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vendredi 12 décembre 2025

Et de 3 pour le Paysage #5 de François Gremaud avec La Magnificité: La poésie du dérisoire

 Avec le collectif Gremaud/Gurtner/Bovay et la pièce La Magnificité nous bouclons le parcours du Paysage #5 consacré à François Gremaud au Maillon. Nous avons eu droit à un solo de sa part qui le mettait au défi de faire une pièce de deux heures qui nous exposait en détail sa construction avec Aller sans savoir où et un autre solo qu'il avait écrit pour son compère Romain Darles avec Phèdre ! qui tout à la fois expliquait et présentait la pièce de Racine et un ensuite duo avec Victor Lenoble Pièce sans acteur(s) où, le challenge était qu'ils soient à la fois là et pas là. Et là, dans cette dernière pièce, nous faisons connaissance avec le collectif Gremaud/Gurtner/Bovay, composé de Tiphanie Bovay-Klameth, François Gremaud et Michèle Gurtner qui font constituent l'association 2bcompany proposant ces diverses formes d'expression artistiques. Avec Tiphanie Bovay-Klameth, qui est passée entre autres chez les Deschiens et la  comédienne Michèle Gurtner, ils créent des spectacles, mais aussi des performances, des films et même des expositions.


La Magnificité - Gremaud/Gurtner/Bovay - Photo: Dorothée Thébert Filliger


 Comme le dit le titre un rien provocateur, la pièce, mise en scène au cordeau avec trois fois rien, la joyeuses troupe se donne à coeur joie dans une succession de scènes relativement courtes qui flirtent avec le théâtre de l'absurde avec causticité. Que ce soient dans un jeu de société digne d'Ionesco ("OK, c'est un jockey" - et pas un joker) et lors de "stand up" explosé, ou encore d'émissions de radio amateur où l'amateurisme dame le pion à la fatigue ou encore pour des séances de karaoké poussées à bout, à fond, ces trois héros malgré eux, entre essais infructueux et ratages, nous décrivent un monde où il vaut mieux rater dans la banalité que de ne rien faire. 


La Magnificité - Gremaud/Gurtner/Bovay - Photo: Dorothée Thébert Filliger


L'immobilité étant la mort, sur ce sujet, il faut saluer la séquence "extinction" dont le minimalisme de la scénographie et des accessoires prouve toute la poésie et l'imagination du trio - un seau pouvant devenir la terre. D'ailleurs tous ces petits accessoires, une banane, un pinceau, un grand balai et une pelle et une balayette, un cintre, se métamorphosent avec une poésie prosaïque en instruments de musique lors d'intermèdes musicaux bienvenus. Nous observons devant nous un théâtre des petites choses du quotidien, du prosaïque, de l'insignifiant, pour lequel on dresse un autel et dont on célèbre les héros inconnus et/ou incompris. Et qui ont le courage d'aller au bout de leur inclinaison.


La Fleur du Dimanche

 



Au Maillon du 12 au 13 décembre 2026

Création collective :
Collectif GREMAUD/GURTNER/BOVAY : Tiphanie Bovay-Klameth, François Gremaud, Michèle Gurtner
Musique, son : Samuel Pajand
Scénographie : Victor Roy
Costumes : Anne-Patrick Van Brée
Couture : Karolina Luisoni
Lumière : Stéphane Gattoni – Zinzoline
Direction technique : William Fournier
Régie lumière : Adrien Gardel
Administration, production, diffusion : Noémie Doutreleau, Morgane Kursner, Michaël Monney

Production : 2b company
Coproduction : Arsenic – Centre d’art scénique contemporain, Lausanne / Théâtre Saint Gervais, Genève
Soutiens : Loterie Romande / Fondation Leenaards / Société Suisse des Auteurs / Fondation suisse des artistes interprètes SIS
Avec le soutien du Consulat Suisse de Strasbourg
La 2b company est au bénéfice d’une convention de soutien conjoint avec La Ville de Lausanne, le Canton de Vaud et Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture.

jeudi 11 décembre 2025

Pièce sans acteur(s) au Maillon dans le Paysage #5 de François Gremaud: Faire voyager l'imagination dans deux enceintes

 Pour qui a déjà vu une pièce de François Gremaud - seul ou avec d'autres de ses complices - connait à la fois son humour et son attrait pour les paris et les expériences. Comme avec Phèdre ! vu la semaine dernière où un seul comédien raconte et joue la pièce devant nos yeux ébahis ou Aller sans savoir où, où il nous gratifie d'une manière limpide et (dé)structurée de ses procédés d'écriture et de création en les découvrant lui-même.

Et ce soir donc, un nouveau challenge à son actif pour répondre à un nouveau pari: écrire et jouer une Pièce sans acteur(s) avec son complice Victor Lenoble.

Sur scène, en lieu et place des acteurs donc, deux majestueuses enceintes constituées à priori d'au moins deux haut-parleurs chacunes, superposés, les basses en bas et les aigus à priori en haut, mesurant au moins deux mètres de hauteur. Présence impressionnante de chaque côté de la scène au fond du plateau. Et un  silence assourdissant, qui nous rend ces deux "meubles" presqu'inquiétants.


Pièce sans acteur(s) - François Gremaud - Victor Lenoble - Photo: François Gremaud

On en est à se demander comment va se passer cette pièce "sans acteur", que va-t-il se passer sur scène, quand, subitement; sur le ton de la confidence, une voix presque chuchotée, qui s'adresse presqu'à elle même, mais facilement audible vu qu'elle est amplifiée et portée par l'enceinte de droite se présente "Victor Lenoble", dit qu'elle est "boulanger" et que son objectif est, "avec François Gremaud" -puisque c'est un challenge qu'ils se donnent à deux - de concevoir et réaliser, représenter, une pièce sans acteur. un spectacle qu'il imagine "drôle, simple, émouvant, poétique, philosophique". Et nous, d'imaginer ce qu'ils pourront bien inventer pour cela, qui semble une belle gageure. Mais faisant confiance au duo, ayant vus que ce type de pari a déjà été tenu par François Gremaud dans sa pièce précédente. Sauf que là, pour le moment, on ne voit rien, et on imagine qu'ils ne vont pas apparaître sur scène pour nous raconter quoi que ce soit. Et c'est effectivement le cas. 


Pièce sans acteur(s) - François Gremaud - Victor Lenoble - Photo: François Gremaud

Alors que, précédemment, dans les autres pièces, tout le travail gestuel, les expressions, la spatialisation, la mimesis, l'imitation des personnages ou le mime participaient au moteur du récit, ici, rien de tout cela. C'est uniquement sur le récit, dit, enrichi d'un certain nombre de trouvailles qui va à la fois nous tenir en haleine, amener notre imaginaire en ébullition, nous charmer, nous faire réfléchir et nous surprendre, nous emmener vers la fable, le poétique, même le fantastique ou nous faire prendre conscience de la force de l'imagination ou de la puissance d'un récit oral. 


Pièce sans acteur(s) - François Gremaud - Victor Lenoble - Photo: François Gremaud

Par des surprises successives, des revirements imprévus, des procédés originaux et des moyens "extrêmes" que je ne vous dévoilerai pas, les deux complices - parce qu'à un moment, la présence de François Gremaud (toujours aussi absent de la scène) apparaît aussi puis participe à ce ping-pong d'idées - nous initient à une ouverture fabuleuse de l'esprit, plantant sous nos yeux des fraises et autres plantes vertes, mais aussi des décors de contes de fées avec des biches, nous emmenant dans le royaume des objets qui prennent corps devant nous, et même des concepts et de sentiments, jusqu'à convoquer un vrai ballet de Nijinski.


Et c'est tout le charme et toute l'habileté de ce duo d'artistes oulipiens au possible de se jouer de règles à priori absurdes et de défis inaccessibles pour nous régaler d'un spectacle totalement habité tout en n'étant pas là et de nous mettre face à un notre créativité propre avec humour et poésie, et beaucoup de magie. Presqu'un voyage dans le temps à l'époque des cavernes (de Platon) et d'Artémis, déesse de la chasse et des accouchements. Et qui nous présente concrètement ce que "représentation" peut vouloir dire dans tous les sens du terme et pas que pour les comédiens, pour nous aussi, et cela ouvre beaucoup de portes.


La Fleur du Dimanche

samedi 6 décembre 2025

François Gremaud dans le Paysage #5 du Maillon: Aller sans savoir où et Phèdre ! La joie et l'étonnement partagés

 Avec François Gremaud, Le Maillon présente la cinquième édition de son format Paysage. C'est drôle d'ailleurs que le terme "format paysage" en graphisme - mise en page s'oppose à celui de portrait - l'un signifiant un format vertical et la paysage, comme on le comprend, une vue horizontale en largeur. Soit! Disons donc que pour ce "Paysage" consacré à François Gremaud, il pourrait s'agir d'un portrait de lui en largeur à travers un panorama de quelques-unes de ses oeuvres pour un "tour d'horizon" qui nous permettrait de faire son "portrait". L'auteur ne nous est pas inconnu si nous suivons la programmation du Maillon. De sa "trilogie" nous avions déjà vu la Carmen. (le point est dans le titre, ce n'est pas la fin de la phrase) et la Giselle... (les point de suspension sont aussi dans le titre) respectivement en 2024 et 2022. Il nous manquait l'origine, la (pièce) Phèdre! (le point d'exclamations est de l'auteur François Gremaud) qui est donc présentée dans ce Paysage (et dont nous parlerons plus bas) dans le cadre d'une soirée "large" ce samedi, où nous avons aussi le plaisir de découvrir la pièce Aller sans savoir où, une commande de la Manufacture - Haute Ecole des Arts de la Scène à Lausanne, une pièce - un chalenge - écrite entre la fin 2020 et mars 2021, alors qu'il montait Giselle...


François Gremaud - Phèdre ! - Aller sans savoir où - Photo: Marie Clauzade


Aller sans savoir où


Aller sans savoir où est conçu comme une conférence performée pour laquelle l'auteur va, ainsi, méthodiquement avancer dans l'écriture - et la réflexion - sur ce processus d'écriture autoréflexive et d'autoanalyse en construisant idée après idée, structure après structure, réflexion après réflexion, inspiration après inspiration, surprise après surprise, joie après joies ( ou déception) pour, au final arriver à un texte dont il va "déplier" la "liste exhaustive" des phrases successives (qu'au départ il compte et numérote - et plus tard de temps en temps, pour faire un bilan) et - comme c'est "performé" - mettre en scène, jouer, comme une pièce de théâtre. Une sorte de conférence gesticulée - il va nous expliquer un moment pourquoi ses paroles sont soulignées par des gestes - d'ailleurs cette gestuelle et cette "mise en espace" est très importante et je vous conseille d'être très attentifs à ces gestes quelquefois minimalistes comme par exemple le mot "mot", "petit bloc poétique" qui devient un geste dans l'espace, figé à l'endroit où il a été exprimé - de même, les espaces qu'il délimite qui représentent soit des lieux (une cuisine, son bureau avec l'ordinateur sur lequel il tape son texte - à deux doigts), soit des endroits où il range les concepts (qui peuvent devenir très concrets comme "le coin des idées moisies") - ou des personnages qui débarquent dans le récit (ses héros: Carmen et Phèdre, ses références: Borgès, Deleuze, Proust, Pina Bausch, Mnouchkine ou ses ami(e)s, ou le futur (à Cour) - où il jette les choses inutiles (mais qui vont lui "tomber dessus dans le futur"!). 


François Gremaud - Aller sans savoir où - Photo: Marie Clauzade


L'espace de la scène qu'il occupe ainsi de manière très structurée est aussi une construction "temporelle" puisque l'espace part du degré zéro (de l'écriture), à Jardin pour avancer progressivement (avec l'accumulation des phrases, des idées, des concepts, etc.) vers Cour (dont j'ai déjà prédit l'inoxerable retour de ce qui a été jeté) vers il va ! - Remarque: Il sait très bien où il va sur scène (enfin, c'est pour la mise en scène qu'il s'est décidé - peut-être avant - pour cette direction), mais bien sûr, il ne sait pas comment, et avec quels mots (les mots étant aussi des idées, des réflexions, ses explications, mais pas que; cela peuvent être des suspensions tout comme ce peuvent être des prétextes ou des citations et pourquoi pas, et il ne se gène pas, des moment d'humour ou des jeux de mots) et quelle structure. En tout cas, ces mots, notés les uns après les autres qui doivent constituer le texte de cette conférence sans fin qui est quand même annoncée (dès le départ) durer deux heures (parce que François Gremaud est précis et sait compter - et conter) vont baliser la route et montrer le cheminement de la pensée de l'auteur François Gremaud. Et nous présenter certains aspects de sa philosophie, de son sens de la vie - comme par exemple son désir d'émerveillement qu'il essaie de partager avec le public - avec l'envie de "changer les gens", se référant à Brecht, Deleuze et nous invitant à - comme dit Bernard Stiegler "Penser, c’est toujours commencer par ne pas savoir." - partir "au risque de se perdre" et nous émerveiller, comme "l'idiot", à la quête d'idées "singulières", que nous recevons "sans jugement" pour construire, comme lui, avec une pluralité d'idées, un objet "insolite" qui, in fine devient un spectacle, une parenthèse qui s'ouvre dans nos vies, qui apporte fraîcheur, humour et  plaisir, joie, bonheur d'être ensemble et de penser et de rire ensemble - et même comme il a osé nos le faire faire, d'être créatif - un tout petit peu, poète d'une seconde. Et c'est tout le charme, l'intelligence (à la fois le fait d'être ensemble et en connivence) et l'art (multiple) de François Gremaud de nous avoir emmenés dans son parcours, sans nous avoir perdus en chemin. Et nous ne regrettons pas du tout ce voyage qui grâce à l'expressivité du comédien au demeurant aussi philosophe, pédagogue et à certains aspects comique nous invite à ouvrir notre esprit et à tenter des expériences pas si désagréables. 



Phèdre !


Je l’avais dit il y a quelques mois, à propos de la présentation de la tragédie de Jean Racine, Phèdre à La Filature de Mulhouse : "Qui n'a pas une fois dans sa vie étudié ou vu Phèdre de Jean Racine, une des pièces les plus emblématiques de théâtre français. ?". Cette pièce immense, un des chef-d’oeuvres de Racine sinon du théâtre français a aussi intéressé François Gremaud. Mais cela aussi, je vous l’ai dit, puisque c’est la première pièce de sa trilogie (avant Giselle… et Carmen.). Et qu’en ponctuation il a mis un point d’exclamation "!" pour marquer son admiration. La pièce de Gremaud, avec sa forme d’interjection souligne à la le ravissement de l’auteur pour cette histoire et son émerveillement pour le style unique de Racine, son usage de l’alexandrin et du vocabulaire, de la narration pour la présenter. D’ailleurs, pour exprimer cela, François Gremaud use d’un autre artifice de narration en mettant en scène un comédien qui va à la fois présenter la pièce de Racine, l’expliquer et la mettre dans son contexte, éclaircir justement les formes et figures de style et de narration et, également raconter cette histoire, en la résumant mais aussi en la jouant. En quelque sorte en jouant en pratique une explication de texte et une analyse théâtrale – montrant ce qu’est la narration et ce qu’est l’imitation (diegesis et mimesis, les fondements du théâtre antique selon Platon). 


François Gremaud - Phèdre ! - Romain Daroles - Photo: Loan Nguyen


 Et pour rajouter un peu de sel, le personnage qui présente tout cela s’appelle Romain Daroles, comme le comédien (l’Acteur: Romain, façon d’orateur). Pour rester sur le plan de l’analyse littéraire, il est également dit que la tragédie de Racine doit agir d’une certaine manière comme une "catharsis" sur les spectateurs une sorte de purification en relation avec l’histoire d’amour et de meurtres – car dans une tragédie il y a des morts – que l’on voit représentés et dont on s’en sort par l’émotion transférée au cours de la pièce. Ce n’est pas aussi simple avec Phèdre ! puisque cette dernière (pièce) est qualifiée de "comédie" parce qu’elle balance continuellement entre l’histoire "originelle" de Racine (il est bien dit : "d’après Racine") et le regard ou l’interprétation et les explications que continuellement – et sur un rythme sans faille - l’on pose sur elle. 


François Gremaud - Phèdre ! - Romain Daroles - Photo: Loan Nguyen


Cela va même plus loin, et c’est aussi tout le talent du comédien (à plusieurs niveaux) qui instantanément et sans transition peut passer de l’interprétation du texte d’un personnage (et Romain Daroles est plus qu’un "homme-orchestre" parce qu’il joue tous les rôles – il y en a 9 ! non seulement "dans le texte" - de Racine – mais aussi dans son texte (celui que François Gremaud a spécifiquement écrit pour lui) et qui se caractérisent par un regard à la fois humoristique et "typé", différent pour chaque personnage (par exemple à la manière de Jean Vilar pour Théramène – avec sa barbe (le livret), Oenone en "tante méridionale", Thésée en "gros bras", …) un vrai feu d’artifice et de multiples occasions de rire.


François Gremaud - Phèdre ! - Romain Daroles - Photo: Loan Nguyen


Effectivement la pièce est drôle, comique mais en même temps instructive. On y apprend au début toute la généalogie de la famille de ces rois – et leurs amours curieuses – et extraordinaires, présenté comme un feuilleton Tik-Tok avant l’heure, mais ne prend pas de libertés avec l’authenticité. Et après ce quart de tour d’introduction, nous plongeons dans le vif de l’action, essayant de comprendre les motivations et les inclinations – et les inimités - des différents personnages les uns envers les autres, les stratégies de séduction et de haine, les manigances et les retournements, traités à la manière d’un feuilleton en cinq épisodes (pardon 5 actes) que le texte (résumés et plongeons dans le bain de la pièce authentique) de François Gremaud et magnifiquement interprété par le virtuose Romain Daroles (qui se permet autant de rajouter de didascalies et des analyses littéraires) nous servent sur la plateau non pas comme un mets spartiate mais comme une comédie burlesque et roborative


François Gremaud - Phèdre ! - Romain Daroles - Photo: Loan Nguyen


Et l’on rêve d’être leurs élèves en classe de littérature pour en bénéficier semaine après semaine (on prend l’abonnement et on retourne au lycée ! – en Suisse on dit "collège"). Saluons encore la facilité avec laquelle, sans que l’on s’en rendre compte tellement cela devient évident et naturel, Romain Daroles passe dans TOUS les registres de la parole, une formidable prouesse d’acteur. Et aussi le très bon choix de François Gremaud d’avoir élu ce comédien et d’avoir su trouver les mots qu’il faut, au moment où il les dit, pour nous emmener dans cette heure quarante où les mots et les phrases coulent sans que l’on se rende compte que ce sont des mots « écrits » jusqu’au moment où l’on se fait offrir le texte "gravé dans le marbre" et où l’on est abasourdi et émerveillé d’y avoir cru.


La Fleur du Dimanche

mercredi 13 décembre 2023

Evangile de la Nature de Lucrèce au TNS: Une magnifique célébration de la Nature

 Stanislas Nordey pour son dernier geste artistique au TNS nous offre une magnifique célébration de la nature, une surprise et un bonheur qui nous comble avec ce seul en scène pour ce texte de Lucrèce Evangile de la Nature (De Rerum Natura) traduit dans une vraie langue poétique par Marie NDiaye et Christophe Perton qui le met en scène. 


Evangile de la nature - Lucrèce - Photo: Jean-Louis Fernandez


C'est un monument, un texte foisonnant qui englobe la terre, les hommes et tout l'univers dans une longue poésie qui nous emporte plus d'une heure et demie. Bien sûr, Stanislas Nordey n'est pas seul et pour porter ce texte, la musique d'Emmanuel Jessua et Maurice Marius qui se marie à chaque instant à la respiration du texte, qui rythme le sens et construit les atmosphères, donne le ton, enveloppe dans un cocon, accélère ou amplifie l'énergie, est un soutien et un guide à cette interprétation du texte. De même que la lumière précise et pointue d'Eric Soyer nous concentre sur l'essentiel dans cet univers mouvant dont beaucoup de choses restent dans le noir. Le texte que Stanislas nous apporte presqu'intériorisé, comme si la pensée de Lucrèce coulait en doux filets de sa bouche, comme une confidence, un conseil, nous enveloppant dans son cours et nous guidant dans le déroulé au fil de cet immense essai de compréhension du monde. Il faut aussi noter le discret mais remarquable travail du son, invisible, mais qui nous offre une qualité d'écoute spatialisée impeccable et confortable. Et qui met ce texte en avant. 


Evangile de la nature - Lucrèce - Photo: Jean-Louis Fernandez


Les très belles images vidéo de Baptiste Klein qui entourent la scène des trois côtés et nous montrent des paysages presqu'abstraits, des nuées, des ciels, des rochers, des plages, du sable, des forêts, des plantes et fougères, avec quelquefois juste un humain qui s'y inscrit en partie, sont également des moyens de nous englober dans ces descriptions et explications que nous donne le philosophe poète. Tout comme le dispositif scénographique, ce plateau circulaire découpé en deux cercles qui ont quelquefois leurs vies autonomes et où l'on se projette totalement comme sur une immense voie lactée ou des anneaux de Jupiter, qui tourneraient dans l'univers et qu'explore la pensée de l'homme qui essaie de le comprendre. Cette pensée est à la fois claire, englobante, et précise, juste, et curieusement, alors qu'elle nous vient de plus de deux mille ans, furieusement actuelle. Les questions soulevées et les sujets traités nous sont d'une curieuses actualité. Que ce soient la peste, qui nous remet aux premiers temps de l'épidémie du COVID (un peu à l'origine de ce projet) - "nul n'était épargné" - ou les cataclysmes terrestres (inondations, tremblements de terre,…) ou encore les questionnements sur l'évolution de la science ou les aveuglements de la religion, ou encore les massacres belliqueux, les questionnements n'ont pas énormément changés. 


Evangile de la nature - Lucrèce - Photo: Jean-Louis Fernandez 


Les leçons de l'évolution de la planète, des sciences, de la civilisation, du langage, des arts, et leurs contreparties de violences et d'affrontements, d'exploitation sont clairement décrits. Les interrogations sur notre univers et ses limites, la temporalité et les questions liées à la matière et à l'âme humaine sont présentées avec une acuité incroyable et dans un récit jamais obscur et plaisant, souvent avec une voix douce et rassurante, avec des variés, bien choisis. Les réflexions s'ancrent dans la civilisation et la philosophie grecque, en particulier Homère et Epicure et prônent une philosophie de la vie simple et positive tout en constatant le transformation des êtres et des choses. C'est un très bel adieu que nous offre donc ici Stanislas Nordey qui nous éblouit de sa prestation et à qui nous souhaitons encore de belles explorations à venir.


La Fleur du Dimanche


Evangile de la Nature 

Au TNS à Strasbourg du 13 au 21 décembre 2023

D’après
De rerum natura 
de Lucrèce
Traduction
Marie NDiaye
Christophe Perton
avec la collaboration
d’Alain Gluckstein
Adaptation, mise en scène et scénographie
Christophe Perton
Avec
Stanislas Nordey
Composition musicale
Emmanuel Jessua
Maurice Marius
Lumière
Éric Soyer
Vidéo
Baptiste Klein
Photographie
Smith
Assistanat à la mise en scène et aux costumes
Ninon Le Chevalier
Assistanat à la scénographie
Clara Hubert
Création le 13 décembre 2023 au Théâtre National de Strasbourg.Production Scènes&Cités
Production Scènes&Cités
Coproduction Théâtre National de Strasbourg
Avec le soutien du Jeune Théâtre National
La Compagnie Scènes&Cités est conventionnée par le ministère de la Culture et la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Le décor est réalisé par les ateliers du Théâtre National de Strasbourg.

dimanche 20 août 2023

Une page blanche, un tableau blanc, ou noir, une ardoise pour laisser parler les images et poser les mots derrière

 On peut considérer ce billet qui fait écho au dernier, écrit à l'Ascension, maintenant que l'Assomption est passée, comme un grand silence, un espace blanc, une page qui laisse vos pensées errer, aller leur chemin.

Je ne pensais pas, en disant alors dans le titre "Partir à l'Ascension" que je ne reviendrai pas de sitôt, en tout cas avec un billet "du dimanche".

Je ne pensais pas non plus, juste un an après l'exposition des "Fleurs Fabuleuses" en Bourgogne, à la Rebondie, que j'aurais à vous annoncer une nouvelle exposition, avec un travail tout à fait différent, qui mûrit depuis plus de quatre ans.

Il mûrit et nourrit souvent ces pages dominicales avec les TVA que je distille au fil des billets. Mais c'est un autre chemin, une autre approche, un "détournement", un renversement presque, que je vais vous proposer. Bien sûr, il sera dans le fil de mes réflexions et pérégrinations mentales et textuelles, en rapport avec des images et des mots: interroger justement ce rapport et ces mots, ce qu'elles - les images - et ils - les mots, peuvent bien vouloir se dire, vous dire, pour aller plus loin, et par étapes.

En fait je ne vais pas vous dire beaucoup plus, peut-être un tout petit peu à la fin, après les fleurs du jour que je trouve tout à fait de circonstance, et une photo - image teaser de ce qui a fait que ce projet se soit concrétisé là, maintenant.


La fleur du dimanche 20 août 2023 - Photo: lfdd

La deuxième va dans le même sens du souvenir, de la mémoire, de l'enfance et de ....  à vous de compléter.


Fleurs du dimanche 20 août 2023 - Photo: lfdd

A moi, elle me font penser à de grandes gerbes de lumière qui partent en feu d'artifice, tout comme les synapses du cerveau pourraient fuser sous la boîte crânienne à essayer de faire des liens, des relations, comme l'on en a dessinées sur le tableau noir de notre enfance en essayant de comprendre le monde, que ce soit le monde physique, chimique, botanique, mathématique, philosophique ou inventé, romancé, imaginaire. Alors je vous donne rendez-vous très bientôt pour faire "tourner vos méninges".


Et je vous offre en avant-première une première surface pour vous entraîner:


Ardoise - Derrière l'image - sans titre (avant l'image) - Photo: lfdd


Donc, comme je vous l'avais promis, et que vous l'avez peut-être deviné, le projet a a voir avec des "ardoises" et se nomme "Derrière l'image".... La suite très bientôt.



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Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche


jeudi 18 mai 2023

Partir à l'Ascension et se demander si le retour est son antonyme

 En ce jeudi de l'Ascension (quarante jours après Pâques), nous allons jouer avec les mots et surtout les interroger avec Céline Flécheux.

On ne va pas jouer aux mots fléchés, mais ça peut servir. On va aussi décliner les roses:

Cas         Singulier     Pluriel
Nominatif rosa     rosae
Vocatif         rosa     rosæ
Accusatif rosam             rosās
Génitif         rosæ             rosārum
Datif rosæ             rosīs
Ablatif         rosā     rosīs


Ou plutôt les églantines:  la rose:

Eglantine - Photo: lfdd



Avant de s'interroger sur l'antonyme de "partir", comme c'est la saison de livraison de nouveaux mots du dictionnaire, pour augmenter votre vocabulaire, passons en revue quelques-uns.
Un de ceux que j'espère qu'il fera long feu (c'est à dire qu'il ratera la marche du succès) c'est le covidé.
On pourrait croire que c'est un étrange croisement entre le bovidé et le corvidé, et rien à voir avec les cervidés, mais il est né il y a trois ans et a ressurgi dans l'actualité grâce au Giro.
Il y a quelques mots qui portent vers des états anxieux ou la méfiance comme l'écoanxiété ou encore la glottophobie ou la grossophobie à ne pas confondre; le premier étant une discrimination linguistique par rapport à la langue ou l'accent et la deuxième à trait au poids. Il y a aussi le cyberharcèlement et le wokisme - un terme qui est plutôt utiliser pour se moquer de ceux qui pourraient l'être; "éveillés"  ou "conscient des problèmes liés à la justice sociale et à l'égalité raciale". Allez savoir...

Déclinaison des églantines:  la rose:

Eglantine - Photo: lfdd



Il vaut mieux être en PLS, autre nouveau mot qui signifie  PLS (Position Latérale de Sécurité) et qui vient du secourisme mais qui a migré dans la langue de la téléréalité avec des candidats que disent qu'ils sont en PLS, c'est-à-dire qu'ils sont choqués ou qu'ils ne se sentent pas bien. 
Il vaut mieux "chiller", un verbe synonyme de se reposer, se détendre. 
Et surtout se méfier des "brouteurs", un mot d’origine ivoirienne désignant une personne pratiquant de nombreuses arnaques sur les réseaux sociaux, de manière illégale. Il y a aussi, en langage de réseau sociaux, les trolls mais sont-ils rentrés dans le dictionnaire?
En abréviation empruntée à l'anglais il y a aussi les NFT - Non Fungible Token, désigne un fichier numérique non reproductible et doté d’un certificat d’authenticité, concernant une œuvre de type morceau de musique, texte, œuvre d’art, etc.  Il est traduit en français par Jeton Non Fongible (JNF). Nous sommes curieux devoir comment cela va évoluer, si c'est comme le métavers ou plutôt comme les cryptomonnaies...

Décliner des églantines:  la rose pâle:

Eglantine - Photo: lfdd



En tout cas, ce qui est sûr c'est que l'on appelle maintenant l'IA - l'Intelligence Artificielle semble avoir le vent en poupe et se répand comme une trainée de poudre. La preuve en est avec Karin Marjorie, une influenceuse qui a utilisé l'IA pour se créer un "double virtuel" qu'elle utilise pour dialoguer avec ses fans - plus de 2 millions d'abonnés sur Snapchat et 200.000 sur Instagram. Discuter avec son double revient à 1 $ la minute...

Vous pouvez toujours yodler, maintenant que le terme est (enfin?) entré dans le dictionnaire.


Décliner les églantines:  la rose pâle:

Eglantine - Photo: lfdd


Mais passons aux choses sérieuses avec Céline Flécheux. Dans son livre Revenir. L'épreuve du retour, elle s'interroge sur le "retour" des tous ces héros ou autres personnages qui tous sont partis. Tous ces "flâneurs, voyageurs, touristes, pèlerins, excursionnistes, globetrotteurs, explorateurs, vagabonds, aventuriers ou, dans des cas plus dramatiques, migrants, exilés, expatriés, réfugiés… " comme les qualifie Robert Maggiori dans l'article «Revenir» a plus d’un retour dans son sac" dans Libération du 18 mai. Il continue:
"Le départ (la partance comme on dit plus rarement) et le trajet lui-même (traversée, vol, promenade à pied, à vélo…) sont si clairs qu’ils attirent tous les regards.
On en retrouve la description détaillée dans des milliers de romans, essais, récits,
documentaires, films, expositions… Mais qu’en est-il des retours ?"
Et donc:
"Chacun sait que, partis de Palos de la Frontera, Christophe Colomb et les marins de la Pinta, de la Niña et de la Santa Maria, arrivent en «Nouvelle Inde». Comment en sont-ils revenus ? On n’a même pas de nom pour désigner ceux qui entreprennent le voyage de retour. Ils feraient tourner les tables ou hanteraient des châteaux s’ils étaient des revenants. Ils n’auraient aucune initiative ou responsabilité s’ils étaient, par besoin ou de force, rapatriés. Ils changeraient d’avis comme tourne la girouette s’ils étaient des retourneurs (de paletot). Pas de mot, pas de chose ? Il serait outrancier de le dire, mais à strictement parler, on ne peut, de revenir, faire le contraire de partir : partir, c’est s’aventurer, aller vers «ce qui est à venir» - comme les phrases d’un texte qu’on écrit sur un écran, qui peu à peu «occupent» l’espace blanc du bas de la page et le font «advenir» ; mais revenir, lui, ne va pas vers le futur, pas plus que la flèche de la souris qui «remonte» le texte pour s’arrêter aux lignes déjà écrites, «passées»."


Décliner des églantines:  la blanche:

Eglantine - Photo: lfdd



Donc, si "Pour partir et revenir on traverse l’espace, mais si partir crée le temps à venir, revenir ne peut le prendre à rebrousse-poil, et ne crée que douleur de ce qui ne reviendra plus - à moins que le retour ne (re) trouve la vertu du (re) commencement. Le retour est toujours une «épreuve».
Car, comme le constate Céline Flécheux: "Pourquoi la silhouette laissée en creux par celui qui est parti ne correspond-elle plus au gabarit de celui qui revient ? 
C’est sur ce dédoublement, cette dissymétrie, ce changement de corps propres à l’épreuve du retour que je souhaiterais que nous nous concentrions, plutôt que sur une histoire
des différentes figures du retour dans l’histoire de la philosophie.»
Et de conclure que dans le "retour" ce n'est pas tant le "voyage" qui est difficile, mais le retour de soi à soi, parce qu'au pire il n'y a plus "ni place ni maison où trouver refuge".

Décliner les églantines blanches et les faire s'envoler:

Eglantine - Photo: lfdd



Et pour finir en chansons; d'abord partir, avec Julien Clerc:



Puis avec Alain Barrière:



Faisons un crochet par Michele Bernard à défaut de "Partir, revenir" pas trouvé, "Qui a volé les mots



Et pour faire l'aller-retour, une petit tour avec Claude Lelouch, vous sous souvenez "Partir, Revenir", à voir jusqu'au bout (ça vous rappellera peut-être un autre film...)



Et puis revenir avec, tout d'abord Martin Luminet:



Et puis avec Raphael qui nous dit Je suis revenu



Et pour finir, je vous offre le clip qui est en totale adéquation avec le TVA: Il va revenir 




Bonne Ascension

la Fleur du Dimanche 

dimanche 9 avril 2023

Le lapin, le castor et le philosophe de Pâques

 En 2014, pour Pâques, je vous avais offert un lièvre là peint dans l'herbe, aujourd'hui, je vais vous parler des trois lièvres et d'autres animaux, et de philosophie.

Mais pour commencer, comme c'est vraiment le Printemps et aussi Pâques, je vous offre les fleurs du jour. Pour commencer les fleurs de poirier :


Fleurs de poirier du jour - 9 avril 2023 -Photo: lfdd


En TVA (Texte à Valeur Ajoutée), j'ai pas mal de choses à vous dire (et à vous demander). Je commence avec le lapin (ou lièvre?) de Pâques. Je vous rappelle que le lièvre n'est pas un lapin et que ça pose problème (d'ailleurs j'ai parlé du Problème lapin ici en février 2022). Pour faire court, le lièvre est plutôt sauvage et court plus vite que le lapin (45-50 km/h contre 30-40). Et le lièvre n'est pas domestique. 

Est-ce pour cette raison que le "lièvre de Pâques" (tradition germanique) est devenu le lapin de Pâques. En France c'étaient les "cloches" qui apportaient les oeufs... Pâques fait référence dans les langues anglo-saxones à la divinité Eostre, qui a donné Ostern en Allemand et Eastern en Anglais, déesse de la fertilité (tout comme le lièvre) et du Printemps. Ma quête du lièvre a débuté par le questionnement d'un ami qui recherchait des informations sur le restaurant "Aux trois lièvres" de Strasbourg, rue du Parchemin, aujourd'hui disparu.




Si vous avez des images ou des souvenirs sur ce restaurant, je vous remercie de me les transmettre. Moi-même j'ai connu et ai mangé dans cette winstub traditionnelle.


Voici les deux lapins de Jacques van Maerlant (Der naturen bloeme (détail), vers 1340-1350, 35 x 55 mm, Bibliothèque royale, Utrecht) qui attendent le troisième:


Jacques van Maerlant - Der naturen bloeme (détail) - Bibliothèque royale, Utrecht


Ces recherche m'ont fait découvrir le Blog de Michel Terrier (ça ne s'invente pas), un Spinalien qui chasse les trois lièvres, et trois Anglais du Devon - où se trouvent pas mal de représentations de cette image des trois lièvres qui ont leurs oreilles en commun: Tom Greeves (archéologue et historien), Sue Andrew (chercheur) et le photographe Chris Chapman. 


3 lièvres, 3 oreilles, aucun n'en a perdu une


On apprend que la première représentation connue de cette figure se trouve dans la grotte Mogao en Chine et date des années 581-618, Dynastie Suy. D'autres se trouvent dans les civilisations aisiatiques ou peut-être sur une céramique du Pakistan. Le voyage de l'Est (East/Ost-ern) vers l'Europe s'est fait plus tard et l'on trouve des traces de ces trois lapins autant dans l'iconographie juive que chrétienne.


Le Vitrail aux 3 lièvres de la cathédrale de Paderborn 

On en trouve des exemples en Ukraine, en Allemagne (à la Cathédrale de Paderborn), en France (pas mal dans les Vosges) ou le Devon en Angleterre (où c'était l'emblème des mineurs d'étain). 

Surtout ne vous fiez pas à l'IA Chat-GPT qui vous raconte qu'il y en a dans la civilisation péruvienne Mochica ou sur la "maison des 3 lièvres" à Dijon (en fait le bâtiment est nommé "maison aux trois visages" ou aussi aux trois pignons), par contre il y en a à Luxeuil - la Carte Postale faisant foi:




Alors, trinité, éternité, ou cycle du jour et de la vie, à vous de voir...

Pour ma part, je penche pour la "collaboration" ou l'écoute de l'autre... Ne dit-on pas "prête moi une oreille" et ces lapins se les prêtent à volonté.

Et en guise de symbole du renouveau de la nature, je vous offre les fleurs de pommier du jour:


Fleurs de pommier du jour - 9 avril 2023 - Photo: lfdd

Pour continuer avec les TVA et en sautant du coq à l'âne ou plutôt de l'oeuf du lapin (de Pâques), ou de la poule du coq, je passe à la queue, que le castor a ronde:


Où est la queue du castor ? - Photo: lfdd


Si vous avez vu la queue d'un castor sur la photo ci-dessus, je vous offre des oeufs de Pâques (il y a quand même des trace de castor).


A propos du castor et du philosophe, il ne s'agit pas de Sartre (et de Simone), mais de Baptiste Morizot qui replace l'homme à sa juste et modeste place dans la nature et qui remplace le terme "l'homme" par "l'humain". Il ne faut pas oublier que si on met l'existence de la terre sur une échelle d'une journée (24 heures), la vie n'est apparue qu'à la dernière minute et l'homme à la dernière seconde... Tout est relatif comme dirait Albert Einstein. Et pour ce qui est du castor, cet animal qui a un cerveau de la taille d'une noix, "l'homme" qui se croit supérieur à toute entité vivante parce qu'il a relativement le plus gros cerveau, ferait bien de s'associer avec cet animal pour "guérir" la terre de certains maux qui le menacent. En particulier le manque d'eau, domaine dans lequel le castor excelle. "Le castor a transformé la plupart des milieu de plaines depuis des millions d'années: il crée des barrages et, ce faisant, ralentit l'eau sur la terre, la stocke dans les sols et la partage avec toutes les formes de vie. Il se trouve que les sciences hydrologiques contemporaines, confrontées aux sécheresses du changement climatique, défendent l'idée qu'il faut changer de paradigme dans notre gestion des rivières: passer de l'ère du drainage, où l'on a évacué l'eau vers la mer pour assécher les zones humides vers une ère de la réhydratation des continents, pour garder cette eau précieuse sur les terres. La beauté de cette affaire, c'est que ce programme d'action scientifique n'est ni plus ni moins que ce que fait le castor depuis sept millions d'années - quand on le laisse revenir et activer sa médecine spontanée."

Baptiste Morizot sait de quoi il parle, il revient d'une mission sur les rivières aux Etats-Unis et vient de sortir un livre L'inexploré qui lui vaut d'être l'invité de Jérémie Cousson dans le Télérama du 29 mars 2023

Sa pensée est intéressante, et plutôt que d'opter pour une "boussole" qui serait une "pensée unique", il préfère pour la philosophie un "art de fabrication de cartes multiples, ajustées chaque fois à des problèmes, pour mieux comprendre où nos sommes et où aller dans les grands enjeux du temps."

Il cite Camus:

"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde."

Et complète avec Flaubert:

"La meilleure manière de critiquer quelque chose, c'est de le décrire."

Avec comme exemple: "Décrivez le format économique dans lequel nous vivons, avec ses inégalités de revenus et de patrimoine, ses milliardaires qui se construisent des fusées pour faire du tourisme spatial dans un monde qui doit mettre fin aux énergies fossiles... Vous n'aurez même pas à forcer le trait pour rendre visible de l'injustice inacceptable de ce système."

Et dire qu'il y en a qui se trompent encore de cible (ou les ignorent).

Ou qui pensent qu'ils ne peuvent rien faire dans leur vie quotidienne.  C'est comme pour la biodiversité, dont tout un chacun est responsable à son niveau, il suffit de "décrire" et puis de "réfléchir" un petit peu pour "s'engager" aussi un petit peu (ou plus...). Pour rappel, la sauvegarde de la biodiversité est aussi un levier contre le réchauffement climatique. Et Baptiste Morizot rappelle que "les abeilles portent sur leurs frêles épaules la pollinisation permettant les trois quart de notre alimentation, et que nos pratiques agricoles détruisent cette alliance ancienne".

Pour celles et ceux qui douteraient qu'il faut, à un moment, changer de paradigme, je vous mets deux "extraits" de la réflexion de Baptiste Morizot.

Le premier concerne la philosophie et le castor:




Et le deuxième concerne notre "attitude" "juste":




En guise de conclusion, je vous offre, non pas la queue du castor, ni les queues de cerises, mais les fleurs qui attendent d'être pollinisées:


Fleurs de cerisier du jour - 9 avril 2023 - Photo: lfdd


Bon dimanche

La Fleur du Dimanche