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jeudi 15 février 2024

Locomotion Templar el templete d'Israel Galvan au Théâtre des Abbesses: le Fou en son Temple

 Israel Galvan, nous le savions déjà, a une tendance vers le divin (voir le billet sur FLA.CO.MEN vu en 2016). Avec sa dernière création Locomotion Templar el templete, Israel Galvan nous offre un détour vers le son et continue de balayer de manière iconoclaste son approche du flamenco. C'est vrai qu'il a, au départ eu plus de reconnaissance en France que dans son pays, porteur de la tradition de cette danse. Et son approche décoiffante de la tradition surprend, et c'est pour cela qu'on l'apprécie. Il a une conception originale de la danse, l'incarnant d'une manière particulière, la vivant totalement dans son corps, mais il met aussi l'accent sur le son, tous les sons, la musique, le rythme, la frappe des pieds et des mains, et les variations qui sont partie intrinsèque de sa danse. Avec cette création qui tire son origine d'une expérience réalisée à Rome au Tempietto de San Pietro in Montorio où il dansait à l'intérieur de ce petit temple, mais où le public ne le voyait pas, étant à l'extérieur, il a continué à explorer ce rapport sonore à la danse. En la menant presque à une expérience limite. 


Locomotion Templar el templete  - Israel Galvan - Photo: Laurent Philippe 


Car, ce danseur aux chaussures de flamenco arrive en pantoufles et commence à se déchausser et à danser sur un matelas pneumatique dont il nous a, au départ, fait entendre le son, le souffle du gonflage. Comme s'il insufflait la vie dans cet objet qu'il rend vivant devant nous. Et ce sont les très discrets bruits de ses pas qui sont les prémices de son "concert dansé" car c'est bien de cela qu'il s'agit au départ. Une fois qu'il nous a installé dans ce presque silence, fait de petits frottements sur le sol et la matière, puis de sa frappe sur ce matelas gonflable, un peu comme ce templar, cette attente du début, dans la danse, qui dure et qu'il fait s'étirer, le son qui va être amplifié et envahir l'espace sonore. Un peu comme si nous rentrions avec lui dans cet univers étrange surprenant, vide de son son habituel. Il nous propose une magnifique danse, habité de sa prestance, altier et expressif, déconstruisant l'image traditionnelle du flamenco. 


Locomotion Templar el templete  - Israel Galvan - Photo: Laurent Philippe 


Puis vient une  jeune comédienne du Théâtre de la Ville, Ilona Astoul, qui pour commencer lit des textes surprenants comme cette recette pour faire fondre le chocolat, autre temps d'attente... Tout doucement, et le percussionniste, Antonio Moreno, et Juan Jimenez Alba au saxophone posent un tapis sonore discret, tandis qu'Ilona Astoul continue à nous lire des textes dont la Métamorphose de Kafka, textes soit en français, soit en espagnol et Israel Galvan dialogue des pieds avec eux. Et nous embarque dans son voyage du rythme et du son, dégonflant le matelas, il va ainsi passer sur des sonorités variées après avoir enfin chaussé ses bottines à talon, une grille métallique, un genre de frottoir en lames de bois et pour finir une plaque noire sur laquelle il va nous montrer tout l'art de son flamenco personnel, dans une longue montée en puissance. 

Locomotion Templar el templete  - Israel Galvan - Photo: Laurent Philippe 


Autant par le geste, altier entier, puissant et habité, que par les frappes répétées, hypnotisantes, appuyées par la montée en tension également des percussions et du saxophone, saxophone échangé à un certain moment par une corne qui gémit et pleure un son ininterrompu. Surgissent aussi au loin des sons de fanfares populaires qui dérivent vers une version adaptée ressemblant aux fanfares et sonneries du concerto d'Aranjuez. Et le maitre nous emmène dans un jeu de rythme où l'on est fasciné à la fois par le son et les frappes du pied et de tous son corps perché sur con cercle sonore. Une expérience extatique qui nous laisse exténués et comblés.


La Fleur du Dimanche


Locomotion Templar el templete


Au Théâtre des Abbesses

du 15 au 24 février 2024 


GALVÁN COMPANY
Conception & chorégraphie Israel Galván
Locomoción Templar el templete
Son Pedro León / Félix Vázquez
Lumières Valentin Donaire
Direction technique Pedro León
Régisseur de plateau Balbi Parra
Management Rosario Gallardo
Avec
Israel Galván
Antonio Moreno, percussions
Juan Jimenez Alba, saxophone et instruments à vent
Ilona Astoul

vendredi 1 avril 2022

Arsmondo Tsigane continue en Flamenco enflammé, et pas de fumée sans Papusza

 Le voyage tsigane proposé par l'Opéra National du Rhin continue à la Cité de la Musique et de la Danse à Strasbourg, dans une soirée flamenco en hommage à Papusza A Traves del Humo, Papusza avec deux pointures du flamenco. D'abord, et excusez du peu, Bogumila Delimata dite la Bogusha, danseuse de flamenco qui avait créé en 2006 le groupe Lacho Drom. Ce soir elle est accompagnée par le musicien, chanteur et compositeur de flamenco de Barcelone Cristobal Osorio et sa guitare véloce, dont l'inspiration s'est développée dans la région de Séville, Cadix, et Malaga, entre autres. 


A traves del Humo, Papusza - Bogumila Delimata - Chritobal Osorio


Leur duo est riche et généreux. Il démarre dans un coup de vent autour d'une table avec un bouquet dans un vase bleu, elle en costume rouge éclaboussant, lui en blanc frappant la table en rythme, elle chantant de sa belle voix enracinée et déjà le voyage commence, alors que derrière eux défilent des images colorées et peintes. Puis elle se lève et se met à danser avec ferveur un flamenco enraciné et flamboyant. Puis, c'est Cristobal, s'accompagnat à la guitare qui nous chante des airs tsiganes rythmés de frappes du pied et du talon. Et pendant près d'une heure, entre chansons d'amour et chanson d'amour (puisque tout est amour comme le dit Bogumila) des chansons tsiganes, des chansons populaires, des chansons interprétées au choix par Cristobal ou par Bogumila, alternant avec des passes de Flamenco, dansées avec énergie par la sombre flamenca qui arrive à changer au moins trois fois de costume pour se retrouver à la fin dans une robe noire couverte de coquelicots en train d'animer l'énergie du public qui ne demande que cela. 


Bogumila Delimata - Photo de Jeannette Grégori

Et de chansons à danser, des berceuse ou de airs entraînants, du flamenco sévillan ou gitan, avec des clins d'oeil à la poétesse Papusza, cette musicienne (harpiste) qui est devenue poète, la première poétesse tsigane à avoir été éditée pour finir par une chanson traditionnelle tsigane polonaise (ou russe?) qui parlait de soupe au poulet, prétexte pour faire se lever tout le monde et les entraîner dans une folle danse, ritournelle virevoltante. 

Bogumiła Delimata - Cristo Osorio - Photo: Andrzej Kazłowski

Le plaisir de danser ne finissant pas et se partageant, le duo Bogumila - Cristobal nous gratifie en bis d'une magnifique rumba catalane. L'esprit rom et tsigane nous accompagne pour la soirée et les airs entendus flottent dans nos mémoires pour se répandre dans l'air du soir.


La Fleur du Dimanche

mardi 15 mars 2022

Arsmondo Tsigane: Le Journal d'un disparu - Amour Sorcier: Le miroir inversé de l'amour

 Après, entre autres pays le Japon et l'Argentine, le Festival Arsmondo suit cette année la piste des tsiganes et propose des films, des concerts de jazz manouche et de flamenco. Une installation également dans les jardins de la HEAR avec la caravane du plasticien Romuald Jandolo qui réactive son enfance nomade. Et surtout une très belle exposition de la photographe Jeannette Grégori qui partage depuis des années à Strasbourg et ailleurs (entre autres aux Saintes Maries de la Mer) la vie quotidienne des manouches et des tsiganes à voir au Lieu d'Europe au début de la Robertsau. C'est elle qui a réalisé cette très belle photo de la fille du vent qui illustre l'affiche du Festival. 

La fille du vent - Photo: Jeannette Grégori

Quelques-unes de ses photos illustrent également le programme de l'Opéra National du Rhin, et de cette première soirée consacrée à deux oeuvres en miroir que sont Le Journal d'un disparu de Leos Janacek et L'Amour sorcier de Manuel de Falla.

La soirée est à l'image du décor de Paul Steinberg,  avec ses deux pans de fond de scène qui se répondent dans un rouge qui n'est pas exactement le même, soit plus rosé, soit plus mauve ou violet. Ainsi les chorégraphies de Manuel Linan avec le souffle et les gestes du flamenco stylisé, intériorisés pour la pièce de Janacek et expressifs et exubérants, puissants pour Manuel de Falla.

Il est vrai que, même si les deux livrets parlent de tsiganes, celui basé sur les poèmes d'un paysan tchèque, tombant amoureux d'une tsigane qui rode autour de sa maison et quittant tout pour la suivre pour ne pas avoir à subir les foudres de sa famille et de son entourage ne raconte pas la même histoire que celui qui raconte les manoeuvres d'une gitane essayant d'envoûter son amour parti pour le faire revenir.

Musicalement aussi, la composition de Janacek puise ses racines dans la culture populaire et se présente plutôt comme une cantate - la première version était sous forme de Lieds avec piano - et pour cette représentation,  Arthur Lavandier l'a réorchestré pour en petit ensemble de chambre,  deux voix: Magnus Vigilius (ténor) et une mezzo-soprano (Josy Santos, très belle voix, très claire, à Strasbourg et Adriana Bignagni Lesca à Mulhouse) et un choeur. Un très bel équilibre entre les parties chantées et l'orchestre dirigé par le chef polonais Lucas Borowicz. A noter un interlude (le N° 13) uniquement musical qui décrit un épisode "érotique" (terme à replacer au début du 19ème siècle) dont la chorégraphie peut être comparée à la version "Amour Sorcier"... Soulignons à ce propos la haute qualité des sept danseurs qui ponctuent les deux pièces, avec une atmosphère différente, mais toujours avec les même costumes inventifs de Doey Luthy: pantalons collants noirs, dénudant des parties du corps, un tutu rose échappé, des robes noires à volants qui leur seyent à merveille et des hauts noirs, quelques rubans de tissus qui font plumes de coq noir et de grands châles noirs qui virevoltent, couvrent et découvrent les corps.

La fille qui rêve - Photo: Jeannette Grégori


Ce noir qui enflamme le coeur du pauvre paysan mais surtout qui brûle tout et tout le monde de son énergie pour L'Amour Sorcier de Manuel de Falla. La musique est puissante, bien que la version choisie est la première version, également pour petit orchestre de chambre et cantaora. Rocio Marquez souffrance ayant été remplacée "au pied levé" par Esperanza Fernandez qui a assumé à merveille cette prise de rôle. Elle enchaîne avec brio les airs  - "chanson du coeur brisé" ou "chanson du Pêcheur"  ou "chanson du feu follet" - ou les danses jusqu'à l'aube où retentissent les cloches pour célébrer l'amour revenu. Une soirée qui prouve que par delà les frontières et les pays, la question de l'amour peut unir, la musique aussi, et la danse avec leur langage commun.


La Fleur du Dimanche



Journal d'un disparu - L'Amour Sorcier


du 15 au 24 mars à Strasbourg

le 1er et 3 avril à Mulhouse 

Zápisník zmizelého
Cycle de 22 mélodies sur des poèmes anonymes (attribués à Josef Kalda).
Créé au Palais Reduta de Brno le 18 avril 1921.
Nouvelle orchestration d’Arthur Lavandier.

El amor brujo
Gitanerie musicale en 16 tableaux pour orchestre
de chambre et cantaora (première version).
Créée au Teatro Lara de Madrid le 15 avril 1915.

Distribution

Direction musicale: Łukasz Borowicz
Mise en scène: Daniel Fish
Chorégraphie: Manuel Liñan
Décors: Paul Steinberg
Costumes: Doey Lüthi
Lumières: Stacey Derosier
Vidéo: Joshua Higgason
Chef de chœur: Alessandro Zuppardo
Chœur de l'Opéra national du Rhin, Orchestre symphonique de Mulhouse

JOURNAL D’UN DISPARU - Leoš Janáček

Nouvelle orchestration: Arthur Lavandier
Janik: Magnus Vigilius
Zefka pour les représentations à Strasbourg: Josy Santos
Zefka pour les représentations à Mulhouse: Adriana Bignagni Lesca

L'AMOUR SORCIER - Manuel de Falla

Candelas: Esperanza Fernandez
Les Artistes
Danseur - Chorégraphe: Manuel Liñan
Danseurs: Miguel Heredia, Hugo Lopez, Jonatan Miro, Daniel Ramos, Adrián Santana, Yoel Vargas

mardi 15 novembre 2016

Quescequetudeviens? La triangulation du double de la danseuse - Terre, Feu et Eau

Une pièce d'Aurélien Bory saura toujours nous surprendre, nous attendre là où on ne pensais pas la trouver...


Quescequetudeviens? - Aurélien Bory - Stéphanie Fuster


Quescequetudeviens? question à perdre haleine à une danseuse qui se lance dans le flamenco à bout de souffle nous présente la trajectoire de vie d'une jeune femme Stéphanie Fuster qui est à la fois le sujet et l'action de cette nouvelle création de celui que l'on peut appeler à juste titre "magicien de la scène" (voir le billet du 11 avril 2015 sur son précédent spectacle).


Quescequetudeviens? - Aurélien Bory - Stéphanie Fuster

Parce qu'Aurélien Bory, avec un espace, de la lumière et de l'action - ici en l'occurence la danse flamenco magnifiquement interprétée par Stéphanie Fuster - nous emmène dans un parcours sans faille ni brèche sur un fil de vie qui se déroule sur une heure de spectacle et une scène dont on ne pressent pas les transformations qu'elle va subir.


Quescequetudeviens? - Aurélien Bory - Stéphanie Fuster


Il faudrait d'ailleurs, comme pour les tours de magie ne rien révéler du spectacle, ne pas dévoiler le fil qui se tisse du début à la fin, de la naissance d'une passion à la fin,l'épuisement,l'agonie.
Ne pas parmer de la magie de ce corps qui se dédouble pour devenir dormeuse, masque, coiffe, ne pas de cet espace que l'on croyait ouvert et que devient piège, cage, tableau sur lequel on épingle des trophées du corps féminin - où le rouge de la vitrine à femme devient anthropométrie papillon.
Ne pas dévoiler les dialogues du double de la danseuse qui se perd dans son image muette et séparée ou araignée d'eau sur un miroir magique.


Quescequetudeviens? - Aurélien Bory - Stéphanie Fuster


Mais nous pouvons dire que la scénographie d'Aurélien Bory suit un parcours sans faute, que les maginifiques lumières d'Arno Veyrat transcendent l'espace et nous emmènent d'un tableau à l'autre dans une fluidité remarquable et que surtout, avec ses deux complices,  musicien et chanteur - José Sanchez à la guitare et Alberto Garcia au chant, dont on sent le dialogue à trois - la performance dansée de Stéphanie Fuster est un parcours sans faute. Elle sait varier les plaisirs, les styles, tout en maitrisant superbement la technique et en tout en restant attachée à l'âme du flamenco, elle est définitivement contemporaine (le passage, entre autres, chez Israel Galvan est sensible). Et surtout, il faut bien avouer que Stéphanie Fuster danse magnifiquement ce qu'elle sent comme l'âme du flamenco.


Quescequetudeviens? - Aurélien Bory - Stéphanie Fuster

A voir absolument.

Un petit apperçu pour vous donner envie d'y aller vous-même:


La Fleur du Dimanche  


Quescequetudeviens? 
Pièce d'Aurélien Bory - Compagnie 111
pour Stéphanie Fuster
Au TJP Grande Scène
le 15 et 16 novembre 2016 à 20h30
Bord de scène le 16 novembre

A venir le 19 mars 2017 à 15h00 et 17h00
COPRS NOIR
Installation Performance d'AUrélien Bory pour Stéphanie Fuster
Au MAMCS - Strasbourg

samedi 17 septembre 2016

Yann Duyvendak - Sound Of Music – la Comédie musicale “Catastrophe”

Yann Duyvendak, dont on connaît plus son travail d'intervention et de performance a conçu pour cette Biennale de la Danse de Lyon une comédie musicale à la fois grand spectacle et pièce militante: « Sound Of Music ». A partir de sources de recherche sur les grands maux de ces dernières années et du siècle à venir, il a fait écrire un livret par Christophe Fiat avec une musique d’Andrea Cera, pour aboutir à cette comédie musicale "catastrophe" avec les chorégraphies d’All Right Good Night, Staying Affloat, Chines are on Tour, Rain Dance et d’Olivier Dubois... 

Biennale de la Danse Lyon - Sound of music - Yan Duyvendak - Photo: Séebastien Monachon


Interprété par une douzaine de professionnels du show chanté et dansé, accompagnés d'une trentaine de danseurs du Conservatoire de National Supérieur de Musique et Danse de Lyon, le spectacle prend à rebours les règles du genre : Le désastre et les catastrophes sont prétexte à tours de chants et de danse, comme au temps de la grande dépression ou lors du naufrage du Titanic. 
Le texte chanté passe en revue les catastrophes et évènements politiques et financiers de ces dernières années: la crise des subprimes et les désordres écologiques, le soulèvement de la place Tien An Men et les licenciements massifs, la dépression et le suicide des jeunes, tout cela chanté et dansé avec un entrain de plus en plus vigoureux par cette troupe pleine d’énergie qui déborde de la scène au fur et à mesure que les rubans de paillettes dorées « mangent » la scène et que les rideaux de couvertures de survie tout aussi dorées forment une barrière qui avance inexorablement vers le public, à l’image de la prédiction énoncée précédemment sur scène: Il faut réduire la progression de l’humanité (un demi-million en mois que prévu : 6,5 milliards au lieu des 7 prédits) pour la sauver. Si l’on ne réagit par aucun changement au réchauffement climatique, l’homme, les animaux et les végétaux auront disparu de la terre en l’an 2300, et même, le risque d’implosion sociale et politique qu’induit cette évolution dans la géopolitique risque de conduire à des cataclysmes sociétaux tels qu’une disparition de la civilisation humaine est même possible ne 2040, donc dans vingt-quatre ans ! » - « All right, Good Night ! » - Tout va bien, nous coulons !





La Fleur du Dimanche

Yann Duyvendak
Sound of Music
Biennale de la Danse de Lyon
Théâtre de la Croix-Rousse 
14, 15, 16 septembre 2016

Biennale de Danse de Lyon: Israel Galvan: le flamenco a du toupet

Pour la 17ème édition de la Biennale de la Danse de Lyon, Israel Galvan revient avec son nouveau spectacle : "FLA.CO.MEN".
Comme son titre l'indique, c'est du flamenco décoiffé, découpé, mélangé... qui surprend le spectateur, mais plait beaucoup si l'on considère les rappels debout au bout de plus de 90 minutes de spectacle bien rythmés par le danseur qui tient la scène de bout en bout.  


Israel Galvan -FLA-CO-MEN

Il démarre sous son meilleur profil par un solo face à un pupitre avec une partition chorégraphico-sonore ébouriffante, éblouissante
et virevoltante.
Une énergie qui ne le quittera pas pendant tout le spectacle, même s'il se laisse quelques pauses, dont l'une, entre deux duos avec un percussionniste également virtuose, où il ose laisser en sourdine une musique "techno" qui montre que le flamenco est bien plus fort, surtout le flamenco du XXIème siècle qu'incarne dans toute son originalité , sa force et son imagination et son invention, ce maître du flamenco contemporain.
Il osera également plonger la salle dans le noir, pour faire entendre le "corps" du son, de ces percussions qui sont l'âme du flamenco, alors qui lui-même  incarne à merveille le corps de ce son autant dans le geste de frappe du pied ou des main (les palmas) et des doigts (les pitos) que des gestes qui chez Israel prennent une élégance et une élévation presque divine.

Son corps incarne cette danse qui monte vers le divin, comme sa houppe à la tintin ou presque crête punk en devenir.
D'ailleurs, cet iconoclasme se retrouve dans le déroulé de son spectacle, à partir du moment où ses musiciens acolytes - et amis - le rejoignent pour un déployé entre traditionnel, ballade et orchestre free jazz de libération du flamenco:
Deux chanteurs et un guitariste flamenco et, en plus du percussionniste, un saxophoniste prenant de temps en temps la corne traditionnelle et une violoniste-bassiste vont nous mener de rythmes traditionnels en envolées plus libres et décoiffantes.
Quitte à faire injonction de "Silenzio" à la salle, qui surprise, va découvrir le silence d'avant et d'après les applaudissements et une nouvelle envolée solitaire du cor et des corps....

Avant les triples rappels debout qui confirment que le flamenco n'est pas mort et a trouvé l'interprète de son futur.

A voir dès que vous le pourrez.

Bon spectacle

La Fleur du Dimanche  

A venir : Duyvendack et le Ballet de l'Opéra de Lyon: Mascarel - Sciaroni