alors, lisez:


D'abord, une féministe qui l'est dans sa vie mais refuse de l'être, répondant à Maurice Dekobra, l’auteur de la Madone des sleepings :

"Ah ! non ! Les suffragettes me dégoûtent. Et si quelques femmes en France s’avisent de les imiter, j’espère qu’on leur fera comprendre que ces mœurs-là n’ont pas cours en France. Savez-vous ce qu’elles méritent, les suffragettes ? Le fouet et le harem…"

Elle insiste au sujet de la politique:

"Il y a trois parures qui me vont très mal, a-t-elle dit : les chapeaux empanachés, les idées générales et les boucles d’oreilles."

Ce qui ne l'a pas empêchée d'être l'autrice la plus citée dans le livre de Simone de Beauvoir "Le Deuxième Sexe" (voir l'article de Johanna Luyssen dans Libération le 15 février 2023 " Sidonie-Gabrielle Colette, féministe sans le vouloir".


Primevères du 8 mars 2023 - Photo: lfdd


Autre figure féminine, dont les "Nouvelles Lettre retrouvées" ont paru (cité par le Monde des Livres du 3 février 2023) et George Sand écrit au jeune clerc de son avoué. Je vous mets un '"extrait":


Plus près de nous, Gloria Steinem qui voir paraître la nouvelle traduction de son livre paru en 1990 "Une révolution intérieure, renforcer l'estime de soi" et qui répond à Sophie Benard dans le même supplément du Monde des Livres:

...
...


Une deuxième fleur, symbole de ce chemin qu'il reste encore à faire...


C'est le bouquet du 8 mars 2023 - Photo: lfdd


Et pour finir et dans le domaine de la fiction, très actuelle, en l'occurrence Natascha Brown, qui, avec son premier roman Assemblage (160 pages) a été comparée à Virginia Woolf et qui après avoir réussi dans la finance en a eu assez, entre autre  de l'intersectionnalité et la met en scène dans son roman, disant par exemple:

"Pliez vos os jusqu'à ce qu'ils craquent, se fendent, jusqu'à ce que ça rentre. Forcez-vous à épouser leur forme. Assimilez-vous, voilà à quoi ils vous exhortent. Et toujours en ligne de basse, sous le vocabulaire insistant de la tolérance et de la convivialité - disparaissez!". 

Si je vous précise qu'elle est d'origine jamaïcaine, vous allez peut-être mieux comprendre le sens de cette exhortation.

Et comme pour faire avancer le droit des femmes il faut aussi des chansons (pour réfléchir), je vous en offre quatre, de Colette ... Renard:


Mon Homme est un vrai guignol



Mon Homme (tout court):


Et Les Nuits d'une demoiselle:



Et pour finir, sur la même pente Le doigt gélé:



Bonne Fête des Droits de la Femme..... tous les jours à venir


La Fleur du Dimanche

mardi 15 janvier 2019

I am Europe de Falk Richter au TNS: La performance de l'être ensemble

Une fois que l'on a dit "I am Europe" que peut-on dire encore?
Parler de frontière, de langue, d'histoire, de nations, de migrations, de mariage, d'amour et de sexualité, de religion, de guerre, de politique....
C'est effectivement de tout cela que va parler le spectacle qui démarre par un tir groupé à table avec les huit "performeurs" comme les appelle Falk Richter, comédiens, danseurs, chanteurs, auteurs, qui vont en une salve mitrailleuse soulever toutes ces questions, poser toutes les pierres qui délimitent le concept de la pièce:
"Qu'est-ce qu'être un "individu" européen aujourd'hui dans la mouvance des dernières années."
Et c'est vrai que tout au long des quatre années d'ateliers avec des individus divers et variés - plus de cent cinquante participants pour une série de workshops à Venise, Berlin, Madrid, Paris, Tel-Aviv,... - le monde, l'Europe a changé, s'est transformé.
La pièce sera un peu le révélateur, le sismographe de cette évolution, tout en étant une mise en perspective de la vision de ces jeunes artistes - leur plus vieux souvenirs c'est le début des années 60 avec un triste épisode qui s'ancre dans une histoire encore plus ancienne...


I am Europe - Falk Richter - TNS Strasbourg - Photo: Jean-Louis Fernandez


Une fois que cette dynamique lancée, la pièce ne faiblit pas, entre une musique dynamique de Matthias Grübel qui booste les corps, dans une chorégraphie-mise en mouvement de Nir de Volff. Nous sommes entrainés dans des flots de "statements", de récits, de discours, d'informations, de points de vues, de démonstrations ,avec quelquefois des récits d'expériences calment le jeu.
Les différents protagonistes dans leur singularité et leur diversité nous déploient une mosaïque riche de vécu. Falk Richter s'étant nourri des échanges avec chacun met cela en forme avec le bon équilibre. Il met le doigt là où cela coince ou nous propose des moments émouvants. Il force le public à réagir (quelques spectateurs prennent parti lors de l'épisode des Gilets Jaunes), à s'émouvoir - par exemple devant le récit poignant de la "Yougoslave" apatride qui au fur et à mesure du récit de son expérience de la guerre va se retrouvée littéralement emmurés dans son malheur.
Les moments d'humour alternent avec les témoignages humains, les rappels historiques ou les sujets à débat.
La diversité et la richesse des personnes, des individus, quatre femmes et quatre hommes aux origines géographiques, culturelles, et aux parcours divers, qui participent à fond dans ce projet nous permettent de nous rendre compte de la situation de l'Europe, du Monde, de ce qui bouge, des solutions ou des avancées qui devraient se construire ou des dangers qui pointent.


I am Europe - Falk Richter - TNS Strasbourg - Photo: Jean-Louis Fernandez

A travers le constat de Falk Richter que "L'Europe se trouve dans une situation particulière - on dirait qu'elle est sur le point de se désagréger", les discours semblent déconstruire des certitudes mais cherchent à reconstruire un nouvel avenir avec une "pluralité des voix". 
Et c'est aussi cela qui fait la richesse de la pièce, que l'auteur et metteur en scène n'oblitère aucunement. Les frictions et les oppositions sont visibles et montrées, exprimées. Nous ne vivons pas dans un monde de bisounours, mais le danger ne vient pas de l'autre, mais plutôt de la sourde et inoxérable montée du nationalisme et de l'extrême droite. 
Nils Haarman, le dramaturge qui a accompagné Falk Richter dans cette aventure a raison de noter que l'endroit idéal pour travailler ce sujet c'est le théâtre: C'est l'endroit où "un public se réunit, qui ne partage pas forcément la même opinion, mais qui s'ouvre au dialogue et est prêt à partager, à discuter. Avec une pluralité de perspectives et de voix par rapport aux questions actuelles: où allons-nous, sommes-nous en mouvement, sommes-nous dans un effondrement total, comment nous comportons-nous vis-à-vis de notre famille, de nos relations, de notre héritage colonial, de notre héritage chrétien? Tenter d'y répondre, même si c'est de manière incomplète, rend cette tentative tout à fait originale."

Et le choeur antique final qui nous assène tout une liste de réflexions et de fragments de discours alimente notre réflexion pour l'après-spectacle.


I am Europe - Falk Richter - TNS Strasbourg - Photo: Jean-Louis Fernandez


Mais une chose est sûre, ce qui a été dit sur scène a été entendu, incarné par des femmes et des hommes qui y ont mis toute leur conviction, leurs tripes et leurs émotions pour partager avec nous des expériences de vie et nous ouvrir un peu les yeux sur ceux que nous croisons quelquefois sans deviner ces destins uniques. 

La Fleur du Dimanche

I Am Europe

Au TNS Strasbourg jusqu'au 24 janvier 

Tournée:
Hambourg | 1 - 3 fév 19 | Thalia Theater
Bologne | 9 et 10 mars 19 | Emilia Romagna Teatro Fondazione – VIE festival
Stockholm  | 5-6 avril 19 | Dramaten - Royal Dramatic Theatre of Sweden
Sarrebrück Juin 19 | Festival Perspectives
Groningen  Août 19 | Noord Nederlands Toneel
Weimar     29 août 19 | Kunstfest Weimar
Paris      18 sept - 11 oct 19 | L’Odéon – Théâtre de l'Europe
Genève     20-23 nov 19 | La Comédie de Genève
Liège      Nov 19 | Théâtre de Liège
Zagreb     Janv 20 | HNK Croatian national theatre

Luxembourg Mai 20 | Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg


CRÉATION AU TNS

PRODUCTION
Spectacle en français et en langues étrangères surtitrées 

Texte et mise en scène: Falk Richter
Traduction française: Anne Monfort
Avec: Lana Baric, Charline Ben Larbi, Gabriel Da Costa, Mehdi Djaadi, Khadija El Kharraz Alami, Douglas Grauwels, Piersten Leirom, Tatjana Pessoa
Chorégraphie: Nir de Volff
Dramaturgie: Nils Haarmann
Scénographie et costumes: Katrin Hoffmann
Musique: Matthias Grübel
Vidéo: Aliocha Van der Avoort
Lumière: Philippe Berthomé
Assistanat à la mise en scène: Christèle Ortu
Assistanat à la scénographie et aux costumes: Émilie Cognard
Stagiaire assistanat à la mise en scène Barthélémy Fortier

Production Théâtre National de Strasbourg
Coproduction Odéon - Théâtre de l'Europe, Comédie de Genève, Thalia Theater - Hambourg, Noord Nederlands Toneel (NNT) - Groningen, HNK - Croatian National Theatre in Zagreb, Théâtre de Liège et DC&J Créations, Dramaten – The Royal Dramatic Theatre of Sweden, Emilia Romagna Teatro Fondazione
Avec le soutien du Goethe – Institut Nancy / Strasbourg dans le cadre du projet Freiraum
Avec le soutien du Tax Shelter du Gouvernement fédéral de Belgique et d‘Inver Tax Shelter
Avec le soutien de l'Institut français dans le cadre de son programme Théâtre Export

Falk Richter est auteur associé au TNS
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TNS
Falk Richter est représenté par L’Arche, agence théâtrale

Création le 15 janvier 2019 au Théâtre National de Strasbourg

dimanche 14 janvier 2018

Jusqu'où va l'humour ? Y a-t-il de l'amour ou de la haine ? Faut-il jeter des pierres aux cochons ?

Vous savez que la Fleur du Dimanche aime l'humour (l'amour aussi) et c'est pain béni ce dimanche, après être tombé sur un supplément du Monde intitulé "Et vous trouvez ça drôle?" de vous en faire un court survol...

Mais d'abord, une photo de fleur "limite" humour noir (où cela va-t-il s'arrêter me diront ceux qui ont assisté aux épisodes précédents):


Humour noir de la Fleur du Dimanche - Photo: autoportraitt en pied (de cochon)

Comme vous le voyez, nous ne reculons devant rien pour provoquer..

Il est vrai que de plus en plus on rit de tout et on n'a pas peur de provoquer. Comme le dit l'humoriste Haroun: "On a perdu la conscience que l'humoriste est un penseur, pas un animateur." qui précise dans l'article de Magali Cartigny: "Notre rôle est de mettre le doigt sur nos travers pour que les gens réfléchissent. Si je fais une vanne raciste, les gens vont rire de l'imbécilité de ma réflexion, or si on prémâche cette réflexion, on est des influenceurs drôles, plus des humoristes."

D'un autre côté, il faut à la fois savoir à qui on s'adresse et ce qu'on peut dire dans quel contexte... D'aucuns se faisant allumer lorsqu'ils sortent du contexte, à l'image de Tex, licencié pour avoir balancé la blague suivante en plein #balancetonporc
"Qu'est-ce qu'on dit à une femme qui a deux yeux au beurre noir?
Rien, on lui a déjà expliqué deux fois."

De même, Constance, humoriste ose dire dans son spectacle:
"Le plus important dans ce métier, c'est l'amour, comme le disait Marie Trinitignan"...
Je vous le disais dans le titre, il faut aussi aimer et qui aime bien châtie bien, donc, comme le disait l'évangile:
"Margaritas ante porcos" qui ne signifie pas qu'il ne faut pas donner des fleurs aux cochons, mais dont la phrase complète "Nolite mittere margaritas ante porcos" signifie "Ne jetez pas les perles aux pourceaux"....  Et je ne vous jette pas de fleurs, mais vous traduit le clin d'oeil du titre dans un jeu de mot tiré par les cheveux, où Weinstein devient Schwein-stein (Pierre de Cochon) et donc on balance les pierres au porc....  ;-)
Au sujet des cochons, citons la blague politique de Fabrice Eboué: "Est-ce que la solution au conflit israélo-palestinien, ce ne serait pas tout simplement que juifs et musulmans se retrouvent autour d'un buffet de charcuterie."

A propos de cochons, un autre article dans le supplément traite des assistants virtuels avec un semblant d'IA - Intelligence Artificielle - mais ne nous leurrons pas, il y a derrière une armée de gens qui écrivent des scénarios et des textes - un débouché (pour des bouchers ?) d'avenir - qui font de l'humour: "Mon smartphone fait du standup". Siri a répondu à la question "Raconte-moi une blague cochonne par: "Jambon, saucisson, lard cochonnaille,....". 
C'est un peu de l'Art, non ?

Et pour finir sur le lard et le double sens, avant la chanson "test", la blague de Haroun de #balanceton porc: "J'ai lu que Jean Lassalle avait été accusé de tentative de harcèlement, c'est quoi ça "tentative de harcèlement"? Le mec a raté son harcèlement? C'est pas la lose totale?"


Et je vous une fleur, qui n'est pas du harcèlement, mais un tatouage:

La lectrice aux fleurs - Photo: lfdd


Donc voici le test: je vous mets deux version de la chanson "Pénélope" et vous demande de me répondre, via les réseaux sociaux ou par mail lafleurdudimanche@gmail.com si vous avez :

1. Aimé ou pas
2. Ri ou pas 
3. Compris ou pas

Eventuellement si c'était à la première, la deuxième ou la troisième écoute...

Bonne écoute et merci pour vos retours (si vous aimez, vous pouvez aussi partager sur les réseaux sociaux, pour tester l'humour de vos ami.e.s

Pénélope



Pénélope de et par Jean-Jacques De Launay:




Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche 

dimanche 25 juin 2017

Lire, écrire, réfléchir, aimer, partager, les idées, les fleurs, la beauté, les chansons

L'été s'approche et ce blog va prendre des vacances bientôt - le Blog, pas le "Blob"*.
Comme chaque année, je lance un appel à dons : donnez, partagez** vos fleurs, vos pensées, vos chansons préférées pour nourrir le blog de La Fleur du Dimanche.
Et vous pourrez encore, chaque dimanche d'été, même si vous êtes en vacances, vous délecter et vous délasser en visitant le Blog où que vous soyez....

Et comme l'atmosphère est estivale, je vous offre des images de ciel bleu et d'orchidées et autres fleurs de soleil:


Orchidée - Photo : lfdd


Pour le TVA du jour, je vous propose quelques paroles d'un écrivain, prix Nobel de Littérature en 2010, et dont la première phrase de son discours de réception*** était celle-là:
"J'ai appris à lire à l'âge de cinq ans, dans la classe du frère Justiniano, au collège de La Salle à Cochabamba (Bolivie). C'est ce qui m'est arrivé de plus important dans la vie."

Dans ce discours qu'il a intitulé "Éloge de la lecture et de la fiction", il disait aussi:
"Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l'esprit critique, moteur du progrès, n'existerait même pas. Tout comme écrire, lire, c'est protester contre les insuffisances de la vie."
...
"Sans les fictions nous serions moins conscients de l'importance de la liberté qui rend vivable la vie, et de l'enfer qu'elle devient quand cette liberté est foulée aux pieds par un tyran, une idéologie ou une religion. Que ceux qui doutent que la littérature, qui nous plonge dans le rêve de la beauté et du bonheur, nous alerte, de surcroît, contre toute forme d'oppression, se demandent pourquoi tous les régimes soucieux de contrôler la conduite des citoyens depuis le berceau jusqu'au tombeau, la redoutent au point d'établir des systèmes de censure pour la réprimer et surveillent avec tant de suspicion les écrivains indépendants."

Orchidées - Photo : lfdd


Vous avez trouvé de qui il s'agissait? 
A l'occasion de la sortie en France de la traduction de son livre "Aux cinq rues, Lima", il donne un entretien à Télérama (les propos sont recueillis par Nathalie Crom).
Voici donc quelques réflexions d'aujourd'hui de Mario Vargas Llosa:  
" Ma préoccupation majeure vient du constat que les idées semblent tenir moins de place qu'auparavant. Les cercles intellectuels n'ont certes pas disparu, mais ils occupent aujourd'hui une position marginale dans la vie collective, et le public n'a pas accès à ce qui s'y passe, ce qui s'y pense. Le fossé se creuse entre les élites et l'opinion publique. Et pour le grand public, la culture de l'image a remplacé les idées. Or on ne peut pas substituer ainsi les images aux idées, ce qui est pourtant la prétention de la culture mainstream. L'image véhicule un message superficiel, éphémère, souvent frivole, qui ne peut pas participer à l'élaboration de l'esprit critique nécessaire à la vie démocratique. Et la fin de l'esprit critique est la porte ouverte à la manipulation des esprits par le pouvoir, qu'il soit politique, économique ou autre. Il faut toujours se méfier du pouvoir par principe. Et demeurer vigilant face aux dangers qui menacent les démocraties aujourd'hui: le populisme et la corruption."


Orchidée - Photo : lfdd


Quelques pistes positives que propose Mario Garcia Llosa:
"Le cosmopolitisme est toujours une valeur résolument positive à mes yeux. Avec les guerres de religion, le nationalisme a été pendant des siècles, et demeure encore, à la source de la plus grande catastrophe de l'histoire de l'humanité. Tout ce qui peut affaiblir ce sentiment est donc le bienvenu. La globalisation, l'ouverture des frontières, le dépérissement de l'idée de nation... tous ces phénomènes sont pour moi constructifs.
...
La construction européenne demeure pour moi une idée formidable, une utopie réaliste et démocratique, qui, depuis sa mise en oeuvre, a généré sept décennies de paix pour la première fois dans l'histoire du continent." 


Orchidées - Photo : lfdd

En guise de chansons aujourd'hui, je vous offre quelques extrait de concerts "live" des images brutes, prises sur le vif et dans la durée mais sans fioritures, avec toute les émotions qu'elles véciculent, même si ce n'est pas en "live", vivant face à l'artiste.

D'abord Neil Young jeune qui chante "Old Man" en direct en 197:






Puis Nina Simone en direct au Festival de Jazz à Montreux, qui parle de David Bowie (dont j'ai parlé - et présenté le clip "Let's Dance" à l'occasion de Festival du Cinéma Aborigène Australien
Elle chante STARS( Live at Montreux, 1976)






Vous voulez la suite ?
Elle est là, magnifique: Nina Simone - Feelings (1976)


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche

* Dimanche prochain, je vous offre l'histoire du "Blob" sur ce blog..

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