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mercredi 3 juin 2026

Les Petites Filles modernes (titre provisoire) de Joël Pommerat au TNS: des voix qui nous guident, des images qui nous mentent, entre visions et illusions

 Avec la dernière pièce de Joël Pommerat présentée au TNS, Les Petites Filles modernes (titre provisoire) nous plongeons carrément dans un autre univers. Ce récit, qui se veut un conte pour adolescent(e)s nous fait revivre une ambiance qui nous rappelle les songes éveillés quand nous étions alités, cloîtrés dans notre chambre, sous le coup d'une forte fièvre et que, derrière la porte de la chambre d'enfant, le monde, par des échos de voix arrivait à nous par bribes. 


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Les lumières, baignant d'un éclat léger un espace changeant, plus encore les projections vidéo qui transforment et déforment, modifient et font bouger l'espace mouvant, nous déstabilisent. Elles rendent les déplacements des deux jeunes personnages sur scène instable, comme hors-sol, et nous immergent dans un univers onirique chancelant et fluctuant, tout comme la bande son qui appuie et accentue les ruptures, glissements et stridences qui nous font chavirer.


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Nous ne savons pas vraiment où nous sommes avec ces deux personnages à peine esquissés, dans un clair-obscur savamment distillé, plutôt traités comme des silhouettes, des attitudes, des paroles de jeunes, et dont nous nous questionnons sur le niveau de réalité. Car cette trajectoire de rapprochement entre Marjorie (Caroline Kerléo, qui l'incarne avec force) et Jade (Marie Malaquias toute en intériorité) dont nous observons les étapes et les épreuves d'une quête en quelques sorte semblable à un voyage initiatique, nous pouvons nous demander quelle est la part d'imaginaire produite par ces deux personnages. 


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Cet imaginaire qui nous est offert, construit par leur dialogue, mais également par les projections sonores du monde extérieur à la chambre de Jade, et surtout par les concrétisations très réelles des ces univers transposés (la boite, le couloir, le puits) que la scénographie arrive à rendre à la fois réels mais en même temps impalpables et immatériels: le couloir, dans une ligne de fuite sans fin, la boite dans un espace sans perspective, les murs mouvants, sans oublier les effets bluffants de la chute immobile.


Les Petites Filles modernes (titre provisoire) - Joël Pommerat - Photo: Agathe Pommerat


Dans cette construction du récit d'apprentissage de ces deux jeunes adolescentes qui se servent de leur imaginaire pour avancer, comprendre le monde, celui des adultes, des voisins, de la vie, la mort, l'amour, les frontières sont bousculées. Et différents modes d'expressions sont sollicités, même le cinéma, dont elles se servent comme outil de compréhension et de progression. Mais ne soyons pas dupe, nous n'arriverons pas à entrer dans leur "âme" et cette fausse réalité, et les émois de leur coeur, nous n'y accédons pas, car, à l'image du faux miroir qui les dédouble, l'inversion finale des rôles des comédiennes nous pointe le fugace et le transitoire de ce passage. Et le spectacle est une démonstration magistrale de cette impermanence et du flottement de la pensée et des êtres. Un beau parcours entre ombre et lumière.


La Fleur du Dimanche


Les Petites Filles modernes (titre provisoire)


Au TNS du 3 au 18 Juin 2026


Générique
[Création théâtrale] Joël Pommerat
[Avec] Éric Feldman, Coraline Kerléo, Marie Malaquias
[Et les voix de] David Charier, Delphine Huot, Roxane Isnard, Pierre Sorais et Faustine Zanardo
[Scénographie et lumière] Éric Soyer
[Vidéo] Renaud Rubiano
[Costumes] Isabelle Deffin
[Perruques] Julie Poulain
[Son] Philippe Perrin, Antoine Bourgain
[Musique originale] Antonin Leymarie
[Collaboration artistique] Garance Rivoal
[Assistanat à la mise en scène] David Charier
[Renfort assistanat] Roxane Isnard
[Collaboration à l’écriture] Zareen Benarfa
[Participation au travail de recherche] Pierre Sorais
[Direction technique] Emmanuel Abate
[Direction technique adjointe] Thaïs Morel
[Régie son] Antoine Bourgain
[Régie vidéo] Grégoire Chomel
[Régie lumière] Gwendal Malard
[Régie plateau] Jean-Pierre Constanziello, Inês Correia Da Silva Mota
[Habillage] Lise Crétiaux, Manon Denarié
[Réalisation maquette et accessoires] Claire Saint-Blancat
[Construction accessoires] Christian Bernou
[Construction décors] les ateliers du TNP / Théâtre National Populaire de Villeurbanne
[Renfort costumes] Jeanne Chestier
[Renforts plateau] Lior Hayoun, Faustine Zanardo
[Diffusion internationale, missions spéciales et agent] Anne de Amézaga
[Administratrion] Elsa Blossier
[Co-directrion] Magali Briday-Voileau
[Chargée de production] Alice Caputo
[Responsable des tournées] Pierre-Quentin Derrien
[Direction de production] Lorraine Ronsin-Quéchon
Remerciements à Maurine Tainguy et Rose Trecan
Et l’équipe technique du TnS 
[Régie générale] Cyrille Siffer
[Régie plateau] Denis Schlotter
[Machiniste] Daniel Masson, Margaux Fabre
[Régie lumière] Christophe Leflo de Kerleau, Sophie Prietz (en alternance)
[Régie son] Maxime Daumas
[Régie vidéo]Tiphaine Steiner
[Habilleuse] Bénédicte Foki 
 
Production Compagnie Louis Brouillard
Coproduction TNP / Théâtre National Populaire de Villeurbanne, CDN ; Châteauvallon-Liberté, Scène nationale de Toulon ; Mixt, Terrain d’arts en Loire-Atlantique ; Les Tréteaux de France, CDN ; Théâtre Nanterre-Amandiers, CDN ; Espaces Pluriels, Scène conventionnée d'intérêt national art et création danse de Pau ; Festival d’Automne à Paris ; L'Azimut, Pôle national cirque d’Antony et de Châtenay-Malabry ; Le Canal, Théâtre du Pays de Redon, Scène conventionnée d’intérêt national art et création pour le théâtre et la DRAC Bretagne ; Théâtre Le Bateau Feu, Scène Nationale Dunkerque ; Le Théâtre de Suresnes Jean Vilar ; La Coursive, Scène nationale de La Rochelle ; Théâtre français du Centre national des Arts du Canada - Ottawa ; Le National Taichung Theater.
Avec le soutien de La maisondelaculture de Bourges, Scène nationale.
Les répétitions du spectacle ont lieu à la Maison de la Culture de Bourges ; au Théâtre Ducourneau d’Agen ; à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle ; aux Tréteaux de France d’Aubervilliers, Centre dramatique national ; au Théâtre Silvia Montfort de Paris ; et au théâtre Châteauvallon-Liberté, Scène nationale. Des étapes de travail en amont ont été menées aux Plateaux Sauvages – Fabrique artistique et culturelle à Paris 20e, et à la MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny.
Action financée par la Région Île-de-France. La Compagnie Louis Brouillard est conventionnée par la DRAC Île-de-France et la Région Île-de-France.
Joël Pommerat et la Compagnie Louis Brouillard sont associés à Nanterre-Amandiers, à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle, et au TNP / Théâtre National Populaire de Villeurbanne.
Les textes de Joël Pommerat sont édités chez Actes Sud-Papiers.
Créé le 24 avril 2025 à Châteauvallon-Liberté, Scène nationale.

lundi 30 mars 2026

Dora et Franz, Sauver le jour au TNS: invités à la noce et témoins d'un amour

Quand nous nous installons dans la salle de l'Espace Klaus Michael Grüber du TNS, spectateurs de la pièce de Caroline Arrouas Dora et Franz, Sauver le jour, nous nous retrouvons comme les invités d'une noce, participants à une fête qui se prépare. Nous sommes en attente, tout comme les deux personnages qui sont "presque avec"* nous. Il y a là, Franz en costume clair et Dora, en robe blanche des années 1920, assis sur leur chaise dans la continuité du premier rang des spectateurs, qui attendent, comme nous. Qui attendent et qui échangent, sur le temps, sur les fleurs, les bouquets, même le coût des fleurs (Nous sommes en Allemagne et c'est l'hyperinflation dans les années d'après-guerre).

"Moi, j'aime les fleurs coupées, parce qu'elles vont faner"


Dora et Franz, Sauver le jour - Caroline Arrouas - Photo: Jean-Louis Fernandez


Ce n'est donc pas une noce.... mais elle va arriver. Là, nous sommes dans un sanatorium, la Pension Glückauf à Graal-Müritz sur la Baltique où Franz se repose et où se noue son idylle avec Dora qu'il vient d'y rencontrer. Par touches impressionnistes, fragments temporels de ces moments où se construit le lien. Et l'on attend, aux aguets, autant dans la relation à l'autre que dans ce qui peut arriver de l'extérieur. L'inquiétude est là, l'espérance et l'enthousiasme aussi. Et les deux comédiens, Caroline Arrouas (qui a aussi construit le texte de la pièce et la mise en scène) et Jonas Marny, par leur jeu sensible et tout en finesse nous plongent littéralement dans ces errements, ces sautes d'humeurs, cette fragilité, cet espoir.

"Il faut avoir de grands projets"    


Dora et Franz, Sauver le jour - Caroline Arrouas - Photo: Jean-Louis Fernandez


Par ce jeu, par ces sorties de scène, de salle, avec pour celui qui reste une certaine attente et une peur contagieuse, et leurs retours surprenants, nous nous focalisons sur le couple que nous découvrons avec sa complexité, sa pensée secrète, révélée par bribes. Mais, grâce à la musique (Franz joue du mélodica - une sorte de piano à bouche - puis du piano), nous plongeons aussi dans une ambiance plus festive avec des mélodies klezmer et des chansons yiddish.

"Trois choses ne peuvent rester cachées: l’amour, la pauvreté et la toux."


Dora et Franz, Sauver le jour - Caroline Arrouas - Photo: Jean-Louis Fernandez


La toux s'invite lorsque Franz joue du mélodica et prend de l'ampleur, accompagnée, discrètement, plus tard, par le rouge sur le mouchoir. La maladie de Franz plane sur le destin du personnage et sur la pièce, comme une épée de Damoclès. De même, la noce, pour laquelle nous attendons la réponse du père de Dora, qui tarde et maintient le suspense. Mais Dora nous chante façon music-hall une chanson de mariage gaie et triste à la fois. Ainsi la tension, amoureuse et dramatique s'envole dans la musique entraînante, libératrice et enjouée.  

"Garçon, comme tu es bien tombé et tu t'es magnifiquement relevé


Dora et Franz, Sauver le jour - Caroline Arrouas - Photo: Jean-Louis Fernandez


De chutes en rebondissements, la pièce avance, nous permettant de rentrer dans l'intimité du couple, presque dans les méandres de leurs sentiments et dans une certaine connaissance de l'esprit et l'écriture de Franz. Nous naviguons entre le centre de la pièce où un un cube recouvert de tulle semble prédestiné à devenir la chambre d'amour, et l'aile gauche, avec son piano, à la fois salon de musique, petite pièce pour l'écriture et boudoir pour les amoureux. Ce cube qui peu à peu se révèle, se dévoile, surchargé de fleurs (à l'image de la chambre de L'écume des jours de Boris Vian), va se métamorphoser en chapelle de noces, chambre nuptiale et caveau funéraire.

"Le jour de l'enterrement je me suis écroulée sur le cercueil


Dora et Franz, Sauver le jour - Caroline Arrouas - Photo: Jean-Louis Fernandez


C'est donc par petites touches, paroles échangées, silences complices que nous voyons naître un amour exceptionnel, entre deux êtres secrets, presque des fantômes, qui voyagent dans le temps, l'espace, mélangeant les souvenirs, les citations et basculant soudain dans de joyeux tableaux festifs, faisant resurgir une culture presque disparue, à la fois gaie et nostalgique de cette Mitteleuropa d'entre deux guerres. Cette alternance entre intimité et spectaculaire, très justement équilibré nous offre une partition dans laquelle nous nous coulons avec délice. Et le récit nous fait découvrir le portrait d'un auteur mystérieux, dont nous ne connaitrons pas tout mais dont nous sommes témoin du bonheur des derniers jours.


Le Fleur du Dimanche


* La proximité "intime" avec le public sur la partie gauche de la scène peut se révéler un peu plus "distante" pour les spectateurs placés à droite et au fond da la salle. Mais c'était une "première", ce sera sûrement ajusté. 


Dora et Franz, Sauver le jour


Au TNS - Espace Grüber - du 30 mars au 11 avril 2026


[Texte et mise en scène] Caroline Arrouas 
[Avec] Caroline Arrouas et Jonas Marmy 
[Dramaturgie] Adèle Chaniolleau 
[Scénographie et costumes] Clémence Delille assistée de Elise Villatte 
[Création sonore] Samuel Favart Mischka 
[Création lumière] Germain Fourvel 
[Assistanat à la mise en scène] Elsa Revcolevschi 
[Administration, production et développement] Virginie Hammel et Nora Fernezelyi - le petit bureau
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Swen Ferbach 
[Régie plateau] Jeanne Dubos 
[Régie lumière] Simon Anquetil
[Régie son] Maxime Daumas [Habilleuse] Blandine Hermant
[Accessoiriste] Pauline Krier 
[Régie des titres – surtitrage des Spectacles dans ta langue] Jean-Christophe Bardeaux 
Production délégué le petit bureau 
Coproduction Théâtre national de Strasbourg,Théâtre Dijon Bourgogne – Centre Dramatique National 
Avec le soutien des Lilas en scène et de la Fondation pour la mémoire de la Shoah

  

lundi 23 mars 2026

Au TNS L'infiltré de et par Océan: des boites et des cases ou comment déboiter et casser les codes

 Océan, comédien et réalisateur a suivi un long chemin de transition et propose une étape de ce parcours au TNS avec L'infiltré.

Nous l'avions rencontré en décembre 2019 au cinéma Star à Strasbourg où il présentait son film Océan, témoignage de l'intérieur de se "transition" toute fraîche. Dans le débat qui a suivi, il disait "l'identité c'est quelque chose de mouvant, de changeant, de fugace". Cette réflexion sur l'identité ne l'a pas quittée, mais alors qu'à l'époque il était totalement plongé dans le processus, pour le spectacle qu'il vient de créer et pour lequel il a réalisé une série d'ateliers avec des étudiant.e.s en partenariat avec le SUAC - Service universitaire de l'action culturelle - de l'Université de Strasbourg pour interroger les injections normatives concernant le genre, il prend un peu d'altitude. 

Avant tout, petite définition d'un mot qui n'est entré dans le dictionnaire Oxford English Dictionary qu'en 2015, et, à priori, né en après 1998 suite à l'invention du terme cissexuel par le sexologue allemand Volkmar Sigusch. Il s'est diffusé après 2006. La cisidentité désigne "la situation d'une personne dont l'identité de genre correspond au genre qui lui a été assigné à sa naissance". Le terme transgenre: "personne dont l'identité de genre ne coïncide pas avec le sexe assigné à la naissance" étant plus courant depuis les années 1990.


L'infiltré - Océan - Photo: Pauline Legoff


Cet aspect un peu didactique passé, revenons-en à notre Océan, qui sur scène devient le professeur Michel, Océan Michel, qui, bien qu'il annonce un "spectacle assumé comme pédagogique" s'engouffre dans une conférence à cent à l'heure et sans pupitre - ponctué d'exercices physiques pour faire baisser son taux de testostérone sur les conseils de son surveillant médical IA, Cette intelligence artificielle qui accélère aussi les différents chapitres de sa "conférence" qui est à la fois variée, plaisante et intelligemment illustrée par les dessins d'Anaïs Caura. Balayant l'histoire du "transgenre" autant historiquement que géographiquement, nous y découvrons des femmes ayant vécu en secret sous des apparences d'homme, ainsi que des cultures ayant par exemple totalement accepté la féminité ouvertement assumée de certains hommes que ce soit en Amérique du Sud, en Inde ou l'exemple du Chevalier d'Eon, en France sous Louis XV.  

Océan fait le parallèle entre sa propre manie de classer et ranger ses Tupperware et cette propension à mettre des cases à remplir (comme sur les formulaires et les cartes d'identité "Monsieur ou Madame", sans autre choix), des règles de classification - qui sont forcément mouvantes - selon les périodes ou les pays. Cette injonction à rentrer dans les cases justifiée par des règles variable, Océan s'en moque gaiement, démontrant l'absurdité et l'instabilité de ces critères par des exemples croustillants - par exemple très explicites - ou curieux - dans le monde animal. Pointant aussi la misogynie qui frappe les scientifiques femmes qui osent découvrir des exemples flagrants qui cassent les règles du "mâle dominant". Ou encore dans le domaine du sport féminin où dès qu'une femme dépasse les capacités que l'on daigne accepter de athletes femmes, elles son exclues de la compétition. 

Sur quoi vient se greffer un racisme certain, la plupart n'étant pas "blanches". ces enchainements permettant de dévoiler autant les préjugés liés au statut de la femme que de la race. Tout cela orchestré par les "Mâles blancs dominants" qui légifèrent, dénigrent et discréditent, agressent violentent et tuent par préjugé, idée préconçue. Ainsi aussi ces "protecteurs" qui sous prétexte de protéger et de défendre, s'adonnent (en secret et souvent en toute impunité) à toutes sortes de violences. Les exemples que nous offre Océan vont de son expérience personnelle de jeune fille abusée ou de la prise de conscience du rôle assignée à la police dans le maintien de cet "ordre da la société dominante, et même dans la lecture lucide des "meurtres des Zoulous" dont on laisse sous silence la nécessité de se défendre contre les actes racistes. 


L'infiltré - Océan - Photo: Pauline Legoff

Passant ainsi d'une présentation presque scientifique mais à la fois ludique et instructive de cette réalité fluctuante vis-à-vis du corps et de ses multiples variantes dans sa réalité et ses sensations, vers une lecture plus sensible et aussi plus politisée, Océan plonge dans une introspection dans la mouvance des sentiments, entre violence et amour dans cette identité changeante. L'obligeant, lui mais aussi nombre de ces personnes à la recherche de leur vrai "soi" à s'interroger sur les relations d'amour et de violence envers l'autre. Allant jusqu'à en référer à Abraham (qui lui aussi est "transformé" en gagnant un "h", tout comme sa femme Saraï en Sarah) dont le bélier apporte la puissance alors qu'Océan s'interroge sur son statut d'agneau déguisé en louveteau. Mais il conclut sur une note en équilibre, mettant en balance sa "paternité" et la fragilité de quelques une de ces "adoptés".  

L'aventure continue, passionnante, et Océan continue son voyage au long cours après nous avoir embarqué dans la découvertes des iels.


La Fleur du Dimanche


L'infiltré


Au TNS à Strasbourg, du 23 mrs au 1er avril 2026

[Conception et écriture] Océan
[Mise en scène] Océan et Flore Vialet
[Lumière] Léa Maris
[Son] Elisa Monteil 
[Vidéo] Jean Doroszczuk
[Dessin] Anaïs Caura
[Chorégraphie] Marlène Rostaing
[Dramaturgie] Leïla Adham
[Régie générale] Marie-Lou Poulain
[Composition] Thibault Frisoni
[Scénographie] Marco Ievoli
[Costumes] Colombe Lauriot Prévost
[Direction de production] Olivier Talpaert et Nathalie Untersinger
[Répétition] Debi Debbie
[Avec les étudiant·es] Estelle Akakpo, Coline Forster, Charlie Fouché, Lou-Ann Graindorge, Clarisse Haton, Ameline Jung, Geoffrey Ridet dit Lewyn, Pauline Roche, Noa Schublin, Tiphaine Vauje

Production déléguée En Votre Compagnie
Coproduction MIXT – Terrain d’arts en Loire-Atlantique, les Plateaux Sauvages, Châteauvallon - Liberté, scène nationale , le Théâtre National de Strasbourg, l’Avant-Poste, Bordeaux
Accueil en résidence Chartreuse - CNES - Villeneuve-lez-Avignon
Coréalisation Les Plateaux Sauvages
Avec l’accompagnement du Centre des Récits du Théâtre national de Strasbourg.
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages
Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France et de la Ville de Paris.
En partenariat à Strasbourg avec le SUAC de l'Université de Strasbourg et son dispositif Carte Culture
Les décors sont réalisés par les ateliers du Théâtre National de Strasbourg.
Spectacle créé le 9 mars 2026 aux Plateaux Sauvages.    

jeudi 5 mars 2026

Piano Man ou le récit parlant de l'homme qui se tait ou "comment (se) raconter des histoires"

 Troisième soirée de Galas: L'histoire d'un homme découvert sur la plage d'une île anglaise, habillé en costume de soirée, mutique et amnésique, c'est Piano Man de Marcus Lindeen, la pièce qu'il a crée à partir de ce fait divers qui l'a fasciné dans sa jeunesse (il avait 25 ans à l'époque). Ce qui intéresse Marcus Lindeen dans ce sujet est triple (au moins). La première de ces choses est le mystère que le sujet peut porter en lui-même, son originalité, le sens caché, inconnu et qui peut d'ailleurs le rester. 

En introduction, parmi un certain nombre de dossiers qu'il archive comme documentation dans cette idée, il nous montre le film "I'm too sad to tell you" - "Je suis trop triste pour te le dire" (1970) de l'artiste performeur néerlandais Bas Jan Ader où nous le voyons pleurer sans explication. Nous reviendrons à cet artiste dans la dernière partie de la pièce intitulée Acte V - In Search of the Miraculous - A la recherche du Miracoulous qui se parle, entre autres de la dernière et inachevée performance de Bas Jan Ader et dont le titre se réfère au livre du philosophe russe P. D. Ouspensky sur l'enseignement de George Gurdjieff. Cela nous amène à la deuxième raison qui motive Marcus Lindeen sur ce projet. Et c'est la question de "comment raconter une histoire". Comment structurer la narration, comment remplir (ou pas) la page blanche pour laisser au spectateur le soin de remplir lui même ce blanc, de se projeter dans l'histoire ou de se la réinventer. 


Piano Man - Marcus Lindeen - Photo: Jean-Louis Fernandez


A ce propos, je veux vous conter ici l'épisode extraordinaire vécu à la sortie de la pièce et concernant la réception de ce récit par un spectateur. Il s'agit de définir la part de vérité ou d'invention, de réalité et de fiction dans cette histoire extraordinaire. A savoir la simulation et le statut des "acteurs" et de leur "rôle" dans la pièce: Est-ce que cette histoire est vraie ? Est-elle pure fiction ? Les acteurs sont-ils les vrais protagonistes de l'histoire ? Antony Bambury est-il ce clergyman de l'hôpital, Bridget O'Loughlin cette assistante sociale qui a côtoyé au plus près ce Piano Man et fait toutes les recherches pour essayer de savoir d'où il venait ? Et Niranjani Lyer est-elle ce neuropsychologue spécialiste des "fugues dissociatives" et des syndromes de Munchhausen. Et qui a réalisé ce film mixte entre retour au pays (dans les Pyrénées) et performance dansée du Boléro par François Chaignaud ? Il se trouve que le petit groupe de spectateurs qui discutait de cela à la sortie de la salle, parmi lesquels de trouvait celui qui a lu l'interview de Marcus Lindeen dans le livret programme des Galas (et donc qui a lu la réponse à toutes ces questions) tous se sont posé ces questions et ont essayé de démêler la réalité de la fiction.... Avec quand même en conclusion quelques réponses qui tenaient la route.

Mais en fait, comme pour les Mille et une nuits, l'important, c'est le récit, la narration et par où nous nous faisons emmener. Et le fait que les différents personnages sont très attachants apporte un charme certain au déroulé de cette histoire. Et en plus, avec cette pièce, nous nous faisons promener de manière magistrale de rebondissement en rebondissement, après l'introduction qui est surtout destinée à ancrer l'histoire dans un contexte actuel puisqu'elle s'est passée en 2005!). La preuve:




Donc, telle une véritable enquête policière, nous découvrons les hypothèses successives qui vont être tentées, analysées, mises de côté, alors qu'en parallèle nous découvrons "l'évolution" de ce malade, qui ne parle ni n'écrit, qui va s'exprimer grâce au dessin - ce piano - qui va, d'une part lui permettre de s'exprimer et, miracle, communiquer - si peu - avec le clergyman. Jusqu'à certaines révélations que je vous laisse découvrir. Mais d'un autre côté, et c'est aussi cela l'intérêt des récits, telle "une symphonie jamais finie", tandis que les différents éléments commencent à être révélés et que le mystère se lève en partie (au grand dam des tabloïds) avec comme conséquence le fait que ce qui était adulé sera sévèrement critiqué voire déconsidéré, oublié, il restera une part de mystère ou de non abouti.


La piano dessiné par Piano Man


Et c'est là que l'on arrive à la troisième raison, ou motivation de la pièce: c'est la situation de la personne qui n'est pas dans la norme, le gay, le queer, le trans, et l'évolution dans le temps, entre 2005 et aujourd'hui, de ce sujet. Et donc la force qu'il faut pour accepter, l'assumer, défendre ce statut, cet état. Et, en face, dans la société en général, comment on peut l'intégrer socialement, sachant que le combat pour cette reconnaissance n'est pas terminé. 


Piano Man - Marcus Lindeen - Photo: Jean-Louis Fernandez

Et parmi ces nombreux combats, reste la question du sens que chacun et chacune donne à sa vie. Avec comme seule solution peut-être, d'effacer la mémoire, de faire disparaître l'histoire.. Et, alors même lorsqu'on a fait "oeuvre", il faut la laisser ainsi, inachevée, en attente. En attente d'une nouvelle vie, d'une autre vie... Peut-être que la "vraie" vie est ailleurs. Et c'est ce mystère posé par Piano Man que Marcus Lindeen nous invite à creuser, tout en stimulant notre cerveau. En nous offrant un peu de dopamine et de plaisir cognitif. Grâce à ce spectacle qui ne nous laisse pas totalement passif dans notre fauteuil et qui fait bouger notre raisonnement et nos certitudes.


La Fleur du Dimanche


P.S. Question subsidiaire: Si vous allez voir le spectacle, quelle est votre explications sur le petit bandeau bleu sur les yeux de Piano Man ? Vous pouvez me répondre par mail ou en commentaire (merci de signer avec au moins votre prénom)


Piano Man

   

Au TNS à Strasbourg du 5 au 13 mars 2026


[Texte et mise en scène] Marcus Lindeen
[Dramaturgie, traduction et collaboration artistique] Marianne Ségol
[Conception] Marcus Lindeen et Marianne Ségol
[Dramaturgie et traduction] Marianne Ségol
[Avec]
Anthony Bambury, Niranjani Iyer, Nans Laborde-Jordàa et Bridget O’Loughlin
[Scénographie] Hélène Jourdan
[Lumière] Diane Guérin
[Composition musicale] Hans Appelqvist  
[Son] Nicolas Brusq  
[Vidéo] Marcus Lindeen, Hans Appelqvist 
[Régie vidéo] Xīng Weì 
[Assistanat à la mise en scène et à la dramaturgie] Louison Ryser  
[Régie générale compagnie Wild Minds] David Marain  
[Casting] Lola Diane  
[Voix] Manon Clavel, David Houry, Julien Lewkowitz, Julie Pilot, Marianne Ségol
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Yann Argenté 
[Régie plateau] Jeanne Dubos 
[Régie lumière] Simon Drouart 
[Régie son] Thibaud Thaunay
[Régie vidéo] Lucie Franz 
[Habilleuse] Bénédicte Foki, Angèle Gaspar 
[Régie des titres — surtitrage des Spectacles dans ta langue] Jean-Christophe Bardeaux
[Production] Théâtre national de Strasbourg, Compagnie Wild Minds
[Coproduction] CDN d’Orléans, les Célestins – théâtre de Lyon, Festival d’Automne
Avec la participation du Jeune théâtre national
Avec le soutien de l'Institut Français de Suède
Avec l’accompagnement du Centre des Récits
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
Création le 5 mars 2026 dans le cadre du festival Les Galas du TnS, 2e édition  
Avec l'aimable autorisation de :  
L'auteur Bogomir Ecker pour les images issues du livre Idylle + desaster - die fotosammlung bogomir ecker
Le créateur vidéo Bobby Fingers pour la vidéo Fabio and the Goose
Le photographe et biologiste Andreas Kay pour la vidéo de la nymphe de Flatidae.

mercredi 4 mars 2026

KO Brouillard aux Galas du TNS: un monde nappé de poésie et de musique

Nous sommes tout de suite dans le bain lorsque nous entrons dans la grande salle de l'Espace Gruber du TNS rue Jacques Kablé pour voir la pièce KO Brouillard de Maxence Vandevelde. Devant nous un mur de lumières aveuglantes fait office de rideau de scène et d'où coulent des nappes de musique. Nous nous trouvons être à la place de la phalène, ce papillon de nuit fragile et éphémère qui vient s'éblouir avant de mourir aux lampadaires et autres lumières nocturnes. C'est une nouvelle de Virginia Woolf, La mort de la phalène qui a inspiré Maxence Vandevelde, après Les Vagues de la même Virginia qui avait sous-tendu la pièce Lucarne Année#1 qu'il avait créée l'année dernière dans le même cadre. La pièce travaille cette fragilité et cette délicatesse, sur un fil ténu. 


KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez

D'ailleurs, pour commencer, une ombre, assise sur un rocher va se lever et essayer d'une certaine manière de s'envoler, à contrejour puis disparaître dans le mur de lumière. Ce dernier, partant mystérieusement en arc-de-cercle va se positionner sur les côtés pour dévoiler la "scène". Nous découvrons cette scène devant un rideau transparent borduré d'un découpage végétal, avec d'un côté, à cour, ce rocher, cette pierre au-dessus duquel flotte une feuille et à jardin une chaise. Un tableau onirique, sorte de poésie visuelle surréaliste dans laquelle ne manquent que les ciseaux. Cela ne va pas tarder. 


KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez

Une femme en longue robe arrive qui les apporte et s'assied sur la chaise. Elle nous rend attentifs à un texte projeté sur l'écran où il est fait référence à des recherches scientifiques qui ont décelé dans les arcanes du cerveau une région dans laquelle se niche la mémoire poétique. Ce deuxième indice nous montre encore la direction que prend cette pièce et dès lors, les textes dits par cette femme, dans une langue que l'on s'efforce de comprendre, aux très belles sonorités, qui a des accents entre l'allemand, l'hébreux et le japonais mais qui se révèle être du farsi, très belle langue, qui nous raccroche à l'actualité immédiate - le rêve est fragile ! De temps en temps, les mots sont traduits en sous-titres, des phrases très poétiques vont nous accompagner dans ce voyage poétique tout en douceur et en rêveries et en songes semi-éveillés. L'on s 'attend à ce que les ciseaux coupent la feuille, mais non, les rêves ne sont pas toujours prévisibles, c'est le fil qui suspend la feuille qui va être coupé.


KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez

D'autres femmes arrivent et se positionnent sur la scène. Elles parlent, elles aussi, dans leur langue ou dans des langues étrangères - allemand, anglais, français,... Les paroles font référence à la pierre, la rivière, la douceur et la mémoire. Les six "interprètes" se posent des questions, sur elles, "si je devais être moi-même", d'être - ou ne pas être - "la narratrice", échangent leur rôle, deviennent l'autre, une parole qui semble être tissée du même fil et sort de ces différents corps, qui les traverse et les porte. Nous sommes subjugués de la performance de ces six femmes, volontaires, habitantes de Strasbourg et environ, qui réalisent ici une époustouflante performance de jeu dans une douceur et une retenue qui nous emporte et nous entraine dans ce monde onirique. Toutes sont formidables et une mention spéciale à la jeune Mia Depoutot pour sa magnifique diction. 


KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez

Les nappes musicales de Maria Laurent contribuent pour beaucoup à faire exister cet univers brumeux et presqu'irréel, dans lequel les choses s'installent et bougent lentement. Un théâtre d'images et de mots, de sons, où les lettres R, A, I, N appellent la pluie et un B suffit à nous rappeler le cerveau qui mouline à toute vitesse dans ses lobes, cortex et circonvolutions. 


KO Brouillard - Maxence Vandevelde - Photo: Jean-Louis Fernandez

Un voyage mental tout en sérénité et en bienveillance, comme dans un film de Bela Tar, et où l'on dit "Vais-je me souvenir des instants passés à vos côtés ?". Nous allons essayer de garder au chaud cette sororité, cette quiétude, ces voix qui nous parlent au creux de l'oreille et font surgir des souvenirs, des moments de grâce, trop rares ces derniers temps. Merci à Maxence Vandevelde et à ces sept femmes pour leur présence, leurs mots, leurs sons, et tout ce qu'iels nous ont fait passer. 


La Fleur du Dimanche


KO Brouillard


Au TNS à Strasbourg, du 4 au 12 mars - Salle Gruber
[Mise en scène] Maxence Vandevelde
[Textes] Maxence Vandevelde et Milène Tournier
Avec Lil Anh Chansard, Mia Depoutot, Hassenaa Hassibout, Tugba Naimoglu, Maryam Yazdan Bakhsh, Zahra Yazdan-Bakhsh   
[Musique] Maria Laurent 
[Scénographie] Alice Duchange 
[Assistanat à la scénographie] Lino Pourquié 
[Costumes] Salomé Vandendriessche 
[Lumière] Nicolas Joubert 
[Son]Julien Feryn 
[Assistanat à la création son] Macha Menu
[Régie générale] Zélie Champeau 
[Création installation vidéo] Gabriel Laurent 
[Regard dramaturgique] Fanny Mentré 
[Assistanat à la mise en scène et à la dramaturgie] Tristan Schinz 
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Zélie Champeau, Charles Ganzer
[Régie plateau] Fabrice Henches 
[Régie lumière] Nicolas Joubert 
[Électricien] Lou Paquis
[Régie son / Régie vidéo] Macha Menu
[Habilleuse] Selma Kalt
[Régie des titres — surtitrage des Spectacles dans ta langue] Jean -Christophe Bardeaux
[Production]Théâtre national de Strasbourg
Avec la participation du Jeune théâtre national
Avec l’accompagnement du Centre des Récits
[Administration de production] Dorine Blaise
[Chargée de production] Rachel Morville
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
Création le 4 mars 2026 au Théâtre national de Strasbourg dans le cadre du festival Les Galas du TnS, 2e édition

mardi 3 mars 2026

Les Galas du TNS avec En attendant Oum Kalthoum de Hatice Özer : les 1001 mots d'amour et l'attente de l'amour, mon amour, mon amour, mon amour,...

 L'idée des Galas, défendue par Caroline Guiela Nguyen, c'est de créer au TNS, au travers de ce festival, des moments festifs et partagés, également avec des personnes qui n'ont pas le Théâtre comme trajectoire ou comme destination. Hatice Özer et sa nouvelle pièce En attendant Oum Kalthoum qu'elle créée dans ce cadre répond totalement à cet objectif, et la presque trentaine de chanteuses et chanteurs qui forment le "choeurs d'habitant.es" et qui interviennent de la salle (au premier balcon) puis sur scène vont vivre un moment unique, avec sûrement des proches et amis qui sont dans la salle, tout comme la mère de Hatice Özer que cette dernière cherche dans la salle dans son "introduction" au spectacle et qu'elle hèle d'un "Coucou maman" quand elle l'aura repérée. 


En attendant Oum Kalthoum - Hatice Özer - Photo: Jean-Louis Fernandez


Pour Hatice Özer, passer au TNS n'est pas une première, elle y était venue jouer sa première pièce Le Chant du Père (de 2022) et la création de Koudour sur le plateau (avec le public également sur scène) mais cela doit lui faire chaud au coeur d'avoir cette grande salle Bernard-Marie Koltès pour elle. A l'image d'Oum Kalthoum qui a poussé les murs de l'Olympia lors de ses deux concerts, le 13 et le 15 novembre 1967, ses premiers en Occident, à la demande de Bruno Coquatrix venu au Caire quelques mois plus tôt pour inviter la plus grande dame de la chanson arabe, l'Astre de l'Orient, le Rossignol du Caire, la chanteuse préférée de Nasser. Mais je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Sachez cependant que, juste avant, en juin 67, il y a eu la "Guerre des six jours" lors de laquelle Israël a attaqué l'Egypte et occupé la péninsule du Sinai. D'ailleurs Oum Khalsum, qui avait demandé un cachet du double d'Edith Piaf a offert les recettes du concert à l'Egypte. Les billets ont été vendus en quelques jours, entre 60 et 200 francs (même plus de 500 francs au marché noir). Dans la salle se côtoient des ouvriers et des princes (l'un d'entre eux a réussi à avoir, non un fauteuil, mais un tabouret sous la menace d'un pistolet). Cette histoire et bien d'autres, Hatice Özer nous les raconte au cours du spectacle, en posant le contexte, tournant autour, et autour de la musique, et autour de l'amour (dont, la richesses du vocabulaire en arabe nous offre plus d'une vingtaine d'expressions:(amour ardant, amour persistant, amour divin, amour obéissant, amour inconditionnel,...). Mais tout d'abord, Khadija El Afrit nous introduit aussi aux subtilités de la gamme de la musique traditionnelle arabe, le "maqâm" dont elle nous fait entendre la montée des échelles vers la spiritualité sur son qânun. 


En attendant Oum Kalthoum - Hatice Özer - Photo: Jean-Louis Fernandez

Et  Hatice Özer de nous brosser le tableau autour de ce concert mythique dont on nous dit que commencé vers les 21 heures, il s'acheva qu'après deux heures du matin avec en tout trois chansons, dont celle autour de laquelle on va tourner pour carrément plonger dedans, celle des Mille et Une Nuits et qui, avec les improvisations peut durer entre une demi-heure et une heure et demie, la durée du spectacle. Dans celui-ci on va alternativement se retrouver à observer le déroulé - et la préparation - du concert de l'Olympia, sur scène, dans les coulisses et dans la salle et, durant la diffusion du concert à la radio, sa réception dans quelques lieux, chez des auditeurs qui suivent le concert dans le monde, qui dans sa salle de bain ou dans le salon et même dans le lit familial, l'enfant entre ses deux parents bien au chaud dans leur cocon. Lieux et situations réinventées desquels on passe aussi brusquement à des séquences contemporaines d'échanges au téléphone où il est bien sûr questions de cet "éternel" amour et des différentes attitudes et positions qu'il nous pousse à prendre. Et cette répétition du mot "amour" qui remplit à la fois la chanson et le texte de la comédienne, adepte elle aussi de la répétition, si vous ne l'aviez pas remarqué.

Et il y a la musique, elle aussi qui se répète en variations multiples, magnifique et qui nous envoûte comme le fait l'amour dans ses variations dans la chanson:

Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.
Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.
Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.
Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.
Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.
Comment, comment, comment pourrais-je te décrire comment j'étais avant de te chérir, mon amour.

Je n'avais aucun passé à méditer ni aucun avenir à attendre, et même mon existence, je ne la vivais pas; oh mon amour.
Je n'avais aucun passé à méditer ni aucun avenir à attendre, et même mon existence, je ne la vivais pas; oh mon amour.


En attendant Oum Kalthoum - Hatice Özer - Photo: Jean-Louis Fernandez

Et nous assistons ainsi au lent et progressif dévoilement de la chanson, en plusieurs chapitres, sous des formes variées par ce magnifique orchestre qui accompagne Hatice Özer - elle-même jouant du davul - et Khadija El Afrit le kanoun, sous la direction du fidèle Antonin Tri-Hoang (au saxophone et aux claviers) et donc Anissa Nehari aux percussions, Juliette Weiss, Ayman Hlal et Karam Al Zouhir au violon et Anil Eraslan au violoncelle. La musique, dans toutes ses variations est merveilleuse, envoûtante, enchanteresse et les mises en scène ne manquent pas de nous surprendre et nous émerveiller, Les lumières de César Godefroy nous transportant d'un univers à un autre, posant de temps en temps de superbes tableaux de groupe en clair-obscur dans lesquels les soyeux et lumineux costumes de fête de Pauline Kieffer sont sublimés. Et au final, si Oum Kalthoum ne vient pas, sauf sa voix dans un haut-parleur de rue, nous avons bien compris les méandres complexes et les tours et détours que cette poésie sinueuse doit suivre, tout comme l'amour, pour passer par toutes les cases de l'amour. Et la formidable musique qu'elle a contribué à développer y participe grandement. Donc un grand bravo à l'engagement de toute cette troupe et à la formidable énergie qu'elle dégage.



La Fleur du Dimanche

En attendant Oum Kalthoum

Au TNS à Strasbourg, du 3 au 7 mars 2026


[Texte et mise en scène] Hatice Özer 
[Composition et direction musicale] Antonin-Tri Hoang 
[Avec] Karam Al Zouhir, Khadija El Afrit, Anil Eraslan, Ayman Hlal, Hatice Özer, Anissa Nehari, Antonin Tri-Hoang et Juliette Weiss. 
[Et un choeur d'habitant·es]
Inas Al Hassoun, Abdulhadi Al Rakeb, Rafif Alali Alwash, Zakariya Aleid, Laura Aljurf, Heema Aljurf, Mouaiad Alras, Maher Alsaied, Kinan Al Zouhir, Mohamad Aziza, Assia Benzaid, Fatima Boumlik, Khouloud Bourogaa, Selma Bousseta-Idrissi, Naime Bouzid, Mira El Assi, Abir El Fawal, Simon Ghanem, Jean Haas, Hassena Hassibout, Iman Izouli, Bibars Izouli, Zineb Maknassi, Solav Manmi, Stéphanie Monnier, Malika Najib, Roger Nasset, Dalila Rahal-Besseghir, Laure Razon, Ali Shindi, Najate Zouggari
[Chef de chœur] Kinan Al Zouhir  
 
[Collaboration à la mise en scène, dramaturgie] Léo Bahon
[Lumière] César Godefroy 
[Vidéo] Ludovic Rivalan 
[Scénographie] Claire Schirck  
[Costumes] Pauline Kieffer  
[Regard artistique] Paola Secret  
[Assistanat à la mise en scène] Thomas Lelo  
[Stagiaire mise en scène] Claire Belony
Et l’équipe technique du TnS
[Régie générale] Julie Roëls 
[Régie plateau] Daniel Masson 
[Régie lumière] Alexandre Rätz 
[Régie son] Imhotep Kenawi 
[Régie vidéo] Ludovic Rivalan 
[Habilleuse] Jeanne Birckel
[Régie des titres — surtitrage des Spectacles dans ta langue] Jean -Christophe Bardeaux et Claire-Gabrielle Robert
[Production] Théâtre national de Strasbourg
[Coproduction] tnba – Théâtre National Bordeaux Aquitaine, Compagnie La neige la nuit
Avec la participation du Jeune théâtre national
Avec l’accompagnement du Centre des Récits
[Accompagnement des habitant·es acteur·rices] Flora Nestour
[Chargée de production] Zoé D'hooge
Le décor et les costumes sont réalisés par les ateliers du TnS.
Création le 3 mars 2026 dans le cadre du festival Les Galas du TnS, 2e édition

jeudi 29 janvier 2026

Seppuku el funeral de Mishima d'Angélica Liddell au TNS: Mishima mon Amour

 Dire d'Angélica Liddell qu'elle est une artiste singulière serait presque trop sympathique pour cette actrice, danseuse, chorégraphe, performeuse et écrivaine catalane dont le terme d'"enragée" est plus souvent utilisé pour la qualifier. Ses pièces "performances" sont des événements qui secouent, dérangent, agressent même. Mais elle-même n'aime pas le terme de "performance", préférant celui de "représentation", qu'elle dit "intimement liée à la sincérité intérieure, au besoin intérieur, à l'idée de mort"... "un désir profond abyssal". Angelica Liddell ne "joue" pas, elle est totalement dans ce qu'elle dit et fait sur scène, sans filtre, sans distance.  


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio


Dans la pièce Seppuku el funeral de Mishima o el placer de morir qui est créée à Strasbourg au TNS (le TNS coproduit cette création),  il est question à la fois de Mishima, de Seppuku (qui définit la cérémonie du Hara-kiri en langage japonais écrit) et de la mort (le "plaisir de mourir"), tout est dit dans le titre et Angelica Liddell n'y va pas par quatre chemins. Mishima est son idole, à la fois littéraire mais surtout en raison de son acte extraordinaire et courageux de son suicide, son Seppuku (dont le film film de Mishima Yukuku qui le met en scène sort au moment où elle est dans le ventre de sa mère), lui attribuant ainsi la paternité de son propre désir de suicide, suicide dont elle montre le simulacre photographié pour introduire la pièce. 


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio

Car le suicide (celui de Mishima, réel ou à travers ses oeuvres avec un de ses textes où ce dernier annonce le sien, ou celui de nombreux suicidés ou morts dont la litanie est l'objet d'une longue et douloureuse cérémonie) est une des trames qui est la base du spectacle. Cette longue litanie est l'occasion de matérialiser la mort, les mort(e)s à qui elle rend hommage, à la foi en enfilant une pièce de vêtement (alors qu'elle était nue sur le plateau) en leur mémoire et en ajoutant à un court parcours de vie une sorte de "Jisei no ku", un "Adieu au coquillage", ce poème qui permet au mort de passer du monde flottant dans le monde des morts. Ces courts poèmes subliment d'une certaine façon la brutale matérialité de ces gestes (les différents types de suicides énoncés - médicaments, train, saut dans le vide, pendaison,..). Ce cérémonial répété avec les vêtements et la parole poétique en gagne une beauté universelle, Surtout avec cette lente procession des deux comédiens japonais Ichiro Sugae et Masanori Kikuzawa. 


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio

Ces derniers font un très beau duo tout au long du spectacle,  qui réfère au couple Yukio Mishima et Masakatsu Morita, jouant avec retenue la relation sensuelle de ces deux samouraï tout comme le simulacre de Seppuku que Mishima avait décrit dans un de ses livres, et dans un film. Ils offrent aussi la lecture d'autres textes de Mishima, sous forme de théâtre Nô, avec une très belle intervention dansée pour La légende du manteau de plume par Ichiro Sugae. Il récidive dans une danse lascive avec la culturiste (champion du monde) Alberto Alonso Martínez dans une scène presque surréaliste. La scène où Angélica Liddell brûle de l'encens mélangé aux cendres des parents sur fond de musique apporte un répit, un apaisement dans la narration. 


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio

Mais c'est pour mieux rebondir parce qu'elle va s'engouffrer dans un très long monologue sous forme d'anaphore qui va en accélérant où elle réclame avec force la fin de vie, la mort, pour elle et les autres, emportant dans ce geste la monde entier. Elle déclare "Je ne veux pas mourir en paix, je veux mourir en guerre" et elle souhaite à elle-même et aux autres un destin funeste, avouant son désir forcené de ne plus vivre, sa haine de la vieillesse, sa haine des autres et même sa haine d'elle-même et de son corps qui vieillit. 


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio

Ce procédé, alternant avec des scènes en contrepoint célébrant le corps, la beauté, le désir, le sexe ou la littérature de Mishima sera repris en accumulation se clôt en final par la chanson préférée de Mishima puis un tube disco des années 80 qui nous laisse un peu groggy tandis qu'Angélica Liddell nous annonce que "mourir n'est pas dangereux". 


Angélica Liddell - Seppuku el Funeral de Mishima - Photo: Ximena y Sergio

Egale à elle-même, l'artiste ne laisse personne indifférent, n'hésitant pas à bousculer son public, l'accusant de ne pas écouter, de ne pas comprendre, prenant à bras-le-corps des sujet dont on ne parle qu'idéalisés dans des récits mythiques ou héroïques. Alors qu'elle, elle transpose ses propres peurs et douleurs dans un déluge verbal - dans l'esprit de son compatriote Salvador Dali - et qu'elle rehausse les faits-divers en des moments de pure poésie angélique. Elle souffle le chaud et le froid, faisant de la haine son "moteur de la création", poussant le corps à ses limites, se nourrissant de son insatisfaction pour créer. Elle détruit pour construire, liant la vie et la mort dans un même élan, ne survivant que grâce à l'art tout en prônant la destruction libératrice.


La Fleur du Dimanche


Seppuku el funeral de Mishima o el placer de morir


Au TNS Strasbourg du 29 janvier au 7 février 2026


[Texte, scénographie, costumes et mise en scène] Angélica Liddell

Adaptation de la pièce de théâtre NOH Hagoromo – Le Manteau de plumes (XIVe siècle).

Avec des extraits de Patriotisme et Le Marin rejeté par la mer, de Yukio Mishima.

[Avec] Nonoka Kato en alternance avec Ichiro Sugae, Masanori Kikuzawa, Angélica Liddell, Alberto Alonso Martínez, Gumersindo Puche, Kazan Tachimoto
[Lumière] Javier Alegría
[Son] Antonio Navarro
[Direction technique] Maxi Gilbert
[Coordination technique] Javier Castrillón
[Régie lumière] Francisco Jesús Galán
[Machinerie] Helena Galindo
[Régie générale] Michel Chevallier, Nicolas Guy 
[Construction du décor] Alfonso Reverón Díaz
[Logistique] Helena Pastor
[Production] Gumersindo Puche
[Assistanat de production] Jaime Del Fresno
tut Cervantès de Tokyo et à l’acteur de théâtre Nô de l’école Konparu, Tsunao Yamai
Coproduction Festival Temporada Alta, Théâtre National de Strasbourg, Wiener Festwochen | Free Republic of Vienna, Festival Grec, avec le soutien de la Comunidad de Madrid

Remerciements à l’Institut Cervantès de Tokyo et à l’acteur de théâtre Nô de l’école Konparu, Tsunao Yamai

mardi 20 janvier 2026

Portrait de Rita au TNS: Salutaire dissection d'un traquenard raciste

 Dans la série des "pièces témoignages" au TNS, nous avions déjà pu voir de Laurène Marx Pour un temps sois peu et Je vis dans une maison qui n'existe pas en novembre 2024 dans son style de "Stand-up triste". Sa rencontre avec la performeuse belge Bwanga Pilipili en 2023, à l'époque de l'affaire de Mathias, le fils de Rita, plaqué au sol par un policier dans une cour d'école les a amenés à collaborer sur ce qui a donné cette pièce Portrait de Rita, écrite par Laurène Marx et qui, partant de cet épisode, retrace le parcours de Rita, femme camerounaise jusqu'à cet événement qui a eu, en Belgique, des répercussions importantes.


Portrait de Rita - Laurène Marx - Bwanga Pilipili - Photo: Pauline Le Goff


Dans le livret programme du spectacle, dans un entretien avec Najate Zouggari, Bwanga Pilipili rappelle un de ses souvenirs d'enfance à l'école, où, lors d'une intervention sur les droits des enfants et des parents (et où l'enseignant disait que "si nous faisions des bêtises, ce sont nos parents qui seraient interpelés.") elle découvrait, alors que "dans le cadre d’un État de droit, on n’interroge pas les enfants et les policiers s’abstiennent de les contrôle", parmi ses petits camarades, au moins trois s'étaient "fait contrôler" alors qu' "Ils ont treize ans et ils sont non-blancs.". C'était il y a trente ans. Trente ans, peut-être le début de l'histoire de Rita, dont Bwanga Pilipili et Laurène Marx vont tracer le portrait, et le parcours dans un flash back pour analyser l'origine du mal - ce racisme insidieux qui, encore aujourd'hui, fait que "Là, tu vois qu’un enfant noir de neuf ans, ce n’est pas un enfant, c’est un Noir".


Portrait de Rita - Laurène Marx - Bwanga Pilipili - Photo: Pauline Le Goff


Dans une mise en scène minimaliste, avec quatre projecteurs qui vont "ouvrir" ou "fermer" notre perception de la performeuse, vêtue d'une très jolie robe colorée, pas "ethnique" pour un sou, Bwanga Pilipili va captiver notre attention par son jeu, son regard, ses gestes, le rythme qu'elle donne au texte et au récit pendant une bonne heure et demie. Ponctuée de quelques chansons pour souffler ou nous redonner de l'énergie, l'histoire, démarrant par le coup de fil de la directrice d'école, va dévoiler la situation incroyable et disproportionnée de la réaction de Mathias à un épisode de brimade. Et va nous conter, en analysant et déconstruisant le destin de sa mère Rita - c'est son récit de vie que rapporte Bwanga Pilipili - qui retrace son parcours de jeune femme de Yahoundé au Cameroun, vivant avec son père et s'occupant de lui jusqu'à son statut d'aide familiale de sa belle mère dans un petit village de Belgique près de Charleroi puis dans un refuge pour femmes battues qui fait presque prison. 


Portrait de Rita - Laurène Marx - Bwanga Pilipili - Photo: Pauline Le Goff


Destin incroyable auquel on assiste et qui est analysé et très bien déconstruit dans les différentes étapes où l'on voit un prédateur (Christian) reproduire une sorte d'esclavage (domestique et sexuel) sous une forme "policée", sous couvert d'amour et d'amitié et la met sous le joug de sa volonté. Le récit est simple mais fort, la démonstration limpide, la situation révoltante et l'on ne peut qu'être solidaire. L'injustice de la situation de ce qui souvent n'est qu'un "fait divers" de dix lignes dans un journal ou de cinq phrases à la télévision nous apparaît ici tellement vivant et éclatant qu'elle ne peut que nous bousculer dans notre apathie quotidienne qui nous mène à l'indifférence et nous appeler à un sursaut de notre conscience et une réprobation, si ce n'est une protestation. Et peut-être aider à réparer et à "aller au-delà" comme le dit encore Bwanga Pilipili dans le programme. En cela la pièce n'est pas que salutaire, elle est aussi vitale. Et elle nous donne de l'énergie.


La Fleur du Dimanche   


Portrait de Rita


Au TNS du 20 au 30 janvier 2026


[Texte] Laurène Marx
[À partir d’entretiens avec] Rita Nkat Bayang réalisés par Laurène Marx et Bwanga Pilipili 
[Avec] Bwanga Pilipili 
[Création lumière] Kelig Le Bars 
[Régie lumière] Emmy Barriere 
[Direction musicale] Laurène Marx 
[Création musicale] Maïa Blondeau avec la participation de Nils Rougé 
[Régie son] Nils Rougé 
[Collaboration artistique] Jessica Guilloud 
[Assistanat] Skandar Kazan 


Production Cie Hande Kader - Le Bureau des Filles* 
COPRODUCTION Théâtre Ouvert-Centre National des Dramaturgies Contemporaines, Les Quinconces-L’Espal Scène Nationale du Mans, Le Festival d’Automne à Paris, le Théâtre National Wallonie Bruxelles, Les Halles de Schaerbeek, Collectif FAIR-E-CCN Rennes, Théâtre National de Strasbourg, Théâtre Sorano Scène conventionnée [Toulouse] 
ACCUEIL EN RÉSIDENCE Mars – Mons, arts de la scène, CCNRB – Collectif FAIR-E, Les Quinconces l’Espal – Scène nationale du Mans, Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines. 
 
Créé le 11 Septembre 2025 au Théâtre Ouvert (Paris) - Festival d'Automne