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mercredi 29 avril 2026

Alarm Clocks... de Robyn Orlin, Camille et Phuphuma Love Minus: A l'eau, à l'eau - Eau secours !

On dit que le hasard n'existe pas, qu'il n'y a que des rencontres. 
Mais des fois, il faut forcer le hasard, parce que les rencontres auront été difficile à mettre en oeuvre. C'est le cas de ce spectacle Alarm Clocks, créé à La Filature de Mulhouse en partenariat avec La Coupole de Saint Louis, et coproduit avec la Philharmonie de Paris où elle sera jouée du 4 au 7 mai. Il réunit trois noms, trois entités de la danse, de la chanson et de la chorégraphie qui se sont déjà rencontrées précédemment, entre autres pour le spectacle Walking next to our shoes… dans les années 2010 en ce qui concerne Phuphuma Love Minus, la chorale masculine sud-africaine et Robyn Orlin. Cette dernière  a également collaboré dans ces années-là avec Camille sur son disque Ilo Veyou. Ce trio devait monter le spectacle en 2020, mais le Covid est passé par là et une première version "light" a été montrée à Lyon, non pour la Fête des Lumières mais pour les nuits de Fourvière en mai 2024 avec le choeur en vidéo. Et puis il y a eu Emilia Perez... Et la pluie de récompenses, à Cannes, aux Césars, aux Golden Globes et aux Oscars - une grosse année bien chargée pour Camille. 


Alarm Clocks - Camille - (c) Mehdi Benkler


Et enfin cette production reprend grâce à la Filature et ses partenaires avec une semaine de résidence pour peaufiner la collaboration entre les parties. Le véritable titre en est (comme on peut s'y attendre avec Robyn Orlin) en entier: 

...ALARM CLOCKS ARE REPLACED BY FLOODS AND WE AWAKE WITH OUR UNWASHED EYES IN OUR HANDS ... A PIECE ABOUT WATER WITHOUT WATER

ce qui signifie en français "... les réveils ont été remplacés par des inondations et nous nous réveillons avec, dans nos mains, les yeux pas lavés ..... une pièce sur l'eau sans eau" et nous rend attentif à ce que nous ne voulons pas (encore) voir...

Pour essayer de nous avertir et surtout nous "ouvrir les yeux", Robyn Orlin, creuse donc, non un puit, mais l'idée était de catte rencontre autour de l'eau avec la chanteuse Camille dont on connait le rapport original au son et ce choeur d'hommes sud-africain dont le répertoire rassemble autant des chansons traditionnelles que des chansons engagées. Car les Phuphuma Love Minus cultivent la tradition de l’isicathamiya, ces chants a cappella sur lesquels ils dansent en rythme, réactivations de la tradition des ouvriers zoulous des faubourgs de Durban et Johannesburg. Leur arrivée sur scène sera surprenante car Camille commence seule, enfilant une robe colorée dont les bords font tout un cercle autour d'elle sur la scène dans un patchwork tout en nuances bleues et vertes - le costume est fait de toute une série de "plastiques": nylon, lycra, élasthanne,... dont elle liste poétiquement les noms - et qui fait une flaque, un lac, synecdoque et métaphore de l'eau, de la mer, que ces déchets polluent. Camille va interpréter, également à capella, puis avec les choeurs de Phuphuma Love Minus, des chansons traditionnelles "A la claire fontaine", comme une chanson du groupe punk Garbage (clin d'oeil appuyé aux déchets) où elle arrive à imiter les riffs et les distortions de la guitare, et bien sûr aussi quelques-uns de ses tubes dont Allez allez allez... ou encore une chanson en mémoire des grandes inondations en Louisiane dans un très beau blues. Ses chansons se tissent en alternance ou finement imbriquées dans les choeurs masculins. Et ceux-ci alternent leurs chants qui parlent aussi, entre autres, de l'eau - qui manque dans le désert - de leurs magnifiques variations à voix multiples et de leurs chorégraphies tellement naturelles que Camille se sent presqu'obligée de faire une démonstration de danse classique - ce qui n'est pas évident avec son costume. Mais elle n'a pas de souci à se faire, le groupe qui l'entoure de ses rythmes et mouvements, chants, bruitages divers (vent, pluie, mer) est en totale symbiose et en fait véritable un groupe "augmenté". Saluons au passage les effets spéciaux en vidéo d'Eric Perroys très bien sentis et variés qui nous plongent littéralement dans une mer de mouvements, au risque de s'y noyer, sans oublier Birgit Neppl qui a conçu ce "costume-décor" magique et transformable  en mer émouvante. 


Alarm Clocks - Phuphuma Love Minus - (c) Philippe Laine


De temps en temps Camille, elle, plonge sur la scène dans la caméra fixée au sol pour faire quelques confidences et communier avec le public. On lui sent une très belle complicité, qu'elle va pousser jusqu'à démolir le mur de l'enceinte pour le transformer en un agréable liquide amniotique qui nous berce de bonheur. Mais elle n'en est pas dupe pour autant et reste critique, tout autant que Robyn Orlin et ses compatriotes et elle rappelle à Emmanuel Macron que l'eau - et l'Océan ("Emmanuel, l'Océan c'est nous") - est en danger et qu'il ne faut pas oublier de s'engager (ce qu'il n'a pas fait lors de la conférence de l'UNOC - Conférence des Nations Unies sur l’Océan) en le lui rappelant, pour conclure le concert sur une note salée: "Emmanuel, as-tu oublié l’océan salé où tu es né ?"


Alarm Clocks - Phuphuma Love Minus - (c) Philippe Laine


Pour nous, l'océan, même en danger, a été surtout une belle rencontre, rencontre de culture, découverte d'une personnalité attachante et empathique, d'une voix magnifique, intensifiée par cette rencontre de ces extraordinaires voix d'Afrique du Sud et de ces dix interprètes qui joignent le geste aux beaux chants pour littéralement nous enchanter.  Une très belle traversée en chanson, un voyage sur et sous l'eau, dont nous gardons quelques précieuses gouttes en mémoire.

En prime, pour vous montrer la magie de la rencontre, même si vous n'êtes pas dans la salle en proximité, je vous offre ces quelques extrait filmés par Arte ici:



Bon spectacle

La Fleur du Dimanche


Alarm Clocks

...ALARM CLOCKS ARE REPLACED BY FLOODS AND WE AWAKE WITH OUR UNWASHED EYES IN OUR HANDS ... A PIECE ABOUT WATER WITHOUT WATER

Création - 29 avril à 20h00 à la Filature - Mulhouse

Tournée

Paris - La Philharmonie - du 4 au 7 mai 2026 - 20h00
Luxembourg - La Philharmonie Luxembourg -  dimanche 10 mai 2026  - 19h30
Anglet - Théâtre Quintaou (grande salle) - mercredi 13 mai  - 20h00

Distribution

Robyn Orlin , conception, mise en scène, costumes, décor
Camille , chant, danse
Phuphuma Love Minus
Mlungiseleni Majozi , chant
Saziso Mvelase , chant
Lucky Khumalo , chant
Mqapheleni Ngidi , chant
Jabulani Mcunu , chant
Amos Bhengu , chant
Siphesihle Ngidi , chant
Mbongeleni Ngidi , chant
Mbuyiseleni Myeza , chant
S'Yabonga Majozi , chant
Marie Sigal , cheffe de choeur
Birgit Neppl , costumes, décor
Jean-Marc L’Hostis , régisseur général
Vito Walter , conception lumière
Eric Perroys , vidéo
Zak Cammoun , son

vendredi 20 février 2026

Bach avec Maria Munoz aux Abbesses: Danser pour faire famille

 Maria Munoz et le Théâtre de la Ville c'est une vraie histoire de famille, une fidélité et un parcours qui s'échelonne depuis plus d'une douzaine d'année et plus de six pièces, dont Bach qui en a marqué le début - et un retour heureux et nouveau. Pour Maria Munoz d'ailleurs, Bach est aussi un repère et un tournant de sa carrière, tout comme l'est la création avec Pep Ramis de la création en 1989 de la Compagnie Mal Pelo (mauvais poil). Partant de la nouvelle danse européenne, elle va vers plus de rugosité (de poil à gratter) et de théâtralité, d'intériorité également. Et c'est avec Bach qu'elle a ouvert la recherche d'un dialogue plus profond entre musique et danse, autant dans le mouvement que dans la tension entre le mouvement, la musique et le silence. C'est dans une véritable transmutation, une absorption de la musique dans le corps qu'elle construit ce dialogue avec le Clavier bien tempéré de Bach, interprété par Glen Gould qu'elle construit en treize tableaux sélectionnés à partir des quarante-huit préludes et fugues. Dans une première ébauche en 2004 puis dans sa création le 19 novembre 2005 au Festival Internacional de Teatre de Girona, la pièce présentée plus de 150 fois sera emblématique de la chorégraphe et interprète, avant une transmission-adaptation pour la danseuse italienne de la troupe Mal Pelo, Federica Porello. 


Bach - Maria Munoz - Théâtre de la Ville


Et c'est le Théâtre de la Ville qui lui commande donc cette nouvelle version de Bach, familiale, et dont la re-création se fait au Théâtre des Abbesses à Paris. Pour commencer, dans un rai de lumière au fond de la scène, comme surgie du passé, donnant l'impression d'avancer, Maria Munoz, toute de noir vêtue resuscite telle une épiphanie ce miracle de profondeur et de simplicité qui nous plonge tout entier dans la musique et le geste épuré. Par la souplesse et la grâce de ses gestes, elle habite le plateau, sobre carré blanc autour duquel se placent de temps en temps le reste da la famille, Pep Ramis, compagnon de longue date, Marti Ramis, son fils, Paula, sa fille, tous les deux ayant suivi une carrière de danseurs et Sam Ramis, le plus jeune, qui s'intéresse plus au dessin (comme son père) mais qui a vécu "dans" la danse toute sa vie. Ce quintette de danse se retrouve sur le plateau en dimensions variées et leur grammaire est très personnelle, Paula par exemple dans ses duos avec sa mère qui a une gestuelle plus libre, relâchée et floue, variée, Marti avec ses jambes et ses bras plus en rondeurs, élastiques, joue la malléabilité et la souplesse, Pep plus dans la rigueur. Les hommes vêtus de costumes, pantalons et vestes noires, plus ou moins rigides mais leur silhouette bien découpées par les lumières précises d'August Viladomat habitent le plateau, seuls ou en multiples variations de formation, le geste souple mais posé. 

Quelquefois, en fond de scène apparaissent des images de Nuria Font qui a longtemps côtoyé Mal Pelo. La première séquence, des pieds de chevaux, diffuse son mouvement dans les pas des danseurs, saccadés, une autre, image de forêt en traveling est source d'une simulation de marche immobile. La chorégraphie est sobre, comme intériorisée, en particulier pour les fugues, dansées sans musique, dans un minimalisme inspiré de cette musique très spirituelle de Bach. Le corps incarne la musique, d'autant plus avec cette interprétation très "habitée" de Glen Gould. Et l'on va encore vers plus d'épure vers la fin, dans des lignes droites et diagonales, trajectoires qui ralentissent et s'impriment dans nos mémoires. De purs moments de bonheur que nous offrent Glen Gould, Bach et la famille Maria Munoz et Ramis. Un réel plaisir de danse pure.


Bach - Maria Munoz - Théâtre de la Ville - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche


Bach


Théâtre de la Ville - Paris - Théâtre des Abbesses - 18 au 24 février 2026


Création et chorégraphie María Muñoz
Musique Clavier bien tempéré, Johann Sebastian Bach
Version enregistrée par Glenn Gould
Collaboration artistique Cristina Cervià
Assistant à la direction Leo Castro
Réalisation vidéo Núria Font
Lumières August Viladomat
Costumes CarmePuigdevalliPlantes, Montserrat Ros
Avec María Muñoz, Pep Ramis, Martí Ramis, Paula Ramis, Sam Ramis
Production Mal Pelo en collaboration avec Teatro Real (Madrid) – Teatre Lliure (Barcelone).
Avec le soutien de l’Institut Ramon Llull


vendredi 16 janvier 2026

Laurent Epstein Trio with Anne Sila au Sunside: Un Parisien à New-York - des musiques de films éblouissantes

 Il en rêvait, il l'a fait ! Laurent Epstein, depuis 2009 où il avait enregistré l'album En toute simplicité avec son trio composé de Yoni Zelnik à la contrebasse et de David Georgelet à la batterie n'avait plus enregistré de disque sous son nom. Bien sûr il participé à une vingtaine de disques avec notamment Bireli Lagrène et Angelo Debarre et accompagné au piano de grands noms du jazz français et international. Mais depuis quelques temps, il portait ce désir d'enregistrer à New-York. Et il a lancé sa cagnotte en ligne pour lancer la machine. Pari réussi ! Avec Eddie Gomez qui avait joué avec Bill Evans, et Willie Jones III, le batteur qui a accompagné Horace Silver et Arturo Sandoval, auxquels s'est adjointe la talentueuse Vanisha Gould, ils ont enregistré en mars 2025 ce disque French Movies in New York sous la direction artistique de Daniel Yvinec. Comme son nom l'indique, ce sont des musiques de films qui ont bercé nos jeunes années et qui continuent de nous émouvoir. Des compositions arrangées en collaboration avec le talentueux Philippe Maniez, et c'est lui qui a l'honneur de tenir la batterie pour la release partie de ce disque qui vient de sortir fin 2025 pour cette série de concerts au Sunside - rien moins que deux sets par jour deux jours de suite. Et les concerts étaient complets pour la plus grande satisfaction de son producteur Jean-François Aubert. Celui de ce vendredi à 21h30 était un vrai bonheur, avec moultes surprises et généreux bis et rappel, même si la scène du célèbre Club de Jazz de la rue des Lombards ne permettait pas vraiment de mise en scène de disparition-apparition.  


Laurent Epstein - Clément Daldosso - Philippe Maniez - Photo: Robert Becker

Sur scène donc, Philippe Maniez à la batterie, Clément Daldosso à la contrebasse, et bien sûr Laurent Epstein au piano, nous offrent quelques titres du disque mais aussi d'autres pépites, pas moins intéressantes. En particulier, et pour commencer, la chanson du film de Louis Malle, Milou en Mai, composée par Stéphane Grappelli et qui permet à Laurent Epstein de se lancer dans une belle introduction au piano, rejoint par les deux musicien dans une bel échange complice. Pour continuer par la chanson La Complainte de la Butte du film French Cancan de Jean Renoir dont la musique de Georges van Parys a accompagné la voix de Cora Vocaire. Ici ce sont le piano et la contrebasse qui se partagent la triste mélodie. Le thème du film de José Giovanni La Scoumoune avec Jean-Paul Belmondo, composé par François de Roubaix, arrangé par Philippe Maniez, amène à la fois du rythme et de l'énergie, balancée par le trio. 


Laurent Epstein - Anne Sila - Clément Daldosso - Philippe Maniez - Photo: Robert Becker

Et c'est le moment d'accueillir la chanteuse Anne Sila - remplaçant au pied levé Vanisha Gould dont la venue en France s'est arrêtée à l'aéroport - pour une version très personnelle de la Chanson d'Hélène du film de Claude Sautet Les Choses de la Vie chantée par Romy Schneider. C'est Laurent Epstein au piano qui remplace - excusez du peu - Michel Piccoli et Anne Sila nous offre, en plus d'une interprétation très émouvante, une belle variation d'improvisations de sa voix cristalline et haut placée qui nous fait oublier la grande star de cinéma. 

Et moi je vous offre l'extrait ci-dessous filmé par Bernard Dumas:


Après Romy Schneider, au tour de Françoise Hardy et ses "Des Ronds dans l'eau" composés par Pierre Barouh et Raymond Le Sénéchal, chantés au départ par Annie Girardot et Nicole Croisille dans le film Vivre pour Vivre de Claude Lelouch. Anne Sila est très à l'aise dans cette version bilingue (elle a fait un séjour à New York de 3 ans à New York) et sa voix haut perchée fait des merveilles. De même pour la chanson du film La Cité des Enfants Perdus réalisé par Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet en 1995, la chanteuse se mesure sans souci à Marianne Faithfull pour Who Will Take My Dreams Away composé par Angelo Badalamenti et apporte un bon rythme à cette chanson plutôt lente qui nous dit : "I can't give you all my dreams Nor the life I live."


Anne Sila - Clément Daldosso - Photo: Robert Becker

On passe au film culte des années 80 avec La Boum et la chanson Reality, le slow de Vladimir Cosma, plein de douceur et de sucrerie pour arriver à une très belle version de la chanson de Marilyn Monroe My Heart Belongs to Daddy où Laurent Epstein se permet des belles improvisations et Anne Sila nous offre une interprétation pleine d'énergie et qui offre à Clément Daldosso à la contrebasse l'occasion de nous démontrer également son talent d'improvisateur jazz.


Anne Sila - Clément Daldosso - Photo: Robert Becker

Et ce n'est pas fini puisque l'on repart, avec Les Moulins de mon coeur du film L'Affaire Thomas Crown de Norman Jewison avec Steve McQueen et Faye Dunaway. C'est Michel Legrand qui avait composé la musique et qui a aussi, entre autres interprété cette chanson qui ici trouve une interprétation très émouvante, autant par la voix que le piano. On sent que ce trio est très complice, les trois compères habitués à jouer et improviser ensemble, très à l'écoute des uns et des autres et se relayant dans les sets et les courts solos, privilégiant le jeu partagé et la symbiose de leur harmonie.


Laurent Epstein - Anne Sila - Clément Daldosso - Philippe Maniez - Photo: Robert Becker

Au final, c'est une très belle soirée où le public et ravi et comblé, dans la proximité complice de ce trio augmenté d'une très belle voix. Un petit bonheur cinématographique qui nous accompagne dans la Ville Lumière en bande son nostalgique, les yeux pleins d'étoiles et les oreilles bercées de douces et tendres mélodies éternelles.


La Fleur du Dimanche



mercredi 12 novembre 2025

The Gathering de Joanne Leighton aux Abbesses: Une belle vitalité sourd de la nature

 Au début de la pièce The Gathrering de Joanne Leighton au Théâtre des Abbesses, la chorégraphe nous prend par surprise: Nous voyons débouler dans la salle une tribu de jeunes gens et de jeunes filles en tenue colorée, des habits plutôt sportifs, survêtement, short,... dans des couleurs pas trop criardes, plutôt acidulées et harmonieuses qui montent sur le plateau, en prennent les proportions et l'espace.


The Gathering - Joanne Leighton - Théâtre de la Ville - Photo: Patrick Berger


Puis ils et elles commencent à le découvrir et l'investir, comme un lieu à occuper, se passant de petits objets qui se révèlent être des cailloux qu'ils frappent de temps en temps et qui voyagent entre leur mains en rond. Puis ce sont de plus grosses pierres qu'ils accumulent, puis étalent en chemins de pierres et déplacent. A l'instar d'un groupe d'explorateurs qui découvrent un nouveau territoire et commencent à l'habiter, le domestiquer, le faire leur. Tout comme nous, les découvrant et nous familiarisant avec le groupe, les identifiant, les individualisant. Ce processus qui va nous prendre un petit moment car ils sont nombreux, dix danseurs et danseuses, d'autant plus qu'ils sont souvent en contrejour ou dans un clair obscur bien travaillé par les éclairages de Romain de Lagarde qui contribuent à installer une ambiance mystérieuse sur le plateau. 


The Gathering - Joanne Leighton - Théâtre de la Ville - Photo: Patrick Berger


Celui-ci est au départ nu avec un rideau blanc qui tombe sur le côté droit. Mais au fur et à mesure, avec les gros cailloux et les branchages dont s'emparent les danseurs et les images de forêt qui sont projetées sur le rideau, nous plongeons dans cet univers sylvestre auquel fait aussi référence le texte dit à voix basse en anglais au départ, puis en français vers la fin, extrait de Walden ou la vie dans les bois de Henri David Thoreau. En même temps, les pas frappés en rythme des danseurs font émerger une danse qui semble venir de la nuit des temps. Les figures, quelquefois géométriques, mais qui se dérèglent aussi, se déploient, se brisent, enflent, se calment, alternent et recommencent, nous entrainent dans des circonvolutions et des méandres. 


The Gathering - Joanne Leighton - Théâtre de la Ville - Photo: Patrick Berger


La chorégraphie nous transporte de paysages en paysages, d'oiseaux en animaux étranges et d'insectes en apaisements, tandis que la forêt verte et paisible mais néanmoins mystérieuse commence à muer et bouger. Les troncs se dédoublent, les espaces se superposent, les vues se troublent. La musique accompagne ces mutations et, d'une certaine sérénité, avec les chants d'oiseaux et les bruits de la forêt que vient, comme un tapis reposant, accompagner une douce mélodie, nous entrons dans des compositions plus dynamiques et rythmés. Les danses et la chorégraphie, elle aussi partent dans des envolées plus énergiques. Les danseuses et les danseurs, sans relâche, arpentant les quatre coins du plateau, presque jamais vide, sauf pour un solo et un duo, avec des montées en force et en rythme. Puis des moments plus calmes, des figures qui s'enroulent et se déploient, se transforment et éclatent pour se calmer avant de redémarrer avec toujours la même énergie. 


The Gathering - Joanne Leighton - Théâtre de la Ville - Photo: Patrick Berger


Dans la bande son de Peter Crosbie s'immiscent doucement aussi des chants des Balkans, chansons à capella interprétées par le groupe Laboratorium Pieśni. Ces sonorités ancestrales et décalées nous emportent dans un univers imaginaire et énigmatique grâce aussi aux images vidéo de Flavie Trichet-Lespagnol de cette forêt qui semble léviter et se défaire, comme une montagne enneigée d'où surgit en vrai un "homme sauvage". L'image, avec le rideau qui s'est déployé sur toute la largeur de la scène, occupe tout le fond, s'embrase de rouge et la troupe semble plus soudée, plus fusionnelle, plus apaisée. La musique et les chants a cappella nous mènent pour un dernier tour dans la forêt obscure avant de nous renvoyer dans le nuit citadine, laissant dans notre corps et nos souvenirs, ces traces sylvestres des temps immémoriaux où nous étions les hôtes de la forêt, les frères des arbres.


La Fleur du Dimanche

Un petit tour à Paris Photo: La photo majuscule

 Paris Photo avec ses 28 ans de présence à Paris, après avoir débuté au Carrousel du Louvre prend cette année la suite de Art Basel Paris avec plus de 220 exposants de 33 pays, 179 galeries et 43 éditeurs - plus de 1300 artistes représentés, c'est dire que faire le tour de tout cela est un travail de Titan. Je vous propose un parcours aléatoire, picorant de ci de là, entre découverte et artistes plus connu(e)s. Je vais vous les présenter - et les compléter au fur et à mesure - par ordre alphabétique.



Alia Ali

Alia Ali, artiste yemeni-bosniaque-Etas-unienne est née en Autriche mais vit entre la Nouvelle Orléan, Paris, Marrakech et Jaipur. Elle fait une résidence grâce à une bourse de Art Jameel au Victoria & Albert Museum à London. Son travail couvre à la fois la photographie, les installations et interroge autant le langage, que la colonisation, le sexisme, le racisme et les clichés. Elle expose à la galerie Loft Art son travail sur le textile.

Paris Photo - Alia Ali - Galerie Loft Art - Photo: Robert Becker


Maud Arsenault

Le travail de la Canadienne Maud Arsenault est à voir dans le détail - par exemple pour la photo ci-dessous, Bouquet, des draps pliés, son délicat travail de broderie de fils d'or ne se voit que si vous regardez de très près. Elle est présentée par la galerie écho 119 à Paris


Maud Arsenault - Bouquet -Galerie écho 119


Hiba Baddou

Hiba Baddou, artiste marocaine, née en 1997 a fait des études de cinéma puis l'académie Julian. Elle vit à Paris et a obtenu le prix Art for Change 2024 de M&C Saatchi avec son court métrage Paraboles. Elle présente avec la galerie Loft Art où l'on a aussi vu Alia Ali sa Dakar's Série:


Paris Photo - Hiba Baddou - Dakar's Series - Galerie Loft Art

Paris Photo - Hiba Baddou - Dakar's Series - Galerie Loft Art


Johanna Calle

La Colombienne Johanna Calle expose à la galerie parisienne Tuluca un travail très orienté graphique, utilisant la photo, le matériau comme outil d'expression la photo Architecturas par exemple est recouverte de vernis à ongles de différentes couleurs.


Johanna Calle - Architecturas -Galerie Toluca


 Hisaji Hara 

L'artiste japonais, né à Tokyo en 1964 et parti aux Etas-Unis en 1993 est retourné au pour travailler comme directeur de la photo à la télévision est retourné au Japon en 2001. Il avait vu un livre sur Balthus quand il était étudiant et c'est suite un avoir littéralement rêvé d'un tableau de Balthus en 2005 qu'il a commencé sa série "After Balthus" où il remet en scène avec son humour japonais quelques peintures du Maître disparu en 2001. C'est la Galerie Three Shadows +3 de Pékin qui la présente.


Paris Photo - Hisaji Hara - After Balthus - Galerie Three Shadows +3


Alma Haser 

L'artiste Alma Haser, née en Forêt-Noire et vivant en Angleterre ne manque pas d'humour et sur le stand de The Photograper's Gallery elle présente des photos avec des structures en papier plié comme des origamis.


Paris Photo - Alma Haser - The Photograper's Gallery 

Paris Photo - Alma Haser - The Photograper's Gallery 

Paris Photo - Alma Haser - The Photograper's Gallery 



Mari Katayama

L'artiste japonaise Mari Katayama, née en 1987 avec des malformations de jambes et de la main gauche s'interroge deuis sa jeunesse sur son rapport avec son corps. A neuf ans elle décide de se faire amputer des deux jambes et de mettre des prothèses. Son travail photographique est pour elle "une tentative d'objectiver mon propre corps insaisissable à travers les actes de mesurer, démonter et reconstituer. Les objets qui remplissent la zone de sécurité qu’est ma chambre lui donnent l'aspect d'une armurerie."

Paris Photo - Mari_Katayama - Galerie Suzanne Tarasiève


Justine Kurland 

Née à Warsawn New-York, a un parcours photographique où elle travaille par séries, des portraits de jeuens filles, des friches, des trekkers marchant nus (qui ont donné lieu à une novelle et un film), des femmes enceintes (lorsqu'elle l'a été à, des trains (quand son fils s'y est intéressé. Voici sa dernière série chez Higher Picture de New-York.


Justine Kurland - Trout and Fly - Galerie Higher Picture

Justine Kurland - Still Life with Squid - Galerie Higher Picture


Agnès Varda

On ne présente plus la cinéaste et plasticienne Agnès Varda. Elle faisait aussi de la photo et donc voici une Nature morte aux tulipes et aux fruits avec un vase de Valentine Schlegel et un carreau d'Andrée Vilar (vers 1955), à la galerie Nathalie Obadia: 

Agnès Varda - Nature morte aux tulipes et aux fruits - Galerie Nathalie Obadia



Et pour changer d'approche, une vision du point de vue des galeristes:


Galerie Maubert

Le choix de la galerie Maubert avec ses artistes "historiques": Agnès Geoffray et Les Chutes Séries (L'échappée et L'abandonnée),  Arnaud Lesage et ses Anatopées et Payram et son travail sur le Moyen-Orient : les polaroïds Chanson orientale:


Paris Photo - Agnès Geoffray Les Chutes Séries - Galerie Maubert

Paris Photo - Arnaud Lesage - Anatopées - Galerie Maubert

Paris Photo - Payram - Chanson orientale - Galerie Maubert


 

A suivre....


La Fleur du Dimanche 

jeudi 23 octobre 2025

Maria Hassabi On Stage au TND Chaillot - la danse comme expérience de perception de la force intérieure de l'artiste-performeuse

 Les titres des spectacles de Maria Hassabi sont clairs et limpides comme de l'eau de roche. On Stage, son spectacle en première française au Théâtre National de la Danse de Chaillot signifie Sur Scène et on peut bien dire que ce qu'elle présente ici, c'est bien cela: Elle "est" sur scène et les spectateurs "sont" bien dans la salle. Et cette situation, cette expérience en quelque sorte "limite" est bien ce qui se joue dans ce spectacle. Expérimenter le statut de spectateur pour nous, assis dans nos fauteuils et la voir, ou plutôt arriver à la voir puis la voir sur scène.... La voir bouger, mais d'une manière extrême, à la limite du mouvement, et également, pour commencer, expérimenter cette vision, cette difficulté à la "voir", même de manière hallucinatoire, c'est une expérience extraordinaire.


Maria Hassabi - On Stage - Photo: Beniamin Boar


L'expérience limite de la danse, aux confins de la performance. Quand le spectacle commence, nous sommes uniquement baignés dans le son, une création sonore de Stavros Gasparatos avec la chorégraphe, constituée de bruits qui pourraient ressembler à du vent, du bruit de vagues, des voix, des respirations, des bruits enveloppés dans des boucles sonores, cette ambiance qui se fond et se répète en se modifiant. Et au niveau visuel, nous expérimentons le noir complet qui peu à peu, avec l'accoutumance de l'oeil, nous permet de discerner le public qui nous entoure et de voir sur scène une silhouette flottante que l'on imagine debout, immobile ou presque mais qui, par les mystères de la vision, sautille devant nous jusqu'à ce que, dans une très lente montée de la lumière d'un projecteur, révèle peu à peu le corps de Maria Hassabi, grâce au travail précis à la lumière d'Aliki Danesi Knutsen. On la distingue dans des habits en jean, pantalon et chemise délavés par endroits, plus bleus à la ceinture et aux épaules, les mains dans les poches, légèrement arquée, ne bougeant pas. 


Maria Hassabi - On Stage - Photo: Beniamin Boar


Elle va ainsi éprouver notre attention et notre perception en bougeant imperceptiblement, d'abord ses mains qui remontent un peu, puis en se cabrant un peu plus, arc-boutant son corps en arrière, puis sur le côté alors que la lumière, très lentement, montant en puissance révèlent son corps, sa tête. La lumière varie, change de côté tandis que le corps se désaxe et la lumière se répand sur elle et la salle avant de baisser à nouveau. Dans un dernier tableau, elle va très lentement avancer sa main offerte puis la lever en flamme vers le ciel pour finalement descendre à terre, à genoux, en imploration. Et c'est plein feux qu'elle va se relever et étendre ses mains en offrande ou en accueil généreux, entre la crucifixion et la générosité. Et dans une montée de la musique qui nous envahit, le noir se fait à nouveau sur le plateau, nous laissant face à ce que nous avons vu, essayant de nous remettre dans la position de spectateur lambda, de digérer cette force et cette présence imperturbable qui a émané de ce corps qui, sans déplacements spectaculaire, nous a dit beaucoup plus que ce qui pourrait l'être par de l'agitation inutile ou vibrionnante.


Maria Hassabi - On Stage - Photo: Beniamin Boar


Et c'est sonné par la force perturbante de ce minimalisme, par la performance extraordinaire et la concentration ultime dont a fait preuve Maria Hassabi pendant ce spectacle d'une heure, que nous applaudissons - pour prouver que nous sommes encore vivants, et que nous avons survécu au choc? - mais surtout pour rendre hommage à l'extraordinaire prouesse de cette danseuse-chorégraphe-performeuse qui pousse les limites de la représentation pour en faire une expérience unique dans laquelle elle nous inclut totalement.


La Fleur du Dimanche 


On Stage


Performance: Maria Hassabi
Création sonore : Stavros Gasparatos, Maria Hassabi 
Création lumière : Aliki Danezi Knutsen
Costumes : Victoria Bartlett, Maria Hassabi
Assistants : Elena Antoniou, Maribeth Nartatez
Production : Vassia Magoula
Management et distribution : Rui Silveira, Something Great
Régisseur général : Hugues Girard
Production : Maria Hassabi en collaboration avec Something Great

Coproduction : Tanzquartier Wien ; Kunstenfestivaldesarts (Bruxelles) ; Festival d’Automne à Paris, Julidans (Amsterdam); Taipei Arts Festival / TPAC – Taipei Performing Arts Centre

mercredi 22 octobre 2025

C'est la Grande Foire de l'Art à Paris avec Art Basel Paris et tout le reste

 Cette semaine, c'est la fête de l'Art à Paris. Nous seulement le Grand salon au Grand Palais qui dépasse tous les superlatifs - rien que le premier premier jour en avant-avant première qui, dès le lundi a permis à très peu de happy few (douze invités triés sur le volet pour chaque stand - cela ne devait pas se bousculer dans les couloirs) de craquer leur portefeuille - des oeuvres entre 1 million et 6 millions (et sûrement plus) se sont vendues aux heureux "clients" sélectionnés. Le mardi c'était pas mal et le mercredi il y avait déjà foule. J'imagine le week-end....

Je vais essayer de vous montrer quelques pièces qui étaient encore accrochées le mercredi.

Par exemple chez Neugerriemscheider - Le dernier souper en vert (en briques de Lego (c)) de Ai Wei-Wei


Art Basel Paris - Ai Wei Wei - Photo: Robert Becker


Ou une sculpture d'Olafur Eliason:

  

Art Basel Paris - Olafur Eliason - Photo: Robert Becker


Chez Sprüth Magers, Oh, Hello de David Salle:


Art Basel Paris - David Salle - Photo: Robert Becker


En écho (?), la sculpture de Robert Gober chez Mathew Marx Gallery:


Art Basel Paris - Robert Gober - Photo: Robert Becker


Et un face à face avec Anish Kapoor:

Art Basel Paris - Anish Kapoor - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - Anish Kapoor - Photo: Robert Becker


Autre face à face avec ou sans miroir - Pistoletto - David Schrigley - Galerie Continua:

Art Basel Paris - Galerie Continua - Pistoletto - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - Galerie Continua - David Shrigley - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - Galerie Continua - Photo: Robert Becker


Autre face à face:

Art Basel Paris - face à face - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - face à face - Photo: Robert Becker


Anton Kern a la #Banane avec Anne Collier à 45.000 $

Art Basel Paris - Galerie Anton Kern - Anne Collier - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - Galerie Anton Kern - Anne Collier - Banane - Photo: Robert Becker


Chez Paula Cooper, un tableau (sans ronds) de Yaioi Kusama  

Art Basel Paris - Yaio Kusama - Photo: Robert Becker


Et un James Turell qui intrigue les visiteurs (mais il est déjà vendu):


Art Basel Paris - James Turell - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - James Turell - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - James Turell - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - James Turell - Photo: Robert Becker


Et les fleurs d'Ewa Juszkiewicz chez Almine Rech:

Art Basel Paris - Ewa Juszkiewicz - Photo: Robert Becker



Chez Miguel Abreu à New York, le dernier scénario de Jean-Luc Godard, un film intitulé Scénario:

Art Basel Paris - Miguel Abreu - Jean-Luc Godard - Scénario - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - Miguel Abreu - Jean-Luc Godard - Scénario - Photo: Robert Becker


Allez, quelques artistes "historiques" - Marcel Brodthaers - Palette Cacao chez Fischer, Pierre Buraglio et Louis Cane chez Cesson & Bénétiere et Robert Filliou chez ??

Art Basel Paris - Marcel Broodthaers - Palette Cacao - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - Pierre Buraglio - Cesson & Bénétiere - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - Robert Filliou - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - Louis Cane - Cesson & Bénétiere - Photo: Robert Becker



Plus jeune, l'artiste française Gaëlle Choisne, née en 1985, Prix Marcel Duchamp 2024 à la Galerie Air de Paris :

Art Basel Paris - Gaëlle Choisne - Air de Paris - Photo: Robert Becker


A la même galerie, Dorothy Iannone (1933-2022)

Art Basel Paris - Dorothy Iannone - Air de Paris - Photo: Robert Becker



Elisabetta Benassi - La main de dieu chez  Peter Freeman:

Art Basel Paris - Elisabetta Benassi - Peter Freeman - Photo: Robert Becker


Une sculpture d'Erwin Wurm recto - verso: 

Art Basel Paris - Erwin Wurm - Photo: Robert Becker

Art Basel Paris - Erwin Wurm - Photo: Robert Becker




A Suivre....


La Fleur du Dimanche