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dimanche 25 septembre 2016

Un samedi ordinaire (extra) à Musica: des jeunes talents, de vieux routiers du GRM, la relève et le "sacré" concert à la cathédrale

Ce devait être une journée ordinaire du Festival Musica: pas moins de quatre concerts dans la journée. Pour une Odyssée c'est une Odyssée: Marathon d'une salle (celle du Bouclier) à un autre (La Bourse où la vie est dans les hauts-parleurs) pour finir dans un monument de l'art gothique dans lequel nous assistons à trois pages de musique (Duruflé, Sciarinno et Dusapin), interprétés par le Münchener Kammerorchester et le RIAS Kammerchor sous la direction musicale de Alexander Liebreich.


Jeunes Talents - Quatuor Adasta

Mais commençons par le début: Dans la Salle de l'église du Bouclier, habituée aux concerts de Musique contemporaine (voir les concerts d'été de l'Accroche-Note), le jeune Quatuor Adasta nous a présenté un programme d'une belle densité. Totalement en accord avec Anton Webern qui dans la première dédicace de ses "Six Bagatelles opus 9 disait "non multa, sed multum" - peu en quantité, mais beaucoup en intensité - le programme dense le fut aussi dans la concentré des pièces. 


Musica 2016 - Jeunes Talents - Quatuor Adasta - Photo: lfdd


Au coeur du concert, justement, se fondant sur ces Six bagatelles (1911-1913) comme référence, des rebonds vers deux pièces de Kurtag en lecture antichronologique.
D'abord donc la pièce de Webern, ces six mouvements de moins d'une minute chacun, mais quelle qualité, quelle force ! Webern le disait aussi: "Imaginez quelle sobriété il faut pour être bref." et il constate: "Et j'ai eu le sentiment qu'une fois les douze sons étaient apparus, , le morceau était fini. C'est beaucoup plus tard que j'ai compris que c'était un moment d'une évolution nécessaire." N'en disons pas plus!
Cette brièveté - et densité - Györky Kurtag l'a fait sienne ne rendant hommage à Webern dans son Quatuor à cordes opus 1 de 1959 en six mouvements puissants et expressifs et plus encore dans son Hommage à Andràs Mihàly opus 13 de 1977: douze microludes pleines de douceur, de finesse, de délicatesse de moins d'une minute.
Encadrant ces trois pièces, en ouverture d'une part, la pièce [Ro]ob[ta]ject[tion] de la singapourienne (passée par Bufffalo, Paris et Ivry) Diana Soh qui nous propose une musique intrigante, composée de micro-sons, envolées, frappées en forme de collage dada sur la "musique au sujet de la musique, au sujet de la musique". 
Et pour clore, Pascal Dusapin avec son Quatuor à cordes N° 3 (1993) qui nous montre tut son talent de compositeur qui va aussi à l'essentiel tout en variations et en envolées et en déséquilibre.


Groupe de Recherches Musicales - GRM - Oeuvres historiques

Musica continue son exploration de la musique acousmatique avec Daniel Terrugi, directeur de l'INA-GRM qui nous présente l'"Acousmonium", un disposition créé par François Bayle en 1974, avec une trentaine de hauts-parleurs, chacun par ses caractéristiques - timbre, puissance, spectre, localisation, forme (il y a même 4 arbres/douches au milieu du public) - participant à la mise en place des univers sonores créées par chaque compositeur.


Musica - Salle de la Bourse - GRM - Acousmonium - Daniel Terrugi - Photo: lfdd

Il faut noter que le mixage en direct est en quelque sorte comme une direction d'orchestre, les instruments étant ici des hauts-parleurs. Nous pouvons donc citer les quatre "mixeurs" qui jouaient en direct la partition sur la table de mixage: François Bonnet, Philippe Dao, Daniel Terrugi - qui "joue" aussi son oeuvre dans la seconde partie du programme, ainsi qu eRikm qui mixe la sienne. 
La première partie de l'après-midi, après un film sur les 50 ans du CRMM (que je vous présente ci-dessous) est consacrée aux oeuvres historiques. 




Tout d'abord trois fragments, sur les 14 qui composent l'oeuvre "L'Expérience Acoustique" de François Bayle (inventeur du dispositif d'écoute) montrent l'écriture de ces pièces, mélanges de sons réels capturés et:ou tritures, de sons de synthèse ou de voix et d'instruments de musique mixés - dans lequels on arrive à se faire des images (réelles ou imaginaires) et retrouver des voix connues - ici en l’occurrence, on peut noter un penchant certain pour 
Franck Zapp ou le groupe Soft Machine et ses musiciens Kevin Ayers ou  David Allen dont on entend bien le "We did it again" que je vous offre en prime:






Deux pièces de Pierre Schaeffer de 1958 , qui a fondé le Groupe de Recherche Musicales cette année-là, "Etude aux allures", variations (d'allure) à partir de sons de cloches chinoises et "Etude aux sons animés", un travail s'appuyant sur des sons de synthèse et d'autres réels "triturés" nous présentent l'aspect historique de cette création. "L'oeil écoute" de Bernard Parmegiani complète le tableau, le film pourrait-on dire parce qu'il nous emmène dans un voyage qui commence par le son de roues de train nous invitant à partir avec lui et à imaginer le paysage sonore qu'il nous propose par ses différents climats. Il nous guide et nous perd à la fois, pour finir dans une danse endiablée et tournoyante. Parce que comme le dit: "Peut-être qu'à trop regarder, l'homme finit par ne plus écouter. Et l'oeil, devenu le "promeneur solitaire" n'a d'oreille que pour ce qui l'agresse".
La pièce "J'ai été coupé" de Luc Ferrari (à qui Pierre Henry a rendu hommage la veille) montre encore l'école de création sonore d'avant les synthétiseurs et l'inventivité déployée (avec une grosse dose de bricolage) pour composer ces oeuvres.
Gilles Racot qui clôturait la première partie du programme avec "Anamorphées" est lui le témoin de l'arrivée des ordinateurs qui calculaient les effets sonores et nous propose des boucles de sons qui ondulent et se superposent dans l'espace de la salle pour vriller, se répéter et s'enrouler pour remplir tout l'espace.

Musica - GRM - eRilm - Photo: lfdd

Groupe de Recherches Musicales - GRM - Oeuvres d'aujourd'hui

La séquence "aujourd'hui" du GRM présente des oeuvres de 2016 à 2015.
Vincent-Raphaël Carinola dans sa pièce "Cielo Vivo", inspirée des vers de Federico Garcia Lorca:
"là-bas toutes les formes gardent entrelacées
une unique expression frénétique d'avance"
Les sons, percussifs et pulsés, ainsi que les voix, retravaillées et variant en timbre et en déphasage, et répétées nous installent dans un univers mouvant.

eRikm, avec la pièce "Draumaligur, membre fantôme" nous emmène en voyage dans les espaces et les cultures d'Islande, à travers les paroles d'un conte "Ma mère dans le parc, parc" (Móðir mín í kví, kví), l'histoire d'une servante pauvre qui perd son enfant et sa raison parce qu'elle n'avait pas de robe pour la fête et de poèmes, ainsi que de sons de percussions et d'éléments naturels. Par un drôle de hasard, La Fleur du Dimanche 25 septembre est consacrée à l'Islande, encore un effet magique ? - en tout cas si vous voulez écuter un autre versant de la musique islandaise, faites un tour sur la page du dimanche)

Guiseppe Ieladi avec "untitled, January 2014" nous présente toute la poésie du son "pauvre" (comme l'Arte Povera) comme source de composition: Les bruits crées par un magnétophone à bande Uher ausculté au plus près.

Pour finir, Daniel Terrugi, avec "Springtime" (2013) nous propose un voyage circulaire, enfermé dans sa tête "in my dreams", la voix essaie dans différents registres (babil, rires, chantée, rapide ou tombante) de s'exprimer, encerclée de sons réalistes et synthétiques.


Musica - GRM - Daniel Terrugi - Photo: lfdd 


Münchener Kammerorchester et  RIAS Kammerchor

Le summum de la journée fut le concert à la cathédrale avec le Münchener Kammerorchester et le RIAS Kammerchor sous la direction musicale de Alexander Liebreich.
D'abord, et venant du bord nord de la cathédrale, le "Responsorio delle Tenebre (2001) de Salvatore Sciarinno, confrontation entre chant grégorien et chant moderne qui nous "décalent" dans cette magnifique cathédrale.
La pièce de Pascal Dusapin, créée il y a un an à Munich par l'orchestre et le choeur qui l'a magnifiquement réinterprétée cette composition basée sur un texte d'Alcuin, théologien anglais du VIIIème siècle qui y présente sous la forme d'un dialogue maître-élève, plein d'énigmes pour amener les auditeurs à creuser la réflexion.
La soirée se termine par le Requiem de Maurice Duruflé, un Réquiem tendre et humain, basé sur les thèmes grégoriens de la Messe des morts. Un moment très émouvant 


Musica -  Pascal Dusapin  - Münchener Kammerorchester - RIA Kammerchor - Photo: lfdd


La suite bientôt...

Bon Musica

La Fleur du Dimanche

dimanche 22 juillet 2012

Pan dans les Nymphéas: Que d'eau...

Il pleut... Mais les frères Jacques l'avaient prévu:
"A la Saint-Médard mon Dieu qu'il a plu
Au coin du boul'vard et de la p'tite rue.
..
Quand il pleut le jour de la Saint-Médard
Pendant quarante jours faut prendre son riflard."

Alors que faire, sinon se jeter à l'eau ! Voilà:


Nymphéas - Photo: lfdd


Bon, vous me direz qu'il ne faut pas exagérer, avec un peu de recul entre les averses, orages, il y a du soleil et même des arcs-en-ciel. C'est vrai, si on veut pouvoir admirer un arc-en-ciel, la pluie ne peut pas loin.

Nénuphar jaune - Photo: lfdd


Restons dans l'élément aquatique, en relation avec internet, pour réfléchir un peu, avec le TVA du jour, et une petite devinette:
Qui a dit ?
"Le surfeur ne crée pas la vague, par nature aléatoire et chaotique, il utilise sa force, sa puissance pour le plaisir, le défi vis-à-vis de lui-même. Surfer la vie, c'est savoir profiter et jouir de l'instant, être à l'écoute de son environnement, de ses réseaux, évaluer en temps réel le résultat de son action et s'adapter à l'imprévu."


Pour un peu d'humour en ces temps de pluie, un deuxième TVA qui nous vient d'un humoriste surrané et poli, Philippe Bouvard:
"On parle de ce triste mois de juin comme d'un vieux séducteur en disant: " Il a beaucoup plu"


Et pour joindre la parole aux images, la chanson des Frères Jacques en son et en images.
Merci à l'INA pour ce travail de sauvegarde du patrimoine:






Si la vidéo n'est pas là, vous pouvez toujours la rechercher sur youtube:
http://www.youtube.com/watch?v=1q4diF0S9rk

Et les paroles sont là:

A La Saint Médard


A la Saint-Médard mon Dieu qu'il a plu
Au coin du boul'vard et de la p'tite rue.
A la Saint-Médard mon Dieu qu'il a plu
Y aurait pas eu d'bar on était fichus !
A la Saint-Médard mon Dieu qu'on s'est plu
Tous deux au comptoir en buvant un jus.
A l'abri dans l'bar on s'est tell'ment plu
Qu'on est sorti tard quand il a plus plu.


Quand il pleut le jour de la Saint-Médard
Pendant quarante jours faut prendre son riflard.
Les marchands d'pépins et de waterproufs
Se frottent les mains, faut bien qu'ces gens bouffent !
Dans notre petit bar on se retrouvait
A midi un quart et on attendait.
Quand il pleut dehors, dedans on est bien
Car pour le confort, la pluie ne vaut rien.


Pour tout arranger il a encor plu
La Saint-Barnabé oh ça tant et plus !
Pour bien nous sécher au bar on a bu
Trois jus arrosés puis on s'est replu.
Saint-Truc, Saint-Machin, toujours il pleuvait
Dans le bar du coin, au sec on s'aimait.
Au bout d'quarante jours quand il a fait beau
Notre histoire d'amour est tombée dans l'eau.

Bon été pluvieux.

La Fleur du Dimanche.