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jeudi 4 décembre 2025

Le concert Minimal des Percussions de Strasbourg à Hautepierre: un plaisir maximal et une émotion partagée

 Au Théâtre de Hautepierre, juste à côté des studios du groupe des Percussions de Strasbourg, le public est chez soi chez eux.... De retour d'une tournée mondiale qui les a amenés en Chine (pour trois dates), en Corée (2 concerts à Séoul) au Canada (Montréal avec deux concerts dont un avec, entre autres, l'ensemble Sixtrum qui était venu à Musica cette année) et aux Etats-Unis (trois concerts à Rochester, Columbus et Indianapolis), le groupe revient dans SA salle (enfin presque) pour un concert exceptionnel à plus d'un titre. D'une part, c'est pour la première présentation à Strasbourg de leur disque Minimal qu'il viennent d'enregistrer sous la direction artistique de Vincent Peirani, le musicien de jazz (mais pas que). Ce programme a d'abord été créé lors de cet enregistrement et le groupe l'a présenté dans sa tournée mondiale et aussi le 26 novembre à Altkirch. D'autre part, et c'est un peu la surprise que l'on attendait, c'est le dernier concert auquel participe à Strasbourg Mihn-Tâm Nguyen en tant que directeur artistique des Percussions de Strasbourg, et c'était un moment d'émotion, de bilan et de passations sur lequel nous reviendrons, mais place au concert.


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Camille Pépin - Photo: Robert Becker


Le programme a été conçu à l'origine autour d'un échange de Mihn-Tâm Nguyen avec Camille Pépin, jeune compositrice (née en 1990 à Amiens), nommée "compositrice de l'année" aux Victoire de la Musique classique en 2020 qui lui expose son admiration pour Steve Reich, un des pionniers de la musique minimaliste au Etats-Unis. Et donc cette commande Avant, pendant, et pourtant qui ouvre le concert (mais pas le CD). 


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Camille Pépin - Photo: Robert Becker


L'instrumentarium, lui aussi réduit au minimum, est constitué de deux marimbas et de deux vibraphones, conjuguant les sonorités du bois avec celle du métal, à l'instar de la pièce Mallet Quartet de Steve Reich qui est la référence dans le programme (et le CD dont elle fait l'ouverture). Le premier mouvement est assez calme, reposant, les frappes légères posent un paysage serein en vagues légères qui s'éteignent. 


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Camille Pépin - Photo: Robert Becker


Pour le deuxième mouvement, les archets qui font vibrer les lames de manière très délicates créent un flottement mystérieux, entre las graves et les aigus. Et la troisième partie, plus longue et plus instable nous emmène dans une montée en rythme et en tension avec des motifs qui à la fois se répètent et alternent pour croître et s'éteindre dans le silence.


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Yang Song - Photo: Robert Becker


La deuxième pièce, également une commande des Percussions, mais qui n'est pas sur le CD, est en quelque sorte un "bonus" du concert. La compositrice chinoise Yang Sung (née en 1987 en Mongolie Intérieure) a étudié, entre autres à l'Ircam et à Cologne en Allemagne. Sa pièce Ombre interroge le minimalisme à la lumière des airs traditionnelles de sa région et elle alterne des mouvements d'ensemble vigoureux avec quelques épisodes plus légers. Un dialogue également entre les interprètes. Un moment plus doux, aérien nous fait entendre de légères égratignures, comme des gouttes d'eau aériennes. Puis ce sont poursuites en accélérations qui gagnent en force et en puissance.


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Steve Reich - Photo: Robert Becker

Minimal -  Percussions de Strasbourg - Steve Reich - Photo: Robert Becker

Minimal -  Percussions de Strasbourg - Steve Reich - Photo: Robert Becker


Place au "maître", avec Mallet Quartet (2009), une pièce tardive, mais classique de Steve Reich qui débute par un duo de marimbas qui font le socle rythmique et mélodique et qui sont rejoints par les vibraphones, mais en variations et de rythme, et de mélodies, qui apparaissent quelquefois soudainement puis disparaissent à nouveau. La pièce est composée de trois mouvements, deux rapides qui encadrent un mouvement lent qui s'aère, ralentit au point de presque disparaître. Et puis c'est reparti pour une nouvelle course entrainante qui s'accélère. 

Minimal -  Percussions de Strasbourg - Nick Bärtsch - Photo: Robert Becker

Minimal -  Percussions de Strasbourg - Nick Bärtsch - Photo: Robert Becker


On continue avec Seven Eleven de Nick Bärtsch, le musicien suisse qui touche au jazz (nous avions vu sa pièce Shaker Kami avec les Percussions de Strasbourg avec Jazzdor en février 2020, un des derniers concerts d'avant le confinement). L'esprit zen du compositeur apparaît bien ici avec ses rythmiques en répétition et quelques résonnances La pièce est foncièrement répétitive, des variations sous-tendent les mélodies qui se répètent et l'effet, à la fois calmant et mystérieux, nous portent de leurs mélodies qui se diffusent et nous imprègnent. La pièce finit par trois frappes après une première salve.



Et l'on finit avec une composition de l'Américaine Shelley Washington (née en 1991), Sunday qui commence par une douce mélodie, presque féérique, un beau paysage qui se dessine, tendre et serein. Une promenade dominicale dans le parc ou à la campagne. Mais les choses s'accélèrent, les vibrations se font plus tendues, les frappes plus serrées, nerveuses, et puis se distendent et l'atmosphère se rassénère, les mélodies et vibrations se font plus zen.


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Saluts - Photo: Robert Becker


En introduction de la pièce, Mihn-Tâm Nguyen en a profité pour annoncer sa dernière prestations en tant de Directeur artistique des Percussions de Strasbourg à ce concert. L'occasion de jeter un regard rétrospectif et de constater le chemin parcouru, depuis son arrivée aux Percussions en 2014 et surtout sa nomination comme directeur artistique en 2017: l'augmentation du nombre de concerts et des tournées et surtout l'ancrage dans le quartier de Hautepierre - socle du travail des musiciens - les interventions en milieu scolaire, Percustra et ses animations, la notoriété mais aussi la sympathie acquise ici, le renouvellement du public, et le bilan de tous les concerts Live @Home dont celui, mémorable, de sortie de confinement pour la fête de la Musique en 2020. Il a bien sûr profité pour saluer et remercier son équipe actuelle et passée pour leur collaboration pleine et entière.


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Surpise - Photo: Robert Becker


La fin du concert est aussi l"occasion pour le président des Percussions de Strasbourg, Jean-Yves Bainier de remercier Mihn-Tâm Nguyen pour son engagement et sa ténacité et de clôre sur une surprise musicale avec tout le monde sur le plateau. Et même la nouvelle directrice artistique Vassilena Serafimova qui a, elle aussi, rendu hommage à l'esprit des "Percussions", ayant baigné dedans dans sa Bulgarie natale via son père, et qui ne s'est pas fait prier pour prendre sa place avec les baguettes devant le vibraphones de Tâm. Un moment très émouvant pour tout le monde. Et une relève qui part du bon pied. Une soirée de lancement de disque et de passation en tout cas très réussie.


A bientôt...


La Fleur du Dimanche





 

vendredi 30 septembre 2022

Musica voyage à Nancy avec Different Trains et Seb Brun au CCAM à Vandoeuvre

Le Festival Musica dès l'origine avait la bougeotte. La première année, le public et les musiciens sont allés à la rencontre du public et des musiciens amateurs des nombreux orchestres locaux, surtout les ensembles d'harmonie et les chorales, en prenant le train vers le nord et le sud de l'Alsace. Et le voyage et la découverte a toujours fait partie de l'ADN du Festival, en bateau, en bus ou en train, en Alsace, en Allemagne (la Lorelei, Karlsruhe ou Freiburg) et en Suisse (Bâle). Cette année, pour clôturer un festival renouvelé, c'est à Nancy que Musica prend ses quartiers d'automne avec un week-end équilibré entre tourisme et musique. Et il y a matière et variété: pas moins de sept lieux pour des propositions allant d'un "concert à table" à un opéra contemporain et écologique en passant par un concert performance en plein air, Place Stanislas avec mapping sur la façade de l'Opéra, ou un duo électro et bien sûr des concerts d'ensembles de musique contemporaine. 


Different Trains - Seb Brun


Le voyage commence à Vandoeuvre, la commune la plus peuplée de la Métropole du Grand Nancy, située au sud-ouest de Nancy et disposant de nombreuses infrastructures (Technopôle, université, remarquable Jardin Botanique Jean-Marie Pelt,,..) et d'un Centre Culturel, le CCAM, Scène Nationale depuis 2000 avec son festival Musique Action depuis 1984. Une raison valable de s'y faire rencontrer le Quatuor Diotima et le quatuor autour de Seb Brun qui nous prend par surprise avec Horns après un passage dans un étrange dédale souterrain. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Le public patiente dans une salle austère et bétonnée au centre de laquelle trônent des instruments de percussions et des équipements électroniques, claviers, synthés, quelque bric-à-brac: couvercles avec fils électriques et avec des pièces de monnaie et une nuée d'enceintes. Les lumières sont au minimum et les tabourets des musiciens sont vides... Comme un bruit de pas tourne autour de la salle, les musiciens semblent s'être fondus dans la foule. On sent monter une certaine inquiétude et une femme se sent obligée d'applaudir pour conjurer l'attente. Hasard, synchronisation des pensées, c'était le moment que les musiciens avaient choisi pour retrouver leur place centrale et prendre en main leurs instruments. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Les bruits de pas entendus se révèlent être des micromouvements des fils et objets sur les couvercles disposés au sol, et qui maintenant frissonnent, alors que les musiciens commencent à triturer leurs boutons et que des sont discrets se mélangent. Un souffle, des crépitements, des sons électroniques, un rythme qui sourd, l'espace se peuple d'une vie mystérieuse. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Les quatre musiciens, disposés en rond se font face, chacun sur son petit établi, Clément Verceletto et Julien Baudart avec leurs synthétiseurs en modules, Seb  Brun derrière sa batterie qu'il commence à caresser et également ses appareils et Thimotée Quost, équipé d'une trompette avec laquelle il souffle alternativement avec ou sans embout dans un micro qu'il coiffe avec le pavillon et dont il frappe le corps au rythme d'un bruit de rail. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Dans l'imaginaire de la nuit, des séquences de train de passage surgissent, des ambiances variées se projettent dans la pénombre, l'oeil et l'oreille écoute et invente les images suscitées par les quatre compères. Le rythme s'accélère, le son devient plus dense, plus touffu, les lumières clignotent et éblouissent, des ultra-basses nous prennent au corps, nous basculent à la limite de la sensation et nous emmènent dans une expédition étrange. Le bruit de roulement, les sifflements s'intensifient, Une montée en puissance s'opère, les machines respirent, ahanent, des sirènes dans la nuit, et le rythme s'accélère jusqu'à l'acmé finale. Le public libéré respire.... Il vient d'expérimenter une performance entre John Cage, la Bête Humaine et un voyage vers l'inconnu.


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd

Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Different Trains - Quatuor Diotima


Suite est donnée dans la salle de spectacle du Centre Culturel André Malraux avec le Quatuor Diotima pour un programme en deux volets, avec deux compositeurs György Ligeti et Steve Reich qui auront marqué avec ces deux pièces phares pour quatuor l'histoire de la musique de la fin du XXème siècle.


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Ligeti - Photo: lfdd


Nous avons d'abord avec le Quatuor à corde N°2 de Ligetti ( 1968) une pièce qui bouscule l'écoute. Dès le départ, un silence marqué introduit un état de suspension pour l'auditeur. Et tout au long de la pièce, des pauses laissent le silence s'installer. La pièce commence par des moments joués très léger, une suspension, un souffle nous fait nous aiguiser les oreilles et retenir la respiration. Et puis un éclat, fort. Les modes de jeu varient, entre ces touchers délicats et des accélérations vigoureuses et rapides. Des pizzicatos - on dirait des métronomes qui s'emballent - alternent avec des moments calmes tout en douceur avant un nouveau déferlement d'énergie. Les modes de jeu alternent et s'opposent. Des vibrations rapides avec des archets qui tirent et tiennent la note. L'interprétation du Quatuor et précise et le geste habité. La concentration est impressionnante et nous fait entrer au coeur de cette oeuvre étrange et surprenante, d'une délicatesse extrême.


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Steve Reich - Different Trains - Photo: lfdd


L'autre pièce de la soirée qui donne son nom au programme est l'oeuvre de Steve Reich Different trains (1988), une pièce qui intègre à la fois de la musique enregistrée - il sample la partition qui se retrouve en quatre couches superposées dans lesquelles il intègre également des bruitages divers, sifflets, sirènes, bruits de trains, et bouts d'enregistrements de voix qu'il a effectués lui-même (sa gouvernante, un porteur de bagages du train New-York-Los Angeles et des rescapés de la Shoah).  La pièce est en trois parties, America – Before the War, Europe – During the War et After the War et s'appuie sur ses souvenirs d'enfance quand il devait faire le voyage entre ses parents séparés, de New-York à Los Angeles. 


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Steve Reich - Different Trains - Photo: lfdd


Ce voyage en train le fait se projeter pendant la guerre aux trains de la Shoah et rappelle cet épisode douloureux, constatant aussi que, selon où l'on vit et habite, le destin n'est pas le même. La composition est bien sûr répétitive et les cordes reprennent également les intonations des extraits de voix de la bande son pour les souligner ou les rappeler. Des paroles qui remettent en mémoire cet épisode et rappellent que si les trains sont plus rapides, "one of the fastest trains" - il y en a eu qui, alors que la guerre était finie "the war is over" - "are you sure?" n'en sont pas revenus "they are all gone". Une performance très émouvante.


La Fleur du Dimanche

jeudi 20 février 2020

Fase d'Anne Teresa de Keersmaeker à Paris: Retour aux origines de la danse contemporaine de Rosas

Fase, four movements to the music of Steve Reich est la première pièce créée par Anne Teresa de Keersmaeker à Bruxelles en 1982, avec Michèle Anne de Mey à son retour de New York, à l'origine de sa compagnie Rosas. C'est dire que cette reprise à l'Espace Cardin à Paris pour le Théâtre de la Ville par les danseuses de la relève* (après une reprise en 1993, également au Théâtre de la Ville) est un retour aux origines de cette danse contemporaine qui travaille sur le rythme, seul, la beauté pure en contrepoint de la musique. Cette musique, révolutionnaire elle aussi, de Steve Reich, faite de répétitions (avec des variantes infimes) de notes et d'accords - ou de sons - simples (bouts de phrases retravaillées ou claquements de mains) joue sur le minimalisme.

Fase - Anna Teresa de Keersmaeker - Steve Reich - Théâtre de la Ville

Pour ce spectacle, en quatre mouvements, ce sont deux pièces instrumentales - la première, Piano Phase, la troisième, Violin Phase que les danseuses vont danser en robes blanches et longues.
Pour Piano Phase, les deux danseuses, dans une scénographie construite autour de trois plans du plateau (le fond, le milieu et l'avant de la scène) combiné à une scénographie lumière qui fond quelquefois les ombres des deux danseuses en une seule est assez magique. Hypnotique même de par les effets de tournés sur elles-mêmes comme des derviches, dans un rythme obsédant, perturbé quelquefois par un léger accéléré de l'une d'elle qui les fait se retrouver face à face pour de courts instants avant la suite des rotations synchrones. La performance est magistrale. On imagine difficilement la synchronisation de la chorégraphie, pourtant ressentie sur cette pièce pianistique. Ajoutez-y les changements de plans qui font des effets de zooms et qui amène un autre aspect de réception de la danse.

Fase - Anna Teresa de Keersmaeker - Steve Reich - Théâtre de la Ville


Pour la deuxième pièce, Come Out les deux interprètes se retrouvent assises, en pantalons avec des bottines noires à talon sous deux abat-jours jaunes et leur chorégraphe ne sera que de gestuelle de mains, de bras et de tête avec quelques rotations sur les tabourets.

Fase - Anna Teresa de Keersmaeker - Steve Reich - Théâtre de la Ville

La troisième pièce Violin Phase sera la plus virtuose, la danseuse (impressionnante Yuka Hashimoto) encore en longue robe blanche tournoie sereinement, faisant de grands cercles, avançant et reculant, dans une énergie qui se déploie dans l'espace. L'empathie envahit la salle. Elle bondit allègrement et joyeusement, occupant l'espace sans trève. Une vraie performance alors qu'elle n'a pas arrêté de danser depuis le début.

Fase - Anna Teresa de Keersmaeker - Steve Reich - Théâtre de la Ville

Elle sera encore en scène pour la quatrième pièce Clapping Music où elle sera à nouveau rejointe par Laura Maria Poletti, dans un coin de lumière à droite de la scène pour une chorégraphie de gestes de profil contre la découpe blanche de lumière. En pliés de genoux, pointes et gestes de bras, de biais, toujours en subliment le rythme du son, les interprètes nous racontent une histoire sans mots et sans intention, avec uniquement l'objectif de nous emmener avec elles dans leur voyage. Et nous y souscrivons volontiers, bougeant dans notre monde imaginaire et prenant un plaisir secret dans cette performance.

La Fleur du Dimanche

Phase

Du 12 au 22 février 2020

CHORÉGRAPHIE 
Anne Teresa De Keersmaeker

Créée par Michèle Anne De Mey, Anne Teresa De Keersmaeker 
MUSIQUE Steve Reich, 
PIANO PHASE (1967), COME OUT (1966), VIOLIN PHASE (1967), CLAPPING MUSIC (1972) 
LUMIÈRES Remon Fromont 
COSTUMES 1981 Martine André, Anne Teresa De Keersmaeker 
AVEC EN ALTERNANCE Yuika Hashimoto, Laura Maria Poletti / Laura Bachman, Soa Ratsifandrihana

CRÉATION LE 18 MARS 1982, BEURSSCHOUWBURG, BRUXELLES.

samedi 30 septembre 2017

Musica et les Jeunes Talents: Contrepoints à la Clarinette

Deuxième samedi matin du Festival Musica dédié aux jeunes Talents (voir mon billet de samedi dernier). Après les compositeurs, c'est au tour des multiples talents de la clarinette avec un programme de choix "Clarinet counterpoints".
Excusez du peu, des pièces créées pour ou dédicacées à l'Accroche Note ou au trio Angster, Foltz, Kassap que les élèves de l'Académie supérieure de Musique de Strasbourg/HEAR -Haute Ecole des Arts du Rhin connaissent bien.

Pour commencer, Régénération, de Jean-Louis Agobet, pièce pour trois clarinettes justement ré-écrite pour le trio à partir d'un concerto pour trois clarinettes et orchestre et intertpétée de haute volée par Noella Carrera Carrera, Léa Castello et Sara Taboada.

La pièce Plus 1 de Jukka Tiensuu pour clarinette - Daisy Dugardin - et accordéon - Marie Bonifait a bien joué de son effet de surprise dans le dialogue où l'accordéon sursaute à la clarinette et les sons se mélangent et font douter de ce que l'on entend. Comme le dit Jukka Tiensuu dans sa "non-présentation: "L'essentiel dans une composition ne sont pas les réflexions du compositeur, mais plutôt les pensées que la musique inspire à l'auditeur et les petits émerveillements auxquels elle peut conduire. Le critique approuve.

By the Way, de Pascal Dusapin, écrite en passant (en voyage) en contrepoint de son opéra Penthesila suite à une commande d'Armand Angster est une suite de "notes de voyage", dialogue calme ou enjoué entre une clarinette - Léa Castello - et un piano - Mirae Oh. Quelques petits bijoux de densité expressive dans une interprétation habitée.

Last, de Philippe Manoury a été composé pour les membre de Accroche Note Armand Angster et Emmanuel Séjourné. Ils peuvent être fiers de l'interprétation sensible et virtuose qu'en ont faites Sarah Taboada à la clarinette basse et Elise Rouchouse au marimba, un vrai plaisir.


Musica 2017 Jeunes Talents - Face à face - Bruno Mantovani - Photo: lfdd


En contrepoint et en cachette, une très courte invention d'une troisième voix par Helmut Lachermann sur l'Invention à deux voix en ré mineur de Bach, Dritte Stimme zu J.S. Bach zweistimmige Invention interprétées en coulisse par Jean-Marc Folz (l'enseignant et "coordinateur artistique") avec Léa Castello et Sara Tabaoda.     
Enchainé, les dialogue de duos de clarinettes - Javier Blanco Gonzales, Xavier Munoz Cordido, Noella Carrera Carrera et Justin Frieh, joue dans un surprenant dialogue Face à face de Bruno Montovani. Une très belle pièce également.


Musica 2017 Jeunes Talents - Clarinet Couterpoint - Steve Reich - Photo: lfdd


Et pour finir, le New York Counterpoint de Steve Reich avec Javier Blanco Gonzales à la clarinette solo et dix autres clarinettistes en contrepoint (Noella Carrera Carrera, Léa Castello, Xavier Munoz Cordido, Daisy Dugardin, Sara Taboada, Mélanie Virbac, Hélène Colinet, Margot Carle, Justin Frieh, et Jean-Marc Foltz) et sur la musique répétitive et caractéristique de Steve Reich. Une musique où l'on perd ses points de repères mais où l'on gagne en bonheur.


La Fleur du Dimanche

vendredi 7 octobre 2016

Dernier jeudi de Musica 2016: Jeunes Talents et les 80 ans de Steve Reich

Dernière ligne droite pour le Festival Musica 2016. Les deux concerts de cette soirée sont bien représentatifs de la ligne éditoriale qui a sous-tendu la programmation de cette année. D'abord, une carte blanche à la jeunesse, et puis un hommage à un maître de la musique répétitive - en dialogue avec LA référence de la musique occidentale.


Jeunes talents, compositeurs:


Curieusement le fil du concert "Jeunes talents, compositeurs" de ce jeudi à 18h30 à la Salle de la Bourse pourrait être la question de l'ordre, du pouvoir et du contre-pouvoir.

Jean-David Mehri : Prolongements (2016)

Pour la première pièce "Prolongement", oeuvre pour saxophone et electronique, c'est le saxophoniste - virtuose interprète Adam Campbell - qui maîtrise totalement le jeu. Par ses mouvements, la position de son instrument, il "pilote" le programme informatique qui transforme en temps réel le son qu'il produit et qui est recalculé pour se fondre en écho avec le son direct. Tel un magicien avec son serpent - le saxophone - qu'il apprivoise, il en arrive à jouer, même sans jouer, rien qu'en inclinant, avançant ou reculant l'instrument tel une baguette magique. Sauf si, son partenaire muet, l'ordinateur se rebelle et fait silence. Quel est cette "motivation" de la machine pour ne pas jouer? Ouf, le compositeur l'a dompté et le public est époustoufflé par la performance. 


Musica - Jeunes Talents -  Jean-David Mehri - Adam Campbell - Photo: lfdd


Etienne Haan : Eclipse (2016)

Pour la deuxième pièce, la règle du jeu est donnée dès le début: ce sera un danseur, Clément Debras, qui viendra interférer sur l'ordre et le pouvoir du chef d'orchestre Armand Angster en dansant sa partition de chef. Et effectivement, il a le pouvoir de faire de la musique (ou est-ce la musique qui lui fait faire les gestes en mesure ou en tremblements ?). Jusqu'à ce que les deux chefs se rejoignent dans une gesticulation silencieuce qui n'arrive plus à sortir un seul son de cet Orchestre des étudiants du Conservatoire et de la HEAR. 


Musica - Jeunes Talents -  Etienne Haan - Clément Debras - Armand Angster - Photo: lfdd


Benoist Soldaise : Vingt-sept (2016)

Pour Vingt-Sept, une pièce dont le titre interroge le passage à l'âge adulte (ou la mort  - entre autres via de nombreux musiciens rock qui n'ont pu passer cette barrière fatidique), Benoist Soldaise prend le pouvoir différemment, un peu à la manière des artistes de l'Arte Povera, on aimerait le nommer compositeur "Povera" - entre pauvre et pouvoir, il y a juste un glissement de son, son qu'il se plait à décaler de son côté avec jubilation. Les percussionnistes, sous la direction d'Emmanuel Séjourné, tapent sur des bidons, frottent des éponges à récurer dans une concert spatialisé, ou frottent leur archet sur du polystyrène. Les instruments sont un bloc de métal, une flute de cristal, des hochets, cloches, cloches plaques, jantes de voiture, et pour finir des sifflets qui sifflent la fin d'une partie pleine d'humour, entre musique populaire et musique savante.    


Musica - Jeunes Talents - Benoist Soldaise -  Emmanuel Séjourné - Photo: lfdd

La soirée s'inscrit dans un atelier de composition (très réussi) de la HEAR/Conservatorie de Strasbourg, piloté par Philippe Manoury avec Daniel D'Adamo et Tom Mays pour la partie electronique. Il faut saluer Philippe Manoury et son engagement pour cet aspect pédagogique fort qui, nous l'espérons continera après son départ. Il est vrai que sa parole et son action seront bien entendus au Collège de France où il vient d'être nommé à la Chaire de création artistique. Au revoir l'artiste (qui reste bien sûr fidèle à Strasbourg). 


Reich, Bach

Le concert du soir au Palais Universtaire de Strasbourg sera en deux parties qui dialoguent. Le chef de l'ensemble "Les Siècles" François-Xavier Roth a choisi de rapprocher par delà les siècles (juste 250 ans) deux oeuvres qui ont "une même ferveur expressive".


Reich - Tehillim (1981)

La pièce de Steve Reich, même si elle est un peu à part dans le répertoire du compositeur américain, plutôt connu pour sa musique répétitive, est une "résurection" en quelque sorte des chants religieux des Juifs. Il s'agit donc de quatre psaumes mis en musique, magnifiquement interprétés par les quatre voix des "London Voices" soutenues par les clarinettes, hautbois, cor et les percussions - auxquels se rajoute l'orchestre à cordes - pour une méodie alerte et sautillante, presque "ethnique", très engageante et dansante. 


Musica - Les Siècles - François-Xavier Roth - Steve Reich - Photo: lfdd


Bach - Magnificat en ré majeur BWV 243 (1728-31)

Le Magnificat de Bach, joué sur des instruments anciens - en particulier les bois - donne aussi un côté jubilatoire à cette prière et il faut noter les solistes - magnifiques - de l'Ensemble Aede (Elise Benedes, Agathe Peyrat, Sorin Dimitrascu, Anaïs Bertrand, Florent Thious, Marc Valero et Laia Cortes), et le public partage la joie que nous sentons parcourir l'ensemble de l'Orchestre "Les Siècles" pour cette magnifique prestation qui s'achève sur un chant plein d'allégresse.   

Musica - Les Siècles - François-Xavier Roth - Jean-Sébastien Bach - Photo: lfdd


Bon Musica

La Fleur du Dimanche


Le programme s'achève ce soir et demain avec:

KLANG4
Salle de la Bourse - 18h30 
avec musiciens live, sampler et platine
Soprano, percussions, récit Françoise Kubler
Clarinette et saxophone Armand Angster
Sampler et platines Pablo Valentino

Électronique et platines Yérri-Gaspar Hummel

DRUM-MACHINESpercussions et électronique

Cité de la musique et de la danse - 20 h 30

Reigen , l'opéra filmé de Philippe Boesmans
Samedi à 20h30 à l'UGC Cité Ciné