Affichage des articles dont le libellé est Jazzdor. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jazzdor. Afficher tous les articles

vendredi 21 novembre 2025

Souad Asla et Omar Sosa pour la clôture du Festival Jazzdor: La musique et le rythme par delà les frontières et les siècles

 Le Festival Jazzdor clôt sa 40ème édition à la Briqueterie à Schiltigheim avec un concert rempli de chaleur et de rythme. L'occasion pour Vincent Bessière de saluer le travail de programmation de Philippe Ochem et l'engagement de toute l'équipe de Jazzdor et de tous les intermittents et des 53 bénévoles, et d'annoncer à la fois des changements, de nouveaux projets à venir et des fidélités à cultiver. L'occasion aussi pour Nathalie Jampoc Bertrand, l'adjointe à la Culture de Schiltigheim en délégation de la Maire Danielle Dambach, de célébrer la culture et la musique qui contribuent à l'ouverture sur le monde et à la rencontre. 




C'est d'ailleurs lors d'une rencontre, il y a quelques quinze ans lors du Festival Panafricain à Alger, quand Omar Sosa, le célèbre pianiste cubain, a rencontré Souad Asla, qu'est née l'idée de ce concert, Sahravane, un rencontre entre la musique cubaine et jazz dont l'origine remonte aussi en Afrique et ce groupe de femmes Lemma, qu'a rassemblé Souad Asla, la chanteuse du désert. Tout cela a débouché l'année dernière sur ce concert, Sahravane avec le groupe complété par le guitariste hongrois Czaba Palotaï et le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles, un groupe on ne peut plus cosmopolite.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Pour commencer, ce sont d'abord les quatre femmes, Aziza Tahri, Mebrouka Brik, Rabia Boughazi et Sabrina Cheddad, encadrant Souad Asla qui vont nous offrir une chanson traditionnelle du désert, suivie d'une autre où les percussions rythment les pulsations presque chamaniques. Des mélodies alternant solo et choeurs reprenant la mélodie de leurs voix profondes, sur des tonalités plus basses.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Arrive Omar Sosa qui fait une introduction légère et virtuose au piano puis qui fusionne avec un air plus sentimental chanté par l'ensemble Lemma (assemblée). Le répertoire de Souad Asla va de ces chansons traditionnelles qu'elle sauve de l'oubli, recollectée dans le désert dans le sud-ouest de l'Algérie, dans la région de la Saoura, et d'autres chansons qu'elle adapte, ainsi que du raï, dont des hommages à Cheikha Rimitti (Mama Raï) et à son répertoire et d'autres qu'elle écrit et qu'elle nous propose tout au long de la soirée.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Ce sont des musiques qui nous bercent et nous emportent dans des moments de méditation, presque de transe, ou qui incitent à la danse, ce dont une partie du public ne se prive pas, montant même sur scène à l'exemple d'Omar Sosa qui esquisse quelques figures avec Souad Asla puis avec une spectatrice.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Les chansons, quelques-unes volées aux hommes (les femmes n'ayant pas le droit de chanter en public), d'autres qui parlent de la famille ou du destin, gagnent une touche de modernité par ce brassage avec le jazz, la guitare flexible et versatile de Csaba Palotaï qui peut sonner comme un oud ou une guitare classique, et qui quelquefois devient électrique ou romantique.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Gustavo Ovalles, lui passe sans souci des maracas à la batterie, jongle avec les baguette, les tambours et les djembés ou un grand tambour avec une dextérité inégalée. Il se hasarde même à faire des percussions aquatiques et ruisselantes et à nous conter une petite histoire dans sa langue.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

De son côté, tel une araignée à six pattes, avec sa barbiche de petit djin diabolique et taquin, Omar Sosa balance entre son piano, son clavier électronique et son synthétiseur. Il enchante les touches, virevolte et s'amuse comme un fou, dialoguant avec Souad et les chanteuses et ses musiciens avec lesquels le courant passe à merveille. Une fusion positive et énergique inonde la  scène et submerge la salle, conquise. 


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Souad Asla s'accompagne d'un guembri (un instrument interdit aux femmes qu'elle a appris à jouer en cachette) et lance un dialogue joyeux avec Omar Sosa qui s'éclate entre son piano, et les nappes de son synthé, arrivant même à faire émerger un air de flûte et, continuant à inscrire dans les corps, avec les percussions diverses jouées par les quatre femmes de Lemma, de belles pulsations.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Ainsi, entre lentes mélopées langoureuses ou rythmes dansants, la soirée s'installe dans une ambiance dépaysante et festive, amenant les percussionnistes à occuper la scène sur laquelle Souad Asla va effectuer une sorte de longue danse de résurrection, émergeant de son voile noir brodé dont elle s'était couvert la tête.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Ainsi s'achève ce voyage entre les chants du désert qui ont rencontré les vagues dansantes du jazz métissé d'Omar Sosa, une rencontre riche et généreuse. La virtuosité du jazzman et de ses compagnons apportant un souffle nouveau à cette culture ancestrale et méditative, les deux styles s'enrichissant dans un dialogue ouvert et fructueux. Et le public est conquis. Un succès mérité.


La Fleur du Dimanche

vendredi 8 novembre 2024

Wayne Marshall, Paul Lay Trio et l'OPS pour le 39ème JAZZDOR : Rythme et danse

 Pour le lancement de la 39ème édition du Festival JAZZDOR, qui est aussi sa dernière saison à la direction du festival, Philippe Ochem réalise un coup de maître: Rassembler au Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg sous la direction de Wayne Marshall, le pianiste et chef anglais spécialisé dans la musique des Etats-Unis du XXème siècle et le Paul Lay trio. Le pianiste Paul Lay, considéré comme un des plus grands pianistes de sa génération, a orchestré avec Philippe Maniez les pièces de Gershwin, jouées en première partie, en particulier la célébrissime Rhapsody in Blue dans la version de 1942 (la troisième version pour grand orchestre). Le programme est alléchant: outre Gershwin, nous trouvons aussi Kurt Weill et Leonard Bernstein et tout cela attire du monde. La salle Erasme est pleine, un succès, et le public attend avec impatience le début du concert.

 

JAZZDOR - OPS - Paul Lay - Photo: Teona Goreci

 

Ce n'est pas le célèbre glissando à la clarinette qui introduit Rhapsody in Blue (qui n'était d'ailleurs pas dans la partition originelle de Gershwin) qui ouvre la soirée, mais deux standards de Gershwin, Nice work if you can get it et It ain't necessarily so, également orchestrés par Paul Lay qui donnent au trio l'honneur de lancer la bal - et le rythme. C'est donc sur une belle dynamique et une énergie entraînante que le trio composé autour de Paul Lay par Donald Kontomanou à la batterie, précis et discret et Clemens van  de Feen à la contrebasse subtil et énergique se lance. 

 

JAZZDOR - OPS - Wayne Marshall - Paul Lay Tr io- Photo: Teona Goreci

Paul Lay au piano, dans son habit scintillant, a un jeu vraiment virtuose et énergique, et ils partent sur un rythme entrainant repris avec fougue par l'orchestre. Le deuxième standard, extrait de Porgy and Bess, est plus lent et plus bluesy. Avec Rhapsody in Blue, l'orchestre et les solistes, en particulier la clarinette et les deux saxophones peuvent exprimer tous leurs talents de jeu jazzistique et d'improvisation. 

 

JAZZDOR - OPS - Wayne Marshall - Paul Lay - Photo: Teona Goreci

Wayne Marshall apporte toute sa grâce à diriger avec empathie et précision,, mais aussi une grande sensibilité ce chef-d'oeuvre qui fait le pont entre la musique savante et la musique populaire. 

 

JAZZDOR - OPS - Wayne Marshall - Photo: Teona Goreci

Il laisse la bride sur le cou du pianiste et du trio qui insuffle un esprit de liberté à cette partition dynamique et dansante. Il y a de la puissance, de l'emphase, des changements de rythme et un subtil et intelligent dialogue entre le trio et l'orchestre. Le chef Wayne Marshall y amène toute sa sensibilité et son sens de l'équilibre, laissant et l'orchestre et les solistes ou le trio prendre les rênes de cette pièce vivante, pleine d'entrain et d'allant, de rythme et d'énergie. 

 

JAZZDOR - OPS - Wayne Marshall - Paul Lay - Photo: Teona Goreci

Un vrai plaisir. Le public ne s'y trompe pas qui gratifie les musiciens d'applaudissements nourris. Ceux-ci en retour offrent un magnifique Summertime tout en douceur où le chef se permet une incursion au piano et tous deux nous offrent une très belle improvisation à deux puis à quatre mais avant de redonner la main à l'orchestre. Un second bis de Paul Lay nous prouve si c'était encore nécessaire qu'il  maîtrise cette Rhapsodie dont il nous interprète une variation piano jazz solo décalée.

 

JAZZDOR - OPS - Wayne Marshall - Photo: Teona Goreci

Pour la deuxième partie, nous avons droit à une pièce de Kurt Weill qui a été créée à New York en 1949 à partir de sa comédie Musicale Woman in the Dark présentée à Brodway en 1941. Elle est constituée de six mouvements variés, très divers, passant de moments calmes et sereins ponctués de quelques coups d'éclats à des passages dignes de fanfares ou de musique festive ou martiale et même un discret boléro ou une danse sautillante et encore des airs qui pourraient être une musique de film. L'orchestre, qui joue maintenant sans le trio jazz amène toute sa vie et son énergie sous la direction du chef qui module en finesse le jeu des musiciens.

 

JAZZDOR - OPS - Wayne Marshall - Photo: Teona Goreci


Et pour finir, la suite de Ballet Fancy Free de Leonard Bernstein pour un ballet de Jerome Robbins (celui de West Side Story) créé en 1944. L'argument est la rencontre dans un bar (à marins) de trois marins et de deux filles et une battle de danse (déjà à l'époque) pour conquérir le coeur des filles (celui qui perd devra se retirer). Nous avons donc ici une pièce enjouée, dansante (avec les trois variations - le Galop, la Valse et Danzon) avec une série de changements de rythme, d'ambiance, du suspense, des envolées, des collisions et des collages mais surtout une très belle dynamique et un piano bastringue presque rétro très présent. Une très belle pièce qui conclut cette soirée qui voit avec succès se répondre la tradition et la modernité, le jazz et le classique par delà les ans et les océans. 

 

JAZZDOR - OPS - Wayne Marshall - Photo: Teona Goreci

En tout cas une très belle ouverture de festival et un beau succès.


La Fleur du Dimanche

jeudi 13 avril 2023

Print marque le Jazzlab#5 de son empreinte durable

 Pour la cinquième édition de Jazzlab, ce ne sont pas moins que Jazzdor, le Conservatoire de Strasbourg et l'Académie Supérieure de Musique de Strasbourg-Hear qui se sont mobilisés sous la coordination de Michael Alizon pour mettre en place sur une semaine des Master-classes, des concerts, et des rencontres dans différents lieux de Strasbourg: The People Bar, La Péniche Mécanique le Blue Note Café et la Cité de la Musique et de la Danse. Les premiers concerts du DJEMI ont eu lieu à la CMD et au Blue Note café pour le JazzLab voix et à La Péniche Mécanique pour le "répertoire". Le JazzLab batterie sous la direction de Luc Issenmann aura lieu au People Bar à la Krutenau le 14 avril à 20h30 mais la plupart des ateliers et concerts se passent au CMD. Les deux soirées AJC - Association Jazz Croisé ont eu lieu à la Cité de la Musique et de la Danse - Mamie Jotax + Haleïs le mardi 11 et Noé Clerc trio + Ishkero le mercredi 12.

La soirée du jeudi est l'occasion de faire un focus sur Sylvain Cathala avec un programme en deux parties. Pour commencer la restitution de la master class qu'il a encadrée avec les élèves du Djemi - Département Jazz et Musique Improvisée.

Un premier trio d'élèves: Piano, Saxophone et batterie interprète deux pièces, la première sur un rythme lent très marqué par la batterie que vient alléger un peu le jeu du pianiste puis la deuxième, plus cool avec un saxophone qui se lâche un peu.


JazzLab#5 - Master Class DJEMI - Sylvain Cathala - Photo: lfdd

JazzLab#5 - Master Class DJEMI - Sylvain Cathala - Photo: lfdd


Le deuxième groupe, un quintette d'élèves que vient renforcer Benjamin Moussay au piano semble un peu plus à l'aise dans son jeu. le contrebassiste fait de belles variations, tout comme la guitare électrique. Les trois saxophonistes se relaient dans des solos intéressants et le batteur se fait plaisir et dialogue bien avec ses complices, allant dans une belle accélération lors du deuxième morceau.


JazzLab#5 - Master Class DJEMI - Sylvain Cathala - Photo: lfdd

JazzLab#5 - Master Class DJEMI - Sylvain Cathala - Photo: lfdd


La deuxième partie de la soirée donne champ libre à la formation de Sylvain Cathala, Print qui célèbre déjà ses vint-cinq ans et se compose donc du saxophoniste fondateur, de son complice contrebassiste Jean-Philippe Morel, du saxophoniste alto Stéphane Payen et du batteur Fanck Vaillant. Benjamin Moussay, cette fois au piano et au piano modulaire, complète ce quartet originel. La première pièce se construit note à note en dialogue de saxophones et mène son chemin rejoint par la batterie et les autres comparses. Le piano met sa touche, laisse aller puis reprend. Pour le deuxième morceau, plus court, le rythme se fait décalé avec une très belle prestation du batteur Franck Vaillant. 


JazzLab#5 - Print - Photo: lfdd

JazzLab#5 - Print - Photo: lfdd

Suit une pièce qui laisse la bride au cou de Benjamin Moussay qui triture son piano modulaire en lui faisant faire des boucles qui s'envolent, s'arrêtent puis repartent. Les morceaux se succèdent, des compositions des musiciens ou quelques " Studies" pour tester comment le groupe joue ensemble. On peut dire qu'il joue vraiment bien. Les deux saxophonistes, Cathala au sax ténor et Stéphane Payen au jeu plus démonstratif et impliqué dialoguent, se complètent et se relayent à merveille. 


JazzLab#5 - Print - Photo: lfdd

JazzLab#5 - Print - Photo: lfdd


A la contrebasse, Jean-Philippe Morel sait poser sa ligne mélodique et discrètement tirer l'archet, marquer aussi le rythme sur la caisse de son instrument et en ce qui concerne Franck Vaillant, son jeu est limpide et mesuré, pile à sa place sans esbrouffe, une très belle rythmique, adaptée au jeu de ses partenaires, net et précis, ses coups tombant à pic sous ses baguettes, balais ou mailloches ou de sa pédale sur sa grosse caisse qu'il ne manque pas d'ajuster finement tout au long de ce concert.


JazzLab#5 - Print - Photo: lfdd


 Benjamin Moussay, lui nous surprend avec son piano modulaire dont il use comme synthétiseur - dont un drolatique duo avec la batterie - ou pour multiplier le son joué. Son doigté volubile et agile s'insère bien dans ce Print qui impressionne par l'inventivité de son jeu. Un vrai plaisir d'écoute et l'on remercie ce groupe et son leader généreux et inspiré. On en redemande.


La Fleur du Dimanche 




vendredi 11 novembre 2022

Leïla Martial et Valentin Ceccaldi à Jazzdor: le FiL de la voix se marie avec la corde du violoncelle

  Filer la métaphore pour le concert de Leïla Martial et Valentin Ceccaldi, c'est se perdre dans les arcanes de la voix de Leïla, tendue comme un fil sur les aigus, s'envolant au-dessus du fil de l'horizon alors que, sur son violoncelle, son compère Vincent frissonne sur les cordes et tend l'attention du public en suspension. Pour ce concert "décentralisé" de Jazzdor dans les locaux d'Apollonia à la Robertsau, nous avons droit à une atmosphère intime, en proximité avec le duo qui tisse son programme entre classique, chanson française et tube anglais en s'en emparant et l'habillant de leur habits sur mesure, tissé d'explosions vocales et de rythmes allègres.


Jazzdor 2022 - Leïla Martial - Valentin Ceccaldi - Photo: lfdd

Et, commençant avec Fauré, offrir une ballade Au bord de l'eau, partir au fil des flots: 
"Et seuls tous deux devant tout ce qui lasse
Sans se lasser,
Sentir l'amour devant tout ce qui passe
Ne point passer."

Jazzdor 2022 - Leïla Martial - Valentin Ceccaldi - Photo: lfdd


Partir en ritournelle puis en onomatopées, en écho et s'adoucir au temps qui passe.
Continuer avec une surprenante version de ballade dans Le ptit bois de Saint Amand avec Barbara qui serait passée par le jazz, et la chanson enfantine, fraîche et juvénile, avec force de bruitages, appeaux et boite à musique jouet d'antan et pompe à vélo.
Continuer en enchaînant avec un Cold Song presque méconnaissable car assez enjoué au début, et qui reste assez léger en définitive.
Rendre hommage aux femmes à travers le Jardin des Délices de Jérôme Bosch avec un texte tout frais, terminé la veille et plein d'allant, primesautier.

Jazzdor 2022 - Leïla Martial - Valentin Ceccaldi - Photo: lfdd


Continuer l'hommage, un peu plus grave à un fidèle auditeur par la grâce d'un rythme des îles, autre hommage à Alain Peters, musicien et poète réunionnais lui aussi disparu trop tôt, un "frère". La composition respire cependant la joie et part sur des airs dansants, bien soutenus par le violoncelle qui chaloupe. 
Et terminer par une Asturienne de Manuel de Falla qui chante la nostalgie de l'amour, le recherche de la consolation auprès du pin vert, une mélodie mélancolique, d'une voix qui se lamente doucement tandis que le violoncelle pleure et éclate de douleur.

Jazzdor 2022 - Leïla Martial - Valentin Ceccaldi - Photo: lfdd


Revenir pour un bis qui sort de derrière les fagots une superbe chanson de John Lennon Oh my love que Leïla Martial nous chante avec une grâce, une fraîcheur et une sensibilité à fleur de peau avec tendresse et amour, ne faisant presque plus qu'un avec son complice Valentin Ceccaldi qui l'accompagne avec la même douceur tendre et chaleureuse. Une superbe conclusion à ce concert touchant et émouvant qui prouve que la voix, même en jazz n'a pas besoin d'en faire des tonnes et que le laisser filer dans un doux filet qui nous enveloppe de son charme avec un seul instrument également carressé avec délicatesse peut provoquer des émotions incomparables et profondes.


La Fleur du Dimanche


Concert du Festival Jazzdor de Leïla Martial et Valentin Ceccaldi le11 novembre 2022 - 17h00 à l'espace Apollonia à la Roberstau

Précédent concert: 
Kuu! et Marc Ducret à JAZZDOR le 6 novembre à la Cité de la Musique et de la  Danse à Strasbourg: 

Et le concert d'ouverture du Festival : 

dimanche 6 novembre 2022

Kuu! et Marc Ducret à JAZZDOR: La rencontre de la lune rock-jazz et de Lady Macbeth entre jazz et contemporain

Je disais, pour le premier concert du festival JAZZDOR, que les frontières s'étaient (r)ouvertes - les salles aussi, et elles sont pleines - et que les musiciens peuvent à nouveau voyager. Et le public a - enfin - de nouveau accès aux spectacles. Le projet de Marc Ducret, Lady M, en deuxième partie de soirée, "nous l'attendons, selon les dires de Philippe Ochem, le directeur du festival, depuis 2019". 

La première partie de cette soirée dans le magnifique auditorium de la Cité de la Musique et de la  Danse à Strasbourg, est assurée par le cosmopolite groupe Kuu! qui prouve lui aussi que la musique n'a pas de frontières. A l'initiative de la Serbe, Jelena Kuljic, qui a rassemblé rien que deux guitaristes, le Finlandais Kalle Kalima, d'où le nom du groupe, qui signifie Lune en finnois, et l'Allemand Frank Möbus, deux virtuoses, auxquels s'est joint l'encore jeune et talentueux (et multiprimé en Allemagne) Christian Lillinger. 


JAZZDOR 2022 - Kuu! - Kuljic - Kalima - Möbus - Lillinger - Photo: lfdd


Ce n'est pas seulement le groupe qui "saute les frontières'', mais la soirée même est sous le signe de la coopération transfrontalière dans le cadre de Jazzpassage avec l'équipe du KulturBüro d'Offenbourg, où se dérouleront les concerts du Festival le jeudi 10 et le dimanche 13 novembre. La soirée démarre sur les chapeaux de roues, le fiévreux Christian Lillinger faisant résonner sa grosse caisse alors que les comparses ne sont pas encore positionnés et que le discours d'introduction est à peine terminé. Il part sur un train d'enfer, dans lequel rentre sans problème la chanteuse Jelena Kuljic dans une interprétation bien rock-jazz accompagnée, encadrée même par ses deux comparses guitaristes. 


JAZZDOR 2022 - Kuu! - Kuljic - Kalima - Möbus - Lillinger - Photo: lfdd


Sans se fatiguer, elle enchaîne une chanson plus cool puis un "parlé-chanté" et à nouveau calme le jeu avec une chanson douce. Sa voix, claire et limpide, superbe et sa diction impeccable pourrait permettre aux anglophones de suivre ses récits qui semblent bien engagés. On sent son talent de comédienne, activité qu'elle partage avec la musique. De temps en temps, elle joue d'effets avec son boitier électronique. Le batteur lui, fait quelques percussions et bruitages avec un entonnoir ou une sourdine. Mais la plupart du temps, ce virtuose de la baguette nous offre une rythmique impressionnante, entre les lourds battements de la grosse caisse et la variété de ses caisses et de ses cymbales et quelques frappes de balais. 


JAZZDOR 2022 - Kuu! - Kuljic - Kalima - Möbus - Lillinger - Photo: lfdd


Les deux guitaristes posent un accompagnement magnifique à la chanteuse, avec des changements de rythme aussi et de temps en temps des duos avec elle, où la guitare joue les notes de la chanson. Le style est bien varié, entre le rock presque punk et du jazz plus cool, et du free-jazz à une style à la Zappa au féminin. Une belle découverte que nous devons au festival.


Lady M


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


Après un entracte technique, la deuxième partie de la soirée voit la présentation du projet de Marc Ducret, Lady M, un "opéra de chambre". Et l'on comprend le partenariat également avec le Festival Musica (il y a eu lors du dernier festival deux concert qui ont vu la participation de JAZZDOR: Eve Risser et l'innénarrable Joëlle Léandre).


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


C'est effectivement un véritable grand orchestre de chambre - huit musiciens - qui sont sur scène avec Marc Ducret qui installe avec sa guitare posée quelques résonnances qui plombent l'atmosphère, en prévision de ce monologue de Lady Macbeth qui va être chanté par Rodrigo Ferreira, superbe contre-ténor à la  tessiture généreuse. 


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


Il nous offre de très belles notes de haute-contre et nous surprend te temps en temps avec sa voix grave. Le texte sera chanté ensuite par Léa Trommenschlager (dont nous avons déjà pu apprécier la qualité vocale de soprano dans des concerts de Lovemusic) et pour finir les deux chanteurs prendront en charge la partition écrite par Marc Ducret. 


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


La partition donne également une belle part à l'ensemble de chambre, quelquefois en totalité, mais aussi à des duos ou des dialogues de duos - comme la belle bataille entre le duo batterie (Sylvain Darrifourcq) - contrebasse (Bruno Chevillon)  et violon (Régis Huby) - saxophone (Liudas Mockunas). 


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


De superbe solos  - ou accompagnement de la voix également, avec la trompette de Sylvain Bardiau ou la magnifique clarinette de Catherine Delaunay dans un éblouissant duo avec la soprano, ou encore le trombone de Samuel Blaser. 


JAZZDOR 2022 - Marc Ducret - Lady M - Photo: lfdd


Marc Ducret, bien sûr s'offre de superbes passages, soit en solo ou avec l'orchestre et rythme et dirige cet opéra, petit par la taille mais cependant impressionnant par le résultat. Nous pouvons ainsi apprécier la diversité de ses styles de jeu sur ses deux guitares autant que sa capacité de compositeur, véritable homme-orchestre qui nous offre ce petit bijou d'opéra d'un peu plus d'une heure.



La Fleur du Dimanche


  

vendredi 4 novembre 2022

JAZZDOR 2022: Les frontières (du Jazz) sont ouvertes avec Holland, Potter, Loueke et Harland

 Le Festival JAZZDOR pour sa trente-septième édition ouvre avec la première date de la tournée européenne du quartet Holland, Potter, Loueke, Harland. Le festival qui propose une grosse vingtaine de concerts à Strasbourg, en Alsace et même en Allemagne, dont quelques-uns gratuits reçoit, maintenant que les frontières se sont (un peu) rouvertes cette superbe formation avec un programme Aziza que ce dynamique quatuor garde au chaud depuis 2016, ayant déjà, cette année-là enregistré un disque éponyme. 


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


Le titre  de la soirée n'est pas un hommage à Daniel Balavoine mais fait référence à une divinité d'Afrique de l'ouest, une déesse ou une fée bienfaisante et protectrice. C'est tout naturellement Lionel Loueke, né au Bénin, n'ayant commencé à jouer de la guitare qu'à 17 ans - il chantait et faisait des percussions - quand il est parti en Côte d'Ivoire étudier à l'Institut et reparti à 21 ans à Paris à American School of Modern Music. Il démarre avec Aziza (qu'il a composé), tout seul marquant le rythme sur sa guitare magique qui pulse et danse en transe. 


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


A la batterie, la plus jeune recrue du groupe, l'Américain Eric Harlan qui a joué avec les plus grands du jazz (McCoy Tyner, Dave Holland, Joshua Redman, et Charles Lloyd) le rejoint discrètement, suivi par un accompagnement tout aussi discret de Dave Holland puis le son grave du saxophone ténor de Chris Potter pour une belle ballade africaine. Le deuxième titre, plus enlevé voit Chris Potter avec ses deux saxophones le ténor et le soprano nous emmener dans des envolées vers les aigus alertes. Une autre pièce, rapide et chantante nous propose encore une autre atmosphère. Et celle où il traite le son de son saxophone avec une très grande douceur, entre la clarinette et le hautbois, on se croirait dans un concert de musique classique...


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


Les compositions de l'un et de l'autre des musiciens se succèdent, tout comme les dialogues entre eux et les petits soli que chacun s'offre. Dave Holland, hiératique et majestueux à sa contrebasse, des kilomètres de rythme inventif  avalés depuis qu'il s'est fait remarquer (et embarquer) par Miles Davis en 1968 après avoir commencé la basse en autodidacte puis rejoint la scène de la musique improvisée à Londres, est également un magicien du rythme et du son. Ses mélodies de basse tournoient et donnent le ton, plus ou moins rapide. 


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


Lionel Loueke sur son tapis avec ses sneakers rouges psalmodie en silence les notes qu'il joue sur sa guitare, joue aussi à l'économie, même si on sent la force qui de temps en temps déborde de son corps agile. Et curieusement aussi, on entend des réminiscences des sons milesdavisisiens, bien qu'il n'ait jamais joué avec lui. Dans ce groupe, presqu'autogéré, chacun a droit à sa composition et son tour de piste, passant d'une composition un peu plus douce à un jeu ragaillardi. 


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


Après plus d'une heure de concert, le dernier morceau, Sleepless Night est annoncé. Composé également par Lionel Loueke, plus électrique et plus rapide, il démarre par une guitare nerveuse, frappée avec rythme suivi par la batterie énergique d'Eric Harland qui nous offre un superbe solo de batterie époustouflant.


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd


La salle, comble, est conquise et réclame frénétiquement un bis que le généreux quatuor offre avec délicatesse. Dave Holland nous tisse un air sur de petites touches délicates, dansant à souhait, soutenu par le saxophone soprano et bien sûr la guitare de Lionel Loueke qui clôt avec magie la soirée.


Jazzdor 2022 - Holland - Potter - Loueke - Harland - Photo: lfdd



La Fleur du Dimanche