vendredi 1 août 2025

Midnight Souls à Avignon - L'Art d'Othoniel s'installe dans la ville et Carlson met l'Amour en mouvement au Palais des Papes

 Avignon est connue comme ville du Théâtre et comme Cité des Papes. Mais elle n'est pas que cela, elle est aussi une ville de culture. Inscrite depuis 30 ans au Patrimoine Mondial de l'Unesco et Capitale de la Culture il y a 25 ans, elle possède de nombreux lieux de patrimoine ou d'exposition dont le Palais des Papes ou le Petit Palais - devenu Musée du Petit Palais-Louvre en Avignon et pour les aspects contemporains la Fondation Lambert en Avignon entre autres. Et, du temps où la ville hébergeait la papauté au XIVème siècle, elle accueillait aussi le poète Pétrarque, fondateur de la Renaissance et dont l'amour pour Laure a été à l'origine du Canzoniere, son chef-d'oeuvre de la littérature lyrique amoureuse en Europe. 


Carolyn Carlson - Photo: Laurent Paillier

Ce sont ces deux axes, la célébration de la culture et celle de l'amour qui ont été l'occasion de donner une carte blanche à l'artiste Jean-Michel Othoniel. Ainsi, il sème plus de 130 oeuvres dans plus de dix lieux, des plus discrets aux plus connus. Ces oeuvres non seulement réenchantent les lieux, les bâtiments et les architectures, mais, avec l'installation qu'il a réalisée dans la cour du Palais des Papes, il va même plus loin en amenant le mouvement, la danse, la musique, la vie et les sentiments dans une installation monumentale - qui n'est bien sûr pas la seule. Et cette confrontation avec le temps, la musique, la lumière et le mouvement est une expérience totale. La danse n'est pas une idée neuve pour Jean-Michel Othoniel qui a déjà, en 2014, réalisé avec le paysagiste Louis Benech, une fontaine pour faire revivre à sa manière le Bosquet du Théâtre d'Eau de Versailles en transformant les écritures chorégraphiques de Louis XIV en sculpture d'eau vivante. 


Hugo Marchand - Photo: Joël Saget

Pour cette installation dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes, il a collaboré avec Carolyn Carlson et, ensemble, ils ont créé la pièce-performance Midnight Souls. Le style de la danse et l'expression chorégraphique de Carolyn Carlson est très graphique et inspiré de l'univers plastique de Mark Rothko et convient parfaitement à ce dialogue avec l'oeuvre de Jean-Michel Othoniel. 


Caroline-Osmont - Jean-Michel Othoniel - Hugo Marchand - Photo: Othoniel Studio

Dans cette collaboration, ils conjuguent leurs styles et leur art pour offrir une expérience unique, faisant ressurgir dans la Cour d'Honneur les fantômes de Pétrarque et de Laure, ces êtres que l'Amour relie de manière symbolique mais également totalement intériorisée. Cette intériorité, source de concentration et d'émotion est favorisée par des éclairages très focalisé, magnifiant les installations de sculptures (totems ou arbres de vie) et les passages, ponts et tunnels créés dans la cour. 


Midnight Souls - Jean-Michel Othoniel - Carolyn Carlson - Photo: Robert Becker


Ainsi, dès le début, avec le danseur étoile Hugo Marchand* qui arrive d'un pas d'abord hésitant puis variable sur la traversée en fond de scène, une inquiétude et une étrangeté s'installe, soulignée par la musique de René Aubry qui virevolte et nous emporte dans  ses tourbillons. Tourbillons que la danseur agile reprend de ses longs pieds agiles avant de repartir dans des mouvements plus calmes, plus mystérieux. Il n'est pas seul, une ombre en noir fait le même chemin que lui, traversant la scène comme un fantôme en l'ignorant, puis le pendant blanc et lumineux, qu'on imagine incarner toute la vitalité et la jeunesse de Laure. C'est Caroline Osmont, danseuse à l'Opéra de Paris qui l'incarne dans une merveilleuse agilité et une très belle expressivité. Elle illumine le plateau et nous éblouit par sa grâce. 


Midnight Souls - Jean-Michel Othoniel - Carolyn Carlson - Photo: Robert Becker


Et l'on imagine bien que son partenaire n'est pas insensible à cette éclat de beauté et de prestance. Fidèle à l'histoire vécue par Pétrarque et Laure, les rencontres se font fugitives, presqu'à distance, mais nous en sentons la tension, les éclats qui jaillissent. Souvent elles aboutissent à des détournements, des redites ou des superpositions de temporalités, tout comme la musique, qui semble se répéter, explorer de nouvelles pistes, quelquefois s'envoler de manière allègre et sautillante, ou hispanisante, quelques réminiscences de passages d'airs de Philip Glass ouvrent des pistes, un autre personnage, plus ou moins démiurge - le danseur Juha Marsalo de la compagnie de Carolyn Carlson semble vouloir favoriser la rencontre.


Midnight Souls - Jean-Michel Othoniel - Carolyn Carlson - Photo: Robert Becker


Une gestuelle précise et délicate des danseurs masculins tirant vers le pantomime tend à orienter le destin de l'histoire tandis que la femme éclabousse en virtuosité et liberté dans des gestuelles expansives et éblouissantes, ne se laissant pas encadrer, occupant l'entièreté de l'espace de cet immense plateau. 


Midnight Souls - Jean-Michel Othoniel - Carolyn Carlson - Photo: Robert Becker


Et, quelquefois, comme dans un univers parallèle, la dame en noir traverse cet espace temps en couches multiples, comme dans un espace temps parallèle. Ces couches temporelles faits de superpositions et de répétitions, soutenues par les variations et les boucles musicales presqu'hypnotiques nous font voyager dans un univers presque féérique et imaginaire, nous emportant dans un rêve éveillé dans la nuit étoilée qui nous enveloppe. Nous voyageons autant dans le sentiment que la perte, dans le charme et la sublimation, la sidération et la subjugation. Comme un rêve éveillé qui nous fait traverser les strates du temps et des sentiments, atteignant la plénitude et la sérénité, mais laissant en nous aussi la trace d'un manque et du sentiment d'une impossible union.  


Midnight Souls - Jean-Michel Othoniel - Carolyn Carlson - Hugo Marchand - Caroline Osmont - Juha Marsalo - Photo: R. Becker


La beauté fulgurante de la danse et de la magnifique installation des milliers de briques scintillante et presque vivantes nous éblouissant comme un miroir aux alouettes, nous prenant au piège de son illusion. Et nous nous retrouvons sur le pavé de la ville, regrettant d'être sorti de ce conte de fée et nous demandant comment nous en sortir dans la ville et la vie présente. Juste et salutaire question.


La Fleur du Dimanche


* Saluons cette initiative à la fois municipale et sa concrétisation par Jean-Michel Othoniel et Carolyn Carlson et ses interprètes et toutes les équipes et les soutiens qui ont permis cette réalisation et notons aussi que Hugo Marchand a fondé en 2022 l'association à but non lucratif Hugo Marchand pour la danse, dans le but de promouvoir la danse classique dans des lieux du patrimoine français auprès d'un large public : "j’ai à cœur de contribuer à la diversité de la vie culturelle locale, partout sur le territoire et de mettre en lumière les monuments historiques de nos régions en les associant à des danseurs et musiciens reconnus"

dimanche 20 juillet 2025

Hayet Ayad aux Sacrés Vendredis de la Klose: La Voix et la musique dans le berceau de l'âme

 Le festival Summerlied qui avait lieu dans la forêt à Ohlungen et qui reste dans la mémoire de nombreux Alsaciens a vécu. La manifestation, créée en 1997 par Jacques Schleef avec des centaines de bénévoles pour célébrer en été la culture et la chanson en Alsace mais aussi en proposant un programmation internationale, s'est terminé en beauté en 2018 avec, entre autres Grupo Compay Segundo et Thomas Dutronc en guest stars et une très belle programmation (voir mon billet Summerlied, la forêt alsacienne chante, danse et devient rock Gispy). 


Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker


Ne pouvant rester inactif, le créateur du festival, avec Les amis du festival Summerlied a relancé une animation en 2024: les Sacrés Vendredis de la Klose où, au lieu de la scène de 1500 places de la clairière, c'est l'intérieur presqu'intimiste de la chapelle de la Klose, dans les champs à l'entrée du village, avec sa centaine de places, qui accueille des concerts, conférences et visites théâtralisées. Outre des concerts de musique tzigane, klezmer et un savant mélange de musique de cour et de poésie, il y a eu le concert au chandelles de Rodolphe Burger dans la grande nef de la chapelle, concert bien entendu complet avec ses cent dix entrées. Et le concert de Hayet Ayad le dimanche après-midi a eu tout autant de succès. 


Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker


C'est sûr que depuis des années, cette musicienne née à Strasbourg à la voix magique a charmé, étonné et surpris de centaines voire des milliers d'auditeurs avec ses airs arabo-andalous et la musique sacrée qu'elle a découverts dans le Sud de l'Espagne. Le concert qu'elle nous offre ici dans cette chapelle suit une nouvelle direction qu'elle a développée depuis quelques années et qui est centrée sur la musique de l'âme.


Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker


Alors qu'au loin de gros nuages d'orage s'accumulent à l'horizon et que le tonnerre gronde, elle arrive avec une bougie dans le silence qui s'est installé dans la chapelle et nous promet quelques lueurs de douceur. Se servant très peu du seul micro posé dans le choeur, elle fait entendre sa voix prenante en des mélopées tournantes qu'elle accompagne du son d'un kalimba dont elle tire une mélodie légère et reposante. 


Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker


L'envoutement fait son effet et un calme serein s'installe dans la chapelle. La voix semble emplir tout l'espace de la chapelle et les improvisation vocales se suivent tout en harmonie. 


Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker

Quelquefois Hayet Ayad change d'instrument, que ce soit avec une version moderne de l'oud qu'elle joue toujours debout, l'instrument calé devant elle, avec toujours des mélodies calmes et lancinantes, ou encore du goni traditionnel. Les accompagnements sont toujours mesurés, calmes tout comme la voix dans ses multiples variations, graves et reposantes. Sauf à un moment lorsqu'elle émet ces cris de joie en faisant vibrer sa langue pour sortir ces sons de bouche aigus, ces tzaghârîd ou you-yous.


Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker


Elle abandonne aussi un moment sa position dans le choeur pour aller au fond de la chapelle et dialoguer avec les ancêtres et l'orage qui gronde et dont la pluie arrose bien l'extérieur de notre espace bien protégé. Elle nous rappelle le sens mystique et énergétique de ce concert, et le cheminement qui l'a mené jusque là dans sa vie, après un retour aux sources de sa culture kabyle et son travail sur les énergies de chacun.


Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker

Elle nous offre aussi une chanson qui semble être un air plus traditionnel en s'accompagnant d'un bendir dont elle frappe discrètement et le cadre en bois et la peau et continue sur ses mélopés dont on ne se lasse pas, l'acoustique de la chapelle nous mettant au plus proche du son de sa voix.


Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker

Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker


Dans le genre minimaliste, elle nous chante une autre mélodie ne s'accompagnant que d'une main avec un mini-harmonium tenant dans une sorte de valise dont un côté fait soufflet, ce qui lui permet de jouer une base continue comme soutien de ses mélopées. 


Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker

Hayet Ayad - Les Sacrés Vendredis de la Klose - Photo: Robert Becker

Et au bout d'une bonne heure de ce bonheur, alors que nous avons l'impression d'avoir fait un voyage hors du temps, et qu'il semble être temps de nous séparer - ce qui semble difficile pour tout le monde - deux dernières mélodies nous donnent l'énergie de refaire notre route chacun de notre côté, en gardant au fond du coeur un peu de lueur de cette douceur.


La Fleur du Dimanche


Note: Les Sacrés Vendredis de la Klose ne sont pas terminés, il reste le concert de Ispolin Trio le vendredi 25 juillet à 20h30 avec des chants d'inspiration et de tradition bulgares. 

vendredi 11 juillet 2025

Le souffle de l'Ill à Mulhouse: En apnée et en immersion dans un monde féérique

A l'occasion des festivités du 800ème anniversaire de la fondation de Mulhouse (la construction de ses remparts s'est faite à partir de 1224), de nombreuses manifestations animent la ville, en particulier l'été. Une des plus originale, sinon la plus surprenante est le spectacle son et lumière Le souffle de l'Ill dans l'ancienne piscine Pierre et Marie Curie fermée depuis 3 ans et qui va à la fois raviver des souvenirs à celles et ceux qui l'ont fréquentée mais aussi faire découvrir une fantastique architecture du début du XXème siècle et classée monument historique à celles et ceux qui ne l'auraient pas connue. D'ailleurs elle sera totalement transformée, tant le spectacle est total. Celui-ci fait appel à une multitude d'expressions artistiques. 


Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker


Le récit féérique d'un sortilège que subit un meunier et sa fille Wendélina démarre dans un univers projeté sur les murs de fond de scène. Et l'histoire va se continuer sur une surface d'eau sur scène et dans les airs, mais aussi parmi le public. Celui-ci est installé sur des gradin dans le grand bassin de la piscine. La piscine est "habillée" par de magnifiques décors rutilants et changeants qui nous font passer par de nombreux espaces dont le moulin du meunier, le vaisseau du capitaine qui nous mène tout au long de cette histoire et même une machine à remonter le temps. Parce que, festivités obligent, les Mulhousiens célèbres sont également convoqués, entre autres le cinéaste William Wyler, l'artiste Nusch Eluard, muse du poète, l'industriel du textile et développeur du chemin de fer Nicolas Koechlin et même Jean-Henri Lambert, le mathématicien et philosophe qui a démontré l'irrationalité du nombre π mais a aussi inventé la luminance qui a toute sa place ici car tout est lumière, couleurs et brillance. 


Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Hors les magnifiques projections sur les écrans, murs et plafonds qui nous transportent dans des mondes qui n'arrêtent pas de se transformer, nous avons droit à une recréation holographique fugace et vaporeuse de Wendélina dans un nuage de gouttelettes d'eau par la grâce des magiciens de l'eau d'Aquatique Show. L'eau et ses jets qui semblent obéir aux magnifiques mouvements dansés avec grâce par Charlotte Dambach sur le miroir d'eau dès le début du spectacle. Et c'est avec non moins de grâce qu'elle évolue dans l'élément liquide, en fait dans les airs, mais l'illusion est parfaite, grâce à l'assistance de son partenaire manipulateur aérien Thibaut Bastian en coulisse et la scénographie et les lumières de Loïc Marafini grâce à qui toute la piscine se transforme en un monde sous-marin dans lequel les spectateurs sont également immergés, mais sans risque de noyade, le seul risque étant de s'y croire vraiment, mais cela c'est aussi la magie du spectacle. 


Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

La musique participe aussi à cette immersion dans le spectacle, que ce soient les créations originales de Damien Fontaine, les arrangements de morceaux plus ou moins connus par ce dernier et André Adjiba qui passe aussi son énergie sur ses tambours et percussions, ou les ambiances d'Alix Breinl. Le spectacle étant total, il y a bien sûr la magnificence des costumes des personnages qui occupent l'espace, dont le chevalier, le baron, le dragon, la prêtresse,... costumes tous plus beaux les uns que les autres, conçus et réalisés par Marie-Jo Gebel et magnifiquement valorisés sur terre et dans les airs par Serge Hélias et Charlotte Dambach dans une très juste chorégraphie aérienne de Brigitte Morel. 


Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Le souffle de l'Ill - Damien Fontaine - Photo: Robert Becker

Saluons aussi toutes les comédiennes et les comédiens qui se cachent derrière les personnages de cette saga qui jongle avec le temps, par la magie de l'animation. Nous sommes emportés dans l'espace et le temps de cette saga de la cité, ramassée dans l'écrin de ce bassin et de sa voûte. Une parenthèse ludique et magique où le feu et l'eau s'associent pour nous faire rêver comme des enfants, que nous sommes restés dans l'âme. Une belle réussite.


La Fleur du Dimanche




dimanche 6 juillet 2025

La Mouette de Tchekhov au Guensthal: L'envol du théâtre dans un écrin de faveur

 Il existe quelque part tout au Nord de l'Alsace, dans un  contrée que l'on appelle l'Outre-Forêt, dans une vallée entourée de bois et de montagnes qui se nomme Vallée de la Faveur - Guensthal - une ferme où habitent d'irréductibles artistes. C'est, à l'image du village gaulois des temps romains, une enclave climatique et artistique dans laquelle les occupants s'adonnent à l'agriculture, l'élevage et à la culture, les arts, en particulier la peinture, la sculpture et le théâtre. Ce coin de paradis est une endroit préservé (plus tant que cela*) de la civilisation et du réchauffement climatique. Bâti à la force de leurs mains sur des ruines datant de 1897, c'est devenu un lieu ouvert aux autres et à l'art et, après de nombreuses exposition d'art (France et Hugues Siptrott ont et sont exposés dans le monde entier - leurs sculptures sont visibles autant devant le PMC qu'au cimetière militaire de Cronenbourg ou à la station de métro de la Défense à Paris), et ils ont organisé de nombreuses expositions d'artistes invités, tout autour de leur vallée. Depuis 2019, ils accueillent  les création théâtrales (en plein air) de la Compagnie du Matamore que leur fils, Yann Siptrott comédien et chanteur à ses heures (Yann Cailasse), codirige avec Serge Lipszyc (qui a entre autres travaillé avec la Comédie de Genève et aussi en Haute-Corse avec Robin Renucci).


Tchekhov - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker


L'accueil dans ce lieu de partage et d'humanité, avec autant de simplicité et de fidélité, est rare et nous sentons une communauté et des liens de proximité de qualité qui s'y tissent. Preuve en est la formule d'accueil du spectacle où l'on nous offre à un verre à l'arrivée, une soupe inspirée par la talentueuse cuisine de chez Anthon à Obersteinbach et les délicieux fromages de chèvre de la Chèvrerie de Windstein, pour continuer. Et bien sûr il ya le spectacle, avec cet entr'acte "gourmand" qui relie les deux spectacles pour parfaire la parenthèse bucolique et artistique de cette expédition hors du temps. 


Les Siptrott's - Guensthal - Photo: Robert Becker


Cette année, retour à Tchékhov après un Shakespeare et des Molière (voir les précédentes programmations ici** - certaines vont être reprises à la rentrée dans la Vallée ou, à côté de Strasbourg, au Point d'Eau à Ostwald). Et avec plutôt trois Tchékhov que deux (La troupe du Matamore a l'habitude des pièces gigognes - voir York par exemple). Car, comme mise en bouche nous avons droit, sous le titre La demande de l'ours en mariage à une version finement entretissée des deux pièces en un acte - aussi présentées comme "farces" - La demande en mariage et L'ours. La subtilité tient ici à la mise en commun d'un acteur, ici Patrice Verdeil qui arrive à merveille à s'incarner dans le père de Nathalia (à marier) et dans le valet de chambre de la jeune veuve Elena Ivanovna Popova, Louka. 


Tchekhov - La demande de l'ours en mariage - Guensthal - Photo: Robert Becker


Tout cela dans la cour, sur une scène réduite à la surface minimale avec cinq chaises qui ne sont pas que musicales, mais c'est tout comme, pour rythmer sur un bon train les multiples péripéties et rebondissements, dialogues (de sourds aussi pour notre plus grand bonheur) et quiproquos qui se suivent et se recouvrent. Un vrai travail de haute couture du texte - ici ce sera une phrase insérée, là un silence ou un soupir, là encore carrément une longue scène d'affrontement où il est question d'argent ou de terres et qui se moque des travers des hommes - et des femmes - des gens près de leur argent ou de leur amour-propre, ou qui se complaisent dans leur chagrin. Les comédien.ne.s - Patrice Verdeil déjà cité, Sophie Thomann, Bruno Journée, Pauline Leurent et Yann Siptrott nous emportent dans cette folie en "carré" avec grimaces et chansons, clins d'oeils et contorsions pour notre plus grand plaisir.


Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker


Pour le "plat de résistance", en l'occurrence La Mouette, changement de décor et direction le jardin (plutôt le pré) où l'étang sur lequel fleurissent les nénuphars fait office de lac et la mouette semble plus vraie que nature. 


Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker


La mouette "symbolique" de la pièce, Nina Zaretchnaia qui veut devenir comédienne, à laquelle la jeune Léna Dia apporte une belle vivacité au début (et une vraie gravité à la fin) arrive à survoler la pièce de sa présence, même absente, et à perturber le fonctionnement de cette petite société de province avec ce médecin (Bruno Journée, plus docte que précédemment), cet homme qui en sait trop, et cet écrivain, Boris Trigorine, autour de qui tout - et le monde - tourne (Yann Siptrott, lui aussi plus souverain et solennel).


Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker

Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker


Il y a bien sûr "l'actrice" Irina Arkadina, Madame Trepleva, à la gloire passée (magistrale Isabelle Ruiz toute en beauté), amante du médecin et mère d'un écrivain en vain devenir, Konstantin Treplev, Charles Leckler tout à fait à l'aise autant dans sa fougue créatrice, sa passion amoureuse de la jeune comédienne, que dans son désespoir sans issue possible. 


Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker

Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker


Il y a bien sûr le frère de l'actrice, Piotr Nikolaevitch Sorine, homme usé et fatigué (dont Serge Lipszyc assume l'imposante présence) propriétaire du domaine (avec sa soeur) mais qui se fait gruger par l'intendant, le despotique et intransigeant Chamraïev (Patrice Verdeil qui en incarne toute la puissance. Il y a encore la femme de ce dernier (Sophie Thomann, bien dans son rôle d'amoureuse déçue), leur fille (Pauline Leurent, encore plus jeune que dans la pièce précédente) et Sémione Mendvenko (Sylvain Urban), l'instituteur pragmatique et économe, un peu résigné mais également revendicatif. 


Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker

Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker


Cette conscience de classe est plutôt malmenée bien que Tchékhov a eu des débuts difficiles dans la vie - ses parents n'ont pas eu une vie aisée et son père, commerçant a même fait banqueroute - lui-même a pu subvenir aux besoins de la famille avec ses nombreuses publications alors qu'il était étudiant en médecine. Mais, tout comme pour les deux farces précédentes, il est beaucoup question d'argent et de besoin. Il est bien sûr aussi beaucoup question d'amour et de ses errements - Il y a une véritable "ronde de l'amour" non réciproque et qui tourne en rond autour des personnages.

 

Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker

Les relations humaines, en famille, dans le couple ou avec les autres, sont disséquées au scalpel et les situations sont finement présentées, nous réservant des scènes émouvantes ou engageantes. Par ailleurs la question de la liberté, de ses entraves et de ses obstacles, à l'image de la mouette, censée la représenter - mais qui se fait tuer - et donc de sa perte - ou du sentiment de perte - interrogent la destinée humaine. Tchékhov questionne aussi le statut de l'écrivain avec le personnage de Trigorine, à la fois personnage fascinant et adulé mais aussi voleur de vies et d'histoires, artiste désabusé et fatigué, mais aussi attirant et critique - dont le jeune et bouillonnant Treplev est le reflet opposé. 


Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker

Tchekhov - La Mouette - Compagnie du Matamore - Guensthal - Photo: Robert Becker

Tchekhov donne une impression de détachement - avec quelques-uns de ses personnages - mais en même temps il y a une énorme sensibilité qui surgit. Et pour répondre à la question d'un spectateur après le représentation qui demandait "Avez-vous pleuré à la fin?", la réponse est "Oui".La force de Tchekhov - et de cette mise en scène de Serge Lipszyc, et des comédiens, et de je ne sais quoi d'autre - est de nous amener à une émotion qui nous submerge et nous emporte. Et c'est ça la magie du Théâtre - et du Guensthal.


La Fleur du Dimanche


* La forêt qui entoure le Guensthal appartenait à un groupement forestier et a été acquis début décembre 2023 par le Fonds de Révolution Environnementale et Solidaire du Crédit Mutuel Alliance Fédérale, afin de constituer un puits de carbone de 4 600 ha dans les Vosges du Nord (forêt de Dambach) - Suite à cela le chemin d'accès habituel du Guensthal a été interdit aux habitants obligés de faire un détour de plus de 26 km aller-retour. Un appel à soutien est là sur Change.org


** Les précédents spectacles de la compagnie au Guensthal ont été

2024 : Un songe, une nuit, l'été au Guensthal: jouir de la faveur magique de la vallée

2023 : Molière 401 : De Scapin au Jardin (des potes) au Misanthrope à la Cour (faire la): le plein d'énergie à la (vallée de la) Faveur

2022 : Un Platonov de Tchekhov à Windstein: Don Juan à l'école: Echec et Mat

2021 : York de Shakespeare au Théâtre Forestier de la Faveur: Crimes et bombardements


Et donc à noter sur vos plaquettes:

Reprise de La Mouette de Tchekhov au Guensthal le 27 et 28 septembre 2025

Un songe, une nuit l’été, du 7 au 11 novembre 2025 au Point d’Eau, Ostwald

La Mouette, du 13 au 18 janvier 2026, au Point d’Eau, Ostwald, le 3 février 2026 au relais culturel de Haguenau

Les Fourberies de Scapin, le 31 mars 2026 à la Nef de Wissembourg


Distribution:

LA MOUETTE 
d’Anton Tchekhov 

Mise en scène et Adaptation: Serge Lipszyc 
Scénographie / Accessoires: Sandrine Lamblin 
Lumières: Jean-Louis Martineau 
Costumes: Maya Thebault 

Avec 
Isabelle Ruiz – Arkadina, actrice, mère de Treplev 
Charles Leckler – Treplev, écrivain, fils d’Arkadina 
Yann Siptrott –  Trigorine, écrivain, amant d’Arkadina 
Serge Lipszyc – Sorine, propriétaire du domaine, frère d’Arkadina 
Pauline Leurent – Macha, fille de Paulina & Chamraiev 
Patrice Verdeil – Chamraiev , régisseur époux de Paulina 
Sophie Thoman – Paulina, épouse de Chamraiev, mère de Macha 
Léna Dia – Nina, actrice 
Bruno Journée – Dorn, médecin 
Sylvain Urban – Medvedenko, instituteur 
 
LA DEMANDE D’UN OURS EN MARIAGE 
d’Anton Tchekhov  

Mise en scène et Adaptation Serge Lipszyc 

Avec
Yann Siptrott – Sirmov 
Pauline Leurent – Madame Popova 
Patrice Verdeil – Louka dans l’ours et Stepan Stepanitch dans la demande en mariage 
Bruno Journée – Lomov 
Sophie Thomann – Natalia Stepanovna

mardi 24 juin 2025

Au Festival Montpellier Danse, Pierre Pontvianne et La Liesse - Entre le lien et l'allégresse, la joie se multiplie

Pierre Pontvianne nous avait laissé un étrange impression lors du Festival Montpellier Danse en 2023 avec sa création oe, un titre aussi mystérieux que le spectacle qu'il nous avait proposé cette année-là. Cette année, il revient avec une création mondiale dont le titre La Liesse est un mot très peu usité, qui le plus souvent d'ailleurs apparait dans l'expression "une foule en liesse". Et l'on se demande au vu du générique il va bien pouvoir amener sur le plateau avec cinq interprètes cette foule débordante, et ses explosions de joie. Mais c'est mal connaître le personnage qui travaille sur l'intuition et une intime proximité avec ses interprètes pour nous offrir cet étonnement et cette surprise qui vont déclencher en nous sens et sensation.


Montpellier Danse - Pierre Rontvianne - La Liesse - Photo: Laurent Philippe


Ainsi, grâce à un stratagème du décor, une rangée de miroirs suspendus, alignés sur le rideau noir de fond de scène, il projette le public sur la scène pour l'habiter. Puis, alors qu'un premier personnage arrive sur scène, il est vite rejoint par les quatre autres et ils marquent par des embrassades et des effusions leur joie de se retrouver et d'être ensemble. Cela tourne et virevolte, à deux, à trois ou cinq, les figures se forment, s'entrelacent, tournoient et s'enroulent les unes dans les autres, puis en se suivant dans des courbes magnifiques et se transmettent de l'énergie sans fin. Dans des habits noirs flottants, une chemise, blouse bleue (sauf une, noire) qui flotte également dans le mouvement, les corps semblent flotter d'un bout à l'autre de la scène, dans une rythme qui semble perpétuel. D'une manière très subtile, presqu'imperceptiblement la lumière da la salle baisse, et nous sommes happés par la scène comme dans un grand zoom avant, effet renforcé quand les projecteurs en douches s'éteignent et que ce sont de subtils éclairages en biais qui isolent les danseuses et les danseurs. La musique, une vague électronique montante, quelquefois saupoudrée de craquements nous emmène dans un cocon absorbant. Une hésitation, une arrêt, un moment d'hésitation, une immobilité, mais cela repart de plus belle dans cette dynamique d'inclusion et de fusion. Comme dans un mouvement permanent, immuable. Et même qund les danseurs s'arrêtent de courts moments, les miroirs placés en fond de scène, qui sont eux aussi entrés dans des balancements divers non seulement multiplient les interprètes que l'on aperçoit sur scène mais les fait aussi bouger dans leur immobilité. Un autre stratagème scénique pour ne pas dire magie de la lumière, ce sont les effets de mouvements de la lumière dans des subites explosions rouges ou blanches qui perturbent l'espace. Autre décalage d'ambiance, lorsque la chanteuse performeuse Sandy Chamoun interprète le poème en arabe classique mais un poème pas très classique du poète Libanais contemporain Paul Chaoul, en mots tissés. 



Montpellier Danse - Pierre Rontvianne - La Liesse - Photo: Laurent Philippe


La liesse, tout comme les communautés des hommes n'est pas une expérience monotone ni uniforme. L'énergie elle aussi quelquefois vient à manquer de carburant ou de motivation et les exultations peuvent trouver leur contrecoup, et nous avons donc aussi des flottements ou des moments de dépit. La démarche put se faire chaloupée, l'un ou l'autre pourra être mis à l'écart un moment et ce sera d'ailleurs l'effet de chute finale où, encore par un dernier et très subtil effet d'éclairage, une danseuse, abandonnée de tous, mise à distance symboliquement même par le public répète un geste typé que chacun interprètera à sa guise. d

Cependant, rétrospectivement nous ne pouvons qu'être époustouflés par la performance incroyable, une bonne heure durant de ces cinq interprètes qui, sans relâche nous ont présentés les variations subtiles sur les sentiments et les issues à quoi peut mener ce phénomène rare et débordant. Un très grand moment de spectacle tout en subtilité et en empathie que nous a offert Pierre Pontvianne.


La Fleur du Dimanche.


La Liesse

A Montpellier - Théâtre de la Vignette - du 24 au 26 juin 2025

Distribution / Production
Compagnie Parc
Chorégraphie : Pierre Pontvianne
Assistante, collaboratrice,
complice : Laura Frigato
Avec Jazz Barbé, Louise Carrière, Thomas Fontaine, Héloïse Larue, Clément Olivier
Conception sonore, costume : Pierre Pontvianne
Lumière : Victor Mandin
Décor, accessoires : Pierre Treille
Production : Compagnie PARC
Coproduction : Festival Montpellier Danse 2025, Comédie de Saint-Étienne, CDN, La Place de la Danse – CDCN Toulouse, Le DÔME Théâtre à Albertville
Résidence et apport en industrie : Montpellier Danse à l’Agora cité internationale de la danse, spectacle répété à La Comédie de Saint-Etienne, CDN, Le DÔME Théâtre à Albertville, BELLEVUE – Lieu d’inventions artistiques, La Comète à Saint-Étienne, Viadanse / CCN de Bourgogne Franche-Comté à Belfort
Construction décor : Atelier de La Comédie de Saint-Étienne.
La compagnie PARC est conventionnée par la Ville de Saint-Étienne, avec le soutien du Département Loire et la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes en 2023-2024-2025 et soutenue par la Région Auvergne-Rhône-Alpes en 2024
Crédit photo © Cie Parc
Avec le soutien de la Fondation BNP Paribas pour l’accueil en résidence à l’Agora, cité internationale de la danse

lundi 23 juin 2025

Au Festival Montpellier Danse, Akram Khan & Manal AlDowoyan : Thikra - Dans les méandres de la mémoire et du désert

Akram Khan est sans doute l’un des chorégraphes les plus fascinants de sa génération. Né à Londres en 1974 dans une famille bangladaise, il commence dès l’enfance l’apprentissage du kathak, une danse classique du nord de l’Inde, exigeante et rythmique. Dans son parcours, il mêle avec virtuosité tradition indienne et danse contemporaine. Et depuis plus de vingt ans, il explore les thèmes de l’exil, de la mémoire et des mythes dans des création mondialement reconnues de Kaash (avec un décor d'Anish Kapoor) à son solo Xenos. Il collabore autant avec Sylvie Guillem, Kyllie Minogue que Sidi Larbi Cherkaoui ou Juliette Binoche et s’impose comme une figure majeure de la scène chorégraphique internationale. Avec Thikra, il poursuit son travail de mémoire, en dialogue sensible avec l’artiste saoudienne Manal AlDowayan.


Montpellier Danse - Thikra - Akram Khan & Manal AlDowoyan


La pièce Thikra est une commande pour mettre en valeur le site exceptionnel d'AlUla dans le désert Wadi AlFann (« la vallée des arts »), en Arabie Saoudite. Le site sur lequel ont eu lieu des fouilles archéologiques et découverts des vestiges de civilisations anciennes et devenu à la fois le lieu de dialogue antre ce passé et l'art contemporain, et doc aussi le lieu de création de cette pièce comme "commémoration" (autre sens de Thikra). L'artiste pluridisciplinaire (Photographie, installations, etc.) Manal AlDowayan, (elle a représenté son pays à la 60 Biennale de Venise en 2024), collabore avec Akram Khan autant pour le décor que pour les costumes et la scénographie. Elle a également développé la trame de cette histoire qui fait le lien entre le présent et le passé en convoquant quatorze interprète, que des femmes dans de magnifiques costumes réalisés selon les méthodes artisanales ancestrales pour faire le lien entre le présent et la passé. 


Montpellier Danse - Thikra - Akram Khan & Manal AlDowoyan - Photo: Maxime Dos


Le lieu, AlUla, qui était un carrefour, un territoire de rencontre et d'échange a aussi inspiré l'univers sonore et la musique d'Aditya Prakash qui convoque autant la musique traditionnelle de l'Inde, du Moyen-Orient que les voix de femmes haut perchées d'Europe Centrale. Les rythmes marqués nous emportent dans un état de demi conscience et les danses avec leur mouvement hypnotique et le mélange de voix, de percussions de cordes et de vents, puissants nous emmènent presque dans une transe cathartique, tout comme les danseuses, certaines danseuses traditionnelles indiennes et d'autres de formation contemporaine. 


Montpellier Danse - Thikra - Akram Khan & Manal AlDowoyan - Photo: Maxime Dos


Dans un clair-obscur baigné d'une lumière dorée, un récit de passation se joue sur la scène pour laquelle le décor (une escalier, une caverne et des rochers) a été adapté par Manal AlDowayan, ponctué par la présence sobres et puissante de ces quatorze femmes qui avancent et bougent comme une seule entité, entrecoupés par le récit mythique de passation du pouvoir. Les gestes se répètent, les pas deviennent trace. Ce qu’on voit, ce sont des mémoires de femmes, des voix qu’on n’a pas écoutées, des silences qui, ici, se font danse. Plus qu'une épopée spectaculaire, l'émotion se transmet par cette démarche intérieure, à la fois intime et universelle. Et l'on en sort enveloppé d’un silence habité, chargé d’une force ancienne. Un mythe qui resurgit du passé ancien. Un voyage dans l'espace et le temps. 


Montpellier Danse - Thikra - Akram Khan & Manal AlDowoyan



La Fleur du Dimanche


P.S. Une des force du projet c'est aussi d'avoir permis au public - et pas seulement aux femmes auxquelles sont réservées ce type de danse "en cheveux" de pouvoir y assister (dans le lieu aussi).


Thikra


A l'Opéra Comédie de Montpellier du 22 au 24 juin 2025


Distribution / Production
Akram Khan Company
Direction et chorégraphie : Akram Khan
Directrice visuelle, costumes et scénographie : Manal AlDowayan
Concept narratif : Manal AlDowayan, Akram Khan
Compositeur et univers sonore : Aditya Prakash
Conception sonore : Gareth Fry
Création lumière : Zeynep Kepekli
Associé créatif, coach : Mavin Khoo
Dramaturge : Blue Pietà
Répétitrices : Angela Towler et Chris Tudor
Avec 14 interprètes : Pallavi Anand, Ching-Ying Chien, Kavya Ganesh, Nikita Goile, Samantha Hines, Jyotsna Jagannathan, Mythili Prakash, Azusa Seyama Prioville, Divya Ravi, Aishwarya Raut, Mei Fei Soo, Harshini Sukumaran, Shreema Upadhyaya, Kimberly Yap, Hsin-Hsuan Yu, Jin Young Won
Commandé par Wadi AlFann, Vallée des Arts, AlUla


Premier partenaire de coproduction : Bagri Foundation
Adaptation en salle coproduit par : Festival Montpellier Danse 2025, Berliner Festspiele, Brown Arts Institute at Brown University, Pina Bausch Zentrum, Sadler’s Wells, Théâtres de la Ville de Luxembourg, Théâtre de la Ville Paris
Avec le soutien par l’Arts Council England