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vendredi 20 février 2026

Bach avec Maria Munoz aux Abbesses: Danser pour faire famille

 Maria Munoz et le Théâtre de la Ville c'est une vraie histoire de famille, une fidélité et un parcours qui s'échelonne depuis plus d'une douzaine d'année et plus de six pièces, dont Bach qui en a marqué le début - et un retour heureux et nouveau. Pour Maria Munoz d'ailleurs, Bach est aussi un repère et un tournant de sa carrière, tout comme l'est la création avec Pep Ramis de la création en 1989 de la Compagnie Mal Pelo (mauvais poil). Partant de la nouvelle danse européenne, elle va vers plus de rugosité (de poil à gratter) et de théâtralité, d'intériorité également. Et c'est avec Bach qu'elle a ouvert la recherche d'un dialogue plus profond entre musique et danse, autant dans le mouvement que dans la tension entre le mouvement, la musique et le silence. C'est dans une véritable transmutation, une absorption de la musique dans le corps qu'elle construit ce dialogue avec le Clavier bien tempéré de Bach, interprété par Glen Gould qu'elle construit en treize tableaux sélectionnés à partir des quarante-huit préludes et fugues. Dans une première ébauche en 2004 puis dans sa création le 19 novembre 2005 au Festival Internacional de Teatre de Girona, la pièce présentée plus de 150 fois sera emblématique de la chorégraphe et interprète, avant une transmission-adaptation pour la danseuse italienne de la troupe Mal Pelo, Federica Porello. 


Bach - Maria Munoz - Théâtre de la Ville


Et c'est le Théâtre de la Ville qui lui commande donc cette nouvelle version de Bach, familiale, et dont la re-création se fait au Théâtre des Abbesses à Paris. Pour commencer, dans un rai de lumière au fond de la scène, comme surgie du passé, donnant l'impression d'avancer, Maria Munoz, toute de noir vêtue resuscite telle une épiphanie ce miracle de profondeur et de simplicité qui nous plonge tout entier dans la musique et le geste épuré. Par la souplesse et la grâce de ses gestes, elle habite le plateau, sobre carré blanc autour duquel se placent de temps en temps le reste da la famille, Pep Ramis, compagnon de longue date, Marti Ramis, son fils, Paula, sa fille, tous les deux ayant suivi une carrière de danseurs et Sam Ramis, le plus jeune, qui s'intéresse plus au dessin (comme son père) mais qui a vécu "dans" la danse toute sa vie. Ce quintette de danse se retrouve sur le plateau en dimensions variées et leur grammaire est très personnelle, Paula par exemple dans ses duos avec sa mère qui a une gestuelle plus libre, relâchée et floue, variée, Marti avec ses jambes et ses bras plus en rondeurs, élastiques, joue la malléabilité et la souplesse, Pep plus dans la rigueur. Les hommes vêtus de costumes, pantalons et vestes noires, plus ou moins rigides mais leur silhouette bien découpées par les lumières précises d'August Viladomat habitent le plateau, seuls ou en multiples variations de formation, le geste souple mais posé. 

Quelquefois, en fond de scène apparaissent des images de Nuria Font qui a longtemps côtoyé Mal Pelo. La première séquence, des pieds de chevaux, diffuse son mouvement dans les pas des danseurs, saccadés, une autre, image de forêt en traveling est source d'une simulation de marche immobile. La chorégraphie est sobre, comme intériorisée, en particulier pour les fugues, dansées sans musique, dans un minimalisme inspiré de cette musique très spirituelle de Bach. Le corps incarne la musique, d'autant plus avec cette interprétation très "habitée" de Glen Gould. Et l'on va encore vers plus d'épure vers la fin, dans des lignes droites et diagonales, trajectoires qui ralentissent et s'impriment dans nos mémoires. De purs moments de bonheur que nous offrent Glen Gould, Bach et la famille Maria Munoz et Ramis. Un réel plaisir de danse pure.


Bach - Maria Munoz - Théâtre de la Ville - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche


Bach


Théâtre de la Ville - Paris - Théâtre des Abbesses - 18 au 24 février 2026


Création et chorégraphie María Muñoz
Musique Clavier bien tempéré, Johann Sebastian Bach
Version enregistrée par Glenn Gould
Collaboration artistique Cristina Cervià
Assistant à la direction Leo Castro
Réalisation vidéo Núria Font
Lumières August Viladomat
Costumes CarmePuigdevalliPlantes, Montserrat Ros
Avec María Muñoz, Pep Ramis, Martí Ramis, Paula Ramis, Sam Ramis
Production Mal Pelo en collaboration avec Teatro Real (Madrid) – Teatre Lliure (Barcelone).
Avec le soutien de l’Institut Ramon Llull


dimanche 16 janvier 2022

Le veilleur, la veilleuse: Annie, Brice, Diva, Jean-Jacques, Michel, soyons attentifs aux choses, ne les faisons pas disparaitre

 L'année commence par des voeux,.... et des bilans, mais l'année commence aussi par des résolutions et des projets, bons ou ambitieux.

Et puis, le flot d'informations reprend le cours des choses, nous passons de l'une à l'autre, nous sautons presque tellement cela se bouscule...

Non, prenons le temps, le temps de regarder ce qui nous entoure, ce bouquet de fleurs givrées qui nous console de la neige qui n'est pas encore tombée:

Bouquet givré - Photo: lfdd


Et puis, parlant de veilleurs, disons-nous qu'il faut être attentifs, attentifs à ce qui se dit et qui pourrait, dans le flot de toutes ces phrases qui disent et se contredisent, ce qu'il faut garder, partager. Partager par exemple cette citation de Louise Erdrich, fille d'une mère indienne chipawah et d'un père allemand, qui fait renaître son grand-père, chef de de la tribu de Turtle Mountain qui s'était opposé au "lâchage" des indiens sous prétexte d' "émancipation" dans son livre Celui qui veille (The Night Watchman). Elle dit, ou lui fait dire):

"On a survécu à la variole, à la carabine à répétition, à la mitrailleuse Hotchkiss et à la tuberculose. A la grippe de 1918 et à quatre ou cinq guerres meurtrières sur le sol américain, et c'est à une série de mots ternes que l'on va finalement succomber?"

Je reviens à ces fleurs de noisetier (déjà vues le 1er janvier) qui sont, elles aussi recouvertes de givre:

Noisetier givré - Photo: lfdd


Les veilleurs nous font repenser à Annie Greiner, et c'est l'occasion de parler d'une sobre et belle exposition hommage (en attendant une plus ample rétrospective - qu'elle mérite) qui a lieu jusqu'au 30 janvier à l'église protestante de la Robertsau, rue Boecklin.

Autre veilleurs que certain ont vus, connus, sur le parvis de la Cathédrale de Strasbourg, Brice Bauer, qui l' "habitait" réellement avec son violoncelle. Et Brice, qui était aussi, et surtout, peintre, dans un tout récent article - portrait - dans le magazine Or Norme de décembre, répond à Véronique Leblanc avec cette phrase prophétique (?): "Je vais revenir au ciel, à la ligne d'horizon, à des oeuvres de cet entre-deux face auxquelles on peut inventer sans être emprisonné par une ambiance."

En honneur à se mémoire, je vous remets une vidéo du temps du confinement où, pour le remplacer, il n'y avait que le vent:


Pour rester dans la musique, un petit clin d'oeil à Jean-Jacques Beneix dont on se souviendra de Diva et de son air de la Wally, l'aria extrait de l'opéra d'Alfredo Catalani qui a marqué le cinéma en 1981.



Et une vue de clématite, givrée elle aussi - Il fait bien moins de 37°2 le matin:

 

Clématite givrée - Photo: lfdd


Mais revenons à une autre figure strasbourgeoise qui elle s'est éclipsée tout aussi discrètement qu'elle nous côtoyait dans les salles de spectacle. C'est Michel Apprill, qui, comble de discrétion était passsé du noeud papillon Hermès au col roulé. Il est l'objet d'un hommage dans le magazine Novo N°62 (décembre 2021-Février 2022) par Stéphanie-Lucie Mathern qui avait son anniversaire le jour de la mort de Michel.

A propos de disparition, je vous offre un "extrait" du livre de Jason Mott, L'enfant qui ne voulait disparaître:


Pour en finir avec la partie TVA (Texte à Valeur Ajoutée) et essayer d'aller un peu plus loin dans la réflexion sur la disparition, je vous offre un deuxième extrait, c'est le début de l'article de David Zerbib "Dans un monde désincarné" sur le livre "La Fin des choses" de Byung-Chul Han:


Le titre original allemand du livre est Undinge, Umbrüche des Lebenswelt, littéralement "Absurdités, bouleversements du monde de la vie", Undinge ressemblant aussi à Unsinne - absurdités mais peut aussi être pensé comme "non-choses", "Un", en allemand étant un préfixe privatif devant le terme "Dinge" les choses. Souvenons-nous du superbe film de Wim Wenders "Der Stand des Dinge" - L'état des choses et de la magnifique vidéo de Fischli et Weiss "De Lauf der Dinge" - Le cours des choses. Pour en revenir à Han, il précise aussi que le smartphone et son écran est une "non-chose", trop "lisse". Il devient pour le "Phono Sapiens" un objet narcissique où "les informations sont addictives, et non narratives. Elles peuvent être comptées et pas racontées". Il pense qu'une "Story" de Facebook n'a qu'un rôle d"accumulation de "likes" qu'il appelle "l'amen numérique". Mais, à priori, avec l'art, heureusement, les choses peuvent se réifier et gagner en conséquence. 

Cependant, sans aller jusqu'à l'art, vous avez encore la possibilité de regarder, de considérer les choses qui vous entourent et qui sont encore bien matérielles.... Pour vous ancrer un peu dans la réalité. De faire une pause numérique - et non un selfie 'Pose numérique".

Et observons les clématites:

Clématite givrée - Photo: lfdd


Avec cela je vous dois quelques chansons. Dans l'ordre Rostropovitch avec le concerto pour violoncelle N°1 de Bach:


Barbara, Dis quand reviendras-tu ?:


Et Anna Clendering - Invisible



Allez, on finit avec la verge d'or, congelée elle aussi:

Verge d'or givrée - Photo: lfdd


Et en dernière minute, une chanson "nostalgie" avec "Be my Baby" de Ronnie Spector avec les Ronettes, devenu un tube en 1963 et l'un des morceau pop les plus célèbres:



C'est bien sûr en hommage à elle, disparue le 12 janvier 2022 et non à son mentor, producteur et génial créateur de son Phil Spector, qu'elle a épousé en 1968, mais dont elle a divorcé en 1974 parce qu'il était trop violent. Lui est mort le 16 janvier 2021 en prison où il purgeait une peine pour le meurtre d'une hotesse de bar, Lana Clarkson, en 2003.


Bon, 1963 c'est un peu loin, on va retrouver Higelin et Jeanne Cherchal en 2004:

 



Bon Dimanche 

La Fleur du Dimanche

jeudi 4 mai 2017

Extradanse: Chorus de Mickaël Phelippeau: le choeur en corps et en coeur et encore

En ouverture d'Extradanse ce soir à Pôle Sud à Strasbourg, le spectacle "Chorus" de Mickaël Phelippeau était tout trouvé pour avoir pleinement sa place dans ce festival qui se promet d'être à la jonction des formes et savoirs populaires de la contemporanéité.

Le chorégraphe qui s'est aussi déjà frotté aux arts plastiques nous présente ici une performance originale construite avec un choeur de chambre à voix mixtes, l'ensemble vocal a capella Campana.
Où comment se faire sonner les cloches en faisant de la polyphonie corse, ou plutôt en chantant une cantate de Bach. La BWV 384 "Nicht so traurig, nicht so sehr" qui dit en substance:
"Nicht so traurig, nicht so sehr, 
Meine Seele, sei betrübt, 
Dass dir Gott Glück, Gut und Ehr 
Nicht so viel wie andern gibt. 
Nim vorlieb mit deinem Gott: 
Hastu Gott, so hats nicht Noth.

Et en résumé: "Ne sois pas trite si Dieu te donne moins qu'aux autres, si tu as Dieu, tu n'as pas de besoin..." 

Mais ne vous inquiétez pas, il ne s'agit pas d'une messe, même si l'apothéose finale est une magnifique choeur polyphonique sous forme de prière et qui prend aux tripes. 
Le spectacle interroge le corps et le coeur. Et concrétise la solidarité d'un groupe de chanteuses et de chanteurs, dans leur rapport les uns aux autres, et au public, ainsi qu'à la représentation, au spectacle, ses règles et ses rituels, qui vont être détournés, transgressés et pervertis.
Nous assistons à de multiples interprétations et variations de cette cantate sous toutes ses formes, en accéléré, au ralenti, en silence ou interprété en solo par une femme alors que l'on entend une voix d'homme ou l'inverse. Ou encore, avec des perturbations comme de n'entendre que, dans une procession chantée, la voix du chanteur qui passe dans un carré de lumière. Ou de voir - et d'entendre six solistes se faire triturer, bousculer, porter, par le reste du choeur et d'entendre les effets de ces manipulations physiques.

Une autre variation sera de faire bouger les vingt choristes et leur chef de choeur de multiples façons, dans une mise en espace ludique et quelquefois humoristique, tout en adaptant l'interprétation à ces mouvements.  Dont par exemple des tableaux animés vivants et chantants, avec la musique qui se retrouve à l'unisson de cette mêlée. 


Chorus - Mickaël Philippeau - Photo: Julie Lefèvre

Les corps eux-mêmes sont très vivants et réels, chaque interprète ayant sa personnalité, son individualité marquée et ses caractéristiques morphologiques qui ne sont ni aseptisées ni noyées dans une masse homogène. Et c'est, au-delà de la musique et du mouvement qui fait spectacle, là où la pièce de Phelippeau nous parle. Et elle parle de nous, de notre fragilité, de nos individualités et nos différences, et du lien, du rapport à l'autre, de la communauté. 
Et, avant de finir, après un ultime trait d'humour (le karaoké), le choeur nous rejoint, nous, public, pour nous inclure et nous intégrer dans une interprétation englobante dans le noir où nous sommes tous unis dans un cocon de musique. Et nous sommes tous en coeur et encore en corps...





Pour le reste des spectacles du festival Extradanse, le programme est sur le site de Pôle Sud ici:
http://www.pole-sud.fr/festival-extradanse/programme


Bon Spectacle

La Fleur du Dimanche


Chorus
Chorégraphie : Mickaël Phelippeau
Collaboration artistique : Marcela Santander Corvalán
Interprétation :  Ensemble a capella Campana
Sopranos : Fiona Ait Bounou, Rapahële Andrieux, Marielle Khoury, Catherine Quillet, Nicole Tousten, Camille Vourc'h

Altos : Laure Gendron, Chantal Haon, Claudie Pabst, Françoise Poncet, Valentin Roulliat - Haute-contre, Corinne Scholtes

Ténors : Gilles Aumjaud, Thierry Denante, Jean-Paul Joly, Lionel Roux - Chef de Chœur, Renaud Mascret

Basses : Yvon Dumas, Alain Iltis, Fabrice Lebert, Raphaël Marbaud, Jean Ribault, Jacques Vachier
Création lumière : Alain Feunteun
Régie lumière : Abigail Fowler
Son & montage vidéo : Vivian Demard, Romain Cayla

Arrangement musical pour vidéo : Pascal Marius

vendredi 7 octobre 2016

Dernier jeudi de Musica 2016: Jeunes Talents et les 80 ans de Steve Reich

Dernière ligne droite pour le Festival Musica 2016. Les deux concerts de cette soirée sont bien représentatifs de la ligne éditoriale qui a sous-tendu la programmation de cette année. D'abord, une carte blanche à la jeunesse, et puis un hommage à un maître de la musique répétitive - en dialogue avec LA référence de la musique occidentale.


Jeunes talents, compositeurs:


Curieusement le fil du concert "Jeunes talents, compositeurs" de ce jeudi à 18h30 à la Salle de la Bourse pourrait être la question de l'ordre, du pouvoir et du contre-pouvoir.

Jean-David Mehri : Prolongements (2016)

Pour la première pièce "Prolongement", oeuvre pour saxophone et electronique, c'est le saxophoniste - virtuose interprète Adam Campbell - qui maîtrise totalement le jeu. Par ses mouvements, la position de son instrument, il "pilote" le programme informatique qui transforme en temps réel le son qu'il produit et qui est recalculé pour se fondre en écho avec le son direct. Tel un magicien avec son serpent - le saxophone - qu'il apprivoise, il en arrive à jouer, même sans jouer, rien qu'en inclinant, avançant ou reculant l'instrument tel une baguette magique. Sauf si, son partenaire muet, l'ordinateur se rebelle et fait silence. Quel est cette "motivation" de la machine pour ne pas jouer? Ouf, le compositeur l'a dompté et le public est époustoufflé par la performance. 


Musica - Jeunes Talents -  Jean-David Mehri - Adam Campbell - Photo: lfdd


Etienne Haan : Eclipse (2016)

Pour la deuxième pièce, la règle du jeu est donnée dès le début: ce sera un danseur, Clément Debras, qui viendra interférer sur l'ordre et le pouvoir du chef d'orchestre Armand Angster en dansant sa partition de chef. Et effectivement, il a le pouvoir de faire de la musique (ou est-ce la musique qui lui fait faire les gestes en mesure ou en tremblements ?). Jusqu'à ce que les deux chefs se rejoignent dans une gesticulation silencieuce qui n'arrive plus à sortir un seul son de cet Orchestre des étudiants du Conservatoire et de la HEAR. 


Musica - Jeunes Talents -  Etienne Haan - Clément Debras - Armand Angster - Photo: lfdd


Benoist Soldaise : Vingt-sept (2016)

Pour Vingt-Sept, une pièce dont le titre interroge le passage à l'âge adulte (ou la mort  - entre autres via de nombreux musiciens rock qui n'ont pu passer cette barrière fatidique), Benoist Soldaise prend le pouvoir différemment, un peu à la manière des artistes de l'Arte Povera, on aimerait le nommer compositeur "Povera" - entre pauvre et pouvoir, il y a juste un glissement de son, son qu'il se plait à décaler de son côté avec jubilation. Les percussionnistes, sous la direction d'Emmanuel Séjourné, tapent sur des bidons, frottent des éponges à récurer dans une concert spatialisé, ou frottent leur archet sur du polystyrène. Les instruments sont un bloc de métal, une flute de cristal, des hochets, cloches, cloches plaques, jantes de voiture, et pour finir des sifflets qui sifflent la fin d'une partie pleine d'humour, entre musique populaire et musique savante.    


Musica - Jeunes Talents - Benoist Soldaise -  Emmanuel Séjourné - Photo: lfdd

La soirée s'inscrit dans un atelier de composition (très réussi) de la HEAR/Conservatorie de Strasbourg, piloté par Philippe Manoury avec Daniel D'Adamo et Tom Mays pour la partie electronique. Il faut saluer Philippe Manoury et son engagement pour cet aspect pédagogique fort qui, nous l'espérons continera après son départ. Il est vrai que sa parole et son action seront bien entendus au Collège de France où il vient d'être nommé à la Chaire de création artistique. Au revoir l'artiste (qui reste bien sûr fidèle à Strasbourg). 


Reich, Bach

Le concert du soir au Palais Universtaire de Strasbourg sera en deux parties qui dialoguent. Le chef de l'ensemble "Les Siècles" François-Xavier Roth a choisi de rapprocher par delà les siècles (juste 250 ans) deux oeuvres qui ont "une même ferveur expressive".


Reich - Tehillim (1981)

La pièce de Steve Reich, même si elle est un peu à part dans le répertoire du compositeur américain, plutôt connu pour sa musique répétitive, est une "résurection" en quelque sorte des chants religieux des Juifs. Il s'agit donc de quatre psaumes mis en musique, magnifiquement interprétés par les quatre voix des "London Voices" soutenues par les clarinettes, hautbois, cor et les percussions - auxquels se rajoute l'orchestre à cordes - pour une méodie alerte et sautillante, presque "ethnique", très engageante et dansante. 


Musica - Les Siècles - François-Xavier Roth - Steve Reich - Photo: lfdd


Bach - Magnificat en ré majeur BWV 243 (1728-31)

Le Magnificat de Bach, joué sur des instruments anciens - en particulier les bois - donne aussi un côté jubilatoire à cette prière et il faut noter les solistes - magnifiques - de l'Ensemble Aede (Elise Benedes, Agathe Peyrat, Sorin Dimitrascu, Anaïs Bertrand, Florent Thious, Marc Valero et Laia Cortes), et le public partage la joie que nous sentons parcourir l'ensemble de l'Orchestre "Les Siècles" pour cette magnifique prestation qui s'achève sur un chant plein d'allégresse.   

Musica - Les Siècles - François-Xavier Roth - Jean-Sébastien Bach - Photo: lfdd


Bon Musica

La Fleur du Dimanche


Le programme s'achève ce soir et demain avec:

KLANG4
Salle de la Bourse - 18h30 
avec musiciens live, sampler et platine
Soprano, percussions, récit Françoise Kubler
Clarinette et saxophone Armand Angster
Sampler et platines Pablo Valentino

Électronique et platines Yérri-Gaspar Hummel

DRUM-MACHINESpercussions et électronique

Cité de la musique et de la danse - 20 h 30

Reigen , l'opéra filmé de Philippe Boesmans
Samedi à 20h30 à l'UGC Cité Ciné

dimanche 28 août 2016

Le champ des éphémères et la voix de l’éternité

Une carte postale de vacances à laquelle  vous avez échappé, c’est le vol des éphémères en ces nuits d’août sur les bords de Loire.
Il n’en reste plus que traces temporaires aux pieds des lampadaires...


Champ d'éphémères - Photo: lfdd

Elles n’auront volé qu’une nuit vers la lumière et leur destinée.


Champ d'éphémères - Photo: lfdd


Des Ténèbres vers la Lumière

La Lumière, l’homme aussi y aspire et ce depuis la nuit des temps il la recherche dans l’espoir d’un monde meilleur: 
"Fiat Lux !"

C’est ce refrain qu’il décline en chants quelquefois sacrés depuis les débuts de la chrétienté. Du coucher du soleil à son renouveau, dans les monastères et les églises, les prêtres et moines ont chanté ce cycle solaire de la mort et de la résurrection. C’est ce cycle, que, pas loin de ces éphémères mortes, dans la cadre du Festival de la Chaise Dieu – Festival de Musique inauguré dans l’Abbaye Saint Robert par Georges Cziffra en 1967 – l’ensemble vocal amarcord de Leipzig a proposé à une assistance subjuguée dans la magnifique église Saint Gilles de Chamalières-sur-Loire, avec son acoustique incomparable.


Ange bleu -  Eglise de Chamalières-sur-Loire - Photo: lfdd


"Des ténèbres vers la lumière", tel est le titre du récital que les cinq chanteurs d’amarcord (Wolfram Lattke et Robert Pohlers, ténors – Frank Ozimek, baryton – Daniel Knauft et Holger Krause, basses) proposent comme un voyage du soir au matin, de la musique polyphonique, grégorienne et chorale jusqu’à des pièces contemporaines pendant plus d’une heure trente de concert sans interruption - les applaudissements que le public a été invité à reporter à la fin du concert a permis de s’imprégner pleinement de la beauté envoûtante des chants et des voix. 


Festival de la Chaise-Dieu - Chamalières sur Loire - amarcord  - Photo: lfdd

"Te lucis ante terminum" de Thomas Tallis, nous met dans l’ambiance et nous permet de découvrir l’acoustique très spéciale de cette abbatiale du XIème siècle qui dispose dans son choeur d’une conque en cul-de-four dans laquelle une trentaine d’échéas, vases sonores sont disposés pour améliorer la sonorité de cet espace. Et ces cinq voix d’hommes nous en font prendre conscience pleinement.

Justement, le programme qu’ils nous proposent qui va de magnifiques chants grégoriens à Jean-Sébastien Bach (avec Marin Janus et Leo Hassler), en passant par Johann Walther et Johann Stahel ainsi que Johannes Ockeghem - son Credo, commençant comme un chant de curé et partant dans des variations multiples - donnerait à de nombreux croyants – ou mécréants – l’envie de retourner à l’église. Le programme fait alterner les chants classiques avec des compositions contemporaines (les magnifiques «Laudes de Saint François de Padoue» de Francis Poulenc dont les quatre chants furent l’occasion d’apprécier toute la richesse d’interprétation de l’ensemble et le "Sonnengesang des Heiligen Fanziskus" de Carl Orff (dont il faut saluer l’interprétation toute en finesse et "humilité", bien adaptée à l’acoustique du lieu), ainsi que des pièces spécialement composées pour l’ensemble par des compositeurs actuels. Ces dernières ont bouclé le cercle des heures, à commencer par une composition de Marcus Ludwig "Tenebrae" sur un extrait de trois poèmes de Paul Celan (que les lecteurs fidèle de ce blog connaissent déjà*), que je vous propose ici :

Tenebrae

Nah sind wir, Herr,
nahe und greifbar.

Gegriffen schon, Herr,
ineinander verkrallt, als wär
der Leib eines jenes von uns
dein Leib, Herr.

Bete, Herr,
bete zu uns,
wir sind nah.

Windschief gingen wir hin,
gingen wir hin, uns zu bücken 
nach Mulde und Maar.

Zur Tränke gingen wir, Herr.

Es war Blut, es war,
was du vergossen, Herr.

Es glänzte.

Es warf uns dein Bild in die Augen, Herr.
Augen und Mund stehen so offen und leer, Herr.
Wir haben getrunken, Herr.
Das Blut und das Bild, das im Blut war, Herr.

Bete, Herr.
Wir sind nah.


Saint au doigt polychrome -  Eglise de Chamalières-sur-Loire - Photo: lfdd

La descente de croix – version orthodoxe est traitée par Ivan Moody avec "Apokathilosis" et le Gloria de Sidney Marquez Boquirem - fut l’occasion pour les cinq musiciens de se mettre en cercle dans le chœur pour bénéficier des "retombées" célestes de leurs enroulantes variations sur ce chant magnifiant et joyeux.



Festival de la Chaise-Dieu - Chamalières sur Loire - amarcord  - Gloria - Photo: lfdd

Et pendant que, ô miracle, la lumière du soleil entra à travers les vitraux de la façade pour éclairer les piliers du choeur et amener la lumières au-dessus de tous, le quintet nous offrit en clôture le "Te lucis ante terminum" de Thomas Tallis pour boucler la boucle en laissant les participants subjugués.


Sainte polychrome -  Eglise de Chamalières-sur-Loire - Photo: lfdd

Festival de la Chaise-Dieu - Chamalières sur Loire - amarcord  - Saluts - Photo: lfdd


Un beau voyage intérieur en compagnie de voix intemporelles, à refaire l’année prochaine en compagnie de l’ "homme qui grimpe au ciel" sur le pilier de l’Abbatiale de Chamalières sur Loire …  avec le Festival de la Chaise-Dieu pour sa 51ème année.


Homme qui grimpe au ciel -  Eglise de Chamalières-sur-Loire - Photo: lfdd



Les festivals de l'été se terminent, pour ceux qui attendent ceux de la rentrée, en particulier de musique contemporaine, à Strasbourg, rendez-vous avec Musica le 21 septembre avec un programme alléchant, des concerts et des projections de films, entre autres (nous en reparlerons). 

La Fleur du Dimanche

* Pour Celan, voir "Passim" avec son poème "Todesfuge" les 23 et 25 janvier 2015