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mercredi 20 mai 2026

Avec Madame Arthur, on Voyage, Voyage dans le temps, l'espace et les genres: Un cabaret du Tonnerre

 Créé en 1946 par Monsieur Marcel, le Cabaret Madame Arthur fut le premier lieu où se sont produits des comédien.ne.s et chanteur.euse.s travestis. Parmi elles, les plus connues, et qui sont devenues trans, Coccinelle, venue d'Algérie, Bambi (dont Sébastien Lifschitz a fait un remarquable portrait et qui a fini sa carrière comme professeure de lettres et écrivaine) auxquelles le spectacle rend hommage, ne serait-ce qu'en chantant en final l'hymne de Madame Arthur qu'interprétait Coccinelle avec son bibi. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker


Mais c'est la version moderne, celle du cabaret rouvert en 2015 et qui, se développant après le Covid après 2023 en organisant des tournées hors les murs, fait étape à Schiltigheim (Strasbourg pour les "créatures"), une dernière* étape apparemment, le pianiste Charly Woodoo - Grand Soir faisant ses adieux après une dizaine d'années de bons et loyaux services. Pendant plus de deux heures et demie, les quatre interprètes, Grand Soir déjà cité, Diamanda Callas, "Pierre et la Rose" et La Briochée vont nous trimbaler à travers l'espace et le temps, sur une sorte de piste de rallie, nous laissant deviner les étapes temporelles relatives à l'histoire du cabaret qui s'entremêlent avec des jalons dans l'Histoire des Droits des l'Homosexuel et des Queers, Trans,... 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker


Le rythme ne manque pas et effeuillant le calendrier des dates pilotes, de 2026 à 1712, (avec la vie dissolue du Régent), pour arriver à - 4052 (2 fois 2026) au temps des Grecs et de la démocratie vécue comme une tragédie, les sautes temporelles traversent les genres, autant musicaux que de récits ou de sexe. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker


Ainsi, Céline Dion, Piaf ou Véronique Sanson côtoient le blues, le soul et le rap. Les explications sur les avancées (ou les reculs) de l'égalité des chances - et des sexes (la dépénalisation de l'homosexualité (1982), le mariage pour tous (2013) et les reculs récents aux USA et Sénégal), et les avancées des combats (1969 - Stonewall à New-York pour les ouvertures de lieux alternatifs pour les minorités sexuelles et raciales) qui ont aussi amené le phénomène des Ballrooms pour lesquels milite ardemment Pierre et la Rose.


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Au point que la salle de la Briqueterie s'enflamme d'une énergie exceptionnelle avec un public qui fait un bruit du tonnerre - zigzaguent en parallèle avec 1889 (l'ouverture du Moulin Rouge, premier cabaret à présenter des revues de French Cacan) ou 3048, une vision futuriste du metier, où l'IA et les robots androïdes - et non androgynes - hoquettent leur texte. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker


L'occasion d'une très belle prestation pour Diamanda Callas de nous offrir une magnifique version de Holidays à faire pâlir Michel Polnareff et ses fesses. Diamanda Callas n'a pas seulement une très belle voix, iel joue aussi très bien la comédie, que ce soit en monarque scrivant ou en tragédien déprimé par les reports de voix. Grand Soir de son  côté (côté piano) n'a pas à rougir de son jeu, ni de sa voix, tenant, dans ses costumes d'étoiles le plateau à lui tout seul pendant que les autres se changent. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Il faut dire que les costumes, fabriqués par les ateliers du Cabaret sont sublimes et magnifient ces "créatures", en particulier La Briochée et ses plumes ou Pierre et la Rose, en de superbes atours. Côté voix, La Briochée joue bien de sa large tessiture et de son interprétation sensible pour nous offrir ses adaptations de tubes qui ponctuent le cabaret. De son côté, Pierre et la Rose et son grain de voix rugueux plutôt soul interprète quelques très beaux textes personnels sensibles, et sa défense de la culture des "House" de Balroom et de queer racisées fait son effet dans le décalage qu'elle propose. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker


L'appel à la prise de conscience des spectateurs à qui il est demandé de ne pas juste soutenir le spectacle mais aussi d'être vigilant sur la fragilité des avancées - rappelant au passage que ces cabarets - et "maisons" ont permis à de nombreuses femmes de s'émanciper et de pouvoir se nourrir sans avoir à vendre leurs charmes sous la contrainte. La palette d'adaptation des chansons de répertoire, principalement français est d'une grande classe, les interprétations impeccables et les comédien.ne.s chanteuses mettent tout leur coeur et leur talent et nous subjuguent de leur voix et de leur énergie et nous laissent subjugués après cette incroyable prestation. De la très belle ouvrage (et pas que de dames.


La Fleur du Dimanche


P.S. Vous vous demandez peut-être pourquoi j'ai dit "Un cabaret du Tonnerre" dans le titre. Eh bien, d'une part, iels sont vraiment formidables; ces quatre mousquetaires du rire trans-gressif, et d'autre part, les passages entre chaque époque donne lieu à un terrible grondement qui nous donne le coup de foudre pour ce spectacle.


Le cabaret de Madame Arthur a vu Joseph Ginsbourg accompagner les spectacles dès le début puis son fils Serge (Gainsbourg) prendre sa suite. En 2015, Le Divan du Monde, adjancent à la Salle du Cabaret Mme Arthur, le récupère et le rouvre après transformation et agrandissement (3 salles, 4 étages, 5 bars) mais récemment des tensions apparaissent dans la gestion des équipes (voir Libération du 29 octobre 2025 et Radio France 30 avril 2026

vendredi 21 novembre 2025

Souad Asla et Omar Sosa pour la clôture du Festival Jazzdor: La musique et le rythme par delà les frontières et les siècles

 Le Festival Jazzdor clôt sa 40ème édition à la Briqueterie à Schiltigheim avec un concert rempli de chaleur et de rythme. L'occasion pour Vincent Bessière de saluer le travail de programmation de Philippe Ochem et l'engagement de toute l'équipe de Jazzdor et de tous les intermittents et des 53 bénévoles, et d'annoncer à la fois des changements, de nouveaux projets à venir et des fidélités à cultiver. L'occasion aussi pour Nathalie Jampoc Bertrand, l'adjointe à la Culture de Schiltigheim en délégation de la Maire Danielle Dambach, de célébrer la culture et la musique qui contribuent à l'ouverture sur le monde et à la rencontre. 




C'est d'ailleurs lors d'une rencontre, il y a quelques quinze ans lors du Festival Panafricain à Alger, quand Omar Sosa, le célèbre pianiste cubain, a rencontré Souad Asla, qu'est née l'idée de ce concert, Sahravane, un rencontre entre la musique cubaine et jazz dont l'origine remonte aussi en Afrique et ce groupe de femmes Lemma, qu'a rassemblé Souad Asla, la chanteuse du désert. Tout cela a débouché l'année dernière sur ce concert, Sahravane avec le groupe complété par le guitariste hongrois Czaba Palotaï et le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles, un groupe on ne peut plus cosmopolite.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Pour commencer, ce sont d'abord les quatre femmes, Aziza Tahri, Mebrouka Brik, Rabia Boughazi et Sabrina Cheddad, encadrant Souad Asla qui vont nous offrir une chanson traditionnelle du désert, suivie d'une autre où les percussions rythment les pulsations presque chamaniques. Des mélodies alternant solo et choeurs reprenant la mélodie de leurs voix profondes, sur des tonalités plus basses.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Arrive Omar Sosa qui fait une introduction légère et virtuose au piano puis qui fusionne avec un air plus sentimental chanté par l'ensemble Lemma (assemblée). Le répertoire de Souad Asla va de ces chansons traditionnelles qu'elle sauve de l'oubli, recollectée dans le désert dans le sud-ouest de l'Algérie, dans la région de la Saoura, et d'autres chansons qu'elle adapte, ainsi que du raï, dont des hommages à Cheikha Rimitti (Mama Raï) et à son répertoire et d'autres qu'elle écrit et qu'elle nous propose tout au long de la soirée.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Ce sont des musiques qui nous bercent et nous emportent dans des moments de méditation, presque de transe, ou qui incitent à la danse, ce dont une partie du public ne se prive pas, montant même sur scène à l'exemple d'Omar Sosa qui esquisse quelques figures avec Souad Asla puis avec une spectatrice.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Les chansons, quelques-unes volées aux hommes (les femmes n'ayant pas le droit de chanter en public), d'autres qui parlent de la famille ou du destin, gagnent une touche de modernité par ce brassage avec le jazz, la guitare flexible et versatile de Csaba Palotaï qui peut sonner comme un oud ou une guitare classique, et qui quelquefois devient électrique ou romantique.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Gustavo Ovalles, lui passe sans souci des maracas à la batterie, jongle avec les baguette, les tambours et les djembés ou un grand tambour avec une dextérité inégalée. Il se hasarde même à faire des percussions aquatiques et ruisselantes et à nous conter une petite histoire dans sa langue.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

De son côté, tel une araignée à six pattes, avec sa barbiche de petit djin diabolique et taquin, Omar Sosa balance entre son piano, son clavier électronique et son synthétiseur. Il enchante les touches, virevolte et s'amuse comme un fou, dialoguant avec Souad et les chanteuses et ses musiciens avec lesquels le courant passe à merveille. Une fusion positive et énergique inonde la  scène et submerge la salle, conquise. 


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Souad Asla s'accompagne d'un guembri (un instrument interdit aux femmes qu'elle a appris à jouer en cachette) et lance un dialogue joyeux avec Omar Sosa qui s'éclate entre son piano, et les nappes de son synthé, arrivant même à faire émerger un air de flûte et, continuant à inscrire dans les corps, avec les percussions diverses jouées par les quatre femmes de Lemma, de belles pulsations.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Ainsi, entre lentes mélopées langoureuses ou rythmes dansants, la soirée s'installe dans une ambiance dépaysante et festive, amenant les percussionnistes à occuper la scène sur laquelle Souad Asla va effectuer une sorte de longue danse de résurrection, émergeant de son voile noir brodé dont elle s'était couvert la tête.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Ainsi s'achève ce voyage entre les chants du désert qui ont rencontré les vagues dansantes du jazz métissé d'Omar Sosa, une rencontre riche et généreuse. La virtuosité du jazzman et de ses compagnons apportant un souffle nouveau à cette culture ancestrale et méditative, les deux styles s'enrichissant dans un dialogue ouvert et fructueux. Et le public est conquis. Un succès mérité.


La Fleur du Dimanche