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mercredi 20 mai 2026

Avec Madame Arthur, on Voyage, Voyage dans le temps, l'espace et les genres: Un cabaret du Tonnerre

 Créé en 1946 par Monsieur Marcel, le Cabaret Madame Arthur fut le premier lieu où se sont produits des comédien.ne.s et chanteur.euse.s travestis. Parmi elles, les plus connues, et qui sont devenues trans, Coccinelle, venue d'Algérie, Bambi (dont Sébastien Lifschitz a fait un remarquable portrait et qui a fini sa carrière comme professeure de lettres et écrivaine) auxquelles le spectacle rend hommage, ne serait-ce qu'en chantant en final l'hymne de Madame Arthur qu'interprétait Coccinelle avec son bibi. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker


Mais c'est la version moderne, celle du cabaret rouvert en 2015 et qui, se développant après le Covid après 2023 en organisant des tournées hors les murs, fait étape à Schiltigheim (Strasbourg pour les "créatures"), une dernière* étape apparemment, le pianiste Charly Woodoo - Grand Soir faisant ses adieux après une dizaine d'années de bons et loyaux services. Pendant plus de deux heures et demie, les quatre interprètes, Grand Soir déjà cité, Diamanda Callas, "Pierre et la Rose" et La Briochée vont nous trimbaler à travers l'espace et le temps, sur une sorte de piste de rallie, nous laissant deviner les étapes temporelles relatives à l'histoire du cabaret qui s'entremêlent avec des jalons dans l'Histoire des Droits des l'Homosexuel et des Queers, Trans,... 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker


Le rythme ne manque pas et effeuillant le calendrier des dates pilotes, de 2026 à 1712, (avec la vie dissolue du Régent), pour arriver à - 4052 (2 fois 2026) au temps des Grecs et de la démocratie vécue comme une tragédie, les sautes temporelles traversent les genres, autant musicaux que de récits ou de sexe. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker


Ainsi, Céline Dion, Piaf ou Véronique Sanson côtoient le blues, le soul et le rap. Les explications sur les avancées (ou les reculs) de l'égalité des chances - et des sexes (la dépénalisation de l'homosexualité (1982), le mariage pour tous (2013) et les reculs récents aux USA et Sénégal), et les avancées des combats (1969 - Stonewall à New-York pour les ouvertures de lieux alternatifs pour les minorités sexuelles et raciales) qui ont aussi amené le phénomène des Ballrooms pour lesquels milite ardemment Pierre et la Rose.


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Au point que la salle de la Briqueterie s'enflamme d'une énergie exceptionnelle avec un public qui fait un bruit du tonnerre - zigzaguent en parallèle avec 1889 (l'ouverture du Moulin Rouge, premier cabaret à présenter des revues de French Cacan) ou 3048, une vision futuriste du metier, où l'IA et les robots androïdes - et non androgynes - hoquettent leur texte. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker


L'occasion d'une très belle prestation pour Diamanda Callas de nous offrir une magnifique version de Holidays à faire pâlir Michel Polnareff et ses fesses. Diamanda Callas n'a pas seulement une très belle voix, iel joue aussi très bien la comédie, que ce soit en monarque scrivant ou en tragédien déprimé par les reports de voix. Grand Soir de son  côté (côté piano) n'a pas à rougir de son jeu, ni de sa voix, tenant, dans ses costumes d'étoiles le plateau à lui tout seul pendant que les autres se changent. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Madame Arthur - Photo: Robert Becker

Il faut dire que les costumes, fabriqués par les ateliers du Cabaret sont sublimes et magnifient ces "créatures", en particulier La Briochée et ses plumes ou Pierre et la Rose, en de superbes atours. Côté voix, La Briochée joue bien de sa large tessiture et de son interprétation sensible pour nous offrir ses adaptations de tubes qui ponctuent le cabaret. De son côté, Pierre et la Rose et son grain de voix rugueux plutôt soul interprète quelques très beaux textes personnels sensibles, et sa défense de la culture des "House" de Balroom et de queer racisées fait son effet dans le décalage qu'elle propose. 


Madame Arthur - Photo: Robert Becker


L'appel à la prise de conscience des spectateurs à qui il est demandé de ne pas juste soutenir le spectacle mais aussi d'être vigilant sur la fragilité des avancées - rappelant au passage que ces cabarets - et "maisons" ont permis à de nombreuses femmes de s'émanciper et de pouvoir se nourrir sans avoir à vendre leurs charmes sous la contrainte. La palette d'adaptation des chansons de répertoire, principalement français est d'une grande classe, les interprétations impeccables et les comédien.ne.s chanteuses mettent tout leur coeur et leur talent et nous subjuguent de leur voix et de leur énergie et nous laissent subjugués après cette incroyable prestation. De la très belle ouvrage (et pas que de dames.


La Fleur du Dimanche


P.S. Vous vous demandez peut-être pourquoi j'ai dit "Un cabaret du Tonnerre" dans le titre. Eh bien, d'une part, iels sont vraiment formidables; ces quatre mousquetaires du rire trans-gressif, et d'autre part, les passages entre chaque époque donne lieu à un terrible grondement qui nous donne le coup de foudre pour ce spectacle.


Le cabaret de Madame Arthur a vu Joseph Ginsbourg accompagner les spectacles dès le début puis son fils Serge (Gainsbourg) prendre sa suite. En 2015, Le Divan du Monde, adjancent à la Salle du Cabaret Mme Arthur, le récupère et le rouvre après transformation et agrandissement (3 salles, 4 étages, 5 bars) mais récemment des tensions apparaissent dans la gestion des équipes (voir Libération du 29 octobre 2025 et Radio France 30 avril 2026

vendredi 23 janvier 2026

Les Scouts à Schiltigheim - Bloody Mairie - Marie tu ne dors pas encore, et nous en rions encore

 A presque quarante ans de collaboration avec la Mairie de Schiltigheim, les Scouts courent toujours. Et leurs idées vagabondent et pétillent. Comme un cocktail à base de Champagne (ou de bière de la cité des brasseurs) ou de tout autre breuvage aphrodisiaque, psychotrope ou tout simplement euphorisant, ils nous apportent sur un plateau délirant un tir nourri de salves d'humour. Leur nouvelle revue Bloody Mairie est un mélange savant de gags, de mots d'esprit, de chansons (aux paroles bien sûr adaptées aux préoccupations du moment), de chorégraphies fort bien écrites (par le fidèle Bruno Uytter) et allègrement interprétées par l'ensemble de la troupe. C'est aux accents martiaux de la chanson de Jacques Brel  "Au Suivant" que démarre l'enrôlement au Service national volontaire du maigre soldat (Jean-Philippe Meyer, vrai caméléon tout au long da la pièce puisqu'il incarne entre autres Poutine, Bernard Arnaud, Pierre Jakubowzic ou un "maire amer" d'un petit village à côté de Schiltigheim) qui sera chargé de "sauver la France" du désamour de la politique locale. La politique, elle sera à tous les étages bien sûr avec une très belle parodie de "L'homme de Cro-magnon" qui voit s'affronter l'homme de Cro-Macron avec l'homme de Cro-Matignon. Sauver son argent est aussi le slogan du trio d'ultra-riches qui quittent le paquebot France en croisant un certain Frédéric Bierry avec sa bouée qui essaye de quitter le Grand Est.


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Notons que cette année, c'est sur deux très grands écrans judicieusement disposés sur la scène que le décor change et nous emmène d'un tableau à l'autre, ce qui donne un petit côté bande dessinée à l'ambiance. Sur ces écrans sont à l'occasion diffusées des Images Animées plus vraies que nature pour la campagne électorale de la candidate qui n'a pas peur de toucher à l'Intelligence (Artificielle) de ses électeurs et les effrayer avec des monceaux de détritus que traverse le tram, ou des rats géants qui envahissent la place Kléber.

L'humour est souvent acerbe, les Scouts n'ayant pas la dent douce rongée de caries, et, ni les postiers, ni les fonctionnaires avec leurs RTT et leurs congés maladies bien organisés, ni les banquiers ne sont épargnés.


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Le public lui-même - que Patricia Weller par exemple secoue un peu pour le réveiller - n'est pas préservé, qui se fait traiter de "Boomer",  avec ses illusions et souvenirs de jeunesse libérée des années 60-70, fumeur et b...eur inconscient. Et son ignorance du vocabulaire des djeuns l'oblige à se raccrocher à sa copine La Rousse et son copain Robert Petit pour ne pas être en PLS et se faire troller, mais je ne vais pas tout vous spoiler


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


L'humour semble aussi porter une dose d'autodérision quand il est question de fuites urinaires et de fatigue des Pyrénées (la géographie est aussi malmenée, avec le Lac de Gérardmer qui navigue entre la Bretagne et le Jura). Mais dans ce type de revue, il est normal de renverser les règles, comme dans le jeu télévisé de Pascal Praud sur WCNews Pétain Express où le candidat qui gagne perd. 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Pour la séquence "artistique" aussi, où le Louvre et son affaire du collier de la Reine donne lieu à un dévoilement surréaliste d'une "oeuvre" lorgnant autant du côté de Marcel Duchamp que de Johannes Tyba. Sur le registre du suspense, la sobriété et l'austérité de la séquence du commissariat est un petit bijou d'angoisse très bien distillé. 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Les jeunes recrutés au Service national volontaire ne sont pas non plus protégés, tout comme les pauvres, qui bouffent mal et qui économisent un Euro soixante sur les frais d'obsèques grâce à leur carte de fidélité . 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Mais les meilleures situations, analyses et caricatures sont celles qui traitent des élections municipales, comme le titre alléchant le laisse espérer. Le processus de constitution d'une liste électorale lors d'une réunion mémorable par un maire omnipotent est un sommet à la Kafka qui culmine par la constitution, dans un objectif démocratique, d'une liste d'opposition par le même maire. 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Les deux séquences consacrées à l'arène strasbourgeoise sont d'un humour extrême, que ce soit le regard caustique sur les deux candidates "soeurs ennemies", Catherine Trautmann et Jeanne Barseghian dans une magnifique séquence de travestissement en miroir (Saluons au passage la costumière Rita Tataï et ses petites mains Ségolaine et Hélène ainsi que Florence Bohnert et Magali Rauch pour la variété et la créativité des costumes). 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Le jeu des comédiens et comédiennes est impeccable et leur changement de costume et de personnage nous surprend au point que quelquefois nous ne les reconnaissons pas sous leur déguisement, même si nous identifions quelquefois Patricia Weller, toujours aussi montée sur ressort et prête à bondir, Nathalie Mercier qui pousse bien la chansonnette; Murielle Rivemale en mère et femme au commissariat, Sophie Nehama qui a toujours sa belle voix, Raphaël Scheer magistral, Alexandre Sigrist et sa barbe et sa belle voix puissante et le nouveau Jules Pan, bien en juvénile.


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

 La Revue doit aussi beaucoup aux "musiciens de l'ombre" sous la direction de Michel Ott qui ponctuent les tableaux (par exemple un "I can Get No" que l'on croirait joué par les Rolling Stones ou toutes les mélodies qui s'enchainent, dont la série "Bleue") - sauf Sylvain Troesch qui se met en pleine lumière avec sa guitare acoustique pour le tableau final pour un "Foutez-moi la Paix" qui "ruine" la chanson de Stephan Eicher en une chanson scoute ("Toujours prêt") - et donc Pilou Wurtz, Anne List, Laura Strubel, Romain Bolli, Mathias Hecklen Obernesser, Mathieu Zirn, Sébastien Kanmacher et toutes les équipes techniques. 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Sans oublier le regard artistique de Denis Germain et la scénographie de Bruno Boulala. Et Marie Chauvière et Faysal Benbahmed qui jouent en alternance avec Raphaël et Murielle. Et surtout le grand ordonnateur et dynamiteur de Cocktail, Daniel Chambet-Ithier, appelé Molotov, le mixologue metttreur en scène de ce magnifique spectacle explosif et tonitruant, digne héritier de l'esprit, Hamster Jovial de la troupe a qui nous souhaitons encore une longue vie*.


La Fleur du Dimanche


Pour les dates et les réservations, c'est là: Bloody Mairie


* Nous savons d'ores et déjà que le personnage de la Maire de Schiltigheim, Danielle Dambach va disparaître de la revue car Patricia Weller lui a rendu un muet et émouvant hommage en mimant les événements et rebondissements qui ont parqué son mandat. 

vendredi 21 novembre 2025

Souad Asla et Omar Sosa pour la clôture du Festival Jazzdor: La musique et le rythme par delà les frontières et les siècles

 Le Festival Jazzdor clôt sa 40ème édition à la Briqueterie à Schiltigheim avec un concert rempli de chaleur et de rythme. L'occasion pour Vincent Bessière de saluer le travail de programmation de Philippe Ochem et l'engagement de toute l'équipe de Jazzdor et de tous les intermittents et des 53 bénévoles, et d'annoncer à la fois des changements, de nouveaux projets à venir et des fidélités à cultiver. L'occasion aussi pour Nathalie Jampoc Bertrand, l'adjointe à la Culture de Schiltigheim en délégation de la Maire Danielle Dambach, de célébrer la culture et la musique qui contribuent à l'ouverture sur le monde et à la rencontre. 




C'est d'ailleurs lors d'une rencontre, il y a quelques quinze ans lors du Festival Panafricain à Alger, quand Omar Sosa, le célèbre pianiste cubain, a rencontré Souad Asla, qu'est née l'idée de ce concert, Sahravane, un rencontre entre la musique cubaine et jazz dont l'origine remonte aussi en Afrique et ce groupe de femmes Lemma, qu'a rassemblé Souad Asla, la chanteuse du désert. Tout cela a débouché l'année dernière sur ce concert, Sahravane avec le groupe complété par le guitariste hongrois Czaba Palotaï et le percussionniste vénézuélien Gustavo Ovalles, un groupe on ne peut plus cosmopolite.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Pour commencer, ce sont d'abord les quatre femmes, Aziza Tahri, Mebrouka Brik, Rabia Boughazi et Sabrina Cheddad, encadrant Souad Asla qui vont nous offrir une chanson traditionnelle du désert, suivie d'une autre où les percussions rythment les pulsations presque chamaniques. Des mélodies alternant solo et choeurs reprenant la mélodie de leurs voix profondes, sur des tonalités plus basses.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Arrive Omar Sosa qui fait une introduction légère et virtuose au piano puis qui fusionne avec un air plus sentimental chanté par l'ensemble Lemma (assemblée). Le répertoire de Souad Asla va de ces chansons traditionnelles qu'elle sauve de l'oubli, recollectée dans le désert dans le sud-ouest de l'Algérie, dans la région de la Saoura, et d'autres chansons qu'elle adapte, ainsi que du raï, dont des hommages à Cheikha Rimitti (Mama Raï) et à son répertoire et d'autres qu'elle écrit et qu'elle nous propose tout au long de la soirée.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Ce sont des musiques qui nous bercent et nous emportent dans des moments de méditation, presque de transe, ou qui incitent à la danse, ce dont une partie du public ne se prive pas, montant même sur scène à l'exemple d'Omar Sosa qui esquisse quelques figures avec Souad Asla puis avec une spectatrice.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Les chansons, quelques-unes volées aux hommes (les femmes n'ayant pas le droit de chanter en public), d'autres qui parlent de la famille ou du destin, gagnent une touche de modernité par ce brassage avec le jazz, la guitare flexible et versatile de Csaba Palotaï qui peut sonner comme un oud ou une guitare classique, et qui quelquefois devient électrique ou romantique.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Gustavo Ovalles, lui passe sans souci des maracas à la batterie, jongle avec les baguette, les tambours et les djembés ou un grand tambour avec une dextérité inégalée. Il se hasarde même à faire des percussions aquatiques et ruisselantes et à nous conter une petite histoire dans sa langue.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

De son côté, tel une araignée à six pattes, avec sa barbiche de petit djin diabolique et taquin, Omar Sosa balance entre son piano, son clavier électronique et son synthétiseur. Il enchante les touches, virevolte et s'amuse comme un fou, dialoguant avec Souad et les chanteuses et ses musiciens avec lesquels le courant passe à merveille. Une fusion positive et énergique inonde la  scène et submerge la salle, conquise. 


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Souad Asla s'accompagne d'un guembri (un instrument interdit aux femmes qu'elle a appris à jouer en cachette) et lance un dialogue joyeux avec Omar Sosa qui s'éclate entre son piano, et les nappes de son synthé, arrivant même à faire émerger un air de flûte et, continuant à inscrire dans les corps, avec les percussions diverses jouées par les quatre femmes de Lemma, de belles pulsations.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Ainsi, entre lentes mélopées langoureuses ou rythmes dansants, la soirée s'installe dans une ambiance dépaysante et festive, amenant les percussionnistes à occuper la scène sur laquelle Souad Asla va effectuer une sorte de longue danse de résurrection, émergeant de son voile noir brodé dont elle s'était couvert la tête.


Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker

Souad Asla & Omar Sosa - Sahravane - Jazzdor - La Briqueterie - Photo: Robert Becker


Ainsi s'achève ce voyage entre les chants du désert qui ont rencontré les vagues dansantes du jazz métissé d'Omar Sosa, une rencontre riche et généreuse. La virtuosité du jazzman et de ses compagnons apportant un souffle nouveau à cette culture ancestrale et méditative, les deux styles s'enrichissant dans un dialogue ouvert et fructueux. Et le public est conquis. Un succès mérité.


La Fleur du Dimanche

jeudi 17 avril 2025

La Dolce Vita de Stefano di Battista: La musique ensoleillée du Sud, à Schiltigheim, entre Naples et la Sicile

 Stefano di Battista est un musicien qui aime le soleil et la chaleur, qui aime aussi la musique et ses amis et collègues musiciens. Et il aime l'Italie et le public. On le constate à la manière qu'il a de nouer les complicités avec ses quatre accompagnateurs pour ce concert La Dolce Vita dans la belle salle de la Briqueterie à Schiltigheim pour une soirée placée sous le signe du soleil et de la nostalgie. Et aussi comment il sympathise avec le public, s'adressant à lui avec familiarité, identifiant ce couple qui devine les titres des morceaux qu'il va jouer (et marquant les point gagnés et perdus par chacun), et arrivant à débusquer "le" couple d'italiens de Naples. 


La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Il adresse un geste particulier à untel ou unetelle dans la salle, dont il découvre avec un plaisir non dissimulé le nombreux public - depuis la scène, il n'en avait pas mesuré l'importance avant qu'on mette un peu de lumière sur le fond. Et c'est non sans un certain humour, qu'il propose au "junior" de la troupe, Matteo Cutello (26 ans - "il en avait 25 hier!") de faire une photo à envoyer à ses parents. C'est ce qu'il fait d'ailleurs, et même une vidéo - du public enthousiaste en fin de concert. Comme gag, humour de répétition, il taquine aussi les rivalités entre Napolitains et Siciliens (les Alsaciens connaissent bien ce type d'humour). Mais il est aussi, d'une certaine façon, nostalgique. Ce qu'en Angleterre on pourrait nommer spleen, en portugais saudate, c'est plutôt ici Amarcord (je me souviens), le côté rêverie mélancolique, assorti d'une langueur amoureuse qui a fait le bonheur du cinéma et de la chanson italienne.


La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Et cela tombe bien pour nous, parce que Stefano di Battista est effectivement et essentiellement un musicien hors pair, un saxophoniste sensible et talentueux et il dispose d'un vaste répertoire dans lequel il peut puiser. Il l'avait fait précédemment avec l'excellent et éclectique compositeur Ennio Morricone. Et pour ce nouveau programme, il visite autant les musiques de films italiens des années 50 à 80, que la chanson de variété de qualité (dont le prix Eurovision de la Chanson) ou les tubes historiques dont les multiples interprétations sont arrivées jusqu'à nous en France, de Lucio Dalla à Paolo Conte.


La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Mais il ne se contente pas de les interpréter. Avec son groupe, et en particularité avec le pianiste Frédéric Nardin (qui avait déjà fait ce travail sur le précédent album), il leur donne une touche particulière et surprenante. Cela débute par Tu vuò fa l'americano, une chanson les années 50 de Renato Carosone et Nicola Salerno, balancée et entraînante, avec lui au saxophone et Matteo Cutello à la trompette qui forment un beau couple avec un beau mariage sonore, le son velouté du saxophone et la précision claire et pointue de la trompette. Soutenus par le rythme vif de la contrebasse de Daniele Sorrentino et Luigi Del Prete à la batterie.


La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Cela continue sur le même élan avec l'air de La vita è bella, composée par le grand musicien de films Nicola Piovani pour le film éponyme de Roberto Begnini (Oscar de la meilleure musique de film) pour lequel Stefano di Battista et Matteo Cutello s'engagent dans une très belle joute endiablée.


La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Changement de style avec le tube de Lucio Dalla, Caruso un hommage au ténor Enrico Caruso, une version plus nostalgique que celle, pathétique, d'origine. Tout comme la version du Via con me de Paolo Conte qui gagne ici en vélocité. Curieusement, la version de Volare (Nel blu dipinto di blu) de Domenico Modugno - gagnante du Festival de Sanremo en 1958 et représentant l'Italie à l'Eurovision mais qui a eu plus de succès que la chanson française (Dors, mon amour, qui a remporté le prix, mais largement oubliée depuis) - est encore plus mélancolique et désenchantée que l'originale.


La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Suit un air de Piero Umiliani, Sentirsi Solo que jouait le personnage de Chet Baker, interprété par Ethan Hawke, dans le film Born to be Blue mais que joue le trompettiste canadien Kevin Turconte. Effectivement le morceau n'a pas été composé pour ce film, mais Chet Baker le jouait souvent lors de ses séjours à Rome et en Italie, justement avec Enrico Rava et Piero Umiliani . Et c'est vrai que le côté désespéré et fragile également bien rendu dans cette version lui va bien.


La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


On ne quitte pas le côté nostalgique, voire dramatique avec La califfa composé par Ennio Morricone pour le film d'Alberto Bevilacqua avec Romy Scheider, une très belle balade où le piano de Frédéric Nardin et le saxophone soprano de Stefano di Battista dansent non pas sous la baguette, mais sous les doux balais du batteur Luigi Del Prete. On continue avec une autre composition d'Ennio Morricone, The Good, the Bad and the Ugly (Le bon, la Brute et le truand) issu de son précédent disque Morricone stories, une version bien dopée, où l'on sent la très belle union et harmonie dans le groupe.


La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Pour le "rappel" prémédité, la sympathique troupe nous offre La dolce vita qui a donné son titre au concert, hommage au film film éponyme de Fellini, le maître de la nostalgie italienne au cinéma - souviens toiAmarcord. Et pour cela, Stefano Di Battista et Matteo Cutello font une incursion acoustique dans la salle, autant pour prouver leur grand talent que pour se frotter au public, comme je le disais plus haut. Et le public est doublement ravi.


La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

On peut apprécier la qualité de jeu - sans micro et avec, les cuivres donnent toute leur subtilité de sonorités. Cette subtilité que l'on pouvait aussi apprécier avec la sonorisation tout au long du concert. Le son est magnifique et la précision des instruments impeccable. Le piano aurait peut-être gagné à être un peu plus présent pour mieux apprécier la dentelle sonore que nous tricottait avec délicatesse et vélocité Frédéric Nardin. Daniele Sorrentino, maitre de la contrebasse, lui nous impressionnait avec son toucher puissant et rapide, un géant du rythme. Luigi Del Prete de son côté, qui remplaçait André Ceccarelli a fait preuve des belles variations dans son jeu, autant à l'aise dans les rythmes rapides que pour les morceaux plus doux et ses quelques solos étaient brillants. Stefano Di Battista au saxophones soprano et alto et Matteo Cutello à la trompette étaient eux comme deux très vieux complices, arrivant à s'accorder ensemble avec virtuosité sur des airs où ils jouaient de manière complémentaire, tout comme ils alternaient quelques solos, Stefano Di Battista quittant quelquefois la scène pour laisser toute la place à Matteo Cutello. Mais il lui arrivait aussi de poser une main amicale sur l'épaule de Frédéric Nardin avec qui on sentait une très belle connivence.


La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

La Dolce Vita - Stefano di Battista - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Cette ambiance qui sourd aussi dans la salle et se propage auprès toutes et tous et vaut un double rappel, non attendu par Stefano qui nous gratifie de sa version de La cosa buffa d'Ennio Morricone du film La Cosa Buffa (La drôle d'affaire) réalisé en 1972 par Aldo Lado et adapté du roman éponyme de Giuseppe Berto. Cela nous vaut une très originale valse hésitation de Matteo Cutello pour se joindre au maestro Stefano di Battista et assurer sa suite. Et la soirée arrive à son apogé (si vous connaissez les parents de Matteo demandez-leur de vous montrer la vidéo). En tout cas pour le public cela a été une très belle découverte - ou plutôt une redécouverte sous un forme nouvelle - de chansons et mélodies qui nous suivent depuis longtemps et que nous avons pu apprécier ici avec une nouvelle vision, remises à neuf presque avec une nouvelle vie pour ces douceurs italiennes, délicieuses, tendres et bourrées d'énergie.


La Fleur du Dimanche 


Prochain Concert de La Dolce Vita de Stefano di Battista à l'Opéra National de Bordeaux - 19 avril 2025