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jeudi 7 juillet 2022

Au coeur de l'été l'Accroche Note résonne et sample avec KL4NG

 Après Vienne avec la musique début du siècle (du XXème) et l'Amérique du Sud, l'Ensemble Accroche Note nous emmène dans un voyage surprenant vers des contrées électroniques et des mixes de DJ qui sample, entre autre, la mémoire classique et le jazz de l'Ensemble avec KL4NG.


KL4NG - Accroche Note - Pablo Valentino - Armand Angster - Françoise Kubler - Yerry G. Hummel - Photo: lfdd


KL4NG est un  dialogue entre les deux pilliers historiques, Françoise Kubler à la voix, mais aussi au tambourin et à l'harmonica et Armand Angster à la clarinette bassse et au saxophone soprano, et deux "trublions" de la musique pas très classique: Yerry-Gaspar Hummel, fervent défenseur des nouvelles technologies et de la musique inovante, créateur du Festival Exhibitronic, et Pablo Valentino, DJ et chercheur d'or - ou plutôt de vinyles depuis plus de 20 ans - c'est d'ailleurs un disque d'un concert de décembre 1983 du duo Armand Angster, Françoise Kubler avec Jean-Michel Collet et Barre Phillips qui a scellé le projet.


KL4NG - Accroche Note - Pablo Valentino - Photo: lfdd

La pièce avait déjà été présentée au Festival Musica en 2016 (voi mon billet) et à fait l'objet d'un disque KL4NG - Live à Venise coproduit par Accroche Note et Lab'ut. Et ces soirées d'été sont l'occasion de revoir, d'entendre dans une proximité intime cette douzaine de compositions variées dans une ambiance décontractée, à croire que l'église du Bouclier s'est transformée en studio disco. 


KL4NG - Accroche Note - Armand Angster - Françoise Kubler - Yerry Gaspar Hummel - Photo: lfdd

C'est une douzaine de pièces, composées par la bande des quatre ou par l'un des membres, très variées, qui vont voir Pablo Batista jouer des platines, sampler quelques extraits de disques qu'il sort de sa hotte, complété de ponctuations rythmiques, avec Yerri-Gaspar Hummel à l'électronique et aux claviers et Armand Angster à la clarientte basse et au saxophone, saxophone dont s'empare également Yerri-Gaspar pour un duo. Françoise Kubler, elle, glisse de chansons traditionnelles en airs exotiques, en onomatopées dialoguant avec la clarinette ou en vocalises virevoltantes et en langues indigènes (on croit y reconnaitre de l'irlandais, de l'italien, des langues de tribus nordiques,..) avec une facilité déconcertante. 


KL4NG - Accroche Note - Françoise Kubler - Photo: lfdd

KL4NG - Accroche Note - Pablo Valentino - Armand Angster - Françoise Kubler - Photo: lfdd

Elle incarne tout autant les textes qu'elle dit, par exemple "Cage" "John Cage - mots pour la musique et la danse" ou un très émouvant texte en italien de la grande poétesse Alda Merini. Le tout est varié, enjoué et ne manque pas d'humour, comme le laissent penser certains titres: Le fou saxophonisant, Ribouldingues, Firmin,...  On sent l'excellente cohésion et la symbiose entre les différents interprètes, qui ont réussi à faire passer une émotion certaine dans ce concert exceptionnel.


KL4NG - Accroche Note - Pablo Valentino - Armand Angster - Françoise Kubler - Photo: lfdd

KL4NG - Accroche Note - Yerry Gaspar Hummel - Photo: lfdd

Accroche Note -  Armand Angster - Françoise Kubler - Jean Michel Collet - Barre Pillips - Photo: lfdd


La Fleur du Dimanche

jeudi 24 septembre 2020

Musica au Sonic Temple: La méditation amplifiée dans le noir

 La messe noire avait été déjà dite l'année dernière pour une première soirée Sonic Temple. Musica remet le couvert pour un concert qui recherches les sensations intérieures augmentées, amplifiées avec, cette année la collaboration du Groupe de Recherche Musicale INA-Grm qui avait déjà proposé une soirée de musique avec le dispositif de l'Acousmonium au Dominicains de Guebwiller ce dimanche.

Musica - Sonic Temple - Kali Malone - Photo: lfdd

La première pièce Glory Canon III (2016) en création française est jouée à l'orgue par l'Americaine Kali Malone. C'est un travail de dentelle sur les variation d'intervalle et de résonnance, des notes tenues et tournant lentement, boucles d'accords répétés avec des modulations presqu'insensibles, tout en puissance sur ce magnifique orgue qui fait toute la longueur de l'église Saint Paul.

Musica - Sonic Temple - Anabelle Playe - Photo: lfdd

C'est encore une autre femme musicienne, la Française Anabelle Playe qui continue le programme, cette fois-ci sur le dispositif de l'Acousmonium du GRM. Ce dernier est tout à fait approprié à sa composition, NUMEN (2020) en création mondiale, qui utilise toute les capacitées de spatialisation du son et de son déplacements.  Ce sont des grondements graves, même ultra-grave, des sifflement presque au niveau de l'ultrason et un goute-à-goutte électronique qui nous fait imaginer dans une grotte, dans cette nef élairée au minimum. Les grondements et des sons épars nous enveloppent et nous emmènent dans un voyage souterrain.

Musica - Sonic Temple - Lasse Marhaug - Photo: lfdd


Avec Lasse Marhaug et sa création mondiale How to avoid ants (2020) nous changeons d'athmosphère. Ce sont des boucles répétitives, une sorte de bruits de machines cycliques et des  sonnerie, des bruissement qui s'éloignent, puis un bruit de sirène qui devient ondulation qui transforment la nef en une usine symbolique et mystique.

Musica - Sonic Temple - Kali Malone - Photo: lfdd

Retour de Kali Malone, mais aux manettes electroniques pour sa deuxième création française Living Torch (2020) où elle travaille le même procédé qu'avec l'orgue mais avec une varieté de qualités de sons beaucoup plus nombreux et plus variés. La pièces se déroule dans une belle montée en puissance où nous pouvons apprécier son travail tout en finesse.

Musica - Sonic Temple - François J. Bonnet - Stephe O'Malley - Photo: lfdd

Musica - Sonic Temple - François J. Bonnet - Stephe O'Malley - Photo: lfdd


La soirée se termine par une longue pièce (40 minutes), également en création mondiale Four Rays: quatre faisceaux d'anti-division (2020) du duo François J. Bonnet et Stephen O'Malley. Une succession de variations en microtonalités et des sons tenus et changeant joués à la guitare par les deux créateurs, nous installent dans de multiples couches sonores qui se densifient et mutent en nous installant dans un univers magique. 

Musica - Sonic Temple - François J. Bonnet - Stephe O'Malley - Photo: lfdd

La Fleur du Dimanche

dimanche 1 octobre 2017

Un deuxième samedi à Musica: Voyage à travers l'histoire et l'imaginaire de la musique et des sons

Pour le deuxième samedi à Musica, le concert de 17h00 fut l'occasion dans un récital de deux virtuoses, Renaud Capuçon au violon et Guillaume Bellon au piano, de nous emmener à travers l'histoire de la musique, de Beethoven, avec sa Sonate N°5 en fa majeur "Le Printemps", qui a terminé le programme jusqu'à Jörg Widmann dont nous avons pu découvrir un autre aspect de son oeuvre (voir le du concert du vendredi 18h00 avec son quatuor "Jagdquartett"), un concerto "Sommersonate", en passant par les belles pages  "Thème et variation" d'Olivier Messian qu'il a composées pour sa future épouse Claire Delbos...

Quelques images du concert en imaginant les notes...


Musica 2017 - Renaud Capuçon - Guillaume Bellom - Messian- Photo: lfdd

Musica 2017 - Renaud Capuçon - Guillaume Bellom - Jorg Widmann - Photo: lfdd

Musica 2017 - Renaud Capuçon - Guillaume Bellom - Beethoven - Photo: lfdd

Musica 2017 - Renaud Capuçon - Guillaume Bellom - Beethoven - Photo: lfdd

Musica 2017 - Renaud Capuçon - Guillaume Bellom - Beethoven - Photo: lfdd

Avec ces deux interprètes hors pair, même les notes de la sonate de Beethoven ont eu des accents contemporains d'une clarté, d'une simplicité et d'une élégance qui ont fait bisser les interprètes. L'occasion de nous faire découvrir La Sicilienne de Maria-Theresia von Paradies... On s'y serait cru, au paradis...

Venise le soir - Photo: lfdd

Le Paradis, ou presque, c'est la voyage (un peu mouvementé pour certains qui ont pris le tram strasbourgeois) que nous a proposé Olga Neuwirth avec Les Encantadas, un concert spatialisé où l'on se trouvait transporté dans l'espace sonore de l'église San Lorenzo de Venise reconstitué grâce au travail de l'IRCAM avec la collaboration de Markus Noisternig, Sylvain Cadars et Annaëlle Marsollier. 
Pour commencer le voyage nous nous retrouvions littéralement sur la lagune et dans les rues de Venise avec les passants, les cloches, la mer, dans la salle du bien nommé "Point d'Eau" d'Ostwald. Et puis la porte s'est fermée sur l'église dans laquelle nous partions en navigation sur les cinq îles des Encantadas (les iles enchantées des Galapagos chantées par Herman Melville qui a inspiré Olga Neuwirth), avec l'orchestre de l'Ensemble Intercontemporain entourant les spectateurs sur six scènes.

Musica - Ensemble Intercontemporain Le Encantadas - Olga Neuwirth - photo: lfdd

Ces îles qui parfois se montrent au regard
Nesont point ferme sol ou substance certaine,
Mais terres égarées parmi les eaux nombreuses
Et çà et là courrant: les îles Vagabondes.

Musica - Ensemble Intercontemporain Le Encantadas - Olga Neuwirth - photo: lfdd


Nous aussi, nous avons vagabondé d'île en île nous rapprochant pour mieux en entendre la musique de l'orchestre se répondant d'un bout à l'autre de la salle ou enregistrée avec des bruitages et des sons réels ou un retours sur les premières paroles des ordinateurs jusqu'à une chanson rock de la chanteuse de Manga Hatsune Miku et sa voix numérique d'aujourd'hui. 
Un voyage d'une heure dix, avec des passages plus diffus, d'autres plus nets, des événements qui surgissent et surprennent, d'autres qui se superposent, disparaissent, reviennent dans cette nef à la fois bateau en partance et église en déshérence, celle du Prometheo de Luigi Nono à qui Olga Neuwirth rend hommage, de même qu'à Armin Kohler du Festival de Donaueschingen, et, bien sûr une pensée pour les migrants.     


La Fleur du Dimanche

vendredi 7 octobre 2016

Dernier jeudi de Musica 2016: Jeunes Talents et les 80 ans de Steve Reich

Dernière ligne droite pour le Festival Musica 2016. Les deux concerts de cette soirée sont bien représentatifs de la ligne éditoriale qui a sous-tendu la programmation de cette année. D'abord, une carte blanche à la jeunesse, et puis un hommage à un maître de la musique répétitive - en dialogue avec LA référence de la musique occidentale.


Jeunes talents, compositeurs:


Curieusement le fil du concert "Jeunes talents, compositeurs" de ce jeudi à 18h30 à la Salle de la Bourse pourrait être la question de l'ordre, du pouvoir et du contre-pouvoir.

Jean-David Mehri : Prolongements (2016)

Pour la première pièce "Prolongement", oeuvre pour saxophone et electronique, c'est le saxophoniste - virtuose interprète Adam Campbell - qui maîtrise totalement le jeu. Par ses mouvements, la position de son instrument, il "pilote" le programme informatique qui transforme en temps réel le son qu'il produit et qui est recalculé pour se fondre en écho avec le son direct. Tel un magicien avec son serpent - le saxophone - qu'il apprivoise, il en arrive à jouer, même sans jouer, rien qu'en inclinant, avançant ou reculant l'instrument tel une baguette magique. Sauf si, son partenaire muet, l'ordinateur se rebelle et fait silence. Quel est cette "motivation" de la machine pour ne pas jouer? Ouf, le compositeur l'a dompté et le public est époustoufflé par la performance. 


Musica - Jeunes Talents -  Jean-David Mehri - Adam Campbell - Photo: lfdd


Etienne Haan : Eclipse (2016)

Pour la deuxième pièce, la règle du jeu est donnée dès le début: ce sera un danseur, Clément Debras, qui viendra interférer sur l'ordre et le pouvoir du chef d'orchestre Armand Angster en dansant sa partition de chef. Et effectivement, il a le pouvoir de faire de la musique (ou est-ce la musique qui lui fait faire les gestes en mesure ou en tremblements ?). Jusqu'à ce que les deux chefs se rejoignent dans une gesticulation silencieuce qui n'arrive plus à sortir un seul son de cet Orchestre des étudiants du Conservatoire et de la HEAR. 


Musica - Jeunes Talents -  Etienne Haan - Clément Debras - Armand Angster - Photo: lfdd


Benoist Soldaise : Vingt-sept (2016)

Pour Vingt-Sept, une pièce dont le titre interroge le passage à l'âge adulte (ou la mort  - entre autres via de nombreux musiciens rock qui n'ont pu passer cette barrière fatidique), Benoist Soldaise prend le pouvoir différemment, un peu à la manière des artistes de l'Arte Povera, on aimerait le nommer compositeur "Povera" - entre pauvre et pouvoir, il y a juste un glissement de son, son qu'il se plait à décaler de son côté avec jubilation. Les percussionnistes, sous la direction d'Emmanuel Séjourné, tapent sur des bidons, frottent des éponges à récurer dans une concert spatialisé, ou frottent leur archet sur du polystyrène. Les instruments sont un bloc de métal, une flute de cristal, des hochets, cloches, cloches plaques, jantes de voiture, et pour finir des sifflets qui sifflent la fin d'une partie pleine d'humour, entre musique populaire et musique savante.    


Musica - Jeunes Talents - Benoist Soldaise -  Emmanuel Séjourné - Photo: lfdd

La soirée s'inscrit dans un atelier de composition (très réussi) de la HEAR/Conservatorie de Strasbourg, piloté par Philippe Manoury avec Daniel D'Adamo et Tom Mays pour la partie electronique. Il faut saluer Philippe Manoury et son engagement pour cet aspect pédagogique fort qui, nous l'espérons continera après son départ. Il est vrai que sa parole et son action seront bien entendus au Collège de France où il vient d'être nommé à la Chaire de création artistique. Au revoir l'artiste (qui reste bien sûr fidèle à Strasbourg). 


Reich, Bach

Le concert du soir au Palais Universtaire de Strasbourg sera en deux parties qui dialoguent. Le chef de l'ensemble "Les Siècles" François-Xavier Roth a choisi de rapprocher par delà les siècles (juste 250 ans) deux oeuvres qui ont "une même ferveur expressive".


Reich - Tehillim (1981)

La pièce de Steve Reich, même si elle est un peu à part dans le répertoire du compositeur américain, plutôt connu pour sa musique répétitive, est une "résurection" en quelque sorte des chants religieux des Juifs. Il s'agit donc de quatre psaumes mis en musique, magnifiquement interprétés par les quatre voix des "London Voices" soutenues par les clarinettes, hautbois, cor et les percussions - auxquels se rajoute l'orchestre à cordes - pour une méodie alerte et sautillante, presque "ethnique", très engageante et dansante. 


Musica - Les Siècles - François-Xavier Roth - Steve Reich - Photo: lfdd


Bach - Magnificat en ré majeur BWV 243 (1728-31)

Le Magnificat de Bach, joué sur des instruments anciens - en particulier les bois - donne aussi un côté jubilatoire à cette prière et il faut noter les solistes - magnifiques - de l'Ensemble Aede (Elise Benedes, Agathe Peyrat, Sorin Dimitrascu, Anaïs Bertrand, Florent Thious, Marc Valero et Laia Cortes), et le public partage la joie que nous sentons parcourir l'ensemble de l'Orchestre "Les Siècles" pour cette magnifique prestation qui s'achève sur un chant plein d'allégresse.   

Musica - Les Siècles - François-Xavier Roth - Jean-Sébastien Bach - Photo: lfdd


Bon Musica

La Fleur du Dimanche


Le programme s'achève ce soir et demain avec:

KLANG4
Salle de la Bourse - 18h30 
avec musiciens live, sampler et platine
Soprano, percussions, récit Françoise Kubler
Clarinette et saxophone Armand Angster
Sampler et platines Pablo Valentino

Électronique et platines Yérri-Gaspar Hummel

DRUM-MACHINESpercussions et électronique

Cité de la musique et de la danse - 20 h 30

Reigen , l'opéra filmé de Philippe Boesmans
Samedi à 20h30 à l'UGC Cité Ciné

samedi 1 octobre 2016

Les folles nuits de Musica avec eRikm, danseur de platines

Un soir au Point d'Eau, un danseur contemporain, Jean-Chaude Gallotta, qui danse le rock et le lendemain, à 22h30, eRikm, artiste protéiforme, musicien peintre, plasticiens, improvisateur, compositeur (nous l'avons vu avec sa pièce acousmatique "Draumaligur, membre fantôme" samedi dernier) fait danser les platines, ou plutôt fait danser ses doigts sur les platines et les ables de mixages et les potentiomètres.


Musica 2016 - eRikm - Photo: lfdd

Dans une lumière rouge foncé, debout devant une table avec ses multiples sources de musique, il crée des univers à partir de disques contenant déjà de ambiances sonores ou des voix qu'il va retravailler, mixer et mettre en boucle pour nous emmener dans une balade d'une heure où notre imaginaire va se laisser aller entre incantations, rythmes, craquements, bruits parasites, ou de circulation (bord d'autoroute ou de route de campagne, ou passages d'avions) pour nous mener jusqu'à une chute répétée et qui s'assourdit.


Musica 2016 - eRikm - Photo: lfdd

Un vrai ballet, du corps, des gestes et des doigt qui virevoltent à la vitesse de la lumière pour nous faire passer le mur du son en cette after-soirée d'un Musica 2016 décidément très éclectique.






Bon Musica

La Fleur du Dimanche

dimanche 25 septembre 2016

Un samedi ordinaire (extra) à Musica: des jeunes talents, de vieux routiers du GRM, la relève et le "sacré" concert à la cathédrale

Ce devait être une journée ordinaire du Festival Musica: pas moins de quatre concerts dans la journée. Pour une Odyssée c'est une Odyssée: Marathon d'une salle (celle du Bouclier) à un autre (La Bourse où la vie est dans les hauts-parleurs) pour finir dans un monument de l'art gothique dans lequel nous assistons à trois pages de musique (Duruflé, Sciarinno et Dusapin), interprétés par le Münchener Kammerorchester et le RIAS Kammerchor sous la direction musicale de Alexander Liebreich.


Jeunes Talents - Quatuor Adasta

Mais commençons par le début: Dans la Salle de l'église du Bouclier, habituée aux concerts de Musique contemporaine (voir les concerts d'été de l'Accroche-Note), le jeune Quatuor Adasta nous a présenté un programme d'une belle densité. Totalement en accord avec Anton Webern qui dans la première dédicace de ses "Six Bagatelles opus 9 disait "non multa, sed multum" - peu en quantité, mais beaucoup en intensité - le programme dense le fut aussi dans la concentré des pièces. 


Musica 2016 - Jeunes Talents - Quatuor Adasta - Photo: lfdd


Au coeur du concert, justement, se fondant sur ces Six bagatelles (1911-1913) comme référence, des rebonds vers deux pièces de Kurtag en lecture antichronologique.
D'abord donc la pièce de Webern, ces six mouvements de moins d'une minute chacun, mais quelle qualité, quelle force ! Webern le disait aussi: "Imaginez quelle sobriété il faut pour être bref." et il constate: "Et j'ai eu le sentiment qu'une fois les douze sons étaient apparus, , le morceau était fini. C'est beaucoup plus tard que j'ai compris que c'était un moment d'une évolution nécessaire." N'en disons pas plus!
Cette brièveté - et densité - Györky Kurtag l'a fait sienne ne rendant hommage à Webern dans son Quatuor à cordes opus 1 de 1959 en six mouvements puissants et expressifs et plus encore dans son Hommage à Andràs Mihàly opus 13 de 1977: douze microludes pleines de douceur, de finesse, de délicatesse de moins d'une minute.
Encadrant ces trois pièces, en ouverture d'une part, la pièce [Ro]ob[ta]ject[tion] de la singapourienne (passée par Bufffalo, Paris et Ivry) Diana Soh qui nous propose une musique intrigante, composée de micro-sons, envolées, frappées en forme de collage dada sur la "musique au sujet de la musique, au sujet de la musique". 
Et pour clore, Pascal Dusapin avec son Quatuor à cordes N° 3 (1993) qui nous montre tut son talent de compositeur qui va aussi à l'essentiel tout en variations et en envolées et en déséquilibre.


Groupe de Recherches Musicales - GRM - Oeuvres historiques

Musica continue son exploration de la musique acousmatique avec Daniel Terrugi, directeur de l'INA-GRM qui nous présente l'"Acousmonium", un disposition créé par François Bayle en 1974, avec une trentaine de hauts-parleurs, chacun par ses caractéristiques - timbre, puissance, spectre, localisation, forme (il y a même 4 arbres/douches au milieu du public) - participant à la mise en place des univers sonores créées par chaque compositeur.


Musica - Salle de la Bourse - GRM - Acousmonium - Daniel Terrugi - Photo: lfdd

Il faut noter que le mixage en direct est en quelque sorte comme une direction d'orchestre, les instruments étant ici des hauts-parleurs. Nous pouvons donc citer les quatre "mixeurs" qui jouaient en direct la partition sur la table de mixage: François Bonnet, Philippe Dao, Daniel Terrugi - qui "joue" aussi son oeuvre dans la seconde partie du programme, ainsi qu eRikm qui mixe la sienne. 
La première partie de l'après-midi, après un film sur les 50 ans du CRMM (que je vous présente ci-dessous) est consacrée aux oeuvres historiques. 




Tout d'abord trois fragments, sur les 14 qui composent l'oeuvre "L'Expérience Acoustique" de François Bayle (inventeur du dispositif d'écoute) montrent l'écriture de ces pièces, mélanges de sons réels capturés et:ou tritures, de sons de synthèse ou de voix et d'instruments de musique mixés - dans lequels on arrive à se faire des images (réelles ou imaginaires) et retrouver des voix connues - ici en l’occurrence, on peut noter un penchant certain pour 
Franck Zapp ou le groupe Soft Machine et ses musiciens Kevin Ayers ou  David Allen dont on entend bien le "We did it again" que je vous offre en prime:






Deux pièces de Pierre Schaeffer de 1958 , qui a fondé le Groupe de Recherche Musicales cette année-là, "Etude aux allures", variations (d'allure) à partir de sons de cloches chinoises et "Etude aux sons animés", un travail s'appuyant sur des sons de synthèse et d'autres réels "triturés" nous présentent l'aspect historique de cette création. "L'oeil écoute" de Bernard Parmegiani complète le tableau, le film pourrait-on dire parce qu'il nous emmène dans un voyage qui commence par le son de roues de train nous invitant à partir avec lui et à imaginer le paysage sonore qu'il nous propose par ses différents climats. Il nous guide et nous perd à la fois, pour finir dans une danse endiablée et tournoyante. Parce que comme le dit: "Peut-être qu'à trop regarder, l'homme finit par ne plus écouter. Et l'oeil, devenu le "promeneur solitaire" n'a d'oreille que pour ce qui l'agresse".
La pièce "J'ai été coupé" de Luc Ferrari (à qui Pierre Henry a rendu hommage la veille) montre encore l'école de création sonore d'avant les synthétiseurs et l'inventivité déployée (avec une grosse dose de bricolage) pour composer ces oeuvres.
Gilles Racot qui clôturait la première partie du programme avec "Anamorphées" est lui le témoin de l'arrivée des ordinateurs qui calculaient les effets sonores et nous propose des boucles de sons qui ondulent et se superposent dans l'espace de la salle pour vriller, se répéter et s'enrouler pour remplir tout l'espace.

Musica - GRM - eRilm - Photo: lfdd

Groupe de Recherches Musicales - GRM - Oeuvres d'aujourd'hui

La séquence "aujourd'hui" du GRM présente des oeuvres de 2016 à 2015.
Vincent-Raphaël Carinola dans sa pièce "Cielo Vivo", inspirée des vers de Federico Garcia Lorca:
"là-bas toutes les formes gardent entrelacées
une unique expression frénétique d'avance"
Les sons, percussifs et pulsés, ainsi que les voix, retravaillées et variant en timbre et en déphasage, et répétées nous installent dans un univers mouvant.

eRikm, avec la pièce "Draumaligur, membre fantôme" nous emmène en voyage dans les espaces et les cultures d'Islande, à travers les paroles d'un conte "Ma mère dans le parc, parc" (Móðir mín í kví, kví), l'histoire d'une servante pauvre qui perd son enfant et sa raison parce qu'elle n'avait pas de robe pour la fête et de poèmes, ainsi que de sons de percussions et d'éléments naturels. Par un drôle de hasard, La Fleur du Dimanche 25 septembre est consacrée à l'Islande, encore un effet magique ? - en tout cas si vous voulez écuter un autre versant de la musique islandaise, faites un tour sur la page du dimanche)

Guiseppe Ieladi avec "untitled, January 2014" nous présente toute la poésie du son "pauvre" (comme l'Arte Povera) comme source de composition: Les bruits crées par un magnétophone à bande Uher ausculté au plus près.

Pour finir, Daniel Terrugi, avec "Springtime" (2013) nous propose un voyage circulaire, enfermé dans sa tête "in my dreams", la voix essaie dans différents registres (babil, rires, chantée, rapide ou tombante) de s'exprimer, encerclée de sons réalistes et synthétiques.


Musica - GRM - Daniel Terrugi - Photo: lfdd 


Münchener Kammerorchester et  RIAS Kammerchor

Le summum de la journée fut le concert à la cathédrale avec le Münchener Kammerorchester et le RIAS Kammerchor sous la direction musicale de Alexander Liebreich.
D'abord, et venant du bord nord de la cathédrale, le "Responsorio delle Tenebre (2001) de Salvatore Sciarinno, confrontation entre chant grégorien et chant moderne qui nous "décalent" dans cette magnifique cathédrale.
La pièce de Pascal Dusapin, créée il y a un an à Munich par l'orchestre et le choeur qui l'a magnifiquement réinterprétée cette composition basée sur un texte d'Alcuin, théologien anglais du VIIIème siècle qui y présente sous la forme d'un dialogue maître-élève, plein d'énigmes pour amener les auditeurs à creuser la réflexion.
La soirée se termine par le Requiem de Maurice Duruflé, un Réquiem tendre et humain, basé sur les thèmes grégoriens de la Messe des morts. Un moment très émouvant 


Musica -  Pascal Dusapin  - Münchener Kammerorchester - RIA Kammerchor - Photo: lfdd


La suite bientôt...

Bon Musica

La Fleur du Dimanche