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jeudi 4 décembre 2025

Le concert Minimal des Percussions de Strasbourg à Hautepierre: un plaisir maximal et une émotion partagée

 Au Théâtre de Hautepierre, juste à côté des studios du groupe des Percussions de Strasbourg, le public est chez soi chez eux.... De retour d'une tournée mondiale qui les a amenés en Chine (pour trois dates), en Corée (2 concerts à Séoul) au Canada (Montréal avec deux concerts dont un avec, entre autres, l'ensemble Sixtrum qui était venu à Musica cette année) et aux Etats-Unis (trois concerts à Rochester, Columbus et Indianapolis), le groupe revient dans SA salle (enfin presque) pour un concert exceptionnel à plus d'un titre. D'une part, c'est pour la première présentation à Strasbourg de leur disque Minimal qu'il viennent d'enregistrer sous la direction artistique de Vincent Peirani, le musicien de jazz (mais pas que). Ce programme a d'abord été créé lors de cet enregistrement et le groupe l'a présenté dans sa tournée mondiale et aussi le 26 novembre à Altkirch. D'autre part, et c'est un peu la surprise que l'on attendait, c'est le dernier concert auquel participe à Strasbourg Mihn-Tâm Nguyen en tant que directeur artistique des Percussions de Strasbourg, et c'était un moment d'émotion, de bilan et de passations sur lequel nous reviendrons, mais place au concert.


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Camille Pépin - Photo: Robert Becker


Le programme a été conçu à l'origine autour d'un échange de Mihn-Tâm Nguyen avec Camille Pépin, jeune compositrice (née en 1990 à Amiens), nommée "compositrice de l'année" aux Victoire de la Musique classique en 2020 qui lui expose son admiration pour Steve Reich, un des pionniers de la musique minimaliste au Etats-Unis. Et donc cette commande Avant, pendant, et pourtant qui ouvre le concert (mais pas le CD). 


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Camille Pépin - Photo: Robert Becker


L'instrumentarium, lui aussi réduit au minimum, est constitué de deux marimbas et de deux vibraphones, conjuguant les sonorités du bois avec celle du métal, à l'instar de la pièce Mallet Quartet de Steve Reich qui est la référence dans le programme (et le CD dont elle fait l'ouverture). Le premier mouvement est assez calme, reposant, les frappes légères posent un paysage serein en vagues légères qui s'éteignent. 


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Camille Pépin - Photo: Robert Becker


Pour le deuxième mouvement, les archets qui font vibrer les lames de manière très délicates créent un flottement mystérieux, entre las graves et les aigus. Et la troisième partie, plus longue et plus instable nous emmène dans une montée en rythme et en tension avec des motifs qui à la fois se répètent et alternent pour croître et s'éteindre dans le silence.


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Yang Song - Photo: Robert Becker


La deuxième pièce, également une commande des Percussions, mais qui n'est pas sur le CD, est en quelque sorte un "bonus" du concert. La compositrice chinoise Yang Sung (née en 1987 en Mongolie Intérieure) a étudié, entre autres à l'Ircam et à Cologne en Allemagne. Sa pièce Ombre interroge le minimalisme à la lumière des airs traditionnelles de sa région et elle alterne des mouvements d'ensemble vigoureux avec quelques épisodes plus légers. Un dialogue également entre les interprètes. Un moment plus doux, aérien nous fait entendre de légères égratignures, comme des gouttes d'eau aériennes. Puis ce sont poursuites en accélérations qui gagnent en force et en puissance.


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Steve Reich - Photo: Robert Becker

Minimal -  Percussions de Strasbourg - Steve Reich - Photo: Robert Becker

Minimal -  Percussions de Strasbourg - Steve Reich - Photo: Robert Becker


Place au "maître", avec Mallet Quartet (2009), une pièce tardive, mais classique de Steve Reich qui débute par un duo de marimbas qui font le socle rythmique et mélodique et qui sont rejoints par les vibraphones, mais en variations et de rythme, et de mélodies, qui apparaissent quelquefois soudainement puis disparaissent à nouveau. La pièce est composée de trois mouvements, deux rapides qui encadrent un mouvement lent qui s'aère, ralentit au point de presque disparaître. Et puis c'est reparti pour une nouvelle course entrainante qui s'accélère. 

Minimal -  Percussions de Strasbourg - Nick Bärtsch - Photo: Robert Becker

Minimal -  Percussions de Strasbourg - Nick Bärtsch - Photo: Robert Becker


On continue avec Seven Eleven de Nick Bärtsch, le musicien suisse qui touche au jazz (nous avions vu sa pièce Shaker Kami avec les Percussions de Strasbourg avec Jazzdor en février 2020, un des derniers concerts d'avant le confinement). L'esprit zen du compositeur apparaît bien ici avec ses rythmiques en répétition et quelques résonnances La pièce est foncièrement répétitive, des variations sous-tendent les mélodies qui se répètent et l'effet, à la fois calmant et mystérieux, nous portent de leurs mélodies qui se diffusent et nous imprègnent. La pièce finit par trois frappes après une première salve.



Et l'on finit avec une composition de l'Américaine Shelley Washington (née en 1991), Sunday qui commence par une douce mélodie, presque féérique, un beau paysage qui se dessine, tendre et serein. Une promenade dominicale dans le parc ou à la campagne. Mais les choses s'accélèrent, les vibrations se font plus tendues, les frappes plus serrées, nerveuses, et puis se distendent et l'atmosphère se rassénère, les mélodies et vibrations se font plus zen.


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Saluts - Photo: Robert Becker


En introduction de la pièce, Mihn-Tâm Nguyen en a profité pour annoncer sa dernière prestations en tant de Directeur artistique des Percussions de Strasbourg à ce concert. L'occasion de jeter un regard rétrospectif et de constater le chemin parcouru, depuis son arrivée aux Percussions en 2014 et surtout sa nomination comme directeur artistique en 2017: l'augmentation du nombre de concerts et des tournées et surtout l'ancrage dans le quartier de Hautepierre - socle du travail des musiciens - les interventions en milieu scolaire, Percustra et ses animations, la notoriété mais aussi la sympathie acquise ici, le renouvellement du public, et le bilan de tous les concerts Live @Home dont celui, mémorable, de sortie de confinement pour la fête de la Musique en 2020. Il a bien sûr profité pour saluer et remercier son équipe actuelle et passée pour leur collaboration pleine et entière.


Minimal -  Percussions de Strasbourg - Surpise - Photo: Robert Becker


La fin du concert est aussi l"occasion pour le président des Percussions de Strasbourg, Jean-Yves Bainier de remercier Mihn-Tâm Nguyen pour son engagement et sa ténacité et de clôre sur une surprise musicale avec tout le monde sur le plateau. Et même la nouvelle directrice artistique Vassilena Serafimova qui a, elle aussi, rendu hommage à l'esprit des "Percussions", ayant baigné dedans dans sa Bulgarie natale via son père, et qui ne s'est pas fait prier pour prendre sa place avec les baguettes devant le vibraphones de Tâm. Un moment très émouvant pour tout le monde. Et une relève qui part du bon pied. Une soirée de lancement de disque et de passation en tout cas très réussie.


A bientôt...


La Fleur du Dimanche





 

lundi 30 septembre 2024

Les Percussions à Musica: RuptuR avec Caravaggio - une Odyssée entre jazz, rock et percussions

 Depuis quelques années déjà, les Percussions de Strasbourg élargissent les limites de leur répertoire. La musique contemporaine de leurs débuts en 1962 a un âge vénérable et, bien que de nombreux compositeurs ont innové en leur écrivant des pièces novatrices, dans une nouvelle ère, un nouvel air a soufflé sur l'ensemble qui est devenu plus souple. Par exemple plus de sacro-sainte formation avec les six musiciens et ils ont mis en place des collaborations dans de nombreux domaines, que ce soit avec des musiciens hors de leur milieu habituel. Et des techniques, processus ou genres nouveaux ont ouvert de nouveaux horizon. 

Pour ce concert dans le cadre du Festival Musica, dans leur fief à Hautepierre (une représentation aura lieu le 4 octobre Metz à l'Arsenal - et un autre programme Ryoji Ikeda + Philip Glass le lendemain), ils se sont associés au groupe Caravaggio qui rassemble, depuis 2004 deux musiciens contemporains Benjamin de la Fuente violon (qui joue du violon et de la guitare ténor électrique) et Samuel Sighicelli (qui joue du synthétiseur et du sampler) et deux musiciens de jazz, Bruno Chevillon à la basse et Éric Echampard à la batterie. Ils se retrouvent avec trois Percussionnistes Théo His-Mahier, Emil Kuyumcuyan et Lou Renaud-Bailly pour cette composition Ruptur

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker


C'est un long voyage plein d'énergie et de fusion, mélange de pop, de percussions, de distorsions, de rythmes endiablés. Les lignes de basse alternent avec des nappes de synthés. Le violon de temps en temps lance ses notes plaintives, les percussions se font légères puis de grosses cloches résonnent et l'on part sur une séquence emphatique, on se croirait dans une grande odyssée de l'espace qui s'achève dans un acmé spectaculaire. 

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

Puis nous repartons pour un solo de guitare qui se continue par une batterie nerveuse et des percussions. Les changements de rythme sont continuels, cela explose de temps en temps. 

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

La basse reprend, égrenant quelques notes les nappes s'envolent, s'enroulent, la tension monte, se répand, tous les interprètes s'unissent dans une implications totale qui monte dans une vague finale qui, doucement s'éteint. 

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker

C'était une prestation magnifique, puissante, originale, cette partition entre plusieurs univers, mixant les percussions dans toute leur finesse et leur variété, l'énergie de la pop et l'inventivité du jazz libre et pourtant noté dans une partition dont ne peux qu'admirer encore la performance de tou.te.s les musicien.ne.s. Une sacrée soirée bourrée d'énergie.

Festival Musica 2024 - Percussions de Strasbourg - Caravaggio - Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche

jeudi 9 février 2023

Burning Bright d'Hugues Dufourt par les Percussions de Strasbourg: Des éclairs sonores dans la nuit sombre

 Cinquante ans après Erewhon, première collaboration d'Hugues Dufourt, alors jeune compositeur, avec les Percussions de Strasbourg, Burning Bright (2014) ouvre une nouveau chemin, un nouveau regard dans leur collaboration. La pièce, dont le disque, sorti en 2016 fut couronné de plusieurs prix (Diapason d'Or, disque classique de l'année 2017 aux Victoire de la musique, Clé d'Or, Académie Charles Cross), a déjà été jouée au moins deux fois à Strasbourg. Mais c'est à chaque fois une redécouverte. Et c'est donc un grand plaisir de la revoir à Hautepierre dans le fief des Percussions de Strasbourg, comme une étoile dans la queue de la comète des célébrations du soixantième anniversaire du groupe, et en petite avance du 80ème anniversaire du compositeur.


Percussions de Strasbourg - Burning Bright - Hugues Dufourt - Photo: Robert Becker


Sur scène, les six musiciens, pas tous les mêmes que sur l'enregistrement du disque, sont positionnés autour de la scène dans ce que l'on pourrait bien imaginer comme l'antre d'un magicien, un atelier mystérieux, amoncellement d'objets étranges. Hugues Dufourt, dans l'échange qui a suivi le concert a d'ailleurs expliqué qu'il avait jeté son dévolu, pour cette composition, sur tous les instruments de percussion considérés comme "accessoires", souvent relégués, exclus des partitions et qui, souvent, ont un rapport avec l'au-delà - et qui sont souvent utilisés dans les films d'épouvante. 


Percussions de Strasbourg - Burning Bright - Hugues Dufourt - Photo: Robert Becker


On y trouve par exemple le waterphone, instrument hybride inventé par Richard Waters dans les années 60, mais aussi toutes les cloches, clochettes, crotales, gongs, plaques, morceaux de bois, blocs de bois, cymbales. Tous ces instruments vont être joués pour faire émerger en nappes, éclats, vibrations tournantes, des ondes et vagues qui passent d'un musicien à l'autre. 


Percussions de Strasbourg - Burning Bright - Hugues Dufourt - Photo: Robert Becker


Des grondements enflent, des flashes sonores éclatent. Les sons rampent, s'étirent, montent en puissance, puis se calment à nouveau. De partout surgissent des sonorités inédites, qui se mélangent et se tordent, tournent. Les baguettes frappent nerveusement et en extension, sur les caisses, vibraphones, gongs, et se répondent d'un musicien à l'autre. Les cymbales vibrent et montent en tension, les gongs résonnent, les grosses caisses geignent et explosent.

 

Percussions de Strasbourg - Burning Bright - Hugues Dufourt - Photo: Robert Becker


Cela bruisse, fourmille, se superpose en de multiples couches, pulsations, tourbillons. L'énergie couve puis se distend, éclate en flashes sonores. Pour finir, les sons grondent dans le lointain, s'enfuient, et s'éteignent doucement. 


Percussions de Strasbourg - Burning Bright - Hugues Dufourt - Photo: Robert Becker


Le voyage initiatique et magique du Tigre de William Blake qui a inspiré la composition et le titre de la pièce s'achève. Un monde de ténèbres et d'éclats lumineux brefs et soudains repart dans la nuit. Le voyage intérieur, exploratoire de sensations insolites est terminé. A nous de le recommencer avec le disque. 


Percussions de Strasbourg - Burning Bright - Hugues Dufourt - Photo: Robert Becker


Et nous remercions chaleureusement Hugues Dufourt pour qui nous apporte une nouvelle promesse (de fleurs) - lucide ou visionnaire* - de futur. Et nous tenons à saluer la prestation magnifique de la musicienne Hsin-Hsuan Wu, des musiciens François Papirer, Enrico Pedicone, Alexandre Esperet, Thibaut Weber et Minh-Tâm Nguyen, également directeur artistique des Percussions de Strasbourg qui nous ont emmené dans ce magnifique voyage dans la jungle et les étoiles. 


Percussions de Strasbourg - Burning Bright - Hugues Dufourt - Photo: Robert Becker


Tyger, tyger


Tyger tyger, burning bright 
In the forests of the night, 
What immortal hand or eye 
Could frame thy fearful symmetry? 
In what distant deeps or skies 
Burnt the fire of thine eyes? 
On what wings dare he aspire? 
What the hand dare seize the fire? 

Tigre, Tigre! ton éclair luit
Dans les forêts de la nuit,
Quelle main, quel oeil immortels
Purent fabriquer ton effrayante symétrie
Dans quelles profondeurs, quels cieux lointains
Brûla le feu de tes yeux?
Aucune aile ne pourra les atteindre.
Aucune main ne pourrait forger ton regard. 


La Fleur du Dimanche


* En 2016, dans le livret du disque Burning Bright, Hugues Dufourt termine par ces mots:

"L'espace qu'on y découvre, un espace à la Kubrick, pourrait devenir, malgré les espoirs de notre époque, celui d'un éternel confinement"

jeudi 8 décembre 2022

Best Of des Percussions de Strasbourg: un magnifique éventail de la percussion sur 60 ans

 Pour fêter dignement le soixantième anniversaire (enfin, après un report du concert prévu initialement en mars 2022) les Percussions de Strasbourg accueillent un public nombreux pour leur 16ème Live@home.

Ils avaient déjà organisé une semaine de festivités en juin et le programmme du jour est l'occasion de présenter des pièces emblématiques ou des créations originales.


Percussions de Strasbourg - Huit inventions - Miloslav Kabelac - Photo:lfdd


Cela commence par le compositeur tchèque Miloslav Kabeláč qui leur avait écrit une partition en 1962 (il y a 60 ans) 8 inventions pour percussion. La pièce avait été créée avec un ballet (Alvin Aley l'a aussi chorégraphié en 1970). La composition joue sur différents instrument de percussion (xylophones, marimba, vibraphones, cloches tubes, tam-tams, crotales, tom-toms, bongos...) qui changent selon les huit mouvements et travaille sur une rythme original. Le premier Corale est assez doux sur vibraphone, xylophone et caisse claire. Le deuxième Giubiloso part énergiquement avec des cloches tube et un xylophone nerveux. Le troisième, Recitativo est plus doux avec des peaux et quelques clochettes. 


Percussions de Strasbourg - Huit inventions - Miloslav Kabelac - Photo:lfdd


Le quatrième Scherzo, assez court est une course poursuite entre les batteries et le xylophone. Le cinquième, Lamentoso voit dialoguer les gongs,les cymbales et le vibraphone, toujours rythmé de frappes mélancoliques. Danza est une pièce assez dense, qui tournoie entre frappes de timbales, de xylophones et de gongs. Aria se déploie en majesté et dans le calme, les instruments prennent le temps de résonner, de discrètes frappes de cymbales ou de vibraphone ponctuent le déroulé, les cloches sonnent en douceur. Puis, avec Diabolico, les notes aiguës du xylophone répondent aux frappes des peaux dans un dialogue qui s'accélère jusqu'aux deux coups finaux.


Percussions de Strasbourg - Corale - Maurilio Cacciatore - Photo:lfdd


La pièce de Corale de Maurilio Cacciatore en création mondiale se fait par trois interpètes avec des baguettes vibrantes, une invention du compositeur. Les musiciens touchent la peau ou posent l'une ou l'autre des baguettes sur les timbales et les vibration passent par l'électronique. Cela donne un son continu assez discret qui varie selon la position des baguettes. De temps en temps des baguettes à frotter se rajoutent ainsi que des cymbales vibrantes. C'est une écoute originale des percussions.


Percussions de Strasbourg - 4 études chorégraphiques - Maurice Ohana - Photo:lfdd


La pièce de Maurice Ohana 4 études chorégraphiques date aussi de 1962 pour la version dédiée aux Percussions de Strasbourg, la première version (de 1955) était composée pour 4 musiciens. Ils l'ont créée en 1963 également avec des danseurs sur scène. Dans cette pièce, Ohana joue sur les individualités des interprètes qui chacun(e) joue sa mélodie et où les échos et résonances créent un bel univers. Dans la première étude par exemple entre le gong et la caisse claire. Ohana ne craint pas le silence et les musiciens ont une magnifique gestuelle. La deuxième étude est plus dense, en tension. Pour la troisième, c'est la cymbale chinoise qui se retrouve au centre de l'intérêt et pour la dernière, les rythmes se supperposent et se renversent avec des frappes surpenantes. La pièce est très rythmée et les interprètes sont totalement investis dans leur interprétation.


Percussions de Strasbourg - Metal - Philippe Manoury - Photo:lfdd


Le concert s'achève avec la pièce de Philippe Manoury Métal qu'il avait écrite en 1995 pour l'intrument inventé par Yannis Xenakis. Mais contrairement à la force et la puissance que le compositeur grec donne à cet instrument, la partition de Manoury fait ressortir à la fois la délicatesse que permet le jeu des percussionnistes qui caressent le métal des clavier, jouent sur les variations de force de frappe, les décalages et glissements, amenant des bruissements surprenants, des sons presque synthétiques, en tout cas mélodiques. 


Percussions de Strasbourg - Metal - Philippe Manoury - Photo:lfdd

Percussions de Strasbourg - Metal - Philippe Manoury - Photo:lfdd


Et contrairement aux sonorités puissantes quasi "industrielles" des six sixxens qu'on a l'habitude d'entendre, les percussionistes en tirent des harmonies empreintes de douceur. Une belle surprise et une grande réussite.


Percussions de Strasbourg - Best Of - Photo:lfdd


Une belle soirée, assurée avec brio par la jeune garde des Percussions de Strasbourg - Matthieu Benigno, Hyoungkwon Gil, Théo His-Mahier, Léa Koster, Emil Kuyumcuyan, Olivia Martin - avec l'accueil bienveillant et généreux du directeur artistique Minh-Tâm Nguyen et du président Jean-Yves Bainier.


La Fleur Du Dimanche


Vous avez raté le concert et vous n'êtes pas loin de Bonn, sachez que les Percussions donnent deux concert le 10 et le 11 décembre à l'église Sainte-Hélène à Bonn (Allemagne) avec un programme Xenakis pour son centenaire: Pléiades puis Psappha, Rebonds et Okho

mercredi 28 septembre 2022

Music in the Belly de Stockhausen revu par Simon Steen-Andersen et joué par les Percussions de Strasbourg: viscéralement bien

 La pièce Musique in the Belly de Karl-Heinz Stockhausen a été jouée pour la première fois en 1975 par les Percussions de Strasbourg au Festival de Royan. Elle avait été composée pour eux, l'idée ayant surgi  Stockhausen lors d'un épisode drôle - et inquiétant - qu'il a vécu avec sa fille Julika quand elle avait 2 ans. Alors que son ventre gargouillait et que son père lui a dit "Mais, Julika, tu as de la musique dans le ventre", elle est partie dans un fou rire irrépressible et même un épisode inquiétant, ne cessant de rire et de répéter les mots "Musik im Bauch" - "Musique dans le ventre" sans parvenir à se calmer. Sept ans plus tard, il fait un rêve relatif à cet épisode qui lui revient et il le retranscrit dans une partition presque minimaliste mais remplie de didascalies et d'annotations. Sur la scène du Théâtre de Hautepierre, scène de proximité pour les Percussions de Strasbourg, nous assistons à la recréation de cette pièce dans une nouvelle mise en scène et une conception adaptée de Simon Steen-Andersen suite à la demande de l'orchestre, lors d'une soirée du Festival Musica.


Musica 2022 - Karlheinz Stockhausen - Simon Steen-Andersen - Percussions de Strasbourg - Photo: lfdd


Après une projection d'images qui ressemblent à un passage de grosses pattes d'éléphants sur un fond de ciel rouge, avec en bande son ce qui pourrait être des gargouillements d'estomac et même des battements de coeur. Dans le noir arrivent six percussionnistes - que des jeunes femmes: Lou Renaud-Bailly, Olivia Martin, Vanessa Porter, Léa Koster, Hsin-Hsuan Wu, Yi-Ping Yang - sur des planches à roulettes électriques éclairées de leds. Elles se positionnent en cercle sur la scène. L'une, à gauche devant des cloches plaques, trois en fond de scène derrière des petites cymbales et deux à droite devant un marimba. A la cloche plaque, la percussionniste joue sur l'écho et les résonnances avec un micro qu'elle dirige vers les plaques. 


Music im Bauch - Stockhausen - Percussions de Strasbourg - Photo: Christophe Urbain


Les percussionnistes du fond jouent des mélodies à des rythmes différents et à droite, des baguettes sont inlassablement accrochées et lâchées sur le marimba, construisant une mélodie étirée au maximum. De temps en temps l'une des musiciennes se dirige avec sa planche à roulette vers un téléphone qui sonne et d'où émerge la voix de  Karl-Heinz Stockhausen qui nous expose une partie de sa philosophie ou certaines anecdotes, par exemple la prière qu'il a inventée pour ses enfants en hommage à l'univers, les étoiles, les cellules et la lumière. La composition jouée est d'ailleurs issue du cycle du Tierkreis - le Zodiaque où il a composé 12 mélodies (de mi bémol - le Verseau à ré - le Capricorne), dont les musiciens choisissent trois mélodies qu'ils vont interpréter. Et cela donc pour chaque instrument avec sa spécificité et à des rythmes différents, les cymbales étant le plus rapide. Le tout menant vers un état presque hypnotique et cathartique. A certains moments, selon l'éclairage, on se rend compte que le plateau est recouvert d'une mince couche d'eau. Une percussionniste fait le tour des micros suspendus et les fait balancer comme des pendules. 


Musica 2022 - Karlheinz Stockhausen - Simon Steen-Andersen - Percussions de Strasbourg - Photo: lfdd


Du ciel, un homme à tête d'oiseau, couvert de grelots descend et les trois femmes en fond de scène remuent une baguette avec un bout luminescent et fouettent l'air puis en frappent le personnage. D'un coup de scalpel, l'une d'elle lui ouvre la chemise et le ventre qui rougeoie et elles en sortent à tour de rôle chacune une boite à musique qu'elles posent à l'avant-scène. L'une après l'autre, elles mettent en marche la mécanique, accompagnant la mélodie sur un petit marimba qu'elles posent sur le même socle. 


Music in the Belly - Stockhausen - S. Steen-Andersen - Percussions de Strasbourg - Photo: Christophe Urbain


La musique se meurt doucement, les boites à musique s'épuisent et l'homme oiseau rejoint les limbes tandis que dans une sorte de rencontre du troisième type, les trois dernières percussionnistes sortent par le fond de la scène au travers d'un rai de lumière aveuglant. Et dans le silence quelques dernières notes s'échappent encore des boites.


La Fleur du Dimanche  


28.09.2022 — 60' — Festival Musica - Théâtre de Hautepierre, Strasbourg

Composition : Karlheinz Stockhausen (1975)*
Concept, mise en scène, électronique : Simon Steen-Andersen

Interprètes : Léa Koster, Olivia Martin, Vanessa Porter, Lou Renaud-Bailly, Hsin-Hsuan Wu, Yi-Ping Yang.

Régie : Claude Mathia, Etienne Démoulin, Raffaele Renne
Construction des décors : Albane Aubin
Durée : 60’
Production déléguée et commande : Les Percussions de Strasbourg
Coproduction : Festival Musica, La Muse en circuit

Une production réalisée dans le cadre du programme de soutien à la création artistique Mondes nouveaux.

*Pièce originale créée en 1975 au Festival de Royan, commandée et interprétée par les Percussions de Strasbourg
Éditeur : Stockhausen Verlag
Première le 28 septembre 2022 à 20h30 au théâtre de Hautepierre, Strasbourg dans le cadre du Festival Musica

dimanche 12 juin 2022

Un après-midi au Musée pour les 60 ans des Percusions: Silences et bruits épars

 Ce dimanche, dernier jour des festivités pour honorer les 60 ans de la création des Percussions de Strasbourg (voir mon billet de jeudi "Un feu d'artifice de musique"), et cela se passe au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg - MAMCS, là où l'on rend hommage à Jean-Hans Arp à qui John Cage avait dédié sa pièce "But what about the noise..." à l'occasion du centenaire de sa naissance en 1985. La pièce, dédiée aux Percussions de Strasbourg fut présentée lors du concert inaugural du Festival Musica en 2020 en première partie de la pièce "100 cymbales" de Ryoji Ikeda (voir le billet du 17 septembre 2020). Et c'est la version de Ryoji Ikeda de "But what about the noise..." adaptée de Cage où l'on n'a que les claves (morceaux de bois que l'on frappe) qui sera jouée pour cette pièce qui se déroule sans interruption entre 15h00 et 18h00, fermeture du Musée. 

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd


Lorsque l'on rentre dans le Musée, sous la grande nef, on entend déjà résonner des  cliquetis ou plutôt des sons de gouttes qui semblent tomber de la voûte majestueuse. Au fur et à mesure l'on discerne et identifie, sur les passerelles ou dans des coins ou des passages les interprètes (une dizaine éparpillés dans le Musée) de par leur attitude concentrée et immobile, sauf quand, de temps en temps ils-elles font claquer leurs bouts de bois plus ou moins fort - ou alors ils-elles les frottent ensemble. Tout l'espace est rempli de ces bruissements, claquements, qui se répondent en ondes concentriques ou en écho. Et c'est tout le bâtiment qui prend vie, comme si la pierre, le sol respirait, craquait, se reliait d'un bout à l'autre, d'une salle à l'autre, du haut en bas, du Nord au Sud. Et donc, déambulant dans le musée et ses différentes salles, nous nous rapprochons, rencontrons, croisons au hasard, ou délibérément si les interprètes ne bougent pas trop vite et gardent un certain temps leur position, nous formons notre propre partition, notre mixage de cette pièce presque hypnotique, en tout cas reposante qui appelle à la sérénité. Sauf quand, en de rares moment l'énergie monte et les frappes se font plus vigoureuses, ou alors quand, par surprise, nous croisons un(e) interprète qui dans sa déambulation surgit de derrière un mur ou un coin en sens inverse du nôtre et nous troublent dans notre parcours de visite. Parce que nous en profitons pour découvrir ou revoir les oeuvres exposées, tout en jouant à cache-cache avec les musiciens que nous essayons de pister. Un agréable moment dont je vous propose quelques images:


Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd

Les Percussions de Strasbourg - What About the Noise… - John Cage x Ryoji Ikeda - Photo: lfdd


En conclusion, "Bon Anniversaire et longue vie aux Percussions de Strasbourg".


La Fleur du Dimanche