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dimanche 16 février 2025

Valentin et le désossé: Eros et Thanatos, l'amour et l'amor

 Pour la Saint Valentin, on pense à l'amour, et l'amour appelle les fleurs, alors, je vous offre quelques fleurs

Des clématites sauvages, clématites des haies ou vigne blanche, clematis vitalba pour vous:


Clematis Vitalba - Photo: Robert Becker


Sauvage comme l'amour, le premier, le primitif, celui dont on se souvient, qui nous marque. Vous, vous en souvenez-vous, vous a-t-il marqué ?

C'est le premier, ce n'est pas forcément le plus puissant - j'en connais pour qui c'est le seul - mais il y en a tant et ils peuvent être très forts, puissants, extraordinaires.


C'était la Saint Valentin, l'occasion de consommer ensemble, pas seulement au restaurant, ou pas...

D'ailleurs comme premier TVA en rapport avec cette fête, je vous ai trouvé ce trait d'humour:

"Si à la Saint Valentin tu n'es pas amoureux, ce n'est pas grave, à la Toussaint tu nes pas mort non plus."


Et je rebondis sur ce texte de Pierre Michon - dans Libération - qui parle de la mort et aussi curieusement de l'amour - et de l'écriture:

"J'ai eu une inhibition devant l'écriture toute ma vie, sauf dans les moments où ça se décoinçait. Et puis, coup sur coup, deux choses m'ont libéré. D'abord l'amour que j'éprouve depuis cinq ou six ans, avant que je ne tombe malade. Ensuite, j'ai fait l'expérience de celui qui va mourir d'ici très peu de temps. Depuis, je peux dire que je n'ai pas peur de la mort. C'est facile à dire, ça vous parait gratuit, mais c'est vrai.

Cette expérience de la mort et cet amour m'ont débarrassé de toute inhibition envers l'écriture. Je dirais presque de toute inhibition tout court. Je ressens un bonheur presque ininterrompu. C'est peut-être une forme bégnine de dégénérescence sénile, quand on dit "il retombe en enfance". Mais c'est une forme bégnine, je recommande à tout le monde de l'attraper."

 Pour revenir rapidement sur le "premier amour" et son "premier chagrin d'amour", le plus dur souvent, le psychothérapeute Nazyk Faugeras, nous explique dans un article dans Libération sur la Saint Valentin que "si le premier chagrin d’amour est aussi douloureux, c’est qu’il vient «raviver les souvenirs d’une relation très forte vécue antérieurement». Pas dans une autre vie, mais au tout début de celle-ci : «La relation entre la mère et le nourrisson». Resté «totalement inconscient, le conflit psychique lié à cette perte n’a pas été dénoué». Cette nouvelle séparation, ... fait exploser chez les protagonistes un méli-mélo d’émotions difficile à gérer : «attachement, amour, dépendance, haine, rancœur…»


Et avant de boucler sur la mort, non des fleurs mais des feuilles:


Feuilles pas fleurs - Photo: Robert Becker


Et donc, le mot de la fin dans la bouche - ou plutôt sous la plume - d'Olivier Cadiot dans son dernier livre Départs de feu:

"Au moment de mourir, on peut se dire que tout ce qu'on a fait contient aussi ce qu'on n'a pas fait. C'est formidable, non ?


Mais j'allais oublier, pour revenir à la Saint Valentin et pour le mettre en perspective avec les injonctions actuelles, en particulier la question du "consentement", je vous mets des extraits très éclairants sur ce sujet avec un point de vue original par une philosophe espagnole Clara Serra, à l'éclairage de l'expérience récente de leur pays. C'est un livre la Doctrine du consentement (la Fabrique, janvier 2025) dont Libération parle dans une article Le consentement, cet obscur objet du désir et je vous en offre quelques extraits:

"Le problème de cette vision «néolibérale» appliquée au désir, objecte Clara Serra, c’est qu’elle s’appuie sur une vision formelle et abstraite des libertés et des droits. Or, l’égalité face au consentement n’est que théorique, et gommer son inscription concrète et sociale, c’est gommer «la condition matérielle de la liberté de choisir» en réalité soumise à des rapports de domination et des inégalités que prendrait davantage en compte un projet d’émancipation réellement progressiste. Pour preuve, l’ancien acquiescement des femmes au mariage, qui était rarement «libre et éclairé».

...

Un paradoxe que pointe Clara Serra : «Penser la sexualité comme si nous étions sans cesse en situation de danger renforce l’image traditionnelle de fragilité, et finit par nous renvoyer au lieu que le patriarcat a toujours assigné aux femmes.»

...

"Pourtant, écrit l’universitaire anglaise Katherine Angel citée par Clara Serra, c’est dans l’interaction qu’émergent nos désirs ; nous ne savons pas toujours ce que nous voulons ; parfois, nous découvrons des choses que nous ignorions désirer ; parfois, nous ne découvrons ce que nous voulons qu’en le faisant. Cette réalité – nous ne savons pas toujours et nous ne pouvons pas toujours dire ce que nous voulons – doit être intégrée dans l’éthique du sexe, et non ignorée parce que gênante.» Position également partagée par Judith Butler qui écrit : «Ne pas savoir est inséparable de la sexualité même.»


Et pour clore en chanson, tout d'abord la chanson La Souterraine d'Emily Loizeau, vue il n'y a pas longtemps au PréO à Oberhausbergen:



Pour revenir aux amour adolescentes, au choix, soit pour quelques "jeunes", Grease avec John Travolta et Olivia Newton-Johns:


En remplacement: 



Pour un souvenir plus lointain, d'Yves Simon: Sur les bords d'la Moselle:

Attention surprise !


Sur les bords d'la Moselle

J'avais un amour
Qui m'faisait des quenelles
Des patates au four
J'avais quinze ans à peine et je brûlais
Les vieux navires de guerre qui coulaient

Bon, là c'est autrement:


Et là c'est encore différent, c'est le disque:



Et il faut bien que le premier amour parte... avec le Loup et Gérard Blanchard à Rock Amadour ?


Mon amour est parti avec le loup dans les grottes de Rock-Amadour
Je suis resté là comme deux ronds d'flipp enveloppé dans du papier hygiénique
Mon amour est parti avec le loup dans les grottes de Rock-Amadour
Moi je tricote des napperons avec le reste des nouilles grimpé sur le balcon

AMais il faut que mon amour pense à moi : Piensa en mi - de Luz Casal:




Bon Dimanche, bonne suite de Saint Valentin, jusqu'à la Toussaint...


La Fleur du Dimanche

dimanche 5 janvier 2025

Catherine Ringer à la MAC à Bischwiller: La Volupté de la Vie

 Quatorze ans après la fin des Rita Mitsouko, revoila Catherine Ringer en concert à Bischwiller à la MAC, ou plutôt en spectacle dans L'érotisme de vivre. Il ne faut pas s'attendre au groupe mythique qu'elle avait créé en 1979 avec son compagnon Fred Chichin et les 11 disques et nombreuses chansons dont certaines sont devenues des tubes des année 80 et après, dont Andy ou Le Petit Train. Non, pour cette fois, Catherine Ringer fait dans la sobriété.


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker


C'est un piano à queue noir qui nous accueille sur la scène, à gauche, avec Grégoire Hetzel, qui l'accompagne et qui a composé la musique. Il introduit le spectacle, doucement, avec d'agréables mélodies modernes et calmes. Puis Catherine apparaît dans une belle et longue robe rouge feu et n ous interprète, quelquefois en les lisant, quelquefois en les introduisant par de courtes mélodies presque ritournelles, des poèmes ou des pages du journal de la poétesse Alice Mendelsohn. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Celle-ci était professeur de français et n'avait rien publié avant ses 90 ans. Son père est mort en déportation pendant la guerre. Elle et sa mère s'en sont sorties. Elle a écrit dès après la guerre et Catherine Ringer nous lit des extraits de ces feuilles secrètes qu'elle publie à 95 ans en 2022. Rythmées par les dates, ou ponctuées de "sans date" que le public accueille avec des rires, passent les moments de vie, des observations dans la rue, des réflexions sur les observations au fil du temps, la célébration de l'amour, le vrai, le physique, le corps, le sien, celui des autres, découverts, aimés, loués, célébrés dans la joie et le plaisir. Le plaisir de répondre, même à des âges avancés à ses envies de vivre et de partager la douceur et la puissance de la relation. Les mots sont simples, tendres, choisis. On y sent l'amour de l'autre, l'acception de soi. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Le désir pointe, déjà dans la mémoire du salon de coiffure paternel à Paris, où elle, "la fille qui bouillonne" est fascinée par la peau, les sens. La beauté est louée -  "belle, pour toi je suis belle" - les échanges se font par le regard - "à te voir entrer, mes yeux te font l'amour" - mais a distance est vite bannie - "dans nos main dans nos yeux, un seul corps pour nous deux" et le corps de l'homme passe au "tamis de la langue".


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Il y a beaucoup de tendresse qui passe dans les mots dit et aussi dans ce que l'on peut imaginer, la tendresse et le plaisir sont célébrés, avec joie. La liberté aussi, on sent que les plaisirs sont multiples, les hommes et les relations aussi. Et au fur et à mesure que le temps passe dans les textes, des années cinquante, puis soixante,  même après quatre-vingt, même en maison de convalescence et même dans les années deux mille cette énergie vitale reste forte. Au point de dire "à quatre-vingt-treize ans, il fait avoir la vice de la joie


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Catherine Ringer assure totalement cette image de femme qui incarne le désir et les sens en joie, elle qui a eu également un vie sans barrières. Sur scène, elle personnifie ce désir dans sa robe rouge, sa natte de côté, complice avec la public, en dialogue avec le pianiste, l'accompagnant un moment sur une mélodie au synthé, le laissant poser des respirations, dansant sur un air de java ou au rythme de la mélodie. Et également en laissant également vivre et se déployer ces morceaux choisis, ces morceaux de vie qui débordent de tendresse et de force et qui posent la femme maitresse de sa destinée et de ses choix. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Les spectatrices, nombreuses dans la salle en prennent de la graine. Ce portrait de femme qui s'assume jusque dans ses vieux jours, posé par petites touches, se construit sur une petite heure pour dire "le temps trop court" dans la joie, la tendresse et le désir. Par la voix unique de Catherine Ringer la joie de vivre et la volonté de " ne jamais bâcler de vivre" se transmet au public qui ne peut qu'y adhérer. Et y trouver y trouver un réel plaisir. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Plaisir qui se double sous une autre forme, tout aussi agréable quand, en guise de bis la chanteuse offre à la salle trois chansons qui prouvent qu'elle est aussi un grande chanteuse et interprète autant de Mouloudji  "Marcel"  quand il célèbre la rencontre dans "Un  jour tu verras" de circonstance. 


Catherine Ringer - L'érotisme de Vivre - Photo: Robert Becker

Egalement dans l'esprit du spectacle, la chanson de Georges Brassens "Je me suis fait tout petit" et bien sûr, tout honneur au groupe Les Rita Mitsouko, la chanson fort à propos "Triton".

On ne peut pas dire que cela se termine pas par une "queue de poisson"....

Alors je vous offre en prime le clip original:




La Fleur du Dimanche


P.S. Une pensée à Alice Mendelsohn qui a célébré la vie, l'amour et la joie et qui s'est éteinte la veille du concert à presque cent ans - elle était née en 1925. Les conjonctions....

mardi 5 novembre 2024

Inconditionnelles au TNS: Kae Tempest en liberté à dorer

 Nous avions gardé de Dorothée Munzyaneza un très bon souvenir de chorégraphe lors de son passage à Pôle Sud pour le Focus Carte Noire avec le Maillon et sa pièce Mailles consacrée à la parole de femmes d'Afrique. Avec Inconditionnelles elle s'intéresse à Kae Tempest, poète anglais.e non binaire dont elle met en scène la pièce Hopelessly Devoted qu'elle a traduit et qu'elle a eu envie de mettre en scène.


Inconditionnelles - Dorothée Munyaneza - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Cela commence par un beau poème dans une langue imagée et riche. Nous sommes dans un décor sobre et symbolique que Camille Duchemin a réduit à l'essentiel de son sens: des quadrillages faisant penser à des grilles de fenêtres qui marquent le sol. L'espace se divise en deux et l'on passe de l'un à l'autre par des sas qui s'ouvrent sur le mur noir du fond.


Inconditionnelles - Dorothée Munyaneza - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Le premier, une cellule dans laquelle se fera l'essentiel de la rencontre, le rapprochement des deux femmes, Serena et Chess, et le deuxième, l'espace de "récupération" où Chess va se retrouver elle-même, découvrir sa vérité profonde et sa part créative, son expression vitale grâce à l'accompagnement de Silver. Ces deux espaces, tout comme les personnages sont appelés à changer. Le premier, dévoilant au fur et à mesure le message sous-terrain, l'écriture de Chess qui jaillit littéralement de dessous les barreaux pour s'étendre au fur et à mesure sur le sol de la cellule et même débordant sur le deuxième espace. 


Inconditionnelles - Dorothée Munyaneza - Photo: Christophe Raynaud de Lage


Que ce soit par la scénographie (intéressant travail sur ces espaces de Camille Duchemin) ou la mise en scène - et par les raccourcis des passages d'un espace à l'autre, d'un état à l'autre, le récit garde une bonne dynamique. De même la dynamique des corps, que ce soit par leurs chorégraphies (où transparait le savoir-faire de Dorothée Munzyaneza) et la qualité gestuelle de Bwanga Pilipili mais surtout de Grace Seri qui interprète Chess, et également ses attitudes et gestes plus proches du dérèglement, de la déraison, peut-être un peu moins convaincants, nous rend ces personnages crédibles et l'on arrive bien à suivre leurs trajectoires vers une dépossession et un repli presque funeste qui atteint son summum chez Chess dans cette position catatonique et éprouvante pour le spectateur après sa tentative de suicide. 


Inconditionnelles - Dorothée Munyaneza - Photo: Christophe Raynaud de Lage

Le récit nous présente ainsi les rêves et les espoirs que crée d'une part cet amour naissant et la découverte pour Chess d'une expression poétique et musicale grâce aux séances avec Silver, qui ne manquent pas de rebondissements. Et il ne nous cache rien des déceptions liés à la douleur de la séparation, aux doutes et au désespoir qui en résultent dans des scènes intelligemment mises en espace. Un espace qui change et se dévoile au fil du récit dans une beauté formelle tout en couleurs franche et fortes, de même que les costumes (superbes de Lila John) qui nous font presque croire à un défilé de mode dans une prison - surtout pour les vêtements de Silver (Sondos Belhassen). Mais nous sommes presque dans un conte de fée, pour preuve la fin éblouissante et puissante qui nous transporte ailleurs. Un rêve que le public semble totalement apprécier. Tout comme la musique composée par Dan Carey et Ben LaMar Gay. 

 

La Fleur du Dimanche


Inconditionnelles

Au TNS Strasbourg du 5 au 15 novembre 2024

Aux Théâtre des Bouffes du Nord à Paris du 20 novembre au 1er décembre 2024 

Texte Kae Tempest
Musique Dan Carey
Traduction et mise en scène Dorothée Munyaneza
Arrangements et création sonore Ben LaMar Gay
Scénographie et lumières Camille Duchemin
Costumes Lila John
Assistanat à la mise en scène Lisa Como
Stagiaire assistanat à la mise en scène Eva Zuliani
Coordination artistique Virginie Dupray

Avec

Sondos Belhassen Silver 

Bwanga Pilipili Serena

Davide-Christelle Sanvee La gardienne

Grace Seri Chess

vendredi 31 mai 2024

Christophe Feltz et Apollinaire: Lettres à Lou, un amour fou, un amour F. Lou - mise au point

 Qui n'a en son adolescence lu les Poèmes à Lou en rêvant de grand amour. Christophe Feltz aussi sûrement, mais c'est une lecture émouvante des Lettres à Lou par Jean-Louis Trintignant au Festival d'Avignon en 2005 qui a poussé notre comédien amoureux des poètes à garnir sa palette de ces lettres d'amour fou et insensé. Pour les replacer dans l'histoire, Guillaume Apollinaire dont la relation amoureuse agitée avec Marie Laurencin avait pris fin tombe amoureux au premier coup d'oeil de Lou - Louise de Coligny-Châtillon - près de Nice, il lui écrit le 28  septembre 1914 une lettre où il lui dit "vos grands et beaux yeux de biche m'avaient tant troublé que je m'en étais allé aussi tôt que possible afin d'éviter le vertige qu'ils me donnaient" - C'est vrai que ses yeux sont troublants. 


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Et c'est le début d'une longue relations où ils jouent au chat et à la souris - Lou se refuse puis s'offre généreusement puis reprend du recul tandis que Guillaume, ayant demandé à s'engager dans l'armée et à se faire naturaliser, après des classes à Nîmes, part sur le front en mars 1914. Il lui écrit toute une série de lettres qu'il lui demande de garder (pour publication). Leurs échanges se raréfient à partir de 1915, quand il rencontre Madeleine Pagès (avec qui il échange le 2 janvier 1915 lors d'un déplacement pour aller voir Lou et va même jusqu'à demander sa main - sans suite - à sa mère le 10 août 1915) et s'achèvent avec une dernière lettre le 18 janvier 1916.


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Ces lettres, superbes missives d'amour, mais aussi remémorations des exubérants moment passés ensemble, entre nostalgie et plaisirs partagés, atmosphères brumeuses ou moments intimes, mêmes des moment doux, d'autres érotiques, et il y est même question de schlague et de domination. Et puis encore de mort et de séparation, de la guerre et de l'oubli. Il est aussi question d'amour et de corps, de coeur et de regrets, de séparation et d'abandon. Tout cela, Christophe Feltz nous les offre dans ce nouveau spectacle qu'il présente dans la Salle Mozart du Munsterhof à Strasbourg. 


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Pour ce voyage, fait en commun, en plaisir partagé, puis qui sent la distance, l'angoisse de l'abandon, cette traversée d'une formidable histoire d'amour comme on peut les fantasmer - ou les vivre, au moins par procuration ou par délégation, Christophe Feltz nous emmène avec lui avec toute la sensibilité avec laquelle il arrive à nous transmettre ces lettres. Il nous les dit à fleur de peau, à fleur de sentiment, il nous dit l'amour, le plaisir, le manque, la souffrance, la nostalgie, la perte. Il nous dit le plaisir, les étreintes, les moments intimes, dans le langage imagé d'Apollinaire que l'on arrive à imaginer, un peu comme lui brossait des poèmes en calligrammes. Et dans ces paysages intimes ou ces élans fougueux, ces moment de répit, ces tableaux des tranchées, pas tristes cependant parce que "le lilas va fleurir" et les obus deviennent bague de fiançailles et "malgré tout, malgré toi, ;... je vois la vie en rose", l'amour est une consolation.


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


Pour contribuer avec bonheur à la joie de ce voyage, c'est aussi l'accordéon de Marcel Loeffler qui ponctue, soir entre les textes soit en les accompagnant en douceur quelquefois avec des airs de Satie en variation gymnopédiques et serpentines, les doigts dansant allègrement sur son clavier. Et avec Satie, Ravel et autres mélodies de cette époque comme base d'improvisation, de magnifiques mélodies ponctuent et amènent respirations, échappées ou soutien à ces merveilleux textes. Pour conclure, en anaphores incantatoires qui s'éteignent au lointain, le souvenir de cet amour s'envole dans la nuit et une dernière improvisation du virtuose du piano à bretelle, Marcel chauffe la salle pour nous guérir de ces amours qui bien qu'heureux finissent mal, mais cela on le savait. On en a bien profité avant.


Lettres à Lou - Christophe Feltz - Marcel Loeffler -  Photo: Robert Becker


La Fleur du Dimanche, 


dimanche 19 mai 2024

Le concert du Festival Perspectives Malaka: les voix/voies soeurs

 Pour finir la journée festivalière de Perspectives à Saarbrücken, quoi de mieux que de se baigner dans les voix soeurs des deux frangines Laurina et Sacha du groupe Malaka qui nous emportent dans leurs rythmes métissés et ensoleillés. 


Malaka


Entre douceur et rythme, portés par leur voix complémentaire, l'une au ton plus grave, l'autre plus dans l'engagement nous parlent de leurs racines, la Guadeloupe où elles sont nées, bien qu'ayant passé la plus grande partie de leur vie en France. Elles ont gardé pour notre plus grand bonheur ce balancement et le soleil qui illumine leurs chansons. 


Malaka


Entre folk et soul, chansons rythmées qui nous parlent de notre monde, de la notre environnement, elles nous bercent et nous font danser. Chantant la plupart du temps en français, quelquefois avec des parties en créole, quelquefois en anglais, elles mettent des mots poétiques sur la nature, le mauvais temps, les orages, l'urgence climatique, les hors-la-loi, les coiffures afro et même des garçons qui pleurent et nous invitent à faire de même pour nous libérer de nos peines. 


Malaka


S'accompagnant à la guitare et soutenues par les percussions elles nous distillent avec douceur de bonnes ondes et nous charment de leur voix envoûtante. Un duo à découvrir pour lequel la salle bien remplie du Club du Festival dans ce bâtiment, ancienne usine près de la Römerbrücke, a réservé un accueil enthousiaste. Accueil qui les a surprises pour leur "première" prestation en Allemagne, au point que leur bis était presqu'improvisé.


La Fleur du Dimanche



mercredi 15 mai 2024

Le Cabaret de la Rose Blanche de Radhouane El Meddeb, les chants de l'exil, la danse des ils

 Le décor est sobre, un grand plateau avec un tapis blanc, un piano et son tabouret, en fond de scène une ouverture et des rampes de lumière accrochées mais éteintes (elles vont briller, ne vous inquiétez pas). Pas de fioritures, sauf la magnificence des vêtements - très belles créations de Sari Brunel - la superbe perruque de fleurs blanches de Guillaume Marie et le grand bouquet que va apporter Radhouane El Meddeb pour le poser au coin de la scène. L'esprit cabaret est plutôt intériorisé et dans les textes et les chansons. Cela fleure la nostalgie, les chansons des années 50, l'exil, le voyage et les traversées, volontaires ou subies, quelquefois tragiques. 


Le Cabaret de la Rose Blanche - Radhouane El Meddeb - Photo: Agathe Poupeney


Cela commence aussi très simplement avec l'arrivée des personnages, mains ouvertes, paumes offertes mais vides, qui s'installent dans cet espace qui est plutôt un espace mental - mais peut-être est-ce dû à la configuration de la salle qui inspire plus la sacralité de la scène théâtrale que l'impertinence de la boîte de nuit. Pas de gesticulation, d'agitation inutile, d'exagération, plutôt des mouvement sobres, fluides, aquatiques et enveloppants. Quelques scènes de séduction quand même, une escapade vers une "danse du ventre" de dos par Philippe Lebhar, et des ondulations serpentines. Les danseurs, tous des hommes, mais qui bien que soulignant leur pilosité jouent sur le travestissement. 


Le Cabaret de la Rose Blanche - Radhouane El Meddeb - Photo: Agathe Poupeney


Radhouane en meneur de revue en particulier, avec sa jupe noire, cultive cette ironie et cette distance. Egalement au niveau des interpellations à la salle, on reste dans l'esprit cabaret et le public est invité à frapper des mains en rythme sur les chansons, ce qu'il fait volontiers, participant à l'ambiance festive. Une autre catégorie de textes, plutôt poétiques et mélancoliques accompagne en écho les chansons qui composent le répertoire qui se déroule tout au long de la soirée. Ce sont des chansons exhumées du répertoire du pourtour méditerranéen, de Warda l'Algérienne à la Tunisienne Sahina et à la libanaise Fairuz dans une diversité de dialectes, unies par la même thématique de l'exil, de l'émigration du voyage, du départ, de la famille qui se scinde, du Heimweh - le mal du pays comme on dit chez nous. 


Le Cabaret de la Rose Blanche - Radhouane El Meddeb - Photo: Agathe Poupeney


C'est la magnifique - il faut la voir arriver au début avec son couvre-tête doré et brillant qui la rend immense puis de découvrir au fur et à mesure sa robe étincelante de mille feux - Lobna Noomene qui, de sa voix profonde et envoûtante, nous interprète avec une puissance magique cette diversité de paysages et de voyages sonores. Elle est accompagnée à la contrebasse par Sofiane Saadoui et au piano dans une belle complicité par Selim Arjoun, jeune mais très talentueux musicien qui dépoussière l'orchestration et l'adaptation de ce répertoire exhumé. On peut aussi apprécier sa voix toute en finesse et en retenue dans l'air espagnol (ou plutôt mexicain) Cucurrucù Paloma de Gaetano Veloso. 


Le Cabaret de la Rose Blanche - Radhouane El Meddeb - Photo: Agathe Poupeney


Et nous ne sommes pas surpris de voir Lobna interpréter la chanson de Polnareff Lettre à France dans laquelle il est aussi question de séparation:

Depuis que je suis loin de toi
Je suis comme loin de moi
Et je pense à toi tout bas
Tu es à six heures de moi
Je suis à des années de toi   

Nous sommes d'ailleurs carrément subjugués par son interprétation qui nous fait oublier le grand Michel. Autre moment magique et merveille du cabaret, c'est la scène où Radhouane El Meddeb nous charme de sa voix magnifique et miraculeuse jusqu'à ce que l'on se rende compte du jeu de ce duo en play back où le meneur de jeu et la chanteuse jouent avec nous au chat et à la souris.

Le Cabaret de la Rose Blanche - Radhouane El Meddeb - Photo: Agathe Poupeney


Le cabaret parle de nostalgie et d'exil mais interroge aussi notre présent et la dure réalité de l'immigré/émigré qui est coupé de ses racines s'il arrive à passer les chemins périlleux de la traversée, évoqués d'une manière très discrète et poétique, d'une part avec la danse des mains multiples autour du corps de la chanteuse et d'autre part avec le bouquet de fleurs dans sa destination finale. Cela donne à ce cabaret revisité et ressuscité une très belle tenue. 


La Fleur du Dimanche

mercredi 17 avril 2024

Clara Ysé au PréO: Une voix dans la nuit chante le feu et éclaire l'amour

 Dans sa tournée française où elle présente son nouvel album Oceano Nox, Clara Ysé fait deux étapes en Alsace, la première, avant le Noumatrouff à Mulhouse, a lieu au PréO à Oberhausbergen, une salle à échelle humaine avec un public qu'elle comble plus qu'espéré (voir la fin du billet).


Clara Ysé - Oceano Nox au PréO - Photo: Robert Becker


Le disque et la tournée sont placés sous le signe de Virgile et d'un vers de l’Énéide: 

Et ruit Oceano Nox / Et la nuit s’élance de l’océan.

Cela parle de la Guerre de Troie, mais regarde aussi du côté de Victor Hugo et de son poème qui a chanté les marins disparus:

Oceano Nox
 
Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis ?
Combien ont disparu, dure et triste fortune ?
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis ?

 Son inspiration, pour ne pas dire le déclic qui l'a peut-être aussi poussée à devenir  chanteuse, c'est aussi cet océan, plutôt cette mer qui lui a volé sa mère Anne Dufourmantelle. Cet océan, qu'elle appelle même dans les chansons d'amour: 

Ensemble souviens-t-en, nous vécûmes un amour enivrant
Et j'ai gardé brûlant, en moi ton océan


Clara Ysé - Oceano Nox au PréO - Photo: Robert Becker


Et comme vous pouvez le constater, la mer n'est pas très éloignée du feu. Parce que Clara Ysé est extrême, autant dans ses sentiments, dans sa poésie que dans sa voix. Le feu, tout comme l'eau, s'embrasent, la nuit s'oppose au jour, sa douceur se fait violence: 

Si tu savais la haine qui coule dans mes veines, 
Tu aurais peur, tu aurais peur (Douce)


Clara Ysé - Oceano Nox au PréO - Photo: Robert Becker


Ses titres, comme PyromaneMagicienne, Souveraine sont pleins d'énergie, de poésie aussi. Ses vers, tout en rimes qui résonnent et se répètent, en ritournelles entêtantes, s'insinuent dans notre esprit, nous vrillent, nous hypnotisent. Et sa voix, tout aussi extrême nous emporte dans des mondes autres, un espace imaginaire. Ses intonations qui lorgnent autant dans la clarté de la diction de Barbara que d'intonations plus graves, profondes et ondulantes, font le grand écart avec des suraigus sans effort.


Clara Ysé - Oceano Nox au PréO - Photo: Robert Becker


Tout comme ses différents styles d'écriture qui, ancrés dans une technique classique impeccable, une voix posée idéalement, presque de cantatrice, ou de choeurs polyphoniques, va également s'inspirer des chansons populaires grecques ou espagnoles ou arabisante (Le Desert)- Elle nous offre aussi en V.O. une très belle version de La Llorona


Clara Ysé - Oceano Nox au PréO - Photo: Robert Becker


Quand elle chante, elle a la grâce d'une danseuse de flamenco et le délié d'une danseuse classique. Beaucoup de ses chansons sont très dansantes et en dehors de ses douleurs et doutes, de son deuil (Lettre à M., La Maison), elle chante avec passion et force l'Amour, heureux ou perdu. Elle maîtrise totalement le rythme de ses chansons, sachant ménager les silences et pour son tour de chant elle s'est entourée d'une belle équipe: à la guitare Ingrid Samitier, toute en délicatesse mais capable de pousser les distorsions avec de magnifiques soli, à la batterie Philippe Boudot qui donne le rythme sans frapper trop fort, aux claviers et aux synthés Rémy Fanchin qui fait de superbes accompagnements et, au saxophone, ronronnant à souhait, surtout quand il joue à souffle continu, le discret Peter Corser. Ses musiciens font aussi très discrètement les choeurs de quelques chansons.


Clara Ysé - Oceano Nox au PréO - Photo: Robert Becker


Vers la fin du concert Clara Ysé se présente seule avec sa guitare acoustique (sa mère lui a offert une guitare à 13 ans, alors qu'elle avait suivi des cours de violon dès ses 4 ans puis de chant lyrique exceptionnellement déjà à 8 ans) pour un moment d'intimité et de musique partagée. 


Clara Ysé - Oceano Nox au PréO - Photo: Robert Becker


Et en rappel, au bout d'une belle heure et demie de concert, après une dernière chanson, elle descend dans la salle et, en compagnie du public, chante à capella avec tout le monde, à l'unisson, preuve que ses fans sont très actifs.


Clara Ysé - Oceano Nox au PréO - Photo: Robert Becker

Clara Ysé - Oceano Nox au PréO - Photo: Robert Becker


Même que, quand elle est dans les coulisses, avant de retrouver les fans pour dédicacer ses disques, une partie du public continue de chanter.

Et pour votre plaisir, en souvenir, je vous offre un petit bout de ce moment mémorable:

 :

Merci Clara Ysé, merci le public !


La Fleur du Dimanche 

samedi 3 février 2024

Tout est Dada de Christophe Feltz au Fossé des Treize: la poésie en verve fleurit au son du jazz des Loeffler

"Dada ne signifie rien" disait Tristan Tzara qui n'adorait rien moins que "Choquer les bourgeois" et ses poèmes entre invention de mots, collages de mots en coq à l'âne et associations d'idées apportent un vent de fraîcheur dans la bouche du poète. Ne dit-il pas "La pensée se fait dans la bouche." et "Je ne chante pas je sème le temps." 


Tout est Dada - Christophe Feltz - Photo: lfdd


Ainsi, Christophe Feltz, pour son nouveau spectacle "Tout est Dada" a choisi de nous proposer une soirée consacrée à ce poète, écrivain et chef de file de ce mouvement Dada qu'il a fondé en 1916 à Zurich. Après avoir mis en scène les textes de nombreux humoristes (Devos, Jean Yanne, Desproges,...) chanteurs (Gainsbourg, Léo Ferré, Brel, Brassens, Bashung,...), et poètes (Neruda, Prévert,...), le voici qu'il met en avant un artiste iconoclaste dans une atmosphère qui rappelle les soirées poétiques du club R-26 de Robert Perrier à Montmartre où se retrouvaient poètes, musiciens et bien d'autres artistes. Il y avait bien sûr Tzara, mais aussi Joséphine Baker, Sonia Delaunay, Django Reinhardt et d'autres. D'ailleurs Django y jouait souvent et la fille de Robert Perrier - qui a lui aussi composé plus de 300 chansons - y chantait accompagnée par Stéphane Grapelli dont je vous mets Les salades de l'oncle François:




Ici, à la place du violon, c'est l'accordéon de Marcel Loeffler et à la guitare, son fils Cédric qui  nous enchantent et nous entrainent en interprétant en intermède aux textes mais aussi en les accompagnant des airs de jazz de Django Reinhardt. Ainsi, Minor swing, Les yeux Noirs, Coquette et bien d'autres airs, donnent une touche chaleureuse et enjouée à la soirée. Les textes choisis de Tristan Tzara, eux nous emmènent dans un univers quelquefois très singulier où il pleut à la fenêtre de la bien aimée, où celle-ci dort "à côté de moi comme une rangée de fleurs, ton polichinelle à musique". La fleur qui "est écrite au bout de chaque doigt et le bout du chemin est une fleur qui marche avec toi." 


Tout est Dada - Christophe Feltz - Cédric et Marcel Loeffler - Photo: lfdd


Il est aussi question de Picasso qui a "toujours été sur mes chemins" et de Miro "poussière d'étoile, dans l'alcool des vraisemblances, mon amitié". D'expérimentations incluant des mots inventés, répétés et scandés à des sentences définitives comme "Dada qui est contre et contre le futur" ou "Dada n'existe pour personne", ou encore "L'art n'est pas sérieux", Christophe Feltz, dans un exercice d'équilibriste arrive à nous garder sur le chemin de l'art et à nous faire passer avec clarté ces messages codés destinés à nous "laver le cerveau". 


Tout est Dada - Christophe Feltz - Cédric et Marcel Loeffler - Photo: lfdd


De sa diction parfaite, les mots résonnent et raisonnent clairement et le vent, maintes fois appelé nous entre par les oreilles pour nous aérer la tête et nous empêcher de somnoler alors que "L'art s'endort pour la naissance d'un monde nouveau". Y contribuent aussi bien sûr la main alerte de Marcel Loeffler qui court sur le clavier de son accordéon avec agilité et le rythme véloce que Cédric Loeffler imprime à la guitare avec les accords de Django Reinhart.

 

Tout est Dada - Christophe Feltz - Cédric et Marcel Loeffler - Photo: lfdd


Leur prestation est unanimement saluée et le public, pour un rappel réclamé est gratifié d'une superbe variation d'airs enchainés avec prestance et virtuosité. Une belle soirée qui nous fait voyager presqu'un siècle en arrière et nous rajeunit les neurones.


Tout est Dada - Cédric et Marcel Loeffler - Photo: lfdd


Pour finir, je vous donne la recette d'un poème dadaïste à faire vous-même à la maison.

POUR FAIRE UN POÈME DADAÏSTE

Pour faire un poème dadaïste
Prenez un journal
Prenez des oiseaux
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Copiez consciencieusement.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voici un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire.


La Fleur du Dimanche

Notez les prochains spectacles de Christophe Feltz :
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Au Café Brant - les Diners du Café Brandt
L'aigle Noir - textes et chansons de Barbara avec Clémentine Duguet - 21 février 2024
Georges Brassens Gare au Gorille avec Luc Schillinger - 20 mars 2024 

Au: Munsterhof 
Lettres à Lou de Guillaume Apollinaire avec Marcel Loeffler - 31 mai 2024