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jeudi 2 juillet 2026

Rencontres d'été de musique de chambre de l'Accroche Note - Hommage à Kaija Saariaho - Voyage septentrional au pays de l'Amour et du Bonheur

 Pour la troisième soirée des 26èmes Rencontres d'été de musique de chambre de l'Accroche Note à l'église du Bouclier à Strasbourg, le programme rend hommage à Kaija Saariaho dans un Concert Finlandais. La compositrice, finlandaise, née en 1952 et décédée en juin 2023, était une habituée de Strasbourg, au moins pour être venue souvent à Musica ( j'avais déjà noté son passage en 2013 et elle a eu droit à un hommage pour ses 70 ans en 2022, alors qu'elle était déjà malade) et l'Ensemble Accroche Note a déjà joué à de nombreuses reprises ses compositions. Kaija Saariaho est également passée par Fribourg-en-Brisgau en 1980, après avoir découvert l'école spectrale française à Darmstadt et s'est installée à Paris pour se former à l'IRCAM. L'Accroche Note avait organisé cette année une soirée le 31 mai au Conservatoire avec la HEAR et le quatuor Adastra. C'est d'ailleurs avec les étudiants de la HEAR que se déroule cette soirée qui met au programme deux autres musiciens finlandais, Jean Sibelius et Esa-Pekka Salonen, un compositeur et chef d'orchestre très proche, et trois oeuvres de Kaija Saariaho.


Accroche Note - Kaija Saariaho - Oi Kuu - Armand Angster - Christophe Beau - Photo: Robert Becker

Le concert démarre avec une pièce de Kaija Saariaho pour clarinette basse et violoncelle, Oi Kuu (Salut la lune) (1990), où elle expérimente la relation harmonique de deux instruments que l'on n'a pas l'habitude d'entendre ensemble, avec des articulations qui convergent et divergent, alternativement. Un très beau duo entre Wilhem Latchoumia et le violoncelle de Christophe Beau.

 

Accroche Note - Kaija Saariaho - Cendres - Louise Deschodt - Juliette Devienne - Pierre Gautier - Photo: Robert Becker

Suit Cendres (1997) pour flûte violoncelle et piano. Kaija Saariaho s'est inspire de la fumée et commence très doucement avec le piano très léger bien maîtrisé par Pierre Gautier et le violoncelle que caresse Juliette Devienne. La flûte de Louise Deschodt les rejoint et cela s'emballe et souffle. Cela se calme une peu et devient plaintif puis énervé. 


Accroche Note - Kaija Saariaho - Cendres - Louise Deschodt - Juliette Devienne - Pierre Gautier - Photo: Robert Becker

C'est une belle prestation de ces trois interprètes entre douceur et énergie et dont on ne peut que constater la très belle maîtrise de la pièce.


Accroche Note - Jean Sibelius - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker

Wilhem Latchoumia revient pour interpréter quelques courtes pièces pour piano de Sibelius, dont Esquisse opus. 76, Chansons sans paroles op. 40, légère et rapide, la Sonatine N° 1 op. 5 assez romantique, l'impromptu N° 5 op.5, bien vivant et rapide,  Elegiaco op.76, air plus calme, Humoresque op. 101 bien romantique et deux rondinos op 68 à nouveau plus calme. Un vrai plaisir.


Accroche Note - Jean Sibelius - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker


Nous continuons avec Nachtlieder (1978) d'Esa-Pekka Salonen pour clarinette et piano par le duo Latchoumia - Beau, une partition calme et romantique, nordique, qui est bien dans l'esprit de Kaija Saariaho. Où l'on peut apprécier toute la délicatesses des deux interprètes. 


Accroche Note - Esa-Pekka Salonen - Armand Angster - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker

Accroche Note - Esa-Pekka Salonen - Armand Angster - Wilhem Latchoumia - Photo: Robert Becker


Et qui convient bien à cette nuit d'été qui commence à tomber, pleine de mystère.

 

Accroche Note - Kaija Saariaho - Lonh - Françoise Kubler - Photo: Robert Becker

Pour clore la soirée et continuer à faire le chemin de la nuit, Françoise Kubler nous propose dans le crépuscule et le début d'obscurité la superbe pièce de Kaija Saariaho Lonh pour voix et électronique. Le titre signifie "de loin" (amor de lonh ) en occitan, et la pièce, écrite pour une voix soprano et des sons électroniques, ainsi que quelques voix basé sur un poème du XIIème siècle du troubadour Jaufré Rudel qui chante l'amour de la femme partie au loin en mai. 


Accroche Note - Kaija Saariaho - Lonh - Françoise Kubler - Photo: Robert Becker

Accroche Note - Kaija Saariaho - Lonh - Françoise Kubler - Photo: Robert Becker


La musique, électronique est plutôt spectrale tandis que la Françoise Kubler nous chante de sa belle et puissante voix de soprano à la mode des troubadours. La bande son contient aussi des textes en plusieurs langues, des sons de clochettes, gong et voix graves. Sans plus aucun éclairage, dont elle n'a pas besoin, Françoise Kubler en contrepoint virtuose, nous offre sa belle voix qui n'a rien perdu de son éclat, de sa clarté et de sa force.


Accroche Note - Concert Finlandais - Hommage à Kaija Saariaho - Photo: Robert Becker

Un très belle conclusion à cette soirée qui marque aussi la fin de ces trois soirées enchanteresses dans cette ambiance très intime, au plus proche des musiciens. Un vrai plaisir et une belle rencontre que nous offre généreusement Le duo "augmenté" de l'Accroche Note et on se dit "A l'année prochaine.


La Fleu du Dimanche


Pour retrouver le programme des soirées précédentes:

Premier soir: On ne raccroche pas 

Deuxième soir : les compositeurs créent


 

mercredi 1 juillet 2026

Créations Contemporaines avec l'Accroche Note: La musique est vivante, elle naît ici pour notre plus grand plaisir

Pour ces 26èmes Rencontres d'été de musique de chambre de l'Accroche Note à l'église du Bouclier, ce sont les Créations Contemporaines qui sont à l'honneur en ce 1er juillet 2026. 


Accroche Note -  Armand Angster - Edison Denisov - Ode à Che Guevara - Photo: Robert Becker
Accroche Note -  Wilhem Latchoumia - Edison Denisov - Ode à Che Guevara - Photo: Robert Becker



La soirée démarre avec une pièce d'Edison Demisov, le vétéran du groupe, compositeur russe né en 1929, et qui s'est installé en France à la fin de sa vie. Elève de Dmitri Chostakovitch, il a découvert la seconde école de Vienne puis a fondé avec quelques compositeurs proches l'avant-garde de la musique soviétique, peu appréciée dans son pays. Sa pièce Ode (de 1968), hommage à Che Guevara permet à Armand Angster de coiffer le béret du célèbre révolutionnaire pour faire "vrai".


Accroche Note -  Wilhem Latchoumia - Edison Denisov - Ode à Che Guevara - Photo: Robert Becker

Accroche Note -  Armand Angster - Edison Denisov - Ode à Che Guevara - Photo: Robert Becker


Sa clarinette lance des stridences que Wilhem Latchoumia ponctue au piano. Sami Bounechada complète de ses frappes nerveuses aux percussions, puis par un gros coup de gong. Tout cela se calme avec des sons de cloches et les cordes du piano pincées. 


Accroche Note - Charles-David Wajnberg - Interface - Photo: Robert Becker

La deuxième pièce est une création de Charles-David Wajnberg, Interface (2026). Charles-David Wajnberg, qui a étudié avec Pascal Dusapin à Paris au Collège de France puis avec Philippe Manoury à Strasbourg a déjà vu jouer ou créer plusieurs de ses pièces, en particulier au Festival Musica. Ici, c'est une pièce de 15 minutes, pour soprano, flûte, clarinette, trombone, alto, violoncelle et clavier et électronique qui est présentée. 


Accroche Note - Charles-David Wajnberg - Interface - Photo: Robert Becker

Les sons, d'ambiance ou de cris d'oiseau, corne de brume ou cris de goélands, sonnerie de tram ou bruits d'eau se nappent et répondent aux sons des instruments, si ce n'est l'inverse. Les traits de musique se tirent en lamentations. La voix claire et précise de Françoise Kubler qui perce les plaintes. Le trombone qui souffle et couaque, un train qui passe en écho des roulements, et le texte arrive via le synthétiseur. 


Accroche Note - Charles-David Wajnberg - Interface - Photo: Robert Becker

Pour cette création, nous avons bien sûr la soprano Françoise Kubler, à la flûte Lisa Meignin, à la clarinette Armand Angster, au trombone Thierrry Spisser, à l'alto Agnès Maison, au violoncelle Christophe Beau et au clavier et électronique Wilhem Latchoumia. 


Accroche Note - Bruno Mantovani - Moi jeu - Sami Bounechada - Photo: Robert Becker

Le prolixe et multi-récompensé Bruno Mantovani, qui a étudié au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris entre 1993 et 2000 où il à remporté cinq premiers prix et qu'il a ensuite dirigé entre 2010 et 2019 a composé Moi jeu pour marimba en 1998. 


Accroche Note - Bruno Mantovani - Moi jeu - Sami Bounechada - Photo: Robert Becker

C'est une pièce virtuose qui mélange en des frappes délicates et d'autres puissantes et vives aux deux extrêmes de l'instrument. Elle démarre doucement avant d'accélérer puis d' alterner des moments calmes avec brusque accélérations. On assiste ici à une superbe chorégraphie du percussionniste Sami Bounechada qui nous offre une prestation virtuose. 


Accroche Note - Salvatore Sciarino - Ultime Rose - Photo: Robert Becker


Suit, de Salvatore Sciarino, musicien au départ autodidacte, Ultime rose (de "Vanitas") (1981), une pièce pour soprano, violoncelle et piano. Une pièce douce et presque romantique pour laquelle chante des textes des poètes baroques allemands Martin Opitz, Christian Günter et Christoffel von Grimmelshausen. 


Accroche Note - Françoise Kubler - Cristophe Beau - Salvatore Sciarino - Ultime Rose - Photo: Robert Becker
Accroche Note - Wilhem Latchoumia - Salvatore Sciarino - Ultime Rose - Photo: Robert Becker

L'ambiance est délicate, des cordes du violoncelle vibrent ou sifflent, le piano pose ses notes tranquillement et la rose meurt lentement. 


Accroche Note - Françoise Kubler - Yvan Fedele - Aki Haïku - Photo: Robert Becker


Et pour finir en beauté, le plaisir de Françoise Kubler est de créer la quatrième saison des haikus d'Yvan Fedele, l'automne: Aki Haiku (2026) Ce sont de très courtes pièces en japonais où elle est accompagnée à la clarinette basse par Armand Angster, au marimba par Sami Bounechada et au piano par Wilhem Latchoumia. 


Accroche Note - Françoise Kubler - Yvan Fedele - Aki Haïku - Photo: Robert Becker

Le rythme est nerveux Françoise Kubler souffle dans une pièce et rejoint le violoncelle dans une autre. L'une ressemble à une chanson slave et une autre, constituée de bruits de bouche, est accompagnée de bruitages. Une autre est un dialogue avec le violoncelle puis vient une chanson très rapide. 


Accroche Note - Françoise Kubler - Yvan Fedele - Aki Haïku - Photo: Robert Becker
Accroche Note - Françoise Kubler - Yvan Fedele - Aki Haïku - Photo: Robert Becker
Accroche Note - Françoise Kubler - Yvan Fedele - Aki Haïku - Photo: Robert Becker

C'est une véritable performance pour les musiciens et la cantatrice. une très belle oeuvre qui n'est pas dénuée d'humour.  


La Fleur du Dimanche


Et le lien vers la première soirée, le 30 juin 2026, c'est là : On ne raccroche pas !

Et vers la dernière, hommage à Kaija Saariaho : Concert Finlandais

mardi 30 juin 2026

L'Accroche Note ne raccroche pas les instruments l'été: Le plaisir de la diversité: Schumann et Stockhausen pour commencer

 Quand commence l'été, à Strasbourg, l'on se réjouit de passer quelques soirées au frais dans la petite église du Bouclier dans la rue du même nom à la Petite France. 

Eh bien, cette année, le plaisir fut toujours aussi intense, même si la chaleur, intense elle aussi, a chassé la fraîcheur et c'est les portes ouvertes pour faire du courant d'air que nous avons pu profiter de cette première soirée consacrée à Schumann et Stockhausen. Le programme de ces 26èmes Rencontres d'été de musique de chambre fait le grand écart entre le couple allemand, grandes figures de la musique romantique du début du XIXème siècle et le musicien allemand, qui a œuvré dans la musique électronique et dont le catalogue monumental (de même que les oeuvres, souvent monumentales, elles aussi) sont aussi influencées par l'aléatoire, et pour Aus den sieben Tage (Venu des sept jours), par l'intuition. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Pour commencer le concert, ce sera Clara Schumann, la femme que Robert Schumann épousée après quelques péripéties la veille de ses 21 ans (il en avait 9 de plus). C'est un air clarinette et piano créé en 1853. L'original est pour violon mais à l'époque il était courant de réécrire pour un autre instrument. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Le premier mouvement est très court, le deuxième est un dialogue complice entre Wilhem Latchoumia au piano et Armand Angster à la clarinette. Le troisième est plus enjoué et enroulé, comme un flot qui grossit et monte en puissance. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Suivent de Robert Schumann deux Fantasiestücke. La première opus 88 pour piano clarinette et violoncelle de 1842. Idem pour celle-là, elle était originellement écrite pour violon au lieu de la clarinette. Au premier mouvement, le piano mène la danse et le violoncelle conclut. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Le deuxième est plus dansant et sautillant à trois temps, puis ça sautille deux fois plus. C'est gai et allègre et ça s'arrête net. Le troisième est plus lent et rêveur et finit presque funèbre. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker
 

Le quatrième est plus altier avec des changements de rythme. Les trois interprètes sont très à l'écoute entre eux, de vrais complices... 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Suivent les Fantasiestücke opus 73 pour violoncelle et piano de 1849, une sorte de rêverie douce. Au deuxième mouvement, le piano est encore plus doux Wilhem Latchoumia le caresse avant que cela ne s'envole... et finit dans un soupir. Le troisième est vigoureux et enflammé. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Et l'on arrive à Karlheinz Stockhausen et son Tierkreis (Zodiaques) de 1974, pour soprano et piano, une composition "à la carte" où les musiciens sont libres et peuvent adapter la partition. Ce seront les quatre signes du zodiaque Cancer, Lion, Balance et Capricorne qui seront joués. Stockhausen s'est appuyé autant sur les signes que sur les caractères de ses proches qui étaient né(e)s sous ce signe. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Françoise Kubler se fait un plaisir également de nous chanter une belle chanson douce. Pour le Lion, il y aura l'intervention d'une boîte à musique - Stockhausen a fait fabriquer ces boites à musique avec des mélodies qu'il a spécialement composées pour elles. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Pour la Balance, des frappes violentes au piano alternent avec des parties chantées. Un interlude inattendu du public, ou plus précisément, avec le téléphone d'une spectatrice avec une sonnerie qui n'était pas sur la partition, et que sa propriétaire ne reconnait pas. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Une deuxième boîte à musique, celle de Wilhem Latchoumia, puis un air puissant de Françoise Kubler avec un léger accompagnement au piano. Puis à nouveau la boîte à musique ou plutôt les deux qui sont promenées dans le public comme une quête inversée. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Wilhem Latchoumia prend le relais avec le Klavierstück VII (1954), des notes éparses ou liées comme des gouttes après la pluie ou des chutes plus brutales. Un vrai travail de précision du génial pianiste qui nous offre une sorte de dentelle sonore faite de touches ailées et d'éclats massifs. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


Et l'on finit avec un dernier Stockhausen: Aus den sieben Tage (Venu des sept jours) (1968), une pièce pour soprano, clarinette, violoncelle et piano.  Françoise Kubler arrive sur scène avec une tasse et un couvercle pour improviser des percussions et le violoncelle et la clarinette sont cachés sur la tribune. Et pour cette cette pièce "intuitive" il n'y a que les textes pour ces quinze morceaux pour lesquels la soprano et les musiciens doivent donc inventer leur partition. 


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker

Exercice pour lequel ces vieux briscards de l'Accroche Note, fondé en 1981 par Françoise Kubler et Armand Angster et auquel Christophe Beau et Wilhem Latchoumia participent depuis de nombreuses années, n'ont aucun souci et performent haut la main, pour le plus grand plaisir du public fidèle.


Accroche Note - 26èmes Rencontres d'été de Musique de Chambre - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche 


Rendez-vous demain, à la deuxième soirée, ici: Créations contemporaines

Et la dernière, hommage à Kaija Saariaho : Concert Finlandais


dimanche 16 novembre 2025

Avec l'AJAM, le Duo Meder-Hinnewinkel à Bischwiller: un moment de grâce dans une ambiance romantique

 Dans la chaleur boisée de l'église protestante de Bischwiller, le concert proposé par l'AJAM dans cette tournée avec Hugo Meder et Arthur Hinnewinkel arrive comme un ilot de bonheur dans l'automne finissant. Le programme est alléchant, Schumann et Schubert dans des duos violon et piano et les interprètes, jeunes encore, ont déjà fait leurs preuves et récolté quelques récompenses en France et à l'étranger. Arthur Hinnewinkel, après avoir remporté le prix Thierry Scherz et André Hoffman aux Sommets Musicaux de Gstaad enregistre un disque Schumann avec Marc Coppey et Hugo Meder, avec son Trio Pantoum, a produit en avril 2025 un disque, Modern Times autour de Ravel, Srnka et Arensky, salué par la critique. 


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


Le programme commence avec la Sonate pour violon et piano N° 3 en la majeur WoW027 que Robert Schumann avait écrite en 1853 et que Clara Schumann avait fait "disparaitre" de son répertoire et qui n'est réapparue qu'en 1956. 

Le premier mouvement de la sonate, nerveux et enjoué prouve la belle entente entre les deux musiciens. Leur jeu enthousiaste et passionné laisse aussi s'installer des moments de douceur. L'intermezzo, très court, est calme et néanmoins poignant. Dans le Scherzo, enjôleur, qui se termine avec éclat, nous apprécions toujours la belle entente entre les deux musiciens. Il faut noter la merveilleuse sonorité du violon de Hugo Meder, un violon de Carlo Ferdinand Landolfi de 1761 prêté par l'association El Pacito. Le finale, allègre nous permet d'apprécier le va-et-vient très fluide entre violon et piano.


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


Nous passons à Schubert avec sa Sonate en la majeur, appelé aussi "Grand Duo", où les deux musiciens conjuguent leurs talents dans un dialogue constant. Le premier mouvement, un allegro moderato est très intériorisé, tout en délicatesse et en finesse, de la vraie dentelle. Suit un presto où les notes s'envolent, avec vivacité au violon et au piano. L'andantino, un peu nostalgique, comme une chanson triste ou une berceuse, plein d'émotion, se termine en grands éclats. L'allegro vivace plein d'énergie joyeuse, dansant mais mesuré s'emballe brillamment sur la fin.  


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


Après un court entracte, retour à Schumann avec la sonate N° 2 en ré mineur écrite comme la première en 1851. Dans le premier mouvement, violon et piano alternent et se complètent dans une énergie emportée comme dans une course impétueuse. Le scherzo se fait altier et vivace, nerveux qui s'achève dans une envolée finale très tendue. Le troisième mouvement (Leise, einfach) débute par un pizzicato au violon, comme une boite à musique, un air retenu, discret qui contraste avec le jeu du piano plus lyrique. Le violon, après ce moment suspendu continue sur une mélodie plus fluide et les deux interprètes se soutiennent respectivement, dialoguant ou se relayant, dans un bel équilibre, pour finir dans un souffle. Ponctué (le hasard) par un coup de cloche discret. Le dernier mouvement, endiablé et ample, comme une course poursuite avec de multiples retours garde la tension jusqu'à la fin, incluant dans ce tourbillon une citation d'un choral de Bach au piano, comme un dialogue entre la solennité sacrée et le tumulte romantique de Schumann. 


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


L'interprétation de Hugo Meder et Arthur Hinnewinkel apporte autant la fougue que la finesse de leur jeu dans ce magnifique programme et en font un moment exceptionnel. Ils nous gratifient d'une "invention", à savoir un duo au violon et au piano sur la pièce de Schuman Traümerei (Rêverie), le "tube" des Kinderszenen (Scènes d'enfants) qui nous plonge dans un doux et nostalgique ravissement pour nous accompagner sur le chemin du retour.


La Fleur du Dimanche


Les dates de la tournée:

Altkirch | Halle au blé : samedi 15 novembre à 19 h
Bischwiller | Église protestante – dimanche 16 novembre à 17 h
Saverne | Château des Rohan – mardi 18 novembre à 20 h
Colmar | Théâtre municipal – mercredi 19 novembre à 20 h
Mulhouse | Conservatoire – jeudi 20 novembre à 19 h
Strasbourg | Conservatoire – vendredi 21 novembre à 20 h / COMPLET… mais tentez votre chance à la caisse du concert ! (règlement en espèces et chèque uniquement)
Sainte-Marie-aux-Mines | Théâtre municipal – dimanche 23 novembre à 15 h


jeudi 19 juin 2025

Sweeney Todd à l'Opéra National du Rhin: La vengeance du barbier de Fleet Street se déguste chaud avec délice

 Comment peut-on qualifier Sweeney Todd, l'oeuvre de Stephen Sondheim présentée actuellement à l'Opéra National du Rhin à Strasbourg ? On peut parler d'opéra, d'opérette, de comédie musicale, et de théâtre musical. De théâtre dans le théâtre même puisque la scène encadre une autre scène comme décor, représentant ce qui pourrait être un théâtre élisabéthain avec rideau rouge qui se lève. C'est d'ailleurs un peu de cela parce que la pièce commence curieusement par des sonorités d'orgue qui impulsent un ton gothique à l'ouverture, suivi d'une sonnerie un peu grêle de vieille salle de théâtre ou de sifflet d'usine. Et le rideau s'ouvre sur un choeur puissant, qui, comme dans une tragédie antique, nous conte l'histoire du retour du héros après une longue absence, sur fond de vengeance longuement murie.

 

Sweeney Todd - Stephen Sondheim - Opéra National du Rhin - Photo: Klara Beck


Cela continue comme une pièce de Shakespeare pleine de bruit et de fureur, puis s'engage dans une comédie musicale avec chanteurs sonorisés qui nous donnent une réelle impression de spectacle de Brodway - où la pièce a d'ailleurs été créée en 1979. Et tout au long, nous allons balancer entre une très belle variété de modes de jeu, avec grand orchestre, chansons populaires, récitatifs, leitmotivs, chants et duos, textes parlés et airs qui, lancés par un ou plusieurs interprètes sont repris en puissance par le choeur au complet. Qualifiant Sweeney Todd d'"opérette noire", Stephen Sondheim dit même que c'est un film conçu pour la scène. 


Sweeney Todd - Stephen Sondheim - Opéra National du Rhin - Photo: Klara Beck


Et cela en prend effectivement la forme, avec cette mise en scène qui fait penser à un studio de cinéma avec les "fonds de décors" qui sont des photographies "d'époque" et qui nous projettent dans une ville qui oscille entre le film noir et blanc et l'expressionisme de la ville des "temps modernes", avènement du capitalisme. Les autres éléments de décor - en l'occurrence la boutique de Mrs. Lovett et le salon de barbier qui la surplombe - procèdent de la même intention, réduits à l'essentiel et dont les déplacements (simulations de travelling et champs-contrechamps induits par ces déplacements sur roulette) apportent une dynamique de points de vue que les éclairages surlignent en intensité ou en concentration sur les détails et les focales. La musique d'une certaine manière prend cette même fonction, dynamique ou d'emphase, soulignant ou accompagnant, ou renforçant les sentiments ou les actions pendant le déroulé de la pièce.


Sweeney Todd - Stephen Sondheim - Opéra National du Rhin - Photo: Klara Beck


Elle peut-être très changeante, laissant s'étirer des airs ou les chansons, valorisant le personnage de Adolfo Pirelli et son numéro de bonimenteur de foire (Paul Curievici ténor vif et expressif, prenant), ou le bedeau Bamford (Glen Cunningham ténor bien posé) dans son catalogue de chansons populaires un peu naïves, ou le couple Sweeney Todd et Mrs. Lovett dans leur longue litanie gastronomique et comique sur le qualité gustatives des métiers à la fois critique et comique. Cormac Diamond, dans le rôle de Tobias Ragg, en plus de la très belle qualité de son jeu qui bascule d'une exubérance extravertie à une angoisse rentrée, nous offre également un très beau moment d'émotion presque surnaturel dans la scène de la cuisine où il est enfermé. Zachary Altman assure avec sa voix de baryton-basse en Juge Turpin et nous ne pouvons que regretter que le personnage de Marie Oppert qui incarne la fille de Sweeney Todd n'apparaisse pas plus souvent tant sa voix est pleine de grâce et son timbre de soprano clair et lumineux éclaire cette sombre histoire. 


Sweeney Todd - Stephen Sondheim - Opéra National du Rhin - Photo: Klara Beck


N'oublions pas Jasmine Roy qui incarne avec fougue et engagement le rôle énigmatique de la mendiante. Scott Hendricks dans le rôle titre impose sa forte présence scénique et porte le rôle de ce vengeur en série avec toute les nuances et la détermination qui conviennent à ce personnage. Et Nathalie Dessay, très à l'aise dans le personnage apparemment un peu allumé de la cuisinière, parvient à incarner ce personnage à double faces (voir la transformation, pas seulement dans le passage du noir et blanc à la couleur dans le deuxième acte) pas si simple qu'elle n'en a l'air. Elle assure pleinement un rôle assez conséquent avec brio et ses fans le lui signifient avec éclat.


Sweeney Todd - Stephen Sondheim - Opéra National du Rhin - Photo: Klara Beck


Barrie Kosky nous offre ici une mise en scène dynamique, arrivant à nous faire tenir en haleine parmi les multiples rebondissement de l'action et les surprises - autant dans la mise en scène que dans le décor - et s'appuyant sur une scénographie mobile qui nous permet de plonger au coeur de l'action et au plus près des sentiments de personnages et de leur trajectoire. Il nous emmène entre observation pointue et traits d'humour à nous interroger sur le caractère humain et les travers de la société tout en gardant la tension qui monte ou rebondit dans la succession des événements bien amenés. Il nous prend par les sentiments tout en nous laissant juge de la conclusion qu'il laisse ouverte. 


Sweeney Todd - Stephen Sondheim - Opéra National du Rhin - Photo: Klara Beck


Il faut bien sûr saluer la maîtrise du chef, Bassem Akiki avec l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg et les Choeurs de l'Opéra National du Rhin ainsi que les artists de l'Opéra Studio de l'Opéra National du Rhin, pour la qualité d'interprétation de la musique et la cohérence et l'accompagnement musical presque constant des interprètes et au plus près de leur écoute. Et ce d'autant plus que des airs s'entrechoquent et s'opposent et que la plus douce des chansons accompagne le plus violent des actes. En somme une superbe performance, réunion des extrêmes que ce soient les sentiments ou les personnages, les événements et leurs conclusions. Un opéra qui se transforme en film d'horreur.


La Fleur du Dimanche


Sweeney Todd


Du 17 au 24 juin à l'Opéra du Rhin à Strasbourg

Le 5 et 6 juillet à la Filature à Mulhouse


Distribution
Direction musicale
Bassem Akiki
Mise en scène
Barrie Kosky
Reprise de la mise en scène
Martha Jurowski
Décors, costumes
Katrin Lea Tag
Lumières
Olaf Freese
Chef de Chœur de l’Opéra national du Rhin
Hendrik Haas
Les Artistes
Sweeney Todd
Scott Hendricks
Mrs. Nellie Lovett
Natalie Dessay
Anthony Hope
Noah Harrison
Johanna Barker
Marie Oppert de la Comédie-Française
La Mendiante
Jasmine Roy
Tobias Ragg
Cormac Diamond
Judge Turpin
Zachary Altman
Adolfo Pirelli
Paul Curievici
Beadle Bamford
Glen Cunningham
Solistes de l’ensemble
Camille Bauer, Dominic Burns, Sangbae Choï, Alysia Hanshaw, Bernadette Johns, Michał Karski, Pierre Romainville
Chœur de l’Opéra national du Rhin, Orchestre philharmonique de Strasbourg