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dimanche 16 novembre 2025

Avec l'AJAM, le Duo Meder-Hinnewinkel à Bischwiller: un moment de grâce dans une ambiance romantique

 Dans la chaleur boisée de l'église protestante de Bischwiller, le concert proposé par l'AJAM dans cette tournée avec Hugo Meder et Arthur Hinnewinkel arrive comme un ilot de bonheur dans l'automne finissant. Le programme est alléchant, Schumann et Schubert dans des duos violon et piano et les interprètes, jeunes encore, ont déjà fait leurs preuves et récolté quelques récompenses en France et à l'étranger. Arthur Hinnewinkel, après avoir remporté le prix Thierry Scherz et André Hoffman aux Sommets Musicaux de Gstaad enregistre un disque Schumann avec Marc Coppey et Hugo Meder, avec son Trio Pantoum, a produit en avril 2025 un disque, Modern Times autour de Ravel, Srnka et Arensky, salué par la critique. 


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


Le programme commence avec la Sonate pour violon et piano N° 3 en la majeur WoW027 que Robert Schumann avait écrite en 1853 et que Clara Schumann avait fait "disparaitre" de son répertoire et qui n'est réapparue qu'en 1956. 

Le premier mouvement de la sonate, nerveux et enjoué prouve la belle entente entre les deux musiciens. Leur jeu enthousiaste et passionné laisse aussi s'installer des moments de douceur. L'intermezzo, très court, est calme et néanmoins poignant. Dans le Scherzo, enjôleur, qui se termine avec éclat, nous apprécions toujours la belle entente entre les deux musiciens. Il faut noter la merveilleuse sonorité du violon de Hugo Meder, un violon de Carlo Ferdinand Landolfi de 1761 prêté par l'association El Pacito. Le finale, allègre nous permet d'apprécier le va-et-vient très fluide entre violon et piano.


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


Nous passons à Schubert avec sa Sonate en la majeur, appelé aussi "Grand Duo", où les deux musiciens conjuguent leurs talents dans un dialogue constant. Le premier mouvement, un allegro moderato est très intériorisé, tout en délicatesse et en finesse, de la vraie dentelle. Suit un presto où les notes s'envolent, avec vivacité au violon et au piano. L'andantino, un peu nostalgique, comme une chanson triste ou une berceuse, plein d'émotion, se termine en grands éclats. L'allegro vivace plein d'énergie joyeuse, dansant mais mesuré s'emballe brillamment sur la fin.  


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


Après un court entracte, retour à Schumann avec la sonate N° 2 en ré mineur écrite comme la première en 1851. Dans le premier mouvement, violon et piano alternent et se complètent dans une énergie emportée comme dans une course impétueuse. Le scherzo se fait altier et vivace, nerveux qui s'achève dans une envolée finale très tendue. Le troisième mouvement (Leise, einfach) débute par un pizzicato au violon, comme une boite à musique, un air retenu, discret qui contraste avec le jeu du piano plus lyrique. Le violon, après ce moment suspendu continue sur une mélodie plus fluide et les deux interprètes se soutiennent respectivement, dialoguant ou se relayant, dans un bel équilibre, pour finir dans un souffle. Ponctué (le hasard) par un coup de cloche discret. Le dernier mouvement, endiablé et ample, comme une course poursuite avec de multiples retours garde la tension jusqu'à la fin, incluant dans ce tourbillon une citation d'un choral de Bach au piano, comme un dialogue entre la solennité sacrée et le tumulte romantique de Schumann. 


AJAM - Duo Meder - Hinnewinkel - Photo: Robert Becker


L'interprétation de Hugo Meder et Arthur Hinnewinkel apporte autant la fougue que la finesse de leur jeu dans ce magnifique programme et en font un moment exceptionnel. Ils nous gratifient d'une "invention", à savoir un duo au violon et au piano sur la pièce de Schuman Traümerei (Rêverie), le "tube" des Kinderszenen (Scènes d'enfants) qui nous plonge dans un doux et nostalgique ravissement pour nous accompagner sur le chemin du retour.


La Fleur du Dimanche


Les dates de la tournée:

Altkirch | Halle au blé : samedi 15 novembre à 19 h
Bischwiller | Église protestante – dimanche 16 novembre à 17 h
Saverne | Château des Rohan – mardi 18 novembre à 20 h
Colmar | Théâtre municipal – mercredi 19 novembre à 20 h
Mulhouse | Conservatoire – jeudi 20 novembre à 19 h
Strasbourg | Conservatoire – vendredi 21 novembre à 20 h / COMPLET… mais tentez votre chance à la caisse du concert ! (règlement en espèces et chèque uniquement)
Sainte-Marie-aux-Mines | Théâtre municipal – dimanche 23 novembre à 15 h


jeudi 10 octobre 2024

Nemanja Radulovic à l'OPS: Le violon sur le coeur

 Le violoniste serbe presque quarantenaire Nemanja Radulovic, à l'occasion de sa résidence à l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg nous fait le magnifique cadeau de ce concert dédié au violon. Cet artiste mondialement connu qui a déjà sorti de nombreux disques et qui enchaine presque cent concerts par an dans le monde entier (dont l'ouverture des BBC Proms cette année) a commencé le violon à 7 ans. A douze il a le prix de la Ville de Belgrade et l'année d'après le prix Talent de l'année de la République Serbe. L'année suivante il part à Sarrebruck pour y étudier au conservatoire. A quatorze ans il arrive en France, au Conservatoire de Paris pour y étudier avec Patrick Fontanarosa. En plus d'être soliste, il est fidèle à ses partenaires du groupe Double Sens (avec des musiciens de son pays) et l'ensemble Les trilles du Diable. Le nom du groupe n'étonne pas trop parce que lorsqu'il joue, il ressemble à un gentil petit diable. Il jouait avec un violon de Jean-Baptiste Vuillaume de 1943 mais il l'a abandonné pour un autre, anonyme.


OPS - Nemanja Radulovic - Jaime Martin - Khatchatourian - Photo: David Amiot

Le concert débute, sous la direction de Jaime Martin (avec qui il a d'ailleurs joué au BBC Proms en septembre), avec les Danses de Galanta (1933) de Zoltan Kodaly. C'est une pièce qu'il a créée en se basant sur des mélodies de musiciens tzigane de la petite ville de Galanta, des danses hongroises. La pièce est très dansante, avec une longue et lente introduction à la clarinette (impeccable Sébastien Koebel), les vents, flûtes, hautbois sont d'ailleurs à la fête pour l'ensemble du concert. Le début est un peu mélancolique, nostalgique, avec des moments d'emphase et des passages d'équipages (et le glockenspiel des chevaux). C'est bien dansant aussi, surtout dans la deuxième partie, plus orientalisante. Le chef Jaime Martin accompagne tout cela gaiement en dansant lui aussi. Le tempo s'accélère, des grondements s'élèvent et se font plus graves. Le chef, majestueusement distribue les interventions des instruments dans l'espace avec agilité et grâce. S'ensuit une très forte montée en puissance qu'il coupe net. Et la clarinette et le hautbois(formidable  Samuel Retaillaud) lancent leurs dernières mélodies avant la brève et rapide montée finale.


OPS - Nemanja Radulovic - Jaime Martin - Khatchatourian - Photo: David Amiot

Puis, avec le Concerto pour violon en ré mineur d'Aram Katchatourian entre en scène Nemanja Radulovic qui peut démontrer que lui et le violon ne font qu'un. Après une introduction orchestrale et la présentation rapide du thème, il dialogue avec l'orchestre puis execute quelques cadences endiablées. Suit une très beau dialogue entre le violon et la clarinette, toujours magistrale de Sébastien Koebel et d'une extrême finesse. L'orchestre reprend en rythme allègre puis calme le jeu pour un passage plus serein mais le violon s'enflamme à nouveau. 

Dans le deuxième mouvement, c'est le basson qui introduit, suivi du rythme lent des cordes et cela continue presque comme une valse triste. Le mouvement est calme et serein et les cordes basses appuient en pizzicato dans des airs où le violon et l'orchestre se répondent et se soutiennent. Le troisième mouvement, allegro vivace, après une introduction de l'orchestre voit un rapide dialogue entre le violon et l'orchestre et aussi les flûtes, clarinettes, hautbois et autres vents. Les échanges, très dansant sont rapides et la fin claque.


OPS - Nemanja Radulovic - Jaime Martin - Khatchatourian - Photo: Robert Becker

OPS - Nemanja Radulovic - Jaime Martin - Khatchatourian - Photo: Robert Becker


Pour répondre à l'enthousiasme du public, Nemanja Radulovic nous offre en bis, après avoir remercié tout le monde pour l'accueil lors de sa résidence à Strasbourg, un délicat et émouvant duo avec Charlotte Juillard, violon super solo de l'orchestre dans lequel on sent une réelle complicité.


OPS - Charlotte Juillard - Nemanja Radulovic - Photo: Robert Becker


Après l'entracte, la soirée s'achève avec la Symphonie N° 8 en sol majeur "Tchécoslovaque" d'Antonin Dvorak. Le premier  mouvement Allegro con brio est ample et vif tandis que le deuxième est plus grave. Un dialogue s'instaure entre la clarinette, la flûte, le hautbois puis l'orchestre. Et cela devient un peu plus dansant pour finir avec un nouveau dialogue. Dans le troisième mouvement, allegretto grazioso, l'air devient vraiment dansant et léger, simple et léger, toujours avec les vents délicats.

Ce seront les trompettes qui vont lancer le quatrième mouvement avec une sonnerie magistrale et des coups de tambour. Puis les violoncelles de l'orchestre prennent la relève pour une mélodie d'abord posée qui s'accélère et se répète plus ou moins lentement. A la flûte Sandrine François nous joue un solo virtuose et c'est parti pour le retour en variations de la mélodie. Le chef accompagne cela en amples  mouvements empathiques et pour finir, accélère en apothéose dans une bacchanale en éclat grandiose.


OPS - Jaime Martin - Antonin Dvorak - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche


Concert OPS - Nemanja Radulovic

A Strasbourg, le 10 et le 11 octobre au Palais de la Musique et des Congrès.

  

dimanche 1 octobre 2017

Dimanche matin à Musica: Traits d'union entre la musique, les musiciens, les interprètes et le public

Un autre dimanche matin de surprise et de plaisir à Musica: Plaisir évident de jouer de la part des interprètes, pour le plus grand plaisir des auditeurs, parmi lesquels le compositeur Philippe Hurel.


Musica - Alexis Descharmes - D'un Trait - Philippe Hurel - Photo: lfdd

Au programme, rattaché sous le titre "Traits", un trio de morceaux composés par Philippe Hurel d'abord pour l'interprète masculin du jour, Alexis Decharmes "D'un trait" en 2007. Il cède le pas à Alexandra Greffin-Klein qui enchaîne avec la pièce la plus récente (2014), "Trait" pour violon et ils se retrouvent en complicité heureuse avec "Trait d'union" - 2013. 


Musica - Alexandra Greffin-Klein - Trait - Philippe Hurel - Photo: lfdd

Les trois pièces mettent en oeuvre des techniques diverses et variées de jeu (Glissando, cordes frappées, pincées, montée et descente de gamme, pizzicatos,..) passant d'une grande violence à une extrême douceur. Le dialogue de jeu et - la synchronisation entre les deux interprètes dans le dernier morceau - étant un challenge de chaque instant.


Musica - Alexandra Greffin-Klein - Alexis Descharmes - Trait d'union - Philippe Hurel - Photo: lfdd

Comme le dit Philippe Hurel: "La pièce est construite à partir de quelques éléments "énergétiques" particulièrement violoncellistiques qui s'enchainent, se catapultent et se transforment de façon non prévisible. Il y a une sorte d'"animalité" qui s'en dégage, un forme d'urgence et de tension...". En tout cas les interprètes l'ont bien maîtrisé, et le résultat en est époustouflant.


Musica - Alexandra Greffin-Klein - Alexis Descharmes - Trait d'union - Philippe Hurel - Photo: lfdd

Pour la deuxième partie, la "Sonate pour violon et violoncelle" de Maurice Ravel, nous assistons à une pièce un peu plus mélodique. Mais pas que, Ravel disant lui-même: "cette sonate marque un tournant de l'évolution de ma carrière. Le dépouillement y est poussé à l'extrême. Renoncement au charme harmonique, réaction de plus en plus marquée dans le sens de la mélodie." Cependant les deux interprètes, tout en complicité et en sourires en font un beau moment de dialogue enjoué où ils se répondent avec entrain.


Musica - Alexandra Greffin-Klein - Alexis Descharmes - Sonate pour violon et violoncelle - Maurilice Ravel - Photo: lfdd

Philippe Hurel (de dos sur les dernières photos) est présent dans la salle et salue, et l'interprétation des artiste et la salle qui leur réserve un superbe accueil.

La Fleur du Dimanche