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samedi 1 octobre 2022

Musica à Nancy - Etape 2: un samedi de toutes les musiques

 Suite de notre escapade nancéenne avec le Festival Musica (voir ce vendredi au CCAM à Vandoeuvre) pour un samedi culturel* et une offre musicale très variée.


A table avec Claire Diterzi


Musica à Nancy - la Manufacture - Claire Diterzi - Photo: lfdd


Il ne s'agit pas de manger, mais de partager un moment de proximité conviviale et très agréable pour un concert tout en finesse, en délicatesse et en tendresse avec Claire Diterzi et sa complice Lou Renaud-Bailly. La table, dressée au centre d'une petite salle du Théâtre de la Manufacture est entourée par un public où l'âge peut bien descendre sous les 8 ans. Un bric-à-brac d'instruments divers, cloches, sifflets, kalimbas, boites à musique, toupies, jouets sont très bien rangés devant les deux musiciennes qui se font face, Claire Diterzi prend sa guitare acoustique et chante sa première chanson "69 battements par minute" .. "Les claques se perdent/Y' a des portes qui claquent/Bienvenue dans mon cloaque " en toute simplicité. 


Musica à Nancy - la Manufacture - Claire Diterzi - Photo: lfdd


D'autres suivent, fleuries, un peu surréaliste et alertes. Elle, accompagnée de Lou, sur une piste très minimaliste: un son de ci, un son de là, de temps en temps un tremblement de clochette ou un piano à bouche, un miniscule synthétiseur, des verres en cristal tournés qui résonnent. les airs se suivent et varient, une chanson douce, une plus humoristique, l'autre plus dansante, un genre de toccata ou de sonatine, un duo en grégorien. Elle se promène derrière le public en faisant tourner une boite à musique minuscule puis reprend une autre chanson, des lambeaux de poésie s'envolent ou des dictons: "je hais les gens qui généralisent..., "on est le centre du monde...", "Connais-toi moi-même", "j'en ai marre des bras d'honneur..", "Si ma guitare sonne comme une casserole, c'est que je te cuisine le son de l'amour ..". 


Musica à Nancy - la Manufacture - Claire Diterzi - Photo: lfdd


Une petite heure de bonheur et de chaleur humaine se termine, en toute simplicité.  Cette manifestation a permis de faire se croiser le public de Musica avec celui du festival Micropolis, ouvert sur des paysages imaginaires et des territoires réels.


 Proverbs avec l'Ensemble Ictus à la Salle Poirel 


Le programme des réjouissances se poursuit dans la magnifique salle Poirel, près de la gare de Nancy, avec au plafond son extraordinaire vitrail de Louis-Charles-Marie Champigneulle. Cette belle salle de concert accueille l'Ensemble Ictus et les Synergy Vocals pour un programme intitulé Proverbs et qui voit de manière ininterrompue se succéder l'oeuvre de Charles Ives The Unanswered Question (1908) et deux oeuvres de Steve Reich Proverbs (1995) et Tehillim (1981) encadrant The Sinking of the Titanic (1972) de Gavin Bryars. La pièce de Charles Ives, écrite en 1908, révisée dans les années 1930 et créée en 1946 est curieusement moderne. Et surprenante de par son dispositif. Le chef, seul sur scène dirige et l'on entend, étouffé le son de l'orchestre de cordes qui joue ailleurs -.. en tout cas pas sur scène - une lente plainte informe qui s'étire et l'on imagine une bande son venue du passé quand soudain le trompettiste, en plein milieu du public dans la salle entonne une phrase musicale tout aussi lente, répétée plusieurs fois avant que la partie vent (flûte, etc.,..) du haut du balcon lance de stridentes volées de sons presque discordants et en décalage. Cela se répète plusieurs fois jusqu'à un dernier silence... Quelle était la question?

Musica à Nancy - Salle Poirel - Proverbs - Steve Reich - Photo: lfdd


S'enchaine sans nous laisser le répit d'y répondre la composition Proverbs de Steve Reich qui fait chanter trois sopranos, superbes voix et deux ténors qu'accompagnent bientôt deux orgues électriques très discrètes et deux vibraphones. Les airs, répétés et doux se tuilent et se succèdent dans une composition en canon qui croît, entrecoupés de solos de basses. Une superbe composition de Steve Reich magnifiquement interprétée par les Synergy Vocals. Pour la dernière pièce, Tehillim, leurs voix sont amplifiées et soutenues à la fois par les instruments, la clarinette, les cordes mais aussi des claquements de mains qui donnent un rythme à la pièce, ainsi que les tambourins. Elle commence par une seule voix qui chante ces Psaumes très rytmés, et l'effectif des voix s'accroit jusqu'à quatre voix de femmes et les deux ténors, avec des changements de phrasés et de rythmes. La pièce en cinq mouvements qui se complètent, le dernier reprenant les premiers nous offre presque une demi-heure de bonheur cathartique.

Musica à Nancy - Salle Poirel - The Sinking of the Titanic - Gavin Bryars - Photo: lfdd


La pièce de Gavin Bryars The Sinking of the Titanic voit quant à elle arriver sur scène les cordes de l'orchestre de l'Orchestre de l'Opéra National de Lorraine au moment où l'on entend des bruits de cloches rappelant les alertes au naufrage de ce bateau en 1912 ainsi que des bruits de moteurs et de craquements et autres bruits sous-marins. Les violons, très lents, jouent l'air que l'orchestre encore à la toute fin du naufrage, dans la nuit du 14 janvier, quand le bateau était à la verticale, jouaient sur le pont du navire. Des voix émergent dans ce lamento, celles des rescapés qui resurgissent pour cette commémoration. Les airs lents des violons se retrouvent en écho, comme sous l'eau pour l'éternité et finalement se dissolvent dans des derniers craquements.

Musica à Nancy - Salle Poirel - Tehillim - Steve Reich - Photo: lfdd


Rendez-vous près du feu


 NOX - Nancy Opera Xperience  nous donne ensuite Rendez-vous près du feu dans une proposition de Mathieu Corajod en lien avec le Jardin éphémère intallé sur la Place Stanislas sur la thématique du feu également. La représentation d’opéra descend dans la rue - ou au moins est visible de la place publique) avec cette création musicale interprétée par la soprano Viktoriia Vitrenko et les artistes du Chœur et les musiciens de l’Orchestre de l'Opéra de Nancy. Un mapping sur la façade, des projections d'images, une mise en scène des musiciens qui jouent derrière les fenêtres du bâtiment, mais dont le son est projeté sur la place: une forme qui se veut populaire et qui surprend et interpelle le public, nombreux ce samedi soir et qui passe ou s'arrête écouter les musiciens et la chanteuse ainsi que les mots du poète Dominique Quélen. un peu d'humour dans la mise en scène (un musicien cycliste au balcon ou un arrosoir qui descend du ciel) et des effets spectaculaires (la maisons brûle !) intriguent les badaux qui se laissent happer.


Rendez-vous... Encore


Le dernier rendez-vous de la soirée est à trois pas, dans les locaux de la MJC Lillebonne, un ensemble architectural historique avec ses couloirs, escaliers cours et recoins où c'est plutôt la ête qui devra rassembler les festivaliers et les visiteurs. Et c'est en même temps le lancement du festival Nancy Jazz Pulsation avec un set électro du duo strasbourgeois électro Encore qui occupe une salle à l'étage et la remplis de lasers et de beats lourds et de puisssantes pulsations qui remuent les entrailles. Le public jeune apprécie, les oreilles moins mais les portes sont ouvertes et les couloirs l'occasion d'explorer les recoins et de faire des rencontres sympathiques. Demain est un autre jour...  

A suivre ....


La Fleur du Dimanche


*Nancy en guise de bienvenue pour les festivaliers de Musica qui on fait le voyage offre les entrées gratuites dans les Musées de la Ville - l'occasion de voir ou revoir de belles choses et de refaire un tour autour de l'Art Nouveau et l'école de Nancy. De plus les transports en communs de Nancy sont gratuits le samedi et le dimanche... 

vendredi 30 septembre 2022

Musica voyage à Nancy avec Different Trains et Seb Brun au CCAM à Vandoeuvre

Le Festival Musica dès l'origine avait la bougeotte. La première année, le public et les musiciens sont allés à la rencontre du public et des musiciens amateurs des nombreux orchestres locaux, surtout les ensembles d'harmonie et les chorales, en prenant le train vers le nord et le sud de l'Alsace. Et le voyage et la découverte a toujours fait partie de l'ADN du Festival, en bateau, en bus ou en train, en Alsace, en Allemagne (la Lorelei, Karlsruhe ou Freiburg) et en Suisse (Bâle). Cette année, pour clôturer un festival renouvelé, c'est à Nancy que Musica prend ses quartiers d'automne avec un week-end équilibré entre tourisme et musique. Et il y a matière et variété: pas moins de sept lieux pour des propositions allant d'un "concert à table" à un opéra contemporain et écologique en passant par un concert performance en plein air, Place Stanislas avec mapping sur la façade de l'Opéra, ou un duo électro et bien sûr des concerts d'ensembles de musique contemporaine. 


Different Trains - Seb Brun


Le voyage commence à Vandoeuvre, la commune la plus peuplée de la Métropole du Grand Nancy, située au sud-ouest de Nancy et disposant de nombreuses infrastructures (Technopôle, université, remarquable Jardin Botanique Jean-Marie Pelt,,..) et d'un Centre Culturel, le CCAM, Scène Nationale depuis 2000 avec son festival Musique Action depuis 1984. Une raison valable de s'y faire rencontrer le Quatuor Diotima et le quatuor autour de Seb Brun qui nous prend par surprise avec Horns après un passage dans un étrange dédale souterrain. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Le public patiente dans une salle austère et bétonnée au centre de laquelle trônent des instruments de percussions et des équipements électroniques, claviers, synthés, quelque bric-à-brac: couvercles avec fils électriques et avec des pièces de monnaie et une nuée d'enceintes. Les lumières sont au minimum et les tabourets des musiciens sont vides... Comme un bruit de pas tourne autour de la salle, les musiciens semblent s'être fondus dans la foule. On sent monter une certaine inquiétude et une femme se sent obligée d'applaudir pour conjurer l'attente. Hasard, synchronisation des pensées, c'était le moment que les musiciens avaient choisi pour retrouver leur place centrale et prendre en main leurs instruments. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Les bruits de pas entendus se révèlent être des micromouvements des fils et objets sur les couvercles disposés au sol, et qui maintenant frissonnent, alors que les musiciens commencent à triturer leurs boutons et que des sont discrets se mélangent. Un souffle, des crépitements, des sons électroniques, un rythme qui sourd, l'espace se peuple d'une vie mystérieuse. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Les quatre musiciens, disposés en rond se font face, chacun sur son petit établi, Clément Verceletto et Julien Baudart avec leurs synthétiseurs en modules, Seb  Brun derrière sa batterie qu'il commence à caresser et également ses appareils et Thimotée Quost, équipé d'une trompette avec laquelle il souffle alternativement avec ou sans embout dans un micro qu'il coiffe avec le pavillon et dont il frappe le corps au rythme d'un bruit de rail. 


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Dans l'imaginaire de la nuit, des séquences de train de passage surgissent, des ambiances variées se projettent dans la pénombre, l'oeil et l'oreille écoute et invente les images suscitées par les quatre compères. Le rythme s'accélère, le son devient plus dense, plus touffu, les lumières clignotent et éblouissent, des ultra-basses nous prennent au corps, nous basculent à la limite de la sensation et nous emmènent dans une expédition étrange. Le bruit de roulement, les sifflements s'intensifient, Une montée en puissance s'opère, les machines respirent, ahanent, des sirènes dans la nuit, et le rythme s'accélère jusqu'à l'acmé finale. Le public libéré respire.... Il vient d'expérimenter une performance entre John Cage, la Bête Humaine et un voyage vers l'inconnu.


Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd

Musica 2022 - CCAM Vandoeuvre- Seb Brun - Photo: lfdd


Different Trains - Quatuor Diotima


Suite est donnée dans la salle de spectacle du Centre Culturel André Malraux avec le Quatuor Diotima pour un programme en deux volets, avec deux compositeurs György Ligeti et Steve Reich qui auront marqué avec ces deux pièces phares pour quatuor l'histoire de la musique de la fin du XXème siècle.


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Ligeti - Photo: lfdd


Nous avons d'abord avec le Quatuor à corde N°2 de Ligetti ( 1968) une pièce qui bouscule l'écoute. Dès le départ, un silence marqué introduit un état de suspension pour l'auditeur. Et tout au long de la pièce, des pauses laissent le silence s'installer. La pièce commence par des moments joués très léger, une suspension, un souffle nous fait nous aiguiser les oreilles et retenir la respiration. Et puis un éclat, fort. Les modes de jeu varient, entre ces touchers délicats et des accélérations vigoureuses et rapides. Des pizzicatos - on dirait des métronomes qui s'emballent - alternent avec des moments calmes tout en douceur avant un nouveau déferlement d'énergie. Les modes de jeu alternent et s'opposent. Des vibrations rapides avec des archets qui tirent et tiennent la note. L'interprétation du Quatuor et précise et le geste habité. La concentration est impressionnante et nous fait entrer au coeur de cette oeuvre étrange et surprenante, d'une délicatesse extrême.


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Steve Reich - Different Trains - Photo: lfdd


L'autre pièce de la soirée qui donne son nom au programme est l'oeuvre de Steve Reich Different trains (1988), une pièce qui intègre à la fois de la musique enregistrée - il sample la partition qui se retrouve en quatre couches superposées dans lesquelles il intègre également des bruitages divers, sifflets, sirènes, bruits de trains, et bouts d'enregistrements de voix qu'il a effectués lui-même (sa gouvernante, un porteur de bagages du train New-York-Los Angeles et des rescapés de la Shoah).  La pièce est en trois parties, America – Before the War, Europe – During the War et After the War et s'appuie sur ses souvenirs d'enfance quand il devait faire le voyage entre ses parents séparés, de New-York à Los Angeles. 


Musica 2022 - Quatuor Diotima- Steve Reich - Different Trains - Photo: lfdd


Ce voyage en train le fait se projeter pendant la guerre aux trains de la Shoah et rappelle cet épisode douloureux, constatant aussi que, selon où l'on vit et habite, le destin n'est pas le même. La composition est bien sûr répétitive et les cordes reprennent également les intonations des extraits de voix de la bande son pour les souligner ou les rappeler. Des paroles qui remettent en mémoire cet épisode et rappellent que si les trains sont plus rapides, "one of the fastest trains" - il y en a eu qui, alors que la guerre était finie "the war is over" - "are you sure?" n'en sont pas revenus "they are all gone". Une performance très émouvante.


La Fleur du Dimanche

jeudi 16 janvier 2020

Step Across the Border pour couper les frontières: La symphonie des espaces libérés

Fred Frith est un saute-frontières, sa musique ne se laisse pas emprisonner...  Nicolas Humbert et Werner Penzel, les deux rélisateurs, qui se sont atelés à partager la responsabilité de ce film, partagent ce point de vue et lui ont proposé un "portrait filmé".
Mais ce n'est en aucun cas un "reportage" classique, c'est une vaste symphonie qui joue avec les éléments - le vent, la mer, les nuages et la pluie, la ville et ses fumées, les trains et les voyageurs, les passants, parmi lesquels, quelquefois, Fred Frith et sa bande de joyeux inventeurs de sons et de bruits.


Step Across the Border - Fred Frith - Nicolas Humbert - Werner Penzel

Pendant 90 minutes, dans un noir et blanc poétique, nous "vivons", plus que nous l'entendons, cette musique créée sous nos yeux, gage de liberté, d'improvisation inventive mais également précise et pointue. Le son, les sons et l'image, les images se répondent, dialoguent et construisent un univers qui ont fait de ce film, réalisé en 1990, une oeuvre à part, poème magistral qui nous fait découvrir la "cuisine"  (et même les "courses") de ce génial créateur qui ne jure que par la qualité de l'improvisation réussie et qui prouve que même un enfant (presqu'un bébé) peut faire de la musique.
En même temps ils nous montrent à petite dose la philosophie qui guide la réflexion de cette troupe et nous laisse voir la beauté des choses simples en nous les faisant entendre, voir nous montrer la densité du silence ou les moments de bonheur fugace auxquels on peut assister si on est un tant soit peu "à l'écoute du monde".
C'est une très belle leçon de vie, de bonheur et d'humanité.
La projection au cinéma Star de Strasbourg a permis d'échanger avec les protagonistes. 
Pour vous faire regretter de ne pas l'avoir vu, je vous en offre le générique:



Et pour les curieux, j'ai même déniché quelque pépites qui vont vous donner envie de commander le DVD... c'est ici:
http://vintagesounds.forumactif.com/t1376-film-step-across-the-border-1990

En complément de ce film, et en s'appuyant sur la masse des sources sonores "sauvées des eaux", une sélection retravaillée par Marc Parisotto et Nicolas Humbert va permettre une deuxième vie à ce monde bruissant dans un concert avec Fred Frith, en totale improvisation collective lors d'un concert Jazzdor "Cut up the Border" au Fossé des  Treize ce vendredi 17 janvier 2020 à 20h30( compte-rendu ici).


La Fleur du Dimanche  

lundi 29 mai 2017

Au CEAAC: Fred Frith, l'iconoclaste de la guitare et Vincent Ségal, le chamane du violoncelle pour un dialogue à trois

Fred Frith disait: "La fonction de l'art est de communiquer, de créer une communion entre un artiste et une communauté.
Le rêve d'Elisa Arciniegas, elle-même musicienne, violoniste, et improvisatrice fut, lorsqu'elle parla avec Vincent Ségal, autre musicien généreux et créatif de Fred Frith, et qu'il émit le voeux de jouer avec lui, fut de les faire se rencontrer pour un concert par de multiples aspects uniques. Et ce rêve, quelques privilégiés ont pu le vivre dans les locaux du CEAAC, rue de l'abreuvoir à Strasbourg, ce 29 mai 2017.
Il faut remercier Momentanea et le CEDIM, le collectif OH!, le CEAAC et les autres partenaires qui ont permis que ce rêve prenne forme.
En première partie du rêve, un quatuor de musique improvisée résultat d'un travail exploratoire de deux jours avant ce concert avec Elisa Arciniegas et Jean-René Mourot et les deux musiciens (une flutiste et un guitariste) qui nous mirent en appétit avec une très sympathique entrée en matière.  


Fred Frith - Vincent Ségal - CEAAC - Momentanea - Photo: lfdd


Puis vint le duo Fred Frith à la guitare (mais pas que de la guitare...) et Vincent Ségal au violoncelle - et aux boules maracas.
Pour un premier concert entre les deux musiciens, ce fut une magnifique leçon d'écoute et de dialogue entre les deux musiciens. Comme disait aussi Fred Frith, "En tant qu'improvisateur, cet échange avec les auditeurs est fondamental. Il ne s'agit pas d'une expression de soi-même et il ne s'agit pas seulement de se confronter à cette idée, mais de l'éprouver." 


Fred Frith - Vincent Ségal - CEAAC - Momentanea - Photo: lfdd


Règle qu'il a totalement appliquée, et ce d'autant plus que le deuxième rappel s'est conclu.... par un éternuement de spectatrice !
C'est dire l'écoute des musiciens et la communion avec le public. Communion et bonheur qui a effectivement amené l'auditoire et les musiciens à ce double rappel.


Fred Frith - Vincent Ségal - CEAAC - Momentanea - Photo: lfdd

Et donc qui a vu la construction d'un magnifique dialogue qui a débuté par trois morceaux assez longs qui ont permis à chacun de trouver son rythme, son son, sa danse - quelques danses enjouées qui apparaissaient puis disparaissaient dans le premier morceau ou une folle sarabande sur le violoncelle et qui s'emballait sur un jeu de percussion des maracas de Vincent Ségal pour le deuxième morceau, ou encore des mélopées d'inspiration chinoises qui émergeaient d'une séries de percussions de clous, de chaines, de couvercles de boites que Fred Frith frappait ou frottait sur sa guitare et qui s'achevaient sur un doux air suranné et apaisant. La deuxième section fut plus concentrée, avec quelques bijoux de haïku musicaux qui ne durèrent que le temps nécessaire pour peindre des tableaux tous plus beaux les uns que les autres et qui montrèrent à la fois la virtuosité des deux interprètes et leur capacité de s'écouter et de se répondre. Et de montrer la multiplicité des sons que l'on peut tirer d'une guitare ou d'un violoncelle. Surtout la maîtrise de Fred Frith de faire sortir des sons de son instrument en jouant des différents registres - électroniques, de jeu avec une dextérité sans pareille ou avec ses accessoires: brosse, pinceau, clous, tiges de fer, boites en ferraille dans diverses applications, ficelle, bouts de bois, chaînes de différentes tailles, et pour finir, non pour jeter l'éponge, mais pour "emballer" tout le monde, une serviette-torchon qui servira à étouffer le son de la guitare, frapper les cordes ou les cacher pour quand même jouer à travers. 


Fred Frith - Vincent Ségal - CEAAC - Momentanea - Photo: lfdd

La soirée fut un vrai bonheur avec ces musiciens dont la renommée ou les références n'a pas fait perdre la simplicité et l'humilité, et surtout le plaisir de jouer et le bonheur de partager la création et l'écoute réciproque.
Une très belle soirée, rare "inédite" comme l'avaient annoncé les organisateurs. On en redemande*!


La Fleur du Dimanche

Pour ceux qui souhaiteraient écouter un autre concert de Fred Frith, l'opportuité est à Bâle le 6 juin dans le cadre de Laboratorium au Jazzcampus Club à 20h30 Reihe für Freie Improvisierte Musik avec Fred Frith (g), Camille Emaille (perc), Stefanie Erni (voc)