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mercredi 21 janvier 2026

Louise Vanneste et Sandrine Lescourant à Pôle Sud: De la suite dans les idées, une certaine idée de la parole des femmes... et de leurs gestes

 Louise Vanneste, nous l'avions vue en plein chantier, qui à l'époque,- le 3 février 2024) s'appelait 3 Nuits. Trois jours s'y sont rajoutés et ce soir, elle nous présente 3 jours, 3 nuits. Il n'y a presque rien à rajouter et je vous livre tel quel un bout du texte que j'avais publié et qui parle bien de ce travail:

"Basé au départ sur l’idée de géologie, de tectonique, sur un texte poétique soutenu par une musique envoutante et marqué par des battements sourds installent une atmosphère enveloppante. Elle-même toute de noir vêtue, recouvre le visage également de sa longue chevelure noire et part dans des mouvements intériorisés semblables à une danse chamanique. Les mains remuent, balancent en répétition tandis que le corps plie un peu. Les bras, un moment battent à l’horizontale, puis semblent vouloir s'envoler. Mais ce sont essentiellement ses mains qui dans de superbes variations de soulèvement, de brassage, de frottements, de caresses, nous plongent dans la matérialité de cet univers. Elle danse toute en diagonales en avant en arrière, toujours le visage caché dans sa chevelure, ce qui crée une impression d’étrangeté irréelle d’être sans tête."


Louise Vanneste - 3 jours, 3 nuits

Ce qui change, c'est son costume, qui à première vue dans la pénombre du début ressemble à un pyjama fleuri et qui se révèle être un collant et, pour le haut juste un soutien-gorge. Est-ce pour mettre en opposition le côté minéral et la chair ? Apparemment la couleur noire du premier costume était un meilleur choix esthétique. Sinon, pour ce qui est de cette pièce, complète, le balancement et le jeu des mains, les diagonales en avant et arrière qui se développent et se déploient dans l'espace nous embarquent dans un étrange et intéressant voyage cathartique et les changements d'axe déploient pleinement son propos, donnent à ses mouvements une ampleur qui éclate le carré blanc dans lequel elle se circonscrit. Ses mains, ses doigt libres et véloces nous hypnotisent presque. Et l'ambiance sonore, qui répète en variation et à différentes vitesses les textes poétiques, les battements les grondements et les boucles sonores nous amènent à une conscience semi-cataleptique. 


Louise Vanneste - 3 jours, 3 nuits


Au point de nous projeter comme dans un zoom cinématographique de la matière et l'espace, dans une zone où, du feu qui craque ou de la pluie qui goutte, la pierre devient noire et nous sommes littéralement projetés dans une caverne. De là émerge, mais en retrait, hors du carré blanc de la scène, le corps agenouillé ou assis, à peine visible, la danseuse qui déploie ses bras, ses ailes, en ondulations, nous offrant devant elle, le vaste plateau blanc immaculé que notre esprit explore en y positionnant les mots que nous transmet la bande son: jaune, orange, bleu, rouge, degrés, érosion,,.. Et elle nous laisse continuer dans le noir.....


Changement de style, mais pas de propos avec RAW une pièce présentée avec le TJP - CDN de Strasbourg.La chorégraphe Sandrine Lescourant a fait un parcours singulier et complet dans la danse pour arriver à un engagement social et à la danse hip-hop et aux battles. Dans cet univers très majoritairement masculin, elle offre la plateau à quatre femmes. Curieusement d'ailleurs pour commencer, on pourrait s'y tromper, les quatre silhouettes qui se tiennent immobiles, debout en fond de scène ont une apparence très masculine avec leur pantalons et leur veste à capuche, devant des couvertures de survie argentées qui tapissent le fond de scène et également les deux côtés de la scène. Mais l'incertitude est de courte durée quand elles libèrent leurs cheveux et se mettent à danser en criant "We get war". 


RAW - Sandrine Lescourant


Mais par la suite, on se rend compte que l'esprit des battles c'est aussi la collaboration, le soutien des unes aux autres, la prise de relais et le dialogue, les renvois, la solidarité, l'individuel et le collectif. Collectif qui s'étend jusqu'à la salle dans laquelle, après que chacune s'est présentée, les spectateurs sont sollicités pour être actifs, en tirant des cartes et désignant successivement celle qui, après avoir parlé de sa motivation, de son parcours, ses préoccupations, ses priorités, elle va se trouver au centre de la scène exposée et active avec "sa" performance. On y découvre Ashley Beckett, et son style plutôt krump, sa famille, ses retrouvailles avec elle-même, son courage, et ses 33 ans (alors qu'elle en paraît 25 ou même 20 !) qui commencent à lui peser sur le souffle. Lauren Lecrique nous conte son "explosion" à l'âge de six ans et le sauvetage par la danse, l' "énergie" que cela lui apporte et qu'elle transmet à ses proches et à sa famille (sa nièce), le calme de son petit village en Provence dont elle a gardé l'accent, la petite chapelle accrochée à la falaise. Mwenda Marchand, qui vient du Kenya et dont la révélation a été le "pardon" de l'être suprême et Sonia Ivashchenko, l'Ukrainienne qui de désarroi déchire sa carte, et, comme les autres bénit l'esprit de groupe, la sororité et la joie, la reconnaissance qu'apporte la danse, cette danse, ce groupe, le Hip-Hop et ses règles sociales en terme de solidarité et d'apaisement dans ce monde qui cherche ses repères. Mais chacune avance, partage et, en dansant exprime ce qui la fait mouvoir, s'intégrer. Et elles dansent, comme si elles étaient dans la rue, avec et au niveau des autres, se rendant bien compte qu'elles sont sur un plateau, au-dessus de nous, à être en spectacle et en représentation, à nous exposer leur vie et leurs soucis. Mais heureusement que leur motivation, ce qui leur donne de l'énergie c'est la danse, les battles, le hip-hop, toutes sortes de hip-hop, et elles en font une démonstration presque pédagogique en invitant le public à monter aussi sur scène (ce qui semble devenir une règle en fin de spectacle - mais là c'est vraiment inscrit dans le programme parce que la DJ Mab'ish (Isabelle Clarençon) fait un DJ set à l'issue de la pièce.


Pôle Sud - DJ Set - Mab'ish - Photo: Robert Becker

Et tout le monde est content, les danseuse et la chorégraphe parce qu'elles ont pu s'exprimer et partager avec le public leurs préoccupations profondes et le public parce qu'il finit la soirée en se lâchant sur scène sur des musiques dansantes. 


La Fleur du Dimanche 


3 jours, 3 nuits

Pôle Sud, le 20 et 21 janvier - 19h00

Conception, chorégraphie et danse : Louise Vanneste
Son : Cédric Dambrain
Dramaturgie : Sara Vanderieck
Scénographie : Arnaud Gerniers en collaboration avec Esther Denis
Éclairage : Arnaud Gerniers
Voix : Véronique Dumont et Betty Lamoulie
Assistante chorégraphique : Anja Röttgerkamp
Regard extérieur : Paula Almmiron
Production, diffusion et administration : Alix Sarrade (Alma Office)

Production : Rising Horses
Coproduction : Charleroi danse, POLE-SUD CDCN Strasbourg et les Brigittines – Bruxelles
Avec le soutien de l’Atelier de Paris
Avec l’aide de la Fédération-Wallonie-Bruxelles



Pôle Sud, le 20 et 21 janvier - 19h00

Chorégraphie : Sandrine Lescourant
Avec : Ashley Beckett, Mwendwa Marchand, Lauren Lecrique, Sonia Ivashchenko
Lumières et scénographie : Esteban Loirat
Production : Garde Robe
Coproduction : Collectif FAIR-E / CCN de Rennes et de Bretagne
Avec le soutien de la coopérative artistique des Micro-Folies, du TPE de Bezons, l’Etoile du Nord ; le Théâtre Louis Aragon, Scène conventionnée d’intérêt national Art et création danse (Tremblay-en-France).
La représentation a bénéficié d’une aide à la reprise et d’une diffusion du réseau Sillage/s avec le soutien de la DGCA/ Ministère de la culture.

DJ SET
Avec DJ Mab’ish
ME 21 JAN à l’issue de la représentation

dimanche 5 octobre 2025

Dance Marathon Express de Kaori Ito au TJP: De l'énergie, de la vitalité, du sacrifice

 Le marathon c'est de l'énergie, une course, une trajectoire et de la durée. C'est aussi un certain état de corps, de la dépense, de l'épuisement, de la fatigue, une épreuve. Historiquement, un marathon c'est une très, très longue course pour annoncer une victoire (en Grèce il y a plus de 2.500 ans) et aux Etats-Unis, les marathons de danse se développent à la fin des années 20, au moment de la Grande Dépression, et on y assiste à des compétition de danse de couples qui peuvent durer des jours, ceux qui tiennent le coup empochant des primes.


Dance-Marathon-Express - Kaori Ito - ©大洞博靖


Le spectacle de Kaori Ito au TJP, Dance Marathon Express, s'appuie bien sûr sur cette idée de compétition, comme dans la Break Dance ou les compétitions de chansons ou de danse. Il y a même un combat de catch chorégraphié avec humour. Mais le moteur essentiel du spectacle, qui lance le rythme, c'est la danse, toutes sortes de danses, au Japon, à travers le siècle qui vient de passer. Le récit se fait par un retour en arrière avec le contexte qu'on nous présente en commentaire et qui nous permet de découvrir les différentes vagues et modes de musique et de danse qui ont traversé la culture du pays, avec, en éclairage, le contexte culturel, économique et politique lié à ces changements. Et cela d'un manière simple et claire, dans une dramaturgie sans point mort, à couper le souffle, comme dans un marathon. 


Dance-Marathon-Express - Kaori Ito - ©大洞博靖


Dès le premier tableau, les huit danseuses et danseurs, cinq japonais et coréen et trois européens, dans de magnifiques costumes créés par Aya Kakino, nous éblouissent par des démonstrations de danses, du classique au contemporain en passant par des acrobaties, du cirque, de la gestuelle break dance ou de robot ou plus romantique. Chaque interprète se construit son caractère tout en collaborant à une dynamique pour le groupe. C'est d'ailleurs par une chorégraphie de groupe que l'on commence à remonter le temps pour l'année 2010 où tout s'accélère encore et où l'on est emporté par le tourbillon. On plonge dans la fin des année 1990 avec une superbe interprétation à couper le souffle de Léonore Zurfluh du tube planétaire I Will Alvays Love You de Whitney Houston. Cette pause "émotion" offre au reste de l'équipe une judicieuse parenthèse "changement de costumes". 


Dance-Marathon-Express - Kaori Ito - ©大洞博靖 Hiroyasu Ōhora


Il faut avouer que les suivants - et ils sont nombreux - passent totalement inaperçus et à chaque fois nous sommes émerveillés par leur beauté et leur justesse, que ces soient des tenues discos, des vêtements colorés et fleuris de la période "Peace and Love", des vestes à paillettes tout à fait rock n'roll, ou plus sérieux à l'époque des danses de couples. Pour en arriver, au début du siècle dernier, à l'époque où s'enracine le récit qui émerge au fur et à mesure de ce parcours rétrospectif: ce récit de sacrifice de l'auteur Kenji Miyazawa, à ces costumes sobres et noirs des paysans qui dansent en rond, pieds nus, une danse de fertilité. Le récit de sacrifice et de rédemption est une ligne à suivre dans le contexte de pauvreté et de misère - même pas de chocolat - qui a engendré les kamikazes et les kaitens (hommes-torpilles). Et le pays s'est raccroché, suites aux désastres de la guerre contre les Américains, et la Corée, aux chansons et aux danses, qu'elles soient autochtones, comme avec Shizuko Kasagi, devenue la "reine du boogie woogie" d'après guerre, de France avec Edith Piaf entre autres ou plus tard les musiques venues d'Amérique. Un enchainement de superbes chansons donc, qui font la formidable bande son du début de ce spectacle.


Dance-Marathon-Express - Kaori Ito - ©大洞博靖


Ce voyage qui remonte le temps pour plonger dans la culture et l'âme nipponne se construit aussi avec un "lieu" insolite et inattendu, les toilettes. Le lieu où les danseurs font étape, pour différentes raisons, pour se reposer, s'isoler, se retrouver seul(e) avec soi-même, dans sa bulle, tranquille et invisible. C'est là aussi que l'on peut lire et s'évader ailleurs sans se faire déranger, et là où l'on va trouver, dans les toilettes, le livre de Miyazawa Les pieds nus de lumière. C'est là qu'on lira les premières phrases de ce livre grâce auxquelles vont se matérialiser les personnages. Ceux-ci prendront le relais de la fête pour nous emmener dans un voyage dans la montagne, les brumes et la neige. Un voyage initiatique où l'on va comprendre le monde d'alors où les règles, même si elles semblent cruelles, seront  acceptées parce qu'elles annoncent avec bonheur et espérance un monde meilleur. 


Dance-Marathon-Express - Kaori Ito - Photo: Anais Baseilhac


Kaori Ito, avec l'assistance d'Adeline Fontaine, arrive, à l'instar du livre de Kenji Miyazawa, à nous embarquer dans un récit lucide et une analyse simple mais efficace d'une culture et d'un pays en insufflant une dynamique à ce spectacle dont le rythme dans faille nous accroche. Et son choix des danseuses et des danseurs - certain(e)s avec qui elle a l'habitude de travailler - et avec lesquel(le)s elle a travaillé un certain temps, entre autre au Kanagawa Art Theater de Yokonawa - est judicieux. L'idée de mélanger des artistes venus de pays différents, ne sachant pas parler la langue de l'autre a aussi permis d'approfondir le dialogue corporel. Et il faut surtout noter la grande qualité de ces interprètes, chacun dans son style de danse (dont la danse du singe), mais aussi capable d'être acteur et de dire son texte et de chanter - une mention à Yu Okamoto et sa voix qui monte haut pour interpréter un magnifique tube japonais. 


Dance-Marathon-Express - Kaori Ito - Photo: Anais Baseilhac


Par la grâce de ces multiples qualités, la petite troupe nous embarque sur un rythme tonitruant à un très beau panorama de la culture musicale d'un pays pour nous introduire dans le mystère des récits ancestraux, basculant d'un univers vers un autre, dont l'un et l'autre s'éclairent d'une lumière réciproque, la philosophie cachée du marathon de danse et les traditions séculaires d'un pays qui se construit sur la pauvreté, aboutit à une certaine idolâtrie des stars de la chanson. Au final un spectacle décoiffant et enthousiasmant à découvrir et à creuser.


La Fleur du Dimanche


DANCE MARATHON EXPRESS
Du 3 au 11 octobre
Tournée 2025
→ 15 et 16 octobre : CDN de Normandie-Rouen, les Anges au plafond, Rouen
→ 17 octobre : Théâtre de l’Arsenal, Val-de-Reuil


Distribution

Interprètes Aokid, Noémie Ettlin, Yu Okamoto, Issue Park, Rinnosuke, Sato Yamada, Ema Yuasa, Léonore Zurflüh
Direction artistique et chorégraphique Kaori Ito
Dramaturgie Keishi Nagatsuka & Améla Alihodzic
Collaboration artistique : Adeline Fontaine
Assistance à la chorégraphie Marvin Clech
Lumières Maki Ueyama, Thibaut Schmitt & ArnO Veyrat
Son Yuko Nishida & Eric Fabacher
Costumes Aya Kakino
Scénographie Kaori Ito & Anthony Latuner
Traduction et création sous-titre Ritsuko Kato
Construction Anthony Latuner
Coaching Drag Queen Bibiy Gerodelle
Régisseur général Mehdi Ameur
Production Mélodie Derotus, Hugo Prévot, Pauline Rade, Naomi Ushiyama, Chihiro Ogura
Développement Pauline Rade
Photos Anaïs Baseilhac & 大洞博靖  Hiroyasu Ōhora

vendredi 11 mars 2022

PINOCCHIO (LIVE) #2 aux Giboulées de la Marionnette: La fabrique de pantins vivants

 Le mythe de Pinochio revu au goût du jour. 

Tout commence comme dans une cour de récréation dans PINOCCHIO (LIVE) #2 d'Alice Laloy et sa compagnie "S'appelle reviens". Dans la salle de concert du Palais des Fêtes rénové - je n'ai pas souvenir qu'il y ait eu une inauguration de cette salle depuis les travaux de rénovation - les spectateurs sont assis en rangées face à face et un genre de locomotive "musicale" sur laquelle des gamins discutent bruyamment est poussée sur le plateau entre les spectateurs avec cloches et percussion. 

Pinochchio (Live) #2 - Alice Laloy - Photo: Jean-Louis Fernandez


Brusquement le silence se fait, des battements repris par les enfants rythment la procession de dix personnages en blouse grise qui poussent sur ses roulettes un appareillage avec une planche à laquelle est accrochée, entre autres, une  chaise à l'envers. S'ensuit, après trois petits tours l'installation de ce qui ressemble à un établi, table à dissection dans un beau désordre organisé. Cela assemble et frappe à grand coups de maillets en bois et la tâche achevée, nouvelle procession stoïque et hiératique avec ces tables à roulette.

Pinochchio (Live) #2 - Alice Laloy - Photo: Jean-Louis Fernandez


Et surprise, ces dix établis vont recevoir chacun un enfant habillé d'un genre de barboteuse de bébé, jambes et bras nus. Et l'on va assister à la fabrique des pantins en direct live. Les dix "artisans" dans leur blouse grise vont s'affairer chacun(e) de leur côté pour "fabriquer" dix pantins avec leurs ficelles de marionnette. Etrange moment où l'on assiste à la naissance de ces jeunes corps qui deviennent d'étranges objets inanimés tout en ayant encore apparence humaine. Les différentes étapes de cette transformation sont assez originales et quelquefois surprenantes. Une distance se crée et nous recherchons les enfants que nous avions vu arriver sous cette transformation.  

Pinochchio (Live) #2 - Alice Laloy - Photo: Paulina Pisarek


Une nouvelle procession - présentation de ces créatures amène leur installation en rond sur les chaises au centre de la scène. S'ensuit une magnifique séance de "lâcher-prise" où l'on admire la parfaite maîtrise de leur corps de ces jeunes interprètes qui glissent de leurs chaises et s'affalent inanimés à terre. Mais ils ne tardent pas à tenter de revivre par soubresauts et jaillir en l'air, dans des gestes cherchant à se tenir debout, mais sans succès. La scène est émouvante, cette volonté d'accéder à un souffle de vie. Finalement, ça y est, dans des gestes gauches, les yeux faussement ouverts, tous se redressent et expérimentent un semblant d'existence, tout d'abord chacun sans sa bulle pour finalement tenter la relation et se retrouver dans une énergie de groupe.... Et retrouver chacun leur créateur qui les délivre de ce simulacre de conte de fée auquel nous avons nous aussi cru...


La Fleur du Dimanche 


PINOCCHIO (LIVE) #2

Dans le cadre des Giboulées de la Marionnette du TJP - Centre Dramatique National

Au Palais des Fêtes à Strasbourg - vendredi 11 mars 18h30 - samedi 12 mars 11h00


CONCEPTION ET MISE EN SCÈNE ALICE LALOY  
COMPOSITION SONORE ÉRIC RECORDIER 
CHORÉGRAPHIE CÉCILE LALOY, ASSISTÉE DE CLAIRE HURPEAU  
CONSEIL ET REGARD CONTORSION LISE PAUTON ET LUCILLE CHALOPIN 
SCÉNOGRAPHIE JANE JOYET 
COSTUMES ORIA STEENKISTE, CATHY LAUNOIS ET MAYA-LUNE THIEBLEMONT 
ACCESSOIRES BENJAMIN HAUTIN, MAYA-LUNE THIEBLEMONT ET ANTONIN BOUVRET 
RÉGIE GÉNÉRALE ET LUMIÈRE  JULIENNE ROCHEREAU 
RÉGIE SON LUCAS CHASSERE 
AVEC LES ENFANTS-DANSEUR·EUSE·S DU CENTRE CHORÉGRAPHIQUE DE STRASBOURG ET LES ÉTUDIANT·E·S COMÉDIEN·NE·S DU CONSERVATOIRE DE COLMAR 
ACCOMPAGNÉ·E·S PAR LES PERCUSSIONNISTES NORAH DURIEUX ET ELLIOTT SAUVION LALOY 
PRODUCTION, ADMINISTRATION, COORDINATION ET COMMUNICATION SOTIRA DHIMA, THOMAS CLÉDÉ, JOANNA COCHET ET ROMANE BRICARD

mardi 28 septembre 2021

Trust me tomorrow du collectif norvégien Verdensteatret à Musica: Ne pas en croire ses yeux

Il y a une semaine, je saluais, à l'occasion du concert Deaf, not Mute l'ouverture du  Festival Musica pour des expressions inhabituelles, en particulier la musique pour personnes malentendantes. Le concert Trust me tomorrow de Verdensteatret présenté avec et au Maillon, avec la collaboration du TJP - Centre Dramatique National - cette fois-ci explore si l'on peut dire l'aspect "malvoyant" de l'expression artistique. Le collectif norvégien qui travaille depuis de nombreuses années - il a été fondé en 1986 à Oslo - et qui explore les interactions entre artistes de différents domaines (poètes, peintres, vidéastes, musiciens, informaticiens...), proposent avec cette pièce une exploration du monde des cavernes et de l'obscurité. 

Musica - Maillon - TJP CDN - Trust me tomorrow - Verdensteatret - Photo: lfdd

Le plateau est souvent plongé dans un noir absolu. A un moment, un projecteur de cinéma semble projeter des images sur le fond de scène, mais quand la pellicule est arrivé au bout, les images continuent en s'élargissant. Ces images, très belles et irréelles alternent avec des moments d'obscurité habités de sons, dès le début, sons indéfinis, dont nous n'arrivons pas à définir l'exacte provenance, certaines fois oscillant entre beuglement de vaches ou bêlement de brebis, chant de cigale et de grillons, crissements d'insectes ou craquements, grattements et petites percussions, frottements, grésillements, cliquetis, bruit de pluie, pépiements et chants d'oiseaux sans compter les sons d'instruments que nous imaginons: cor, trobone, trompette,...

Musica - Maillon - TJP CDN - Trust me tomorrow - Verdensteatret - Photo: lfdd

L'obscurité nous rends attentifs à cette diversité et cette profondeur sonore, de temps en temps le son "tourne", de temps en temps nos voyons une ombre - quelquefois soudainement éclairé jouant d'un instrument, ou semblant être la source d'un bruit. Les flashes de lumière, violents nous laissent un écho lumineux qui nous aveugle et nous remet dans le noir. Deux paires de mains semblent par imposition guider une lampe rampant sur le sol, des plumes sautent sur des tambours blancs, des grottes minuscules traversent les airs. 

Musica - Maillon - TJP CDN - Trust me tomorrow - Verdensteatret - Photo: lfdd

Et, vers la fin, après une séquence vidéo où une dune se métamorphose au rythme de la musique qui la creuse dans sa matérialité, apparaissent dans un clair-obscur des musiciens jouant d'instruments étranges et qui, pour clore le spectacle, donnent une dernière aubade avec des instruments blancs comme des os, émettant de flashes éblouissants. Une bien surprenant manière de nous rendre attentif aux sons qui nous entourent, qu'ils soient familiers ou inhabituels.


La Fleur du Dimanche

mercredi 23 juin 2021

Terairofeu au TJP pour les Narrations du Futur: Ce n'est pas que du vent, il y a aussi la poésie de l'air et du feu...et de l'eau et de la Terre

Suite du Temps Fort des Narrations du Futur au TJP - Centre dramatique National à Strasbourg avec le spectacle de La Belle Meunière de Pierre Meunier et Marguerite Bordat Terairofeu.

TJP Strasbourg - Terairofeu - La belle Meunière - Louison Alix - Photo: Marguerite Bordat

On n'y brasse pas que du vent, même si le vent, dans nos têtes et dans celle des jeunes têtes blondes sont à l'unisson avec les deux jeunes artistes Louison Alix et Simon Anglès qui sont sur un plateau recouvert d'une bâche plastique et entourés de petits banc. Le spectacle joue sur la proximité et le vent souffle un air de fête, que ce soit avec des sacs en plastique ou des canons à fumée qui font des ronds et illuminent le ciel. On sent une volonté de récupération écologique, dynamique et inventive et les grosses poubelles noires vont rythmer de différentes manière la narration: Chambre d'écho fabuleuse, arbres, colonnes doriques, boites à sons ou à lumière, réserve de boyaux ou d'instruments de musique, gouffres et supports, refuges et boite de résonnance, élevage de pois sauteurs sous les vibrations ultra-basses, foyer intime ou source de reflets qui vont faire voler les oiseaux de mer pour clore le spectacle. 

TJP Strasbourg - Teraireofeu - La belle Meunière - Simon Anglès - Photo: Marguerite Bordat

La mer qui l'avait ouvert en vagues ondulantes ou même dressées et inquiétantes. De même, le couvercle de ces poubelles sera un parapluie d'où ruissellent des flots argentés enveloppant la jeune fille et la transformant en sirène. Sirène qui devient sorcière et taquine le public. La pièce invente un monde de poésie à partir de peu, poésie des objets, poésie des mots-valises qui affublent les personnages de noms de princesses, ducs et duchesses surréalistes et qui se transforment au gré d'accessoires de fortune. Tout un imaginaire, de rêverie simple en partant des quatre éléments primaires, et l'on s'y laisse bercer.

TJP Strasbourg - Terairofeu - La belle Meunière - Photo: Marguerite Bordat

La Fleur du Dimanche.

TERAIROFEU

Au TJP - Du 20 au 23 juin 2021 dans le cadre du Temps fort" "Les Narrations du Futur", présenté par le Maillon et le TJP - Centre Dramatique National - Grand Est


CONCEPTION, MISE EN SCENE MARGUERITE BORDAT ET PIERRE MEUNIER 

TEXTE PIERRE MEUNIER 

JEU LOUISON ALIX, SIMON ANGLES, JEFF PERLICIUS 

LUMIERE HERVE FRICHET 

SON HANS KUNZE 

REGIE GENERALE, CONSTRUCTION JEFF PERLICIUS

mardi 15 novembre 2016

Quescequetudeviens? La triangulation du double de la danseuse - Terre, Feu et Eau

Une pièce d'Aurélien Bory saura toujours nous surprendre, nous attendre là où on ne pensais pas la trouver...


Quescequetudeviens? - Aurélien Bory - Stéphanie Fuster


Quescequetudeviens? question à perdre haleine à une danseuse qui se lance dans le flamenco à bout de souffle nous présente la trajectoire de vie d'une jeune femme Stéphanie Fuster qui est à la fois le sujet et l'action de cette nouvelle création de celui que l'on peut appeler à juste titre "magicien de la scène" (voir le billet du 11 avril 2015 sur son précédent spectacle).


Quescequetudeviens? - Aurélien Bory - Stéphanie Fuster

Parce qu'Aurélien Bory, avec un espace, de la lumière et de l'action - ici en l'occurence la danse flamenco magnifiquement interprétée par Stéphanie Fuster - nous emmène dans un parcours sans faille ni brèche sur un fil de vie qui se déroule sur une heure de spectacle et une scène dont on ne pressent pas les transformations qu'elle va subir.


Quescequetudeviens? - Aurélien Bory - Stéphanie Fuster


Il faudrait d'ailleurs, comme pour les tours de magie ne rien révéler du spectacle, ne pas dévoiler le fil qui se tisse du début à la fin, de la naissance d'une passion à la fin,l'épuisement,l'agonie.
Ne pas parmer de la magie de ce corps qui se dédouble pour devenir dormeuse, masque, coiffe, ne pas de cet espace que l'on croyait ouvert et que devient piège, cage, tableau sur lequel on épingle des trophées du corps féminin - où le rouge de la vitrine à femme devient anthropométrie papillon.
Ne pas dévoiler les dialogues du double de la danseuse qui se perd dans son image muette et séparée ou araignée d'eau sur un miroir magique.


Quescequetudeviens? - Aurélien Bory - Stéphanie Fuster


Mais nous pouvons dire que la scénographie d'Aurélien Bory suit un parcours sans faute, que les maginifiques lumières d'Arno Veyrat transcendent l'espace et nous emmènent d'un tableau à l'autre dans une fluidité remarquable et que surtout, avec ses deux complices,  musicien et chanteur - José Sanchez à la guitare et Alberto Garcia au chant, dont on sent le dialogue à trois - la performance dansée de Stéphanie Fuster est un parcours sans faute. Elle sait varier les plaisirs, les styles, tout en maitrisant superbement la technique et en tout en restant attachée à l'âme du flamenco, elle est définitivement contemporaine (le passage, entre autres, chez Israel Galvan est sensible). Et surtout, il faut bien avouer que Stéphanie Fuster danse magnifiquement ce qu'elle sent comme l'âme du flamenco.


Quescequetudeviens? - Aurélien Bory - Stéphanie Fuster

A voir absolument.

Un petit apperçu pour vous donner envie d'y aller vous-même:


La Fleur du Dimanche  


Quescequetudeviens? 
Pièce d'Aurélien Bory - Compagnie 111
pour Stéphanie Fuster
Au TJP Grande Scène
le 15 et 16 novembre 2016 à 20h30
Bord de scène le 16 novembre

A venir le 19 mars 2017 à 15h00 et 17h00
COPRS NOIR
Installation Performance d'AUrélien Bory pour Stéphanie Fuster
Au MAMCS - Strasbourg

mercredi 25 novembre 2015

Forbidden di Sporgersi: la sculpture du théâtre

Pierre Meunier et sa Belle Meunière est un habitué des scènes strasbourgeoises (le TNS et le TJP depuis de nombreuses années - nous en avions parlé en 2012: La Fleur du dimanche mue), mais cela n'empêche qu'il nous surprend quand même à chacun de ses spectacles.
Avec la proposition d'explorer le monde intérieur de Babouillec, en se basant sur "Algorithmes éponimes", le livre cette auteure autiste, notre curiosité était titillée et Pierre Meunier et sa troupe foutraque nous a gaiement introduit dans cet univers en chantier et décalé.


D'abord un monde faussement transparent et rayé qui est aussi un miroir et que Pierre Meunier entouré  de ses trois compères, Satchie Noro, Frédéric Kunze et Jean-François Pauvros essaient de faire tenir debout ou de reconstruire prouve que le monde est mouvant mais encore en chantier.

Forbidden di sporgersi - ©Jean-Pierre Estournet


Trouver sa place, sentir son corps, le relier à la tête, savoir se servir de ses mains ou se battre contre le Molloch de la technique et de l'énergie intérieure ou de l'espace est un long travail de construction qui amène à la parole, au son, un chemin perturbé par de violents parasites.


Forbidden di soprgersi par culturebox


L'univers est hostile, mais il faut se coltiner la matière, mais Pierre Meunier, artisan bricoleur et performeur de matière nous happe dans cet univers à la frange de l'espace dans un voyage intérieur de la tête décollée du corps, pour essayer de recoller les morceaux, faire le lien, faire passer les fluides. 

Forbidden di sporgersi - © Jean-Pierre-Estournet

Entre chaos et instants magiques, le vie essaie de trouver un équilibre, une mélodie de bonheur - il faut saluer la performance à la guitare de Jean-François Pauvros et le ballet aérien de Satchie Nauro qui essaie de redresser ce monde instable et de calmer la nature.   
Pour finir par "RIEZ" et retourner vers le "RIEN" après le grand chambardement.


Forbidden di Sporgersi
du 25 au 27 novembre à 20h20 au TJP Grande Scène

Bon spectacle

La Fleur du Dimanche


samedi 21 mars 2015

Lombric, un spectacle vers l'uni(vers) souterrain (ou intérieur) de Joseph Kieffer et Marie-Pan Nappey

Nous connaissions Joseph Kieffer artiste-plasticien et plutôt organisateur de performances explosives ou d'installation non dépourvues d'humour, il a aussi un rapport ludique avec le corps et le mouvement et nous avions pu jouer avec ses boules de pétanque "volantes" dans son atelier à la Semencerie à Strasbourg.

Nous ne sommes donc pas surpris de voir ce "Lombric" aux mille vies se transformer d'un "mobile" ludique en un objet d'expérimentation interactif et en un spectacle - pas que pour petits - donné actuellement* au TJP - Centre Dramatique National (avec un chantier ce samedi de 13h00 à 16h00 autour du Lombric).

Le spectacle tout entier est une expérience, dès l'entrée dans la salle puisque l'on explore les entrailles nocturnes du "TJP grande scène" et que l'on passe à côté d'un boyau (une goulotte à gravats qui va accoucher du lombric lui-même) avant d'arriver à un espace (la scène du théâtre) où nous allons nous installer comme dans un cirque...


TJP - spectacle "LOMBRIC"  - Joseph Kieffer - Marie-Pan Nappey - Photo: Benoit Schupp

Et le spectacle commence, avec des bruits bizarres (l'arrivée sur scène de ce lombric, grande masse d'un mètre cinquante et de cent cinquante kilos) et une suspension en bonne et due forme de la "bête" à son dispositif magique.

Et là, nous, spectateurs allons faire l'expérience de la connaissance de cet animal que la danseuse-performeuse Marie-Pan Nappey va apprivoiser au fur et à mesure dans une approche-découverte de ce mobile ondulant rythmée par des instants noirs et des percussions.

Le spectacle sera cette lente approche et la relation qui va osciller entre séduction, amour et violence entre la danseuse et "l'animal ondulant" entre des danses ondulantes et de franches bagarres, intégrant également le spectateur dans cette amour "risqué"et lui faisant expérimenter la proximité risquée de ce "Lombric", animal préhistorique et objet transitionnel.
Les percussions de Pascal Benoît et Jean-Charles Mougel participant pleinement à cette montée en extase et en tension. Il ne faut pas oublier les lumières judicieuses de François Blondel et la régie de Fanny Bruchi qui participent à créer toute cette belle atmosphère.
Vous avez encore ce samedi de ce dimanche pour vous rendre (avec vos enfants ou petits-enfants à ce spectacle prenant.

Pour vous présenter le lombric, voici des images de l'animal (et de la danseuse):



Bon spectacle

La Fleur du Dimanche