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dimanche 5 juillet 2026

Le Journal du Dehors aux Scènes Sauvages à Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre

 Pour Est-ce que la terre s'est tue ? de Pierre Tallaron, je disais qu'il y avait une certaine filiation avec les Aveugles de Maeterlinck. Et si je rajoutais que Le Journal du Dehors de Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni était relié à la pièce de Pierre Tallaron vous diriez que j'exagère... Mais alors pas du tout !  C'es même le programme qui l'annonce; "En amont du festival, Véronique Borg, autrice résidant à Waldersbach, et Myriam Dhume-Sonzogni, poétesse installée à Neuviller-la-Roche, se sont inspirées de la démarche proposée par le metteur en scène Pierre Tallaron pour son spectacle Est-ce-que la terre s’est tue ; elles sont parties à la rencontre des habitants de la vallée de la Bruche, pour les inviter à raconter leurs rapports au paysage, leurs façons de s’inscrire dans le “dehors“, de s’approprier les lieux et d’habiter la campagne.

Mais cette "inspiration" a été fructueuse et le résultat en est une belle leçon de vie, de vivre ensemble et de mise en dynamique de la parole interrogée.


Le Journal du Dehors - Les Scènes Sauvages - Photo: Robert Becker

Sur la thématique de cette "lecture du paysage" en sollicitant les habitants, les deux artistes ont réussi à nous rendre une aventure passionnante où nous nous retrouvons presque immergés dans la discussion de ce qu'on appelle an alsacien le "Stammtich", la "table commune", telle qu'elle existait autrefois dans les bistrots de village - on y apprend d'ailleurs que rien qu'à Waldersbach il y avait 4 cafés. Et ce n'est pas tout, parce que tous ces échanges qui vagabondent entre la vie des bêtes (sauvages et domestiques), des gens et des métiers sont introduits et ponctués par de magnifiques interludes qui font virevolter les cordes du violoncelle de Lisa Erbes sur des airs de Bach. Ainsi, dans le magnifique jardin du Musée Oberlin de Waldersbach, modèle et référent idéal de la considération donnée aux habitants, la parole mise en bouche par les comédiens Nathan Bernat et Charles Zevaco et les comédiennes Béatriz Beaucaire, Nathon Goetz et Régine Westenhoeffer rebondit d'un bout à l'autre du jardin et sous l'ombre bienvenue des arbres. L'inénarrable Germaine, Virginie, Nathalie, Marie-Rose, Christian, Martine y parlent de boquillon, de chasseurs, d'élevage, d'apiculture, des vaches, des chèvres, de paysan, de paysanne, d'institutrice, de sanglier, de cerf, des foins. Chaque parole en appelle d'autres et - "Quand je t'écoute, ce qui me vient, c'est..." - encore d'autres paroles, d'autres histoires. On y discute du passé, de l'évolution des villages, des cultures, des habitudes et de la venue des "étrangers" et de leur insertion. De l'évolution du travail, de ceux qui allaient travailler en ville en prenant le train, de ceux qui essaient de vivre en "local", en "circuit court". On pointe autant les éoliennes, que les bancs devant les maisons qui facilitent les rencontres et l'intégration des "nouveaux" à qui on "fait une place".

On parle de repères, du col de la Perheux, de la chapelle entre Natzwiller et Wildersbach, de la forêt, de l'élagage, du débroussaillage (oh combien d'actualité), du fauchage, de la transhumance: tout ce qui fait la vie ici. L'hiver aussi, ce temps qui ramène à plus d'isolement, à vivre à l'intérieur, à vivre ensemble, à vivre, tout simplement. 


Le Journal du Dehors - Les Scènes Sauvages - Photo: Robert Becker


Nous sommes suspendus aux mots récoltés, retranscrits et transmis avec vivacité par les comédiens et comédiennes, soutenus par les cordes du violoncelle, et nous nous imaginons ces habitants, ces hommes et ces femmes qui vivent alentour et dont nous sentons plus proches et dont nous découvrons un petit bout de vie, de préoccupations, de réflexions, d'expérience, comme à travers un rideau qui nous laisse entr'apercevoir le décor et l'envers du décor, cette fragile construction d'intelligence - intelligere - d'être ensemble qui nous lie, par celle "intelligence collective" que nous construisons.


La Fleur du Dimanche


Sommaire de mes billets sur le Festival Les Scènes Sauvages

Samedi 4 juillet - 11h00 - Les Vies de Léon - Birgit Ensemble
Les Vies de Léon - voyage dans la mémoire de l'Europe
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/les-vies-de-leon-au-festival-les-scene.html

Samedi 4 juillet - 18h00 - Pamina de Coulon - Niagara 3000
Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-pamina-de-coulon.html

Samedi 4 juillet - 21h00 : Les Aveugles de Maeterlink:
Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-les-aveugles-de.html

Dimanche 5 juillet -  9h30 - Est-ce que la terre s'est tue ? - Pierre Tallaron
Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/est-ce-que-la-terre-sest-tue-aux-aux.html

Dimanche 5 juillet -  11h00 - Le Journal du Dehors -Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni
Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/le-journal-du-dehors-aux-scenes.html


Est-ce que la terre s'est tue ? aux Aux Scènes Sauvages à Waldersbach - Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre

Est-ce que la terre s'est tue ? de Pierre Tallaron est une escapade théâtrale qui résonne curieusement vis-à-vis des Aveugles de Maeterlinck vu hier soir. Nous nous retrouvons au sortir de Waldersbach à suivre un guide, Nathan Bernat, sur un chemin qui monte dans la forêt. Ce pourrait être comme dans Les Aveugles avec ce prêtre et ses douze aveugles, ou comme dans le conte Le Joueur de flûte de Hamelin, un enlèvement pour nous perdre de la forêt. Mais non, pas d'inquiétude, nous faisons une petite halte dans un creux sur un tapis de mousse. Et nous voyons surgir d'en bas, dans les broussailles, avec son sac à dos, Pierre Tallaron


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


En introduction, il nous explique que ceci n'est pas un spectacle, que c'est une interrogation, une question, même l'expérience de la question. Une escapade. Car nous nous évadons ce dimanche matin dans la forêt, pour nous confronter à la nature, aux fourmis, aux humains. Pierre Tallaron est pisteur au CNRS, le Centre National de la Recherche Sauvage. Et il va nous révéler ses secrets. Le premier va consister à lire une carte, qu'il sort de son sac à dos et qu'il déploie devant nous. Il nous explique que la carte n'est pas le territoire, et que quelquefois "il faut savoir se perdre" (ou perdre) comme le dit David Abram (qui a écrit le livre Comment la terre s'est tue) pour réveiller le sens (les sens) engourdi(s). 


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


Curieusement la carte qu'on imaginait topographique est plutôt postale, photographique. La photographie représente le Col de la Bataille, là où les vents du Nord et du Sud se heurtent. Là aussi où les passereaux, les mésanges bleues croisent les vieilles voitures de collection. Nous apprenons à lire le paysage, à lire les cartes, même si elles sont postales. Nous apprenons à nous immerger dans une image. Cette introduction que fait Pierre Tallaron nous rend attentifs aux messages que nous recevons, aux impulsions, sollicitations qui nous arrivent. Qui nous font prendre conscience que, à l'image de notre smartphone qui nous envoie des messages, des alertes, notre corps aussi perçoit des signaux. Sur ce qui nous entoure, ceux qui nous entourent. Il nous enjoint de réveiller notre corps animal, de retrouver le savoir ancien, le savoir vivant des peuples anciens. Pierre nous donne comme première consigne de respirer, de faire nôtre l'air qui nous entoure, l'air de cette forêt. De le mélanger à notre corps et de le reprojeter à l'extérieur. Et donc, dans cette communion, de faire silence, de ne faire plus qu'un avec cet environnement. Fermer les yeux, sentir, écouter, aiguiser nos sens . Première consigne: Respirer. Deuxième consigne: marcher dans le silence, c'est un cadeau. Troisième consigne: fermez les yeux.  


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


Après plusieurs étapes, et un moment de lecture de Jean Giono, nous arrivons auprès d'un arbre où il procède à une installation: un tourne-disques sur lequel il met une "pierre" à la place du disque. Et il va nous jouer une musique qui réactive notre époque en décalé, dans cette nature, presque encore vierge. 


Les Scènes Sauvages - Est-ce que la terre s'est tue ?  - Pierre Tallaron - Photo: Robert Becker


Nous repartons riche de cette expérience et redescendons de la montagne. Vers Waldersbach en pensant à Lenz, mais surtout au pasteur Oberlin qui a été parmi les premiers à observer la nature et à transmettre ce qu'il avait appris. Forts de ce que nous avons vécu, expérimenté, nous espérons continuer ce voyage qui nous rapproche de la Terre. La Terre, qui a tant de choses à nous dire. Et nous remercions Pierre Tallaron de nous avoir montré le début du chemin. 


La Fleur du Dimanche


Est-ce que la terre s'est tue ?


Dimanche 5 juillet - 9h30 - 15h00


Écriture et interprétation
Pierre Tallaron
Échanges et ressources dramaturgiques
Nicolas Chapoulier, Pierre Meunier & Marguerite Bordat, Benjamin Flao
Textes et bibliographie
Baptiste Morizot, Donna Harraway, Ursula K Seguin, Anna Tsing, David Abram, Jean Giono

Sommaire de mes billets sur le Festival Les Scènes Sauvages

Samedi 4 juillet - 11h00 - Les Vies de Léon - Birgit Ensemble
Les Vies de Léon - voyage dans la mémoire de l'Europe
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/les-vies-de-leon-au-festival-les-scene.html

Samedi 4 juillet - 18h00 - Pamina de Coulon - Niagara 3000
Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-pamina-de-coulon.html

Samedi 4 juillet - 21h00 : Les Aveugles de Maeterlink:
Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-les-aveugles-de.html

Dimanche 5 juillet -  9h30 - Est-ce que la terre s'est tue ? - Pierre Tallaron
Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/est-ce-que-la-terre-sest-tue-aux-aux.html

Dimanche 5 juillet -  11h00 - Le Journal du Dehors -Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni
Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/le-journal-du-dehors-aux-scenes.html


samedi 4 juillet 2026

Aux Scènes Sauvages, Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000: Le futur est à l'amont

 Les Scènes Sauvages démarrent réellement aux Charasses à Colroy-la-Roche avec le spectacle Niagara 3000 avec Pamina de Coulon qui se passe dans la forêt. Après une petite ballade d'approche, nous voici assis en rond sur des bancs face à des toiles flottantes colorées. Elle nous accueille, assise dans la mousse. avec un temps de silence pour nous permettre de nous acclimater aux sons de la forêt. Et tout à coup, cela déferle. C'est un flot de mots ininterrompu qui ne va cesser qu'au bout d'une heure vingt sans pause ni arrêt, sauf à un moment, pour nous permettre de faire baisser la pression qui nous étreint, mais pour la bonne cause !


Scènes Sauvages - Niagara 3000 - Pamina de Coulon - Photo: Pierre Rich


Une heure vingt à un rythme effréné et cela démarre d'une bédé de Sophie Guerrive Tulipe (éditée par les éditions 2042) l'histoire d'un ours, puis renvoie à petite fleur qui pousse il y a des millions d'années, il y a longtemps déjà, dans le massif alpin. Elle commence une histoire de paléontologies, d'apparition des arbres, des fleurs, des feuilles, des animaux. Elle rebondit sur l'eau. Les fleuves, le Rhône, qu'elle a connu toute petite, se jetant dans le lac Léman. Elle est née sur la ligne de partage des eaux Rhin-Rhône, cela a peut-être influencé son destin, l'a fait basculer ? Elle truffe son histoire de citations, qu'elle cite de mémoire. De Jen Rose Smith, de Jean-Baptiste Fressoz, de James Baldwin, de Kae Tempest, de Susan Sontag ou encore Rebecca Solnit. Elle nous conte des histoires, poétiques (Virginia Woolf), philosophique aussi - par exemple le poisson pour qui l'avenir c'est l'amont, c'est cette eau-là qui va venir vers lui (si les glaciers qui restent les veulent bien - mais que faire de l'espace que les glaciers disparu ont laissé ? Le futur, l'amont, le futur, l'amour... 

Et comme un poisson sautant les rochers du ruisseau, elle nous amène au fleuve Congo - qui fait (encore) 18 km de large - ou au chutes du Niagara qui cache (mais ce n'est pas lui, c'est l'homme) ses énormes centrales hydrauliques, qui se mettent en marche la nuit, quand les touristes sont partis. Elle révèle ce qui nous est caché, le dessous de l'eau. Le travail de l'homme. Ainsi, elle fait des vas-et-viens entre le tourisme, l'industrie, la nature, les glaciers, l'artiste suisse Pipiloti Rist qui a aussi fait beaucoup de vidéos autour de l'eau et qui l'a influencée. Egalement tous ces penseurs, ces poètes, ces écrivains dont elle connaît des citations par cœur, qu'elle pioche au hasard dans sa mémoire, pour nous emmener vers l'eau, vers la nature, vers les centrales nucléaires, vers la police, vers la santé. vers les plantes, les plantes rustiques par exemple. pour lesquelles elle déploie une bannière, précisant que. Les plantes rustiques sont des plantes qui supportent le froid, les rustiques, c'est aussi des paysan, et des rustauds, proche de la nature, la nature qui s'effondre. Elle arrive à l'effondrement de la biodiversité, à la terre que nous volons, que nous devons rendre, à la rouille, aux glacier qui fondent. À la maladie, aux soins, à la lutte, à la répression, à la police. Elle rappelle à l'artiste britannique Derek Jarman, qui avait le sida et s'est fait jardinier en face d'une centrale nucléaire. À Kimberly Jones, aux artistes ou aux féministes, à la douleur, aux larmes. 


Scènes Sauvages - Niagara 3000 - Pamina de Coulon - Photo: Pierre Rich

Son spectacle, elle le mène tambour battant sautant d'un sujet à un autre, tirant une ficelle par ci, un mot par là. Une citation qui ressurgit, qui fait sens. Une vraie accumulation de cadavres exquis, à toute volée. A toute vitesse, à toute blinde, elle envoie ces mots dans le décor, ce décor de troncs d'arbres qui nous entourent, qui nous protègent pour le moment. Mais ces arbres sont aussi fragiles. Elle aussi, Pamina de Coulon, elle est fragile, mais elle se bat, elle mitraille avec des mots, elle se bat avec des phrases, elle tire avec des citations. Elle nous assome d'évidences que nous ne pouvons qu'admettre. Elle nous emmène à toute vitesse, de l'amont vers l'aval, vers la montagne, vers la mer, vers la forêt, vers les fleurs. Sur un lit de rose, dans la douleur du monde. Elle fait partie de ces artistes merveilleuses qui nous ouvrent d'autres horizons. Et nous ouvre le crâne, en nous faisant entrer de la poésie, de la philosophie, de la réflexion. Elle nous pense elle nous panse. Et soudain, elle s'arrête. Elle boit dans sa bouteille un demi litre d'eau. Et elle attends. Nous aussi. Nous attendons. Nous digérons. Nous emportons avec nous ces ramification, ces réflexions, ces pensées, ces fleurs, cette eau, ces larmes. Nous gardons en nous un peu de ce déluge. Pour sauver l'avenir. Pour "Vivre le Monde que l'on veut au sein du Monde que l'on a." 

Et nous restons bouche bée, abasourdis et muets devant une telle performance, cette énergie qu'elle nous a transmise.


La Fleur du Dimanche 


Sommaire de mes billets sur le Festival Les Scènes Sauvages

Samedi 4 juillet - 11h00 - Les Vies de Léon - Birgit Ensemble
Les Vies de Léon - voyage dans la mémoire de l'Europe
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/les-vies-de-leon-au-festival-les-scene.html

Samedi 4 juillet - 18h00 - Pamina de Coulon - Niagara 3000
Pamina de Coulon dévale les montagnes et les fleuves jusqu'à Niagara 3000
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-pamina-de-coulon.html

Samedi 4 juillet - 21h00 : Les Aveugles de Maeterlink:
Les Aveugles de Maeterlink, une ile insolite dans la forêt
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/aux-scenes-sauvages-les-aveugles-de.html

Dimanche 5 juillet -  9h30 - Est-ce que la terre s'est tue ? - Pierre Tallaron
Elle nous parle et elle nous chante: le Chant de la Terre
https://lafleurdudimanche.blogspot.com/2026/07/est-ce-que-la-terre-sest-tue-aux-aux.html

Dimanche 5 juillet -  11h00 - Le Journal du Dehors -Véronique Borg et Myriam Dhume-Sonzogni
Waldersbach: Le village vit et s'écoute vivre
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dimanche 9 avril 2023

Le lapin, le castor et le philosophe de Pâques

 En 2014, pour Pâques, je vous avais offert un lièvre là peint dans l'herbe, aujourd'hui, je vais vous parler des trois lièvres et d'autres animaux, et de philosophie.

Mais pour commencer, comme c'est vraiment le Printemps et aussi Pâques, je vous offre les fleurs du jour. Pour commencer les fleurs de poirier :


Fleurs de poirier du jour - 9 avril 2023 -Photo: lfdd


En TVA (Texte à Valeur Ajoutée), j'ai pas mal de choses à vous dire (et à vous demander). Je commence avec le lapin (ou lièvre?) de Pâques. Je vous rappelle que le lièvre n'est pas un lapin et que ça pose problème (d'ailleurs j'ai parlé du Problème lapin ici en février 2022). Pour faire court, le lièvre est plutôt sauvage et court plus vite que le lapin (45-50 km/h contre 30-40). Et le lièvre n'est pas domestique. 

Est-ce pour cette raison que le "lièvre de Pâques" (tradition germanique) est devenu le lapin de Pâques. En France c'étaient les "cloches" qui apportaient les oeufs... Pâques fait référence dans les langues anglo-saxones à la divinité Eostre, qui a donné Ostern en Allemand et Eastern en Anglais, déesse de la fertilité (tout comme le lièvre) et du Printemps. Ma quête du lièvre a débuté par le questionnement d'un ami qui recherchait des informations sur le restaurant "Aux trois lièvres" de Strasbourg, rue du Parchemin, aujourd'hui disparu.




Si vous avez des images ou des souvenirs sur ce restaurant, je vous remercie de me les transmettre. Moi-même j'ai connu et ai mangé dans cette winstub traditionnelle.


Voici les deux lapins de Jacques van Maerlant (Der naturen bloeme (détail), vers 1340-1350, 35 x 55 mm, Bibliothèque royale, Utrecht) qui attendent le troisième:


Jacques van Maerlant - Der naturen bloeme (détail) - Bibliothèque royale, Utrecht


Ces recherche m'ont fait découvrir le Blog de Michel Terrier (ça ne s'invente pas), un Spinalien qui chasse les trois lièvres, et trois Anglais du Devon - où se trouvent pas mal de représentations de cette image des trois lièvres qui ont leurs oreilles en commun: Tom Greeves (archéologue et historien), Sue Andrew (chercheur) et le photographe Chris Chapman. 


3 lièvres, 3 oreilles, aucun n'en a perdu une


On apprend que la première représentation connue de cette figure se trouve dans la grotte Mogao en Chine et date des années 581-618, Dynastie Suy. D'autres se trouvent dans les civilisations aisiatiques ou peut-être sur une céramique du Pakistan. Le voyage de l'Est (East/Ost-ern) vers l'Europe s'est fait plus tard et l'on trouve des traces de ces trois lapins autant dans l'iconographie juive que chrétienne.


Le Vitrail aux 3 lièvres de la cathédrale de Paderborn 

On en trouve des exemples en Ukraine, en Allemagne (à la Cathédrale de Paderborn), en France (pas mal dans les Vosges) ou le Devon en Angleterre (où c'était l'emblème des mineurs d'étain). 

Surtout ne vous fiez pas à l'IA Chat-GPT qui vous raconte qu'il y en a dans la civilisation péruvienne Mochica ou sur la "maison des 3 lièvres" à Dijon (en fait le bâtiment est nommé "maison aux trois visages" ou aussi aux trois pignons), par contre il y en a à Luxeuil - la Carte Postale faisant foi:




Alors, trinité, éternité, ou cycle du jour et de la vie, à vous de voir...

Pour ma part, je penche pour la "collaboration" ou l'écoute de l'autre... Ne dit-on pas "prête moi une oreille" et ces lapins se les prêtent à volonté.

Et en guise de symbole du renouveau de la nature, je vous offre les fleurs de pommier du jour:


Fleurs de pommier du jour - 9 avril 2023 - Photo: lfdd

Pour continuer avec les TVA et en sautant du coq à l'âne ou plutôt de l'oeuf du lapin (de Pâques), ou de la poule du coq, je passe à la queue, que le castor a ronde:


Où est la queue du castor ? - Photo: lfdd


Si vous avez vu la queue d'un castor sur la photo ci-dessus, je vous offre des oeufs de Pâques (il y a quand même des trace de castor).


A propos du castor et du philosophe, il ne s'agit pas de Sartre (et de Simone), mais de Baptiste Morizot qui replace l'homme à sa juste et modeste place dans la nature et qui remplace le terme "l'homme" par "l'humain". Il ne faut pas oublier que si on met l'existence de la terre sur une échelle d'une journée (24 heures), la vie n'est apparue qu'à la dernière minute et l'homme à la dernière seconde... Tout est relatif comme dirait Albert Einstein. Et pour ce qui est du castor, cet animal qui a un cerveau de la taille d'une noix, "l'homme" qui se croit supérieur à toute entité vivante parce qu'il a relativement le plus gros cerveau, ferait bien de s'associer avec cet animal pour "guérir" la terre de certains maux qui le menacent. En particulier le manque d'eau, domaine dans lequel le castor excelle. "Le castor a transformé la plupart des milieu de plaines depuis des millions d'années: il crée des barrages et, ce faisant, ralentit l'eau sur la terre, la stocke dans les sols et la partage avec toutes les formes de vie. Il se trouve que les sciences hydrologiques contemporaines, confrontées aux sécheresses du changement climatique, défendent l'idée qu'il faut changer de paradigme dans notre gestion des rivières: passer de l'ère du drainage, où l'on a évacué l'eau vers la mer pour assécher les zones humides vers une ère de la réhydratation des continents, pour garder cette eau précieuse sur les terres. La beauté de cette affaire, c'est que ce programme d'action scientifique n'est ni plus ni moins que ce que fait le castor depuis sept millions d'années - quand on le laisse revenir et activer sa médecine spontanée."

Baptiste Morizot sait de quoi il parle, il revient d'une mission sur les rivières aux Etats-Unis et vient de sortir un livre L'inexploré qui lui vaut d'être l'invité de Jérémie Cousson dans le Télérama du 29 mars 2023

Sa pensée est intéressante, et plutôt que d'opter pour une "boussole" qui serait une "pensée unique", il préfère pour la philosophie un "art de fabrication de cartes multiples, ajustées chaque fois à des problèmes, pour mieux comprendre où nos sommes et où aller dans les grands enjeux du temps."

Il cite Camus:

"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde."

Et complète avec Flaubert:

"La meilleure manière de critiquer quelque chose, c'est de le décrire."

Avec comme exemple: "Décrivez le format économique dans lequel nous vivons, avec ses inégalités de revenus et de patrimoine, ses milliardaires qui se construisent des fusées pour faire du tourisme spatial dans un monde qui doit mettre fin aux énergies fossiles... Vous n'aurez même pas à forcer le trait pour rendre visible de l'injustice inacceptable de ce système."

Et dire qu'il y en a qui se trompent encore de cible (ou les ignorent).

Ou qui pensent qu'ils ne peuvent rien faire dans leur vie quotidienne.  C'est comme pour la biodiversité, dont tout un chacun est responsable à son niveau, il suffit de "décrire" et puis de "réfléchir" un petit peu pour "s'engager" aussi un petit peu (ou plus...). Pour rappel, la sauvegarde de la biodiversité est aussi un levier contre le réchauffement climatique. Et Baptiste Morizot rappelle que "les abeilles portent sur leurs frêles épaules la pollinisation permettant les trois quart de notre alimentation, et que nos pratiques agricoles détruisent cette alliance ancienne".

Pour celles et ceux qui douteraient qu'il faut, à un moment, changer de paradigme, je vous mets deux "extraits" de la réflexion de Baptiste Morizot.

Le premier concerne la philosophie et le castor:




Et le deuxième concerne notre "attitude" "juste":




En guise de conclusion, je vous offre, non pas la queue du castor, ni les queues de cerises, mais les fleurs qui attendent d'être pollinisées:


Fleurs de cerisier du jour - 9 avril 2023 - Photo: lfdd


Bon dimanche

La Fleur du Dimanche

dimanche 1 mars 2020

Adieux, listes, nègres, capital, collapsologie, réchauffement, disparition,......

Depuis le 9 février, des pays lointains (Siam, Indochine, Cambodge.. Faire barrage), vous n'avez plus eu de nouvelles dominicales de la Fleur du Dimanche, bien que les dimanches étaient bien chargés......

Ils le sont toujours autant, mais je vais essayer la liste de ce qu'il faut vous dire...... Une "Do list", tout en ne vous assommant pas...... 
Je sais, les billets sont toujours trop longs......
Je vais donc découper celui-ci en tranches......

Et pour commencer, une tranche de fleurs. Cela tombe bien, à Paris, jusqu'à demain, 2 mars, au Jardin des Plantes, il y a l'expostions 1001 orchidées......

Voici la première, à priori une Wilsonari Kolibri - ou une Orchid Cumbria ?


Orchidée - Photo: lfdd

Pour vous donner le goût de revenir, sachez qu'il y en a d'autres qui vont suivre et qu'ainsi vous pourrez aussi accéder au déroulé de la liste des sujets du TVA à venir.

Voici une liste de sujets pour vous guider:

Les adieux (1)
Le petit âge glaciaire (2)
L'Amour (4)
Arp (1)
Les bandeaux 
Les blancs
Le capital (4)
La collapsologie
La culture
Les cycles
Les cyclamens
La danse (1)
Del Rey
Descartes
Les dingos
La disparition (3)
La dystopie
L'écologie
L'économie (2- 4)
Erreur 404
Le féminisme (4)
Le hasard (1)
L'inégalité (4)
Les juifs
La langue
Lorrain (1)
Le Moyen-Âge (2)
La musique (1)
La nature (2)
Les nègres
Mishima
L'Opéra (1)
Le patrimoine (4)
Perec
La race
Le racisme
La richesse (4)
Sfar
Le sexisme
......

1. Les Adieux"...... (Commençons par......)

C'est l'histoire d'un comédien chanteur, danseur, grand et doté d'une belle voix grave.
A son sujet, il est curieux qu'une recherche effectuée cette semaine "arp jean l'ange et la rose" ait mené sur mon blog où je parle sur deux pages différentes non pas du livre d'Arp "L'Ange et la Rose" mais du spectacle "Opus Nulldans lequel ce comédien chanteur (Jean Lorrain) a joué en 2011 (date de la naissance du blog. Les deux pages ici: ARP Rose ou Rouge  et  Rose Verte ou ARP: Art à Part 
Il a donc joué au théâtre, fait de nombreuses lectures (et soutenant l'assotiation "A livre ouvert - Wie ein offenes Buch", dansé avec Cathy Dorn et Renate Pook, et fait de nombreux récitals, il a donné son dernier pour son fidèle public (qui l'en a chaudement remercié) lors de deux soirées  - salle comble - au Munsterhof à Strasbourg. Ne pouvant pas faire un récital classique, il en a réussi un très humoristique avec une trame d'Amour (de la jeunesse à la vieillesse - un moment épique étant Porgy and Bess avec déambulateur) et renversement des rôles - et des voix, lui, la Basse, chantant Carmen et dansant délicatement le flamenco et sa partenaire Dominique Charras, la soprano, reprenant le rôle masculin. 
La soirée fut bien enlevée - et variée, avec des parties de texte ou d'explication, réflexions et s'est terminée dans un beau collage alternant plusieurs airs en pot-pourri pour un dernier adieu.
Autre sujets traités: Arp - la danse - le hasard - Jean Lorrain - La musique - l'Opéra -      


2. Le petit âge glaciaire


Ne croyez pas que je plaisante, le "petit âge glaciaire" peut tout à fait être d'actualité...... Si l'on prend un peu de distance, comme nous le révèle Philipp Blom dans son livre "Quand la nature se rebelle - le changement climatique du XVIIème Siècle et son influance sur les sociétés modernes" dont nous parle David Zerbib dans son article du Monde des livres du 28 février intitulé "Le climat souffle le chaud et le froid sur les sociétés humaines". L'auteur se penche sur un refroidissement temporaire (entre 1570 et 1685) de 2 degrés qui aboutit à des fleuves gelés jusque dans le Languedoc, ainsi que le port de Marseille, des hivers donc longs et rigoureux, des étés diluviens et donc des récoltes rares. "La ruine du Monde", des famines et des troubles dans toute l'Europe (on en garde quelqeus souvenirs en Alsace...... Selon l'analyse de Philipp Blom, ce changement climatique a engendré une "immense révolutions sociale, économique et intellectuelle". Bien que certains essayaent de s'en sortir grâce à des processions ou la magie, on s'interessa de plus près à la nature, on l'étudia et "on apris comme jamais à [la] dominer en jetant les bases de notre modernité économique et technologique."  Et l'on se demande si nous ne devrions pas se mettre dans la même attitude aujourd'hui (à suivre......)  
Autre sujets traités: le Moyen-Age - l'économie - la nature 

Orchidée - Photo: lfdd


Musique !

3. La disparition

Ce ne sont pas des adieux, mais une invitation à la disparition. 
Pas La disparition de Georges Perec, ce livre lippogramm(e)  ;-):
"un rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal"
Mais un mde d'emploi de la disparition (How to dissapear) avec Lana Del Rey, plutôt deux fois qu'une...... 
Dits-moi laquelle vous préférez..







4. Le féminisme

La suite étant écrite le 8 mars, journée internationale du droit des femmes, même si le sujet est un sujet que l'on ne peut circonscrire temporellement, je vais continuer ma ballade dans le Monde des Livres du 28 février, avec l'article de Gilles Bastin sur le livre de Céline Besière et Sybille Gollac "Le Genre du Capital. Comment la famille reproduit les inégalités". Les deux sociologues analysent comment le capital est "genré", par exemple, comment elles ne gagnent pas de l'argent aussi vite que les hommes et que cet argent elles peuvent le perdre aussi très vite. En mettant en parallèle, entre autres, Ingrid Levavasseur et McKenzie Bezos, comprendre qu'à la fois "dans les classes populaires, les problèmes d'argent sont des problèmes de femmes" et que "chez les riches, à fortiori les ultrariches, le capital reste une affaire d'homme." Leur recherche a amené les deux auteures à se pencher sur la comptabilité, l'évolution de la loi et de la justice, les statistiques publiques, les monographies familiales pour constater que l'économie des familles, la "comptabilité sexiste", les "biens structurants" (à protéger) et les "compensations" (pour les femmes) font qu'elles "ne détiennent pas le même pouvoir d'appropriation sur ce qu'ils et elles possèdent". Et cela ne s'arrange pas......
D'où peut-être une solution page 4 du même supplément, en l'occurence le livre "Les évadées" d'Alexandra Fritz dont nous parle Bertand Leclair dans l'article "Les amantes orphelines", titre qui annonce le raccourci de leur destin. Le livre raconte le destin de deux femmes dont on dit "Ah, ces deux là ne lèchent pas que les timbre poste", "La mulâtresse et l'ogresse, rien que d'y penser" mais elles "décident de réunir les femmes au foyer des allentours pour parler chat et chattes" et d'un coup d' "l" de félinistes se transformer en "Fellinistes" (extrait à venir)......
Autre sujets traités: l'Amour - le capital - l'économie - l'inégalité - le patrimoine - la richesse      


Orchidée - Photo: lfdd

Je vous dois une petite chanson, ce sera "La Marelle" (Amarelinha) de Birds on a Wire

La chanson est là, impossible à insérer:

https://youtu.be/8c4tsQvRNWY?si=9O2BEZM3RwBqIH-J


Jogo d'amarelinha
Na linha não vai pisar
Pé dentro, pé fora
Esse pé não vai errar
Jogo d'amarelinha
É pra menina pular
Cuidado pra não errar
Que a vida é curta menina
E nada se vai levar
Le jeu de la Marelle
Va de la terre jusqu'au ciel
Entre la chance et le puits
Tu reviens et c'est fini
Petite, petite fille
Tu es là pour t'amuser
Lance bien la pierre
Prends garde où tu mets tes pieds
Jogo d'amarelinha
E a vida quer durar
Tem um diamante de umbigo
Cuidado pode quebrar
Menina pequeninha
Tonta de tanto chorar
Teu choro é uma lagoa
E é lá que eu vou me banhar
Le jeu de la Marelle
Va de la terre jusqu'au ciel
Entre la chance et le puits
Tu reviens et c'est fini
Petite, petite fille
Tu es là pour t'amuser
Lance bien la pierre
Prends garde où tu mets tes pieds
Jogo d'amarelinha
E a vida quer durar
Tem um diamante de umbigo
Cuidado pode quebrar
Menina pequeninha
Tonta de tanto chorar
Teu choro é uma lagoa
E é lá que eu vou me banhar
Le jeu de la Marelle
Va de la terre jusqu'au ciel
Entre la chance et le puits
Tu reviens et c'est fini
Petite, petite fille
Tu es là pour t'amuser
Lance bien la pierre
Prends garde où tu mets tes pieds



A suivre......


Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche