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vendredi 23 janvier 2026

Les Scouts à Schiltigheim - Bloody Mairie - Marie tu ne dors pas encore, et nous en rions encore

 A presque quarante ans de collaboration avec la Mairie de Schiltigheim, les Scouts courent toujours. Et leurs idées vagabondent et pétillent. Comme un cocktail à base de Champagne (ou de bière de la cité des brasseurs) ou de tout autre breuvage aphrodisiaque, psychotrope ou tout simplement euphorisant, ils nous apportent sur un plateau délirant un tir nourri de salves d'humour. Leur nouvelle revue Bloody Mairie est un mélange savant de gags, de mots d'esprit, de chansons (aux paroles bien sûr adaptées aux préoccupations du moment), de chorégraphies fort bien écrites (par le fidèle Bruno Uytter) et allègrement interprétées par l'ensemble de la troupe. C'est aux accents martiaux de la chanson de Jacques Brel  "Au Suivant" que démarre l'enrôlement au Service national volontaire du maigre soldat (Jean-Philippe Meyer, vrai caméléon tout au long da la pièce puisqu'il incarne entre autres Poutine, Bernard Arnaud, Pierre Jakubowzic ou un "maire amer" d'un petit village à côté de Schiltigheim) qui sera chargé de "sauver la France" du désamour de la politique locale. La politique, elle sera à tous les étages bien sûr avec une très belle parodie de "L'homme de Cro-magnon" qui voit s'affronter l'homme de Cro-Macron avec l'homme de Cro-Matignon. Sauver son argent est aussi le slogan du trio d'ultra-riches qui quittent le paquebot France en croisant un certain Frédéric Bierry avec sa bouée qui essaye de quitter le Grand Est.


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Notons que cette année, c'est sur deux très grands écrans judicieusement disposés sur la scène que le décor change et nous emmène d'un tableau à l'autre, ce qui donne un petit côté bande dessinée à l'ambiance. Sur ces écrans sont à l'occasion diffusées des Images Animées plus vraies que nature pour la campagne électorale de la candidate qui n'a pas peur de toucher à l'Intelligence (Artificielle) de ses électeurs et les effrayer avec des monceaux de détritus que traverse le tram, ou des rats géants qui envahissent la place Kléber.

L'humour est souvent acerbe, les Scouts n'ayant pas la dent douce rongée de caries, et, ni les postiers, ni les fonctionnaires avec leurs RTT et leurs congés maladies bien organisés, ni les banquiers ne sont épargnés.


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Le public lui-même - que Patricia Weller par exemple secoue un peu pour le réveiller - n'est pas préservé, qui se fait traiter de "Boomer",  avec ses illusions et souvenirs de jeunesse libérée des années 60-70, fumeur et b...eur inconscient. Et son ignorance du vocabulaire des djeuns l'oblige à se raccrocher à sa copine La Rousse et son copain Robert Petit pour ne pas être en PLS et se faire troller, mais je ne vais pas tout vous spoiler


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


L'humour semble aussi porter une dose d'autodérision quand il est question de fuites urinaires et de fatigue des Pyrénées (la géographie est aussi malmenée, avec le Lac de Gérardmer qui navigue entre la Bretagne et le Jura). Mais dans ce type de revue, il est normal de renverser les règles, comme dans le jeu télévisé de Pascal Praud sur WCNews Pétain Express où le candidat qui gagne perd. 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Pour la séquence "artistique" aussi, où le Louvre et son affaire du collier de la Reine donne lieu à un dévoilement surréaliste d'une "oeuvre" lorgnant autant du côté de Marcel Duchamp que de Johannes Tyba. Sur le registre du suspense, la sobriété et l'austérité de la séquence du commissariat est un petit bijou d'angoisse très bien distillé. 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Les jeunes recrutés au Service national volontaire ne sont pas non plus protégés, tout comme les pauvres, qui bouffent mal et qui économisent un Euro soixante sur les frais d'obsèques grâce à leur carte de fidélité . 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Mais les meilleures situations, analyses et caricatures sont celles qui traitent des élections municipales, comme le titre alléchant le laisse espérer. Le processus de constitution d'une liste électorale lors d'une réunion mémorable par un maire omnipotent est un sommet à la Kafka qui culmine par la constitution, dans un objectif démocratique, d'une liste d'opposition par le même maire. 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Les deux séquences consacrées à l'arène strasbourgeoise sont d'un humour extrême, que ce soit le regard caustique sur les deux candidates "soeurs ennemies", Catherine Trautmann et Jeanne Barseghian dans une magnifique séquence de travestissement en miroir (Saluons au passage la costumière Rita Tataï et ses petites mains Ségolaine et Hélène ainsi que Florence Bohnert et Magali Rauch pour la variété et la créativité des costumes). 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

Le jeu des comédiens et comédiennes est impeccable et leur changement de costume et de personnage nous surprend au point que quelquefois nous ne les reconnaissons pas sous leur déguisement, même si nous identifions quelquefois Patricia Weller, toujours aussi montée sur ressort et prête à bondir, Nathalie Mercier qui pousse bien la chansonnette; Murielle Rivemale en mère et femme au commissariat, Sophie Nehama qui a toujours sa belle voix, Raphaël Scheer magistral, Alexandre Sigrist et sa barbe et sa belle voix puissante et le nouveau Jules Pan, bien en juvénile.


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker

 La Revue doit aussi beaucoup aux "musiciens de l'ombre" sous la direction de Michel Ott qui ponctuent les tableaux (par exemple un "I can Get No" que l'on croirait joué par les Rolling Stones ou toutes les mélodies qui s'enchainent, dont la série "Bleue") - sauf Sylvain Troesch qui se met en pleine lumière avec sa guitare acoustique pour le tableau final pour un "Foutez-moi la Paix" qui "ruine" la chanson de Stephan Eicher en une chanson scoute ("Toujours prêt") - et donc Pilou Wurtz, Anne List, Laura Strubel, Romain Bolli, Mathias Hecklen Obernesser, Mathieu Zirn, Sébastien Kanmacher et toutes les équipes techniques. 


Les Scouts - Bloody Mairie - Schiltigheim - Photo: Robert Becker


Sans oublier le regard artistique de Denis Germain et la scénographie de Bruno Boulala. Et Marie Chauvière et Faysal Benbahmed qui jouent en alternance avec Raphaël et Murielle. Et surtout le grand ordonnateur et dynamiteur de Cocktail, Daniel Chambet-Ithier, appelé Molotov, le mixologue metttreur en scène de ce magnifique spectacle explosif et tonitruant, digne héritier de l'esprit, Hamster Jovial de la troupe a qui nous souhaitons encore une longue vie*.


La Fleur du Dimanche


Pour les dates et les réservations, c'est là: Bloody Mairie


* Nous savons d'ores et déjà que le personnage de la Maire de Schiltigheim, Danielle Dambach va disparaître de la revue car Patricia Weller lui a rendu un muet et émouvant hommage en mimant les événements et rebondissements qui ont parqué son mandat. 

mercredi 2 avril 2025

Dernières nouvelles du large de Patrick Robine au Rond-Point: Houle et moule avec île flottante

 Patrick Robine a démarré très jeune un parcours éclectique et ne l'a jamais quitté. Autant avec ses métiers divers et variés (apprenti vendeur, photographe industriel, démonstrateur en grand magasin,..) que dans ses études, (école des frères maristes, recalé aux Beaux Arts mais reçu aux cours de théâtre avec le premier prix de diction), puis passant du chant à la danse et à la plonge (dans un cabaret à Montréal), qui lui a sans doute inspiré ses histoires marines. Il devient aussi nez dans la parfumerie, observe avec intérêt les arbres et écoute le chant des oiseaux. 


Dernières Nouvelles du large- Patrick Robine - Jean-Michel Ribes


D'ailleurs il mime magnifiquement, et le grand séquoia centenaire implanté en Auvergne, et les pins coupés en taille landaise en Aquitaine, mais également les pommes de terre (entre autres celle du Connecticut "Composée à 78 % d’eau, sans prédateur particulier, sinon le sanglier et l’Allemand qui en raffole, elle se fait sauter en robe de chambre ou en cocotte.") ou les oeufs, pas en cocotte mais au plat. Tout comme il se lance dans une imitation de chants d'oiseaux rares (entre autres, toute une série de sarcelles). Il peut devenir - ou survenir - subitement un robinet qui fuit. Son talent pour faire advenir une univers étrange et décalé n'a d'égal que son paquebot qui ressemble plus à une usine ou une boulangerie. Et la mer est un vaste terrain d'aventure mouvant, tout comme l'île flottante et voyageuse qui se laisse dériver et héberge une moule géante dont la rencontre va être le summum de ce spectacle bourré de surprise, de fausses routes et d'occasions de se perdre en chemin. 


Dernières Nouvelles du large- Patrick Robine


Les virelangues et les jeux de mots, les inventions sorties des circonvolutions de son cerveau qui tourne à cent à l'heure et prend des chemins de traverses avant de refaire demi-tour nous mène en paquebot au point de nous perdre. Les chemins biscornus et erratiques sont partagés avec le comédien qui lui aussi quelquefois se perd dans les arcanes de sa mémoire et de cette expédition surréaliste. Et les raccourcis qu'il prend nous font tomber de Charybde en Scylla avec un petit plaisir masochiste plus ou moins volontaire. Mais le vent du large est toujours frais et joyeux et il s'engouffre avec véhémence dans notre cerveau.


Et nous souhaitons bon vent à Patrick Robine et Jean-Michel Ribes, cet équipage de joyeux déconstructeurs qui nous offrent Dernières nouvelles du large au Théâtre du Rond-Point que retrouve Jean-Michel Ribes. Ce dernier tentant de maintenir un cap flou qui dessert l'île flottante avec la moule qui devient notre vaisseau spatial pour un transport en commun vers un autre univers.


La Fleur du Dimanche 


Dernières nouvelles du large 

Patrick Robine, Jean-Michel Ribes

jusqu'au 13 avril au Théâtre du Rond-Point - Paris

Puis du 18 avril au 11 mai 2025 à la Scène Libre à Paris 

Dernières Nouvelles du large

Salle Jean Tardieu
du mercredi au vendredi, 19h30 - samedi, 18h30 - dimanche, 15h30
Relâche : les 7 et 8 avril

Distribution
De et avec : Patrick Robine
Mise en scène : Jean-Michel Ribes
Lumière : Hervé Coudert
Son : Guillaume Duguet
Assistanat à la mise en scène : Olivier Brillet 

Mentions de production
Production Compagnie Jean-Michel Ribes
Avec le soutien du Ministère de la Culture

vendredi 24 janvier 2025

A Star is Burnes avec les Scouts toujours à la Briqueterie: Make Scout great again

 Trente-six ans que les Scouts (toujours) bivouaquent à la Briqueterie à Schiltigheim pour asséner leur humour jovial (comme Hamster) et leur ironie caustique (en soude de la Saint-Thur) pour la plus grande joie des spectateurs (et la plus grande inquiétude des politiques qui s'y font croquer au menu). Cette année, "maudite", c'est A Star is Burnes




Bien sûr il y en a un qui s'en sort haut la main (peau de lapin), c'est Donald qui non seulement ouvre le show en flamboyance, mais qui rassemble ses complices Vladimir et Benjamin (un beau trio Holà! bien imité - avé l'assent, pas du midi bien sûr) pour faire un Hold Up sur les spectateurs. Et comme cela ne lui suffit pas, il rachète aussi un "Bon Coin d'Alsace" - village pittoresque niché "en moyenne montagne" emblématique mais ruiné qui servira de base arrière à l'Alsace entière pour "envahir" le monde et le pacifier en exportant son architecture. Comme d'habitude, la troupe est survoltée et les jeux de mots fusent, les chansons - excellentes et toujours très bien interprétées - ponctuent la soirée. L'orchestre sous la direction de Michel Ott (Kaes Charrette en personne) les accompagne et donne de la puissance et du rythme (s'il en manquait) à la soirée. 


Les Scouts - A Star is Burnes - Photo: strasbourgphoto.com


La vingtaine de sketches sur près de deux heures s'enchainent sans temps mort. Ca démarre par un catalogue - long comme un mur sans fin - de jeux de mots des métiers du bâtiment pour casser, non des briques, mais la déprime (Rénov) ambiante. Cela continue avec la série des Urgences et les portraits tirés à la scie (tron sonneuse) des politiques et de l'économie saignée (à blouse blanche) avec un Emmanuel (mythe) errant dans les couloirs à côté de la plaque - table des opérations (ou plutôt soustractions). 


Les Scouts - A Star is Burnes - Photo: strasbourgphoto.com


On y assiste aussi à la ronde des présidents qui abusent de la démocratie inconsciente, à un nouvelle forme de pèlerinages "vert"  à l'Hôtel de Ville avec des disciples "Haré Gallia" et une très réussie "valse hésitation" droite-gauche de l'opposition municipale qui se positionne sur l'échiquier en vue des municipales, face au public, au point de douter de sa gauche. La politique est bien sûr égratignée, tout comme le projet du tram qui donne lieu à un poétique épisode de prospective-fiction avec de savoureux ours blancs à la Station Grand Nord rêvée. 


Les Scouts - A Star is Burnes - Photo: strasbourgphoto.com


Les sujets d'actualité comme les licenciements à la volée (qui est volé ? dans ce grand marasme économique des grandes entreprises comme Michelin, Auchan, Casino - ce n'est pas du jeu...) traités de manière originale, tout comme le départ de Dolly (qui plane vers les US au désespoir de son amant-amoureux) ou le robot d'Elon Musk (qui a plus de facilité à apprendre les gros mots alsaciens que de travailler) ou la déprime (le Burne out - Bure'n out) du paysan bio obligé de se reconvertir dans le porno bio (en animation légumière), sont bien troussés . Bien troussées (un peu trop d'ailleurs) aussi, les soeurs qui "accueillent" un certain abbé un certain hiver. 


Les Scouts - A Star is Burnes - Photo: strasbourgphoto.com


Plus engagé ou poétique, les versions fin du monde vues sous la mode comique chez le coiffeur ou onirique avec Le scaphandrier. Franchement délirante et carrément gaga, la précocité des poupons qui en crèche s'organisent en bande de marmots trafiqueurs (excellents costumes) sous la bénédiction des parents libéraux et du pédiatre complice. Notons l'originalité de la scénographie et du décor de Bruno Boulala qui inclut quelques grands écrans qui participent totalement aux récits avec des bouts de l'histoire qui s'y déroulent - dont l'épisode du feuilleton télé dans lequel l'habitante de Hautepierre (toujours excellent Patricia Weller) prend la main sur les émissions en direct. 


Les Scouts - A Star is Burnes - Photo: strasbourgphoto.com

Notons que les comédiens - et comédiennes - sont comme à l'accoutumée excellent(e)s dans leurs multiples rôles assumés sur la soirée, donc, en plus de Patricia, Nathalie Mercier, Murielle Rivemale et sa chanson Bardella l'a (Quand Marine est là), Emma Massaux et la dynamique Sophie Nehama. Et du côté masculin, les inoxydables Fayssal Benbahmed, Raphaël Scheer, Jérôme Lang, Yann Hartmann, Jean-Philippe Meyer, Alexandre Sigrist (excellent en commandant Bayrou). 


Les Scouts - A Star is Burnes - Photo: strasbourgphoto.com


Tous avec des noms d'étoiles d'Hollywood (ne les loupez pas dans le programme du spectacle). N'oublions pas le maitre de cérémonie, à la plume et à la mise en scène, Daniel Chambet-Ithier (le rescapé des Scouts antiques) assisté de Denis Germain et les musiciens, et les quelques chorégraphies dansées par la folle troupe savamment coordonnées par Bruno Uytter. Et bien sûr toute l'équipe technique sans qui tout cela n'aurait pas eu lieu, et un grand salut à Rita Tatai pour la création et la réalisation des costumes avec son Atelier La Colombe.


Les Scouts - Panneau-Rama des affiches du début - Photo: Robert Becker

Et bien qu'il soit dit dans le spectacle que "L'humour c'est la politesse du désespoir", l'on ne sort pas vraiment désespéré de ce spectacle bouillonnant, plein d'invention, avec une folle envie de se secouer les urnes dans les temps à venir. Et quand les cloches (d'Schelle) sonneront le rappel des prochaines échéances, nous nous souviendrons de ces petites leçons de poil-à-gratter (le c...?) distillées dans les méandre de notre cervelle (de veau) et nous dirons, avec les Scouts, comme tous les ans: Toujours prêts!


La Fleur du Dimanche


A Schiltigheim jusqu'au 2 mars


Puis en tournée à Niederbronn-les-Bains, Bischwiller, Sélestat, Saverne, Mutzig, Cernay, Muntzenheim, Village Neuf, Ostwald

https://www.acte5.fr/revue-scoute/



vendredi 15 novembre 2024

IA d'la Joie à la Choucrouterie: L'intelligence Alsacienne avec humour et knak(e)s

 30 c'est le nombre de revues que nous a déjà proposé Roger Siffer et sa formidable - et inoxydable - équipe de joyeux lurons dans la Choucrouterie, ce cabaret à Strasbourg où l'on rit deux fois plus que normalement.


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker


D'une part en Français, et, juste à côté en Alsacien. Mais différemment. Parce que les deux humours ne sont pas forcément les mêmes. Ce qui provoque quelque décalage - et explications de textes sur le mode d'emploi des deux versions de cette nouvelle revue "IA d'la Joie" et "IA IA het Sie g'sait un..."  . "Ah Voilà!"


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

30, c'est aussi la limitation de vitesse dans les zones de convivialité et qui nous donne droit à un magnifique sketch sur la cohabitation en ville et les rencontres, superpositions, frictions, ballets entre piétons, automobilistes, cyclistes... et... chute en trottinette, très bien senti, écrit et décrit, et dansé. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Cela nous permet de saluer toute la partie dansée et chorégraphiée qu'ont développé les comédiennes et comédiens et à laquelle on ne prête pas toujours attention. Les chorégraphies conçues Charlotte Dambach pour la revue de cette année sont quelquefois très osées. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Pour certaines scènes, les interprètes en arrivent à pousser les murs de la très petite scène de la Chouc' et à agrandir l'espace avec leurs voltes et leurs cabrioles et leurs manèges. Un grand bravo aussi aux créatrices des costumes et de la scénographie, Carole Deltenre et Estelle Duriez et leur équipe qui ont fait preuve d'imagination et de talent pour des costumes nombreux et à la fois beaux et originaux qui collent parfaitement aux différents sketches. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Pour n'en citer que quelques-uns, justement les costumes de ce sketch (entre autre le chapeau des automobilistes, véritable oeuvre d'art, celui du Dr Paul Watson (qui veut sauver les baleines dans ls lac de Gérard dans les Vosges) ou le chapeau "Nid de Cigogne" plus vrai que nature ou les costumes d'inspiration Bauhaus et Schlemmer - surtout le magnifique costume de Suzanne Mayer. Sans oublier le costume à poches kangourou de la sirène Barseghian et la coiffure "requin" de Jean-Philippe Vetter..... Et j'en oublie...


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker


Le rythme ne faiblit pas tout au long des presque deux heures de spectacle où les deux douzaines de tableaux s'enchaînent sur un rythme fou, à l'image du sketch "Les Urgences" où les deux protagonistes n'endossent pas moins d'une quinzaine de fonctions face à un client venu cherche un paquet. L'alternance entre critique de l'actualité, égratignâge des personnalités politiques ou faits de société alterne avec des tableaux chantés - et dansés où les mélodies connues font passer des message avec des paroles écrites sur mesure. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

L'Y'a d'la joie de Trenet qui inspire le titre français de la revue est l'occasion d'un panorama de l'I.A. qui "oublie" la "plus belle des Vallées" (Le Val de Villé natal de Roger Siffer). L'I.A. qui permet aussi la résurrection de Chilbert Meyer ex-maire de Colmar - et le jeu de mots-valise délirants de Guy Riss dont le dictionnaire personnel doit aussi peser le double d'un dictionnaire normal. Ou une variations surréaliste du triangle amoureux. Capri c'est fini nous offre dans une tendance nostalgique et émouvante et même poignante une ode amoureuse à la disparition des Caddie. Le summum de l'émotion étant atteint par la version Je l'aide à mourir de la chanson de Francis Cabrel, dans une mise en scène sobre et très psychanalytique de "l'aidant" sur des paroles  très fortes et touchantes qui pourtant manient un humour des plus noir. Ne serait-ce le sujet, le texte de Sébastien Bizzotto et son interprétation nous saisissent. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Les aventures du grand Tétras par Béatrice Keck sur la chanson de Néna est plus poétique. Et les Castors permettent une belle mise en fable de la politique. La politique qui n'est bien sûr pas absente, avec le discret et controversé ministre alsacien (ou lorrain ?) du gouvernement et les péripéties de l'opposition à la municipalité strasbourgeoise où chacun en prend pour sa veste (certaines se retournant trop souvent). 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

La Maire de Strasbourg (dynamique et expressive Marie Hattermann) n'étant pas en reste quand elle plonge dans le bain des réseaux sociaux sou la houlette de sa conseillère (imperturbable Susanne Mayer). 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Arthur Gander incarne quelques personnages hauts en couleur, dont le "videur" du marché de Noël changé de gérer les "invasions" au ralenti de Vikings (Lines) aux tempes grises et le supporter du Racing qui fait "grève" et qui, dans le tableau qui succède découvre son besoin de tendresse dans un duo viril et touchant avec Sébastien Bizzotto. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

N'oublions pas l'inénarrable Jean-Pierre Schlagg dont on nous raconte le sketch (interdit aux Français) sur le bureau de vote) et Nathalie Keck qui officie aussi principalement dans la salle "alsacienne" - et biens sûr Magalie Ehlinger qui viendra remplacer dans le futur Marie Hattermann. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker


Jean-René Mourot, lui joue du piano à quatre mains, deux alsaciennes et deux françaises, ce qui ne l'empêche pas en plus de donner la réplique sur certaines scènes et également de chanter à l'unisson. Un véritable homme-orchestre. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Et une équipe sur scène qui se démènent comme vingt, et ce n'est pas en vain. Rendons encore un grand hommage à Céline d'Aboukir qui a réussi un mise en scène trépidante et à Cyrille Siffer qui apporte toute la lumière sur la(les) scène(s). Et les tâcherons de l'ombre, j'ai nommé les graphomanes anonymes qui entre jeux de mots et mots d'esprits nous instillent humour et pensée critique sur les moeurs de nos concitoyens et les agissements de nos femmes et hommes politique. 


IA d'la joie - La Choucrouterie - Photo: Robert Becker

Un grand merci et cent mille bravo (comme des ballons) à cette belle troupe à laquelle nous souhaitons encore une belle destinée pour cette nouvelle cuvée du trentenaire.


La Fleur du Dimanche 


IA d'la Joie" et "IA IA het Sie g'sait un...

A la Choucrouterie du 15 novembre  2024au 30 mars 2025

dimanche 1 septembre 2024

Les Gros patinent bien à Bussang: Un duo de choc fait un carton dans un voyage imagénaire

 Retour aux sources, ou aux Racine, ou plutôt au Shakespeare pour ce couple de théâtre qui a gagné son Molière avec la pièce Les Gros patinent bien qui a toute sa place dans la programmation du Théâtre du Peuple à Bussang. D'une part effectivement parce que Pierre Gillois a dirigé ce théâtre de 2005 à 2011 où il a déjà présenté une pièce avec Olivier Martin-Salvan,  Le Gros, la vache et le mainate, mais aussi parce qu'il y a un côté shakespearien dans cette épopée Les Gros patinent bien


Les gros patinent bien - Pierre Guillois - Olivier Martin-Salvan - Photo: Robert Becker


Bien qu'ils ne soient que deux comédiens, il y a une foule de personnages et d'animaux qui vont passer sur scène pendant cette heure et demie de pur délire sans limite. C'est un couple étonnant, l'un, un genre de gentleman anglais, ou écossais - ou peut-être même danois (il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark) - bien enveloppé et vêtu d'un costume brun rayé, que l'on va découvrir assis sur une chaise et qui, presque toute la durée de la pièce, va soliloquer dans un anglais proto-shakespearien pour nous décrire son odyssée, partant du fin fond d'un fjord des îles Féroé pour traverser les terre et les mers à la fois pour retrouver une sirène qui l'a prise à son hameçon alors qu'il l'a pêché dans les eaux froides septentrionales et pour échapper lui-même à la justice, accumulant, au fur et à mesure de son épopée des meurtres plus ou moins volontaires. L'autre, un genre de crevette maigre, dégingandé, vêtu d'un slip noir - si ce n'est moins - qui se démène comme un beau diable, court à cour et à jardin pour porter à bout de bras et accrocher dans le décor à la fois le décor, les accessoires et porter les costumes, accessoires et animaux dont il est question dans le récit du premier. Et tout cela en carton !

 

Les gros patinent bien - Pierre Guillois - Olivier Martin-Salvan - Photo: Fabienne Rapeneau


Car poussant à la limite du théâtre d'objet ou de l'art conceptuel, nous nous trouvons face à des objets (en carton) qui nous donnent le sens par le texte qui est écrit dessus:  un - gros - marteau, une canne à pêche, une chaussure, des patins à glace, un marmotte, une crotte. Sinon le support - un carton en carton qui au temps du cinéma muet expliquait la situation ou transcrivait les paroles - définit ici le lieu, l'état, l'objet ou le phénomène: un pays, la qualité d'un paysage, la météo, un orage, un coucher de soleil, la brume, la pluie, la forêt (dans un clin d'oeil au lieu - Bussang- pour la faire apparaître (la forêt) il faut "ouvrir les portes" (voir le billet précédent). Ainsi nous balançons entre Joseph Kosuth et Joël Ducorroy, mais également du côté du dessin animé (en mots animés), avec, par exemple les travelling des différents voyages à travers les paysages. A noter le regard caustique sur l'évolution moderne du paysage ici égratigné, et les autres aspects écologiques qui arrivent à trouver leur - juste et précise - place dans le déroulé du récit. Il y a d'autres clins d'oeils un peu plus "lourds" lorgnant du côté du doigt, ou plus - mais le public semble apprécier, en tout cas ceux qui se sont exprimés. Le public s'exprime aussi quelquefois dans le bon sens moral, bien sûr, soutenu par l'animateur, comme à la télé.


Les gros patinent bien - Pierre Guillois - Olivier Martin-Salvan - Photo: Robert Becker


De ce déroulé, défilé, périple, on se demande comment les comédiens - surtout Pierre Guillois - arrivent à en assumer le rythme fou, mais aussi l'ordre strict -(heureusement qu'il y a quatre petites mains supplémentaires en coulisse. Sans oublier les déguisements et la maîtrise - et l'animation - des accessoires. Tout cela nous emporte dans un tourbillon ébouriffant, à perdre haleine (et baleine et harpon et sirène). Si ce n'était que cela... 


Les gros patinent bien - Pierre Guillois - Olivier Martin-Salvan - Photo: Robert Becker



Il y a en plus, de la part de Pierre Guillois une gestuelle époustouflante, des attitudes magnifiques, une grâce divine dans les mouvements, une souplesse dans les articulations et, last but not least, une expressivité du visage et surtout des yeux, extraordinaire et d'un résultat quelquefois inquiétant ou franchement comique (le regard de la mouette est un must). Et laissons à Olivier Martin-Salvan cette qualité de rhéteur volubile prolixe, polyglotte et éloquent. Et remercions-le de nous avoir permis de comprendre aussi facilement un langue étrangère (un mélange de feroïen et de ferkelkechose) sans sous-titre, sans peine et en riant (pas comme la mouette).

En résumé: un spectacle inclassable joué par un duo inénarrable, un moment inoubliable pour une soirée impeccable.


La Fleur du Dimanche


Le spectacle tourne en Alsace: A Vendenheim - Le Diapason, mais également à Saverne - Espace Rohan - Relais culturel de la Ville de Saverne et à Saint Louis - Théâtre La Coupole.

Il y a le choix et aussi partout ailleurs en France - voir le site de Pierre Guillois:


https://www.pierreguillois.fr/spectacle/les-gros-patinent-bien/


dimanche 19 mai 2024

Armour au Festival Perspectives: Quand la carapace se fend et que les corps s'emmêlent

 Cirque ou danse? Catch ou tendresse ? Erotisme ou sensualité ? Le trio d'Armour, Arno Ferrera et Gilles Polet à la conception et au jeu avec Charlie Hession qui les rejoint au plateau, nous emmène tout d'abord dans une démonstration de catch ou de lutte romaine. Combat solitaire pour commencer dans cet espace trifrontal au plus proche des spectateurs. Les lumières qui vont éclairer les corps sur la scène sont entre les rangées de spectateurs, en plus des rampes au sol. Le corps chute, et le son de cette chute emplit l'espace de cette église Sankt Jakob, dans la nef de laquelle nous sommes installés. Un comparse complice le rejoint pour une série d'empoignades musclées. Les muscles des corps se bandent, les respirations se font fortes, le troisième comparse relaye celui qui va souffler un peu. 


Armour - Arno Ferrera - Gilles Polet - Charlie Hession


Une chorégraphie de corps en enchevêtrements et en nouages, en empoignades et en bascules, en jetés et en portés, renversés. Le match se transforme graduellement en un ballet de corps plus lisses, plus souples, moins violent, plus dansés. La douceur s'installe, les regards se font aimables, désirables, provoquants aussi quelquefois. Le jeu se calme, la fragilité transparaît, les justaucorps colorés sont défaits, les corps se dénudent, les peaux se frôlent. Des tableaux, figures symboliques, crucifixions et piétas prennent forme pour culminer dans un trio des trois grâces où l'appui se fait dans le string de chacun des trois dans une totale décomplexion, très bien vécue - avec rire et humour - par les spectateur(trice)s. 


Armour - Arno Ferrera - Gilles Polet - Charlie Hession


La question du désir (attrapé par la queue) et de la sexualité évacuée, ils vont  s'affubler de noires armures de gladiateurs modernes rembourrées et multiplier les portés et les constructions et empilements variés. Egalement une échappée vers la danse folklorique en rythme sur un air irlandais qui les fait tourner autour de la piste. Puis une parenthèse de douceur, une chanson douce presque chuchotée et à nouveau des portés, des entremêlements de corps. Des surprenantes constructions de corps deviennent une bête curieuse qui se déplace à six pattes et quatre pieds. 


Armour - Arno Ferrera - Gilles Polet - Charlie Hession


Et l'on repart sur une autre direction avec le démantèlement des carapaces, avec plus de douceur et qui tend vers une séquence toute en douceur, à fleur de peau et de sensualité. On pourrait l'imaginer aller un peu plus loin dans le jeu du désir et de la sensualité, mais les mâles préfèrent prendre le chemin de l'humour et de la dérision dans une scène où le chanson d'amour reprise en duo traverse en écho de la bouche au fondement.


Armour - Arno Ferrera - Gilles Polet - Charlie Hession


On sent une réelle complicité entre les trois protagonistes qui arrivent avec beaucoup de délicatesse ou tantôt de force et d'énergie à déconstruire les schémas habituels de la masculinité et de la virilité. Et le dispositif scénique au plus proche des protagonistes aide bien à se mêler à leurs étreintes partagées. Un moment très fort.


La Fleur du Dimanche


Au Festival Perspectives à Saabrücken: Star Show - L'infiniment petit nous transporte dans la Lune

 Le Festival Perspectives à Saarbrücken entame sa 47ème année, mêlant le théâtre, le cirque, la danse, la musique et le cinéma, le tout dans un bain linguistique au moins franco-allemand pour ouvrir les frontières à la fois à l'esprit et à l'art et la culture. Une pièce de théâtre, Elles vivent sera présentée le 25 mai à Sarreguemines et le spectacle musique et danse de Philippe Decouflé Stéréo aura lieu deux soirs, le 23 et 24 mai au Carreau de Forbach. Le théâtre filmique The Making of Berlin de la troupe belge Berlin, dont nous avons parlé dans notre billet du 18 avril a été présentée le 17 et 18 mai à la Alte Feuerwache à Saarbrücken.


Star Show - Alan Floc'h - Photo: Greg Bouchet



Nous, nous plongeons dans une petite forme, presque du théâtre de chambre avec Star Show de la Compagnie Bakélite qui se joue dans la petite salle du théâtre überzwerg où les spectateurs sont très proches - et pour cause - du comédien Alan Floc'h. Celui-ci est installé dans une structure en bois avec devant lui une "paillasse" de laboratoire - une table à carreaux de céramique blanche sur laquelle est posé un mégaphone. 


Star Show - Alan Floc'h - Photo: Greg Bouchet


Nous comprenons que nous allons assister à un théâtre d'objet et que la comédien ne va pas bouger de sa chaise (ce qui n'est pas vrai), quand nous découvrons sous le mégaphone un minuscule astronaute dans son scaphandre blanc. Celui-ci va subir toute une série d'exercices dans une petite boite de conserve sensée représenter une cabine spatiale. La magie opère et nous nous sommes projetés dans un autre espace, entre la station de tir et l'espace intersidéral, pour nous retrouver au final sur la lune après toute une série d'épisodes poétiques et humoristiques où des objets très simples nous content des péripéties avec force effets sonores, lumineux et fumigènes. 


Star Show - Alan Floc'h - Photo: Greg Bouchet


C'est bourré d'inventivité autant que de simplicité et de clarté de lecture. Les surprises sont nombreuses et nous enchantent. Nous faisons littéralement partie du voyage et nous sommes à des milliers de kilomètres de notre terre quand, Alan Floc'h nous posons le pied sur la Lune dans une ambiance étrange. 


Star Show - Alan Floc'h - Photo: Greg Bouchet


Il faut saluer également son expressivité qui nous fait partager tous les états que traverse ce minuscule voyageur de l'espace réduit à une figurine de trois centimètres de haut en nous transmettant avec presque rien toute une gamme de sentiments et de réactions. Un magnifique voyage plein de surprises et de rebondissements.


La Fleur du Dimanche

samedi 20 janvier 2024

La Revue Scoute à Schilick: Extra, tes restes: l'Humour scout toujours prêt (à les trier)

 Cela fait 50 ans qu'une joyeuse bande d'"Indianer jaunes" ont créé le café-théâtre de l'Ange d'Or à la Krutenau, et Patrick Chevallier, l'un de ses fondateurs, avec Daniel Chambet-Ithier, était dans la salle pour en témoigner. Et c'est là que les premiers spectacle des "Scouts" fut créé. Et cette année, c'est la quarantième Revue de Scouts, qui s'est installée depuis trente-cinq ans à Schiltigheim. De quoi donner des angoisses (de vieux) à Dani qui, en préambule, avant de frapper les trois coups, nous parle de "Grand remplacement", la vague qui submerge tout, constituée d'une espèce dont on ne comprend pas grand-chose, qui n'a pas les mêmes habitudes, ni les mêmes attitudes que les membres de la troupe, mais à priori également du public dans la salle de la Briqueterie: les jeunes, cette curieuse engeance dont le fonctionnement demeure mystérieux. Et dont on ne sait à priori qu'une chose: ils ne viennent pas voir les Scouts. Ce en quoi ils ont tort. Parce que le spectacle, en tout cas le cru 2024 Extra, tes restes, est extra, formidable, une vraie cure de rire et d'humour, de dérision et d'autodérision. Une dose d'humour qui devait être prescrite pas la Sécurité Sociale et avec laquelle par exemple les "catarrheux vivront une embellie pulmonaire". Bref, un vent frais, vent du matin, qui emporte tout un chacun dans un bain - de jouvence - vivifiant.


La Revue Scoute - Extra, tes restes - Photo: Patrick Kupferschlaeger


Dès que le rideau se lève, se dévoile la grande scène au fond de laquelle un décor avec une forme olympique (les anneaux) derrière lequel se cache le grand orchestre (Pilou Wurtz, Anne List, Laura Strubel, Mathias Hecklen-Obermesser, Sylvain Troesch, Mathieu Zirn, Sébastien Kanmacher), sous la direction de Michel Ott dynamise le rythme, accompagne les magnifiques adaptations de chansons ou d'airs courts qui ponctuent les sketches. Les paroles de ces chansons, fort bien choisies, et en relations avec les séquences d'humour sont magnifiquement interprétées par la troupe par Nathalie Mercier et Sophie Néhama (Lettre à France de Polnareff), et parmi les hommes Alexandre Sigrist, qui, avec sa voix de chanteur d'opéra, pousse très souvent la chansonnette (très loin). 


La Revue Scoute - Extra, tes restes - Photo: Patrick Kupferschlaeger


Les nouvelles paroles pourraient très bien devenir un tube, tant les textes sont ciselés. Et l'on passe des "Loups ..." de Reggiani (qui deviennent des Bout'chou = les jeunes) à Renaud, ou Gilbert Montagné - On va s'aimer > trier) (Boney M ou un air traditionnel en électro-techno et une très belle version de Porché te vas ou encore d'une chanson de Joe Dassin. C'est carrément presque un tour de chant entrecoupé de sketches. Des fois même la chanson s'immisce dans le sketch "Et j'ai trié, Aline...."). De quoi prendre un grand plaisir. Et n'oublions pas les inventives chorégraphies de Bruno Uytter.


La Revue Scoute - Extra, tes restes - Photo: Patrick Kupferschlaeger


Plaisir également dans la finesse des plus de vingt tableaux variés qui parsèment la soirée, jamais tirés en longueur, avec le sens du rythme et de la concision: L'alerte à la bombe traités par une simili AI pour les services téléphoniques d'un banque, le portrait des politiques nationaux version téléréalité, le difficile accouchement des jumeaux Alsace, les dentistes vosgiens gore, la surprenante raison du désespoir des supporters du Racing. 


La Revue Scoute - Extra, tes restes - Photo: Patrick Kupferschlaeger


Toute une série de sujets aussi divers et tous traités avec une dramaturgie adaptée, dont certaines à nous couper le souffle (L'injonction gastronomique) ou carrément magique (Eric Dupont Moretti en forme olympique au cheval d'arçon. La politique se retrouve bien sûr avec des égratignures au niveau national mais le local avec la préparation des municipales de Strasbourg et - qui aime bien châtie bien, la Maire de Schiltigheim inaugurant le premier sentier du Club Vosgien citadin harnachée de son sac à dos. 


La Revue Scoute - Extra, tes restes - Photo: Patrick Kupferschlaeger


Les personnes réticentes à se souvenir du nom de la maire de Strasbourg seront reconnaissant aux Scouts avec leurs tableau faisant se rencontrer Gutenberg et les Mousquetaires - où il est aussi question de circulations et de pigeons. 


La Revue Scoute - Extra, tes restes - Photo: Patrick Kupferschlaeger


L'actu des J.O. est également traitée avec humour via la boxe et par la lorgnette du logement - et des bouquinistes. Et, plus acide comme traitement, les nouvelles épidémies qui nous pendent au nez devraient nous sérieusement (oui) inquiéter. Quelques tableaux tendres et touchants, quoique drôle toutefois se penchent sur les petites gens et leur dénuement.


La Revue Scoute - Extra, tes restes - Photo: Patrick Kupferschlaeger


Finalement toute cette géniale mixture nous apporte un bon entrain pour supporter la morosité ambiante sans laisser notre esprit s'endormir car la Revue Scoute est un bon booster des neurones et le rire, en ventilant nous aide à oxygéner le cerveau. Et nous donne du tonus pour, si elle ne nous permet pas d'aller sur Mars avec le biogaz,  au moins de traverser une semaine de travail. En tout cas nous remercions pour leur énergie et leur talent les comédiens Patricia Weller, Nathalie Mercier, Murielle Rivemale, Sophie Nehama, Fayssal Benbahmed, Raphael Scheer, Jean-Philippe Meyer, Jules Pan, Dominique Grilla, Alexandre Sigrist, Denis Germain, et, last but nos least puisqu'il a aussi fait la mise en scène, Daniel Chambet-Ithier. Et de plus ils ont écrit les textes, ce qui est aussi une superbe réussite. Encore Bravo!


La Fleur du Dimanche


A Schiltigheim du 12 janvier au 25 février 2024

En tournée (Sélestat, Strasbourg, Muntzenheim, Saverne, Bischwiller, Mutzig, Ostwald, Village Neuf) du 29 févier au 25 mai 2024