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samedi 15 novembre 2025

The Brotherhood de Carolina Bianchi au Maillon: Plus dure sera la suite

 La première partie de la trilogie Cadela Força de Carolina Bianchi La Mariée et Bonne nuit Cendrillon - Chapitre 1 a été présentée au Maillon en janvier 2024 après avoir été créé au Festival d'Avignon en 2023. Elle y présentait sa propre histoire relative à un viol suite à la prise de la "drogue du violeur". Son l'approche se faisait par le biais l'histoire de l'art et de la littérature Et elle partageait avec les spectateurs la vraie expérience vécue sur scène de la prise de cette drogue. Même introduite avec précaution, l'expérience était violente et le sujet brûlant. Et la "performance" interrogeait l'acte "théâtral". Pour ce deuxième chapitre que l'on peut qualifier de suite, The Brotherhood, l'approche est aussi mesurée et l'on peut dire qu'elle creuse et élargit le sujet. Et surtout elle partage avec nous les conséquences, les suites, les séquelles, physiques et psychiques de cet évènement. 


Carolina Bianchi - Cadela Força Trilogy - Chapter II The Brotherhood - Photo: Mayra Azzi


Pour y arriver, un cheminement conséquent est nécessaire, le travail qu'elle-même a fourni est énorme. Pas moins de 500 pages d'études, de réflexions, de recherches autour de cette thématique du viol, du rapt, de la violence envers les femmes lui ont permis de poser les choses et de construire son spectacle.

Cela commence par l'art et la mythologie, le léger voile, rideau représentant le tableau de Rubens L'enlèvement de Proserpine - le rapt, (qui en anglais a donné rape - viol) tombe. On dévoile le mythe de Perséphone - Proserpine (enlevée - et mariée - par son oncle Pluton, dieu des enfers et recherchée par sa mère Cérès ou Demeter) qui est est à l'origine du rythme des saisons. Suit Dante et une citation du Purgatoire puis plusieurs Prologues qui interrogent la violence masculine, les références théâtrales, dont Shakespeare, Kantor et La Mouette de Tchekov avec cette terrible phrase de Nina "Si un jour tu as besoin de ma vie, viens et prends là". Il est question de violence et de vengeance avec cette réflexion "Nous devenons ceux que nous combattons". 


Carolina Bianchi - Cadela Força Trilogy - Chapter II The Brotherhood - Photo: Mayra Azzi


La première partie démarre vraiment avec l'interview du célèbre metteur en scène Klaus Haas qui surgit du public et que Carolina Bianchi interroge sur son parcours, ses motivations, ses choix artistiques et ses relations avec les acteurs et les actrices. Ce jeu, presque dangereux, apporte une certaine tension, entre sensualité, érotisme, jeu de domination et de pouvoir et réserve quelques surprises. La confrontation entre ces deux personnages met à jour une attitude et un discours dominant très finement déconstruit dans le déroulé de l'échange. Elle révèle aussi la prédominance masculine dans le monde du théâtre et de la culture

Une deuxième partie The Brotherhood avec son collectif Cara de Cavalo amène les sept comédiens performeurs dans une succession de séquences à dessiner par touches multiples dans des tableaux variés la "fraternité" et la solidarité des hommes, leur position de pouvoir et de puissance dominatrice, excluant la parole des femmes. La situation est ambiguë, à la fois faussement inclusive et jouant également sur l'opposition fascination/rejet, balançant entre pouvoir et conflit. Jouant sur l'incertitude, illustrée par la chanson Let the boy cry.


Carolina Bianchi - Cadela Força Trilogy - Chapter II The Brotherhood - Photo: Mayra Azzi


La troisième partie, avec les sept hommes alignés à une grande table qui nous lisent des extraits des 500 pages des notes très documentées de Carolina Bianchi va nous faire faire un parcours très instructif de l'histoire, de l'histoire de la littérature et de l'histoire de l'art, relatif à la violence faite aux femmes, avec des exemples précis, partant du viol de Lucrèce à #metoo de la domination masculine et de la violence sexuelle et sexiste dans le monde à travers les siècles. Ils nous éclairent autant sur Gunther Brus et les activistes viennois que sur le gang des Bukkake, sur la vie, l'oeuvre très engagée et la mort d'Ana Mendieta, l'épouse de Carl André ou encore Roman Polanski, Jan Fabre et Gisèle Pélicot. D'autres pages décrivent l'état d'esprit et les réflexions artistiques de Carolina Bianchi ou encore des recherches sociologiques et scientifiques sur le viol, la violence et le suicide. Une party festive sur une sound machine Dirty Pathos continue de cultiver la position ambivalente entre séduction, plaisir, vengeance et regrets nous emmène aux tréfonds de la nuit, des rêves et des cauchemars puis à une certaine rédemption ou acceptation via un passage plus doux avec des chansons dont Birds on the Wire et Sweet Dreams. Carolina Bianchi se rappelle - et nous montre - son penchant pour les armes, épées, et armures dans ses premières oeuvres et l'influence de Jan Fabre. Et elle conclut - mais est-ce une conclusion? - en réactivant la violence subie de Lavinia dans Titus Andronicus avant d'essayer de se réconcilier avec le personnage de Heathcliff dans une fantomatique Catherine sortie des Hauts de Hurlevent. 


Carolina Bianchi - Cadela Força Trilogy - Chapter II The Brotherhood - Photo: Mayra Azzi


Elle nous laisse ainsi avec cet antagonisme, le balancement constant entre vengeance et pardon, horreur, dégoût et attraction envers ce qu'elle a subi, la laissant comme morte, âme errante, a essayer de trouver sa place, ici devant nous, sur le plateau de théâtre, mais aussi sûrement dans la vie. Et elle nous offre à notre réflexion ce noeud gordien que ni elle ni nous n'arrivons à résoudre, mais qui, comme elle l'avait annoncé au début en citant Lacan et sa "tuché", cet essai de rencontrer le réel pour en sortir mais nous fait "tourner autour" sans pouvoir la nommer. Avec cette pièce The Brotherhood elle nous fait à la fois vivre cette divergence et en démontrer la complexité, par la démonstration et la réflexion. Une expérience immersive dans les tréfonds de l'âme humaine et sa complexité qu'elle nous fait appréhender et expérimenter avec les moyens d'un théâtre d'aujourd'hui, comme un coup de poing dans le sternum, si ce n'est un peu plus bas. 


La Fleur du Dimanche

 

dimanche 16 février 2025

Valentin et le désossé: Eros et Thanatos, l'amour et l'amor

 Pour la Saint Valentin, on pense à l'amour, et l'amour appelle les fleurs, alors, je vous offre quelques fleurs

Des clématites sauvages, clématites des haies ou vigne blanche, clematis vitalba pour vous:


Clematis Vitalba - Photo: Robert Becker


Sauvage comme l'amour, le premier, le primitif, celui dont on se souvient, qui nous marque. Vous, vous en souvenez-vous, vous a-t-il marqué ?

C'est le premier, ce n'est pas forcément le plus puissant - j'en connais pour qui c'est le seul - mais il y en a tant et ils peuvent être très forts, puissants, extraordinaires.


C'était la Saint Valentin, l'occasion de consommer ensemble, pas seulement au restaurant, ou pas...

D'ailleurs comme premier TVA en rapport avec cette fête, je vous ai trouvé ce trait d'humour:

"Si à la Saint Valentin tu n'es pas amoureux, ce n'est pas grave, à la Toussaint tu nes pas mort non plus."


Et je rebondis sur ce texte de Pierre Michon - dans Libération - qui parle de la mort et aussi curieusement de l'amour - et de l'écriture:

"J'ai eu une inhibition devant l'écriture toute ma vie, sauf dans les moments où ça se décoinçait. Et puis, coup sur coup, deux choses m'ont libéré. D'abord l'amour que j'éprouve depuis cinq ou six ans, avant que je ne tombe malade. Ensuite, j'ai fait l'expérience de celui qui va mourir d'ici très peu de temps. Depuis, je peux dire que je n'ai pas peur de la mort. C'est facile à dire, ça vous parait gratuit, mais c'est vrai.

Cette expérience de la mort et cet amour m'ont débarrassé de toute inhibition envers l'écriture. Je dirais presque de toute inhibition tout court. Je ressens un bonheur presque ininterrompu. C'est peut-être une forme bégnine de dégénérescence sénile, quand on dit "il retombe en enfance". Mais c'est une forme bégnine, je recommande à tout le monde de l'attraper."

 Pour revenir rapidement sur le "premier amour" et son "premier chagrin d'amour", le plus dur souvent, le psychothérapeute Nazyk Faugeras, nous explique dans un article dans Libération sur la Saint Valentin que "si le premier chagrin d’amour est aussi douloureux, c’est qu’il vient «raviver les souvenirs d’une relation très forte vécue antérieurement». Pas dans une autre vie, mais au tout début de celle-ci : «La relation entre la mère et le nourrisson». Resté «totalement inconscient, le conflit psychique lié à cette perte n’a pas été dénoué». Cette nouvelle séparation, ... fait exploser chez les protagonistes un méli-mélo d’émotions difficile à gérer : «attachement, amour, dépendance, haine, rancœur…»


Et avant de boucler sur la mort, non des fleurs mais des feuilles:


Feuilles pas fleurs - Photo: Robert Becker


Et donc, le mot de la fin dans la bouche - ou plutôt sous la plume - d'Olivier Cadiot dans son dernier livre Départs de feu:

"Au moment de mourir, on peut se dire que tout ce qu'on a fait contient aussi ce qu'on n'a pas fait. C'est formidable, non ?


Mais j'allais oublier, pour revenir à la Saint Valentin et pour le mettre en perspective avec les injonctions actuelles, en particulier la question du "consentement", je vous mets des extraits très éclairants sur ce sujet avec un point de vue original par une philosophe espagnole Clara Serra, à l'éclairage de l'expérience récente de leur pays. C'est un livre la Doctrine du consentement (la Fabrique, janvier 2025) dont Libération parle dans une article Le consentement, cet obscur objet du désir et je vous en offre quelques extraits:

"Le problème de cette vision «néolibérale» appliquée au désir, objecte Clara Serra, c’est qu’elle s’appuie sur une vision formelle et abstraite des libertés et des droits. Or, l’égalité face au consentement n’est que théorique, et gommer son inscription concrète et sociale, c’est gommer «la condition matérielle de la liberté de choisir» en réalité soumise à des rapports de domination et des inégalités que prendrait davantage en compte un projet d’émancipation réellement progressiste. Pour preuve, l’ancien acquiescement des femmes au mariage, qui était rarement «libre et éclairé».

...

Un paradoxe que pointe Clara Serra : «Penser la sexualité comme si nous étions sans cesse en situation de danger renforce l’image traditionnelle de fragilité, et finit par nous renvoyer au lieu que le patriarcat a toujours assigné aux femmes.»

...

"Pourtant, écrit l’universitaire anglaise Katherine Angel citée par Clara Serra, c’est dans l’interaction qu’émergent nos désirs ; nous ne savons pas toujours ce que nous voulons ; parfois, nous découvrons des choses que nous ignorions désirer ; parfois, nous ne découvrons ce que nous voulons qu’en le faisant. Cette réalité – nous ne savons pas toujours et nous ne pouvons pas toujours dire ce que nous voulons – doit être intégrée dans l’éthique du sexe, et non ignorée parce que gênante.» Position également partagée par Judith Butler qui écrit : «Ne pas savoir est inséparable de la sexualité même.»


Et pour clore en chanson, tout d'abord la chanson La Souterraine d'Emily Loizeau, vue il n'y a pas longtemps au PréO à Oberhausbergen:



Pour revenir aux amour adolescentes, au choix, soit pour quelques "jeunes", Grease avec John Travolta et Olivia Newton-Johns:


En remplacement: 



Pour un souvenir plus lointain, d'Yves Simon: Sur les bords d'la Moselle:

Attention surprise !


Sur les bords d'la Moselle

J'avais un amour
Qui m'faisait des quenelles
Des patates au four
J'avais quinze ans à peine et je brûlais
Les vieux navires de guerre qui coulaient

Bon, là c'est autrement:


Et là c'est encore différent, c'est le disque:



Et il faut bien que le premier amour parte... avec le Loup et Gérard Blanchard à Rock Amadour ?


Mon amour est parti avec le loup dans les grottes de Rock-Amadour
Je suis resté là comme deux ronds d'flipp enveloppé dans du papier hygiénique
Mon amour est parti avec le loup dans les grottes de Rock-Amadour
Moi je tricote des napperons avec le reste des nouilles grimpé sur le balcon

AMais il faut que mon amour pense à moi : Piensa en mi - de Luz Casal:




Bon Dimanche, bonne suite de Saint Valentin, jusqu'à la Toussaint...


La Fleur du Dimanche

vendredi 31 mai 2024

Christophe Feltz et Apollinaire: Lettres à Lou, un amour fou, un amour F. Lou - mise au point

 Qui n'a en son adolescence lu les Poèmes à Lou en rêvant de grand amour. Christophe Feltz aussi sûrement, mais c'est une lecture émouvante des Lettres à Lou par Jean-Louis Trintignant au Festival d'Avignon en 2005 qui a poussé notre comédien amoureux des poètes à garnir sa palette de ces lettres d'amour fou et insensé. Pour les replacer dans l'histoire, Guillaume Apollinaire dont la relation amoureuse agitée avec Marie Laurencin avait pris fin tombe amoureux au premier coup d'oeil de Lou - Louise de Coligny-Châtillon - près de Nice, il lui écrit le 28  septembre 1914 une lettre où il lui dit "vos grands et beaux yeux de biche m'avaient tant troublé que je m'en étais allé aussi tôt que possible afin d'éviter le vertige qu'ils me donnaient" - C'est vrai que ses yeux sont troublants. 


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Et c'est le début d'une longue relations où ils jouent au chat et à la souris - Lou se refuse puis s'offre généreusement puis reprend du recul tandis que Guillaume, ayant demandé à s'engager dans l'armée et à se faire naturaliser, après des classes à Nîmes, part sur le front en mars 1914. Il lui écrit toute une série de lettres qu'il lui demande de garder (pour publication). Leurs échanges se raréfient à partir de 1915, quand il rencontre Madeleine Pagès (avec qui il échange le 2 janvier 1915 lors d'un déplacement pour aller voir Lou et va même jusqu'à demander sa main - sans suite - à sa mère le 10 août 1915) et s'achèvent avec une dernière lettre le 18 janvier 1916.


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Ces lettres, superbes missives d'amour, mais aussi remémorations des exubérants moment passés ensemble, entre nostalgie et plaisirs partagés, atmosphères brumeuses ou moments intimes, mêmes des moment doux, d'autres érotiques, et il y est même question de schlague et de domination. Et puis encore de mort et de séparation, de la guerre et de l'oubli. Il est aussi question d'amour et de corps, de coeur et de regrets, de séparation et d'abandon. Tout cela, Christophe Feltz nous les offre dans ce nouveau spectacle qu'il présente dans la Salle Mozart du Munsterhof à Strasbourg. 


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Pour ce voyage, fait en commun, en plaisir partagé, puis qui sent la distance, l'angoisse de l'abandon, cette traversée d'une formidable histoire d'amour comme on peut les fantasmer - ou les vivre, au moins par procuration ou par délégation, Christophe Feltz nous emmène avec lui avec toute la sensibilité avec laquelle il arrive à nous transmettre ces lettres. Il nous les dit à fleur de peau, à fleur de sentiment, il nous dit l'amour, le plaisir, le manque, la souffrance, la nostalgie, la perte. Il nous dit le plaisir, les étreintes, les moments intimes, dans le langage imagé d'Apollinaire que l'on arrive à imaginer, un peu comme lui brossait des poèmes en calligrammes. Et dans ces paysages intimes ou ces élans fougueux, ces moment de répit, ces tableaux des tranchées, pas tristes cependant parce que "le lilas va fleurir" et les obus deviennent bague de fiançailles et "malgré tout, malgré toi, ;... je vois la vie en rose", l'amour est une consolation.


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Pour contribuer avec bonheur à la joie de ce voyage, c'est aussi l'accordéon de Marcel Loeffler qui ponctue, soir entre les textes soit en les accompagnant en douceur quelquefois avec des airs de Satie en variation gymnopédiques et serpentines, les doigts dansant allègrement sur son clavier. Et avec Satie, Ravel et autres mélodies de cette époque comme base d'improvisation, de magnifiques mélodies ponctuent et amènent respirations, échappées ou soutien à ces merveilleux textes. Pour conclure, en anaphores incantatoires qui s'éteignent au lointain, le souvenir de cet amour s'envole dans la nuit et une dernière improvisation du virtuose du piano à bretelle, Marcel chauffe la salle pour nous guérir de ces amours qui bien qu'heureux finissent mal, mais cela on le savait. On en a bien profité avant.


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche, 


dimanche 12 novembre 2023

Albert Strickler : Où vont les nuages ?

 Sa maison était au dessus du brouillard, près des nuages et il est parti ... définitivement.

Albert, l'ami d'enfance, celui qui aimait la forêt du Rhin, qui y revenait comme à ses anciennes amours.

Celui à qui le grand-père calfat avait fait découvrir la jungle des bras morts du Rhin

Celui qui est parti tutoyer l'horizon vaste et lumineux sur son échelle du ciel

Celui qui, jour après jour, nuit après nuit tissait en liens indélébiles les mots des uns et des autres avec les siens

Celui qui s'émerveillait des riens somptueux et chantait la nature et l'Homme, les femmes aussi..

Celui qui déployait une énergie au dessus de ses forces pour chanter et célébrer la poésie de la vie et des ami(e)s

Albert restera auprès de nombreux amis, lecteurs et lectrices comme une éphéméride des souvenirs, un almanach de la météo de nos sentiments

Son sourire brillera encore longtemps dans nos yeux, sa bonté nous réchauffera les jours de pluie

Sa joie de vivre ensoleillera les jours futurs

Et sa faconde nous racontera encore mille histoires en poèmes ou en prose.


Il avait participé au bouquet des Fleurs Fabuleuses, le livre d'artiste de Robert Becker et Dominique Haettel et avait choisi, en troubadour facétieux, la photo de l'Iris qui tire la langue, devenu masque vénitien et je vous l'offre - à lui aussi par dessus les nuages, ainsi que le texte qu'il avait avec sa faconde et sa fantaisie habituelle rédigé dès qu'il avait eu la proposition à laquelle il avait bien sûr répondu sans hésiter. 




Le carnaval de Venise avait lieu cette année-là en automne. On avait asséché la plupart des canaux, sauf un qui servit d’immense soliflore pour une fleur fabuleuse, afin d’élargir les zones piétonnes.
Une magnifique gondole sur roulettes – en fait, une espèce de cercueil en forme de brouette – avait valu à son concepteur le premier prix du concours Lépine.
Les Vénitiens et les touristes qui les avaient rejoints en masse, et en masques, était plus fous que jamais, en dépit du manque d’eau dû au curage évoqué.
Et la faune, ni plus ni moins que la flore d’ailleurs, n’était de loin pas en reste. Car les loups, comme sortis des bois de l’hiver, se mêlèrent vite aux masques aussi.
Un vieux Doge, costumé en vieille chouette, à la main un sceptre en forme de trompe d’éléphant orné d’un sourire de lune malicieuse, et bombant d’orgueil la poitrine quoique mort, s’était en même temps travesti en sirène de proue ornant son propre corbillard.
Le plus intrigant  étant qu’il paraissait se multiplier au fur à mesure qu’il fendait les flots à sec.
Moi qui avais appris à danser la valse sur le sirupeux mouvement de l’été de Vivaldi, je profitai de la zizanie ambiante pour retourner sur la tombe de Stravinsky et y déposer mon bouquet qui sacre traditionnellement le printemps.
Quand j’en revins du cimetière San Michele, je croisai Claudia, la seule qui ne fût ni maquillée ni même habillée.
«  - Qu’est-ce que tu fous là, à poil ?
 -Si je me suis costumée en nue, c’est qu’on n’a pas de temps à perdre. Tu es bien sûr le seul à ne pas savoir que nous sommes confinés.
Viens, je nous ai déniché un superbe palais près de La Fenice.  On se met sous la couette, c’est quand mieux que de se voler dans les plumes, non ! »
Le temps d’enregistrer sa proposition – il y a moins alléchant ! – et un nombre incroyable de ses clones sortirent de son dos comme des anges pour aller puiser dans le corbillard du doge des fleurs de toutes  sortes et les jeter, avec force clins d’œil, hors de leur char, comme jadis, chez nous, les jeunes filles lors de la Fête-Dieu.
"


Vous pouvez le revoir dans l'émission Rund Um  il parle de cette expérience ici:




Lui qui aimait le jaune m'avait sollicité pour la photographie de couverture de son "Journal du Confinement" Un silence icandescent pour une photo de genets, moi qui venait du "Pays ancien", entre Moder et Rhin. Je venais juste de capturer un couple de papillons, prise dont j'étais très fier et qu'il a finalement préféré aux joncs traditionnels qui n'étaient plus son environnement au Tourneciel où il avait été confiné. 





Dans son tout premier journal en "Il a plu sur les cerises - Journal Printemps 1995" le 24 mars 1995, Albert disait: "Et si la tenue d'un Journal n'était qu'une forme d'accompagnement à la mort !
Il l'a accompagnée pas assez longtemps... La veille de son anniversaire il faisait le bilan de mi-temps et "intégrait les "inconnus" que sont une balle perdue, un platane dans un virage ou tout simplement un refus du coeur".

D'ailleurs pour son dernier journal "Boiter jusqu'au ciel - Journal 2022", il avait noté au 1er janvier:
"J'ai mis Journal 2022 et suis reparti!"

Parti où ? Là où vont les nuages ?

Où vont les nuages
Une fois qu'ils ont saigné
Tout leur sang
Une fois qu'ils ont sué
Toute leur eau
...

Où vont les nuages
Si ce n'est d'échouer 
Comme d'immenses baleines
sur une lointaine plage du ciel
...

Nous le laissons sur ce chemin et gardons dans notre coeur les très bons moments passés ensemble, en vrai et avec ses livres.


La Fleur du Dimanche

Nous partagerons avec sa famille et ses amis notre peine le lundi 13 novembre en l'église Saint Georges à Sélestat




Le dimanche 19 novembre à 15h00 aura lieu également un hommage au CINE Bussière. Aline Martin et Pierre Rich liront les poèmes d’Albert Strickler écrit spécialement pour le livre de Michel Friz "L’alphabet des hirondelles” suite à la conférence sur les hirondelles de Pierre Hieber,  guide naturaliste chevronné et Michel Friz. plus d'info ici:
 

dimanche 20 août 2023

Une page blanche, un tableau blanc, ou noir, une ardoise pour laisser parler les images et poser les mots derrière

 On peut considérer ce billet qui fait écho au dernier, écrit à l'Ascension, maintenant que l'Assomption est passée, comme un grand silence, un espace blanc, une page qui laisse vos pensées errer, aller leur chemin.

Je ne pensais pas, en disant alors dans le titre "Partir à l'Ascension" que je ne reviendrai pas de sitôt, en tout cas avec un billet "du dimanche".

Je ne pensais pas non plus, juste un an après l'exposition des "Fleurs Fabuleuses" en Bourgogne, à la Rebondie, que j'aurais à vous annoncer une nouvelle exposition, avec un travail tout à fait différent, qui mûrit depuis plus de quatre ans.

Il mûrit et nourrit souvent ces pages dominicales avec les TVA que je distille au fil des billets. Mais c'est un autre chemin, une autre approche, un "détournement", un renversement presque, que je vais vous proposer. Bien sûr, il sera dans le fil de mes réflexions et pérégrinations mentales et textuelles, en rapport avec des images et des mots: interroger justement ce rapport et ces mots, ce qu'elles - les images - et ils - les mots, peuvent bien vouloir se dire, vous dire, pour aller plus loin, et par étapes.

En fait je ne vais pas vous dire beaucoup plus, peut-être un tout petit peu à la fin, après les fleurs du jour que je trouve tout à fait de circonstance, et une photo - image teaser de ce qui a fait que ce projet se soit concrétisé là, maintenant.


La fleur du dimanche 20 août 2023 - Photo: lfdd

La deuxième va dans le même sens du souvenir, de la mémoire, de l'enfance et de ....  à vous de compléter.


Fleurs du dimanche 20 août 2023 - Photo: lfdd

A moi, elle me font penser à de grandes gerbes de lumière qui partent en feu d'artifice, tout comme les synapses du cerveau pourraient fuser sous la boîte crânienne à essayer de faire des liens, des relations, comme l'on en a dessinées sur le tableau noir de notre enfance en essayant de comprendre le monde, que ce soit le monde physique, chimique, botanique, mathématique, philosophique ou inventé, romancé, imaginaire. Alors je vous donne rendez-vous très bientôt pour faire "tourner vos méninges".


Et je vous offre en avant-première une première surface pour vous entraîner:


Ardoise - Derrière l'image - sans titre (avant l'image) - Photo: lfdd


Donc, comme je vous l'avais promis, et que vous l'avez peut-être deviné, le projet a a voir avec des "ardoises" et se nomme "Derrière l'image".... La suite très bientôt.



.
Bon Dimanche

La Fleur du Dimanche


vendredi 7 juillet 2023

Derrière l'image - 20230707 - L'Annunciata - Peindre avec les mots

 Catalogue des oeuvres : Derrière l'Image - Oeuvre N° 1 

DLI_20230707_LMDL_202300707_3_Annunciata_Peindre_avec_les_mots     


Sources: 

Le Monde des Livres - 7 juillet 2023 - Page 3-4 - L'Annunciata - Antonello de Messine - Croquis palermitains avec Vierge - Fabrice Gabriel - Peindre à Palerme - Yvan Chaudouet


Oeuvre - Ardoise:

Face:


Dos :


Dos ouvert :



Texte Final


Il arrive que les livres aient besoin d'un peu de lenteur.

Regarder. … être capable de prendre le temps.

Un portrait n'est qu'un support mais sans lui tu n'es rien.

Ne pas peindre avec les mots.

… ne pas écrire. « rédiger ».

Langue de coton

écriveron.



Texte intermédiaire:



Il arrive que les livres aient besoin d'un peu de lenteur. F.G.

Fisch à rendez-vous avec L'Annonciation, d'Antonello de Messine (1475), qui l'attend au musée du Pallazzo Abatellis, à deux pas du port de Palerme. Il s'y présente donc, et le tableau - une célèbre Vierge au voile bleu - lui parle littéralement.  F.G.

Je reste ? Au moins un moment. Repartir pour aller où ? Alors pour l'instant je resterai. Regarder. J'ai pu prendre la route, je devrais être capable de prendre le temps. Toutes les mues sont tombées. Je retournerai voir le tableau. Je regarderai la mer et les parcs, les gens et les rues Y.C

L'auteur réinvente la tradition ancienne du "voyage en Italie". F.G.

Un portrait n'est qu'un support mais sans lui tu n'es rien. Si le modèle est absent, aucun stimulus de peinture valable ni suffisamment durable. L'histoire est tout entière contenue dans l'être.  Y.C.

Au bout d'une demi-heure, grâce à la concentration induite par son travail Fisch parvient à s'affranchir complètement du regard de reptile de Frederico. Son propre regard peut à présent se porter sur la zone glacée des yeux du modèle sans s'embourber dans d'autres considérations, sans y voir autre chose que des fentes ménagées dans la chair devenue sujet, c'est-à-dire formes et couleurs précises. Fisch se répète sans cesse une phrase d'Annunciata : ne pas peindre avec les mots. Ce qu'il voit ne sont plus des yeux, des cils, des paupières, un nez, des lèvres, des poils, mais des masses et des vides dont les couleurs s'interpénètrent en fonction des jeux de la lumière.  Y.C.


Projet Wotan - Joëlle Stolz - Pas d'espace intersidéral pour Lutz Kayser - Denis Cosnard: 

Des rêves d'apesanteur qui les ont fait vibrer tant d'années, de la petite fortune qu'ils ont cru accumuler, des amis puissants qui les ont protégés puis lâchés, ne subsiste presque plus rien. D.C.

La Rédactrice - Michèle Cohen - Sans plus de platitude - Raphaëlle Leyris

Comment imaginer un destin littéraire quand vous escorte le cuisant souvenir d'un commentaire professoral sanctionnant votre style "d'une platitude gênante"? En semblant surtout ne pas s'y employer. En rusant. En prenant garde à ne pas écrire. Tout au plus à rédiger. R.L.

A 20 ans, j’ai fait connaissance de l’écriture radiophonique et sa grammaire de base, combinatoire de voix/musique, voix/bruitage, voix/silence, voix/voix, musique/bruitage et musique/silence : et encore ruptures, cadences, durée, espace, écho, réverbération, tout ce dont disposait l’outil radiophonique pour inventer une forme, un fond, du texte, de l’écriture, un style.

Où se rencontrent liberté et savoir-faire – attention, pas « habileté », un terme qui la chiffonne

Langue de coton

C'est en écrivant que l'on devient écriveron. Raymond Queneau.

Les débuts – par où recommencer ? – Claire Marin – Roger-Pol Droit

Aventure grandiose ou infime, tout se joue et s’annonce depuis le début. Mais comment sait-on qu’une nouvelle vie commence ? Il se pourrait qu’on ne discerne un début qu’en le reconstituant.

Le catalogue complet des oeuvres "Derrière l'image" est disponible ici:

Catalogue des oeuvres "Derrière l'Image"



jeudi 18 mai 2023

Partir à l'Ascension et se demander si le retour est son antonyme

 En ce jeudi de l'Ascension (quarante jours après Pâques), nous allons jouer avec les mots et surtout les interroger avec Céline Flécheux.

On ne va pas jouer aux mots fléchés, mais ça peut servir. On va aussi décliner les roses:

Cas         Singulier     Pluriel
Nominatif rosa     rosae
Vocatif         rosa     rosæ
Accusatif rosam             rosās
Génitif         rosæ             rosārum
Datif rosæ             rosīs
Ablatif         rosā     rosīs


Ou plutôt les églantines:  la rose:

Eglantine - Photo: lfdd



Avant de s'interroger sur l'antonyme de "partir", comme c'est la saison de livraison de nouveaux mots du dictionnaire, pour augmenter votre vocabulaire, passons en revue quelques-uns.
Un de ceux que j'espère qu'il fera long feu (c'est à dire qu'il ratera la marche du succès) c'est le covidé.
On pourrait croire que c'est un étrange croisement entre le bovidé et le corvidé, et rien à voir avec les cervidés, mais il est né il y a trois ans et a ressurgi dans l'actualité grâce au Giro.
Il y a quelques mots qui portent vers des états anxieux ou la méfiance comme l'écoanxiété ou encore la glottophobie ou la grossophobie à ne pas confondre; le premier étant une discrimination linguistique par rapport à la langue ou l'accent et la deuxième à trait au poids. Il y a aussi le cyberharcèlement et le wokisme - un terme qui est plutôt utiliser pour se moquer de ceux qui pourraient l'être; "éveillés"  ou "conscient des problèmes liés à la justice sociale et à l'égalité raciale". Allez savoir...

Déclinaison des églantines:  la rose:

Eglantine - Photo: lfdd



Il vaut mieux être en PLS, autre nouveau mot qui signifie  PLS (Position Latérale de Sécurité) et qui vient du secourisme mais qui a migré dans la langue de la téléréalité avec des candidats que disent qu'ils sont en PLS, c'est-à-dire qu'ils sont choqués ou qu'ils ne se sentent pas bien. 
Il vaut mieux "chiller", un verbe synonyme de se reposer, se détendre. 
Et surtout se méfier des "brouteurs", un mot d’origine ivoirienne désignant une personne pratiquant de nombreuses arnaques sur les réseaux sociaux, de manière illégale. Il y a aussi, en langage de réseau sociaux, les trolls mais sont-ils rentrés dans le dictionnaire?
En abréviation empruntée à l'anglais il y a aussi les NFT - Non Fungible Token, désigne un fichier numérique non reproductible et doté d’un certificat d’authenticité, concernant une œuvre de type morceau de musique, texte, œuvre d’art, etc.  Il est traduit en français par Jeton Non Fongible (JNF). Nous sommes curieux devoir comment cela va évoluer, si c'est comme le métavers ou plutôt comme les cryptomonnaies...

Décliner des églantines:  la rose pâle:

Eglantine - Photo: lfdd



En tout cas, ce qui est sûr c'est que l'on appelle maintenant l'IA - l'Intelligence Artificielle semble avoir le vent en poupe et se répand comme une trainée de poudre. La preuve en est avec Karin Marjorie, une influenceuse qui a utilisé l'IA pour se créer un "double virtuel" qu'elle utilise pour dialoguer avec ses fans - plus de 2 millions d'abonnés sur Snapchat et 200.000 sur Instagram. Discuter avec son double revient à 1 $ la minute...

Vous pouvez toujours yodler, maintenant que le terme est (enfin?) entré dans le dictionnaire.


Décliner les églantines:  la rose pâle:

Eglantine - Photo: lfdd


Mais passons aux choses sérieuses avec Céline Flécheux. Dans son livre Revenir. L'épreuve du retour, elle s'interroge sur le "retour" des tous ces héros ou autres personnages qui tous sont partis. Tous ces "flâneurs, voyageurs, touristes, pèlerins, excursionnistes, globetrotteurs, explorateurs, vagabonds, aventuriers ou, dans des cas plus dramatiques, migrants, exilés, expatriés, réfugiés… " comme les qualifie Robert Maggiori dans l'article «Revenir» a plus d’un retour dans son sac" dans Libération du 18 mai. Il continue:
"Le départ (la partance comme on dit plus rarement) et le trajet lui-même (traversée, vol, promenade à pied, à vélo…) sont si clairs qu’ils attirent tous les regards.
On en retrouve la description détaillée dans des milliers de romans, essais, récits,
documentaires, films, expositions… Mais qu’en est-il des retours ?"
Et donc:
"Chacun sait que, partis de Palos de la Frontera, Christophe Colomb et les marins de la Pinta, de la Niña et de la Santa Maria, arrivent en «Nouvelle Inde». Comment en sont-ils revenus ? On n’a même pas de nom pour désigner ceux qui entreprennent le voyage de retour. Ils feraient tourner les tables ou hanteraient des châteaux s’ils étaient des revenants. Ils n’auraient aucune initiative ou responsabilité s’ils étaient, par besoin ou de force, rapatriés. Ils changeraient d’avis comme tourne la girouette s’ils étaient des retourneurs (de paletot). Pas de mot, pas de chose ? Il serait outrancier de le dire, mais à strictement parler, on ne peut, de revenir, faire le contraire de partir : partir, c’est s’aventurer, aller vers «ce qui est à venir» - comme les phrases d’un texte qu’on écrit sur un écran, qui peu à peu «occupent» l’espace blanc du bas de la page et le font «advenir» ; mais revenir, lui, ne va pas vers le futur, pas plus que la flèche de la souris qui «remonte» le texte pour s’arrêter aux lignes déjà écrites, «passées»."


Décliner des églantines:  la blanche:

Eglantine - Photo: lfdd



Donc, si "Pour partir et revenir on traverse l’espace, mais si partir crée le temps à venir, revenir ne peut le prendre à rebrousse-poil, et ne crée que douleur de ce qui ne reviendra plus - à moins que le retour ne (re) trouve la vertu du (re) commencement. Le retour est toujours une «épreuve».
Car, comme le constate Céline Flécheux: "Pourquoi la silhouette laissée en creux par celui qui est parti ne correspond-elle plus au gabarit de celui qui revient ? 
C’est sur ce dédoublement, cette dissymétrie, ce changement de corps propres à l’épreuve du retour que je souhaiterais que nous nous concentrions, plutôt que sur une histoire
des différentes figures du retour dans l’histoire de la philosophie.»
Et de conclure que dans le "retour" ce n'est pas tant le "voyage" qui est difficile, mais le retour de soi à soi, parce qu'au pire il n'y a plus "ni place ni maison où trouver refuge".

Décliner les églantines blanches et les faire s'envoler:

Eglantine - Photo: lfdd



Et pour finir en chansons; d'abord partir, avec Julien Clerc:



Puis avec Alain Barrière:



Faisons un crochet par Michele Bernard à défaut de "Partir, revenir" pas trouvé, "Qui a volé les mots



Et pour faire l'aller-retour, une petit tour avec Claude Lelouch, vous sous souvenez "Partir, Revenir", à voir jusqu'au bout (ça vous rappellera peut-être un autre film...)



Et puis revenir avec, tout d'abord Martin Luminet:



Et puis avec Raphael qui nous dit Je suis revenu



Et pour finir, je vous offre le clip qui est en totale adéquation avec le TVA: Il va revenir 




Bonne Ascension

la Fleur du Dimanche