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mercredi 21 janvier 2026

Louise Vanneste et Sandrine Lescourant à Pôle Sud: De la suite dans les idées, une certaine idée de la parole des femmes... et de leurs gestes

 Louise Vanneste, nous l'avions vue en plein chantier, qui à l'époque,- le 3 février 2024) s'appelait 3 Nuits. Trois jours s'y sont rajoutés et ce soir, elle nous présente 3 jours, 3 nuits. Il n'y a presque rien à rajouter et je vous livre tel quel un bout du texte que j'avais publié et qui parle bien de ce travail:

"Basé au départ sur l’idée de géologie, de tectonique, sur un texte poétique soutenu par une musique envoutante et marqué par des battements sourds installent une atmosphère enveloppante. Elle-même toute de noir vêtue, recouvre le visage également de sa longue chevelure noire et part dans des mouvements intériorisés semblables à une danse chamanique. Les mains remuent, balancent en répétition tandis que le corps plie un peu. Les bras, un moment battent à l’horizontale, puis semblent vouloir s'envoler. Mais ce sont essentiellement ses mains qui dans de superbes variations de soulèvement, de brassage, de frottements, de caresses, nous plongent dans la matérialité de cet univers. Elle danse toute en diagonales en avant en arrière, toujours le visage caché dans sa chevelure, ce qui crée une impression d’étrangeté irréelle d’être sans tête."


Louise Vanneste - 3 jours, 3 nuits

Ce qui change, c'est son costume, qui à première vue dans la pénombre du début ressemble à un pyjama fleuri et qui se révèle être un collant et, pour le haut juste un soutien-gorge. Est-ce pour mettre en opposition le côté minéral et la chair ? Apparemment la couleur noire du premier costume était un meilleur choix esthétique. Sinon, pour ce qui est de cette pièce, complète, le balancement et le jeu des mains, les diagonales en avant et arrière qui se développent et se déploient dans l'espace nous embarquent dans un étrange et intéressant voyage cathartique et les changements d'axe déploient pleinement son propos, donnent à ses mouvements une ampleur qui éclate le carré blanc dans lequel elle se circonscrit. Ses mains, ses doigt libres et véloces nous hypnotisent presque. Et l'ambiance sonore, qui répète en variation et à différentes vitesses les textes poétiques, les battements les grondements et les boucles sonores nous amènent à une conscience semi-cataleptique. 


Louise Vanneste - 3 jours, 3 nuits


Au point de nous projeter comme dans un zoom cinématographique de la matière et l'espace, dans une zone où, du feu qui craque ou de la pluie qui goutte, la pierre devient noire et nous sommes littéralement projetés dans une caverne. De là émerge, mais en retrait, hors du carré blanc de la scène, le corps agenouillé ou assis, à peine visible, la danseuse qui déploie ses bras, ses ailes, en ondulations, nous offrant devant elle, le vaste plateau blanc immaculé que notre esprit explore en y positionnant les mots que nous transmet la bande son: jaune, orange, bleu, rouge, degrés, érosion,,.. Et elle nous laisse continuer dans le noir.....


Changement de style, mais pas de propos avec RAW une pièce présentée avec le TJP - CDN de Strasbourg.La chorégraphe Sandrine Lescourant a fait un parcours singulier et complet dans la danse pour arriver à un engagement social et à la danse hip-hop et aux battles. Dans cet univers très majoritairement masculin, elle offre la plateau à quatre femmes. Curieusement d'ailleurs pour commencer, on pourrait s'y tromper, les quatre silhouettes qui se tiennent immobiles, debout en fond de scène ont une apparence très masculine avec leur pantalons et leur veste à capuche, devant des couvertures de survie argentées qui tapissent le fond de scène et également les deux côtés de la scène. Mais l'incertitude est de courte durée quand elles libèrent leurs cheveux et se mettent à danser en criant "We get war". 


RAW - Sandrine Lescourant


Mais par la suite, on se rend compte que l'esprit des battles c'est aussi la collaboration, le soutien des unes aux autres, la prise de relais et le dialogue, les renvois, la solidarité, l'individuel et le collectif. Collectif qui s'étend jusqu'à la salle dans laquelle, après que chacune s'est présentée, les spectateurs sont sollicités pour être actifs, en tirant des cartes et désignant successivement celle qui, après avoir parlé de sa motivation, de son parcours, ses préoccupations, ses priorités, elle va se trouver au centre de la scène exposée et active avec "sa" performance. On y découvre Ashley Beckett, et son style plutôt krump, sa famille, ses retrouvailles avec elle-même, son courage, et ses 33 ans (alors qu'elle en paraît 25 ou même 20 !) qui commencent à lui peser sur le souffle. Lauren Lecrique nous conte son "explosion" à l'âge de six ans et le sauvetage par la danse, l' "énergie" que cela lui apporte et qu'elle transmet à ses proches et à sa famille (sa nièce), le calme de son petit village en Provence dont elle a gardé l'accent, la petite chapelle accrochée à la falaise. Mwenda Marchand, qui vient du Kenya et dont la révélation a été le "pardon" de l'être suprême et Sonia Ivashchenko, l'Ukrainienne qui de désarroi déchire sa carte, et, comme les autres bénit l'esprit de groupe, la sororité et la joie, la reconnaissance qu'apporte la danse, cette danse, ce groupe, le Hip-Hop et ses règles sociales en terme de solidarité et d'apaisement dans ce monde qui cherche ses repères. Mais chacune avance, partage et, en dansant exprime ce qui la fait mouvoir, s'intégrer. Et elles dansent, comme si elles étaient dans la rue, avec et au niveau des autres, se rendant bien compte qu'elles sont sur un plateau, au-dessus de nous, à être en spectacle et en représentation, à nous exposer leur vie et leurs soucis. Mais heureusement que leur motivation, ce qui leur donne de l'énergie c'est la danse, les battles, le hip-hop, toutes sortes de hip-hop, et elles en font une démonstration presque pédagogique en invitant le public à monter aussi sur scène (ce qui semble devenir une règle en fin de spectacle - mais là c'est vraiment inscrit dans le programme parce que la DJ Mab'ish (Isabelle Clarençon) fait un DJ set à l'issue de la pièce.


Pôle Sud - DJ Set - Mab'ish - Photo: Robert Becker

Et tout le monde est content, les danseuse et la chorégraphe parce qu'elles ont pu s'exprimer et partager avec le public leurs préoccupations profondes et le public parce qu'il finit la soirée en se lâchant sur scène sur des musiques dansantes. 


La Fleur du Dimanche 


3 jours, 3 nuits

Pôle Sud, le 20 et 21 janvier - 19h00

Conception, chorégraphie et danse : Louise Vanneste
Son : Cédric Dambrain
Dramaturgie : Sara Vanderieck
Scénographie : Arnaud Gerniers en collaboration avec Esther Denis
Éclairage : Arnaud Gerniers
Voix : Véronique Dumont et Betty Lamoulie
Assistante chorégraphique : Anja Röttgerkamp
Regard extérieur : Paula Almmiron
Production, diffusion et administration : Alix Sarrade (Alma Office)

Production : Rising Horses
Coproduction : Charleroi danse, POLE-SUD CDCN Strasbourg et les Brigittines – Bruxelles
Avec le soutien de l’Atelier de Paris
Avec l’aide de la Fédération-Wallonie-Bruxelles



Pôle Sud, le 20 et 21 janvier - 19h00

Chorégraphie : Sandrine Lescourant
Avec : Ashley Beckett, Mwendwa Marchand, Lauren Lecrique, Sonia Ivashchenko
Lumières et scénographie : Esteban Loirat
Production : Garde Robe
Coproduction : Collectif FAIR-E / CCN de Rennes et de Bretagne
Avec le soutien de la coopérative artistique des Micro-Folies, du TPE de Bezons, l’Etoile du Nord ; le Théâtre Louis Aragon, Scène conventionnée d’intérêt national Art et création danse (Tremblay-en-France).
La représentation a bénéficié d’une aide à la reprise et d’une diffusion du réseau Sillage/s avec le soutien de la DGCA/ Ministère de la culture.

DJ SET
Avec DJ Mab’ish
ME 21 JAN à l’issue de la représentation

jeudi 15 janvier 2026

L'Année Commence avec Elles à Pôle Sud: de l'eau à l'aune - la mesure du passé et de l'avenir

 Pour démarrer le Festival L'Année Commence avec Elles à Pôle Sud, Marcela Santander Corvalán, avec Agwuas, nous plonge à la fois dans l'élément liquide et les souvenirs, les légendes. Avec Gérald Kurdian – musicien·ne, performeur·euse - elle nous emmène dans une voyage féérique des bords du Rhin vers la plus longue côte du monde, plus de 3.400 kilomètres de long, avec les esprits, ici la Lorelei, là-bas les esprits du serpent qui fait de vagues et de celui qui soulève la terre. 


Marcela Santander Corvalan - Agwuas - Photo: Makoto C. Ôkubo


L'eau, élément de rêve et de songes par excellence, nous ramène à notre matérialité, à notre corps qui est constitué d'eau - même notre vision se fait à travers l'élément aqueux - et aux légendes de son enfance. Aux danses premières aussi qui amorcent la pièce. Les deux danseur.euse.s, habillés de couleurs fluo, dans une ambiance balançant entre la magie et la lumière noire des pistes de danse font le tour des vasques de sable qui contiennent de l'eau, faisant des ablutions pour se purifier et se retrouver avec leur passé. 


Marcela Santander Corvalan - Agwuas - Photo: Makoto C. Ôkubo


L'eau, don et bienfait, sera aussi l'objet d'adoration et la musique, le chant, objets de communion. Communion ultime d'ailleurs quand, pour clore cette exploration d'un élément fondateur - et précieux pour la vie - le public est invité dans un élan généreux et énergique sur la piste de danse où, l'ambiance et la température montant, le climax est atteint dans une dernier set torride où chacun peut libérer son énergie et donner de son corps et de sa sueur en participant à la danse des deux serpents dans une communion participative. Et libératrice. Ce qui semble tout a fait convenir, et plaire au public. Pari réussi.



La deuxième pièce de la soirée,  À l’aune de leurs peaux de Marie Barbottin s'intéresse aussi au corps dans sa matérialité. Particulièrement le corps de la danseuse à l'approche de la cinquantaine ans. Ayant découvert les textes de la philosophe Camille Froidevaux-Metterie sur ce passage de la vie d'une femme et s'appuyant sur des extrait de ses textes dits par la comédienne Anouk Grinberg, elle nous propose des flashes de questionnements sur les transformations physiques et physiologiques qui concernent les femmes, et les danseuses dans ce moment de bascule de leur vie. 


Marie Barbottin - A l'aune de leurs peaux - Photo: Romu Ducros


Le texte, d'une belle poésie fait écho aux réflexions des danseuses, et via des "zooms" sur le corps morcelé, découvert, montré, exhibé, tâté, trituré, palpé, mesuré, comparé, valorisé aussi dans sa douceur, sa souplesse, sa malléabilité. Le corps, encore capable de danser, d'être exhibé, de bouger, de soutenir, d'être caressé, de vivre. D'avoir sa beauté propre, une douceur et une maturité enfin gagnée. Les quatre puis cinq danseuses se confrontent à leurs corps, leur peau, leurs organes, aussi à la matière - sable et argile mouillée ou sèche qui dessine une espace lunaire - massant et triturant les éléments concrets mais aussi malléable, exhibant comme un étendard révolutionnaire ces portions d'épiderme et de chair gonflés de vie et d'énergie. 


Marie Barbottin - A l'aune de leurs peaux - Photo: Romu Ducros


Cette célébration de ces parcelles de vitalité et d'existence alterne avec quelques mouvements chorégraphiques qui se dessinent comme des ensembles coordonnés et avec des scènes de retrouvailles sororales et de réconfort. La diversité des interprètes et de leur présence corporelle permet d'élargir cet hommage à toutes les femmes dans ce mitan de leurs existence en le sublimant avec force et délicatesse. Une belle leçon de (longue) vie.


La Fleur du Dimanche 


A Pôle Sud  - 15 et 16 janvier 2026

Agwuas


Chorégraphie et interprétation : Marcela Santander Corvalán
Créé en collaboration avec et interprété par : Gérald Kurdian
Collaborations artistiques : Carolina Mendonça
Composition musicale : Gérald Kurdian
Lumière et espace : Leticia Skrycky
Instruments à eau : Vica Pacheco
Costumes : Ann Weckx
Régie son : Jean-Louis Waflart
Production, diffusion, Administration : Virginie Dupray



Conception : Marie Barbottin Ateliers de recherche et écriture : Camille Froidevaux-Metterie Cercles et recueil de paroles auprès de femmes cinquantenaires volontaires : Elvire Caupos Danse : Emma Gustafsson, Laurie Giordano, Véronique Teindas, Céline Angibaud, Sandrine Maisonneuve Création sonore et régie : Nicolas Martz, Alexis Derouet Création lumière : Juliette Delfosse Costumes : Aude Desigaux Assistanat : Yan Giraldou Regard extérieur : Annie Leuridan Administration, production, diffusion : Agnès Prévost

mercredi 3 décembre 2025

Amours Aveugles de Koen Augustijnen à Pôle Sud: La passion douloureuse, la musique généreuse, la danse fougueuse

 Tout a commencé pour Koen Augustinen par une superproduction lyrique, qu'il a mis en scène en 2022, un pièce avec 13 musiciens, deux danseurs et six chanteurs, une version grand concert baroque sur le thème des amours tragiques. D'une part Il combatimento di Tancredi e Clorinda et d'autre part Orfeo, deux récits sur des amours funestes. Il Combatimento qui raconte la lutte à mort de deux amants de religions différentes qui se battent sans se reconnaitre, sauf à la fin, à la mort de l'aimée. Et pour le mythe d'Orphée, l'histoire est connue de cet amant qui va aux enfers rechercher son épouse Eurydice, morte le jour de ses noces, mordue par un serpent, et qu'il perd définitivement en jetant en arrière un regard sur elle quand ils remontent du royaume d'Hades. 


Amours Aveugles - Koen Augustijnen - Rosalba Torres Guerrero - Photo: Danny Willems


Ces deux pièces mettent en jeu des couples dont les amours sont contrariées, par le jeu du regard. La première dévoilant l'erreur funeste de leur lutte dans l'ignorance de leur identité sous l'anonymat du casque. La seconde révélant l'impatience d'Orphée, bravant l'interdit d'Hadès. Mais ce sont surtout des relations au corps, entre affrontement et désir qui sont à l'oeuvre et qui se révèlent magnifiquement sur scène dans cette version Amours Aveugles "resserrée" recréée avec deux formidables musiciens Philippe Thuriot et Gwen Cresens. 


Amours Aveugles - Koen Augustijnen - Rosalba Torres Guerrero - Photo: Danny Willems


Avec leurs accordéons - et quelquefois à l'harmonica - ils enchantent les airs de Monteverdi et d'autres musiciens baroques, adaptant au son de leur instrument à soufflet les basses continues qui font un tapis sonore aux merveilleuses broderies qui montent quelquefois dans des suraigus extraordinaires. Mais ils arrivent aussi à casser les codes, à changer de registre, à passer d'un air de tango à une sorte de blues désespéré ou à des variations qui lorgnent du côté de la musique contemporaine. Le résultat est stupéfiant et ils accompagnent à merveille les deux chanteurs, Liesbeth Devos et Matthew Long qui incarnent avec leur voix magnifique les deux héros de ces deux fables ainsi que, pour Matthew Long le narrateur du Combat de Tancrede et Clorinde


Amours Aveugles - Koen Augustijnen - Rosalba Torres Guerrero - Photo: Danny Willems


La soprano et le ténor ne se contentent pas de chanter, ils font également un écho dansant aux deux danseurs dans une très belle unité, allant jusqu'à intégrer quelquefois le troisième duo, les musiciens qui, grâce à leur fauteuil à roulette tournoient sur scène et participent ainsi au débordement d'énergie qui irrigue la scène. Pour le Combat de Tancrede et Clorinde, cette énergie arrive doucement, la pièce commençant par une introduction, présentation du contexte et des personnages, le chrétien et la belle musulmane, poussés sur la scène par un rayon de lumière. 


Amours Aveugles - Koen Augustijnen - Rosalba Torres Guerrero - Photo: Danny Willems


Les costumes (création d'Eleni Ellada Damianou) sont magnifiques, surtout la "robe de cheveux" de Clorinde (créée par pour Rosalba Torres Guerrero pour la pièce Pénombre). Pour le "combat", la chorégraphie (co-signée par Koen Augustijnen et les deux interprètes pour la création du spectacle Rosalba Torres Guerrero et Elie Tass - remplacés ici par Meritxell Checa et Nicola Manzoni) bascule entres des épisodes de combat (approches, esquives, chocs, corps-à-corps,..) où la puissance des deux corps se confrontent et des moments d'échange où les deux adversaires s'observent, se toisent et s'invectivent et où les gestes se déplacent plutôt vers le haut du corps, avec les bras qui parlent, comme un langage de signes ou du pantomime. Les gestuelles des deux danseurs sont magnifiques, lui plus dans une force un peu contenue, elle dans des lancers de pointes de pied magnifiques tels des flèches décochées à l'ennemi. Leur duo entre dans une tension sensuelle, presque sexuelle, dont le climax n'est pas une petite mort, mais une vraie, définitive et funeste. 


Amours Aveugles - Koen Augustijnen - Rosalba Torres Guerrero - Photo: Danny Willems


Un changement de costume, agrémenté d'un inventif interlude musical et qui voit Nicola Manzoni arriver dans un costume plus moderne, coloré, presque "sportif" et Meritxell Checa arborer une très belle robe noir doublée de rouge qui valorise son dos (ah quel dos) et ses jambes fines (ah ces jambes graciles!) et nous voilà parti pour l'histoire ponctuée de différents airs qui éclairent les tableaux de l'histoire d'amour tragique de ces deux amants. La chorégraphie est aussi variée que les choix musicaux, on y danse l'amour, le désir, l'abandon, le plaisir des corps, et puis la douleur e la perte, les retrouvailles et le désespoir final qui tombe dans un noir brutal. Les deux danseurs se cherchent, se trouvent, dans des duos sublimes avec en écho, les deux chanteurs qui bougent très bien (la soprano Lisbeth Devos a aussi été danseuse).


Amours Aveugles - Koen Augustijnen - Rosalba Torres Guerrero - Photo: Danny Willems


 L'émotion dramatique ou sensuelle déborde du plateau, et quand Orphée se retrouve seul face à lui-même dans cette merveilleuse idée de dramaturgie avec son double chanteur le désespoir devient tangible. On se dit que cette forme "ramassée", proche de nous, presqu'intime était une très bonne idée dramatique et que sous cette configuration, avec ces six interprètes nous ne sommes que plus touchés par ce destin qui fait que l'amour qu'il peuvent se porter, aussi fort soit-il ne peut que leur nuire. 


Amours Aveugles - Koen Augustijnen - Rosalba Torres Guerrero - Photo: Danny Willems

Et nous, nous bouleverser au plus profond de notre âme et de notre corps. Une sorte de catharsis, une expérience poignante.


La Fleur du Dimanche


Amours Aveugles

A Pôle Sud le 4 et le 5 décembre 2025 - Abonnement Parcours Danse  

 

Chorégraphie : Koen Augustijnen, Rosalba Torres Guerrero et Elie Tass
Danse : Meritxell Checa et Nicola Manzoni
Compositions musicales : Claudio Monteverdi, Luigi Rosso, Marco Ucellini, Antonio Sortorio, Girolamo Frescobaldi
Musique live : Philippe Thuriot (accordéon) et Gwen Cresens (accordéon)
Chants : Liesbeth Devos (soprane) et Matthew Long (ténor)
Dramaturgie : Dirk Verstockt
Création costumes : Eleni Ellada Damianou (en collaboration avec Chiara Mazzarollo), Peggy Housset
Création costume de cheveux : Sara Judice de Menezes
Création lumière : Helmut Van den Meersschaut
Assistance à la création lumière : Seppe Brouckaert
Conduite : Helmut Van den Meersschaut/Sarah Feyen
Gestion générale : Herwig Onghena
Gestion production, tournée et administration : Nicole Petit

Production : Siamese Cie/GLOED asbl
Coproduction : Mars Mons – Arts de la Scène, Charleroi Danse – centre chorégraphique Wallonie Bruxelles, Château rouge – SC Annemasse, Théâtre de Cornouaille Quimper, Espaces Pluriels Pau et De Munt/La Monnaie Bruxelles.
Avec le support du Gouvernement Flamand – Culture, la mesure du Tax Shelter du Gouvernement Fédérale belge, via Flanders Tax Shelter et la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes.
Remerciements à Gerardus De Swerts, laGeste Gand, CC De Factorij Zaventem, La Raffinerie/Charleroi Danse.




mardi 14 octobre 2025

Astéroïde de Marco d'Agostin à Pôle Sud: De T-Rex à Brodway ou la collision de l'amour avec la leçon de paléonthologie

Il arrive en tenue classique, pantalon gris et blouson bleu, un énorme sac à dos kaki sur le dos et se pose sur l’avant de la scène en explorant du regard le public. Le regard est précis, sérieux. Il demande s’il y a un paléontologue dans la salle et, rassuré nous annonce un exposé scientifique en seize point dont le premier nous rend attentif à la proportion d’eau sur la terre, un autre au nombre de levers et de couchers de soleils auxquels un astronaute dans une station orbitale peut assister en une journée (16) ou encore l’histoire d’un énorme astéroïde qui a chuté dans le golfe du Yucatan il y a très longtemps, il y a 66 millions d’années. 


Pôle Sud - Marco D'Agostin - Astéroïde - Photo: Alice Brazzit


Astéroïde est le titre du spectacle que nous présente Marco d’Agostin ce soir à Pôle Sud. Marco d’Agostin est danseur, chorégraphe, mais aussi performeur, et - on pourra le constater au fur et à mesure du spectacle - chanteur et beaucoup plus que cela. Parce qu’il est aussi manipulateur, comédien et perturbateur. Et donc, alors que l’on s’attendait à assister à une très intéressante et passionnante conférence (mais nous sommes venus voir un spectacle de danse), il va subrepticement miter sa présentation de gestes, au départ presqu’imperceptible, qui ressemblent à des positions de danse, ou encore des dérapages textuels. Et tout cela dans un sérieux imperturbable. Et, à partir du point 5 qui nous révèle que le prix Nobel de physique de 1968, Luis Walter Alvarez, est le père de Walter Alvarez qui a conçu la théorie de l’extinction de masse des dinosaures, il va intégrer dans son récit les relations amoureuses entre ce dernier et Hélène Michel qui vont conforter cette hypothèse en explorant la faille de Bottaccio près de Gubbio en Italie. 


Pôle Sud - Marco D'Agostin - Astéroïde - Photo: Alice Brazzit


Ainsi, tel un millefeuille varié - comme les roches sédimentées du limite Crétacé-Paléogène, prises entre les couches du quaternaire et celles du tertiaire contenant un forte concentration d’ammonites, cette mince couche d'argile contenant d'iridium (métal qui n’est pas présent sur la terre mais qui nous est arrivé via cet astéroïde de l’espace) - le récit invraisemblable qu’il fait de l’extinction de masse des dinosaures non aviens, confronté à une histoire d’amour, bien sûr en relation avec cette découverte et avec, évidemment, un voyage en Italie, en passant par un musée de paléontologie aux Etats-Unis, voit poindre en sandwich des apparitions de poses figées, puis de danses, puis de chansons en relation avec la comédie musicale, en flashs brefs puis de plus en plus conséquents, pour aboutir in fine à de véritables compositions de chansons écrites avec Luca Scapolleto que Marco d’Agostino nous interprète avec brio et une voix de stentor. 


Pôle Sud - Marco D'Agostin - Astéroïde - Photo: Alice Brazzit


Ces séquences s’épaississent, enflent, alors que la question de l’amour et de sa fin tout comme celle de la fin des dinosaures interroge le temps profond. Et que l’artiste interroge sa réalité et ses sentiments, jusqu’à s’interroger sur son récit et ses divagations, au point que l'on se demande de qui est la femme, Hélène Michel, la collègue scientifique, un une invention de son esprit. Et tout cela finit dans une explosion de paillettes et un éblouissement équivalent à l'éclair d'un coup de foudre. Et une apocalypse dont le dernier survivant ne nous ressemble pas vraiment – ni à un dinosaure – mais dont la démarche hésitante nous rappelle nos propres origines et nous laisse nous questionner sur notre destinée. 


Pôle Sud - Marco D'Agostin - Astéroïde - Photo: Alice Brazzit


Ce spectacle, tiré au cordeau et impeccable à tous les points de vues, nous emporte dans un extraordinaire voyage, à la fois dans les mystères de l’évolution et les méandres et circonvolutions de la pensée que des tours et détours de l’amour. Tout cela dans une mise en scène aussi précise que surprenante et un jeu d’acteur, de danseur et de chanteur dont rien ne laissait présager l’extraordinaire capacité de l’artiste Marco d’Agostin. Non seulement il cache bien son jeu mais en plus il sait ménager ses effets pour nous surprendre, nous convaincre, nous séduire et nous dérouter (du droit chemin). Un magnifique performance dans tous les sens du terme. 


La Fleur du Dimanche



A Pôle Sud du 14 au 15 octobre 2025

DISTRIBUTION
De et avec : Marco D’Agostin
Son : Luca Scapellato
Chansons : Marco D’Agostin, Luca Scapellato
Scénographie : Paola Villani
Lumières : Paolo Tizianel
Costumes : Gianluca Sbicca
Avec une incursion textuelle de : Pier Animatronic : Lorenzo Pisano
Processus de recherche partagé avec : Chiara Bersani, Sara Bonaventura, Nicola Borghesi, Damien Modolo, Lisa Ferlazzo Natoli
Coach de mouvement : Marta Ciappina
Danses de répertoire : Giulio Santolini, Stefano Bontempi
Coach vocale : Francesca Della Monica
Consultation scientifique : Enrico Sortino
Construction décor : Piccolo Teatro di Milano – Teatro d’Europa
Promotion, diffusion : Damien Modolo
Organisation, administration : Eleonora Cavallo, Federica Giuliano, Irene Maiolin, Paola Miolano
Communication digitale : Alessandro Leva 


Production : VAN
Coproduction : Piccolo Teatro di Milano – Teatro d’Europa; Théâtre de la Ville, Paris ; Fondazione Teatri di Pistoia ; POLE-SUD CDCN Strasbourg ; Festival Aperto / Fondazione I Teatri – Reggio Emilia ; Baerum Kulturhus – Dance Southeast-Norway ; Snaporazverein Avec le soutien de CCN Ballet de l’Opéra national du Rhin ; Centro Nazionale di Produzione della Danza Virgilio Sieni Firenze ; AMAT e Civitanova Danza per RAM_Residenze Artistiche Marchigiane; La Contrada, teatro stabile di Trieste ; Istituto Italiano di Cultura di Oslo/MiC-Direzione Generale Spettacolo et Sprang / Ål kulturhus, regional dance scene and performing arts center, dans le cadre de NID international residencies programme ; Grand Studio, Bruxelles; Scenario Pubblico, Catania ; CSC/Centro per la Scena Contemporanea (Bassano del Grappa) ; Atcl/Spazio Rossellini: Fondazione Teatro Comunale Città di Vicenza ; Centrale Fies ; Teatro Stabile dell’Umbria

mercredi 24 septembre 2025

Musica de Pôle Sud à Saint Paul: Rage d'Anna Gaïotti et Gavin Bryars + Claire M Singer

 Lorsque le spectateur entre dans le "studio" de Pôle Sud pour le spectacle d'Anna Gaïotti Rage, et qu'il découvre le dispositif de placement bifrontal, il ne peut qu'être surpris et amené à s'interroger. Deux longs (et larges) bancs se faisant face en plein milieu de la scène sur le tapis de danse et de même deux rangées de chaises en gradin se faisant face contre les murs. Un espace qui n'est pas neutre et où chacun doit choisir sa place. De plus, les deux bancs forment un couloir mettant face à face les deux musiciens, l'un, Julien Bender avec sa table couverte de boitiers électroniques et de câbles et l'autre, Loé Dupleix et son virginal, une sorte d'épinette ou de clavecin (Paulirinus de Prague au XVème siècle le nomme et explique qu'on l'appelle virginal parce que "tout comme une vierge, il charme par des sons doux et très suaves". Cela ressemble plus à une arène qu'un plateau pour un doux concert, une disposition de "battle" pour les deux musiciens. Et en référence au titre et au texte qui inspire la chorégraphe, nous nous attendons à quelque chose de violent. Cependant, en introduction Anna Gaïotti précise que les spectateurs sont autorisés à se déplacer durant la représentation. On hésite entre inquiétude et curiosité. Et l'on s'attend à un texte violent, rageur, revendicatif, mais le texte de Pasolini cité en exergue et qui a inspiré la chorégraphe devrait à la fois nous rassurer mais aussi nous rendre attentif :
"Que s’est-il passé dans le monde, après la guerre et l’après-guerre?
La normalité."
Cette normalité, quelle est-elle ? Que représente-t-elle ?


Pôle Sud - Anna Gaïotti - Rage - (c) Anna Gaiotti


La chorégraphe sape - et interroge - cette normalité par le costume que porte les deux danseurs Anna Gaïotti et Clément de Boever: un pantalon noir et une chemise ou un maillot noir, les cheveux longs pour les deux qui se ressemblent ainsi étrangement, neutralisant leur genre. Et pour commencer une chorégraphie de gestes contraints, retenus, qui passent de l'un(e) à l'autre et se répètent en une violence contenue. Si ce n'était la frappe des pieds sur le sol, nous restons dans une certaine retenue. Pourtant, les intrusions des interprètes parmi le public, la traversée (même discrète et lente) des rangées de spectateurs déstabilise. La musique aussi reste dans des ambiances de douceur, que ce soit avec l'électronique, qui quelquefois est d'une discrétion que l'on se croirait à un test auditif, ou au virginal qui nous berce de sa délicatesse. 


Pôle Sud - Anna Gaïotti - Rage - (c) Anna Gaiotti


Mais pas pour tout le monde, un spectateur se déplace, le son de l'électronique part en montée de "bruit blanc", la lumière de la salle s'éteint et l'éclairage se fait en contrastes vacillants, tandis que la chorégraphie, et les frappes de pieds se font plus vigoureux. Et, alors que l'on espérait une salvatrice danse baroque plaisante et festive, dans un processus de déconstruction progressif et répétitif, sur une musique devenant martèlement de quelques accords, les danseurs s'engagent dans une décadente répétition de figures de danse baroque, jusqu'à épuisement, à en devenir masques de carnaval, mettant à distance ces figures de style stylées. La subversion insidieuse.



A Saint Paul Gavin Bryars et Claire M Singer


Entre Pôle Sud et Saint Paul, ce soir là ce n'était pas une promenade de santé mais plutôt un chemin de croix. Pour les spectateurs ayant fait le choix des deux spectacles et des transports en commun, une imprévue "alerte à la bombe" rageuse a poussé certain(e)s à la course à pied.

Musica - Gavin Bryars - Photo: Robert Becker


Par chance, la programmation de la soirée était suffisamment délicate et angélique pour rattraper la violence insidieuse qui se tapit dans les détails et les imprévus. En une suite de formations variables du Gavin Bryars Ensemble, avec ou sans la soprano Sarah Gabriel, nous avons pu entendre quelques séries de Lauda du compositeur dont on connait surtout les tubes (dont la musique du naufrage du Titanic) ou les collaborations avec des grands noms de la scène (Robert Wilson) ou de la danse (Cunningham et Carolyn Carlson). 

Musica - Gavin Bryars - Photo: Robert Becker


Ainsi, des pièces composées de 2001 à 2020, réinterprétations enchanteresses et délicieuses de chants religieux du XIIème siècle sont tour à tour interprétées par des formations rassemblant trois ou quatre instruments en formation variée: le violon, l'alto, la clarinette, la guitare électrique ou classique, le violoncelle et la contrebasse que le maître joue lui-même. Les sonorités sont délicates, les accords et échos entre les instruments et avec la voix, magnifique - à un moment la clarinette nous surprend à continuer à entendre la voix qui ne semble pas s'éteindre. 

Musica - Gavin Bryars - Photo: Robert Becker


Et l'interprétation de la soprano est exceptionnelle, autant dans la douceur et la discrétion d'une voix toute en retenue, autant dans la tenue et l'ampleur dans les extrêmes, avec une très belle tessiture. Un vrai travail de dentelle fine. Est également présentée la création mondiale des Songs for the Seven Madrigals et pour clore, The Adnan Songbook de 1996, à partir de textes de la poétesse et peintre libanaise, qu'il dirige en formation complète de l'Ensemble avec son fils qui le remplace à la contrebasse.

Musica - Claire M Singer - Photo: Robert Becker



Après une petite pause, au tour de Claire M Singer de nous enchanter de ses variations à l'orgue et à l'électronique. Avec ses composition minimaliste et précises, elle nous transporte dans des pièces où les variations sont infimes et sensibles. Nous plongeons au coeur de la musique qui nous immerge et nous transporte. 

Musica - Claire M Singer - Photo: Robert Becker

Musica - Claire M Singer - Photo: Robert Becker

Et Claire M Singer, pour nous faire profiter pleinement des potentialités de ce lieu, nous fait fait profiter également du son du deuxième orgue situé au choeur. Une très belle soirée .


La Fleur du Dimanche 




mercredi 10 septembre 2025

Pour la 36ème saison de Pôle Sud signée Joëlle Smadja, nous lui devons une fière chandelle (ou 36 bougies)

 Ca y est, c'est la rentrée ! 

Mais celle de Pôle Sud, cette année, est un peu exceptionnelle. Pourquoi ? me direz-vous ?

Mais tout simplement parce que c'est la dernière saison de Joëlle Smadja, sa directrice au long cours, celle qui a amené cette MJC (Maison des Jeunes et de la Culture) vers un CDCN (Centre de Développement Chorégraphique National). Bien sûr elle n'a pas été seule - elle a bien sûr cité l'équipe (des anciens et des nouveaux) qui l'a accompagnée sur ce parcours. Il y a eu aussi Alain Py qui lui a mis le pied à l'étrier et lui a lâché la bride et donné les rênes pour qu'elle caracole vers son destin. Elle a non seulement nourri notre soif de danse de toute sorte pendant des années mais aussi accueilli et suivi des chorégraphes, élargi les collaborations entres les structures soeurs en France et à l'étranger (par exemple le Réseau Grand Luxe) et su s'adapter à l'évolution de la danse contemporaine et à celle de la société. Ses innovations, dont le festival Nouvelles sous deux formes en juin qui s'est transformé en un coup de projecteur sur les chorégraphes féminines "L'année commence avec elles". 

Nous lui devons de belles découvertes et un compagnonnage avec des chorégraphes qui revenaient ou reviennent régulièrement, comme Mark Tompkins, Robyn Orlins, Daniel Larrieu, Georges Appaix, Régine Chopinot, Olga Mesa ou Mathile Monnier, pour n'en citer que quelques-un(e)s. 

Le programme de cette année reflète à la fois cette ouverture et cette fidélité envers des valeurs sûres qui continuent de créer et nous enchanter mais aussi envers de jeunes artistes révélés ici et qui sont en train de faire leur chemin dans le milieu et auprès du public. Je vous parlerai de la programmation en fin de billet, mais place à la danse, puisque c'est la fête et que la soirée, en plus d'être une présentation de saison, conviviale et festive propose aussi deux courts spectacles - deux belles découvertes.


Fantasie Minor - Marco da Silva Ferreira - Photo: Martin Agyroglo


La première pièce, Fantasie Minor de Marco da Silva Ferreira confronte deux danseurs, Anka Postic et Chloé Robidoux, issus du hip-hop à une musique inspirée de la Fantaisie en F mineur de Schubert, que Rui Lima et Sérgio Martins transforment et triturent. Les deux interprètes, souples et agiles, bondissent, sautent, délimitent tout en le dépassant le petit plateau carré au centre du public assis sur des bancs en extérieur dans le soleil couchant.


Fantasie Minor - Marco da Silva Ferreira - Photo: Martin Agyroglo

Tout en glissements, décalages, déplacements, tremblements, assauts et effusions, dans une précision rythmique étonnante, par superpositions et hybridations, tout comme la musique classique qui se transforme et de temps se fait envahir par des bpm d'ultrabasse, la danse varie, du classique hybridé à des danses urbaines pleines d'énergie dans une précision étonnante. La marge, le débordement, la fusion, la superposition sont interrogés avec plein d'énergie et d'élégance moderne mais aussi avec une corporalité affirmée.


Cercle - Olé Khamchanla - Photo: Ben Becker


Après un retour dans la grande salle pour la présentation de la saison 2025-26 par Joëlle Smadja, place à Olé Khamchanla pour son solo Cercle, formidable démonstration d'énergie intérieure que nous offre le danseur chorégraphe. Dans une économie de gestes, en des déplacements lents, répétés mais qui évoluent en variations infinitésimales, il pose un espace imaginaire tandis qu'émane de son corps une puissance qui rayonne et se transmet à nous. D'abord en contrejour, nous nous concentrons sur le geste de ses mains reliées qui tracent des battements d'ailes ou des mouvements enveloppants, variations subtiles et hypnotiques. Puis, la lumière se diffusant autour de lui, ces mouvements et cette énergie se transmet à l'ensemble du corps et ce sont les bras qui brassent cette énergie enveloppante en gestes ondulants, mouvements doux et tendres, et déplacements enroulants. Les attitudes et les gestes alternent entre simulations de gestes de boxe qui se fondent dans des mouvement qui pourraient ressembler à du Tai-Chi ou des sports de combats asiatiques, au ralenti. 


Cercle - Olé Khamchanla - Photo: Ben Becker


Nous sentons qu'Olé Khamchanla, originaire du Laos, s'est ancré dans la gestuelle des arts martiaux et des danse traditionnelles du pays pour les intégrer dans une sorte de cérémonie mystérieuse qui force l'attention. Sa concentration est visible et il le fait sentir à certains moments quand il nous démontre que celle-ci est fragile, que l'énergie et le fil ténu qui le relie à nous peut se briser en lâchant un instant cette densité de relation, pour nous inclure de plus belle dans son parcours. Un voyage mémorable et intrigant. En tout cas une performance impressionnante.



Découvrir la programmation faire ses choix

La saison 2025-2026 propose 26 spectacles plus les 8 du festival l'Année commence avec elles en janvier 2026. Pour vous aider à faire vos choix ou pour mieux connaître le travail des artistes invités, je vous propose quelques pistes sur la programmation et des liens vers des billets sur les spectacles de chorégraphes que j'ai déjà vus (certains d'entre eux seront aussi programmés). Vous pourrez les lire avant ou après avoir vu les spectacles.


Pour commencer, en tout honneur, Sylvain Riéjou, artiste associé qui l'était déjà et qui rempile. Vous avez peut-être vu un de ses spectacles, et il en présente trois cette année, Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver, Le Poisson qui vivait dans les arbres… (avec le dessinateur Hervé Walbecq) et Je badine avec l'amour.

Vu en 2022: Je rentre dans le droit chemin (qui comme tu le sais n’existe pas et qui par ailleurs n’est pas droit) 

et en 2024 Je badine avec l'amour


La saison commence par une collaboration avec le Festival Musica, d'une part Rage d'Anna Gïotto et Último helecho de Nina Laisné, François Chaignaud et Nadia Larché, présenté avec et au Maillon. François Chaignaud étant déjà venu à Musica en 2019 (salle de la Bourse) et en 2024 à Metz (avec Mirlitons).

Suit Marco d'Agostin avec Astéroïde - il est passé avec Gli Anni (Les Années) en 2023.

Puis Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna avec Señora Tentación. Nous avions vu A vue du duo en 2020.

How in salts desert is it possible to blossom... avait été présenté au Festival Montpellier Danse en 2024  

De Koen Augustijnen et Rosalba Torres Guerrero qui présentent Amours Aveugle, nous avions vu Lamenta en 2021.

Avec l'Année commence avec elles, nous avons des chorégrapher et danseuses que nous avions déjà vues à Pôle Sud: Marcela Santander Corvalan et Hortense Belhôte qui créent chacune un spectacle, et Louise Vanneste quant à elle nous avait montré son travail en cours en 2024. Betty Tchomanga nous l'avions vue avec Mascarade. Le même soir il y avait Bryana Friz dans le solo  Submission Submission et cette année elle danse avec Solène Wachter que nous avions vu dans For you / Not for you en 2024.

Bonus pour ceux qui l'auraient raté, Leila Ka revient avec le superbe spectacle Maldonne.

Olivia Grandville que nous avions vu dans Débandade  revient avec Le Cabaret Discrépant

Autre revenante et fidèle de Pôle Sud, Lisbeth Gruwez, avec Maarten Van Cauwenberghe qui nous annoncent Tempest. Elle était venue au moins en 2015, 2017 et 2023

Idem pour Thomas Lebrun qui nous offre Sous les Fleurs et vu en 2022 et 2024 dans des proposition totalement différentes

Pour Emmanuel Eggermont, venu en 2018, 2021 et 2025, il sera en mai à l'Opéra du Rhin avec la pièce All Over Nymphéas dansée par le CCN Ballet de l'Opéra National du Rhin.

La liste n'est pas complète, mais je conclus avec celui qui a été en résidence à Pôle Sud et y a présenté au moins sept pièces depuis 2017: Amala Dianor avec Quelque part au milieu de l'infini, The Falling Stardust, Trait d'union, Pas seulement, Siguifin, Man-Rec et M&M et qui va nous surprendre avec Dub.

Voilà, vous avez le choix, bons spectacles et bonne pioche!


La Fleur du Dimanche

mardi 25 mars 2025

Une tentative presque comme une autre à Pôle Sud: Rencontre du deuxième type de jumeaux ou être humain est politique

 En allant voir à Pôle Sud le spectacle de Clément et Guillaume Papachristou, Une tentative presque comme une autre, nous étions prévenus, ce serait un spectacle avec des jumeaux, mais qui, à priori ne se ressemblent pas. Et pourtant, l'ensemble du spectacle tente de nous montrer les ressemblances entre ces deux frères. Bien sûr, ils sont habillés pareils, des chaussures de sport, un collant noir et un tee-shirt argenté scintillant. Mais on n'arrive pas à y croire même si on a l'impression que tout est fait pour. 


C. et G. Papachristou - Une tentative presque comme une autre - Ph.: Noémie de la Faille


Avec les deux entrées et parcours sur la scène - un petit tour et puis s'en vont - on voit bien que Clément est sur son fauteuil roulant électrique et que sa mobilité c'est cette machine qui la lui permet alors que Guillaume qui termine le travail de déroulement du tapis en fond de scène, le fait sans machine ni effort et il part avec le rouleau. Et pour compléter le tableau et définitivement casser le cliché du "L'ai-je bien descendu", ces marches que les deux frères descendent ensuite, c'est bien pour nous interroger avec anxiété s'il n'arrivera pas une catastrophe au fauteuil roulant et pour admirer la performance de Clément qui porte - retient - tout le poids de tout cela, que nous y assistons. Tout en prenant conscience des difficultés quotidiennes auxquelles les personnes en fauteuil roulant sont constamment en butte. Et c'est bien sur ces questionnements et l'empathie que peuvent susciter ces situations que le spectacle est bâti. C'est aussi, justement, lorsque descendant de son "trône" et étant confronté à la fois à la pesanteur et à la difficulté de se mouvoir qui handicape Clément que nous allons pleinement nous projeter dans les séquences de "danse" auxquelles assiste dans la foulée. C'est un vrai combat, pas celui auquel nous venons d'assister, qui est plus de l'ordre du jeu entre frères et qui les rapproche, montre leurs liens, leur proximité et les complicités, presque de l'ordre de l'amour (mais on va en parler plus tard).


Clément et Guillaume Papachristou - Une tentative presque comme une autre - Photo: Baptiste le Quiniou


Pour commencer avec le coeur - ou le corps - du sujet, ce qui se passe entre les deux corps nous emmène, nous transporte littéralement en eux, nous les fait presque "incarner". Et nous prouve aussi que ce n'est pas forcément un corps athlétique ou esthétique qui va faire passer l'émotion dans un spectacle. Cette proximité, ces mouvements dont on ne se rend même plus compte qu'ils sont bornés limités, deviennent spectacle, émotion, expression. Jusqu'à ce que l'on constate que même avec du Mozart, ils n'arrivent pas au bout du disque mais juste de l'autre côté, fatigués, assoiffés et qu'ils doivent se reposer.


Clément et Guillaume Papachristou - Une tentative presque comme une autre - Photo: Noémie de la Faille


Mais c'est aussi l'occasion de devenir proche du public, même s'il n'est pas habitué, même s'il ne comprend pas la langue - et pas seulement la langue, mais l'expression d'une personne qui souffre d'une IMC - Infirmité Motrice Cérébrale - pour laquelle il faut "installer un décodeur". Et c'est là toute la qualité de ce spectacle. Nous ne sommes pas au théâtre où nous regardons quelqu'un comme une bête curieuse. Le dispositif scénique, trifrontal nous intègre nous, spectateurs, nous inclus. La proximité nous apprivoise, un peu comme le Petit Prince et le renard. Et au fur et à mesure ce que nous dit ou raconte Clément nous rend proche de lui. Et c'est lui qui devient le maître de cérémonie, c'est lui qui oriente le jeu, c'est lui qui, par ses constatations, va porter un regard critique sur sa propre vie mais aussi sur celle de son frère "intermittent du spectacle". Avec le recul et la distance, il va nous faire constater les déplorables conditions matérielles, morales, sentimentales et sexuelles auxquelles les personnes en situations de handicap sont confrontées. Tout cela sans apitoiement ou lamentation, mais avec lucidité et humour, que nous ne pouvons que découvrir, pour quelquefois en rire, tout en nous sentant solidaire. Cette solidarité qui, nous après nous avoir presque permis de fusionner avec les deux frères dans une dernière danse qui le rapproche et les mets debout, nous amène à nous unir avec Clément dans un dernier slow où les corps se fondent.


Clément et Guillaume Papachristou - Une tentative presque comme une autre - Photo: Baptiste le Quiniou


Le spectacle interroge à la fois la gémellité et le handicap mais aussi le rapport au corps et à la différence. Le chemin que fait Clément Papachristou pour se rapprocher et renouer avec son frère Guillaume en montant ce spectacle, il le partage intelligemment avec une grande sensibilité et lucidité. Sa tentative touche autant notre coeur que notre conscience. Un spectacle qui fait grandir.


La Fleur du Dimanche