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lundi 23 mars 2026

Au TNS L'infiltré de et par Océan: des boites et des cases ou comment déboiter et casser les codes

 Océan, comédien et réalisateur a suivi un long chemin de transition et propose une étape de ce parcours au TNS avec L'infiltré.

Nous l'avions rencontré en décembre 2019 au cinéma Star à Strasbourg où il présentait son film Océan, témoignage de l'intérieur de se "transition" toute fraîche. Dans le débat qui a suivi, il disait "l'identité c'est quelque chose de mouvant, de changeant, de fugace". Cette réflexion sur l'identité ne l'a pas quittée, mais alors qu'à l'époque il était totalement plongé dans le processus, pour le spectacle qu'il vient de créer et pour lequel il a réalisé une série d'ateliers avec des étudiant.e.s en partenariat avec le SUAC - Service universitaire de l'action culturelle - de l'Université de Strasbourg pour interroger les injections normatives concernant le genre, il prend un peu d'altitude. 

Avant tout, petite définition d'un mot qui n'est entré dans le dictionnaire Oxford English Dictionary qu'en 2015, et, à priori, né en après 1998 suite à l'invention du terme cissexuel par le sexologue allemand Volkmar Sigusch. Il s'est diffusé après 2006. La cisidentité désigne "la situation d'une personne dont l'identité de genre correspond au genre qui lui a été assigné à sa naissance". Le terme transgenre: "personne dont l'identité de genre ne coïncide pas avec le sexe assigné à la naissance" étant plus courant depuis les années 1990.


L'infiltré - Océan - Photo: Pauline Legoff


Cet aspect un peu didactique passé, revenons-en à notre Océan, qui sur scène devient le professeur Michel, Océan Michel, qui, bien qu'il annonce un "spectacle assumé comme pédagogique" s'engouffre dans une conférence à cent à l'heure et sans pupitre - ponctué d'exercices physiques pour faire baisser son taux de testostérone sur les conseils de son surveillant médical IA, Cette intelligence artificielle qui accélère aussi les différents chapitres de sa "conférence" qui est à la fois variée, plaisante et intelligemment illustrée par les dessins d'Anaïs Caura. Balayant l'histoire du "transgenre" autant historiquement que géographiquement, nous y découvrons des femmes ayant vécu en secret sous des apparences d'homme, ainsi que des cultures ayant par exemple totalement accepté la féminité ouvertement assumée de certains hommes que ce soit en Amérique du Sud, en Inde ou l'exemple du Chevalier d'Eon, en France sous Louis XV.  

Océan fait le parallèle entre sa propre manie de classer et ranger ses Tupperware et cette propension à mettre des cases à remplir (comme sur les formulaires et les cartes d'identité "Monsieur ou Madame", sans autre choix), des règles de classification - qui sont forcément mouvantes - selon les périodes ou les pays. Cette injonction à rentrer dans les cases justifiée par des règles variable, Océan s'en moque gaiement, démontrant l'absurdité et l'instabilité de ces critères par des exemples croustillants - par exemple très explicites - ou curieux - dans le monde animal. Pointant aussi la misogynie qui frappe les scientifiques femmes qui osent découvrir des exemples flagrants qui cassent les règles du "mâle dominant". Ou encore dans le domaine du sport féminin où dès qu'une femme dépasse les capacités que l'on daigne accepter de athletes femmes, elles son exclues de la compétition. 

Sur quoi vient se greffer un racisme certain, la plupart n'étant pas "blanches". ces enchainements permettant de dévoiler autant les préjugés liés au statut de la femme que de la race. Tout cela orchestré par les "Mâles blancs dominants" qui légifèrent, dénigrent et discréditent, agressent violentent et tuent par préjugé, idée préconçue. Ainsi aussi ces "protecteurs" qui sous prétexte de protéger et de défendre, s'adonnent (en secret et souvent en toute impunité) à toutes sortes de violences. Les exemples que nous offre Océan vont de son expérience personnelle de jeune fille abusée ou de la prise de conscience du rôle assignée à la police dans le maintien de cet "ordre da la société dominante, et même dans la lecture lucide des "meurtres des Zoulous" dont on laisse sous silence la nécessité de se défendre contre les actes racistes. 


L'infiltré - Océan - Photo: Pauline Legoff

Passant ainsi d'une présentation presque scientifique mais à la fois ludique et instructive de cette réalité fluctuante vis-à-vis du corps et de ses multiples variantes dans sa réalité et ses sensations, vers une lecture plus sensible et aussi plus politisée, Océan plonge dans une introspection dans la mouvance des sentiments, entre violence et amour dans cette identité changeante. L'obligeant, lui mais aussi nombre de ces personnes à la recherche de leur vrai "soi" à s'interroger sur les relations d'amour et de violence envers l'autre. Allant jusqu'à en référer à Abraham (qui lui aussi est "transformé" en gagnant un "h", tout comme sa femme Saraï en Sarah) dont le bélier apporte la puissance alors qu'Océan s'interroge sur son statut d'agneau déguisé en louveteau. Mais il conclut sur une note en équilibre, mettant en balance sa "paternité" et la fragilité de quelques une de ces "adoptés".  

L'aventure continue, passionnante, et Océan continue son voyage au long cours après nous avoir embarqué dans la découvertes des iels.


La Fleur du Dimanche


L'infiltré


Au TNS à Strasbourg, du 23 mrs au 1er avril 2026

[Conception et écriture] Océan
[Mise en scène] Océan et Flore Vialet
[Lumière] Léa Maris
[Son] Elisa Monteil 
[Vidéo] Jean Doroszczuk
[Dessin] Anaïs Caura
[Chorégraphie] Marlène Rostaing
[Dramaturgie] Leïla Adham
[Régie générale] Marie-Lou Poulain
[Composition] Thibault Frisoni
[Scénographie] Marco Ievoli
[Costumes] Colombe Lauriot Prévost
[Direction de production] Olivier Talpaert et Nathalie Untersinger
[Répétition] Debi Debbie
[Avec les étudiant·es] Estelle Akakpo, Coline Forster, Charlie Fouché, Lou-Ann Graindorge, Clarisse Haton, Ameline Jung, Geoffrey Ridet dit Lewyn, Pauline Roche, Noa Schublin, Tiphaine Vauje

Production déléguée En Votre Compagnie
Coproduction MIXT – Terrain d’arts en Loire-Atlantique, les Plateaux Sauvages, Châteauvallon - Liberté, scène nationale , le Théâtre National de Strasbourg, l’Avant-Poste, Bordeaux
Accueil en résidence Chartreuse - CNES - Villeneuve-lez-Avignon
Coréalisation Les Plateaux Sauvages
Avec l’accompagnement du Centre des Récits du Théâtre national de Strasbourg.
Avec le soutien et l’accompagnement technique des Plateaux Sauvages
Avec le soutien de la DRAC Ile-de-France et de la Ville de Paris.
En partenariat à Strasbourg avec le SUAC de l'Université de Strasbourg et son dispositif Carte Culture
Les décors sont réalisés par les ateliers du Théâtre National de Strasbourg.
Spectacle créé le 9 mars 2026 aux Plateaux Sauvages.    

dimanche 9 mai 2021

Où sont les neiges dans (le) temps"

 Il y a une semaine, je faisais un saut temporel et revenais au début du confinement pour vous offrir une aubade sylvestre. Dans les bois, au milieu des oiseaux, un duo de cor des Alpes au coucher de soleil..

Aujourd'hui, nouveau saut dans le temps. On recule d'une semaine à la fin du confinement pour apprécier cette ambiance hivernale (il ne faisait que 6 degrés à la campagne, quand au détour d'un chemin comme par magie, la neige se met à tomber. je vous mets la vidéo juste après la photo de la "maison" de La Fleur du Dimanche.

 

Ne trouvez-vous pas qu'elle est très contemporaine et qu'elle résout le problème de plein de lotissement qui poussent à la campagne, non ?


La maison de la Fleur du Dimanche - Photo: lfdd


Voici donc la "neige":




 

Le reste suivra à l'avenant - a venir...


Bon Dimanche


La Fleur du Dimanche

 

 

 

mardi 12 novembre 2019

Hiroaki Umeda à Pôle Sud: Vertige du chaos dansé

Hiroaki Umeda n'est pas qu'un danseur, d'ailleurs il ne l'était pas au départ. Son premier intérêt était la photographie. C'est Absolute Zero de Saburo Teshigawara, presque trois heures de danse entre passé et futur, entre immobilité et frénésie qui le poussent vers cette forme de danse mixant la gestuelle du hip-hop, l'environnement vidéo, la lumière, le son et le mouvement. Et qui vont le faire connaître sur les grandes scènes du monde entier (Paris, Londres, New-York, Berlin, Sydney, Vienne, Bruxelles, Berlin,...).

A Pôle SudHiroaki Umeda va présenter deux  courtes pièces, la première Accumulated Layout de 2007 et la deuxième, de 2018, Median qui vont nous prouver qu'il est autant bon danseur que magicien de l'image.


Hiroaki Umeda - Accumulated Layout - Photo: Dominique Laulanné

Avec Accumulated Layout, il s'agit presque de la fabrication d'un mille-feuille sonore en totale synchronisation avec la lumière et le mouvement. A partir d'un rythme sourd qui vas sous-tendre la pièce, des couches sonores discrètes, très discrètes quelquefois - par exemple dans les aigus à la limite de l'ultra-son- ou des frottements ou petits craquements comme des décharges électriques également des nappes continues ou des grondements ou des percussions vont s'enchaîner, et faire varier l'atmosphère, l'écoute.
La lumière là-dessus, variant en intensité, modulée mais aussi brusquement changeante, d'abord en douche puis rasante et pour finir, éblouissante dans un éclat stroboscopique qui fait disparaître le danseur.   
Celui-ci arrive très discrètement, positionné de biais, ne bougeant que délicatement une main puis, de face les deux, le mouvement se répand dans les bras, corps rivé au sol jusqu'à ce que, après que le torse a pris toute son ampleur, tout le reste suit, d'abord en pliures, articulations et désarticulations puis en ondulations en suivant une séquence sonore aquatique. Les mouvements, très souvent en totale synchro son, s'électrisent, au risque d'électrocution visuelle et sonore pour arriver au court-circuit final. La performance nous permet de constater la totale maîtrise corporelle d'Hiroaki Umeda et son écoute, autant de son corps que de la musique.



Hiroaki Umeda - Median - Photo: lfdd

Median est une autre expérience. C'est presqu'une installation d'art vidéo. Immersive et engloutissante, au point que l'on oublie le danseur - mais non, il est juste sorti de scène quelques instants. Le dispositif utilise le même procédé que la pièce précédente pour la partie danse et musique. Mais cette fois-ci, à part sur la fin, la lumière est très sophistiquée et traître. Ce sont de magnifiques animation projetées sur toute la largeur du fond de scène mais aussi sur le sol, et qui l'air de ne pas y toucher, démarrent par de courtes barres blanches qui prennent vie et se multiplient, mais très vite, remplissent l'écran d'un quadrillage impeccable de petits carreaux.
C'est là que tout se corse, les carreaux mutent, se déforment vrillent et vivent leur vie, se multiplient, se rapprochent et s'éloignent, bougent et envahissent tout. L'effet est hallucinant, presque hallucinogène, les perceptions sont déformées, les repères distordus, l'instabilité se répand et déborde de la scène. Les cellules, telles des fractales ou des bulles de savon ont leur vie propre, quitte à engloutir le danseur - et le public. Heureusement que le danseur de son coté à sa vie propre d'organisme vivant et bougeant, ayant son impulsion par la musique et une vie superficielle grâce à d'autres animations qui sculptent son corps et ses mouvements.
Nous aurons eu le plaisir d'explorer deux facettes, très riches et engageantes d'une expression totalement de notre temps qui conjugue habilement le corps en mouvement, la musique, la lumière et un univers virtuel. Du grand spectacle.

Pour vous en donner un apperçu - mais il vaux mieux en vvre l'expérience immersive - en voici un extrait:





La Fleur du Dimanche
       

samedi 22 septembre 2018

Musica au Point d'Eau: Counter Phrase, au confluent entre les cultures, musique et danse

Thierry de Mey et Anne Teresa de Keersmaeker sont complices depuis de nombreuses années.
Le compositeur et réalisateur de films a le sens du rythme et de la musique et son travail Counter Phase, une collaboration avec la chorégraphe, a été en 2003 une approche nouvelle et inventive dans le domaine de la danse - et de la Vidéo-Danse.
On connait le rapport des chorégraphes à la musique, que ce soit un travail à partir de celle-ci ou totalement indépendant pour jouer sur la rupture entre ce que le spectateur voit et ce qu'il entend.

Pour cette création, le challenge a été de proposer à dix compositeurs, dix films d'environ cinq, six minutes et qui tous étaient "terminés" c'est-à-dire filmés et montés à partir d'une chorégraphie écrite par Anne Teresa de Kersmaeker et interprétée par ses danseurs et danseuses. Et cela filmé non sur scène, mais dans des décors naturels de jardins, en extérieur.

Musica 2018 - Counter Phrase - Thierry de Mey - Anne Teresa de Keermaeker - TM+ - Ballaké Sissoko- Photo: lfdd

Le résultat est un triptyque sur trois écrans où la danse prend son élan d'un écran à l'autre et où les danseurs, quelquefois envahissent l'espace. Les magnifiques costumes de Dries Van Noten, en totale symbiose avec les jardins et les fleurs sont une joie pour l'oeil. Il est vrai que la palette des jardins, entre le jardin à la française, à l'italienne, les allées aux haies géantes, le jardins de rhododendrons, les étangs aux réminiscences de Monnet, les jardins-forêts construites ou sauvages ou même un jardin sur terrasse totalement minéral sont des décors que le réalisateur découpe de diverses manière et que les danseurs habitent seuls, à deux ou plus nombreux selon la chorégraphie. 
Le premier film par exemple "Orphic Descent" est une vertigineuse - et cascadeuse - descente d'escalier entre un homme et une femme qui dialoguent ainsi sur des marches infinies (pire que Potemkine) dans un parc de château. Tout cela est filmé mieux qu'à la télévision, car dans les champs-contrechamps, les caméras ne sont pas visibles. Parce que tout simplement Thierry de Mey filme cela comme un film de cinéma - même si quelquefois il balaie et élargit l'espace avec trois caméras ou le réduit en compression. Et sa magie du montage transcende le mouvement et l'élan des interprètes. Le résultat est bluffant dans la conservation du mouvement. La chorégraphie et l'énergie de la danse sont sublimées. La scène de travelling champ-contrechamp avec les danseurs en mouvement est à cet égard un petit bijou de finition.

Mais la musique dans tout cela, allez-vous me dire.
Eh bien, la musique a été écrite par une dizaine de compositeurs contemporains en 2001: Robin de Raaff - Orphic Descent / Jonathan Harvey - Moving Trees / Luca Francesconi - Controcanto Thierry De Mey - Water / Floral Fairy - Heysel /  Steve Reich - Dance Patterns / Fausto Romitelli - Green, Yellow and Blue / et d'autres... Et un film passera dans le silence, avec uniquement la respiration et le bruit des danseurs et du vent dans les feuilles des arbres. Ces différentes création musicales amènent pour chaque film une touche et une lecture différente.

Le challenge de cette nouvelle représentation au Point d'Eau à Ostwald dans le cadre du festival Musica, est la création sur quatre de ces films d'une musique de Ballaké Sissokodo. Elle est interprétée en direct par Ballaké Sissoko à la kora et de ses deux musiciens (guitare et balafon) et apporte une lecture originale et sensible, entre musique traditionnelle et invitations à la danse intérieure dans une enveloppante intimité.
Le résultat est surprenant mais convaincant. C'est intéressant de revoir deux fois la même chorégraphie - c'est le cas pour Contracanto et Dance Pattern - avec les deux "regards" sonores, au point que le spectateur ne remarque pas tout de suite que ce sont les mêmes danseurs et la même danse. Il est vrai qu'au niveau rythmique, de la mélodie et de la ponctuation les deux versions des films diffèrent dans leur lecture.




Sur scène, sous les magnifiques images de danse, outre Ballaké Sissoko, Fassery Diabaté et Oumar Niang pour la partie "création", ce sont quinze musiciens de l'Orchestre Philharmonique de Mulhouse et six musiciens de l'ensemble TM+ et sous la direction de Laurent Cugnot qui interprètent avec toute l'énergie et le doigté nécessaire les six pièces contemporaines. La lumière est sur les danseurs, mais les musiciens posent le tapis sonore nécessaire pour la bonne énergie de la danse. Et cette énergie passe très bien, qu'elle soit écrite et traduite par l'ensemble des musiciens classiques et électriques,e ou joué par le trio des musiciens acoustiques.
La bonne énergie passe de l'écran et des deux côtés de la scène vers le public et cela fait du bien.

La Fleur du Dimanche

Le Point d'Eau accueille également deux autres spectacles du Festival Musica 2018:

Mercredi 26 septembre: Cosmos 1969 de Thierry Balasse, dont nous avons pu apprécier dans le passé le travail qu'il a fait avec et en hommage à Pierre Henry et la re-création du disque The Dark Side of the Moon de Pink Floyd.

Samedi 6 ocobre: The Bootleg Beatles, un hommage aux Beatles et leur double album "The Beatles" connu comme "The White Album" - l'Album Blanc -  un spectacle co-réalisé avec le Festival Musica.


Counter Phrases (2003 / 2016)
TM+
Orchestre symphonique de Mulhouse
Ballaké Sissoko et ses musiciens
Direction musicale, Laurent Cuniot
Films, Thierry De Mey
Chorégraphies, Anne Teresa De Keersmaeker
Musiques, Robin de Raaff, Jonathan Harvey, Luca Francesconi,
Thierry De Mey, Steve Reich, Fausto Romitelli, Ballaké Sissoko

Musiciens TM+
Violon, Dorothée Nodé-Langlois
Violoncelle, Florian Lauridon
Piano, Mara Dobresco, Julien Le Pape
Harpe, Anne Ricquebourg
Percussions, Florent Jodelet,
Gianny Pizzolato
Guitare électrique, acoustique, basse
électrique, Kobe Van Cauwenberghe

Musiciens Orchestre symphonique de Mulhouse
Contrebasse, Pénélope Poincheval
Flûte, Lucile Salzmann-Broggia
Hautbois, François Fouquet
Clarinettes, Manuel Poultier,
Maxime Penard
Basson, Mehdi El Hammami
Cor, Pierre Ritzenthaler
Trompette, Xavier Ménard
Trombone, Guillaume Millière
Percussions, André Adjiba,
Nahom Kuya
Violon, Michel Demagny
Alto, Pascal Bride

Ballaké Sissoko et ses musiciens
Kora, Ballaké Sissoko
Balafon, Fassery Diabaté
Guitare n’goni, Oumar Niang

Danseurs des films: Beniamin Boar, Marta Coronado, Alix Eynaudi, Jordi Galí, Fumiyo Ikeda, Cynthia Loemij, Ursula Robb, Taka Shamoto, Igor Shyshko, Clinton Stringer, Julia Sugranyes, Rosalba Torres Guerrero, Jakub Truszkowski.

samedi 8 avril 2017

Le Mouvement de l'Air - Adrien M et Claire B: Quand le corps apprivoise le décor

Quand un informaticien Adrien Mondot, se frotte au jonglage, cela donne Convergence 1.0, un spectacle qui mêle informatique et jonglage et qui révèle un "Jeune Talent du Cirque" en 2014. Ce jeune, plein de talent aime aussi l'émotion, et développe un logiciel eMotion qui va jouer sur la sensibilité du mouvement. En 2011, il rencontre Claire Bardainne, qui est à la fois plasticienne, designer graphique et scénographe et c'est le début de la compagnie Adrien M et Claire B, qui crée spectacles et installations au croisement des arts numériques et du spectacle vivant.  
Depuis, des créations, installations, spectacles et collaborations avec d'autres artistes, en particulier le spectacle Pixel avec Mourad Merzouki qui en en à presque 200 représentations - la pièce est passée à La Filature fin 2015 - jalonnent leur parcours.
Le Mouvement de l'Air, crée en 2105 creuse le rapport de la danse, du mouvement et de l'environnement en images de synthèse.

Le TJP, les Migrateurs et le Maillon accueillent la pièce pour huit représentations pour la plus grand plaisir des spectateurs, grand et petits - il y a aussi des séances scolaires.
Parce qu'effectivement, il y a de la magie et de la surprise sur la scène.


Le mouvement de l'air - Adrien M & Claire B

Le dispositif est on ne peut plus simple: un espace ouvert vers le public délimité par deux écrans et dont le troisième, le sol est également inclus dans la projection d'un univers en 3D graphique.
Cet univers est interactif avec le mouvement des trois danseurs - Rémy Boissy, Farid Ayelem Rahmouni et Maëlle Reymond -
ainsi qu'avec la musique jouée en direct par Jérémy Chartier. Mais il ne fait pas se fier à ce simple dispositif dont la dizaine de variations qui vont être explorées n'en font ni le tour, ni ne nous lassent et surtout n'arrêtent pas de nous déstabiliser dnas nos perceptions et nos repères.


Le mouvement de l'air - Adrien M & Claire B

Chaque tableau amène ses surprises, du premier avec des filaments qui suivent les danseurs au gré de leurs mouvement et au rythme de la musique, au deuxième, où la neige (électronique) s'envole et rebondit en empathie avec le interprètes. Ou encore quand une fumée sortant d'une cheminée imaginaire se plie aux courants d'air des déplacements des trois protagonistes ou quand une flaque de lumière dans laquelle se baigne la danseuse la suit, se déplace et grandit selon ses gestes et s'envole comme un voile par la magie d'un geste aérien. Ou encore pour ce combat entre l'homme attaché et son double graphique, dragon de fils tordus et triturés qui se rétractent pour mieux rebondir.


Le mouvement de l'air - Adrien M & Claire B

Il faut quelquefois avoir le coeur bien accroché pour ne pas être pris de vertiges dans cet univers mouvant, instable constamment en transformation, et l'on se rend compte de toute la maitrise à la fois des interprètes, mais également des concepteurs de ces univers pour nous tromper à ce point, mais nous sommes consentants, en nous faisant croire qu'un grille est un vrai espace - à la limite du maléfique parce qu'il peut nous renverser, mais que les danseurs maîtrisent complètement et arrivent même à les faire basculer. 
ET nous aussi nous basculons dans cet univers hypnotique et nous rentrons dans l'image que les protagonistes apprivoisent pour nous.
La compagnie nous emmène donc pendant un bonne heure dans des contrées oniriques pour notre bonheur, nous secouant aussi de temps en temps, et en nous ramenant à bon port.

En voici quelques images:

 
Le mouvement de l'air / The movement of airAdrien M & Claire B


Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche

jeudi 6 avril 2017

Celles qui me traversent d'Anne Théron à Pôle Sud: La mer nourricière

Un rideau géant fait de cheveux ou qui y ressemble s'éclaire et appelle les rêves d'enfant. Des visions fugaces s'en échappent, des bras, deux bras, des fentes, des bouts de corps que l'on attribue à des femmes, apparaissent, disparaissent. 


Celles qui me traversent - Anne Théron - Pôle Sud


La musique, violon, rythme, et des voix chuchotées, intériorisées nous emmènent en nous-même, dans un cocon tendre. Deux jambes, comme l'origine amorcée du monde surgissent. Un morcellement du corps féminin en train de se construire, de se recontruire, par le geste, par la parole, sur l'écran, derrière, se dévoile, émerge et se compose sous nos yeux. 


Celles qui me traversent - Anne Théron - Pôle Sud


Des voix, qui font partie de ces corps projetés en gros plan, bouts rapprochée, très près, dont on essaie de deviner quelle forme, de quelle part sont constituant, nous égrènent des souvenirs, nous parlent de l'intime, citent des consoeurs, tracent une géographie de femmes, nourrissent notre imaginaire d'impressions de féminité.
La musique, le violon, toujours, la contrebasse plus grave, nous porte vers une rêverie qui nous berce, tandis que les corps de deux danseuses se révèlent, devant l'écran et repartent, reviennent, dialoguent entre elles, sont solidaires et indépendantes, se répondent ou s'ignorent. 


Celles qui me traversent - Anne Théron - Pôle Sud

Les deux danseuses, Julie Coutant et Akiko Hasegawe, jouent avec l'écran de cheveux, le font onduler, s'en servent de cachette, se cherchent et se trouvent pour finalement dialoguer dans une complicité complémentaire qu'elles tricotent tandis que les quatre femmes filmées par Anne Théron et dont les mots, les bouts de phrase nous sont distillées dans un flux rythmé et hypnotique nous immergent dans cet univers marin et enveloppant.  


Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche


Pôle Sud - du 4 au 5 avril 2017

A Mulhouse à la Filature du 4 au octobre 2017 

Les "paroles filmées" sont dites par Florence Baschet (compositrice), Aurélia Georges (cinéaste), Elizabeth Prouvost (photographe) et Lydie Salvayre (auteure).

Celles qui me traversent 
CONCEPTION ET MISE EN SCENE : ANNE THÉRON
CHOREGRAPHIE : JULIE COUTANT, AKIKO HASEGAWA, AVEC ANNE THÉRON
COLLABORATION ARTISTIQUE : DAISY BODY
DANSEUSES : JULIE COUTANT - AKIKO HASEGAWA
SCENOGRAPHIEE ET COSTUMES : BARBARA KRAFT
CREATIOON VIDEO : NICOLAS COMTE
CREATION SON : SOPHIE BERGER
CREATION LUMIERE : BENOIT THERON
REGIE GENERALE : MAICKAEL VARANIAC-QUARD
ADMINISTRATRICE : SYLVIE ALQUIER / GINGKO BILOBA

mercredi 25 janvier 2017

La Danse des Ombres à Pôle Sud: un trio "relevé"

Vous allez sûrement partager cette affirmation que semble vouloir nous dire le trio de danseurs de Naïf Production dans le spectacle de danse "La Mécanique des ombres" donné à Pôle Sud : "C'est dur de se lever".

Effectivement ce trio arrive à se lever.... Et à danser !
Mais quel trajet, quel parcours, quelles difficultés faut-il surmonter pour arriver à se retrouver à trois, à l'unisson et plein d'entrain sur une folle farandole qui monte au ciel, juste après un air folklorique traditionnel qui les aide à se retrouver, ensemble, unis, à communier dans une danse sociale et collective, dans un rythme qui les unit sur scène et les lie aux spectateur empathiques.




C'est une aventure collective, d'apprentissage du corps, des membres, du mouvement, de la position debout à la chute et au "se relever" après la chute, ainsi que de se juger, se jauger, se coordonner, s'apprivoiser et dialoguer sans se démarquer, mais avec l'écoute et l'écho qui convient, qu'ils nous montrent.
Et ce qu'ils nous apprennent, c'est que cet apprentissage se fait dans l'écoute de l'autre, collective, dans l'aller-retour et l'entraide.
Et cela après s'être découvert soi-même, d'avoir découvert ses membres, leur articulation, leurs positions, leurs interactions, leurs possibilités et leur indépendance. Mais également qu'en s'en servant intelligemment, on arrive à des bien belles choses.
Et ces choses magnifiques, entre le hip-hop, le cirque, le cinéma, le mime, la danse, le trio composé de Mathieu Desseigne, Lucien Reynès et Mathieu Gary (en alternance avec Sylvain Bouillet), nous les offre tout simplement, mais en toute beauté, dans une dramaturgie sans faille. 




D'un début avec des corps allongés et désarticulés dont les membres autonomes essaient de trouver leur personnalité et d'être moteurs d'élévation, en passant par l'étape assise où le corps de l'autre - des autres va être référent, miroir ou moteur et où nous allons assister à d'intéressants duos changeants ou trios naissants, les danseurs arrivent à une position verticale.




Mais cet état n'est pas gagné, stable, acquis. Son statut de passage va nous donnner de magnifiques "tableaux de chasse" de chutes immobiles, comme des instantannés de Muybridge, des vignettes de bandes dessinées ou des statues iconoclaste parce que représentant des hommes à terre et non "en majesté".
Et tout s'eccélère jusqu'au mouvement final où sous une lumière chaude come un soleil, à l'unisson, il sont debout, ensemble et se perdent dans une ronde endiablée. 
Pour notre plaisir.  


Sylvain Bouillet, Mathieu Desseigne, Lucien Reynès / Naïf Production - La Mécanique des Ombres


La Fleur du Dimanche


Naïf Production
Sylvain Bouillet, Mathieu Desseigne, Lucien Reynès
La Mécanique des ombres
Chorégraphie & mise en scène : Sylvain Bouillet, Mathieu Desseigne & Lucien Reynès
Interprétation : Mathieu Desseigne, Lucien Reynès et Matthieu Gary
Conseil artistique : Sara Vanderieck
Création sonore : Thomas Barlatier
Création lumière : Pauline Guyonnet
Costumes : Natacha Costechareire

Coproduction : Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, MC93 de Bobigny, Espace Périphérique, mairie de Paris – Parc de la Villette
Avec le soutien de l’Agora, cité internationale de la danse de Montpellier et du Centre de développement chorégraphique les Hivernales à Avignon
La création bénéficie du soutien de la DRAC PACA et du Conseil départemental du Val de Marne.
Présentation
Biographies
Distribution
Dates & Heures



dimanche 18 septembre 2016

Le 17ème Biennale de la Danse de Lyon – mixage et mixité

La longue relation entre Lyon et la Danse se continue cette année avec une manifestation que Dominique Hervieu, Directrice de la Maison de la Danse et en charge pour la deuxième fois de la Biennale a voulu vivante et ouverte.
Elle a choisi de soutenir très fortement la création (23 créations internationales), montrer la diversité de cet art et relier l’expression populaire et l’expérimentation.





L'exposition Corps Rebelles 


Une exposition "Corps Rebelles" au Musées des Confluences permettra de voir et /ou revoir les œuvres emblématiques de l’histoire de la Danse (entre autres les huit versions marquantes des grands chorégraphes qui ont créé ou revisité le "Sacre du Printemps",  pièce révolutionnaire s’il en est).  Six thèmes sont creusés, commentés par des chorégraphes qui s’y sont confrontés: Cecilia Bengeola et François Chaignaud pour "la danse savante et populaire",  Raphaelle Delaunay pour "la danse exotique et coloniale", Raimung Hoghe pour "la danse organique", Daniel Léveillé pour la "Danse politique", Louise Lecavalier pour « La danse virtuose » et Mourad Merzouki pour "Lyon, terre de Danse"
Des ateliers, rencontres et résidence permettront d’approfondir ces échanges.




Conçue au départ par le Musée des Civilisations du Québec, elle a été complétée sous le commissariat d'Agnès Izrine pour parler plus en détail des courants de la danse en France et en Europe, et bien sur l'ancrage lyonnais a une place importante.
L'espace immersif - des vidéos sur trois écrans entourant le spectateur doté de casques interactifs) vont nous plonger dans la paroles de chorégraphes et sur les murs, des images retraçant avec des extraits de spectacles les thèmes traités complètent les 6 thématiques.
Parmi ces paroles de danseurs-chorégraphes, notons spécialement celle de Louise Lecavalier, danseuse virtuose de l'époque de LalaLa Human Steps d'Edouard Lock qui parle de sa position aujourd'hui, "à côté" de la danse et de la chorégraphie.
Raimund Hoghe, lui, inscrit son travail hors scène et interroge le contexte politique en Allemagne et sa résonance ailleurs, tandis que Raphaëlle Delaunay, parle de la "double mise à distance" du regard occidental sur le corps noir ou métis. 

Exposition Corps Rebelles - Musée des Confluences - 17ème Biennale de Danse de Lyon  


Le traditionnel défilé, le 18 septembre continuera, comme chaque année à rendre cette manifestation des plus populaires et une journée de réflexion le 19 avec l’intitulé "Ensemble!" sera l’occasion de mieux comprendre les liens à tisser et à inventer pour faire se croiser et se rencontrer les artistes et les publics.

Ces rencontres pourront en tout cas se faire à de nombreuses occasion pendant les plus de deux semaines que dure le festival, dans toute l’agglomération lyonnaise, avec las multiples partenaires et relais, à l’occasion de spectacles avec des chorégraphes comme Akkram Kahn, Alain Platel, Bouchra Ouizguen (avec Corbeaux), Christian Rizzo, Hervé Robbe, Jean-Claude Gallotta (& Olivia Ruiz), Josette Baïz, Kaori Ito, Rachid Ouramdame, Roy Assaf, Yuval Pick, Jonah Bokaer (avec Pharell Williams), Olivier Dubois et Olivia Grandville et bien d’autres…  de quoi découvrir plein de danses..